Pages d’Histoire – Librairie Clio

8 rue Bréa – 75006 PARIS - France

Tél. : 33 (0)1 43 54 43 61.

E-Mail : clio.histoire@free.fr

Du lundi au vendredi de 10h à 19h, et le samedi de 15h à 19h

 

 

Septembre 2020

Catalogue 397

 

 

 

Conditions de vente

 

- Expédition après règlement par Carte Bancaire (Eurocard, Mastercard, Visa) ou par Chèque sur une banque française.

Frais de port à ajouter au montant de votre commande quel que soit le nombre de livres commandés :

 

. Pour la France : 7 Euros

. Pour l’Europe et les DOM - TOM : 13 Euros

. Autres destinations : Port réel

 

Au-delà de dix jours, les livres réservés seront remis en vente

 

Sommaire

 

GÉNÉRALITÉS

ANTIQUITÉ

MOYEN AGE

TEMPS MODERNES

RÉVOLUTION

1er EMPIRE

De 1815 à 1914

De 1914 à nos jours

1ère GUERRE MONDIALE

2ème GUERRE MONDIALE

HISTOIRE MILITAIRE, MILITARIA

VOYAGES, PAYS ÉTRANGERS

GÉNÉALOGIE, HÉRALDIQUE, NOBLESSE

RÉGIONALISME

PARIS

 

 

GÉNÉRALITÉS

 

1.                  [Académie française] – BAINVILLE (Jacques), Maurice DONNAY. Le Fauteuil de Raymond Poincaré. – Discours de réception de M. Jacques Bainville à l'Académie française et réponse de M. Maurice Donnay. Plon, 1935, gr. in-12, 136 pp, broché, non rogné, bon état. Edition originale, ex. numéroté sur Alfa

            25

Un hommage appuyé à Raymond Poincaré.

2.                  [Académie française] – BROGLIE (Prince Louis-Victor), Duc de BROGLIE. Discours de réception de M. le Prince Louis-Victor de Broglie à l'Académie française et réponse de M. le Duc de Broglie [prononcés le 31 mai 1945]. Albin Michel, 1945, gr. in-12, 66 pp, 3 photos hors texte (le Prince Louis-Victor de Broglie, Emile Picard, le Duc de Broglie), broché, non rogné, bon état. Edition originale, un des 800 ex. sur vergé de Hollande Van Gelder Zonen filigrané à le fleur de lys (seuls grands papiers)

            25

3.                  [Académie française] – CARCOPINO (Jérôme), André FRANÇOIS-PONCET. Discours de réception de Jérôme Carcopino à l'Académie française et réponse de André François-Poncet, 15 novembre 1956. Flammarion, 1956, gr. in-12, 102 pp, broché, couv. rempliées, bon état. Edition originale sur papier d'édition (il n'y a eu que 25 ex. en grand papier)

            25

4.                  [Académie française] – CLAIR (René), Jacques de LACRETELLE. Discours de réception de M. René Clair à l'Académie française et réponse de M. Jacques de Lacretelle. Gallimard, 1962, in-12, 88 pp, broché, non rogné, bon état. Edition originale, ex. du SP

            25

5.                  [Académie française] – CLAIR (René), Jacques de LACRETELLE. Discours de réception de M. René Clair à l'Académie française et réponse de M. Jacques de Lacretelle. Gallimard, 1962, in-12, 88 pp, broché, bon état. Edition originale sur papier courant, envoi a.s. de Jacques de Lacretelle

            30

6.                  [Académie française] – FAURE (Edgar), duc de CASTRIES. Discours de réception de M. Edgar Faure à l'Académie française et réponse de M. le duc de Castries. Gallimard, 1979, in-12, 86 pp, broché, bon état. Edition originale, ex. du SP, enrichi d'un double envoi a.s. de Edgar Faure et du duc de Castries à Jean Delay

            30

7.                  [Académie française] – FRANCHET-D'ESPEREY (Louis-Félix-Marie), Abel BONNARD. Discours de réception du Maréchal Franchet d'Espérey à l'Académie française et réponse de M. Abel Bonnard. Grasset, 1935, gr. in-12, 126 pp, broché, non rogné, bon état. Edition originale, un des 50 ex. numérotés sur Vélin de Rives pour la société de bibliophiles « Les Amis des Beaux Livres»

            40

Le maréchal Franchet d’Espèrey fut élu par l’Académie française à la place laissée vacante par la mort du maréchal Lyautey.

8.                  [Académie française] – IZARD (Georges), Pierre-Henri SIMON. Discours de réception de Me Georges Izard à l'Académie française et réponse de M. Pierre-Henri Simon. Gallimard, 1972, in-12, 101 pp, broché, couv. à rabats, bon état. Edition originale, ex. du SP, enrichi d'un double envoi a.s. de Georges Izard et Pierre-Henri Simon à “Jef” [Joseph Kessel]

            30

9.                  [Académie française] – MAURRAS (Charles), Henry BORDEAUX. Le Fauteuil de Henri-Robert. – Discours de réception de M. Charles Maurras à l'Académie française et réponse de M. Henry Bordeaux. Plon, 1939, gr. in-12, 132 pp, broché, bon état. Edition originale, ex. numéroté sur Alfa

            30

En 1938 Charles Maurras est élu à l’Académie française, avant d’en être exclu à la suite de sa condamnation, le 28 janvier 1945, pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi, malgré son antigermanisme notoire.

10.              [Académie française] – PÉTAIN (Philippe), Paul VALÉRY. Discours de réception de M. le maréchal Pétain à l'Académie française et réponse de M. Paul Valéry. Nouvelle Revue Française, Plon, 1931, gr. in-12, 136 pp, broché, non rogné, bon état. Edition originale, ex. numéroté sur Alfa mousse

            30

"Lorsque le Maréchal parut, en grande tenue bleu horizon, entre ses deux parrains, MM. Paul Bourget et Maurice Paléologue, – celui-ci remplaçait M. Louis Barthou, empêché au dernier moment par la crise ministérielle, – un silence d'église parcourut la salle comble des grands jours. Tout le monde évoquait la figure géniale, d'imperturbable audace et de bonhomie puissante, qui était là il y a dix ans, et dont la mâle présence allait dominer les discours. Ce n'était plus l'ivresse des premiers jours de la victoire: c'était le souvenir, l'admiration et l'amour. Le sentiment des deuils récents se mêlait à la gratitude pour le chef, qui venait à son tour partager tant de gloire. Rarement on sentit atmosphère plus émue. L'impassible soldat y fut gagné lui-même : le sang colorait son masque de marbre légendaire. Aux premiers mots de son remerciement, qu'il cherchait à tenir dans une note impersonnelle, sa voix se brisa sur le mot « armée ». Les applaudissements éclatèrent. (...) M. Paul Valéry répondait au maréchal Pétain. L'Académie aime ces jeux de la gloire et du hasard, où la Muse répond à l'Église, la diplomatie à l'histoire et la poésie à l'épée. Le poète de la Jeunt Parque a montré qu'il excelle à ces exercices, dont aucun ne déconcerte sa virtuosité..." (Louis Gillet, Revue des Deux Mondes, 1931)

11.              [Académie française] – ROMAINS (Jules), Georges DUHAMEL. Le Colloque de novembre. – Discours de réception de Jules Romains à l'Académie française et réponse de Georges Duhamel, 7 novembre 1946. Flammarion, 1946, gr. in-12, 83 pp, 2 portraits hors texte : un portrait de Jules Romains par Jean Bruller (Vercors) en frontispice et un portrait de Georges Duhamel par Berthold Mahn, broché, couv. rempliées, bon état. Edition originale, un des ex. numérotés sur alfa

            25

Première édition en librairie.

12.              [Académie française] – THARAUD (Jérôme), Georges DUHAMEL. Le Fauteuil de Joseph Bédier. – Discours de réception de M. Jérôme Tharaud à l'Académie française et réponse de M. Georges Duhamel. Plon, 1940, gr. in-12, 107 pp, broché, non rogné, bon état. Edition originale, un des 150 ex. de presse, marqués E. P.

            25

13.              [Académie française] – WEYGAND (Maxime), Jules CAMBON. Le Fauteuil du Maréchal Joffre. – Discours de réception de M. le général Weygand à l'Académie française et réponse de M. Jules Cambon, ambassadeur de France. Plon, 1932, gr. in-12, 136 pp, broché, non rogné, couv. lég. salie, bon état. Edition originale, ex. numéroté sur Alfa

            30

Vibrant hommage au maréchal Joffre. — "Le chef d'état-major de Foch avait à prononcer l'éloge du maréchal Joffre. Joffre, c'est avant tout la manœuvre de la Marne. Elle lui a été disputée. Le général Weygand lui en rend, dans un exposé lumineux, toute la gloire. Il en suit la genèse. Au début de la guerre, une doctrine récente sur les vertus de l'offensive emporte l'armée à un désastre. Joffre n'est pas un théoricien. « Homme d'action, il faut le juger dans l'action. » Loin d'en être accablé, il tire la leçon du revers. Il cède du terrain et monte sa riposte. Il l'avait répétée par trois fois aux grandes manœuvres précédentes. Il a. son plan et surtout du sang-froid et du caractère. Une certitude mystique, massive comme sa personne, anime ce taciturne. « Vous ne croyez donc pas à la France ? » s'écrie-t-il à un officier que son calme scandalise. Et il frappe du poing sur la table. Il joue en maître des transports et des chemins de fer. Il supplée « à une tactique insuffisante par une stratégie supérieure ». Il constitue son front, il dispose ses armées, il articule ses forces avec cet amour du solide, du bâti, qui est la marque de cet homme à la forte charpente. Tout ce récit lucide des journées immortelles a été suivi par un auditoire haletant. Le soir de la rupture, le général Weygand, bien trop aise pour dormir, décide de porter lui-même au corps d'armée voisin l'ordre de la poursuite. Course dans la douceur de la nuit d'été, instants de bonheur sous les étoiles, où venait de se rallumer celle de la victoire, minute d'abandon digne de Fabrice del Dongo !... Le passage a été longuement applaudi. Le point capital du discours fut l'histoire de l'année 1916, l'année de Verdun et de la Somme, celle aussi de la disgrâce de Joffre : disgrâce funeste, qui fut la tragédie de la guerre ! A la fin de 1916, à la suite d'une série d'offensives concentriques prescrites et concertées par Joffre, la guerre était quasi gagnée. L'Allemagne demandait grâce. Sa situation était aussi désespérée qu'à l'automne de 1918 : le front russe tenait bon, et il n'y avait pas eu de repli Hindenburg. Tous les résultats qu'on a obtenus après dix-huit mois dramatiques, pouvaient être acquis un an plus tôt. On aurait fait l'économie d'un million de vies humaines. La paix était possible sans le secours de l'Amérique, il y aurait encore une Russie. Tout le gâchis de l'Europe pouvait être épargné..." (Louis Gillet, Revue des Deux Mondes, 1932)

14.              ALBA (André). Rome et le Moyen Age jusqu'en 1328. Hachette, 1959, pt in-8°, 288 pp, 33 cartes, plans et schémas, 125 illustrations dans le texte et 4 pl. hors texte en couleurs, lexique, cart. éditeur, bon état (Cours d'Histoire Jules Isaac, classe de cinquième, programmes de 1957)

            20

"En 1923, Jules Isaac (1877-1963) prend la direction de la collection créée et dirigée par Malet et celle-ci devient Cours d'histoire Malet-Isaac à l'usage de l'enseignement secondaire. En sept années, il réalise une collection complète, révolutionnaire par l'abondance de l'illustration, la clarté de la présentation et la place très importante donnée aux textes documentaires et aux faits sociaux, économiques et culturels. La collection se diversifie ensuite en fonction des réformes des programmes d'enseignement et des niveaux de scolarité ; les éditions se chevauchent parfois pour suivre les efforts encore balbutiants des responsables qui recherchent plus d'unification dans les programmes. La période de l'occupation allemande oblige Jules Isaac à un retrait nominatif de la scène éditoriale. André Alba qui avait déjà assuré un relais pendant les années noires l'assiste efficacement et continuera la collection en la dirigeant lorsque disparaît Isaac." (Guy Caplat)

15.              ARASSE (Daniel). Décors italiens de la Renaissance. Editions Hazan, 2009, pt in-4°, 269 pp, textes réunis et présentés par Philippe Morel, notes,

            100

Le présent ouvrage réunit six articles que Daniel Arasse a consacrés à certains des décors ou cycles de fresques parmi les plus importants de la Renaissance italienne. Publiés entre 1985 et 1996 dans des revues spécialisées d'histoire de l'art ou des volumes collectifs très difficilement accessibles à un public élargi, ces essais choisis et présentés par Philippe Morel traitent de questions aussi diverses que le cycle de la Croix par Piero della Francesca, les Hommes illustres au château de la Manta, l'exaltation dynastique des Gonzaga propre à la camera picta de Mantegna, la sphère simultanément privée et politique du prince avec le studiolo de Frédéric de Montefeltro, l'hommage amoureux à l'épouse traduit par le pinceau de Parmigianino à Fontanellato et la valeur emblématique du parcours de lecture labyrinthique inscrit au plafond de la salle de Psyché au Palazzo Te à Mantoue décoré par Giulio Romano. A chacune de ces étapes se met en jeu une herméneutique du détail et de l'écart à l'affût des paradoxes ou des apories qui laissent transparaître les ressorts intimes ou décisifs des peintures. On observe une égale attention aux configurations figuratives et aux structures ou dispositifs qui organisent les décors en mettant en oeuvre et en manipulant les sources textuelles et les traditions iconographiques pour faire émerger l'enjeu particulier de chacun, par exemple la dialectique de la sphère familiale et de la théorie politique dans le cas de Mantegna. Ce regard aiguisé et attentif passé au filtre d'une grande érudition historique témoigne une fois encore de sa très grande efficacité, Daniel Arasse produisant sur tous ces décors, aussi célèbres et bien étudiés soient-ils, une approche différente et stimulante ainsi qu'un éclairage nouveau et fondamental.

16.              [Atlas] – OZOUF (R. et M.). Atlas du XXe siècle. 71 planches, comprenant 276 cartes, cartons et plans de détail en couleurs, avec 600 illustrations photographiques. Fernand Nathan, (1947), gr. in-4°, non paginé, 71 planches de cartes en couleurs, certaines dépliantes, 600 photos en noir, index de 44 pages in fine, reliure skivertex vert de l'éditeur avec décorations à froid sur les plats, titre doré au 1er plat et au dos, bon état

            35

"L'Atlas de René et Marianne Ozouf plaira certainement ; les auteurs l'ont magnifiquement aéré avec plus de 600 illustrations, pour la plupart originales et fort bien rendues. Elles sont réparties en fonction des planches et leur examen donne non seulement une très belle image du monde actuel, mais éclaire les cartes auxquelles elles se rapportent. La méthode ne manque pas d'habileté et nous fournit, selon les termes d'E. de Martonne, « un excellent instrument d'enseignement, de documentation et de persuasion »." (Paul Fénelon, Norois, 1956)

17.              [Beaux-arts] – DELIEUVIN (Vincent) et Louis FRANK. Léonard de Vinci. Musée du Louvre, Editions Hazan, 2019, in-4°, 455 pp, 163 reproductions en couleurs avec notices, 178 figures en noir et en couleurs, notes, biblio, index, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, bon état

            30

Catalogue officiel de l'exposition Léonard de Vinci au musée du Louvre du 24 octobre 2019 au 24 février 2020. L'année 2019, cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci en France, revêt une signification particulière pour le Louvre qui possède la plus importante collection au monde de peintures de Léonard ainsi que 22 dessins. Le musée trouve en cette année de commémoration l'occasion de rassembler autour des cinq tableaux essentiels qu'il conserve, à savoir la Vierge aux rochers, la Belle Ferronnière, la Joconde – qui reste dans la salle où elle est habituellement exposée –, le Saint Jean Baptiste et la Sainte Anne, la plus grande part possible des peintures de l'artiste, afin de les confronter à un large choix de dessins ainsi qu'à un ensemble, restreint mais significatif, de tableaux et de sculptures de l'environnement du maître. Cette rétrospective inédite de la carrière de peintre de Léonard permet de montrer combien il a mis la peinture au-dessus de tout et comment son enquête sur le monde, qu'il appelait "la science de la peinture" , fut l'instrument de son art, dont l'ambition n'était rien moins que d'apporter la vie à ses tableaux. Aboutissement de plus de dix années de travail, qui ont vu notamment l'examen scientifique renouvelé des tableaux du Louvre et la restauration de trois d'entre eux, permettant de mieux comprendre sa pratique artistique et sa technique picturale, l'exposition clarifie également la biographie de Léonard en reprenant tous les documents d'archives. Elle dresse le portrait d'un homme et d'un artiste d'une extraordinaire liberté.

18.              [Beaux-arts] – DEVRIENT (Michel). Chausse-Trapes. Lausanne, Pierre Demaurex, 1982, in-4° à l'italienne (26,5 x 33), 83 pp, 81 dessins de Michel Devrient en noir et en couleurs et un texte de Sylvio Acatos, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, sous emboîtage carton, bon état. Edition originale. Exemplaire enrichi d'un envoi a.s. de Michel Devrient

            40

Première publication de Michel Devrient. Ce très beau livre du dessinateur français né à Lausanne en 1943 s'intitule “Chausse-trapes” avec un seul p.

19.              [Beaux-arts] – LEYMARIE (Jean). Picasso : Métamorphoses et unité, avec témoignages de poètes et amis de l'artiste. Genève, Editions d'Art Albert Skira, 1971, gr. in-4° (35,6 x 27,8), x-306 pp, très nombreuses illustrations en noir et en couleurs, certaines contrecollées, notes biographiques de Jean-Luc Daval, biblio, table des illustrations, références des citations, index des noms cités, reliure pleine toile havane illustrée d'une composition de Picasso contrecollée au 1er plat, titre imprimé en blanc, pt accroc au bas du dos, bon état. Edition originale

            50

Importante iconographie documentaire en noir et en couleurs reproduisant plus de 600 oeuvres. Table : Le mystère de la vie - La révolution de la forme - L'univers féminin - Drame et histoire - Mythes et Méditerranée - La comédie humaine ou "les caprices" - L'atelier perpétuel.

20.              [Beaux-arts] – PATOUL (Brigitte de) et Roger VAN SCHOUTE ( dir). Les Primitifs flamands et leur temps. Bruxelles, La Renaissance du Livre, 2007, in-4°, 656 pp, très nombreuses reproductions en noir et en couleurs dans le texte et à pleine page, biblio commentée, index des oeuvres citées, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, jaquette illustrée, sous étui illustré, bon état

            70

Sous la direction de Brigitte de Patoul et de Roger Van Schoutte. Avec la collaboration de près de trente auteurs, spécialistes reconnus, en provenance du monde entier qui ont associé leur savoir sur cette période phare de l'art occidental. Chacun des quelque soixante Primitifs flamands – du Maître de Flémalle à Jérôme Bosch – nous livre ici sa personnalité, son inspiration et son génie. L'ouvrage dresse également un tableau du contexte historique et culturel de cette période. La très abondante iconographie en couleurs de l'ouvrage révèle la fabuleuse richesse de cet âge d'or de la peinture. Car au-delà de leur rayonnement dans toute l'Europe du XVe siècle, les Primitifs flamands n'ont cessé d'exercer une force d'attraction sans égale.

21.              [Beaux-arts] – STAËL (Anne de). Staël : Du trait à la couleur. P., Imprimereie nationale, 2001, in-4° (28.2 x 32), 339 pp, très nombreuses reproductions en noir et en couleurs à pleine page, notes, annexe, biblio, index, reliure pleine toile bleue éditeur, jaquette illustrée, sous étui cartonné illustré en couleurs, bon état

            60

"Il est né à Saint-Pétersbourg le 5 janvier 1914, dans la ville de Pierre le Grand, conçue «dans le tissu infini de la Baltique», véritable invitation au rêve. En retraçant la vie et l'œuvre de son père, Nicolas de Staël, Anne nous offre l'extraordinaire portrait, tout à la fois intime et artistique, du peintre de la lumière. Nourri de nombreux dessins inédits tout comme d'écrits inconnus, cet ouvrage éclaire avec intelligence le parcours de cet exilé, orphelin à 8 ans, qui trouva son salut dans la langue française et dans ses paysages transfigurés. «Son pays était le monde», affirme l'auteur; un nomadisme qu'il réalisa à travers sa peinture, et notamment les superbes huiles sur toile reproduites dans cet album. Du trait à la couleur, des dessins au fusain du Maroc de 1936 à l'Agrigente de 1953, du Portrait de Jeannine en 1939 à la Marine de 1954, toute la palette des talents de Staël, disparu en 1955, est ici sublimée par une maquette irréprochable." (Marianne Payot, L'Express, 06/12/2001)

22.              [Beaux-arts] – VIGNE (Georges). Ingres. Citadelles et Mazenod, 1995, in-4°, 349 pp, très nombreuses illustrations en noir et en couleurs, notes, annexe, biblio, index, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, sous coffret illustré (pt accroc sur un plat du coffret), bon état. Ouvrage épuisé, prix neuf de l'éditeur : 189 €

            100

Mort en 1867, à l'âge de quatre-vingt-six ans, Jean-Auguste-Dominique Ingres eut une personnalité qui a incontestablement dominé son siècle, et dont les influences se font encore sentir au XXe siècle. Paradoxalement, aucune monographie n'était aujourd'hui disponible. D'où la nécessité d'une biographie complète et documentée, développée par Georges Vigne après plusieurs années de l'étude approfondie de l'oeuvre d'Ingres. À travers une trame chronologique, il donne la priorité à l'oeuvre, ne s'intéressant aux détails de la vie, que lorsqu'ils influencent le travail de l'artiste. Un critique contemporain l'avait qualifié de "Chinois perdu dans les ruines d'Athènes", et effectivement, Georges Vigne s'attache à montrer le hiatus qui existait entre le peintre et le monde dans lequel il voulait s'intégrer. Entre Montauban, Paris, Florence ou Rome, l'auteur nous guide à travers les grands tableaux, replaçant l'artiste dans la vie de son époque, et montrant l'importance qu'ont pu avoir ses élèves dans son travail. Sachant perpétuellement se renouveler achevant même à quatre-vingt-deux ans un chef-d'oeuvre absolu : Le Bain turc, il ne laissa jamais ses contemporains indifférents. Somptueusement illustré, l'ouvrage est complété par la première transcription exhaustive des Cahiers IX et X, (dans lesquels l'artiste rédigea son propre "catalogue raisonné", pour l'Exposition universelle de 1855), une bibliographie, une liste d'expositions, et un index.

23.              BENOIST-MÉCHIN (Jacques). L'Homme et ses jardins, ou Les métamorphoses du Paradis terrestre. Albin Michel, 1975, gr. in-8°, 261 pp, 20 photos hors texte, broché, couv. à rabats, bon état (Ouvrage couronné par l'Académie française)

            25

Dans cet ouvrage, Jacques Benoist-Méchin a voulu transmettre sa passion des jardins. II y cherche moins une retraite que l'étanchement d'une soif secrète, moins un repos qu'un éveil. À l'écart des autres passions de sa vie, il y poursuit l'image du bonheur. Car l'amour des jardins, dit-il, ne doit pas être confondu avec l'amour de la nature ou des sites. C'est un amour chargé d'une vérité humaine plus profonde, où le ravissement n'est qu'un signe. La paix de ces espaces ombragés a l'intensité d'un poème, la beauté d'une oeuvre d'art. Mais, pour l'auteur, toutes les civilisations n'ont pas atteint une égale perfection en matière de jardins. Seuls les Chinois, les Japonais, les Perses, les Arabes, les Toscans et les Français, qui se sont efforcés d'exprimer leur propre génie dans ce domaine, nous paraîtront toujours, "sinon plus civilisés que les autres, du moins plus conscients de ce que leur civilisation a eu de meilleur". À travers les siècles et même les millénaires, d'un continent à l'autre, ]acques Benoist-Méchin nous invite à une promenade heureuse au long de jardins ornés d'arbres, de fleurs, de jets d'eau et de statues. Mais cette promenade n'est pas sans but : à l'homme conscient d'être mortel, elle propose des visions, des métamorphoses et la lointaine sérénité du Paradis perdu. — "Amoureux des jardins, Jacques Benoist-Méchin ne se contente pas de les regarder et de les décrire avec passion, il déchiffre la signification éthique de leur beauté formelle et nous les offre en quelque sorte agrandis d'une dimension. L'art des jardins, en effet – qu'il ne faut pas confondre avec le sens théâtral des sites, si aigu chez les Grecs et les Romains, ni avec l'imitation de la nature chère aux Anglais, – est un moyen d'expression hautement révélateur des peuples. De certains peuples, faudrait-il dire ; l'auteur en dénombre six. Ces privilégiés chinois, japonais, perses, arabes, toscans et français ont, dans cette "activité de loisirs", pris conscience de leurs aspirations les plus secrètes et s'y sont épanouis selon leur originalité propre." (Ginette Guitard-Auviste, Le Monde, 1975) — « J'ai longtemps souhaité voir gravée sur ma pierre tombale cette épitaphe anonyme: Ci-gît un cœur qui aima par- dessus tout les armées, les jardins et la musique » : cet aveu au seuil du nouvel ouvrage, que l'Académie française a justement couronné, de l'historien de l'armée allemande, d'ibn Seoud et d'Alexandre le Grand ne laissera pas de surprendre ses admirateurs. Mais si le livre lui-même, insolite sous sa plume, les déconcerte de prime abord, à coup sûr il les enchantera. Jacques Benoist-Méchin l'a conçu non en propriétaire de jardins, comme ceux, d'ailleurs remarquables dans leur genre, de Jacqueline de Chimay et du duc d'Harcourt, que la pratique personnelle de l'horticulture a inspirés, mais en philosophe de cet art. Il y a mis toute sa sensibilité d'esthète, toute sa sensualité d'épicurien, mais aussi tout son raffinement de styliste. C'est sans doute le plus beau et le plus pur qu'il ait écrit jusqu'à ce jour." (Jacques de Ricaumont, Revue des Deux Mondes, 1977)

24.              BESANCON (Alain). La Confusion des langues, La crise idéologique de l’Eglise. Calmann-Lévy, 1978, in-8°, 168 pp, broché, bon état (Coll. Archives des sciences sociales)

            25

"L'essai d'A. Besançon est à la fois percutant et nuancé. Situant la crise idéologique de l'Église par rapport au romantisme, au communisme et au nazisme, il opère de suggestifs regroupements. Tout en ayant souhaité ne pas remonter au delà des Concordats, l'auteur n'évite pas d'éclairer les dérives décisives par l'hérésie de Marcion – au second siècle de notre ère. En disjoignant le Nouveau Testament de l'Ancien, le Marcionisme préparait en effet toute sortes de totalitarismes, aux dépens des racines et de la mémoire qui l'accompagne. Ainsi dans la littérature russe du XIXe siècle, à commencer par Dostoïevski, l'aspiration piétiste « à un monde où l'obligation serait rendue inutile par la transparence sociale et l'amour universel » aboutit à aider le criminel, plutôt qu'à défendre le « bourgeois » (p. 12 et 13). Dès lors la crise idéologique de l'Église tient à l'incidence d'un romantisme qui lui fit trop longtemps récuser corrélativement le libéralisme et le socialisme, en côtoyant corporatisme et autoritarisme et en ne voyant pas que le bolchévisme n'est pas la continuation de la social-démocratie. Car pour faire cesser la confusion des langues, il faut largement débrancher le théologique du politique, en distinguant suffisamment ses ennemis pour ne pas en devenir la victime." (André Jacob, L'Homme et la société, 1980) — Derrière les péripéties de ce qu'on appelle la « crise » de l'Eglise, il y a des conditions plus générales que l'historien doit tenter de repérer. Le présent essai en énumère plusieurs, apparues successivement depuis deux siècles et qui agissent simultanément sur la vie actuelle de l'Eglise : la pénétration de la sensibilité romantique ; le désétablissement consenti par rapport à la société et à l'Etat ; un malentendu sur le libéralisme, le socialisme, le communisme ; une certaine attitude envers les Juifs sous le nazisme. Cette série d'événements, troublant la relation de l'Eglise à la société contemporaine, expose son organisme, son clergé, à l'invasion de l'idéologie, spécialement sous sa forme léniniste. A ce point l'analyse politique doit faire une place à la réflexion théologique et recourir aux antiques notions de « gnose » et de « marcionisme ». On ne peut en effet séparer les deux dimensions du phénomène, tant il est vrai, comme l'écrivait Bossuet, que « la religion et le gouvernement politique sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines ». (4e de couverture)

25.              BOUYER (Christian). Dictionnaire des Reines de France. Perrin, 1992, in-8°, 348 pp, portraits en noir dans le texte et à pleine page et en couleurs sur 24 pl. hors texte, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état. Edition originale

            25

Un outil indispensable pour qui veut connaître l'histoire et la personnalité des 114 reines mérovingiennes, carolingiennes et capétiennes ayant régné sur la France. — De Basine, mère de Clovis, à Marie-Amélie de Bourbon-Sicile, femme de Louis-Philippe et dernière reine, que savons-nous des 114 souveraines qui furent les premières dames du royaume ? La loi salique, en 1328, a confirmé leur rôle d'épouse du roi. Mais si le trône leur était refusé, leur image symbolique fut immense, leurs privilèges étendus, et leur influence souvent majeure : par les terres qu'elles apportaient en dot à la couronne, les alliances politiques qu'elles contribuaient à créer, les héritiers qu'elles donnaient à la dynastie, leur participation aux réalisations culturelles ou religieuses ; et par leur relation directe avec le roi, officielle ou secrète, mais presque toujours déterminante. Certaines ont même dirigé l'Etat comme régentes. Christian Bouyer déroule une galerie de portraits – 43 mérovingiennes, 22 carolingiennes, 49 capétiennes – comme autant d'épisodes romanesques, vivants, émouvants, inatendus. Tableaux, illustrations, statistiques sur l'origine géographique des souveraines, sur la durée de leur mariage et leur fécondité complètent ce livre foisonnant, qui ressuscite des pans célèbres ou oubliés de l'histoire de France.

26.              [BRAUDEL, Fernand]. Une Leçon d'histoire de Fernand Braudel. Châteauvallon, Journées Fernand Braudel, 18, 19 et 20 octobre 1985. Arthaud-Flammarion, 1986, in-12, 255 pp, 16 pl. de photos hors texte, broché, couv. illustrée, bon état

            20

En octobre 1985, le Centre Culturel de Châteauvallon consacra à Fernand Braudel et à son oeuvre – La Méditerranée, le capitalisme, la France – un colloque de trois jours que vinrent animer, autour de journalistes réputés, des historiens, des économistes et des personnalités de renom international. Fernand Braudel mena les débats avec vivacité et rigueur, malice et gentillesse. Aux cours de joutes intellectuelles, d'échanges et de confrontations passionnantes, le grand historien qui devait disparaître un mois plus tard montra une fois encore son sens prodigieux de la synthèse immédiate. Au-delà des discussions sur son oeuvre et des enseignements sur la pratique et sur la méthode historiques, Fernand Braudel se laissait parfois aller à la confidence... Dans le grand théâtre de la colline ouverte sur la Méditerranée, et pour des centaines de participants enthousiastes, ce séminaire public fut une fête.

27.              CHUZEVILLE (Jean). Les Mystiques allemands du XIIIe au XIXe siècle. Grasset, 1935, in-12, (8)-304 pp, index des ouvrages à consulter, broché, bon état. Avec un joli petit dessin en couleurs à la gouache figurant une religieuse sur le faux-titre

            25

Un choix de textes allant de sainte Hildegarde à Catherine Emmerich en passant par Albert le Grand, Maître Eckhart, Henri Suso, Jean Tauler, Paracelse, Jacob Boehme, Silesius et Novalis. — "M. Jean Chuzeville nous présente, en traduction, une suite d'extraits empruntés aux œuvres des grands mystiques « allemands », depuis sainte Hildegarde de Bingen jusqu'à Catherine Emmerich. L'adjectif ethnique est, d'ailleurs, pris dans un sens très large, puisque le choix s'est étendu à Ruysbroeck l'Admirable. Il y a toujours dans ces morceaux détachés quelque chose d'inquiétant, en raison de la mutilation qu'ils risquent d'infliger à des systèmes de pensée ou de sentiments parfois fort bien liés. Mais les textes sont d'un vif intérêt, souvent émouvants ou profonds, et ils ont été traduits avec un art très sûr." (Marc Bloch et Ch.-E. Perrin, Revue Historique, 1938)

28.              Collectif. Jésuites, des hommes aux frontières. Bayard Presse, 2013, gr. in-8°, 206 pp, préface de Jean Lacouture, broché, bon état

            10

La Compagnie de Jésus – l’ordre des Jésuites – est-elle si connue ? Pour sortir des clichés si souvent véhiculés, dont certains ressurgissent à l’occasion de l’élection d’un Pape issu de la Compagnie de Jésus, la revue Etudes, fondée par des Pères jésuites il y a plus de cent cinquante ans (1856) propose un hors-série exceptionnel, contenant un grand nombre d'articles portant soit sur les caractéristiques de la vie et de l'activité des jésuites, soit sur quelques grandes figures, anciennes ou récentes. — Avec les contributions de Louis Beirnaert, Jean-Yves Calvez, Michel de Certeau, François Euvé, Maurice Giuliani, Patrick Goujon, Pierre Lardet, Henri Madelin, Gustave Martelet, Joseph Moingt, Adolfo Nicolás, Hervé Nicq, Antoine Paumard, Guy Petitdemange, Michel Rondet, Éric de Rosny, Paul Valadier et Jano Xhenseval.

29.              Collectif. Le Concept de race : résultats d'une enquête. P., Unesco, 1953, in-8°, 113 pp, broché, bon état (Coll. La question raciale devant la science moderne)

            25

"En 1949, l’Unesco se lance dans un vaste programme intitulé « la question des races ». Il s’agit de lutter sur tous les plans contre le racisme, que ce soit par une action normative ou la publication d’ouvrages censés faire réfléchir le grand public et modifier les préjugés. À l’idée reçue que les races seraient inégales et que leurs mélanges seraient néfastes, l’Unesco entend opposer celle qu’ils sont au contraire bénéfiques. Dans “La question raciale”, brochure à l’intention du grand public publiée en 1950, l’aspect scientifique tient une place importante. À partir de 1951, l’Unesco édite une série de publications ensuite regroupées sous le titre « La question raciale devant la science moderne » et comportant notamment : “Le Concept de race : résultat d’une enquête” (1953) ; “Les Mythes raciaux” (1951) ; “Les Mélanges de races” (1954) ; “Race et Biologie” (1951) ; “Les Différences raciales et leur signification” (1952) ; “Qu’est-ce qu’une race ? Des savants répondent” (1952)." (Chloé Maurel)

30.              CORNEVIN (Robert et Marianne). La France et les Français outre-mer de la première Croisade à la fin du Second Empire. Tallandier, 1990, fort in-8°, 514 pp, 11 cartes, tableau chronologique, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Du Mississippi au Mékong, de Terre-Neuve à l'île Bourbon, du Levant aux lagons océaniens, de l'Inde des comptoirs à l'Afrique Noire des explorateurs, pendant huit siècles, les Français ont découvert, combattu, commercé, construit, évangélisé, voyagé, conquis, exploité un peu partout dans le monde. Cette longue aventure de la présence française outre-mer, dont la colonisation ne représente qu'un des aspects, les auteurs de cet essai ont voulu la traiter comme une histoire chronologique. Les portraits des acteurs connus ou presque anonymes y alternent avec la relation des événements et l'exposé des politiques... — "Avant sa mort survenue brutalement en 1988, l'éminent spécialiste de l'histoire africaine qu'était Robert Cornevin avait entrepris et rédigé aux deux tiers cet ouvrage que son épouse et collaboratrice a achevé. A la fois précis et clair, de lecture agréable, il se veut le manuel détaillé qui permet de faire revivre l'action des Français outre-mer dans un récit méthodique et événementiel à jour des recherches récentes des historiens. Il était indispensable de faire le point, après une longue période de silence sur cette question que la décolonisation avait rendu tabou, mais en tenant compte des acquis des nombreuses thèses et études approfondies, souvent limitées dans l'espace et/ou le temps qui ont renouvelé profondément cette partie de notre histoire. Robert et Marianne Cornevin ont réussi la gageure de réaliser une telle synthèse, œuvre de vulgarisation intelligente, s'appuyant sur un solide appareil critique (notes, chronologie, bibliographie abondante) et onze cartes simples et claires. L'ouvrage est divisé en onze chapitres chronologiques d'inégale importance, mais qui traduisent bien les différentes étapes de notre histoire coloniale. Chaque chapitre comporte, en dehors de quelques paragraphes sur l'évolution générale (administration des colonies ou économie par exemple), plus ou moins développés selon la période, une revue systématique de chacun des territoires coloniaux de la France. Ces paragraphes de synthèse, bien présentés et bien placés, font que ce morcellement géographique n'est pas un handicap, tout en permettant à chacun de retrouver aisément, dans une table des matières liminaire très détaillée, la colonie qui l'intéresse personnellement en la situant dans l'évolution générale. Il est évidemment hors de question de résumer un tel ouvrage, qui est un excellent manuel, où notre action coloniale est présentée avec un évident souci d'objectivité sereine. Il met d'ailleurs à sa juste place le rôle des hommes, ministres comme Richelieu ou Colbert, explorateurs de Jacques Cartier à La Pérouse et à René Caillé. Ce volume se lit aisément et avec plaisir." (Jean Tarrade, Revue française d'histoire d'outre-mer, 1991)

31.              COSSON (Gabrielle). Inventaire des dictons des terroirs de France. Larousse, GLM, 2003, gr. in-8°, 383 pp, préface de Fernand Comte, texte sur 2 colonnes, nombreuses illustrations imprimées en rouge et noir, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Cet inventaire rassemble plusieurs milliers de dictons issus des provinces françaises. Ils concernent les astres, les saisons, les travaux des champs, les plantes, les animaux, les fêtes religieuses, les hommes... et le temps. Les dictons ont enregistré les formes, les couleurs, les odeurs, les mouvements, les contradictions, les caprices et les sensations, enfin tout ce qui est vie et nature, sans artifice ni mensonge, sans rectification ni compromis. Immuables, ils traversent le temps et font revivre la vie d'antan...

32.              DALL'AVA-SANTUCCI (Josette). Des sorcières aux mandarines. Histoire des femmes médecins. Calmann-Lévy, 2002, gr. in-8°, 266 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            20

L'homme primitif chassait, sa compagne cueillait. De cueillette en chaudron, de brouet en guérison, la médecine en vint bientôt à se conjuguer au féminin... Jusqu'au Moyen Âge, où la création des universités – réservées aux clercs – écarte les femmes de l'accès aux études et aux diplômes. La parenthèse va durer sept siècles. Sept siècles d'exclusion, mais aussi de résistance et de clandestinité, pendant lesquels les filles d'Hippocrate persistent et soignent. Et même si elles risquent le bûcher en tant que sorcières, sont traînées en justice, doivent se travestir en hommes ou partir exercer à l'autre bout de la Terre... A la fin du XIXe siècle, partout dans le monde, elles luttent. Manifestations hostiles dans les rues, interventions d'hommes politiques, d'une impératrice, d'un tsar, de journalistes et de policiers, rien ne leur est épargné. Et, enfin, elles gagnent – le diplôme de docteur en médecine, l'accès aux concours, le poste de "mandarines" et, pour certaines, le Nobel. Ce passé tumultueux, cette épopée haletante, Josette Dall'Ava-Santucci les a reconstitués dans toute leur rigueur historique, mais aussi avec une verve éblouissante qui fait de cet ouvrage un véritable roman d'aventure.

33.              DUFOURMENTEL (Dr. Léon). Les complexes esthétiques et la chirurgie. P. et Liège, Librairie polytechnique Ch. Béranger, 1957, in-8°, 160 pp, 16 photos sur 8 pl. hors texte, reliure toile écrue décorée de l'éditeur, bon état. Peu courant

            40

Léon Dufourmentel (1884-1957) est un chirurgien français, spécialisé dans la chirurgie maxillo-faciale, chef de file de la chirurgie constructive. Fils d'un négociant, il devient interne des hôpitaux de Paris, puis chef de clinique de la faculté de médecine de Paris. Il est le gendre de l'anatomiste Pierre Sebileau et le père du chirurgien plasticien Claude Dufourmentel (ancien chef de service à l'Hôpital Saint-Louis). Pendant la Première Guerre mondiale, il est chargé de soigner des Gueules cassées, et, étant à l'origine de la création d'unités de chirurgie maxillofaciale, il trouve un procédé permettant de combler les trous de chair : il prélevait un lambeau de cuir chevelu (appelé lambeau Dufourmentel) sur le crâne des patients et les greffait essentiellement au niveau du menton. Il n’y avait, de ce fait, pas de rejet possible. Il a le premier l'idée d'utiliser des inclusions prothétiques vers 1930 – des implants d'ivoire, de caoutchouc au niveau du nez.

34.              DUVIGNAUD (Jean). Le Propre de l'homme. Histoires du rire et de la dérision. Hachette, 1985, in-8°, 246 pp, broché, couv. illustrée, tranche lég. salie, bon état (Coll. La Force des Idées)

            25

"Tout le monde rit. Souvent ou rarement. C'est chose banale... Est-ce si simple ? Le comique, la dérision, le grotesque cachent des intentions différentes selon les époques, les cultures, les civilisations : il n'y a pas une, mais « des » histoires du rire... Et puis, quelle quantité de dérision une société accepte-t-elle, pour elle-même, pour les autres ? Pourquoi, comment se moque-t-on des mythes, des rites sexuels, des obligations sacrées, économiques ou politiques ? Car on rit de tout : des dieux, des hommes, des femmes, du riche, du pauvre et de la mort. Qui donc voyait dans les tristes convulsions de l'Histoire un effet de la colère de Dieu contre l'humanité ? La dérision, à l'opposé, est la rébellion de tout un chacun contre le poids du passé, les institutions, l'ordre même. Une illumination, éphémère sans doute comme le sont aussi la fête et les plaisirs, mais qui arrache leur masque au sérieux, à la pédanterie, à l'hypocrisie et fait parfois de la vie cette “farce commune” dont parlait Rimbaud." — Par Jean Duvignaud (1921-2007), sociologue et anthropologue.

35.              ERTEL (Rachel). Le Shtetl. La bourgade juive de Pologne. De la tradition à la modernité. Payot, 1982, in-8°, 321 pp, 8 cartes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Depuis le Moyen Âge jusqu’à l’extermination nazie, un milieu juif unique au monde a existé. De la Baltique à la mer Noire, du Dniepr à l’Oder, enraciné dans les vastes plaines de Pologne, accroché aux flancs des Carpates, blotti dans les vallées, le shtetl (« bourgade », en yiddish) fut un lieu de vie religieuse, sociale, politique et culturelle foisonnante. Ce milieu traditionnel, à cause de son autonomie et de la solidarité de ses membres, de la diversité de sa vie associative, a permis l’éclosion et la pénétration des idéologies modernes : Haskala, sionisme, nationalisme culturel, socialisme dans ses diverses tendances. Malgré la misère, le chômage et la discrimination, sa population – surtout sa jeunesse – multiplia les partis politiques, les écoles juives séculières, les bibliothèques, les troupes théâtrales, les associations éducatives et culturelles. Par son inventivité, par ses tensions, le shtetl demeure une source d’inspiration que ce livre nous restitue dans ce qu’elle a d’irremplaçable.

36.              FERRO (Marc). Les individus face aux crises du XXe siècle. L'histoire anonyme. Odile Jacob, 2005, gr. in-8°, 430 pp, 16 illustrations, notes bibliographiques, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            20

La plupart des gens ne vivent pas dans l'Histoire, dans l'actualité, ils vivent leur vie. L'Histoire ? Beaucoup de gens la subissent alors que c'est avec eux qu'elle compose ses drames. Ils s'assurent contre le vol ou l'incendie. On ne saurait s'assurer contre l'Histoire. Telle est l'Histoire anonyme où se nouent de nombreuses intrigues entre les événements et la vie de chacun. Elle concerne aussi bien vous que moi ou des individus que ces mêmes événements ont transformés en personnages historiques... tel de Gaulle. Voici Marcel N., qui n'avait rien contre les Allemands et qui, "étant en règle et en vacances" cet été 44, refuse d'échapper à une rafle et meurt dans un camp : il voulait ignorer l'Histoire. A l'opposé, la participation à l'Histoire est le sang qui fait vivre cette militante, Olga K. Elle s'identifie à la classe ouvrière et, pour sauver son avenir, avoue devant des tribunaux staliniens des crimes qu'elle n'a pas commis. D'autres, au nom des principes de la Révolution française, se révoltent et, en Algérie, luttent pour l'indépendance du pays. Alors que d'anciens résistants, au nom des mêmes principes, participent à l'OAS pour les combattre. Il en est qui, en 14-18, ignorant les institutions, leurs règles et l'Histoire, quittent le bord de la route lors d'une retraite et ainsi, sans le savoir, désertent et se font fusiller. En analysant les comportements des individus pendant les grandes crises de ce siècle – révolutions, montée du nazisme, crises économiques, etc.–, on éclaire le passé et on tente ainsi de mieux maîtriser l'avenir. (4e de couverture)

37.              FLOHIC – Paul Charbon, Patrick Marchand, Pascal Rabier, Benoît Oger. Le Patrimoine de La Poste. Charenton, Flohic Editions, 1996, gr. in-8°, 480 pp, préface d'André Darrigrand, très richement illustré d'environ 2000 gravures et photographies en noir et en couleurs, avec notices, biblio, cartonnage souple illustré de l'éditeur, bon état

            40

“Le Patrimoine de La Poste” recense pour la première fois les éléments patrimoniaux d'une grande entreprise française de service public. Fruit d'un inventaire systématique, l'ouvrage dévoile les documents d'archives, les architectures (relais, centres de tri, bureaux de poste, etc.), les véhicules, les objets quotidiens (sacoches, costumes, etc.), les machines et les outils liés au traitement du courrier (timbres, cachets, flammes, etc.), les produits de l'épargne et des services financiers, les structures internes propres à la formation, aux régimes de protection, ou bien encore les collections des principaux musées postaux, autant de témoins qui se font l'écho de la culture de l'entreprise. En retraçant l'évolution des services postaux, cet ouvrage met en lumière le caractère omniprésent de l'entreprise dans le paysage rural et urbain et surtout dans l'esprit de chacun. — Table : Du cri à l'écrit ; Des messagers à la poste aux chevaux ; Naissance de la poste aux lettres ; Les postes sous le régime des fermes ; De la ferme générale des Postes à la création du ministère des Postes et des Télégraphes ; De la Poste aux PTT, 1878-1918 ; L'aviation postale ; La poste d'outre-mer ; Des années folles à la fin de la Seconde Guerre mondiale, 1918-1945 ; La fabrication du timbre-poste ; La poste et les Trente Glorieuses, 1945-1970 ; Les timbres-postes ; La poste contemporaine ; Les musées de la Poste.

38.              GALL (Lothar)( dir). Interrogeons l'histoire de l'Allemagne. Les voies de la démocratie parlementaire. Bonn, Deutscher Bundestag, 1998, gr. in-8°, 511 pp, préface de Rita Süssmuth, 502 illustrations et photos en noir et en couleurs, 8 cartes et un plan de Berlin en couleurs, chronologie, 7 tableaux en couleurs en dépliants sous pochette in fine, broché, couv. illustrée, bon état

            30

5e édition entièrement révisée du copieux catalogue de l'exposition au Deutscher Dom, à Berlin. — Table : I. De la société corporatiste à la société bourgeoise ; II. La révolution de 1848-1849 ; III. La révolution industrielle et la création du Reich ; IV. L'Allemagne impériale ; V. La République de Weimar ; VI. Le Troisième Reich ; VII. L'Allemagne divisée ; VIII. Sur la voie du temps présent ; Le Berlin parlementaire.

39.              GÉGOT (Jean-Claude). La Population française aux XIXe et XXe siècles. Ophrys, 1989, in-8°, 144 pp, préface de Pierre Guiral, lexique, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Synthèse et Histoire)

            10

"Si le souci démographique n'est pas neuf, les méthodes des statistiques pour traiter le problème se sont de plus en plus affinées durant ces dernières années. C'est de ces réflexions et de ces méthodes que J.C. Gégot nous fait aujourd'hui profiter. L'ouvrage excellent est complété par de précieux appendices ou par d'éclairants dossiers. L'analyse est vivante et par conséquent passionnante." (Pierre Guiral)

40.              GIRARD (André). Le Coq, personnage de l'histoire. Bourges, Chez l'Auteur, 1976, pt in-4°, 130 pp, 30 illustrations en héliogravure, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            30

Très intéressant ouvrage sur la symbolique du coq par Monseigneur Girard (1903-1999). — "Monseigneur André Girard, Président de la Commission d'Art sacré du Diocèse de Bourges, nous présente le coq non plus confiné au rôle de girouette au haut du clocher mais en tant que symbole multiple dont le rôle mystique religieux patriotique-iconographique nous est rapporté avec précision et humour. L'ouvrage est divisé en quatre grands chapitres : Le Coq, personnage sacré ; Le Coq, personnage folklorique ; Le Coq, personnage français ; Le Coq, personnage chrétien. De chacun de ces chapitres, nous extrayons les paragraphes suivant, extraits : Les Combats de Coq ... Supus ti Lus ... Us et Coutumes, Proverbes et Dictons, Contes et Légendes, Le Coq dans la vie française, En Compagnie de St Pierre, dans l'Art Chrétien, au sommet des cloches. Autant de chapitres traités de façon sobre, concise et qui renvoient les spécialistes à de nombreuses références :bibliographiques (155), 30 illustrations et un index des noms de lieux et des noms de personnes complètent ce petit traité du Coq." (M. Fiocre) — "Voici une intéressante petite synthèse sur le rôle du coq à travers les âges, tant comme élément du folklore (celui du Berry surtout est mis ici à contribution), que comme emblème du peuple français depuis le XVIIe siècle (et non depuis les Gaulois !). Du point de vue de l'histoire religieuse, nous rencontrons bien sûr le coq de saint Pierre, mais surtout la signification complexe des coqs de nos clochers (cf. chapitre 4). Saluons – ce n'est pas chose si fréquente – la grande qualité de la présentation : illustration irréprochable, double index, etc. Je regretterai seulement que l'auteur, emporté par son sujet, ait étendu sa sympathie au cruel divertissement que sont les combats de coqs." (Claude Savart, Revue d'histoire de l'Église de France, 1978)

41.              GOURARIER (Zeev). Arts et manières de table en Occident, des origines à nos jours. Thionville, Gérard Klopp éditeur, 1994, in-4° (24,5 x 34), 239 pp, préface de Jean-Pierre Babelon, 159 illustrations en noir et en couleurs, dans le texte et à pleine page, notes, biblio, reliure pleine toile de l'éditeur, titres dorés au 1er plat et au dos, une illustration contrecollée au 1er plat, bon état

            70

"Dans un ouvrage magnifiquement illustré, Zeev Gourarier, conservateur du Patrimoine au Musée des arts et traditions populaires, présente une intéressante fresque sur les manières de table occidentales depuis la préhistoire jusqu'à aujourd'hui. À l'aide d'une importante bibliographie relative à l'archéologie, aux arts, aux techniques et à l'anthropologie, il contribue à éclairer le nouveau thème historique que constitue la culture matérielle. Perçue sur la longue durée, le livre est encore plus passionnant. Passé le temps du cru, la culture du cuit implique la consommation des aliments accroupi autour d'un foyer. La sédentarisation, grâce à la culture du blé et de la vigne, permet l'amélioration de l'alimentation qu'on prend, chez les Gaulois comme chez les Égyptiens, assis autour d'une table plus ou moins haute. C'est d'Orient et de l'époque d'Assurbanipal (668-631 avant J.-C.) que l'habitude, conservée durant toute l'antiquité classique, se prend de manger couché environné d'une vaisselle particulièrement ostentatoire. Sans être à l'origine d'une rupture totale, les Barbares modifient cet usage : Frédégonde assoit ses invités sur un banc. La fin du Moyen Âge voit naître, dans les milieux de cour, une nouvelle commensalité. Sur des tables provisoirement dressées sur des tréteaux, où l'on ne s'assied que d'un seul côté, peu d'objets prennent place : par personne, un tranchoir (en pain ou en bois) pour recevoir la viande et un couteau pour la découper. (...) C'est à l'époque de la Renaissance que le couvert individuel apparaît : une assiette – d'abord métallique –, un couteau, une fourchette et une serviette qu'on pose sur le bras ou qu'on noue autour du cou. Comme par le passé, et pour longtemps encore, le verre reste absent des tables : un domestique l'apporte à la demande. (...) Mais " l'apogée des arts de la table " est bien la période 1651-1789. De là date la gastronomie française illustrée par la formation de "l'ordre des coteaux", une compagnie de gastronomes, la publication du Cuisinier français, de La Varenne, en 1651, et l'invention de l'écriture gastronomique avec Grimod de la Reynière. Tout change alors : les mets ne sont plus recouverts de sauces variées mais s'apprécient pour eux-mêmes ; les manières de cuire dans la cheminée – sous la braise, bouillir, rôtir – s'enrichissent du potager ; le sucre de canne et les ingrédients de base – bouillons, liaisons, farces – apparaissent. Les manières de table se modifient à leur suite. La salle à manger s'impose en 1735, quand Louis XV crée, à Versailles, une salle à manger d'été et une autre d'hiver décorées par le déjeuner d'huîtres de Jean François de Troy. La table à manger fixe lui succède dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Face à la richesse des inventions du XVIIIe siècle, les apports du XIXe siècle sont peu nombreux : le verre posé debout sur la table, les couverts individuels qui se dédoublent ou se triplent devant chaque convive et le "service à la russe", où le choix individuel n'est plus possible. Enfin, les usages de table se diffusent dans l'ensemble de la population. Au XXe siècle, le service, désormais bien organisé, ne se modifie pas..." (Françoise Bayard, Cahiers d'histoire, 1997) — “Des origines à nos jours, fastes des grands siècles, objets et documents époustouflants.” (Feuilles d'Or, 1995) — “La grande et belle histoire des arts et des manières de table que nous fait brillamment déguster Zeev Gourarier dans un livre somptueux.” (Jean-Louis Pradel, L’Evènement du Jeudi)

42.              HAUDRICOURT (André-G.) et Louis HÉDIN. L'Homme et les plantes cultivées. A.M. Métaillié, 1987, in-8°, 281 pp, préface de Michel Chauvet, cartes, biblio, biblio complémentaire, index des noms de personnes et de lieux et index des espèces, broché, couv. illustrée, soulignures crayon, état correct

            25

La domestication ne s’arrête pas à la seule relation que l’homme entretient depuis des millénaires avec les animaux, mais elle comprend aussi celle, plus complexe et beaucoup plus ancienne, qu’il a avec les plantes. Confronté dès l’origine au monde végétal qu’il craignait et respectait, poussé par des besoins alimentaires, vestimentaires, médicaux et spirituels, l’homme a organisé sa vie en fonction de certaines plantes. A la croisée de la botanique, de la biologie et de l’ethnologie, “L’Homme et les plantes cultivées”, qui fonda l’ethnobotanique il y a plus de quarante ans, n’a, en France, pas d’égal jusqu’à ce jour. — "L’Homme et les plantes cultivées est un ouvrage écrit à quatre mains par André-Georges Haudricourt et Louis Hédin et publié en 1943 par Gallimard dans la collection « Géographie humaine ». L’ouvrage se démarque par ses ambitions multiples traduisant la perspective pluridisciplinaire de ses auteurs. Ce livre deviendra le premier d’une discipline foisonnante : l’ethnobotanique. Comment comprendre qu’en 1943, dans une France meurtrie par l’Occupation, deux jeunes chercheurs s’intéressent à l’origine du maïs, aux divers sens du mot blé ou à l’introduction tardive en Europe de la « papa » péruvienne, plus connue sous le nom de pomme de terre ? En effet, plus qu’une simple étude portant sur la culture du topinambour ou des graminacées en Europe, il s’agit d’un travail de retranscription historique et de géographie humaine. Comment faire de nos plantes cultivées un enjeu historique et géographique de premier ordre ? C’est toute la démarche d’André-Georges Haudricourt et de Louis Hédin dans cet ouvrage riche en analyses fines et en conclusions pertinentes. Haudricourt propose un tour du monde des sociétés agricoles : des agricultures exotiques, des « plantes cultivées par les hommes de race blanche avant Colomb », des plantes cultivées à l’époque moderne..." (Carole Brousse, « Le patrimoine génétique de L’Homme et les Plantes cultivées : historiographie d’un ouvrage riche en ancêtres et fécond en héritiers », Le Portique, 2011)

43.              HAUPT (Georges). L'Historien et le mouvement social. Maspero, 1980, in-8°, 343 pp, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Bibliothèque Socialiste)

            25

Recueil de neuf études sur l'histoire du mouvement ouvrier et le socialisme : Pourquoi l'histoire du mouvement ouvrier ? ; La Commune comme symbole et comme exemple ; De Marx au marxisme ; Lénine, les bolcheviks et la IIe Internationale ; Guerre ou révolution ? ; L'Internationale et l'Union sacrée en août 1914 ; Guerre et révolution chez Lénine ; etc. — "Georges Haupt est mort en 1978. Il avait été, un peu à l'écart du public, parmi les plus grands des historiens français de ces dernières années, contribuant à renouveler en profondeur les orientations et les méthodes de l'histoire du mouvement ouvrier. Le présent volume, qu'il a encore pu préparer lui-même, réunit des études déjà publiées, mais relativement peu accessibles. Elles concernent principalement l'histoire internationale des organisations socialistes avant la Grande Guerre et la Révolution d'Octobre. On trouvera aussi bien des exemples d'analyse sociale des mentalités militantes et des processus de direction, que des interprétations approfondies du travail idéologique de théoriciens comme Kautsky, Lénine, Rosa Luxembourg. Une phrase me permettra de signaler brièvement l'ampleur des problèmes soulevés : « Avec l'apparition des groupes dirigeants sur le plan national (...) le modèle bourgeois exerce une forte influence (...) le mouvement ouvrier, qui n'est pas parvenu à opposer un contre-modèle, succombe ainsi à un processus social dont le profil acquis par les groupes dirigeants n'est que l'expression » (p. 275)." (Pierre Vallin, revue Etudes, 1980)

44.              HENNIG (Jean-Luc). Bestiaire érotique. Albin Michel, 1998, gr. in-8°, 393 pp, index, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, bon état

            25

Saviez-vous que la libellule, lorsqu'elle s'accouple, fait le saut de l'ange ? Que le dauphin est parfois attiré par les animaux de son sexe ? Qu'un accouplement de crapauds peut durer jusqu'à cinquante-six jours ? Que la taupe mâle, malgré sa petite taille, possède les attributs les plus conséquents qui soient ? Que le dos du crocodile, reptile amphibien qui expédie l'acte d'amour en quelques secondes, offre aux femmes un siège fort excitant ? Décidément, le monde animal recèle d'insoupçonnables merveilles. Ce sont les plus belles d'entre elles que Jean-Luc Hennig, infatigable curieux, auteur du “Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes”, nous fait partager dans ce bestiaire peu commun. Mêlant savamment humour et érudition, il nous conte de A à Z la fascinante singularité du comportement animal. De la mythologie indienne aux fables africaines, de Lucrèce à Alexandre Vialatte, cet élégant répertoire zoologique fourmille d'histoires amusantes, incroyables, torrides. Troublant et brillant essai sur les rapports entre l'homme et l'animal, sur l'imaginaire qu'ils ont suscité dans la littérature et l'histoire de l'art, ce Bestiaire érotique nous révèle aussi la part de bestialité qui est en nous. Miroir de notre âme et de notre sexualité la plus secrète et inavouée, la gent animale a beaucoup à nous apprendre. Une belle leçon d'érotisme et de savoir aimer.

45.              HILL (Tim). The Beatles. Quatre garçons dans le vent. Editions Place des Victoires, 2008, in-4°, 448 pp, traduit de l'anglais, préface de Jean-Claude Perrier, très nombreuses photos en noir et en couleurs, discographie, index, reliure cartonnée de l'éditeur, bon état

            25

Sur plus de 440 pages richement agrémentées d’archives du Daily mail, il sera possible au lecteur de se replonger intégralement dans la vie des Beatles, et de revivre la légende du mythique groupe de Liverpool. Chronologie, traductions d’articles de journaux, montages photos : tout est réuni pour faire de ce livre LE livre définitif sur LE phénomène musical des années 1960. Les jeunes fans des Beatles apprendront via ce livre la grande Histoire des Beatles, tandis que les fans les plus érudits se délecterons quant à eux de superbes photos, dont beaucoup sont rares, et inédites. — "On n’en finira donc jamais avec cette bande des quatre. Et c’est tant mieux. Les histoires de Beatles sont comme les aventures de Tintin. Il suffit d’ouvrir n’importe lequel de leurs albums pour que de nouveau la magie opère, inlassable, à cœur ouvert. A cet égard, “The Beatles, quatre garçons dans le vent” a tort de se vanter d’être « LE livre définitif ». Car rien n’est jamais définitif dès lors que l’histoire mute en mythologie. D’autant qu’il n’avait pas besoin de cette surenchère pour gagner ses galons d’ouvrage de référence : une iconographie de première (centaines de photographies extraites des archives du quotidien britannique Daily Mail), des commentaires cliniques qui empêchent pathos, fétichismes et pleurnicheries, des archives d’époque (billets de concerts, coupures de presse…), une chronologie tatillonne et, enfin, une mise en page qui a le bon goût de citer le style, mi yé-yé Salut les copains mi psychédélique (école Milton Glaser), de la splendide époque considérée : du 6 juillet 1957, lorsque Paul meets John dans une kermesse à Liverpool, jusqu’au 8 mai 1970, quand sort en Angleterre, Let it Be, l’album terminal. (...) Signe d’excellence, ce livre est comme un album inédit des Beatles. On le feuillette et à chaque page ce sont des classiques qui repassent en sourdine sur notre juke-box mental. Yesterday, par exemple." (Gérard Lefort, Libération, 11 décembre 2008) — "On reconnaît les artistes mythiques à ceci que le temps qui passe ne fait qu'accroître leur aura. Elvis Presley, Jim Morrison, Jimi Hendrix, le Beatles. Un groupe de quatre garçons dans le vent que les moins de soixante ans, qui ne peuvent les avoir connus, vénèrent tout comme leurs aînés, tandis que les plus jeunes les découvrent et les rejoignent dans les champs de fraises où ils se baladent pour toujours. C'est cette épopée à nulle autre pareille que raconte ce livre, grâce aux archives du Daily Mail, quasiment au jour le jour. Chronique nourrie d'extraits d'articles, de centaines de photos épatantes et souvent inédites, de renseignements précis. Sans oublier une discographie exhaustive. En lisant ces pages, on a l'impression d'entendre chanter les Beatles. C'est ça l'essentiel. Quant au reste, ce n'est plus seulement du rock'n'roll, c'est de l'Histoire." (Jean-Claude Perrier)

46.              [Histoire coloniale]. Histoire de la colonisation française. 1. Restauration, Monarchie de Juillet et Second Empire, 1815-1870 – 2. Troisième République, 1871-1914. Association générale des préparations littéraires et artistiques, Centre de polycopie de la FGEL, s.d. (v. 1958), 2 vol. in-4°, (4)-88 et (4)-162 pp, texte dactylographié, brochés, bon état. Peu courant

            45

1. La colonisation française de 1815 à 1848 – La Seconde République et la colonisation – La politique coloniale du Second Empire. – 2. La politique algérienne de la Troisième République – Création et organisation de l'Indochine française de 1871 à 1914 – Expansion en Afrique Noire – L'établissement du protectorat français en Tunisie – Les Français dans la Mer Rouge – La politique française à Madagascar – L'établissement du protectorat français au Maroc (I. Le protectorat marocain ; II. La grande époque du protectorat marocain : Lyautey ou l'expérience du despotisme éclairé). — Ces cours ne sont pas signés, mais l'auteur en est probablement Emile Tersen (1895-1974), professeur à l'Université de la Sorbonne, spécialiste des mouvements sociaux du XIXe siècle et de la question coloniale, auteur d'un « Que sais-je ? » sur l'Histoire de la colonisation française aux PUF (1950) et dont d'autres cours ont été édités par le Centre de Polycopie de la FGEL (Fédération des groupes d'études de Lettres).

47.              JEAN (René). les Arts de la terre. Céramique, verrerie, émaillerie, mosaïque, vitrail. P., Laurens, 1911, gr. in-8°, 480 pp, 198 gravures, 3 cartes des centres de production de céramique, biblio, index, broché, bon état (Coll. Manuels d'histoire de l'art)

            35

"La Collection des Manuels d'histoire de l'art, publiée sous la direction de M. Henry Marcel, s'est augmentée d'un volume de M. René Jean sur les arts de la terre. Cette collection, qui étudie les arts par genres et non par pays, fait tout naturellement prédominer les considérations techniques sur les considérations historiques. Une étude de ce genre n'en apporte pas moins de précieux renseignements sur l'histoire de l'humanité. Les céramistes, malgré la fragilité de leurs produits, laissent après eux des monuments presque impérissables. Guerres, incendies et tremblements de terre, qui détruisent tant de choses, laissent subsister les tessons ; sous la pioche des archéologues, ils réapparaissent ensuite, seuls débris de civilisations si lointaines, que leur architecture est anéantie et leur littérature impossible à déchiffrer. Quand un archéologue, d'esprit ingénieux et philosophique, comme M. Pottier, fait parler ces débris modestes, il nous montre en même temps combien les historiens sont encore loin d'avoir épuisé tout ce que peut leur fournir cette philologie de la céramique. Ainsi les chapitres de M. René Jean sur la céramique antique, grecque, persane, musulmane, chinoise suggèrent sur les civilisations orientales leur continuité, leur solidarité, quantité de notions que ne peut soupçonner l'histoire purement politique. L'auteur, après avoir amassé une somme considérable de connaissances, les a classées avec méthode et les a exposées avec clarté et agrément. Il a réussi un livre difficile." (Louis Hourticq, Revue Historique, 1912) — L'auteur était conservateur de la bibliothèque Doucet.

48.              LARGUIER (Léo). Les Trésors de Palmyre. Curieux, collectionneurs, amateurs d'art. Plon, 1938, in-12, 245 pp, 7 gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état

            20

"Léo Larguier évoque ici neuf des plus célèbres collectionneurs. Et d'abord Nicolas Fouquet, l'hôte des Nymphes de Vaux, le surintendant que châtia si durement Colbert. La disgrâce fut pour Fouquet aussi cruelle que la fortune avait été magnifique. Seuls, le bonhomme La Fontaine et la marquise de Sévigné lui restèrent fidèles. La rigueur de la punition était-elle due seulement à une comptabilité trop fantaisiste ? Le prisonnier ne payait-il pas plutôt de très vieilles jalousies du roi Louis XIV qui, reçu à Saint-Mandé en 1657, y avait jugé la maison de l'amateur trop fastueuse, son goût trop parfait ? Léo Larguier décrit en 1842 une journée d'un autre amant du passé, M. La Caze, qui eût mérité de figurer à côté du bibliomane de Charles Nodier, penché sur le souvenir de ses confrères, doctes et patients et spirituels au-delà de la mort. Le chapitre le plus réussi du livre est sans doute l'évocation d'un collectionneur de 1900, M. Chauchard ; la description du vernissage du Salon est du plus heureux effet. Le président, Emile Loubet, et sa suite parcourent au petit trot les salles avec des compliments habilement troussés. Les hommes ont arboré des jaquettes impeccables. La République a 30 ans à peine et se coiffe comme MIle Cleo de Mérode. On croise M. Henry Houssaye, de l'Académie française, M. Georges Ohnet, M. Brieux qui porte une barbe de rapin montmartrois, Mlle Bartet, exquise, Mounet-Sully, le comte Robert de Montesquiou-Segonzac et Jean Béraud. M. Chauchard, opulent, important, « généreux mécène », déclare : « Le Salon est cette année d'une tenue exceptionnelle. Le malheur est qu'il faudrait des semaines pour tout voir. Trop de talents... II y en a trop. » Et il rentre vers son hôtel de l'avenue Velasquez, où n'avaient droit de cité que des choses signées et définitivement classées, de préférence des scènes rustiques et militaires. Il légua toutes ses collections à l'Etat, en spécifiant que son portrait par Benjamin Constant devait figurer au milieu d'elles et son buste en marbre, « sur lequel, disait-il, je porte la croix de grand-officier »." (Fribourg (Suisse), La Liberté, 13 fév. 1939) — Table : Souvenirs et regrets de Nicolas Fouquet (1675) – M. de Marolles, abbé de Villeloin, ou l'amateur d'estampes – La Dame de Volupté (1670-1736) – Dans la boutique de Gersaint (18 juillet 1745) – Monsieur La Caze [Portrait du grand amateur d’art Louis Lacaze (1798-1869), qui légua sa collection au Musée du Louvre] – Le déjeuner de M. Rochebilière – Monsieur Chauchard – Mon ami Charles Martine – Les Cousins Pons.

49.              LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). De Belzébuth à Louis XVII. Affaires étranges. Grasset, 1950, in-12, 300 pp, 4 gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. La Petite Histoire, 13)

            20

"Une série de chroniques parues dans “le Temps” de 1899 à 1914. Les dons habituels de G. Lenotre n'y manquent pas. Lenotre estime que Louis XVII dû s'évader du Temple, mais que l'évasion n'a jamais été démontrée scientifiquement. Quant à Naundorff, son imposture ne fait pas l'ombre d'un doute." (Georges Huisman, Hommes et mondes, 1951)

50.              LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Existences d'artistes. De Molière à Victor Hugo. Grasset, 1949, in-12, 342 pp, 8 gravures hors texte, broché, couv. illustrée, papier lég. jauni, bon état (Coll. La petite Histoire, 11)

            20

"Les “Existences d'artistes”, de G. Lenotre (Grasset), sont un choix de ses chroniques relatives à la vie privée de quelques grands hommes des arts ou des lettres. Ces pages n'ont pas perdu leur fraîcheur, et permettent d'espérer que plusieurs recueils posthumes pourront être encore édités du plus amusant des historiens." (André Thérive, “Le Temps”, 10 janvier 1941)

51.              LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Héros d'aventures. Grasset, 1957, in-12, 313 pp, 8 gravures hors texte, broché, couv. illustrée lég. salie, bon état (Coll. La petite Histoire, 15)

            25

"La collection « La Petite Histoire » a pour objet de rassembler les quelque deux mille articles que le regretté G. Lenotre a publiés, pendant un demi-siècle et avec le talent que l'on sait, dans des journaux et des revues fort divers. Le quinzième volume, Héros d'aventures, vient de paraître. Il groupe trente-deux récits où évoluent, avec le naturel et l'aisance des êtres vivants, Casanova ou Brummel, la chevalière de Fréminville ou Mme de Lavalette, – qui l'une et l'autre adoptèrent au moins durant une heure des vêtements d'un sexe qui n'était pas le leur, – Vincent de Paul en Barbarie, Franklin à Londres et Louise Contat rendant visite à Corvisart. Que le charmant conteur nous conduise chez les Hurons ou au sommet du Mont Blanc, du tripot de Mme Permon au taudis où sa fille – cette spirituelle et élégante duchesse d'Abrantès qui dilapida des millions, – devait expirer, on poursuit avec un intérêt sans cesse tenu en éveil le récit d'épisodes qui, sous la plume de Lenotre, constituent « une ample comédie aux cent actes divers et dont la scène est l'univers ». Et, en refermant ce livre, on s'aperçoit que, si les romans d'actualité composés à l'époque qu'évoque l'historien ont terriblement vieilli, les récits de « La petite Histoire » ont gardé toute leur fraîcheur." (Revue des Deux Mondes, 1958)

52.              [Littérature] – BURROUGHS (William). The Naked Lunch. Paris, The Traveller’s Companion Series published by the Olympia Press, July 1959, in-8° (17,5 x 11), 226-(3 ff.) pp, encadrement vert sur la page de titre, broché, jaquette illustrée, ex-dono manuscrit en page de faux-titre, bords du premier feuillets lég. sali, bon état. Edition originale. Avec l’indication de prix « Francs : 1,500 » en quatrième de couverture. Exemplaire bien complet de la jaquette à rabats illustrée

            1000

Le livre a été composé entre 1954 et 1957 par Burroughs, qui résidait alors à Tanger, au Maroc. “The Naked Lunch” se veut une descente cauchemardesque dans l'esprit d'un junkie, transcendant la forme classique du roman en le déstructurant, maltraitant la forme et le fond, donnant chair à ses divagations morphinisées dans des allégories oscillant de la science-fiction à la tragédie, parlant de modifications corporelles, d'orgies homosexuelles, de complots et de créatures angoissantes, dans un pays étrange, lieu de toutes les folies, nommé Interzone. (Jean-Pierre Dutel)

53.              MARIN (Louis). Détruire la peinture. Editions Galilée, 1977, in-8°, 203 pp, broché, couv. illustrée à rabats, bon état, envoi a.s.

            30

“Détruire la peinture”, ce titre n’est pas un manifeste de notre modernité, mais un fragment de citation. Inactuel ou intempestif, à votre guise. Poussin, à Rome, dit du Caravage qu’il était venu au monde pour détruire la peinture et cependant il est dit aussi qu’il possédait l’art de peindre tout entier. Un essai non point pour résoudre une contradiction mais pour développer une inconsistance du système représentatif dans le procès de peindre de Poussin au Caravage et vice versa. Où il sera question de mimésis et de fantaisie, d’histoire et d’action, de perspective et de ténèbres, de mort et de décapitation... (L. M.)

54.              MAYAUD (Jean-Luc). 150 ans d'excellence agricole en France. Histoire du Concours général agricole. Belfond, 1991, in-8°, 196 pp, préface de Louis Mermaz, 32 pl. de gravures et photos hors texte, 26 cartes et 11 graphiques, sources et biblio, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            30

Inauguré en 1844 avec le Concours des animaux gras du marché de Poissy et officiellement lancé en 1870 à Paris, le Concours général agricole est né de l'initiative d'une élite volontariste qui désirait démontrer la supériorité des races anglaises. Cette « fête de la graisse », célébrée chaque année, cède bientôt place aux confrontations entre les multiples races locales sélectionnées et améliorées pour satisfaire les besoins des agriculteurs et des consommateurs. Depuis 150 ans, le concours général agricole a su se diversifier : des épreuves pour toutes les races bovines, ovines et porcines ont été créées, qui différencient animaux gras et reproducteurs ; d'autres ont été progressivement ouvertes aux animaux de basse-cour, aux produits de laiterie, aux vins et, plus généralement, à toutes les productions agricoles. Ce siècle et demi de compétitions permet de cerner plusieurs aspects de l'excellence agricole française : l'apparition d'une élite sociale qui évolue du hobereau du XIXe siècle à l'agriculture-entrepreneur d'aujourd'hui ; l'implication progressive de l'Etat, qui en est venu à utiliser le Concours général pour définir les orientations de sa politique agricole. Occasion unique de confrontation et d'émulation des éleveurs primés lors des comices agricoles et des concours régionaux, le concours général agricole, dont l'ouvrage de Jean-Luc Mayaud retrace l'histoire et dépeint la réalité actuelle, demeure la principale manifestation du salon international de l'agriculture. — "Alors qu'abondent les travaux concernant l'élevage, curieusement le Concours général agricole, véritable révélateur de la qualité de la production animale, n'a guère jusqu'ici fait l'objet d'étude. L'ouvrage de J.-L. Mayaud vient à point nommé combler cette lacune. L'auteur analyse sur la longue durée l'émergence et la reconnaissance institutionnelle d'une compétition, dont il retrace les enjeux économiques, sociaux et politiques. Symbole d'excellence agricole, le Concours général agricole reflète avec fidélité non seulement des conceptions successives en matière d'élevage, mais encore, à travers les palmarès, le renouvellement des élites d'éleveurs depuis les hoberaux agronomes et anglomanes « coureurs de concours » jusqu'aux lauréats issus d'une véritable paysannerie. De Poissy à la porte de Versailles, en passant par La Villette et les Champs Elysées, J.-L. Mayaud trace un itinéraire qui conduit chronologiquement le lecteur du Comice agricole réservé aux happy few à « la plus grande ferme de France ». De nombreuses cartes, très suggestives, sur l'origine géographique des candidats et d'abondantes photographies et illustrations, non dénuées d'humour, complètent de façon agréable et utile cet ouvrage qui apporte une contribution certaine à la connaissance des élites agricoles." (Ronald Hubscher, Annales ESC, 1993)

55.              MERSON (Olivier). Les Vitraux. P., Alcide Picard & Kaan, 1895, in-8°, 314 pp, 125 gravures dans le texte, reliure percaline bordeaux, décor à froid et titres dorés au 1er plat (rel. de l'éditeur), fer doré de la Caisse des écoles du IVe arrdt (1908) frappé au 1er plat, bon état (Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts)

            30

Important ouvrage historique sur les vitraux depuis les origines et le XIIe siècle jusqu'au XIXe . — "L'auteur a entendu faire surtout une maniére de guide à travers tant de monuments qui subsistent, plus ou moins intacts, bien ou mal réparés, de la peinture sur verre aux différentes époques. Cependant, il dépasse rarement les frontières de notre pays. A son idée, l'art du vitrail n'est pas, peut-être, un art national, originairement français, quoi qu'on dise. Non plus la gloire de la Renaissance, en ce siècle, du décor translucide, ne saurait à titre légitime nous appartenir. Mais nulle part les beaux modèles n'étant à beaucoup près en aussi grand nombre que chez nous ; d'un autre côté, s'ils n'ont point sonné le réveil du vrai vitrail, nos verriers étant allés fort au delà de ceux qui les ont devancés, il a semblé à l'auteur que son étude serait, dans sa forme restreinte, assez complète, au point de vue esthétique, pour qu'il ne fùt pas besoin de rechercher beaucoup d'arguments et d'exemples cosmopolites..." (Avis au lecteur)

56.              MISTLER (Jean). La Librairie Hachette de 1826 à nos jours. Hachette, 1964, pt in-4°, 407 pp, un portrait en frontispice de Louis Hachette et 64 pl. de gravures et photos hors texte, un tableau généalogique, reliure plein chagrin bordeaux éditeur, dos à nerfs, tête dorée, étui bordé, bon état. Tirage limité à 3000 exemplaires, celui-ci un des 400 ex. hors commerce numérotés et reliés en plein chagrin. Bel exemplaire

            100

Jean Mistler fut directeur du département de littérature générale à la Librairie Hachette de 1964 à 1969.

57.              NICOLET (Claude). L'idée républicaine en France (1789-1924). Essai d'histoire critique. Gallimard, 1982, in-8°, 512 pp, broché, bon état (Coll. Bibliothèque des histoires)

            25

Une histoire critique de l'idéologie républicaine. — Il était temps qu'un historien, bien connu pour son attachement aux Républiques tant au passé que dans la France contemporaine, se demande si, en français, le mot République a un sens, et lequel. Ce livre ne se limite pas à un historique de l'idée républicaine depuis ses origines jusqu'à la grande synthèse idéologique de la Troisième République, en passant par le creuset révolutionnaire, l'oeuvre des Idéologues, les élaborations théoriques du XIXe et la Constitution de 1875. Il est aussi et surtout, sur la base d'une lecture attentive des oeuvres aujourd'hui oubliées des ténors et des Pères fondateurs, des sociologues et des juristes, des historiens et des pédagogues, une histoire critique de la raison républicaine, une enquête sur les fondements de l'ordre républicain : fondements du lien social (le contrat, la Déclaration des droits, le Code civil) ; fondements du lien politique (avec les notions de souveraineté, de représentation, de laïcité). Et plus largement encore, conditions sociales et intellectuelles de la morale et même de la science républicaines.

58.              OSWALD (Marcel). L'Evolution de la chimie au XIXe siècle. Pages choisies des grands chimistes. P., Larousse, 1913, in-8°, 128 pp, 16 portraits hors texte, broché, bon état

            25

"L'étude de la Chimie même élémentaire reste incomplète et sans grande valeur éducative, si l'on ignore comment on est arrivé à la connaissance de ses lois principales ; l'auteur de ce petit livre comble cette lacune par une histoire abrégée faite avec des extraits bien choisis des principaux mémoires, reliés les uns aux autres par des notes précises sur la marche des idées directrices, depuis Lavoisier qui introduit la notion de conservation de la masse pour arriver à l'établissement des grandes lois de Proust et de Richter. Il montre comment ont été établies les relations entre les nombres proportionnels et les propriétés physiques avec Gay-Lussac, Dulong et Petit, Faraday, Raoult et Van't Hoff. Un chapitre est consacré à l'Ecole énergétique, inaugurée avec Laplace et Lavoisier par la thermochimie, avec Berthollet par l'étude des équilibres chimiques, avec Deville, avec Gibbs et la règle des phases avec Bakhuis Roozeboom et Le Chatelier. L'auteur suit l'évolution de l'Ecole atomiste de Dalton à laquelle se rattachent les substitutions de Dumas, les notions de fonctions chimiques et d'isomérie, les travaux de Laurent et Gerhardt, de Wurtz, la théorie des ions et des quanta, les théories corpusculaires et des colloïdes. Les deux derniers chapitres sont consacrés à la chimie biologique et à la chimie appliquée. L'enseignement littéraire exige la lecture des auteurs, au moins dans des recueils de morceaux choisis. Il en est de même pour l'enseignement scientifique. Cet ouvrage comble une lacune ; nos étudiants ne lisent pas et se contentent de manuels suffisants peut être pour passer des examens, mais impuissants à assurer une formation vraiment scientifique, Rappelons qu'à la Sorbonne la préparation au Certificat de Chimie générale comporte des interrogations sur les mémoires originaux se rapportant au programme d'examen." (Revue Scientifique [Revue rose], 1913)

59.              OZOUF (Mona). L'Ecole de la France. Essais sur la Révolution, l'utopie et l'enseignement. Gallimard, 1984, in-8°, 417 pp, broché, bon état (Coll. Bibliothèque des histoires)

            25

"De ce recueil d'une vingtaine d'articles – quelques-uns vieux, déjà, d'une vingtaine d'années, la plupart écrits ou publiés entre 1979 et 1984 – je conseille vivement la double lecture qu'il mérite. Comme il se doit, la première lecture suivra les textes l'un après l'autre, et les préoccupations particulières de chacun d'eux. Elle s'accommodera du « lien un peu négligent » (p. 8) qui noue l'ensemble, cet espèce de « patchwork » (le mot est aussi de Mona Ozouf, p. 20) qui associe la Révolution française, l'école de Jules Ferry, l'utopie, la France : ce sont les quatre parties de l'ouvrage. Si l'esprit du lecteur s'y disperse un peu, il s'enrichit beaucoup tant est vaste la curiosité de l'auteur et riche son information, tant est vivante sa présentation et suggestif son don des formules. La seconde lecture s'attachera à trouver l'unité de la pensée derrière la dispersion des fragments ; et elle la trouvera, étonnante de profondeur et d'actualité. La présentation autobiographique éclaire le lecteur. M. Ozouf y évoque son enfance bretonne et son père, mort à trente-trois ans, breton de Haute Bretagne mais qui s'était converti à la cause bretonnante et s'en était fait le champion envers et contre tous, anticlérical, pacifiste, antifasciste. Elle parle d'une « existence schizophrénique » (p. 13, et le mot revient à plusieurs reprises) et d'une « question léguée par les hasards de l'existence » (p. 16) : comment fabriquer, avec tant de diversités, l'unité, c'est-à-dire, à la fois, sa propre unité et celle de la France ? Et le livre se clôt sur le souvenir du ministre républicain qui en prit à cœur la réalisation : « Jules Ferry et l'unité nationale » (c'est le titre du dernier chapitre)... Dans la voie du renouvellement de l'histoire de l'éducation, ce livre marque un précieux jalon. Que Mona Ozouf en soit remerciée." (Maurice Crubellier, Histoire de l'éducation, n° 29, 1986)

60.              [Photo] – AVEDON (Richard). Portraits. Editions du Chêne, 1976, gr. in-4°, non paginé, 72 ff., certains repliés en double page, préface d'Harold Rosenberg, 84 portraits de célébrités et d'artistes, la plupart à pleine page, reliure toile éditeur, jaquette, un coin abîmé, état correct

            60

Edition originale française de ce fameux livre de Richard Avedon proposant les portraits troublants d'écrivains (Jorge Luis Borges, Gabriel Garcia Marquez, Truman Capote, William Burroughs, Henry Miller, Carson McCullers...), cinéastes (Jean Renoir, John Ford, Groucho Marx,...), musiciens (Stravinski, Horowitz,...), artistes (Warhol,...), etc. Bien complet du feuillet volant avec la traduction en français des légendes.

61.              [Photo] – CARTIER-BRESSON (Henri). The World of Henri Cartier-Bresson. New York, A Studio Book, The Viking Press, 1968, in-4° à l'italienne (27,5 x 30,5, 339 pp, 210 photographies réalisées entre 1929 et 1966 reproduites en héliogravure, reliure pleine toile beige de l'éditeur, jaquette titrée (abîmée avec pt mque), bon état. Edition originale américaine

            70

62.              [Photo] – CENDRARS (Blaise). La Banlieue de Paris. Photographies de Robert Doisneau. Denoël, 1983, in-4°, 160 pp, 58 pages de texte + 106 planches photos de Doisneau, reliure toile noire de l'éditeur, jaquette illustrée et étui, très bon état

            70

En 1949, Doisneau et Cendrars ont enfermé dans un livre, la Banlieue de Paris, le dresseur de chiens, le prolétariat, les vieillards de l'hospice de Bicêtre, etc. Grâce à eux, on revoit les gosses en cache-nez, les usines et les cafés, on revit les dimanches et les fêtes, les mariages ou les enterrements. La prose de Cendrars bat à l'unisson des photos de Doisneau ; leur rencontre tenait du miracle. Alors qu'on réédite ce chef-d'œuvre, Doisneau se souvient : "Cendrars, je l'ai connu à Aix-en-Provence,, Il avait un béret sur la tête, un mégot toujours collé. Son visage était assez rouge... Je lui avais montré des photos de banlieue. Surtout des décors entre Gentilly et Villejuif. Il me dit : "Mais c'est là, exactement, que je me suis promené avec Fernand Léger. On cherchait le roi des gitans." Cendrars m'a écrit dans un lettre: "Nous allons faire un livre ensemble." Je lui ai envoyé mes clichés et il m'en a redemandé : "Il me manque des vues de banlieusards à la gare Saint-Lazare. Des usines. Des H.B.M. Des terrains vagues." Alors, en suivant ses indications, je suis parti prendre d'autres photos. La banlieue, pour moi, c'était comme des autoportraits. Dans ma jeunesse, ce paysage un peu absurde et agressif m'irritait. Je trouvais détestable son côté idiot, rafistolé. Aujourd'hui, on a coulé du ciment partout. Il n'y a plus, comme disait Le Corbusier, que des machines à habiter. C'est plus moche qu'avant. Les gosses n'ont plus de coin à eux pour jouer. Ils sont forcés de devenir des délinquants. Avant, les gens communiquaient. Les soirs d'été, ils étaient à califourchon sur des chaises, devant leur porte. À présent, ils montent dans leur voiture le matin, et le soir ils se plantent devant la télévision. Je ne regarde jamais les photos anciennes parce qu'on sent que le temps a passé. Ça me donne une nostalgie, une très grande tristesse. Et puis l'image de Cendrars rejoint les fantômes qui m'accompagnent là où je vais. Je ne peux plus parler avec lui, ou alors, en ronchonnant, tout seul, je lui fais des sortes de confidences." (Le Monde, 21 octobre 1983)

63.              [Photo] – KLEIN (William). New York 1954-55. Marval, 1996, gr. in-4°, 254 pp, très nombreuses photographies à pleine page, broché, un coin lég. abîmé, bon état

            120

En 1956, paraît le “NEW YORK” de William Klein, un des livres les plus importants de l'histoire de la photographie. Sa sortie a provoqué une véritable révolution dans le monde de l'image. Rompant avec traditions et tabous, Klein a d'emblée imposé un style nouveau, violent, graphique, où se mêlent humour noir, critique sociale, satire et poésie. "Pour la première fois écrit Alain Jouffroy, des photographies ont devancé l'évolution des arts plastiques. Klein a cerné, en effet, tous les thèmes traités par la suite dans la perspective du Pop Art, du Nouveau Réalisme et de la Nouvelle Figuration." Ce livre est devenu une sorte de mythe, objet de collection... introuvable. C'est pourquoi un groupement d'éditeurs européens, avec partenaires américains, a projeté cette réédition dont la forme et le contenu sont considérablement renouvelés. Près de cent pages supplémentaires avec des douzaines de photos inédites. Klein a revu à la loupe toutes ses planches de contacts pour y découvrir des images jamais publiées, certaines même jamais agrandies. Le New York d'alors n'est pas, bien sûr, celui d'aujourd'hui. Mais il est étonnant de constater combien la folie de 1995 était déjà évidente dans la vision prémonitoire de William Klein et quelle a été depuis son influence sur la photographie. Peintre, photographe, cinéaste, graphiste, Américain à paris ? William Klein échappe aux étiquettes, aux catégories, aux mouvements. Né à New York en 1928, Klein a grandi dans les "Mean Streets" de Manhattan. Sorti de l'université à 18 ans, il passe deux années dans l'armée US d'occupation (dont une à la Sorbonne, invité par le gouvernement français !). Il s'installe à Paris pour devenir peintre et travaille brièvement avec Fernand Léger. Ensuite, à Milan, il réalise une série de peintures murales pour des architectes italiens, assimilant en chemin l'évolution des arts plastiques de Masaccio au Bauhaus. En 1954, après six ans de recherches picturales, il retourne à New York et s'embarque dans une guérilla compliquée d'amour-haine avec sa ville natale. Moitié étranger distancié, moitié indigène révolté, il crée un journal photographique décapant. Il explore et catalogue comme ne l'avait fait aucun photographe avant lui la métropole de l'absurde : foules abruties, défilés débiles, violence normalisée, folle accumulation de débris urbains, murs couverts de messages Dada. Il rejette avec la photographie d'amateur, le reportage et la photo posée. Il emploie du film ultra-rapide, le grand angle, des cadrages et méthodes de tirage inhabituels, arrive à libérer l'appareil 35 mm tout en transformant accident, grain, contraste, déformation, abstraction, en un nouveau langage visuel. Le livre, qu'il met en page lui-même, déroge aussi aux habitudes de l'édition photographique par sa conception autant que par son contenu. “NEW YORK” reçoit le Prix Nadar en 1957 en France mais ne sera jamais publié aux Etats-Unis. Curieusement, à mesure que la réputation internationale de Klein grandit, il devient une figure de l'underground, là même où il a puisé son inspiration. Aux cours des années suivantes, Klein publie trois nouveaux livres de conception débridée et cinématographique : “Rome” (1956), “Moscou” (1961), “Tokyo” (1962). De 1955 à 1965, il travaille par intermittence pour le magazine “Vogue”, créant des images d'un nouveau genre, insolites et graphiques. En 1958, Klein tourne “Broadway by Light”, sans doute le premier film pop et, dans les années soixante, abandonne la photographie pour le cinéma. Parmi ses films, les sagas de Supermen Noirs : “Muhammad Ali the Greatest” (1964-74) et “The Little Richard Story” (1980) ; des documentaires politiques : “Loin du Vietnam” (1967), “Le Festival panafricain” (1969), “Grands soirs et petits matins” (1968-78) ; des longs métrages de fictions : “Qui êtes-vous Polly Maggoo ?” (Prix Jean Vigo 1967), “Mr Freedom” (1968), “Le Couple témoin” (1976), etc., fables corrosives sur les mythes idéologiques de notre époque. Dans les années 80, il renoue avec la photographie, expose dans le monde entier et publie “Close Up” (1989), “Torino 90” (1990), “Mode In & Out” (1994), et de nombreux catalogues et monographies. Il reçoit le Prix International Hasselblade, le Guggenheim Award aux USA, le Grand Prix National en France, le Kultur Preis et le Prix Agfa-Erfurt en Allemagne. Alors que, dès 1963, la Photokina de Cologne l'a placé parmi les trente plus grands photographes de l'histoire, les Etats-Unis, après un purgatoire long de 40 ans, saluent enfin l'importance de son apport : le San Francisco Museum of Modern Art, pour l'inauguration de ses nouveaux bâtiments, a organisé pour la première fois en Amérique, une vaste exposition de ses photographies de “NEW YORK”. La sortie de “NEW YORK 1954-55” est accompagnée d'expositions à travers le monde, dont celle à la Maison Européenne de la Photographie à Paris.

64.              [Photo] – PILLSBURY (Matthew). City Stages. New York, Aperture, 2013, in-4° à l'italienne, 128 pp, essay by Mark Kingwell, nombreuses photographies, reliure pleine toile brique avec une photo contrecollée au 1er plat de l'éditeur, biographie, bon état. Edition originale américaine

            40

Une collection de 100 nouveaux temps fixés par Matthew Pillsbury. « The images shimmer with the ghostly passage of time, their formal grace and careful composition everywhere undermined – and yet somehow also enhanced – by a spirit of transience », écrit Mark Kingwell dans la postface. — "City Stages" offers a paean to the visionary potential of large-format, black-and-white photography as well as to the vibrancy of the cultural landscape at a transitional moment--a moment in which our very relationship to that landscape is increasingly mediated by omnipresent screens. Over the past decade, Pillsbury has built three extensive bodies of work--"Screen Lives," "Hours" and "City Stages"--that deal with contemporary metropolitan life and the passage of time. Working with black-and-white 8 x 10 film and long exposures, Pillsbury captures a range of psychologically charged experiences in the urban environment, from the isolationism of personal technology to crowded museums, parades, cathedrals and even protests. Shot in New York, Paris, London and other major cities, the rendering of iconic landmarks and interior spaces in his images provides a stage-like setting for the performance of human activity. This monograph gathers for the first time selections from all three bodies of work.

65.              PIERRAT (Emmanuel). Les femmes et la justice. Les avocates, les magistrates et les accusées passent à la barre. Editions de La Martinière, 2016, in-4°, 176 pp, un livre-objet à l’iconographie très riche, dont de nombreux documents inédits, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, sous coffret cartonné illustré avec titres dorés, ex-dono manuscrit, bon état

            30

Avocats et juges sont aujourd'hui, dans une très grande majorité, des femmes. Si les places les plus en vue sont toujours occupées par une poignée d'hommes qui portent la robe, plusieurs "femmes de loi" ont déjà marqué l'histoire de leur empreinte. Il en est ainsi des premières avocates de France qui ont su se battre pour obtenir, à l'instar de Jeanne Chauvin, au début de XXe siècle, de prêter serment. Certaines avocates ont défendu des causes retentissantes, telles Gisèle Halimi (plaidant pour les femmes ayant avorté clandestinement), Isabelle Coutant-Peyre (avocate des groupes terroristes, qui a épousé le terroriste Carlos en prison)... D'autres sont même devenues bâtonnier dès les années 1990 : Dominique de La Garanderie, Christiane Féral-Schuhl ou encore Dominique Attias. Les femmes de loi sont également des juges, de Simone Rozès, qui a siégé comme plus haute magistrate de France, à Eva Joly, longtemps juge d'instruction. Le genre féminin siège enfin, depuis bien longtemps cette fois, du côté du... box des accusées : Marie-Antoinette, Thérèse Humbert, sans oublier les soeurs Papin, Simone Weber, ainsi qu'Henriette Caillaux, ou encore Florence Rey. Dans une salle d'audience, il n'y a pas de sexe faible, mais des femmes qui sont passées du rôle d'accusées à celui d'acteurs majeurs de la justice. Ces dix-huit portraits de femmes, brossés par Emmanuel Pierrat, sont illustrés de documents souvent inédits provenant pour la plupart du musée du Barreau de Paris.

66.              [Pléiade] – GIDE (André). Journal. I : 1887-1925. Édition établie, présentée et annotée par Éric Marty. Gallimard, 1996, fort in-12, 1840 pp, chronologie 1887-1925, notices, notes sur le texte, annexes, notes et variantes, reliure plein cuir doré à l'or fin de l'éditeur, rhodoïd, étui cartonné imprimé, bon état (Coll. Bibliothèque de la Pléiade) (Prix éditeur : 76 €)

            50

Le Journal que Gide donna à la Pléiade en 1939 était une œuvre, composée par lui et qui laissait dans l'ombre près d'un tiers du Journal intégral. La présente édition reproduit cette œuvre et y ajoute, à leur date, les passages écartés. Ces inédits – aisément repérables, puisqu'imprimés sous une forme distincte – ne sont pas seulement « l'Enfer » du Journal ; certes, ils contiennent de nombreuses pages impudiques ou scabreuses, mais ils abordent tous les sujets, de la littérature à la famille en passant par la morale et la politique. Quant aux textes déjà connus, ils ont été révisés sur les manuscrits.

67.              PLUCHON (Pierre) et Denise BOUCHE. Histoire de la colonisation française. Tome 1 : Le premier empire colonial, des origines à la Restauration. – Tome 2 : Flux et reflux (1815-1962). Fayard, 1994-1996, 2 vol. gr. in-8°, 1114 et 607 pp, 35 cartes, annexes, chronologie, sources et biblio, index, reliures souples illustrées de l'éditeur, bon état

            60

L'ancienne France, qui avait au Moyen Age conquis l'Angleterre, fondé le royaume de Sicile et participé à la création des Etats francs d'Orient, reste sur la réserve quand, aux XVe et XVIe siècles, Portugais et Espagnols se partagent le monde. En dépit de l'absence politique de la nation, des négociants et des marins issus des provinces maritimes sillonnent les eaux du globe, commerçant, pêchant, s'essayant même, en violation du monopole ibérique, à quelques tentatives d'installation. La révolte des Hollandais contre les Espagnols et leur assaut victorieux contre l'Asie portugaise des épices entraînent bientôt Français et Anglais dans la voie des conquêtes durables. Alors que le roi de France demeure en Europe prisonnier des guerres extérieures et civiles, des aventuriers lui offrent un empire colonial : la Nouvelle-France, Terre-Neuve, la Guyane, les Antilles, la Louisiane, les Mascareignes, Pondichéry. Quoique peu peuplé et mal défendu, ce domaine d'outre-mer prend conscience de sa réalité sous Colbert. Pourtant à la fin de son règne, Louis XIV concède un premier démembrement de ses possessions aux Anglais. En 1763, Louis XV ne possède plus que quelques îles et quelques comptoirs. C'est alors que la disparition de l'empire territorial en friche révèle la richesse de l'empire commercial antillais qui permet à la France de dominer les marchés des sucres et des cafés. Mais bientôt, à Saint-Domingue, la Révolution sonne l'heure du soulèvement des esclaves. Napoléon, malgré les moyens qu'il met en œuvre pour anéantir l'Angleterre et s'approprier son empire colonial, échoue. La "seconde guerre de Cent Ans", commencée sous le Grand Roi, s'achève : la Grande-Bretagne exerce une hégémonie planétaire qu'elle conservera jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale. — Au lendemain de l'écroulement de la puissance napoléonienne, la monarchie bourbonienne restaurée met beaucoup d'acharnement à récupérer les quelques territoires que l'Angleterre a accepté de lui restituer. Dans les derniers jours du règne de Charles X, l'expédition d'Alger, à l'origine opération de politique intérieure, inaugure une reprise de l'expansion qui ira s'amplifiant sous la Monarchie de Juillet, le Second Empire et plus encore la Troisième République. Ainsi s'est constitué le second empire colonial français, même si l'opinion et le personnel politique ne vibrent pas unanimement, loin de là, aux entreprises et aux succès de leurs soldats, de leurs fonctionnaires, de leurs missionnaires. Pourtant, avec la fin des opérations de conquête, les Français se rallient, de plus en plus nombreux, à l'idée de l'empire, à laquelle l'Exposition de 1931 les sensibilise davantage. Au lendemain de la Libération, ils communient brièvement dans l'illusion de constituer avec les peuples d'outre-mer une grande "Union française fraternelle". Or la Seconde Guerre mondiale, avec l'entrée en scène de puissances extra-européennes, a profondément ébranlé un édifice tenu pour indestructible. Avec une répugnance tempérée de résignation, la France se défera en peu d'années de l'essentiel de ses possessions : dans le sang et le drame (Indochine, Algérie...), ou bien dans la concertation (Afrique noire). Le prestige de De Gaulle, qui comprit, en dépit de ses préférences personnelles, la nécessité historique de cette évolution, aida grandement la nation à franchir ce cap. — "Dans le second tome de cette « Histoire », D. Bouche couvre l'ascension, l'apogée et la dislocation de l'empire colonial français à l'époque contemporaine. Le plan concilie d'une manière équilibrée les approches chronologique, géographique et thématique. L'auteur retrace d'abord les étapes de la conquête, puis décrit la colonisation, sous les modalités de l'encadrement administratif, de la « mise en valeur » et de la « mission civilisatrice » (lutte contre l'esclavage, œuvre missionnaire et sanitaire, enseignement), évoque l'Empire à son apogée dans ses aspects économiques, militaires et politiques. Enfin, elle retrace la montée des nationalismes, la tourmente de la deuxième guerre mondiale, les illusions de 1944-1946 sur l'impossible Union française et les étapes de sa dislocation. D. Bouche a le très grand mérite d'avoir maîtrisé seule une énorme documentation, dépassant sa spécialité africaniste. Elle fait preuve d'un esprit critique constant, allant jusqu'au scepticisme sur les bilans économiques de la colonisation. Elle a raison de considérer la colonisation et la décolonisation françaises comme des aspects particuliers de phénomènes historiques fondés sur l'évolution des rapports de force mondiaux à contre-courant desquels la France ne pouvait aller, comme l'a compris le général de Gaulle. On pourra pourtant regretter le choix d'arrêter abruptement le sujet en 1960 pour l'Afrique noire et en 1962 pour l'Algérie (dont la tragique transition vers l'indépendance est trop brièvement évoquée)..." (Guy Pervillé, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1992) — "... Au total, un ouvrage classique dans sa conception comme dans sa réalisation, clair et concis, sans érudition pesante comme les aimait Henri Brunschwig. Le spécialiste, l'étudiant et le lecteur curieux d'histoire coloniale y trouveront profit." (Roger Pasquier, Revue française d'histoire d'outre-mer, 1993)

68.              POIVRE D'ARVOR (Olivier et Patrick). Chasseurs de trésors, et autres flibustiers. Editions Place des Victoires, 2005, in-4°, 239 pp, 250 illustrations, photos et cartes en noir et en couleurs dans le texte et à pleine page, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            25

Francis Drake, Monbars l'Exterminateur, Jean-François Nau, Henry Morgan, Barbe Noire, John Rackam le Rouge, Ann Bonny, Mary Read... Leurs noms font frémir et rêver. Mandatés parfois officiellement mais surtout pirates dans l'âme, ils sont flibustiers, boucaniers, membres de cette communauté marginale et bigarrée des "frères de la côte", chasseurs de trésors avant tout. Unis par le désir de supplanter les Espagnols et les Portugais qui se sont partagé les richesses du Nouveau Monde, ces hommes - Français, Anglais ou Hollandais - exaltés par les promesses de butins, épris d'aventure et de liberté, font régner la terreur sur les rivages lointains des Indes occidentales et orientales. Cruels et souvent sans pitié, ils pillent, attaquent et massacrent pour assouvir leur cupidité. Les côtes et les îles sont les repaires de ces brigands des mers. Des lieux emplis de légendes et de secrets, de trésors cachés, de coffres lourds d'or, de bijoux, de pierres précieuses, de grottes regorgeant des cargaisons arrachées aux navires ennemis. Entre espoir et utopie, leur quête de l'or ne cesse jamais de nous fasciner. Les auteurs explorent cette grande épopée historique et romanesque de la mer. Ils ont mené leur enquête sur les lieux du crime et nous entraînent, dans le sillage de ces personnages légendaires, vers ces paradis infernaux, les Antilles, l'île de la Tortue, l'océan Indien, Madagascar, où ces faiseurs de butins signent dans l'or et le sang leurs actes de révolte.

69.              QUETEL (Claude) et Pierre MOREL. Les Fous et leurs médecines de la Renaissance au XXe siècle. Hachette, 1979, gr. in-8°, 302 pp, 70 illustrations dans le texte, lexique, notes, broché, couv. illustrée, bon état

            25

"De la fin du XVe siècle au XVIIe, deux attitudes se succèdent en face de la folie. D'abord considérée comme possession démoniaque et justiciable du bûcher, la folie accède progressivement au rang de maladie naturelle et les premières thérapeutiques apparaissent : on tente de la guérir, ou plus modestement de la soigner. Il est peu de maladies pour lesquelles on ait proposé un plus grand nombre de traitements et de médicaments, souvent absurdes. Le remède spécifique n'ayant pas été trouvé, on a essayé une profusion de procédés purement empiriques, de médicaments populaires, de remèdes de bonnes femmes. En trois cents pages, les auteurs nous livrent un incroyable inventaire de traitements mis en œuvre ou simplement proposés : opération de la pierre de tête, fumigations utérines, étables à vaches, trémoussoirs, ange artificiel, piano à chats, baquet de Messmer, etc. Fortuitement, on découvre ou redécouvre à beaucoup de plantes des propriétés thérapeutiques intéressantes : ellébore, belladone, mandragore, pavot, rhubarbe, séné, quinquina, coca. (...) Le bilan impressionnant dressé par les auteurs, l'horreur que nous inspire aujourd'hui la tour Chatimoine de Caen ou l'hôpital de Bicêtre, tous ces traitements qui surprennent ou amusent incitent à la réflexion. L'ouvrage se termine avant la découverte et l'application de la chimiothérapie mentale, aventure prodigieuse dont nous sommes les témoins." (Louis Cotinat, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1981).

70.              RAMON (Gabriel). Histoire de la Banque de France d'après les sources originales. Grasset, 1929, gr. in-8°, 501 pp, un portrait de Mollien en frontispice et 8 pl. de gravures et fac-similés hors texte, biblio, index, reliure pleine toile verte, dos lisse avec titres dorés, couv. (restaurée) conservée, bon état

            60

Un ouvrage classique qui reste une référence indispensable. — "Il faut louer M. Gabriel Ramon, tout d'abord de son courage. Car, écrire sur la première page d'un livre, de dimensions d'ailleurs moyennes, ce simple titre : Histoire de la Banque de France d'après les sources originales – c'est évidemment témoigner d'une belle intrépidité. Qu'on songe à tout ce qu'implique, et à tout ce qui est impliqué dans une telle histoire ? Suivre les destins du grand établissement que créèrent les décrets de 1800, et ne pas se perdre, ne pas se noyer dans l'océan illimité de faits politiques, économiques et financiers d'ordre national, d'ordre international aussi, qui constituent ce qu'on pourrait nommer « l'histoire large » de la Banque de France ; rester, au contraire, sans se laisser divertir de cette tâche, l'historiographe attentif de l'établissement lui-même ; retracer ses vicissitudes en marquant à l'occasion les liens étroits qui les rattachent, naturellement, à tel ou tel ensemble d'événements : crises politiques ou nationales, crises économiques ou financières, sans cependant céder à la tentation de faire, ou de refaire, l'histoire de ces crises même : c'est un mérite qu'il ne faut pas sous-estimer. (...) Nous ne saurions entrer dans l'examen particulier des faits qu'a réunis M. Ramon. Ce serait ou résumer son livre, ou, en ne s'attaquant qu'à un ou deux chapitres pour en marquer le fort et le faible, s'exposer au risque de demander à ce précis clair, correct, bien ordonné – j'ajoute bien présenté et bien illustré – tout autre chose que ce qu'il a voulu nous donner. Bornons-nous, au contraire, à en signaler l'apparition, le caractère et, en même temps que les qualités, les limites. Il comble assurément une lacune, une grave lacune de notre littérature historique." (Lucien Febvre, Annales, 1931) — "L'auteur, chance rare, a eu accès aux Archives de la Banque de France. Il s'est documenté en outre dans les séries AD XI et F IV des Archives nationales. Bien qu'il n'ait utilisé ni la correspondance des préfets ni les archives locales, il nous apporte des données très précieuses, des bilans, les éléments pour dresser une courbe de l'encaisse comparée à une courbe de la circulation. Son livre sera utile. L'appendice contient les instructions secrètes que le gouverneur Pallain avait préparées en vue d'une guerre possible. Ce document est du plus haut intérêt, comme beaucoup des choses que nous apporte M. Ramon." (Revue d’Histoire moderne et contemporaine, 1930) — "On a déjà beaucoup écrit sur la Banque de France, depuis plus d'un siècle qu'elle existe, mais l'ouvrage de M. Ramon est, croyons-nous, le premier qui constitue l'histoire complète et détaillée de notre institut d'émission et le seul dont l'auteur ait pu puiser largement aux sources originales. Par un privilège dont les lecteurs de ce livre n'ont qu'à se féliciter, les archives de la Banque ont été ouvertes à l'auteur. Mais, en historien soucieux de contrôler les documents mis à sa disposition, de les compléter, d'en recouper les indications, M. Ramon n'a pas manqué de recourir aux grands dépôts d'archivés publics. Les séries A. D. XI, A. F. III et IV des Archives Nationales lui ont fourni maints éléments utiles, ainsi que les archives des Affaires Etrangères. (...) On ne doit pas s'attendre à trouver dans le livre de M. Ramon un exposé critique du système bancaire français ; l'auteur a fait avant tout œuvre d'historien, mais il l'a faite entièrement, c'est-à-dire qu'il ne s'est pas borné à une monographie étroitement limitée à la vie intérieure de la Banque, à ses aspects successifs, à ses pratiques commerciales. Il a réintégré son sujet dans l'histoire économique et financière du XIXe siècle et, grâce à sa connaissance approfondie des problèmes économiques, il a su, très exactement, montrer le rôle joué par la Banque dans toutes les circonstances où le gouvernement et l'économie nationale ont eu besoin d'elle, que ce soit pendant les nombreuses crises politiques traversées par notre pays depuis vingt cinq lustres ou pendant les périodes, heureusement longues et répétées, d'essor économique. D'excellentes pages viennent, de temps à autre, interrompre la chronologie détaillée de la Banque et le minutieux examen des innombrables questions particulières qui composent l'histoire d'un grand organisme financier, pour résumer à larges traits toute une période de son activité. Il n'est pas un des chapitres de ce beau livre qui, même pour le lecteur non spécialisé dans l'histoire ou dans l'économique, ne présente un puissant élément d'intérêt. La création de la Banque et l'intervention tenace de Bonaparte pour lui faire conférer les caractères qu'elle possède encore, puis ses débuts et la vigilance de l'Empereur pour la maintenir dans la ligne qu'il lui a tracée, l'action de soutien apportée par la Banque au gouvernement pendant les dernières et sombres années de l'Empire constituent autant de sujets saisissants que M. Ramon traite avec un grand souci de la composition, mais sans rien sacrifier de la précision documentaire qui est la raison d'être principale d'un tel livre. On en peut dire autant des chapitres consacrés à la Révolution de 1848 ou à la guerre de 1870. Parmi les chapitres particulièrement utiles à la connaissance de notre histoire économique, il faut citer ceux que M. Ramon consacre à la crise des subsistances (1840-45), à la création du réseau ferroviaire, à la période du cours forcé consécutive à la guerre de 1870, on saisit là, sur le vif, quantité de problèmes techniques que les dirigeants de la Banque durent se poser et résoudre. Enfin, il va sans dire que tout ce qui concerne l'histoire interne de la Banque, de son organisation, de ses méthodes et même la psychologie de ses chefs et de son personnel est traité par M. Ramon avec un soin particulier. Nous n'aurions pas entièrement dit tout le bien qu'il faut penser de cet ouvrage, solidement charpenté et élégamment écrit, si nous ne faisions, en terminant, l'éloge de sa présentation matérielle, qui fait honneur aux arts graphiques." (Roger Picard, Revue d'histoire économique et sociale, 1930)

71.              REDSLOB (Robert). Histoire des grands principes du droit des gens depuis l'antiquité jusqu'à la veille de la Grande Guerre. P., Rousseau et Cie, 1923, gr. in-8°, (8)-600 pp, index des matières et index des noms, broché, qqs soulignures crayon, bon état, envoi a.s. daté de février 1943

            80

L'auteur était professeur d'histoire des traités à la Faculté de droit et des sciences politiques de l'Université de Strasbourg. — "Il appartient à l'historien du droit de suivre l'évolution des principes dans la doctrine et dans les faits. M. R. établit quatre grands principes, ou maximes du droit des gens, à savoir : la force obligatoire des conventions, la liberté de l'Etat, l'égalité et la solidarité. Il s'attache à retrouver les quatre principes, et à signaler les phases de leur développement, à travers l'histoire ancienne et moderne, qu'il divise en neuf périodes : le monde antique, le moyen-âge et l'époque des guerres de religion, la période des « guerres dynastiques » (1648-1789), la révolution et l'ère napoléonienne, les traités de 1814 et de 1815, la restauration, la période de la guerre de Crimée au congrès de Berlin, la veille de la grande guerre. Cette revue ne manque pas d'intérêt, et M. R. y a déployé avec talent une vaste érudition. Suivant l'auteur, le respect des traités et de la foi jurée, qui était dans l'antiquité un principe religieux dont la force variait avec le degré de puissance de la religion sur l'esprit public, a atteint son point culminant au moyen-âge, et n'a fait que décliner depuis deux ou trois siècles. Il est hors de doute que les Frédéric II et les Bismarck ne s'embarrassaient pas de scrupules pour s'affranchir de ce respect. M. R. rappelle la doctrine très crue de Bernhardi. Passant aux trois autres principes, M. R. n'a pas de peine à montrer qu'au cours des siècles, et particulièrement à l'époque la plus récente, le « principe de solidarité » a pris un développement de plus en plus intense, ce qui revient à dire que les relations internationales se sont multipliées. Par contre, ce qu'il appelle la liberté et l'égalité des nations n'était pas précisément en progrès à la veille de la guerre de 1914, et les interventions, parfois brutales, les coups de force et de violence ne se renouvelaient que trop souvent, malgré les proclamations, les congrès, les conférences et les accords internationaux. L'auteur conclut par des vues d'avenir. Il attend beaucoup des traités de Versailles et de la Société des Nations, il est persuadé que le XXe siècle sera le siècle de la justice. L'ouvrage est imprimé avec soin, même avec luxe, en Alsace." (Pierre Dareste, Revue historique de droit français et étranger, 1923)

72.              RIESMAN (David). La Foule solitaire. Anatomie de la société moderne. Arthaud, 1978, in-8°, 379 pp, traduit de l'américain, préface d'Edgar Morin, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            30

“La Foule solitaire” de David Riesman, professeur de sciences sociales à l'université de Harvard, est une des tentatives les plus célèbres pour préciser le sens de l'évolution de la société moderne. Etudiant l'évolution du caractère social de l'homme occidental depuis le Moyen Age, David Riesman distingue deux révolutions essentielles : en premier lieu celle de la Renaissance qui met fin à la tradition sociale antérieure basée sur la famille et sur le clan. A partir du début du XXe siècle, elle s'efface devant une autre révolution où le mythe de la consommation l'emporte en importance sur celui de la production. A chaque période correspond – et c'est le mérite de Riesman de l'avoir défini – un homme nouveau. Actuellement, les deux types de caractères, ou plutôt les deux tendances, coexistent, causant heurts et incompréhensions dans de nombreux secteurs de la vie moderne que l'auteur étudie sous un angle original : éducation, presse, télévision, formation des partis politiques, méthodes de gouvernement, relations au sein de la famille ou de l'entreprise. — "Ce livre est d'une valeur unique. Il invite à appréhender l'époque contemporaine et y aide en proposant une analyse du caractère social, systématique mais non sans nuances..." (Colette Ysmal, Revue française de science politique, 1967)

73.              TOYNBEE (Arnold J.). La Grande Aventure de l'Humanité. Bruxelles, Elsevier Sequoia, 1977, fort in-8°, 580 pp, traduit de l'anglais, 14 cartes hors texte in fine, broché, jaquette dorée illustrée, bon état. Edition originale en français

            40

Une vision magistrale de l'histoire universelle." "Arnold Toynbee (1889-1975), unanimement considéré comme un des plus grands historiens du XXe siècle, nous donne ici sa version de l'histoire de l'humanité. Il fait le récit du destin de toutes les grandes civilisations : Sumer, l'Egypte, l'Amérique centrale, l'Inde, la Chine, Rome, la Perse, l'empire arabe, Byzance, les Mongols, la chrétienté occidentale sont passés en revue. Un récit vivant, exhaustif et précis, mené de main de maître par un des derniers grands humanistes, l'un des derniers à pouvoir brasser une telle somme d'informations. Des chapitres d'analyse et de réflexion figurent également, sur le destin des civilisations, leurs relations avec la technologie, avec les autres civilisations.

74.              VIGARELLO (Georges). Histoire du viol, XVIe-XXe siècle. Seuil, 1998, in-8°, 358 pp, notes, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. L'Univers historique)

            20

"L'histoire des violences sexuelles est en France une histoire récente. La réflexion sur ce thème progresse, cependant, rapidement ainsi qu'en témoignent des études récentes sur le viol de guerre ou les attentats à la pudeur sur les fillettes. Le livre que Georges Vigarello consacre au sujet s'alimente de ces curiosités nouvelles. Conformément à une méthode qui lui est propre – le traitement sur la longue durée d'une étude consacrée au corps – il se propose d'observer le viol de l'Ancien Régime à nos jours. Son histoire, néanmoins, n'est pas une histoire des faits et des gestes. Certes, l'auteur propose quelques portraits de criminels et développe certains cas exemplaires mais il s'attache d'abord à la peinture des perceptions, des émotions, au glissement des définitions. Bref, il se propose avant tout de peindre l'intolérance croissante de la société face aux violences sexuelles..." (Anne-Marie Sohn, Revue d’Histoire moderne et contemporaine, 2000)

75.              WIEGANDT (Claude-Paule). Le Mobilier français : Transition, Louis XVI. Editions Massin, 1995, in-4°, 93 pp, nombreuses illustrations en couleurs, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            50

"A partir des années 1750-1755, le goût change. La ligne droite revient en force, les ornements à l'antique supplantent les fantaisies et les suavités du rocaille. Bientôt un style nouveau, qui allie les motifs antiquisants et la grâce, la légèreté, l'amour des décors floraux s'impose dans l'architecture comme dans le décor intérieur. Si Louis XVI prend peu de part à cette évolution, il n'en est pas de même de son épouse et de ses frères. Ce petit ouvrage, après avoir rappelé quelques généralités sur les bois et les techniques, et distingué entre les meubles de menuiserie et d'ébénisterie, montre l'évolution des sièges, des commodes, des secrétaires et autres bonheurs-du-jour. On note l'apparition du dé, qui marque la jonction des pieds avec la ceinture du siège et celle de la galerie de bronze ajourée sur les petites tables, pour retenir les objets qu'on y pose. On relève aussi les influences anglaises pour les dossiers ajourés des chaises (en lyre, en gerbe, en montgolfière). Les illustrations présentent des pièces de mobilier du Musée des Arts décoratifs et du musée Nissim de Camondo, estampillées des plus grands noms." (Claude Michaud, Dix-Huitième Siècle, 1997)

76.              YOUNG (G. F.). Les Médicis. 1. XIVe et XVe siècles. 2. XVIe et XVIIe siècles. Laffont, 1968-1969, 2 vol. in-8°, 383 et 362 pp, traduit de l'anglais, 16 pl. de gravures hors texte, brochés, couv. illustrées à rabats, bon état

            40

Tout a été dit sur les Médicis, mais rien n'a été vraiment raconté, du moins en langue française, du moins avec le talent, la verve, la furie de G.-F. Young. Son livre était le premier et reste le seul à traiter d'une seule venue la chronique des Médicis, depuis leur apparition sur la scène, à l'aube du XIVe siècle, jusqu'à la fin du XVIIe siècle et l'extinction du nom. Chronique familiale d'abord, qui devient vite florentine, puis italienne, puis européenne. Le chef-d'oeuvre de Young, considéré comme un classique, comme l'un des viatiques, avec le Burckhardt, du "pèlerin passionné" en Italie, n'avait pas jusqu'à cette édition été traduit en français.

77.              ZORZI (Alvise). La République du Lion. Histoire de Venise. Perrin, 1988, in-8°, 400 pp, traduit de l'italien, 2 cartes, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

La grande aventure de Venise, depuis le haut Moyen Age jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Tous ses grands moments, tous ses hauts faits sont racontés, depuis son premier démarrage dans une Italie marquée par la présence des barbares, jusqu'à sa mise sous tutelle par Bonaparte. Cette monographie, fondée sur une documentation d'une très grande rigueur scientifique, est la fascinante évocation d'une ville magique qui sut faire naître et s'épanouir tous les talents : diplomatiques et commerciaux, militaires et maritimes, artistiques et politiques. C'est aussi la peinture de la splendeur et de la décadence des grandes familles vénitiennes qui firent du commerce une aristocratie, tracèrent des routes de Southampton à Alexandrie, d'Azov à Trébizonde, de Jérusalem à Pékin. Innovateurs en matière de législation et de justice, ils devinrent mécènes pour créer ce rêve architectural que représente Venise.

ANTIQUITÉ

 

78.              BARGUET (Paul). Le Livre des morts des anciens Egyptiens. Introduction, traduction, commentaire de Paul Barguet. Editions du Cerf, 1988, gr. in-8° à l'italienne, 307 pp, illustré par les dessins des papyrus du Musée du Louvre, biblio, index, reliure cartonnée de l'éditeur, bon état (Coll. Littératures anciennes du Proche-Orient)

            40

Ensemble des formules magiques, le plus souvent écrites en hiératique, sur papyrus, placé avec la momie dans une sépulture. Ces textes attestés depuis le Nouvel Empire (XVIIIe dynastie) accompagnèrent le défunt pour son voyage vers l'au-delà jusqu'à l'époque gréco-romaine. Le mort devait connaître l'intégralité de ces formules qui lui permettaient de franchir tous les obstacles jusqu'au royaume des bienheureux et ainsi de rejoindre la barque solaire pour accompagner Rê dans son voyage vers l'invisible. — Il existe différentes traductions françaises du fameux Livre des morts égyptien. Celle de Paul Barguet est une réussite de clarté et de sérieux. Esthétiquement séduisante, l’édition est agrémentée de nombreuses illustrations, réalisées avec précision d’après les images originales qui accompagnent les papyrus. Faut-il encore présenter le Livre des morts, cette « Bible » des Égyptiens ? Il s’agit d’un ensemble plus ou moins cohérent de 192 chapitres dont les copies, intégrales ou partielles, accompagnaient les défunts pour son voyage vers l'au-delà jusqu'à l'époque gréco-romaine. Placés avec la momie dans une sépulture, leur récitation devait assurer au défunt une heureuse destinée dans l’autre monde. Le mort devait connaître l'intégralité de ces formules qui lui permettaient de franchir tous les obstacles jusqu'au royaume des bienheureux et ainsi de rejoindre la barque solaire pour accompagner Rê dans son voyage vers l'invisible.. La magie est omniprésente dans ces textes, tout comme la mythologie égyptienne. — "Les Editions du Cerf ont eu l'heureuse initiative de vouloir mettre au service des orientalistes et des biblistes les grands textes religieux du Proche-Orient en traduction française. L'ouvrage de B. est le premier de cette nouvelle collection dirigée par des spécialistes et que la critique accueillera, certes, avec beaucoup d'enthousiasme. Le Livre des morts égyptien est le plus ancien livre illustré du monde. Il développe le thème de la divinisation du mort, de son identification à son dieu, grâce à des formules magiques, de sa transfiguration en Rê, le soleil rayonnant. Le mort quitte alors sa tombe à l'aube, après avoir vaincu les Puissances des ténèbres, il retrouve ses sens et tous ses pouvoirs, il revêt les différentes formes du soleil, puis, en fin de journée, redescend dans le monde souterrain, se soumettant au jugement d'Osiris. Ce jugement était vraisemblablement semblable à celui que le mort avait affronté sur terre, avant d'être jugé digne de recevoir la sépulture rituelle. Celui-ci jouissait ainsi le jour, lors de « sa sortie », de l'identification à Rê, et la nuit, de l'illumination de la présence divine. L'A. nous présente un texte qui se rapproche le plus possible de celui de la recension thébaine, grâce à la collation de nombreux papyrus. Son œuvre mérite bien de cette haute pensée religieuse égyptienne, pour qui la mort n'est pas une fin." (Jacques-E. Ménard, Revue des sciences religieuses, 1968)

79.              BOCQUET (Aimé). Hannibal chez les Allobroges, 218 avant Jésus-Christ. La Grande Traversée des Alpes. Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2009, gr. in-8°, 221 pp, préface de Christian Goudineau, nombreuses illustrations, photos et cartes en couleurs, annexes, notes, biblio, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

            19

Appuyé sur les plus récentes découvertes archéologiques, cet ouvrage présente de façon illustrée et vivante les découvertes extraordinaires des historiens modernes face à un des grands mystères de l’antiquité : la grande traversée des Alpes des armées d’Hannibal.

80.              CHASTAGNOL (André). Les Fastes de la Préfecture de Rome au Bas-Empire. Nouvelles Editions Latines, 1962, in-8°, 348 pp, broché, couv. illustrée, qqs marques au crayon en marges, état correct

            20

La période contenue dans ce livre est l'une des plus confuses qui soient et l'auteur nous aide à nous repérer dans ce labyrinthe. L'ouvrage se compose de deux parties : une mise au point des événements et un recueil des textes traduits... Le choix de ces textes est très varié : inscriptions, textes juridiques, littéraires et historiques. Ainsi l'auteur permet au lecteur d'aujourd'hui qui ignore le latin et le grec, d'approcher l'histoire du Bas-Empire.

81.              CROISET (Alfred et Maurice). Manuel d'histoire de la Littérature grecque. Fontemoing et Cie, s.d. (1901), in-12, iv-844 pp, 7e édition revue et corrigée, reliure pleine percaline verte de l'éditeur, dos lisse, titres blancs au 1er plat et au dos, très bon état

            30

"Le plus grand mérite de cet abrégé c'est de ne pas sentir l'abrégé. Il n'a ni la sécheresse, ni la hâte, ni l'abondance stérile de noms propres et de dates qui caractérise d'ordinaire ce genre d'ouvrages ; tout y est à sa place, et en proportion ; les chefs du chœur présentés en pied, avec tous les développements nécessaires ; les 'di minores' esquissés d'un trait rapide, mais juste et précis ; les acteurs insignifiants résolument sacrifiés. De cette heureuse ordonnance est né un livre plein de savoir, de goût, de distinction littéraire et morale, un livre qui peut non seulement s'étudier avec fruit, mais se lire et même se relire avec plaisir ; éloge rare... Ce livre est excellent." (Théodore Reinach, Revue des Études Grecques, 1901)

82.              DEMOUGEOT (Emilienne). L'Empire romain et les barbares d'Occident (IVe-VIIe siècles). Scripta varia. Publications de la Sorbonne, 1988, gr. in-4°, 420 pp, 6 cartes, biblio, index, broché, couv. illustrée, état correct. Rare

            90

Recueil d'études. — "Emilienne Demougeot est l'auteur d'une production très importante (en quantité comme en qualité) sur la période traditionnellement considérée comme marquant la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge, de la fin du IIIe au début du VIIIe siècle : trois livres majeurs totalisant plus de 2000 pages, de volumineuses contributions à des ouvrages collectifs – notamment à l'Encyclopédie de la Pléiade –, une soixantaine d'articles scientifiques qui, tout en ne sacrifiant jamais à la facilité, à la simplification ou à la superficialité, se signalent par une remarquable clarté, indice d'un sens pédagogique évident. De cette abondante production, Michel Christol et Michel Gayraud ont retenu quinze articles reproduits avec sobriété, sous forme d'une réimpression anastatique, précédée d'une « bibliographie des travaux d'Emilienne Demougeot » (p. 7-12) et suivie de trois index. Ces études, réparties en quatre sections (L'Empire d'Occident : invasions barbares et réactions romaines ; Les invasions barbares en Gaule romaine ; Le rôle du christianisme orthodoxe, religion de l'État romain depuis 392 ; La Narbonnaise du Ve au VIIe siècle), comprennent assurément les contributions les plus marquantes d'E. Demougeot." (Alain Dierkens, Revue belge de philologie et d'histoire, 1993).

83.              FLAVIUS VÉGÈCE. L'Art militaire. Bordeaux, Editions Ulysse, 1988, in-8°, 125 pp, traduction nouvelle, introduction et notes par Renée Tebib, broché, couv. illustrée, qqs marques au crayon en marges, bon état

            25

Peu de livres ont eu une renommée aussi brillante et aussi durable que le De re militari de Végèce, écrit vers la fin du quatrième siècle de notre ère. Il n'existait aucune traduction mise à jour du texte de Végèce. Il a donc paru utile de faire une traduction entièrement nouvelle pour tenter de rendre sa pensée parfaitement claire pour les Français de notre époque, sans l'alourdir de longs commentaires. Le lecteur saura découvrir lui-même toute la richesse du vieil auteur latin. Il fut un grand tacticien, mais aussi un psychologue, un moraliste...

84.              FORRER (Robert). Les Chars cultuels préhistoriques et leurs survivances aux époque historiques. P., Ernest Leroux, 1932, in-4°, 109 (paginé de 19 à 127) pp, 2 pl. hors texte, 37 figures dans le texte, 2 index, reliure demi-basane carmin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titres et doubles-filets dorés, filet à froid sur les plats, bon état, envoi a.s. (tiré à part de la revue Préhistoire, Tome I, fasc. 1)

            80

"L'invention du char est due aux idées religieuses que l'homme préhistorique au début de l'âge du métal s'est faite sur le soleil, sa nature et ses qualités bienfaisantes. On l'a vu et interprété sous la forme d'un disque roulant, imité dans un but superstitieux et magique. De la roue unique mise en marche au moyen d'une fourche à traverse, on est arrivé peu à peu au char à plusieurs roues, les uns à utilisation religieuse, les autres à destination profane. Au cours des siècles, au char solaire des fêtes du printemps et de la résurrection du soleil, se sont associés les chars solaires minuscules et tout un groupe de véhicules sacrés utilisés dans le rituel des cérémonies destinées à assurer l'action bienfaisante des pluies. Des transformations aussi bien dans la forme que dans l'usage apparaissent dès l'âge du bronze. Elles sont surtout sensibles au premier âge du fer, période pendant laquelle ce culte s'est répandu sur l'europe entière et au delà de ses frontières..." (R. Forrer).

85.              FURON (Raymond). Manuel de Préhistoire générale (Europe, Asie, Afrique, Amérique). Payot, 1939, in-8°, 397 pp, 2 tableaux, 8 pl. de photos, 150 cartes et figures, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bibliothèque scientifique)

            25

"Dans la première partie de ce Manuel, M. Furon expose les méthodes de la Préhistoire et une esquisse de la géologie du Quaternaire, et il montre que, seuls, prennent toute leur valeur, les outillages trouvés en place dans les diverses couches. La deuxième partie est consacrée aux Ages de la Pierre taillée et de la Pierre polie ; la classification est basée sur les découvertes classiques faites dans les diverses stations françaises, mais l'auteur passe également en revue des exemples pris dans le reste de l'Europe, en Asie et en Afrique, dans des comparaisons fort intéressantes. La Protohistoire est exposée dans la troisième partie ; à l'aide de cartes on se rend compte des mouvements des peuples et de la diffusion des métaux, pour arriver peu à peu à l'Antiquité classique. L'Amérique est traitée séparément, car l'homme n'a envahi ce continent que tardivement et on n'y connaît rien de comparable aux âges de la Pierre taillée de l'Ancien Monde. Ce “Manuel de Préhistoire”, abondamment illustré et bien rédigé, se présente sous une forme nouvelle qui permet de bien comprendre, non seulement la Préhistoire, mais également la géologie du Quaternaire." (A. Obré, L'information géographique, 1941)

86.              GIBERT (Pierre). Comment la Bible fut écrite. Introduction à l'Ancien et au Nouveau Testament. Bayard, 2011, pt in-8°, 162 pp, nouvelle édition entièrement refondue, glossaire, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            20

Il n'y a pas de meilleure introduction à la lecture de la Bible que de montrer comment le texte biblique s'est écrit et fixé. Cette conviction forme l'axe de cet ouvrage d'initiation réalisé par un des meilleurs exégètes et historiens français de la Bible. Dans cette nouvelle édition entièrement refondue, Pierre Gibert présente un état actualisé de nos connaissances. Qui sont les auteurs de la Bible ? Comment les textes bibliques ont-ils été transmis et rassemblés ? Comment comprendre l'histoire des interprétations de la Bible ? Ce livre est le meilleur antidote aux idées reçues et aux nombreuses erreurs et ignorances concernant la Bible aujourd'hui.

87.              GODART (Louis). Le Pouvoir de l'écrit. Aux pays des premières écritures. Editions Errance, 1990, gr. in-8°, 240 pp, environ 120 illustrations, cartes et figures en noir et 16 photos en couleurs, biblio, index, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, bon état

            25

"Le livre de L. Godart s'adresse au « non-spécialiste » annonce la couverture. L'illustration abondante, le ton souvent enjoué, l'absence de tout appareil scientifique – en dehors d'un aperçu bibliographique et d'un index ramassé – confirment cet avertissement. Pourtant les prises de position sur des questions controversées ne manquent pas, non plus que les informations, en général difficiles d'accès, sinon inédites, sur des découvertes récentes : ainsi, l'auteur, à la suite d'E. Hallager, appuie l'hypothèse de l'existence d'un pouvoir palatial en Crète occidentale au Minoen Récent III (1300-1200 av. J.-C.) sur une tablette découverte au cours de l'été de 1989 à La Canée, sur la butte de Kastelli (KH Sq 1 : pp. 118-119 ; ill., p. 121) ; surtout, il nous fait connaître les résultats de la fouille du site de Monastiraki, au pied du mont Ida, où il a lui-même tiré en 1984 des ruines d'un palais détruit par un séisme et un incendie à la fin du Minoen Moyen II (vers 1750 av. J.-C.) de nombreux scellés, témoins de la vie administrative (pp. 141-150). Le plan de l'ouvrage est simple : après une évocation des systèmes égyptien, cunéiforme et hittite (pp. 19-45), il aborde « la scène égéenne » des Schliemann, Evans et autres Ventris (pp. 47-86), examine le linéaire (pp. 87-123), puis, plus longuement, le linéaire A et les autres écritures Cretoises (pp. 125-215), conclut à la continuité du système palatial minoen et mycénien (pp. 217-234)... Pour L. Godart, le linéaire a été emprunté par les scribes mêmes de Mycènes aux Cretois qui fréquentaient le domaine grec..." (Alain Martin, L'Antiquité Classique, 1992)

88.              JAEGER (Werner). Paideia: The Ideals of Greek Culture. Volume I: Archaic Greece ; The Mind of Athens. New York, Oxford University Press, 1967, pt in-8°, xxix-510 pp, notes, index, broché, marge inf. des premiers feuillets lég. tachée, bon état. Texte en anglais

            15

Ce volume retrace l'histoire de la Paideia depuis l'époque homérique jusqu'à la défaite d'Athènes, à la fin du Ve siècle. La voix de la Grèce archaïque est celle que nous fait entendre Homère, celle de toute une société en quête de l'exploit qui confère la noblesse. La première partie de l'histoire de la civilisation hellénique est dominée par la grande figure d'Achille. Avec l'apparition des cités, le désir de l'ordre et celui de l'égalité deviennent une passion et une raison de vivre. Les débats soulevés à cette occasion ont trouvé leur écho dans les poèmes de Solon et de Tyrtée. De même, les penseurs ioniens essaient d'expliquer le cosmos comme un Tout régi par une loi unique. Cette recherche des normes universelles sera désormais l'une des marques distinctives du génie grec. Puis, à partir de la seconde moitié du Ve siècle, Athènes va occuper seule le devant de la scène. Les grands tragiques, les sophistes, la réflexion sur l'histoire, tout cela fait d'elle "l'école de la Grèce" : pour la première fois, un véritable idéal culturel est proposé au monde. En raison de sa perspective originale, de la profondeur de la pensée de Werner Jaeger, Paideia est, depuis sa parution, considéré comme un classique.

89.              [Kadath] – TORCHET (Nicole), Patrick FERRYN et Jacques GOSSART. L'Affaire de Glozel. Histoire d'une controverse archéologique. Copernic, 1978, in-8°, 224 pp, nombreuses figures dans le texte, 16 pl. de photos hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

En bordure de la montagne bourbonnaise, à 25 km à l'est de Vichy, le hameau de Glozel devint tout à coup célèbre au printemps de 1924, lorsqu'un jeune cultivateur, Emile Fradin, découvrit des objets néolithiques en labourant son champ. Ce site fut considéré comme l'un des « faux » archéologiques les plus célèbres. Mais cette opinion, longtemps partagée par la majorité des archéologues et par le grand public, a été remise en question, à partir de 1974, grâce à une nouvelle méthode d'analyse : la thermoluminescence. Si les nouvelles datations semblent avoir identifié le gisement de Glozel, elles n'ont pas permis d'en percer le secret ; les céramiques et les ossements couverts de signes inconnus, les représentations d'animaux anachroniques gardent tout leur mystère. Faisant le point sur celte mémorable controverse qui divisa le monde savant de l'entre-deux guerres, les auteurs de ce livre font revivre l'historique de l'affaire de Glozel. Une affaire qui sortit largement du cadre des préoccupations scientifiques et qui prit parfois des allures de roman policier. Ils se penchent sur la mystèrieuse écriture, et, passant en revue les objets les plus caractéristiques du musée d'Emlle Fradin, ils suggérerent aux lecteurs de nouvelles théories.

90.              KIEFER (Otto). Sexual Life in Ancient Rome. Barnes & Noble, 1962, in-8°, ix-380 pp, 16 planches hors texte, un tableau généalogique, index des auteurs mentionnés, reliure percaline bordeaux de l'éditeur (défraîchie), jaquette illustrée, bon état. Texte en anglais

            30

L'étude classique de Kiefer (Londres, 1934), qui présente les Romains comme "cruels par nature", et Rome comme une nation "morbide" et "sadique", exprimant sa volonté de puissance par le sadisme dans le sexe et la jouissance sadique de spectacles sauvages. L'auteur insiste sur la cruauté des Romains dans leurs relations avec les esclaves.

91.              LE GALL (Joël). Alésia. Archéologie et histoire. Fayard, 1963, in-8° carré, 223 pp, 92 photos, figures, carte et plans, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Résurrection du passé)

            25

"Cet ouvrage est un classique sur la question : il renseignera ceux qu'intéresse le passé gaulois, et en particulier les touristes qui s'arrêtent au Mont-Auxois. Joël Le Gall, professeur à la Sorbonne et directeur des fouilles, y raconte l'histoire d'Alésia et les péripéties des travaux archéologiques qui y ont été menés depuis Napoléon III. D'importants vestiges ont été dégagés, qui authentifient le site comme celui où César fit le siège de l'armée gauloise : ils aident à comprendre la stratégie employée. De nombreux objets ont été exhumés; ils témoignent de la vie et de l'art dans la cité devenue gallo-romaine, puis chrétienne. Certaines pièces sont reproduites par les illustrations du livre et donnent envie de visiter le musée d'Alésia où elles sont conservées." (Pierre Frison, revue Etudes, 1980) — "Mis à part le livre de J. Carcopino, “Alésia et les ruses de César” (Paris, 1958), consacré essentiellement à l'épisode de 52 av. J.-C. et à l'identification du lieu de la bataille, on ne disposait pas jusqu'ici d'une étude d'ensemble sur le site gaulois et gallo-romain du mont Auxois à Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or). Cette lacune est maintenant comblée grâce à un ouvrage vraiment exhaustif, agréable à lire, agrémenté de nombreuses photographies et cartes. L'auteur, M. Joël Le Gall, professeur à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Paris, est le guide le plus compétent pour nous présenter ce haut lieu de notre histoire nationale, puisqu'il y assume depuis 1958 la direction des fouilles. (...) Il nous reste donc à espérer que les fouilles actuelles et futures apportent de quoi confirmer et compléter le tableau que fournit cet excellent ouvrage d'un site aussi célèbre et combien attachant." (André Chastagnol, Annales ESC, 1969)

92.              MONTET (Pierre). La Vie quotidienne en Egypte au temps des Ramsès. Hachette, 1967, in-8°, 346 pp, notes, biblio, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

            20

En 1925, la thèse de doctorat de Pierre Montet fut consacrée aux “Scènes de la vie privée dans les tombeaux égyptiens de l'Ancien Empire” ; ce livre demeure une contribution fondamentale de l'archéologie égyptienne. Plus tard, en 1946, revenant au sujet de sa thèse, il publia un livre aussi bien documenté que vivant sur “La vie quotidienne en Egypte au temps des Ramsès” ; traduit en de nombreuses langues, ce fut, pour toute une génération, l'introduction obligée à un voyage aux rives du Nil... (Jean Leclant, Revue Archéologique) — "Pourquoi nos collections sont-elles mille fois plus riches en sarcophages et en stèles qu'en objets fabriqués pour les besoins des vivants ? C'est parce qu'il faisait bon vivre au bord du Nil ; les Egyptiens débordaient de reconnaissance envers leurs dieux et cherchaient par tous les moyens de jouir jusque dans leur tombeau des biens de ce monde. Pour son étude, Pierre Montet a choisi la période des Sétoui et des Ramsès, c'est-à-dire de 1320 à 1100 avant Jésus-Christ, période illustrée par trois règnes magnifiques, ceux de Sétoui Ier, de Ramsès II et de Ramsès III. Pierre Montet a utilisé ces sources avec un très grand talent et sans perdre de vue qu'elles portent sur trois mille ans d'histoire et que, pendant cette période, les moeurs égyptiennes ont subi une évolution marquée. Que n'apprenons-nous pas !... que les époux faisaient chambre à part, au moins chez les gens aisés ; que la femme infidèle étaient punie de mort ; que si tous les enfants étaient bien accueillis, le désir d'avoir un garçon était universel ; que la culture des céréales étaient la culture essentielle et que la préparation de la farine et du pain était longue et minutieuse ; que cette époque connut, comme la nôtre, bien des guerres avec l'étranger et bien des troubles intérieurs... Voici un livre qui doit trouver sa place dans toutes les bibliothèques de lecteurs cultivés et qui peut rendre d'immenses services à tous les étudiants." (Rabat de la jaquette)

93.              PERRIN (Odet). Les Burgondes. Leur histoire, des origines à la fin du premier Royaume (534). Contribution à l'histoire des Invasions. Neuchâtel, La Baconnière, 1968, fort in-8°, 589 pp, 6 cartes, biblio, reliure simili-cuir de l'éditeur, jaquette, bon état

            100

"L'auteur nous avertit que c'est sa curiosité à l'égard des peuples de la steppe et de leurs poussées vers l'ouest qui l'a incité à étudier l'histoire des Burgondes. Et, de fait, son livre ne sépare point cette histoire de celle des invasions, en faisant large place aux autres Germains orientaux ou à ces Alamans que, selon une tradition suisse il appelle Alémannes. L'information est très consciencieuse. M. Perrin nous propose des vues larges sur l'histoire burgonde. Il s'attache au séjour des Burgondes aux confins des Champs Décumates, en esquissant une interprétation intéressante de leurs rapports avec l'autorité romaine ; c'est alors qu'il place une transformation profonde de leur structure politique, marquée par la substitution d'une royauté unique à la pluralité des chefs de faction que les historiens appelaient 'hendinos'. En 413, les Burgondes auraient occupé le duché de Mayence, qui correspondrait au royaume de Worms de la légende, laissant au Nord Coblence aux Francs, au Sud Strasbourg aux Romains. En 436, les Burgondes sont sévèrement battus par les Huns : M. Perrin précise que rien n'oblige à adopter l'hypothèse de Waitz selon laquelle les vainqueurs seraient les auxiliaires hunniques d'Aétius plutôt que les guerriers d'Attila, comme le voulait la légende. Quant à la migration de 443 qui porte les Burgondes en « Savoie », elle ne vise pas, selon lui, à installer dans ce secteur un peuple belliqueux capable de contenir les Alamans, qu'il juge peu dangereux, mais à les placer là pour défendre l'Italie contre une attaque des Wisigoths ou des Vandales, venant de l'Ouest par les cols des Alpes. Une vue originale est celle selon laquelle la 'Sapaudia' de 443 et la 'Maxima Sequanorum' (abandonnée aux Burgondes par Majorien en 457, en échange de la réoccupation de Lyon par ses soins) auraient constitué le vrai royaume burgonde, celui du peuplement burgonde (avec ses cimetières), dont Genève aurait été la capitale. A ce « territoire concédé », il juxtapose un « territoire magistral », avec Lyon pour centre : les provinces d'Arles, de Vienne, de Lyon, que le roi burgonde gouverne en tant que 'magister militum' ; là, les Burgondes tenaient garnison sans avoir d'établissements véritables. La double royauté « ne tenait pas, comme on l'a cru, à la coutume germanique du partage », mais à cette dualité. Et c'est en 500 que, promulguant la 'Lex romana Burgundionum', instituant un vice-roi à Genève, dédoublant la fonction comtale pour diminuer l'influence des évêques jusque-là investis des pouvoirs judiciaires, Gondebaud aurait mis fin à la distinction des deux territoires. On voit, par la dernière de ces affirmations en particulier, que la hardiesse des interprétations de l'auteur n'ira pas sans susciter de réserves. Il n'empêche qu'en même temps qu'un beau courage, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir su rompre avec certaines traditions qui vont se répétant d'historien en historien sans référence à l'hypothèse première, et d'avoir proposé des bases de discussion souvent intéressantes." (Jean Richard, Journal des Savants, 1970)

94.              PERROT (Jean), Aharon KEMPINSKI et Michael AVI-YONAHT. Syrie-Palestine. I : Des origines à l'Age du bronze. – II : De l'Age du Bronze moyen à la fin du monde classique. Genève, Nagel, 1978-1979, 2 vol. gr. in-8°, 189 et 240 pp, 203 illustrations hors texte dont 66 en couleurs, 4 cartes, tableau chronologique, biblio, index, reliures éditeur, jaquettes illustrées, envoi a.s. de l'éditeur au 1er volume et ex-dono manuscrits, bon état (Coll. Archaeologia Mundi)

            60

Un aperçu complet de l'archéologie syro-palestinienne des origines à la fin du monde antique. Le tome II est découpé en deux parties : 1. De l'Age du Bronze moyen jusqu'à la période classique (2200-332 av. J.-C.) par Aharon Kempinski ; 2. De l'époque d'Alexandre le Grand à la fin de la période romaine (332 av. J.-C.-324 apr. J.-C.) par Michael Avi-Yonah. — "Les temps qui, dans la zone syro-palestinienne, ont précédé les récits de la Bible étaient peu connus. Depuis quelques décennies de nombreuses équipes de chercheurs ont entrepris des fouilles qui se sont révélées très fructueuses. Jean Perrot y a lui-même participé comme directeur de la Mission archéologique française en Israël. Dans cet ouvrage, avec de belles illustrations à l'appui, il présente les problèmes posés aux archéologues, les méthodes scientifiques utilisées, les résultats obtenus. Ainsi commencent de s'éclairer les jalons de la préhistoire d'une région où l'homme semble être apparu il y a plus de 500.000 ans et a laissé, au cours des millénaires, des traces importantes de sa vie au milieu d'un environnement écologique changeant, de son industrie, des diverses civilisations qu'il a créées jusqu'à l'âge du bronze. Une bibliographie, détaillée par thèmes, complète ce volume." (Pierre Frison, revue Etudes, 1979) — "Cet ouvrage prolonge celui qu'a publié Jean Perrot (cf. Études, juillet 1979, p. 140). Descendant le cours du temps, il poursuit la présentation des résultats des recherches archéologiques effectuées dans la région syro-palestinienne. Il comporte deux parties, dont chacune est l'oeuvre d'un spécialiste. La première concerne l'âge de bronze, l'âge de fer et la période perse, au cours desquelles semble se croiser une influence venue de Syrie septentrionale et de Mésopotamie, avec une autre venue d'Egypte. La seconde partie va de l'époque d'Alexandre le Grand jusqu'à la fin de la période romaine : elle analyse les étapes de l'évolution qu'ont connue l'architecture, la sculpture, la peinture, les arts mineurs. L'intérêt de ces études est de dégager les strates successives d'une civilisation riche en histoire, de distinguer son originalité et les courants qui l'ont traversée, d'éclairer des sources qui ont nourri le premier art chrétien. 85 illustrations bien choisies, des tableaux chronologiques et des bibliographies complètent heureusement le texte." (Pierre Frison, revue Etudes, 1980)

95.              PETITMANGIN (H.). Histoire sommaire illustrée de la Littérature grecque. P., J. de Gigord, 1939, gr. in-12, 176 pp, une carte, 59 gravures et portraits, cart. éditeur, dos toilé, bon état

            20

96.              PETITMANGIN (H.). Histoire sommaire illustrée de la Littérature latine. P., J. de Gigord, 1936, gr. in-12, 199 pp, 64 gravures et portraits, cart. éditeur, bon état

            20

97.              SÉCHAN (Louis). Etudes sur la tragédie grecque dans ses rapports avec la céramique. (Thèse). P., Champion, 1967, gr. in-8°, viii-642 pp, 2e tirage, 9 planches de photos hors texte, 161 illustrations dans le texte, biblio, index, reliure pleine toile écrue de l'éditeur, bon état. Peu courant

            120

"Il y a longtemps déjà que la philologie avait cherché à se servir des peintures de vases pour étudier l'histoire des légendes grecques. A défaut de témoignages littéraires, et même à côté de ces témoignages, les peintures de vases permettent souvent de suivre l'évolution d'une légende. Mais il va de soi que les potiers grecs n'étaient pas des créateurs de mythes ; ils donnaient seulement une forme plastique à des traditions acceptées de leur temps et fixées par des œuvres littéraires. Il semble donc permis de voir dans les peintures de vases des documents précieux pour l'histoire de la littérature; et, comme aucun autre genre n'a renouvelé le trésor légendaire de la Grèce autant que la tragédie attique, comme aucun autre genre aussi n'a agi davantage sur les esprits, il est légitime de rechercher dans les peintures de vases tout ce qui peut y avoir été inspiré, directement ou indirectement, par la tragédie, et de s'aider de leur témoignage pour reconstituer l'action de certains drames perdus. La tâche, il est vrai, exige une compétence égale en céramique et en philologie. (...) Personne n'avait entrepris encore de dresser un répertoire complet de tous les souvenirs de la tragédie que nous ont conservés les vases antiques. C'est ce qu'a fait M. Séchan. Après quoi, dépassant ce premier but, il a également comparé ces témoignages de la céramique à tous ceux qui nous viennent d'ailleurs sur les tragédies perdues, de façon à tenter à son tour une reconstitution de ces drames. Son livre se trouve être ainsi à la fois un inventaire de tout ce que les vases nous apprennent sur la tragédie grecque et une étude nouvelle sur les Fragments tragiques. Cette étude toutefois se limite aux pièces qui ont laissé des traces visibles de leur influence sur la céramique. Et, d'autre part, elle ne néglige pas les pièces conservées, lorsque celles-ci ont servi de modèles aux potiers. M. Séchan s'est trouvé amené à étudier ainsi 9 thèmes d'Eschyle, 12 thèmes de Sophocle et 27 thèmes d'Euripide, soit, en tout, 48 légendes différentes. C'est dire l'importance de son livre pour quiconque s'intéresse à l'histoire des mythes en Grèce..." (Paul Mazon, Journal des Savants, 1928) — "On sait depuis longtemps que les décorateurs de vases ont fait des emprunts à la tragédie ; mais il n'existait pas encore de travail d'ensemble sur cette question : M. Séchan a réuni les vases à reliefs aux vases peints, et il a pu établir des comparaisons avec une soixantaine de tragédies... Je n'espère pas indiquer en quelques lignes tous les mérites de ce livre. M. Séchan a poussé à fond l'analyse ; il possède une érudition étendue, et, comme le montrent les chapitres de l'Introduction, sur les rapports de l'art et de la littérature en Grèce, il connaît bien le problème général de « philologie archéologique », auquel se rattache le sujet qu'il a traité. Je lui sais, pour ma part, un gré infini d'avoir jeté ce large pont entre des domaines malheureusement séparés. Des discussions claires et bien conduites, de nombreuses illustrations font que le philologue et l'archéologue y peuvent également circuler à l'aise et avec agrément..." (René Vallois, Revue des Études anciennes, 1928)

98.              VEYNE (Paul). Palmyre, l'irremplacable trésor. Albin Michel, 2015, pt in-8°, 141 pp, 13 photos en couleurs sur 8 pl. hors texte, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            12

"Ayant eu pour métier l’étude de l’Antiquité gréco-romaine, je n’ai cessé de rencontrer Palmyre sur mon chemin professionnel. Avec la destruction de Palmyre par l’organisation terroriste Daech, tout un pan de notre culture et mon sujet d’étude viennent brutalement de voler en éclats. Malgré mon âge avancé, c’était mon devoir d’ancien professeur et d’être humain de dire ma stupéfaction devant ce saccage incompréhensible et d’esquisser un portrait de ce que fut la splendeur de Palmyre qu’on ne peut plus désormais connaître qu’à travers les livres." (Paul Veyne)

99.              ZHENG (Chantal). Mythes et croyances du monde chinois primitif. Payot, 1989, in-8°, 156 pp, 45 figures, 4 cartes, chronologie, notes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Bibliothèque historique)

            25

Que croyaient les habitants de la Chine primitive ? Qu'étaient pour eux le commencement du monde, le Ciel et la Terre ? La mythologie qui nous est parvenue, grâce aux découvertes récentes de l'archéologie et de l'ethnologie, nous fait accéder à des univers de représentations a travers légendes et récits. Du deuxième millénaire avant notre ère, la période Shang, iusqu'en 221 av. J.-C., où finit l'Antiquité chinoise, s'est développée une riche production philosophique, littéraire et artistique. Les vestiges des populations de la périphérie nous livrent, par l'archaïsme de leurs techniques, la parfaite conservation de leurs croyances, de leur langue et de leurs coutumes, une matrice puissante de l'histoire du monde chinois primitif. Cet ouvrage, qui offre une vision thématique précise et réfléchie des mythes chinois, est le premier à traiter cette question. Donnant de nombreuses illustrations, il surprendra ceux qui ont de la Chine une idée trop simple, et qui ignorent par exemple les Paiwan, aborigènes de Taiwan, leurs légendes et leurs rituels.
— Chantal Zheng est maître de conférence dans le cadre du Département d'études chinoises de l'université de Provence. Elle a débuté une recherche sur l'ethnohistoire du monde chinois qui l'a conduite ces dernières années à étudier plus particulièrement les populations aborigènes de Formose.

MOYEN AGE

 

100.          ALEXANDRE-BIDON (Danièle) et Didier LETT. Les Enfants au Moyen Age, Ve-XVe siècles. GLM, Hachette, 1998, in-8°, 280 pp, édition revue, préface de Pierre Riché, 8 pl. de gravures hors texte, notes, glossaire et biblio, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état (Coll. La Vie quotidienne)

            25

En mille ans de Moyen Age, le sentiment de l'enfance a évolué et l'enfant a trouvé une place centrale dans la société chrétienne. Ce livre entend donner une image plurielle de l'enfance médiévale : non seulement l'enfance noble ou heureuse, mais aussi celle des plus nombreux, les paysans, les artisans, sans oublier les pauvres et les victimes de la violence adulte. La famille médiévale apparaît sous un jour nouveau : le rôle majeur du père et des aîné(e)s, longtemps sous-estimé au profit de celui de la mère, retrouve sa juste place ; l'adolescence, mal connue jusqu'alors, est prise en considération. Conséquence de la forte mortalité, la famille est fréquemment recomposée : l'enfant grandit souvent avec des beaux-parents, des familles d'accueil remplacent parfois la famille naturelle car la circulation des jeunes est de règle, qu'ils partent au monastère, en apprentissage, au collège ou en voyage... L'histoire de l'enfance sort enfin des langes.

101.          ARQUILLIERE (H.-X.). Histoire du Moyen Age. P., Editions Ecole et Collège, s.d. (1938), in-8°, 373 pp, 218 gravures et 26 cartes, cart. percaline crème décorée de l'éditeur, trace d'humidité ancienne en marge inf., qqs marques au crayon en marges, état correct

            20

Manuel de classe de Cinquième, programme du 14 avril 1938

102.          BLOCH (Marc). La Société féodale. La formation des liens de dépendance. Albin Michel, 1949, in-8°, xxv-472 pp, avant-propos de Henri Berr, 4 planches hors texte, biblio, index, broché, pt morceaux de scotch au dos, bon état (Coll. L'Evolution de l'humanité)

            30

"La “Société féodale” a cinquante ans. Une génération nouvelle d'historiens de la société, des réactions mentales et de l'économie, qui n'a cure des grands anciens, laboure le champ délimité par Marc Bloch. Certes le domaine aujourd'hui est plus vaste, mieux connu, plus ouvert. Mais “La Société féodale” en reste le noyau, la source de tant de recherches qui plongent en elle leurs racines et qui, souvent, l'avouent. L'art de la perspective, la justesse du mot, le charme du style, le sens de l'image l'ont préservée des rides. C'est à cela que se reconnaît le chef-d'œuvre." (Robert Fossier, à propos de la réédition de 1998)

103.          BLOCH (Marc). La Société féodale. Les classes et le gouvernement des hommes. Albin Michel, 1949, in-8°, xxii-287 pp, 8 pl. de gravures hors texte, biblio, index, broché, dos abîmé avec manques, manque le 2e plat, intérieur propre, état moyen (Coll. L'Evolution de l'Humanité)

            15

"La Société féodale a cinquante ans. Une génération nouvelle d'historiens de la société, des réactions mentales et de l'économie, qui n'a cure des grands anciens, laboure le champ délimité par Bloch. Certes le domaine aujourd'hui est plus vaste, mieux connu, plus ouvert. Mais La Société féodale en reste le noyau, la source de tant de recherches qui plongent en elle leurs racines et qui, souvent, l'avouent. L'art de la perspective, la justesse du mot, le charme du style, le sens de l'image l'ont préservée des rides. C'est à cela que se reconnaît le chef-d'œuvre." (Robert Fossier, à propos de la réédition de 1998)

104.          BOUTRUCHE (Robert). Seigneurie et féodalité. 2. L'apogée (XIe-XIIIe siècles). Aubier, 1980, pt in-8°, 549 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            30

"Ce livre est un exposé très complet et très précis des connaissances acquises sur les origines de la société médiévale après un demi-siècle d'études historiques et les études critiques publiées par les savants du monde entier. Il n'est que de jeter un coup d'oeil sur la bibliographie pour apprécier l'ampleur de l'information mise en œuvre. Il s'agit d'une fresque à grands traits de la civilisation qui a précédé l'âge féodal classique ; elle s'ordonne en une mise au point très étudiée, vaste synthèse où sont mis en valeur les points essentiels. C'est une heureuse fortune pour les étudiants, de trouver ainsi condensé et rassemblé de main de maître le résultat des efforts de générations de chercheurs, sans avoir à se perdre dans une bibliographie touffue que l'auteur a parcourue et dépouillée pour eux. (...) L'un de ses principaux mérites de l'ouvrage est qu'il éveille les curiosités et que, par delà la somme des connaissances accumulées et exposées, il signale les points obscurs, ceux sur lesquels la recherche n'a pas encore été poussée de façon exhaustive. C'est avant tout un état des connaissances actuelles sur la civilisation du haut moyen âge. Riche de faits et de théories, il l'embrasse de haut, par une vue synthétique, mais il met en relief les lacunes de notre information sur les points à élucider. A chaque page, le lecteur attentif peut faire le bilan des résultats acquis et des ignorances qui demeurent, et noter les travaux qui restent à faire. C'est une mine de sujets à traiter et ce n'est pas là la moindre utilité de ce brillant exposé, des patientes recherches et du talent d'écrivain de l'auteur." (Jacques Boussard, Journal des savants, 1960)

105.          BRIAND (Emile). Histoire de Sainte Radegonde, Reine de France et patronne du Poitou. Sanctuaires-pèlerinages en son honneur, par M. l'Abbé E. Briand, chanoine honoraire, curé de Sainte-Radegonde. Poitiers et P., Oudin, 1887, in-12, xvi-267 pp, un frontispice en couleurs, reliure pleine toile orange, dos lisse, pièce de titre basane acajou, couv. conservée, bon état

            40

Radegonde de Poitiers, née vers 520 en Thuringe, morte le 13 août 587 à Poitiers, est une princesse thuringienne, devenue reine des Francs en épousant Clotaire Ier, fils de Clovis. Fondatrice de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers, elle a été canonisée (fête le 13 août). Elle est la sainte patronne de Poitiers.

106.          COCHET (Abbé). Le Tombeau de Childéric Ier, Roi des Francs, restitué à l'aide de l'archéologie et des découvertes récentes faites en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne et en Angleterre. Brionne, Gérard Montfort, 1978, gr. in-8°, xxxi-474 pp, nombreuses figures dans le texte, 2 index, broché, bon état (Réimpression de l'édition de 1859)

            45

Le tombeau du roi franc, fils de Mérovée et père de Clovis, fut découvert à Tournay en Belgique en 1653. — L'abbé Jean Cochet (Sanvic 1812 - Rouen 1875) est considéré comme le fondateur de l'archéologie médiévale. Inspecteur des monuments historiques du département de Seine-Maritime, membre du Comité des Travaux historiques et des Sociétés Savantes, correspondant du Ministère d'État et du Muséum de Paris, il est nommé conservateur du Musée des Antiquités de Rouen. Il se spécialise dans la fouille de nécropoles d'époque mérovingienne et publie en 1859 son livre sur Le tombeau de Childéric Ier. Cette tombe, parfaitement datée, est un point de référence pour toute étude sur les premières installations barbares en Gaule. — "Né en 1812, l'abbé Jean Benoît Désiré Cochet doit avant tout être considéré comme le fondateur de l'archéologie, particulièrement celle de la période mérovingienne en France. Par rapport aux études antérieures dans le même domaine, son approche des objets est très nouvelle et très rigoureuse. On le constate avec l'ouvrage consacré au tombeau de Childéric, découverte ancienne (1653) et jusqu'alors objet d'études très peu scientifiques. Malgré des lacunes, des erreurs d'identification et une trop grande sévérité pour ses devanciers, ce travail reste la base des études ultérieures sur le sujet. L'examen minutieux de tout le mobilier archéologique aboutit notamment à un répertoire des boucles de ceinture connues en France, Angleterre, Belgique et Allemagne..." (Maylis Baylé, INHA)

107.          DAILLIEZ (Laurent). Les Templiers, ces inconnus. Perrin, 1975, in-8°, 405 pp, 16 pl. de photos et gravures hors texte, reliure skivertex éditeur, rhodoïd, bon état

            20

Parmi les multiples ouvrages consacrés aux Templiers, celui de Laurent Dailliez est devenu un classique. L'histoire de l'ordre des Templiers a souvent été déformée ou obscurcie, depuis bientôt sept siècles, par le tissu de secrets, de mystères et de légendes dont tant d'auteurs l'ont enrobée, et au premier chef par les prétextes (hérésie, idolâtrie, sodomie) dont usa Philippe le Bel, avec la complicité du pape Clément V et des inquisiteurs, pour obtenir, au terme de sept ans de procès (1307-1314), la dissolution de l'ordre et la mort de tous ceux qui avaient refusé d'avouer. Laurent Dailliez a examiné et confronté quelque 14.500 documents d'origine pour restituer avec précision, clarté, rectitude, sans aucun parti pris, la véritable histoire de deux siècles de vie de ce prestigieux ordre religieux de chevalerie.

108.          DEMOUGEOT (Emilienne). La Formation de l'Europe et les invasions barbares. II. De l'avènement de Dioclétien (284) à l'occupation germanique de l'Empire romain d'Occident (début du VIe siècle). 1er volume : le IVe siècle. Aubier, 1979, pt in-8°, 410 pp, 2 cartes hors texte, broché, couv. illustrée (insolée), bon état (Coll. Historique)

            70

A la suite du tome I, paru en 1969, qui s'achevait sur les grandes invasions germaniques de la seconde moitié du IIIe siècle, ce tome II volume 1 étudie au IVe siècle l'affrontement des empereurs et des Germains dans une première partie que complète une seconde partie étudiant les Germains tant occidentaux qu'orientaux. Il décrit dans le détail la progression des Germains dans la seconde moitié du IVe siècle.

109.          DUBY (Georges) et A. WALLON ( dir). Histoire de la France rurale. Tome 1 : la formation des campagnes françaises des origines au XIVe siècle. Par G. Bertrand, G. Bailloud, M. Le Glay, G. Fourquin. Seuil, 1976, gr. in-8° carré, 624 pp, avant-propos de Georges Duby, nombreuses illustrations et cartes dans le texte, 16 pl. en couleurs hors texte, biblio, index, reliure pleine toile de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. L'Univers historique)

            30

Par Georges Bertrand et Claude Bertrand ; Gérard Bailloud (Avant l'Histoire) ; Marcel Le Glay (La Gaule romanisée) ; et surtout Guy Fourquin (Le premier Moyen Age, Le temps de la croissance, Au seuil du XIVe siècle) qui signe plus de la moitié de l'ouvrage. — "Un court préambule définit l'espace rural comme une réalité écologique, mais aussi comme une création humaine. Viennent ensuite les cinq parties : 1. « Avant l'histoire » : On peut y voir comment sont apparus l'agriculture et l'élevage en France, ainsi que l'éclosion et l'évolution d'une économie mixte agro-pastorale ; 2. « La Gaule romanisée » : Parmi les grands sujets traités, on remarque le système d'exploitation des campagnes, ainsi que les crises et les mutations ayant eu lieu au cours des III et IVe siècles ; 3. « Le premier Moyen Age » : C'est l'époque où il y a peu d'hommes dans une nature hostile, notamment au temps des Carolingiens, tandis que, dans les rapports entre les classes, apparaissent les notions de paysannerie et de féodalité ; 4. « Le temps de la croissance » : Ces rapports se poursuivent et les droits des paysans sur la terre prennent forme ; les ruraux sont un peu moins isolés et peu à peu s'installent des échanges avec la ville ; 5. « Au seuil du XIVe siècle » : Le développement précédent connaît maintenant ses premiers revers, puis de véritables déséquilibres économiques successifs ; c'est la fin de l'expansion." (Guy Pueyo, Revue d'histoire des sciences, 1980)

110.          DUBY (Georges). Adolescence de la chrétienté occidentale, 980-1140. Genève, Skira, 1967, gr. in-4°, 214 pp, 71 reproductions et photographies en couleurs contrecollées sur 60 planches hors texte, 60 illustrations en noir, index des noms cités, reliure d'éditeur, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage (lég. abîmé), bon état (Coll. Art, Idées, Histoire). Edition originale

            60

Premier volume de la lumineuse synthèse sur l'art et la société entre 980 et 1420 que Georges Duby avait composée pour les éditions Skira, sous la forme d'un harmonieux triptyque : “Adolescence de la chrétienté occidentale (980-1140)” ; “L'Europe des cathédrales (1140-1280)” ; “Fondements d'un nouvel humanisme (1280- 1440)”, superbement illustrée. — "... L'écriture atteint ici parfois une telle perfection qu'elle échappe à l'implacable érosion du temps. Ce livre si achevé s'apparente aux types idéaux dont les sculpteurs de l'âge gothique peuplaient les cathédrales, ignorant les déformations provoquées par l'âge et le travail, parvenant d'emblée à un total accomplissement. A lire et à relire, donc, de véritables morceaux d'anthologie où l'acuité du regard porté sur les œuvres se double d'un rare bonheur d'expression. Soit un art consommé de restituer les monuments dans leur éclat et leur rôle originels, en les arrachant à l'ensevelissement dont l'érudition les menace. Ici tout est jaillissement et vivacité. Ce livre montre avec éclat, et rappelle encore aujourd'hui, combien est nocif le cloisonnement qui a longtemps sévi entre « l'histoire de l'art » et « l'histoire » tout court, événementielle et politique de préférence. Georges Duby appréhende la création artistique non comme une activité séparée, mais comme une pratique sociale parmi d'autres, qu'il réfère aux grandes tendances de l'évolution socio-économique et aux systèmes dominants de représentations. Ainsi l'évocation des comportements et des croyances des féodaux permet d'approcher de façon très neuve les réalisations du premier âge roman..." (H. Martin, Revue d'histoire de l'Église de France)

111.          DUBY (Georges). L'Europe des cathédrales, 1140-1280. Genève, Skira, 1966, gr. in-4°, 222 pp, 60 planches hors texte de photographies en couleurs contrecollées, 60 illustrations en noir, index des noms cités, reliure d'éditeur, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage, bon état (Coll. Art, Idées, Histoire). Edition originale

            60

L'Europe des cathédrales est celle d'un art que nous nommons gothique. Adossée aux universités naissantes, construite sur le savoir des maîtres en théologie, la cathédrale veut offrir du dogme une représentation totale, aussi bien par sa structure profonde que par l'imagerie qui, dans ses porches et sur ses verrières, se montre à la vue. — " (...) Après avoir qualifié ses trois premiers itinéraires d'« universitaire », d'« aixois » et de « braudélien», G. Duby place le suivant « sous l'invocation d'Albert Skira ». Le hasard se présenta sous la forme d'un coup de téléphone d'Albert Skira, « une belle nuit » en 1958. Skira lui exposa un peu plus tard son projet en détail à Genève. Il s'agissait « de présenter en une suite de très beaux livres les relations de l'oeuvre d'art avec la société et la culture qui, d'âge en âge, l'avaient vu éclore, qui l'avaient reçue ou bien rejetée ». Il écrivit trois de ces volumes. Il les écrivit « dans la joie » : libéré « je pouvais écrire sur un autre ton, m'évader du petit monde universitaire où mon travail m'avait jusqu'alors à peu près confiné ». Ce furent “L'Europe des cathédrales (1140-1280)” et “Fondement d'un nouvel humanisme (1280-1440)”, publiés en 1966 et “Adolescence de la chrétienté occidentale (980-1140)”, édité l'année suivante. Il avait tenu à une périodisation brisant le carcan du siècle sans signification le plus souvent pour la culture et pour l'art..." (Jacques Le Goff, “Georges Duby (1919-1996)”, Cahiers de civilisation médiévale, 1997)

112.          DUBY (Georges). Fondements d'un nouvel humanisme, 1280-1440. Genève, Skira, 1966, gr. in-4°, 222 pp, 60 planches hors texte de photographies en couleurs contrecollées, 60 illustrations en noir, index des noms cités, reliure d'éditeur, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage (très lég. sali), bon état (Coll. Art, Idées, Histoire). Edition originale

            60

Dans l'Europe du XIVè siècle, que ravagent la guerre et la peste, les intentions et le langage de l'oeuvre d'art se modifient de manière fondamentale. La promotion des élites laïques enlève au clerc et au moine le monopole de l'acte artistique. Celui-ci va s'efforcer d'exprimer désormais les désirs, les rêves et les inquiétudes d'une noblesse. — Troisième volume de la lumineuse synthèse sur l'art et la société entre 980 et 1420 que Georges Duby avait composée pour les éditions Skira, sous la forme d'un harmonieux triptyque : “Adolescence de la chrétienté occidentale (980-1140)” ; “L'Europe des cathédrales (1140-1280)” ; “Fondements d'un nouvel humanisme (1280- 1440)”, superbement illustrée. — "... L'écriture atteint ici parfois une telle perfection qu'elle échappe à l'implacable érosion du temps. Ce livre si achevé s'apparente aux types idéaux dont les sculpteurs de l'âge gothique peuplaient les cathédrales, ignorant les déformations provoquées par l'âge et le travail, parvenant d'emblée à un total accomplissement. A lire et à relire, donc, de véritables morceaux d'anthologie où l'acuité du regard porté sur les œuvres se double d'un rare bonheur d'expression. Soit un art consommé de restituer les monuments dans leur éclat et leur rôle originels, en les arrachant à l'ensevelissement dont l'érudition les menace. Ici tout est jaillissement et vivacité. Ce livre montre avec éclat, et rappelle encore aujourd'hui, combien est nocif le cloisonnement qui a longtemps sévi entre « l'histoire de l'art » et « l'histoire » tout court, événementielle et politique de préférence. Georges Duby appréhende la création artistique non comme une activité séparée, mais comme une pratique sociale parmi d'autres, qu'il réfère aux grandes tendances de l'évolution socio-économique et aux systèmes dominants de représentations. Ainsi l'évocation des comportements et des croyances des féodaux permet d'approcher de façon très neuve les réalisations du premier âge roman..." (H. Martin, Revue d'histoire de l'Église de France)

113.          DUBY (Georges). L'Economie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval (France, Angleterre, Empire, IXe-XVe siècles). Essai de synthèse et perspectives de recherches. Aubier, 1964, 2 vol. pt in-8°, 822 pp, pagination continue, 10 pl. de photos hors texte, 5 cartes, biblio, index, brochés, jaquettes illustrées, bon état

            40

"La collection historique que dirige Paul Lemerle vient de s'enrichir d'une synthèse d'histoire des campagnes médiévales par Georges Duby ; Après tant d'ouvrages déjà remarquables, celui-là donne à la collection une place de premier ordre parmi les instruments de travail de l'érudit, du chercheur ou de l'étudiant. Ce travail continue, dépasse, amplifie les « Caractères originaux » de Marc Bloch : il devrait être assuré d'une même audience. Il est bon que des louanges sans feinte saluent l'apparition de ce livre, dans l'organe de la communauté chartiste, et que notre admiration soit hautement exprimée envers un livre tel qu'il n'en paraît que tous les dix ans, et qui porte comme l'écrit joliment Robert Boutruche « la griffe des Seigneurs de l'Histoire »." (Robert Fossier, Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1963) — "Cet ouvrage va aiguiser la curiosité des historiens, va proposer des réflexions aux géographes, aux sociologues, aux économistes, en explorant ce domaine encore très mal connu : le monde paysan médiéval. Deux cents documents choisis et commentés doivent permettre au lecteur de prendre un contact direct avec les matériaux divers de cette histoire en pleine construction." (L'éditeur)

114.          DUBY (Georges). Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme. Gallimard, 1991, in-8°, 428 pp, broché, bon état (Coll. Bibliothèque des Histoires)

            25

Pour se situer eux-mêmes et pour situer les autres dans la complexité des relations sociales, les hommes se réfèrent à des schémas classificatoires simples qui constituent l'armature maîtresse d'une formation idéologique. Ces figures imaginaires s'accordent au concret des rapports de société. Elles tendent évidemment à fixer ceux-ci. Encore doivent-elles s'ajuster à l'inéluctable évolution de ces rapports. L'une de ces figures a tenu dans l'histoire française un rôle déterminant puisqu'elle a fini par prendre corps dans des institutions et que l' "Ancien Régime" s'est construit sur elle : c'est l'image d'une société où les hommes se répartiraient en trois ordres hiérarchisés, ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent. Se gardant bien de l'isoler du système global où il s'insère, Georges Duby s'efforce de comprendre pourquoi le schéma trifonctionnel, porté par le mouvement d'ensemble de l'économie, de l'organisation politique et de la culture, parvint à s'imposer dans le nord de la France durant le XIe et le XIIe siècle. Il fait apparaître ainsi la manière dont la société féodale s'est elle-même pensée. Ce livre très personnel marque un tournant décisif dans l'orientation de la recherche et de l'écriture historiques. L'éminent médiéviste a l'art d'associer ses lecteurs, sans jamais les dérouter, aux démarches de l'érudition.

115.          DUBY (Georges). Saint Bernard. L'Art cistercien. P., Arts et Métiers Graphiques, 1976, in-4°, 220 pp, 193 illustrations dont 55 en couleurs, nombreux plans et relevés d'édifices, cartes, index, reliure pleine toile noire de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. Les Grands Bâtisseurs)

            40

Saint Bernard n'a pas fondé l'ordre cistercien, mais il a fait son succès. Pendant les deux derniers tiers du XIIe siècle, à travers l'Europe entière, va s'édifier le grand bâtiment, le vaste chantier issu de Cîteaux. Et saint Bernard en est bien le patron, le maître d'ouvrage dont la parole a gouverné, comme le reste, l'art. Parce que cet art est inséparable d'une morale, qu'il incarnait. Mais si la parole de saint Bernard eut cette force de persuasion, si la congrégation qu'il animait put édifier ce qui voulait être la représentation visible d'une éthique et si cet édifice exerça tant d'influence sur la culture européenne, c'est que le siècle attendait cette parole, cette exigence morale, de rigueur, de renoncement et de dépassement. Car si la manière cistercienne de construire fut suscitée par l'enseignement de saint Bernard, elle le fut aussi par tout l'élan du XIIe siècle. — "... Une analyse rapide ne peut donner qu'une faible idée de l'intérêt de ce livre. Il ne remplacera pas les grands manuels d'art cistercien. Mais il donnera à ceux qui s'intéressent au monde roman une vision vaste et originale de l'art cistercien dans la société du XIIe s., le tout dans une langue qui a la fermeté et la séduction du style bernardin." (Georges Pon, Cahiers de civilisation médiévale, 1980)

116.          FAVIER (Jean). Les Plantagenêts. Origines et destin d'un empire, XIe-XIVe siècles. Fayard, 2004, in-8°, 960 pp, 16 pl. d'illustrations en couleurs hors texte, 6 tableaux généalogiques, 10 cartes, biblio, chronologie, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

            25

C'est un étrange ensemble que cet "empire" constitué en quelques années par le comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt et son fils Henri II. Il est le fruit de conquêtes, mais aussi d'une habile diplomatie, de mariages avantageux et d'une bonne part de chance. On y voit sous le même pouvoir l'Aquitaine, la Normandie, l'Angleterre, l'Irlande et parfois l'Ecosse. A l'occasion, le regard des Plantagenêts se porte sur le Languedoc, sur l'Empire germanique, ou sur la Méditerranée. Cela ne forme pas un Etat. Souverain en Angleterre, le Plantagenêt est vassal sur le continent. Les hommes, les langues, les cultures reflètent des identités différentes, que ne traduisent pas moins les institutions du monde laïque et les attitudes de l'Eglise. Et si la mer est une route, elle est aussi un obstacle au milieu de l'empire. Quand s'achève le temps des Plantagenêts, il ne reste de l'empire continental qu'une Guyenne si loin de l'Angleterre. C'est alors que le conflit avec la France prend d'autres proportions, avec d'autres enjeux et une couleur désormais nationale. Mais à mesure que disparaît un empire, un autre naît, un empire économique aux dimensions de l'Europe. Cette histoire est aussi celle des routes et des marchés du sel et du vin, de la laine et des draperies, des esterlins...

117.          FAVIER (Jean). Philippe le Bel. Fayard, 1978, fort in-8°, 584 pp, 16 pl. de reproductions de sceaux hors texte, repères chronologiques, sources et biblio, index, reliure toile éditeur (pt accroc au dos), jaquette illustrée (lég. abîmée), bon état

            20

La grande affaire des Templiers laisse de Philippe IV le Bel l'image d'un "roi de fer" cruel et impitoyable. Affaibli par la prétendue malédiction lancée par le Grand Maître de l'ordre et touché par le scandale de l'adultère de ses belles-filles, il meurt, amer et désabusé, dans des conditions mystérieuses. Personnalité énigmatique, roi que l'on a dit à la merci de ses conseillers, Philippe le Bel (1268-1314) est à la tête d'un Etat fort et centralisé. Ses combats en Flandre, contre le Saint-Siège, contre la féodalité font de lui l'un des premiers souverains modernes. Jean Favier rétablit la vérité sur ce monarque au règne déconcertant. Ses trois fils, qui lui succèdent sans descendance masculine, céderont finalement le trône de France à la dynastie des Valois, entraînant le royaume dans la guerre de Cent Ans.

118.          FOVIAUX (Jacques). De l'Empire romain à la féodalité. Droit et institutions, tome 1. Economica, 1986, gr. in-8°, xi-465 pp, préface de Jean Imbert, 33 illustrations en noi et en couleurs, 9 cartes, 3 généalogies, tableaux synchroniques in fine, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, qqs rares annotations crayon, surlignures sur 2 pp, état correct, envoi a.s.

            25

Les Normands mettent le royaume en péril : le succès d'aventuriers, peu nombreux mais entreprenants, révèle sa fragilité. Les aristocrates croient le sauver en s'affranchissait de l'autorité royale. Pourtant, les gens d'Eglise, entraînant toute la population, continuent à se tourner vers le passé et à rêver, comme au temps de Charlemagne, la restauration de l'autorité impériale sur Romains et Francs, maintenant confondus dans une prodigieuse foi en l'avenir. — Les chrétiens de la société carolingienne se plaisent à rappeler les gloires du peuple de Dieu dans l'Ancien Testament ; ils représentent Charles le Chauve en roi Salomon. Mais ici, le roi d'Israël, vêtu du manteau pourpre des empereurs romains, est flanqué de deux palatins tenant des attributs du roi franc : lance, écu, épée. En majesté sur une cathèdre de style byzantin, le roi couronné siège sous un dais dans une cour bordée d'arcades, où se pressent les dignitaires du palais et la foule des rachimbourgs. Ce nouveau peuple élu assiste au Jugement de Salomon. Dans une composition triangulaire, tous les regards des laïcs, hormis celui de l'exécuteur, convergent vers le roi. Investi d'un ministerium, celui-ci rend la justice en recherchant la vérité. Le partage de l'enfant vivant, qu'il propose pour identifier la mère, est accueilli par des gestes d'approbation et de louanges. La scène, discrètement représentée au bas de la miniature, est essentielle : la sagesse du fils de David ne peut apparaître pleinement que dans l'épisode biblique. Telle était l'idée de justice à la fin du IXe siècle : utopie rétrospective ? Charles le Chauve emporta dans la mort le rêve impérial du premier millénaire. Pourtant, nombre d'institutions, bien que remodelées sous l'emprise féodale, poseront les bases d'une société nouvelle. — "Retraçant l'histoire des rapports complexes du droit et des institutions, depuis les Gaulois jusqu'à la fin de la période carolingienne, le premier tome de ce nouveau manuel mérite une attention toute particulière. Une place importante y est faite aux mentalités : pour J. Foviaux, il s'agit de faire « jouer les mécanismes institutionnels et juridiques pour imaginer comment le pouvoir pouvait être ressenti par la population à ses différents niveaux » (p. 25). C'est ainsi, pour ne prendre que cet exemple, qu'on lira les remarquables pages consacrées aux ordalies (p. 370-374), où l'auteur fait intervenir autant des textes proprement juridiques que des documents hagiographiques et iconographiques. J. Foviaux ne se borne en effet pas à la seule étude des documents écrits, mais propose, s'inspirant notamment des travaux de Witold Maisel, auteur d'une “Archéologie juridique de la Pologne” [“Archeologia prawna Polski”, Poznan, 1982], de rigoureux commentaires de documents iconographiques ou matériels. Monnaies, sceaux, miniatures, plans, photographies aériennes et maquettes, sont ainsi interrogées et interprétées. Quand aux cartes, elles sont précises et claires." (Jacques Berlioz, Médiévales, 1987)

119.          GAUTIER (Léon). La Chevalerie. Edition préparée et adaptée par Jacques Levron. P., Arthaud, 1960, in-8°, 368 pp, 180 illustrations tirées en héliogravure, imprimé sur papier hélio, index bibliographique, reliure toile bleue avec une gravure contrecollée au 1er plat, couverture couleurs conservée (rel. de l'éditeur), rhodoïd, bon état

            30

Les origines de la Chevalerie ; Le code de Chevalerie ; L'enfance du Baron ; La jeunesse du Baron ; L'entrée dans la Chevalerie ; Le mariage du Chevalier ; La vie domestique du Chevalier ; La vie militaire du Chevalier ; La mort du Chevalier. — "Cet ouvrage, quoique déjà ancien, reste encore la meilleure étude que l'on ait faite sur la chevalerie." (Saffroy, I, 3577) — "Les Editions Arthaud viennent de rééditer l'ouvrage sur “La Chevalerie” de Léon Gautier, qui eut un grand retentissement à la fin du XIXe siècle. M. Jacques Levron, directeur du Service des Archives de Seine-et-Oise, a été chargé d'en rajeunir la présentation. Dans un avant-propos émouvant, il a fait revivre la belle figure de Léon Gautier, qui a passé toute sa vie de savant à étudier les textes poétiques du Moyen Age et qui, à la lumière de ces textes, a dressé un véritable code de la chevalerie aux XIIe et XIIIe siècles, époque à laquelle elle atteignit son apogée. On suit le seigneur depuis sa naissance jusqu'à sa mort à travers ses occupations, ses distractions, ses aspirations et ses vicissitudes : la chasse, la danse, les tournois, la guerre sont tout naturellement évoqués. M. Levron a eu l'heureuse idée de rejeter à la fin du volume, dans un substantiel appendice, certaines notes de Léon Gautier, qui, malgré leur grand intérêt, alourdissaient le texte et qui traitent des vêtements, des armes, des chevaux et de la fauconnerie. La présentation est impeccable. L'illustration, excellemment choisie, fait revivre le texte par l'image à travers les manuscrits ou toute autre œuvre d'art contemporaine." (Marc Thibout, Bulletin Monumental, 1960)

120.          GILLET (Louis). La Cathédrale vivante. Flammarion, 1964, gr. in-8°, 455 pp, très nombreuses illustrations en noir dans le texte et à pleine page et sur 16 pl. en couleurs hors texte, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            40

Cette édition, destinée à commémorer le vingtième anniversaire de la mort de Louis Gillet (1876-1943), est la première avec des illustrations. L'édition originale publiée en 1936 n'était pas illustrée. On trouve dans cet ouvrage la reproduction intégrale de l'Album de Villard de Honnecourt, de la Bible des Pauvres, des Douze mois des Très riches heures du duc de Berry, de l'Ars moriendi, des illustrations de la première édition française de la Légende dorée, de la Grande Danse macabre, etc. — "De la première édition de ce livre publié en 1936, les Études écrivaient « On ne sait ce qu'il faut davantage admirer dans cet ouvrage, de la sûreté du critique ou du lyrisme de l'écrivain et du chrétien ». Ce beau livre ne comportait pas alors d'illustrations. On nous le redonne aujourd'hui avec les images qui l'éclairent. Plutôt que de suivre le texte pas à pas, les éditeurs ont préféré le couper de grandes séries de reproductions : l'Abum de Villard de Honnecourt, une suite de très belles photos de Chartres (par Etienne Houvet). les bois gravés de la Légende dorée, etc. Souhaitons que cette nouvelle présentation renouvelle l'intérêt porté à ce texte important." (M. Souchon, Etudes, 1965)

121.          GOUGUENHEIM (Sylvain). Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne. Seuil, 2008, gr. in-8°, 278 pp, notes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. L'Univers historique)

            100

"On considère généralement que l'Occident a découvert le savoir grec au Moyen Âge, grâce aux traductions arabes. Sylvain Gouguenheim bat en brèche une telle idée en montrant que l'Europe a toujours maintenu ses contacts avec le monde grec. Le Mont-Saint-Michel, notamment, constitue le centre d'un actif travail de traduction des textes d'Aristote en particulier, dès le XIIe siècle. On découvre dans le même temps que, de l'autre côté de la Méditerranée, l'hellénisation du monde islamique, plus limitée que ce que l'on croit, fut surtout le fait des Arabes chrétiens. Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta en partie étranger à l'esprit grec. Ainsi, il apparaît que l'hellénisation de l'Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens eux-mêmes. Si le terme de "racines" a un sens pour les civilisations, les racines du monde européen sont donc grecques, celles du monde islamique ne le sont pas." (4e de couverture)

122.          GOUREVITCH (Aaron J.). Les Catégories de la culture médiévale. Gallimard, 1983, in-8°, 340 pp, traduit du russe, préface de Georges Duby, notes, index, broché, bon état (Bibliothèque des Histoires)

            20

Les catégories de la culture médiévale étudient de manière synthétique les principaux cadres de représentation et les formes mentales qui composaient, des siècles durant, le "modèle du monde" dont dépendait "tout le comportement de l'homme" : l'espace et le temps, le travail, la richesse, la justice et la liberté. Une histoire des mentalités, donc. Elle nous vient d'Union soviétique, d'un éminent médiéviste d'abord spécialisé dans l'étude des cultures scandinaves, puis auteur, en 1970, d'un ouvrage remarqué sur La genèse du féodalisme dans l'Europe de l'Ouest. Gourevitch y mettait en évidence les multiples corrélations qui assemblent en un système l'idée que les hommes se faisaient du statut de la terre et de celui des personnes, la signification sociale du don et du contre-don, les rites, usages et symboles enfin qui, dans le Nord archaïque et dans l'Europe évangélisée, entendaient situer chaque individu au sein d'un réseau de liens communautaires. Deux ans plus tard, Les catégories de la culture médiévale venaient prolonger le livre précédent. Voyons-le comme le témoignage d'un esprit libre engagé dans les sciences de l'homme auquel la tradition pistémologique russe et soviétique impose des traits bien particuliers.

123.          HUIZINGA (J.). Le déclin du Moyen Age. P., Club du Meilleur Livre, 1958, in-8°, (v)-386 pp, traduit du hollandais, préface de Gabriel Hanotaux, 21 gravures hors texte, certaines dépliantes, tiré sur vélin de Condat, reliure pleine toile satinée bleue décorée d'une vignette en médaillon, gardes illustrées (rel. de l'éditeur en partie insolée), bon état

            20

"Si l'on avait demandé à Johan Huizinga quel était le sujet fondamental de son livre, affirme Jacques Le Goff, il aurait parlé d'abord de l'imbrication intime du Moyen Âge et de ce que nous appelons la Renaissance. “Le déclin du Moyen Age” décrit et analyse les "saveurs", les "idées", les "émotions" et les "images" dans lesquelles s'exprime une société qui meurt, celle du Moyen Âge, pour donner naissance à une autre, la Renaissance". Marc Bloch et Lucien Febvre ont souligné le caractère pionnier de ce livre publié pour la première fois en 1932. Huizinga y découvre en effet les nouveaux domaines de l'histoire : le corps, les sens, les rêves et l'imaginaire. — Johan Huizinga (1872-1945), l'un des plus grands historiens hollandais, est l'auteur de nombreux livres, parmi lesquels “Homo ludens. Sur la fonction sociale du jeu”.

124.          KENANAH (Faisal). Un témoignage culturel dans Bagdad au Xe siècle. Le Kitab al-Imta' wa-l-Mu'anasa d'Abu Hayyan al-Tawhidi. Editions de Paris, 2012, pt in-8°, 405 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Studia Arabica XVII)

            20

Le Kitab al-Imta' wa-l-mu'anasa est l'une des oeuvres phares de l'auteur arabe classique Abu Hayyan al-Tawhidi (922/932-1023 ?) qui est considéré comme l'un des hommes de lettres les plus érudits de la littérature médiévale. Il s'agit d'un livre qui couvre des entretiens entre l'auteur et le vizir bouyide Ibn Sa'dan. L'oeuvre représente un compte rendu pour l'ami et protecteur Abu l-Wafa qui a introduit Abu Hayyan au cercle du vizir. Abu Hayyan est chargé à la fois de répondre aux nombreuses interrogations du vizir et de tenir informé son ami Abu-l-Wafa de ce qui se déroule lors de ces entretiens. Le présent ouvrage, consacré à cette oeuvre classique, tente de faire apparaître son caractère encyclopédique à travers la compléxité de sa structure et la dispersion des thèmes abordés. Cette étude permettra de mettre en exergue la nature des interrogations du vizir Ibn Sa'dan, et de mener une réflexion sur la pensée du IVe/Xe siècle. Ce témoignage intellectuel de la société bagdadienne d'alors ne représente-t-il pas une certaine liberté de penser à travers divers sujets évoqués : politiques, religieux, philosophiques, sociaux et littéraires ? Quels sont les enjeux et les préoccupations de l'époque ?

125.          KLUTCHEVSKY (B.). Histoire de Russie. I. Des origines au XIVe siècle. Gallimard, 1956, in-8°, 414 pp, traduit du russe et annoté par C. Andronikof, préface de Pierre Pascal, 4 cartes, 3 tableaux généalogiques, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. La suite des temps)

            30

Seul tome paru. — "On considère généralement Klutchevsky – il aurait mieux valu écrire Klioutchevski – comme le plus éminent des historiens russes d'avant la Révolution. Son Cours d'Histoire russe, dont les cinq volumes ont paru de 1904 à 1918 (l'auteur est mort en 1911), a déjà été traduit en allemand et en anglais. Voici qu'une nouvelle traduction en est offerte au public français. Le premier volume vient de paraître, consacré à la Russie kiévienne et à son démembrement. Il est permis de s'interroger sur l'opportunité d'une nouvelle traduction, quelque cinquante ans après la publication de l'original. Pierre Pascal la justifie en ces termes : « Le cours de Klioutchevski n'a pas vieilli. Il demeure aussi vrai, aussi riche, aussi attachant, aussi valable comme explication de la Russie qu'à la date de sa première publication. » II est de fait que, jusqu'à ces toutes dernières années, il n'a jamais été vraiment remplacé : aucun des manuels de synthèse et de vulgarisation qui l'ont suivi n'offrant ni l'ampleur, ni le contact intime avec les sources, ni la lumineuse clarté pédagogique du Cours. Les conceptions historiques de Klioutchevski restent étonnamment modernes. L'histoire de la Russie est pour lui « celle d'un pays qui se colonise », et les périodes de cette histoire, « les étapes de la colonisation ». Nous parcourons, dans ce premier volume, les deux premières étapes : celle de la Russie kiévienne, établie sur le Dniepr, vouée au commerce extérieur, où les villes jouent un rôle dirigeant, et dont l'indispensable unité est représentée par la famille princière : ses membres se succèdent à Kiev selon leur tour d'ancienneté ; puis vient l'étape de la Russie souzdalienne (les autres principautés ne sont pas étudiées dans ce volume), établie sur la Haute-Volga, peuplée de colons défricheurs fuyant l'insécurité de la steppe, morcelée en principautés héréditaires, où la souveraineté se confond avec la propriété privée du patrimoine. (...) Même dépassé par les progrès de la connaissance historique, le Cours de Klioutchevski reste un classique de l'historiographie russe." (Robert Philippot, Annales ESC, 1958)

126.          LEWIS (Bernard). Les Assassins. Terrorisme et politique dans l'Islam médiéval. P., Berger-Levrault, 1982, in-8°, 209 pp, traduit de l'anglais, présentation de Maxime Rodinson, notes bibliographiques, broché, bon état (Coll. Stratégies). Edition originale en français

            25

"B. Lewis, un des grands noms de l'islamologie anglo-saxonne, nous livre ici une étude sur la célèbre secte des Hachchâchîn/« Assassins » qui a défrayé la chronique aux XIIe et XIIIe siècles. L'on sait combien le thème du « terrorisme » comme procédé politique est actuel, notamment en terre d'Islam. Ce qui ne peut qu'ajouter à l'intérêt de ce travail. L'auteur, historien intègre, a eu le mérite de ne pas céder à la facile tentation du « clin d'oeil » au lecteur. En six chapitres intitulés « Découverte des Assassins », « Les ismaéliens », « La Nouvelle Prédication », « La mission en Perse », « Le Vieux de la Montagne », « Fins et Moyens », l'A. nous présente un tableau bien illustré de l'évolution du Chî'isnie ismaélite et de ses tendances extrémistes. (...) Un livre profond qui nous montre comment une série de déceptions et d'espérances trahies allait conduire à l'« assassinat » comme institution politique. Un livre pourtant très aisé à lire, y compris par les non-spécialistes. Un livre, enfin, actuel par la problématique qu'il pose." (Alfred Morabia, Revue de l'histoire des religions, 1985) — "La traduction – excellente et élégante – de ce petit classique de l'historiographie musulmane paru en 1967 sera utile aux étudiants et chercheurs français. Le sous-titre proposé glose le sous-titre original (A radical sect in Islam). La préface de M. Rodinson présente un raccourci de l'histoire de « l'Internationale terroriste », aux XIIe et XIIIe siècles, de cette branche nizârite de la secte chiite extrémiste des ismaéliens, lesquels constituent dès la seconde moitié du IXe siècle, une « Internationale ismaélienne » en divers points du monde musulman. M.R. reprend ici, en bref et de manière limpide, ses réflexions antérieures sur la sociologie du politique et du religieux en général, dans le cas de l'Islam en particulier, réfutant (à son sens) ce qu'il nomme « l'illusion éthico-religieuse » selon laquelle la conviction éthique et religieuse pourrait changer les structures sociales. Il justifie par ce propos le faible développement, chez Lewis, de la doctrine ismaélienne, singulièrement celle des nizarites ou « assassins » des bords de la Caspienne et de Syrie-Palestine. M.R. est éclairant en soulignant « certaines structures de base » qui expliquent à la fois l'ismaélisme et des phénomènes contemporains en Islam, dans la mesure où, dit-il, « le monde musulman que nous connaissons a été édifié sur les ruines de l'ismaélisme vaincu ». Les notes bibliographiques ont été opportunément et intelligemment mises à jour." (Revue française de science politique, 1983) — "L’ouvrage de Bernard Lewis éclaire de façon saisissante les tragédies contemporaines provoquées par le terrorisme djihadiste." (Le Figaro Histoire) — "Érudite, mais passionnante, l’enquête de Bernard Lewis se lit comme un roman." (Historia)

127.          OLDENBOURG (Zoé). Les Croisades. Gallimard, 1965, in-8°, 652 pp, 51 gravures et 6 cartes hors texte, tableaux généalogiques, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. La Suite des temps)

            25

Les croisades sont un phénomène d'ordre tout à la fois religieux, culturel, social et politique. Il fallait donc déployer une approche historique qui restitue la totalité des dimensions de cet événement d'une portée immense et dont notre époque se fait encore l'écho. La grande historienne Zoé Oldenbourg distingue deux époques : la première (de 1096 à la fin du XIIe siècle) comprend la conquête de la Terre sainte, la fondation du royaume franc d'Orient, la chute de ce royaume ; la deuxième (1202-1270) recouvre les tentatives de reconquête des Lieux saints, toutes avortées ou détournées de leur but initial : la conquête de Constantinople, les croisades d'Egypte. Le présent ouvrage traite de la seule première époque des croisades. Il explique les origines du mouvement et les rapports entre l'Occident latin et les deux grandes civilisations orientales : Byzance et l'Islam. Il retrace l'histoire du royaume latin de Jérusalem, ce curieux Etat franc, qui, né du plus brutal esprit de conquête, fut un instant sur le point de devenir un médiateur entre l'Orient et l'Occident.

128.          TOUDOUZE (Georges-G.). Anne de Bretagne, duchesse et reine. Librairie Floury, 1938, in-8° carré, 270 pp, 32 pl. de gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état

            30

"Voici un volume qui plaira à tous les amoureux de la Bretagne. La reine Anne est restée dans la mémoire des générations « la bonne duchesse », son souvenir est marqué à Nantes, comme à Blois ou à Rennes, à Morlaix, comme à Saint-Jean-du-Doigt, par ces sabots de bois dont parle la chanson. M. Toudouze sait nous conter allègrement, et avec enthousiasme, la vie tourmentée de cette princesse, deux fois reine de France, dont les petites filles, au pardon de Plougastel ou d'ailleurs, reproduisent aujourd'hui la silhouette et les couleurs. A cette étude, autant que l'histoire politique, celle des lettres et des arts trouve à gagner. Les noms de Meschinot ou de Jean Lemaire de Belges, ceux de Jean Perrial, de Michel Colombe, de Jean Juste, et bien d'autres, en fleurissant ces pages, attestent qu'Anne eut l'esprit cultivé, dès l'enfance, grâce à la Dame de Dinan, sa gouvernante. L'auteur de cet agréable récit a donc eu raison de donner ses soins à l'illustration de son livre. Cette illustration est bien choisie." (Gazette des beaux-arts, 1939) — "Il y aurait injustice à réclamer de M. Toudouze ce qu'il déclare sans ambages n'avoir pas voulu faire. Il n'a pas cherché à écrire l'histoire d'Anne de Bretagne ; mais, ayant lu un très grand nombre d'écrits anciens et modernes relatifs à la bonne duchesse et reine, il a éprouvé en les lisant des « impressions » dont il nous fait part. C'est légitime. Comme d'ailleurs M. Toudouze n'est pas seulement un artiste, mais qu'il n'ignore pas ce que c'est que l'histoire, ses « impressions » ne seront pas à dédaigner des lecteurs soucieux surtout de vérité objective. (...) L'illustration mérite les plus grands éloges. C'est une remarquable documentation iconographique sur Anne et son entourage, avec une grande part d'inédit." (H. Waquet, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1940)

129.          VERDON (Jean). L'Amour au Moyen Age. La chair, le sexe et le sentiment. Perrin, 2006, in-8°, 200 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Pour l'histoire)

            25

Tristan et Iseut, Héloïse et Abélard – l'amour a divinement inspiré les auteurs du Moyen Age. Les troubadours proposent un art d'aimer et une "carte du tendre" s'élabore. Les œuvres littéraires nous parlent d'amour, et la sexualité n'est pas si mal connue, d'autant que les Arabes tout proches ont une culture raffinée de l'art amoureux... Même si, pour l'Eglise, l'amour est une passion inquiétante qui fait perdre la tête, le lien amoureux existe à l'intérieur du mariage. D'Alcuin, dans la première moitié du IXe siècle, ne cache pas son immense douleur après la mort de son épouse. Des rapts ont lieu, avec le consentement des jeunes femmes, pour permettre des unions que refusent les familles. Hors mariage, l'amour triomphe aussi : ainsi le concubinage de saint Augustin ou la passion éprouvée par Roméo et Juliette... Historien du Moyen Age, spécialiste de la vie quotidienne, Jean Verdon a pris un plaisir évident à composer ce manifeste de l'amour au temps des troubadours et parvient avec finesse à montrer comment les hommes vivaient réellement un sentiment qui met en jeu à la fois le corps et l'esprit.

130.          VERDON (Jean). Le Plaisir au Moyen Age. Perrin, 1996, in-8°, 200 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Jean Verdon étudie les plaisirs apportés par tous les sens en un temps où la mentalité et la sensibilité apparaissent fort différentes des nôtres, même si dans ses profondeurs, la nature humaine est immuable. La sexualité – conjugale et extra-conjugale – occupe une part importante du livre ; l'auteur ne manque pas de souligner qu'elle engendrait un plaisir non dénué de remords dans une société dominée par l'Église dont la morale reposait sur beaucoup d'interdits. Jean Verdon évoque aussi les plaisirs apportés par la table, par le vin (deux litres par personne et par jour dans les monastères !), par les fêtes et par les activités physiques et ludiques, par l'audition de chants et de musique, par la contemplation d'œuvres d'art et de spectacles. Outre les conditions de vie et la structure de la société, l'action ou le poids de la religion entraîne une conception du plaisir Propre au Moyen Age qui, au-delà de la part si importante faite au corporel, de la sublimation due à l'esprit et à la sensibilité esthétique, le subordonne à Dieu, chez une élite tout au moins. L'ouvrage de Jean Verdon n'est jamais pesant parce qu'il ne prétend pas à l'exhaustivité sur un sujet aussi vaste. Il donne une vision générale grâce à une sélection judicieuse d'exemples vivants, d'informations concrètes et de documents significatifs.

TEMPS MODERNES

 

131.          ANTOINE (Michel). Louis XV. Fayard, 1989, fort in-8°, 1053 pp, biblio, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, tranche inf. lég. salie, bon état. On joint une critique du livre par Christian Jouhaud (Le Monde, 9 fév. 1990)

            25

Louis XV est l'un des souverains les moins connus de notre histoire malgré ses 59 années de règne. Cet ouvrage foisonne d'informations et d'aperçus inédits. – "En bien des domaines, l' "amabilité" du XVIIIe siècle relève un peu du mythe, car à la façade brillante des Lumières répond un envers du décor surprenant de dureté et d'âpreté. Le roi lui-même en fut victime: s'il a le plus souvent choisi de grands ministres, s'il a pu garder à la France son rôle d'arbitre européen, s'il a voulu, et dans l'ensemble a su, assurer le bonheur de ses peuples, Louis XV - l'un des souverains les plus intelligents, les plus artistes, les plus cultivés, les mieux informés que nous ayons connus - a échoué à pacifier les esprits et à sauver l'Etat de la paralysie. Fêté dans les premières années de son règne comme un véritable prince charmant, le Bien-Aimé a vite dû se résigner à régner sous les clameurs d'une opinion manipulée par quelques groupes de pression, essentiellement des jansénistes et ces "Messieurs des parlements" (c'étaient d'ailleurs les mêmes). Dans cette lutte acharnée, il eût fallu à Louis XV l'habileté d'Henri IV, la brutalité de Richelieu, l'orgueil de Louis XIV – ou même les trois à la fois ! Or, bien qu'il les égalât au moins par l'intelligence, Louis XV était un homme secret, solitaire, introverti, doutant éternellement de soi. Et les femmes ne lui furent d'aucun secours : la Pompadour a flatté ses faiblesses plutôt qu'elle ne les a contrecarrées, la Du Barry s'est laissé entraîner dans des cabales qui la dépassaient... Ainsi s'explique que les réformes, les actes d'autorité aient mis si longtemps à venir – trop tard – et que la défaveur du roi auprès des Français ait perduré presque jusqu'à nos jours... Seul un historien possédant une érudition infaillible sur le fonctionnement de l'Etat et du gouvernement de l'ancienne France pouvait faire justice de tant de préjugés, et montrer que le long règne de Louis XV – 59 ans ! –, s'il fut difficile, doit pourtant compter parmi les grandes époques de notre histoire." (4e de couverture)

132.          ARGAN (Giulio Carlo). L'Europe des capitales, 1600-1700. Genève, Skira, 1964, gr. in-4°, 222 pp, 64 reproductions et photographies en couleurs contrecollées sur 60 planches hors texte, 60 illustrations en noir, index des noms cités, reliure éditeur, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage (très lég. sali), bon état (Coll. Art, Idées, Histoire). Edition originale

            45

"Dans “L'Europe des capitales”, M. Giulio Carlo Argan, de l'Université de Rome, étudie le XVIIe siècle. Celui-ci marque un recul sur l'optimisme logique de la Renaissance ; mais, en même temps qu'il voit le déclin de la pensée abstraite, il consacre le triomphe des images contre les tendances iconoclastes et le puritanisme de la Réforme. La défense et la revalorisation des images aura été la grande affaire du Baroque dont les extériorisations et le triomphalisme rejoignent la pompe de l'absolutisme. Ce moment correspond effectivement à l'apparition en Europe des villes-capitales, représentation monumentale de ce que Mumford appelle « l'idéologie du pouvoir ». Le monument devient le signe de cette idéologie. En fait, une grande partie de l'art du XVIIe siècle tend vers le style monumental dont le langage sera l'allégorie. Ce sens du monumental marque toute la période classique à son apogée, et Poussin saura l'étendre jusqu'aux paysages. Mais il s'agit aussi d'un art conquérant, qui cherche autant à persuader qu'à frapper le regard et les sens. Déjà l'art franchit les enceintes princières ; le monument ne respire plus seulement vers l'intérieur. L'importance des façades, les places, les perspectives, les jardins ouverts au public semblent inviter celui-ci à participer à ces fastes et à ces fêtes. Cet art baroque, où l'on n'a vu longtemps que surcharge et vaine complication, s'inscrit dans le renouvellement des techniques. L'audace, la gratuité, le défi à la pesanteur et à la logique sont à la mesure d'une époque qui pour la première fois envisage de donner à l'univers ses dimensions réelles et invente une nouvelle formule du merveilleux : le temps, l'espace et le mouvement." (Camille Bourniquel, Esprit, 1965)

133.          BATIFFOL (Louis). La Duchesse de Chevreuse. Une vie d'aventures et d'intrigues sous Louis XIII. Hachette, 1948, in-8°, vii-309 pp, biblio, broché, couv. illustrée, état correct (Coll. Figures du passé)

            25

Biographie de la femme de Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, troisième fils du Balafré, une grande figure de la Fronde.— Elève de Fustel de Coulanges, Louis Battifol fut conservateur à la Bibliothèque nationale avant de prendre la direction de la Bibliothèque de l’Arsenal. Il se consacra à l’étude du règne de Louis XIII. — "... Louis Batiffol, l'érudit historien qui dirige si brillamment les destinées de la Bibliothèque de l'Arsenal, a écrit qu'il se dégageait d'elle comme un parfum capiteux qui troublait les coeurs les plus rassis. (...) Elle s'amourache de lord Holland, ami de Buckingham. La reine Anne d'Autriche s'en amuse, le duc de Chevreuse n'en sait rien, naturellement. C'est ensuite Ornano, gouverneur de Gaston d'Orléans, frère du roi. Elle l'entraîne dans un complot d'Etat où le jeune comte de Chalais laissera sa tête au vingt-deuxième coup de hache d'un bourreau novice. En exil de ce fait, elle séduit le duc de Lorraine et lord Montaigu puis, rentrée en France, l'inflammable marquis de Châteauneuf, malgré ses 52 ans. Elle repart pour l'Espagne, déguisée en homme. Les filles d'auberge déclarent n'avoir jamais vu d'aussi beau garçon, et le guide débonnaire qui l'accompagne reste tout pantois quand il apprend sa véritable identité..." (La Croix)

134.          BÉLY (Lucien). Les Relations internationales en Europe, XVIIe-XVIIIe siècles. PUF, 1992, gr. in-8°, xxiii-731 pp, biblio, index, broché, bon état (Coll. Thémis Histoire)

            30

Cette étude s'interroge sur les origines et la nature des souverainetés européennes, sur les enjeux internationaux, elle aide à comprendre les grands événements européens. La Réforme fut la grande fracture du XVIe siècle et les rivalités internationales jouèrent de la passion religieuse qui fut débordée par les ambitions politiques et territoriales, la guerre était une donnée essentielle de ces époques.

135.          BRAUDEL (Fernand). Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle. Armand Colin, 1980, 3 vol. gr. in-8°, 544, 600 et 607 pp, environ 450 illustrations, 116 cartes et graphiques, index, reliures pleine toile éditeur, sans les jaquettes, bon état

            90

Le maître-livre de Fernand Braudel. – Tome 1 : Les Structures du quotidien. Tome 2 : Les Jeux de l'échange. Tome 3 : Le Temps du monde. — Ces trois volumes sont une introduction à l'histoire du monde du XVe au XVIIIe siècle, un voyage à travers le temps et l'espace des civilisations qu'a bousculées alors en Asie, en Amérique, en Afrique la violente expansion de l'Europe. C'est aussi une réflexion peu orthodoxe sur la nature et le rôle d'un acteur important : le capitalisme, que l'auteur, contre toutes les règles, distingue vigoureusement de l'économie de marché. L'accent est mis sur le poids énorme d'un troisième secteur, celui d'une production paysanne encore majoritairement enfermée dans le troc et l'autosuffisance, à l'écart du marché. — Le premier volume, “Les Structures du quotidien : le possible et l'impossible”, est un inventaire de la culture matérielle avant la grande rupture de la révolution industrielle : misère et luxe; routines paysannes; nourritures, costumes et logement, du riche et du pauvre; outils, techniques, monnaies et pseudo-monnaies, villes... C'est donc un grand livre d'images où toutes les civilisations du monde ont leur mot à dire. Chemin faisant se mesure l'étroitesse des limites du possible pour ces sociétés d'hier, en butte, toutes, à des famines meurtrières, à l'inexorable faiblesse des sources d'énergie et des techniques, à la lenteur et au débit dérisoire des transports, des communications. L'auteur nous entraîne ainsi loin « des facilités que la vie actuelle nous prodigue, dans une autre planète, dans un autre univers des hommes ». — Avec “Les Jeux de l'échange”, nous quittons la vie matérielle stagnante qu'évoque le premier volume pour entrer dans le mouvement de la vie économique. De bas en haut de l'échelle, voici tous les outils de l'échange : colportage, marchés, échoppes et boutiques, foires, bourses, banques. Autant d'étapes de l'épanouissement de l'économie de marché, confondu d'ordinaire avec celui du capitalisme. L'auteur, au contraire, distingue ou même oppose les activités et les acteurs de l'économie de marché et du capitalisme, celle-là sous le signe de l'échange naturel et sans surprise, de la transparence et de la concurrence, celui-ci animé par la spéculation et les calculs savants d'un petit groupe d'initiés. Parce qu'il se fonde sur la puissance, le capitalisme a toujours pu se réserver les secteurs privilégiés de l'accumulation, secteurs changeants au fil du temps : du XV au XVIII siècle, non pas l'industrie, mais la banque et le négoce international. — Le dernier volume reprend, cette fois dans sa chronologie du XVe au XVIIIe siècle, l'histoire économique du monde. Non pas de l'univers tout entier, mais de ces seules zones très minoritaires qui vivent selon « le temps du monde », le regard tourné vers les échanges internationaux – toutes zones de civilisations denses, à la richesse ancienne. En gros deux blocs : l'Europe d'un côté, de l'autre l'Extrême-Orient qui lie Inde, Chine, Islam en un puissant réseau, longtemps à égalité avec l'Europe. L'histoire de ces quatre siècles est précisément celle de la rupture progressive de cet équilibre ancien. Il a été bouleversé, recréé à partir des hauts lieux du capitalisme qui ont successivement pris la tête de l'Europe : Venise au xve siècle, puis Gênes, Amsterdam, Londres, jusqu'à la révolution anglaise du XIXe siècle, qui a scellé l'inégalité du monde. Nous en vivons encore les conséquences. En conclusion : le destin du capitalisme d'aujourd'hui s'explique-t-il à la lumière du passé ?

136.          BREWER (John) & Roy PORTER (edited by). Consumption and the World of Goods. London and New York, Routledge, 1997, gr. in-8°, xxi-564 pp, 64 pl. de gravures hors texte, 8 figures, index, broché, couv. illustrée, bon état. Texte en anglais

            35

"Depuis une trentaine d’années, les études se sont multipliées sur l’histoire de la consommation à l'époque moderne, soulevant de nombreux débats. L’impulsion a été donnée en bonne partie par les historiens anglo-saxons qui ont les premiers insisté sur l’importance de l’expansion du marché intérieur de leur pays entre la fin du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle. La production scientifique a été soutenue, avec pour point d’orgue les articles rassemblés par John Brewer et Roy Porter dans un livre phare, “Consumption and the World of Goods”. Les vingt-cinq articles brossent un panorama dynamique des concepts, des méthodes, des travaux en cours qui témoignent d’approches variées, aux problématiques stimulantes, qu’ils soient à dominante économique, culturelle, sociale, genrée..." (Natacha Coquery, “La diffusion des biens à l'époque moderne”, Histoire urbaine, 2011) — "There is something for everybody in this handsome volume, impeccably edited and produced." (Peter Earle, The Times Literary Supplement) – "A fascinating book ... brought together by two outstanding historians." (Keith Thomas, The Observer) – "This book deserves to be widely read." (Gary Mead, The Financial Times) — The study of past society in terms of what it consumes rather than what it produces is – relatively speaking – a new development. The focus on consumption changes the whole emphasis and structure of historical enquiry. While human beings usually work within a single trade or industry as producers, as, say, farmers or industrial workers, as consumers they are active in many different markets or networks. And while history written from a production viewpoint has, by chance or design, largely been centred on the work of men, consumption history helps to restore women o the mainstream. The history of consumption demands a wide range of skills. It calls upon the methods and techniques of many other disciplines, including archaeology, sociology, social and economic history, anthropology and art criticism. But it is not simply a melting-pot of techniques and skills, brought to bear on a past epoch. Its objectives amount to a new description of a past culture in its totality, as perceived through its patterns of consumption in goods and services. “Consumption and the World of Goods” examine history from this perspective, and is a unique collaboration between twenty-six leading subject specialists from Europe and North America. The outcome is a new interpretation of the seventeenth and eighteenth centuries, one that shapes a new historical landscape based on the consumption of goods and services.

137.          CASTELOT (André). Henri IV, le passionné. Perrin, 1986, fort in-8°, 559 pp, 102 gravures et portraits dans le texte et à pleine page, une carte et un plan, chronologie, généalogie, biblio, reliure skivertex vert de l'éditeur, gardes illustrées, bon état

            20

"... Je ferai voir à ces gens que je quitterais maîtresses, amours, chiens, oiseaux, brelans, bâtiments, festins, banquets et toutes autres dépenses de plaisir et de passe-temps, plutôt que je perde la moindre occasion et opportunité pour acquérir honneur et gloire." (Henri IV) — Lorsque la nouvelle de sa mort tomba sur Paris, nous dit un témoin, elle éteignit "la lumière du plus grand roi de la terre et le meilleur". En province, sur les chemins, des paysans hagards, les bras croisés, guettaient courriers et voyageurs susceptibles de leur donner quelques détails sur la "désastreuse nouvelle". Lorsqu'ils apprirent que le "père du peuple n'était plus, ils se répandirent à travers champs, comme brebis sans pasteur, ne pleurant pas seulement, mais criant et bramant comme forcenés". Selon son habitude, André Castelot s'est rendu sur place afin de faire revivre celui qui fut peut-être le plus grand roi de notre Histoire et dont l'existence forme un extraordinaire roman.

138.          CHASTEL (André). La Crise de la Renaissance, 1520-1600. Genève, Skira, 1968, gr. in-4°, 217 pp, 67 reproductions et photographies en couleurs contrecollées sur 60 planches hors texte, 60 illustrations en noir, index des noms cités, reliure éditeur, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage, très bon état (Coll. Art, Idées, Histoire). Edition originale

            60

"La beauté de ce volume de grand format, richement illustré, risque de détourner l'attention, et d'attirer ses possesseurs dans un émerveillement distrait. Le lecteur averti aura tôt fait de remarquer l'importance du texte d'André Chastel, et de lui vouer l'intérêt qu'il mérite. II s'apercevra que le système tres rigoureux de l'illustration (séries de planches en couleurs, dépliants d'illustrations en noir et blanc) repond fidèlement au dessein de l'auteur. Celui-ci ne nous propose pas, après tant d'autres, une histoire de l'art de la Renaissance, mais une étude des formes les plus diverses dans lesquelles les hommes du XVe et du XVIe siècles ont consigné leur interprétation du monde et de la condition humaine. La recherche, conformément au titre de la collection ou paraissent ces ouvrages, se situe au point ou l'art, les idées et le mouvement historique s'impliquent et se provoquent réciproquement. Chacun des chapitres constitue un veritable « tractatus » sur un sujet d'histoire « globale »." (Jean Starobinski, Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, 1970)

139.          CORNETTE (Joël). Les Années cardinales. Chronique de la France, 1599-1652. SEDES, Armand Colin, 2000, gr. in-8°, 448 pp, 13 illustrations, notes, index, broché, couv. illustrée, bon état

            60

1599-1652 : années cardinales dominées par la figure et l'action d'Henri IV puis des deux cardinaux-ministres, Richelieu et Mazarin. Années décisives aussi pour l'Etat royal : la monarchie est l'objet de métamorphoses, d'expérimentations, de contestations et d'affrontements. Nourrie des travaux les plus récents des historiens, cette chronique restitue toute la richesse du premier XVIIe siècle. On y trouve, année par année, un tableau précis des principaux événements de toute nature, éclairés par des extraits de mémoires des contemporains, accompagnés d'analyses, de synthèses, de portraits et de fragments d'œuvres de cette époque. Des derniers feux de la Ligue aux troubles de la Fronde, cette période fut aussi celle des sorcières et des possédées, de la Contre-Réforme triomphante, mais également, avec Galilée, Descartes et Pascal, celle qui inventa l'écriture du monde en langage mathématique : plus que jamais années cardinales, elles édifièrent les fondements intellectuels de notre modernité.

140.          [COURTIN (Antoine de)]. Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France, parmi les honnêtes gens. Nouvelle édition, revue, corrigée, & de beaucoup augmentée par l'Auteur. P., chez Marc Bordelet, 1750, in-12, 347-(13) pp, reliure plein veau marbré, dos à 5 nerfs orné de caissons dorés, pièce de titre basane carmin, tranches rouges (rel. de l'époque), coiffe sup. arasée, bon état

            100

Antoine de Courtin (1622-1685) diplomate et homme de lettres qui devint le secrétaire des commandements de la reine Christine de Suède avant d'être désigné ambassadeur des puissances du Nord par Colbert. Ecrit pour un ami de l'auteur qui voulait envoyer son fils à la Cour, l'ouvrage insiste particulièrement sur le respect de l'étiquette et sur le comportement que se doit d'avoir un gentilhomme. De la propreté, de ce qu'il faut observer dans le jeu, ce qui s'observe au bal, comment se comporter avec les supérieurs comme avec les domestiques, les règles de bienséance à observer à table, rédiger une lettre et même se moucher... — "Antoine de Courtin est bien connu des historiens de la civilité. Le Nouveau traité de la civilité, marque, par son succès, un moment décisif dans la divulgation de l'exemplarité curiale." (Emmanuel Bury, “L'Honnêté et ses sources”, in “Pour une histoire vraie des des traités de savoir-vivre en Europe”, p. 206). De fait, entre 1671 et 1766, l'ouvrage ne connaîtra rien moins que 25 réimpressions tant en français qu'en langues étrangères.

141.          DA VINHA (Mathieu). Les Valets de chambre de Louis XIV. (Thèse). GLM, Perrin, 2004, gr. in-8°, 515 pp, préface de Yves-Marie Bercé, annexes, notes, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Saint-Simon, qui les détestait, comparait les valets de Louis XIV à "ces puissants affranchis des empereurs romains, à qui le sénat et les grands de l'empire faisaient leur cour". A la fin du XVIIe siècle, on compte quatre Premiers valets de chambre et trente-deux valets de chambre ordinaires. Les historiens ne se sont guère intéressés à ces serviteurs royaux qui, seuls pourtant, ont le privilège d'entrer à tout moment dans les appartements du roi, de coucher dans la chambre même du maître, d'être auprès de lui dans toutes les circonstances de l'existence. Qui connaît les noms de Bontemps, Nyert, Blouin, La Porte, que même Colbert, Louvois et autres traitent avec ménagement ? La plupart d'entre eux ont servi quotidiennement le roi pendant plus de vingt ans, et leur fils après eux. Mathieu Da Vinha, à force de lecture de mémoires et d'archives, a reconstitué l'origine, l'itinéraire, l'ascension, l'enrichissement des valets de chambre. Il les décrit dans l'exercice de leurs fonctions, démonte leurs stratégies familiales, analyse la nature de leurs relations, très étroites, avec le roi. Voici la découverte d'un sous-continent inconnu du palais et de la cour de Versailles au Grand Siècle. — "Le beau sujet ! Il n'avait pourtant jamais été traité : voici un ouvrage qui offre tous les attraits de la nouveauté. Mathieu Da Vinha arrache les valets de chambre à l'anecdote pour les considérer en historien : qui et combien sont-ils, quel est leur statut, comment exercent-ils leurs charges ? L'auteur entend présenter une étude complète qu'il appuie sur des archives patiemment dépouillées, en particulier la série O des Archives nationales (la Maison du roi) et le minutier central des notaires parisiens. (...) La paradoxale nouveauté du sujet et la variété des informations livrées à la réflexion du lecteur feront de cet ouvrage une référence durable. La qualité des annexes y contribuera, qui mérite d'être soulignée : la première constitue une généalogie des quatre offices de Premiers valets ; la seconde, non seulement esquisse une prosopographie des valets de chambre, mais encore détaille les sources pertinentes et précise les années en charge ; la troisième, une généalogie des Bontemps, indique les titres et charges de chacun d'entre eux..." (Christophe Blanquie, Cahiers Saint-Simon, 2004) — Au nombre de quatre premiers et de trente-deux "ordinaires", les Valets de Chambre furent sans doute les Officiers commensaux les plus proches du Roi sous l'Ancien Régime. Appartenant à l'immense personnel domestique du Prince (et à la Maison étroite en particulier), ces hommes servant par quartier officiaient principalement aux lever et coucher du monarque. Ils s'inscrivaient dans une hiérarchie officielle contredite par la réalité du service. Bien loin de se limiter aux activités ancillaires, ceux-ci surent gagner au cours du XVIIe siècle la confiance du souverain et atteignirent une place inégalée jusqu'alors. Officiers de second rang, les premiers Valets de Chambre remporterent pourtant la bataille qui les opposaient à leurs supérieurs et chefs d'Offices – les premiers Gentilshommes de la Chambre – dans "l'amitié" royale. Originaires pour la plupart de la bourgeoisie, les titulaires de ces charges parvinrent à une noblesse qui, après avoir été alternativement héréditaire, ne fut plus que personnelle à la fin du siècle. Toutefois, leur Office leur conférant l'ensemble des privilèges du deuxième ordre, mais aussi grâce à une endogamie bien calculée et à un renfermement progressif du corps sur lui-même, cette accession collective à la noblesse n'était plus une priorité. Solidement ancrés dans la Maison du Roi par les survivances et l'acquisition d'autres charges, ces hommes ne quittèrent jamais réellement les rangs de l'aristocratie. Forts de l'intimité de leur maître (les premiers Valets couchaient au pied du lit royal), certains connurent une grande ascension. Des dynasties – qui prirent naissance sous Louis XIII – se retrouvent sous Louis XV, voire sous Louis XVI. Honneurs, titres et fortune couvrirent alors ces fidèles serviteurs de la monarchie. Plus que l'histoire d'un groupe commensal, cette étude se présente comme une vision nouvelle de la Cour, non plus à travers les mémorialistes, mais bien à travers des gens de "métiers", eux-mêmes courtisans.

142.          DECKER (Michel de). Madame de Montespan, la grande sultane. Perrin, 1985, in-8°, 257 pp, 16 pl. de gravures hors texte, un fac-similé, biblio, reliure skivertex éditeur, bon état

            20

Elle fut la Favorite par excellence ! Louise de La Vallière avait régné sur le cœur du jeune et romantique Louis XIV. Madame de Maintenon régnera sur l'esprit d'un monarque vieillissant et désabusé. Athénais de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan, régna sur les sens d'un Roi-Soleil à son zénith. Pendant dix ans, elle fut la véritable reine de Versailles : orgueilleuse et redoutable quand il s'agissait d'évincer ses rivales, adulée par le monde des Arts et des Lettres lorsqu'elle protégeait Corneille et Molière, La Fontaine et Lully. Louis XIV ne lui refusait rien et l'adorait. Etait-il inquiet pour sa succession ? Elle lui donna des héritiers qui furent déclarés "nés en vrai et loyal mariage". Leur descendance a régné sur l'Europe entière. Elle fut éblouissante – on ne s'ennuyait jamais avec elle, affirmait la célèbre princesse Palatine. Jusqu'au jour où son ciel se couvrit de nuages noirs comme les messes et les ongles des sorcières. Peut-on dire que Madame de Montespan a trempé dans la ténébreuse et macabre affaire des poisons, le plus grand scandale du Grand Siècle, comme on l'en a si souvent soupçonnée ? Pour résoudre cette énigme, il fallait une enquête rigoureuse. L'historien Michel de Decker, transformé en détective pour l'occasion, la mène brillamment dans ce récit alerte.

143.          DEYON (Solange) et Alain LOTTIN. Les Casseurs de l'été 1566. L'iconoclasme dans le Nord. Presses Universitaires de Lille/Westhoek, 1986, gr. in-8°, 255 pp, 10 gravures hors texte, 4 cartes, notes, chronologie, sources, biblio, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            30

"Les Presses Universitaires de Lille ont eu l'heureuse idée de rééditer l'excellent ouvrage que S. Deyon et A. Lottin avaient consacré en 1981 aux troubles et à la vague de destructions iconoclastes qui se produisirent dans le Nord de la France actuelle et dans nos régions au cours de l'été 1566. La première partie de cet ouvrage est consacrée aux faits. Les auteurs plantent d'abord le décor du drame, ces dix-sept provinces gouvernées par Marguerite de Parme, où « l'on voit partout ces damnables sectes pulluler », où les réformés sont d'une hardiesse grandissante. Malgré les « placards », qui menacent les rebelles des peines les plus sévères, les prédications en plein air se multiplient, « en tous lieux et quartiers, et à fort grande multitude, mesmes avec armes », écrit la régente – impuissante – à Philippe II, le 7 juillet 1566. Le pouvoir ne va pas tarder à chanceler, la fièvre de prières qui rassemblait les foules des «prêches des haies» se transmuer en assaut contre les églises et les couvents. Suivant les parcours de la destruction, les auteurs donnent une relation détaillée des événements, s'attardant notamment sur l'épisode valenciennois (24 août) et notant que les iconoclastes ne paraissent pas avoir rencontré, sur leurs différents théâtres d'opération, une riposte organisée des populations catholiques. Sous la pression des événements, le pouvoir fait des concessions ; il mesure aussi l'étendue du désastre : les réformés contrôlent Valenciennes et Tournai, nouvelles « Genève », ainsi que la Flandre, où ils l'emportent nettement. Le chapitre IV montre la reprise en mains par les autorités, la chute de Tournai, la capitulation de Valenciennes, où le calvinisme seul avait eu droit de cité. En trois mois, les calvinistes perdent les grandes villes qu'ils contrôlaient ; ils sont désormais sur la défensive et souvent condamnés à la clandestinité. Sévère mais limitée sous Marguerite de Parme, la répression sera organisée méthodiquement par le duc d'Albe, qui crée le Conseil des Troubles le 20 septembre 1567. Les sursauts terroristes ne contribueront qu'à renforcer la détermination du duc à en finir avec ces «garnemens, especiallement ceulx que l'on cognoit pour ministres». Une grande rafle interviendra le 3 mars 1568, jour des Cendres ; elle sera suivie d'exécutions capitales et de bannissements dont il est difficile de tenter d'évaluer le nombre. La seconde partie de l'ouvrage propose une nouvelle lecture de l'iconoclasme aux Pays-Bas. (...) Explosion sociale, révolution religieuse, rebellion contre le roi, manifestation de rejet de l'Église et de la doctrine catholiques, expression d'une volonté de changement, le mouvement iconoclaste est ici étudié sous toutes ses facettes, à l'aide d'une masse de documents d'archives (les plus intéressants sont publiés en annexe) et des nombreuses sources imprimées disponibles. L'ouvrage, qui comporte un dossier photographique, s'appuie sur les innombrables travaux qui ont été consacrés à la Réforme dans les anciens Pays-Bas, tant en terre flamande qu'en terre wallonne." (Franz Bierlaire, Revue belge de philologie et d'histoire, 1990)

144.          DUSSIEUX (L.). Le Cardinal de Richelieu, étude biographique. Lecoffre, 1886, in-8°, xi-383 pp, un portrait du cardinal, notes, broché, qqs rousseurs, bon état

            30

"Louis Étienne Dussieux (1815-1894) est d'abord, par deux fois (1839 et 1840), lauréat du Prix de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1841, il est nommé professeur d'histoire au collège Sainte-Barbe de Paris où, tout en préparant l'agrégation, il passe avec succès le concours de répétiteur d'histoire et de géographie militaires à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. Outre ses travaux historiques (il devient, dès 1843, correspondant du Comité des travaux historiques) et d'histoire de l'art, l'essentiel de son activité professionnelle se déroule ensuite à l'École spéciale militaire, où il va occuper pendant trente ans (1850-1880) le poste de professeur d'histoire. Du reste, c'est très certainement pour cette riche activité pédagogique, où il est à la fois praticien et concepteur de cours d'histoire et géographie (réédités à de nombreuses reprises), éditeur de mémoires historiques (Dangeau, le duc de Luynes) et auteur de biographies de grands personnages (Richelieu, Colbert, Sully), que Louis Étienne Dussieux est fait officier d'Académie, en 1858, puis chevalier de la Légion d'honneur, en 1864..." (Moana Weil-Curiel, Institut national d'histoire de l'art)

145.          FEJTÖ (François). Un Habsbourg révolutionnaire : Joseph II. Portrait d'un despote éclairé. Plon, 1953, in-8°, 356 pp, 8 gravures hors texte et une carte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale (il n'est pas mentionné de grands papiers)

            25

Le portrait de celui qui fut par excellence le souverain des Lumières. Joseph II (1741-1790), roi de Hongrie, d'Autriche et des Romains à vingt-trois ans en 1764, élu empereur d'Allemagne l'année suivante, visite ses Etats, puis l'Italie, la Prusse, la Russie et surtout Paris en 1777. En compagnie de sa soeur Marie-Antoinette, il découvre la cour la plus brillante de l'époque. C'est là qu'il définit les principes de son action politique : le despotisme éclairé. Durant son règne, il abolit le servage et met en chantier une réforme fiscale. Il promulgue un édit de tolérance, instaure le mariage civil, cantonne l'autorité du pape au dogme, sécularise la moitié des couvents et assure aux juifs une paix religieuse et sociale. Menacé par la Prusse et l'Empire ottoman, il tient son empire par la force de sa poigne et le conduit, jusqu'à sa mort en 1790, à être le seul concurrent – pacifique –de la France, laissant un héritage riche et contrasté. Une biographie magistrale.

146.          FREDERIC II (Roi de Prusse). Histoire de la guerre de Sept Ans. Berlin, Voss et fils, Decker et fils, Treuttel, 1788-1789, 2 vol. in-8°, (6)-358 et (4)-421 pp, reliures plein veau moucheté, dos lisses ornés de fleurons et filets dorés, pièces de titres et de tomaison basane noire (rel. de l'époque), reliures frottées avec pt manques de cuir, coiffe sup. du 1er volume arasée, intérieurs propres, état correct (Oeuvres posthumes de Frédéric II, tomes 3 et 4)

            80

Par Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand (1712-1786), de la maison de Hohenzollern, simultanément Frédéric IV de Brandebourg, 14e prince-électeur de Brandebourg et Frédéric II de Prusse, troisième roi de Prusse (1740-1786). Le Brandebourg constituait le coeur du royaume de Prusse, intimement lié au royaume depuis que le Grand Electeur Frédéric III devint roi de Prusse en 1701 sous le nom de Frédéric Ier. Après avoir un temps fréquenté Voltaire, Frédéric II devint célèbre pour avoir été l'un des porteurs de l'idéal du prince des lumières en tant que « despote éclairé ». Dès 1736, il part s'installer à Rheinsberg. Il s'entoure là d'une cour qu'il choisit parmi des philosophes et des gens de lettres, il comble les lacunes laissées par l'éducation imposée par son père, rédige de la poésie en français. Il entame une longue correspondance avec Voltaire qui supervise et fait publier en 1740 l'Anti-Machiavel où le prince expose ses idées sur une monarchie contractuelle, soucieuse du bien des citoyens. Il gagne ainsi, l'année même où il succède à son père le titre de roi-philosophe. Les 4 premiers volumes sont les « Oeuvres de Frédéric II, roi de Prusse, publiées du vivant de l'auteur », tomes I-IV (Berlin, Voss et fils, Decker et fils, Treuttel, 1789) ; les volumes 5 à 13 sont les « Oeuvres posthumes de Frédéric II, roi de Prusse », tomes I-IX (Berlin, Voss et fils et Decker et fils, seconde édition originale, 1788). Edition publiée par Jean-Charles Laveaux, libraire et grammairien. — La guerre de Sept Ans est la première guerre véritablement mondiale : on se bat sur plusieurs fronts, en Europe, en Amérique et en Inde. C’est un renversement des alliances qui voit s’opposer principalement la France, alliée à l’Autriche, contre la Prusse, alliée à l’Angleterre. Le Prussien Frédéric II est en infériorité numérique, mais son armée, très bien équipée, est la mieux entraînée. De cette longue lutte, la Prusse sort grandie et la France abaissée. Frédéric II doit la victoire à son génie militaire et à sa ténacité autant qu’à la médiocrité de ses adversaires, qui n’ont pas su combiner leurs efforts et saisir les occasions décisives. La fin de la guerre, en 1763, consacre l’échec des prétentions françaises et couronne la volonté britannique : la France est évincée du continent nord-américain et perd l’essentiel de ses possessions aux Indes. Cette guerre s’avère désastreuse pour Louis XV, qui a sacrifié 200 000 hommes en Allemagne pendant qu’il perdait ses colonies faute de troupes pour les défendre.

147.          GAZIER (Cécile). Ces Messieurs de Port-Royal. Documents inédits. Perrin, 1932, in-8°, vii-254 pp, 10 gravures hors texte, broché, bon état, envoi a.s. (nom du destinataire découpé)

            25

"Dans la pénombre, une galerie de portraits. La mise est austère ; beaucoup d'entre eux ont la robe ecclésiastique, le grand rabat, le petit bonnet rond ; parfois le surplis de l'officiant, quand ils sont prêtres comme l'abbé de Saint Cyran ou Singlin. Toutes les physionomies sont graves et pourtant ici ou là se dessine un sourire doux, fin, un peu ironique peut-être et plein de bonté aussi, le sourire de ceux qui regardent plus haut que la vie. Ils sont passés de mode et notre temps ne les comprend plus. Parce que, à une époque troublée comme la nôtre, ils n'étaient touchés ni par nos agitations, ni par nos inquiétudes, ni par nos ambitions, un historien a dit d'eux : « Ce n'étaient pas des hommes. » D'autres critiques tournent en ridicule la politesse exquise et un peu solennelle que ces gens du XVIIe siècle savaient garder au milieu de la simplicité franciscaine de leur solitude d'anachorètes. (...) Les voici qui défilent : Antoine Le Maître, fils d'une Arnauld, le brillant Le Maître qui, à trente ans, se « résout à changer ses belles qualités d'orateur et de conseiller d'Etat en celle de simple serviteur de Jésus Christ. » Le premier, il se retira à l'ombre de Port-Royal. Les frères de Le Maître, Séricourt et surtout Sacy, le suivent dans la solitude. Le deuxième était un Arnauld adouci, âme de cristal, modéré, modeste. Son grand labeur, la traduction de la Bible, demeure, et aussi l'influence qu'il eut sur Blaise Pascal. En 1654, après sa conversion définitive, celui-ci vint près de Sacy, aux Ganges, apprendre des « Messieurs » le secret de la vie recueillie et apprendre aussi à « aimer la pauvreté parce que Jésus-Christ l'a aimée. » Nous quittons à regret ces chrétiens sévères, ces hommes graves, dont le commerce avait tant de délicate courtoisie et de profondeur religieuse sous la simple dignité de l'attitude." (Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, 1932)

148.          GIL (Christiane). Renée de France. « Ce lys au milieu des épines ». Perrin, 1990, in-8°, 287 pp, tableaux généalogiques, repères chronologiques, biblio, index, reliure skivertex éditeur, demi-jaquette illustrée, rhodoïd, bon état

            25

Renée était la seconde fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne. La loi salique hissa sur le trône, à sa place, son beau-frère, sous le nom de François Ier... Elle était appelée à monter sur le trône de Bretagne, par la volonté de ses parents, surtout d’Anne sa mère. Elevée chez son beau-frère François Ier, à la cour de France, elle ignore tout de ce qu’elle est, de ce qu’elle doit devenir, et de sa fortune. Elle est dépouillée de tous ses biens, fiancée à des seigneurs de moins en moins importants et, in fine, mariée à un principicule italien, Hercule (Ercole) d’Este. Une mésalliance qui indigne toute l’Europe. Hercule n’a aucun moyen de réclamer l’héritage de sa femme, ni aucun moyen de combattre son très puissant beau-frère, ni aucune envie de l’affronter, car celui-ci n’en ferait qu’une bouchée. Devenue veuve, Renée rentre en France. Elle a compris les abominables malversations dont elle a été victime, et a l’audace – inouïe – d’intenter un procès à son neveu Charles IX, devenu roi de France.

149.          GLACHANT (Roger). Suffren et le temps de Vergennes. France-Empire, 1976, gr. in-8°, 431 pp, 16 pl. de gravures hors texte, 2 cartes, biblio et sources, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            25

Seigneur de Saint-Tropez, le Bailli de Suffren figure parmi les meilleurs marins de son temps. Pendant la guerre pour l'indépendance des Etat-Unis (1778-1783), il mit en échec la Royal Navy dans l'océan Indien et inventa une stratégie nouvelle. Dans cet ouvrage, sa fameuse campagne de l'Inde est contée à partir de la correspondance personnelle et inédite qu'il entretint avec Vergennes, le ministre diplomate. Une chronique instantanée des évènements, et les portraits de d'Estaing l'amiral-fantassin, Raynal le philosophe, Sartine le pieux policier, le malheureux Grasse, Bussy, La Pérouse, Franklin, Castries, etc. Roger Glachant était conservateur des archives du Quai d'Orsay.

150.          GUYON (Jeanne) et FÉNELON. Madame Guyon et Fénelon. La correspondance secrète. Avec un choix de poésies spirituelles. – La Vie de Madame Guyon écrite par elle-même. Edition préparée par Benjamin Sahler, introductions d'Étienne Perrot et de Jean Tourniac. P., Dervy-Livres, 1982-1983, 2 vol. in-8°, 335 et 636 pp, brochés, couv. à rabats, bon état (Coll. L'Arbre de vie)

            60

"La maison Dervy-Livres a publié récemment deux rééditions bienvenues, qui satisferont certainement le lecteur désireux de retrouver vive la parole de l'étonnante Mme Guyon. Certes, ces textes n'étaient pas inconnus, loin de là. Mais les voici à nouveau et toujours actuels, car il ne faut pas se le cacher, la clôture des débats sur le quiétisme n'est pas encore prononcée. Ils sont même devenus singulièrement actuels, car ils sont exemplaires à plusieurs titres, au delà des apparences, pour notre époque, ne serait-ce que par l'analogie entre la situation spirituelle d'alors et la présente. Il faut, pour se reconnaître tant dans ces textes que dans ces époques, un discernement tant intellectuel que spirituel hors du commun. Il n'est que de voir ce qu'a pu devenir et ce qu'a pu engendrer le «quiétisme» historique. J. Guyon commença à écrire son autobiographie durant l'été de 1688, en rédigeant sans tarder le tiers. Or, elle rencontra Fénelon en automne et engagea aussitôt une abondante correspondance avec lui, l'introduisant au pays de la mystique dont il se fit le chantre et l'instruisant à mesure que l'inspiration lui en était donnée. C'est cette correspondance de la première année de leur rencontre qui est donnée dans le premier des deux volumes présentés ici ; c'est cette autobiographie, qui s'achève en 1709, qui est donnée dans le deuxième. Publiée pour la première fois en 1767-68 par J.-Ph. Dutoit dans les “Lettres chrétiennes et spirituelles de Mme Guyon”, la correspondance secrète fut ensuite réputée apocryphe et se trouva exclue de l'édition des lettres de Fénelon par Gosselin en 1828. Maurice Masson la retrouva, la remit en honneur, en montra l'authenticité et la publia en 1907 sous le titre : “Fénelon et Mme Guyon. Documents nouveaux et inédits”. Il y avait ajouté un fragment inédit de l'autobiographie et dix-sept pièces de vers qu'il intitula : « Poésies spirituelles échangées entre Fénelon et Mme Guyon ». Le premier volume reproduit tout cela, y ajoutant un tableau chronologique très détaillé de la vie de J. Guyon, mais en retranchant l'introduction critique et l'étude historique et psychologique dues à M. Masson. De plus, celui-ci ayant fait quelques coupures dans les lettres de J. Guyon, on a restitué leur texte intégral. Enfin, l'annotation de M. Masson a été réduite au minimum. L'introduction d'É. Perrot, intitulée « Rencontre avec Mme Guyon, ou la vie libérée», conte l'écho que lui a renvoyé la voix blésoise dans la recherche d'une voie. Le texte de l'autobiographie contenue dans le deuxième volume a été repris de l'édition originale de 1720 sans autre modification que la modernisation de la ponctuation et, en certains endroits, de l'orthographe. On y a ajouté cinq lettres (1683 et 1693) de la correspondance échangée entre J. Guyon et le P. La Combe. On (re)trouvera dans l'autobiographie un roman de vie et d'aventures, un témoignage sur un moment particulier de l'histoire de l'Église et un enseignement qui instruira le candidat à la quête de la voie intérieure. L'introduction de J. Tourniac dégage quelques nœuds importants de la ferveur de J. Guyon et dévide les lignées spirituelles qui se rattacheraient à elle pour composer la généalogie d'une mystique qui se reconnaît dans son enseignement." (Jean-Pierre Deschepper, Revue Philosophique de Louvain, 1985) — "Deux ouvrages parus dans la collection dirigée par Jacqueline Renard, rendent accessibles des textes importants : la correspondance entre Fénelon et Mme Guyon d'une part, et l'Autobiographie de celle-ci d'autre part. Il faut savoir gré à l'éditeur d'avoir rétabli dans leur intégralité les lettres de Jeanne Guyon abusivement abrégées par M. Masson en 1907..." (J.-R. Armogathe, Dix-Huitième Siècle, 1984)

151.          JACQUART (Jean). Bayard. Fayard, 1987, in-8°, 396 pp, 8 pl. de gravures hors texte, 3 cartes, biblio, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, qqs marques au stylo rouge en marge de 7 pages, bon état. Edition originale enrichie d'un envoi a.s. "Pour l'ami Pierre" (Goubert) et d'une coupure de presse très favorable au livre par François Lebrun (Le Monde)

            25

152.          Le même. GLM/Fayard, 1987, in-8°, reliure éditeur, jaquette illustrée, bon état

            20

Personnage légendaire, Bayard, modeste gentilhomme provincial, est d'abord un témoin de son époque. Contemporain de Léonard de Vinci, de Luther et de Christophe Colomb, il a vécu dans une Europe en pleine transformation à l'heure où se mettent en place les organes de l'Etat moderne et où la vieille gentilhommerie voit s'amenuiser les bases de son pouvoir. Bayard et ses compagnons sont ainsi au contact de deux mondes. Par sa naissance, par son éducation, par ses premières campagnes, le bon chevalier est encore tout pénétré d'un idéal humain fait de bravoure individuelle, du respect des règles du combat, de vertus chrétiennes. En même temps, bon gré mal gré, il participe au nouvel art de la guerre qui s'esquisse : il accepte de se mettre à la tête de gens de pied, sait utiliser l'artillerie et il lui arrive de ruser pour tromper l'ennemi. Et, symboliquement, c'est une balle d'arquebuse tirée par un simple soldat qui l'abat, chevalier terrassé par l'arme de l'avenir. Car Bayard est en son temps un personnage anachronique. C'est ce qui le rend si attachant et parfois si émouvant. Le génie de ses premiers biographes qui ont fait de lui l'exemple du "gentil chevalier", conforme en tous points à un idéal nobiliaire, a permis à tout un groupe social de se reconnaître en lui au moment même où son destin historique s'achevait. Et sans doute est-ce parce qu'il apparaissait comme le héros d'un monde révolu que sa mémoire a traversé les siècles.

153.          JOLLY (Pierre). Turgot. P., Les Œuvres françaises, 1944, in-8°, 285 pp, biblio, broché, bon état

            25

Turgot, économiste aux vues hardies, a succombé victime des cabales fomentées par la Cour et tous ceux dont il avait, par ses réformes, méconnu, heurté ou lésé les intérêts. L'auteur, favorable à Turgot, impute son échec à sa raideur et lui applique le mot de La Bruyère : il a échoué parce qu'« il ne savait pas la Cour ».

154.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Versailles au temps des Rois. Grasset, 1962, in-12, 300 pp, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. La petite Histoire, 4)

            20

Une immense culture, l'imagination – peut-être même quelque faculté divinatoire – font de Lenotre un détective l'histoire. Butinant Mémoires et archives, décollant les étiquettes, il fait son miel d'anecdotes oubliées, de détails exemplaires. Ce Versailles au temps des Rois restaure en quelque sorte les privilèges du lecteur, qui peut à plaisir dîner à table de Louis XIV, plonger dans les déshabillés de la Pompadour ou les comptes de Louis XVI... Héritier de Saint-Simon et d'Alexandre Dumas, l'auteur n'écrit que pour la joie d'apprendre et de ressusciter.

155.          LEONARD (Emile G.). Mon village sous Louis XV, d'après les Mémoires d'un paysan. PUF, 1941, in-8°, vii-351 pp, préface de René Grousset, un portrait de Charles de Baschi en frontispice et 4 planches hors texte, un plan, broché, couv. lég. salie, papier lég. jauni, bon état (Ouvrage couronné par l’Académie française)

            40

Aubais en Bas-Languedoc de 1744 à 1759, d'après la “Chronologiette” de Pierre Prion. — "... Un ouvrage paru en 1941 et devenu introuvable. L'auteur y tire parti de la “Chronologiette” laissée par un secrétaire du seigneur d'Aubais, en Bas-Languedoc, entre Cévennes et Vidourle, près de Congenies donc ; ce bavard document (269 pages d'une écriture serrée) concerne les quinze années allant de 1744 à 1759. « Nouveau converti », le seigneur et marquis d'Aubais, Charles de Baschi, tolérant et érudit, préside aux destinées d'un pays de 1000 personnes environ, catholiques pour une moitié et protestants pour l'autre. Comment se déroule la vie quotidienne – profane et religieuse – dans un lieu de cette description entre Révocation et Révolution, à l'époque du « deuxième désert »? C'est ce que E.-G. L., lui-même natif d'Aubais tout comme son préfacier, René Grousset, raconte ici par le menu ; pour le principal il a recours à la “Chronologiette”, et en complète les données par des documents des archives municipales et départementales, par quelques papiers provenant de différentes familles aussi, sans oublier sa propre érudition et son expérience d'historien. Il note qu'à l'époque considérée le protestantisme aubaisien s'accroît, grâce aux mariages mixtes surtout, et en dépit de la persécution, encore tenace, mais que la population catholique désapprouve. Sans doute l'humeur tolérante du marquis d'Aubais, paroissien catholique qui passe pour pieux sans bigoterie, n'était-elle pas étrangère à cette situation. Fait remarquable : le respect réciproque qu'Aubaisiens catholiques et protestants se portent n'empêche pas le sérieux dans la conviction et la pratique, de part et d'autre. E.- G. L aimait revenir sur cette constatation dans son enseignement à l'E.P.H.E. (5e section) et dans sa conversation ordinaire. Il y avait là pour lui une de ces « leçons de l'histoire » auxquelles il accordait créance et qu'il souhaitait voir méditer et transmettre. Peut-être n'a-t-elle pas perdu tout à fait actualité et vertu." (Jean Séguy, Archives de sciences sociales des religions)

156.          LUDWIG (Emil). Goethe, histoire d'un homme. Tome III. Neuchâtel, Victor Attinger, 1930, pt in-8°, 452 pp, traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte, 9 gravures et 2 planches dépliantes d'autographes (coupées en 2) hors texte, tableau chronologique, broché, bon état (Coll. Occident). Edition originale en français, un des 100 ex. numérotés sur vélin pur fil Lafuma-Navarre (seuls grands papiers)

            50

Tome III seul (sur 3). — "Voici Goethe – « voilà un homme », disait Napoléon. – Les trois volumes sont intéressants et témoignent d'un immense travail. Ainsi qu'il nous l'explique, Emil Ludwig voudrait qu'ayant lu son livre, « le lecteur comprît désormais plus humainement la personne et les écrits du grand poète ». Ce qu'il est préoccupé de peindre, c'est l'homme Goethe. Bien davantage que le poète, le génie. E. Ludwig a atteint son but ; le Goethe qu'il a dessiné n'est point un personnage d'hagiographie ni de légende. Et ce qui émeut, quand on lit son ouvrage, c'est bien de reconnaître en Goethe un homme singulier sans doute, exemplaire, mais pourtant un homme comme les autres, non séparé, enveloppé des mêmes mystères qui nous environnent, et sur qui pèse le même destin. Le meilleur de l'ouvrage est dans l'analyse de ce qu'il y a de plus humain en Goethe, dans ces pages qui nous content, par exemple, la crise de la quarantième année et le premier vieillissement, la première sagesse, la première soumission à l'occasion d'un homme qui a éprouvé la rapidité des jours..." (Jean Guéhenno, “Entre le passé et l'avenir”, 1979)

157.          MADARIAGA (Salvador de). L'Essor de l'empire espagnol d'Amérique. – Le Déclin de l'empire espagnol d'Amérique. Albin Michel, 1986, 2 vol. gr. in-8°, 501 et 521 pp, traduction de Marcelle Sibon, deuxième édition avec préface inédite et bibliographie actualisée par Pierre Ragon, une carte en frontispice, 45 gravures sur 32 pl. hors texte, notes, biblio, brochés, couv. illustrées, bon état

            45

Trois siècles durant, l'Espagne a réglé les destinées de la plus grande partie du Nouveau Monde qu'elle avait découvert. Pendant ces trois siècles elle a eu à se battre en Europe contre la Réforme et la puissance française, en mer contre la puissance britannique. Il en est résulté une méconnaissance presque totale de l'œuvre de l'Espagne en Amérique, oeuvre qui ne fut pas que de gouvernement : car elle consista surtout à créer les pays autant qu'à les gouverner. C'est ce que ce livre a essayé de démontrer en remontant aux sources, dût-il renverser bon nombre d'idées préconçues. Quarante ans après sa première publication, il continue d'être l'ouvrage de référence et d'offrir sur les problèmes administratifs, militaires, économiques ou culturels de l'empire américain des perspectives inattendues... (L'Editeur) — "Le nouveau livre de M. Salvador de Madariaga est un vaste tableau destiné à un public très large. Il montrera à tout homme non prévenu que l'empire espagnol d'Amérique a été une des grandes créations politiques des temps modernes. L'ouvrage, cependant, n'est aucunement apologétique. Il ne dissimule ni les tares ni les erreurs. Il prouve seulement que les choses ne se passaient pas mieux ailleurs – souvent même moins bien – , que l'activité des Espagnols aux Indes a été jugée en Angleterre, aux États-Unis, en France, en Hollande, avec un extrême pharisaïsme, et qu'en pareille matière aucun peuple n'est assez pur pour jeter la pierre aux autres..." (Robert Ricard, Bulletin hispanique, 1956) — "Ce premier volume de l'histoire de l'Empire espagnol d'Amérique – le deuxième volume traitera du déclin de cet empire – n'est pas une histoire proprement dite – on n'y trouvera pas un exposé chronologique des événements – mais plutôt une vaste esquisse de tous les aspects de la société coloniale espagnole. L'auteur défend systématiquement l'oeuvre accomplie par l'Espagne en Amérique, et cet aspect de l'ouvrage ne sera peut-être pas unanimement approuvé ; mais cela n'enlève rien aux mérites de ce livre d'une grande érudition et d'un style magistral." (Revue française de science politique, 1956) — "Seconde partie de l'histoire de l'Empire espagnol d'Amérique. S. de M. ne cherche pas à écrire une histoire politique, mais plutôt l'histoire d'une société et de son déclin. C'est sous cet angle qu'il analyse l'évolution des diverses composantes de cette société américaine et qu'il recherche les causes intérieures et extérieures de la sécession de l'Empire espagnol." (Revue française de science poliique, 1959)

158.          MAGNE (Emile). Le grand Condé et le duc d'Enghien. Lettres inédites à Marie-Louise de Gonzague, reine de Pologne, sur la cour de Louis XIV (1660-1667), publiées d'après le manuscrit original autographe des Archives de Chantilly. P., Emile-Paul, 1920, in-8°, xxxiii-369 pp, notes, index, cartonnage pleine toile verte (défraîchi), dos uniformément passé, état correct

            25

"Marie de Gonzague, duchesse de Nevers, puis reine de Pologne, apparaît dans l'histoire bien différente du portrait qu'Alfred de Vigny nous a laissé d'elle dans “Cinq-Mars”. Loin d'être une amoureuse, une sentimentale victime de la perfidie de Richelieu, elle fut surtout une ambitieuse, qui se complaisait aux intrigues et aux luttes politiques et manifesta dans le gouvernement de son royaume une réelle habileté et une fermeté remarquables. Elle peut compter à juste titre parmi les plus hautes personnalités féminines du XVIIe siècle. Née pour les grandes affaires, elle désirait ardemment devenir reine et ne négligea rien pour cela. Elle faillit épouser Gaston d'Orléans, mais Richelieu l'en empêcha. Elle devint reine de Pologne par son mariage avec Ladislas IV et marqua, dès son arrivée à Varsovie, qu'elle ne se contenterait pas d'un rôle effacé. (...) Cette reine si active et si énergique entretenait une active correspondance, dont il ne paraît pas rester de traces, mais les archives du musée Condé conservent le recueil des lettres de ses plus fidèles et de ses plus illustres correspondants, le grand Condé et le duc d'Enghien. La première de ces lettres, que publie M. Magne, est du 22 février 1664 ; la dernière est de mai 1667. Elles nous font voir M. le prince et son fils appliqués consciencieusement à rédiger à son usage une sorte de gazette hebdomadaire où tous les faits, petits et grands, sont recueillis et signalés. (...) Cette correspondance, bourrée de faits, d'anecdotes, de récits, est fort précieuse pour l'histoire des moeurs du XVIIe siècle. On ne pourra pas étudier un personnage ou un fait touchant la cour ou la politique entre 1664 et 1667 sans y recourir. M. Magne a accompagné les lettres de notes qui visent surtout à l'identification des personnages, sur lesquels il donne parfois une petite et utile bibliographie. Un index alphabétique indispensable termine cet ouvrage publié avec beaucoup de soin et de précision." (Jean Cordey, Bibliothèque de l'école des chartes, 1920)

159.          MALLET-JORIS (Françoise). Jeanne Guyon. Flammarion, 1978, fort in-8°, 586 pp, 8 pl. de gravures hors texte, biblio, index, reliure pleine toile taupe de l'éditeur, 1er plat de la jaquette illustrée collé sur la première garde, bon état

            25

Riche, veuve, mère de famille et grande mystique, Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, dite Madame Guyon du Chesnoy (1648-1717), ne fut pas que l'amie et l'interlocutrice spirituelle de Fénelon... — Françoise Mallet-Joris a été un jour intriguée des remous suscités parmi ses contemporains par Jeanne Guyon, écrivain passionné et vagabond de la fin du XVIIe siècle. Enfant turbulente et vive, jeune fille d'une grande beauté, épouse d'un inconnu avare et bourru, mère de cinq enfants, Jeanne, veuve, mystique, haranguera les foules avec un succès qui inquiétera les prédicateurs. Elle préconise l'abandon total à la volonté de Dieu. Forte de sa foi et de sa flamme, en marge de la Cour, des cabales, de l'Eglise, de la politique et des partis, Mme Guyon écrira une quarantaine d'ouvrages, connaîtra la persécution et passera dix ans à la Bastille. Françoise Mallet-Joris a lu cette oeuvre inégale et torrentueuse et s'est sentie concernée par cette femme si moderne avant l'heure, indépendante, scandaleusement transparente. Jeanne Guyon a suscité tant de haines, de calomnies et d'incompréhensions encore vivaces ! Le courant de pensée qui est le sien ne s'est jamais tari ; on en trouvera des équivalences étonnantes dans la pensée hindoue, chez les surréalistes, dans toutes les expériences intellectuelles où la poésie et le sacré se confondent.

160.          MARIEJOL (J.-H.). Catherine de Médicis (1519-1589). Tallandier, 1979, fort in-8°, 645 pp, 16 pl. de gravures hors texte, sources, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Le 28 juillet 1533, la jeune Catherine de Médicis, duchesse d'Urbino, épouse à Marseille le duc d'Orléans, futur Henri II de France. Nul n'imagine, en ce jour de fastes nuptiaux, bénis par le pape Clément VII en personne, que la jeune princesse italienne est appelée à exercer la réalité du pouvoir pendant trente ans. De 1559 à 1589, Catherine, régente ou conseillère de ses fils François I, Charles IX et Henri III, tient la barre de l'Etat au milieu des troubles de la religion. Usant tour à tour du charme, du compromis et de la force, Catherine s'attache infatigablement à pacifier un royaume déchiré par la lutte à mort entre la mort entre catholiques et huguenots, à sauver la dynastie des Valois, que menacent les cabales et révoltes des grands, à maintenir le rang d'une cour que minent l'intrigue et le meurtre. Mécène fastueux, collectionneuse passionnée, protectrice de Ronsard, Ambroise Paré ou Bernard Palissy, elle perpétue à travers bals, fêtes et entrées la grande tradition de la Renaissance française, véritable instrument politique au service du prestige monarchique. Ni réquisitoire, ni apologie, la biographie classique de Jean-Hippolyte Mariéjol a, la première, restitué l'image d'une vraie femme décriée, dès son temps, comme la "massacreuse" de la Saint-Barthélémy, la maîtresse des complots et de l'assassinat, entouré d'une cour d'assassins et de putains. Tour à tour souple et impitoyable, elle a défendu, au milieu de la tourmente civile, une famille, un pays et un peuple qui ne l'ont guère payé de retour.

161.          MAX (Frédéric). Prisonniers de l'Inquisition. Relations de victimes des inquisitions espagnole, portugaise et romaine transcrites et traduites avec des notes et précédées d'un rappel historique. Seuil, 1989, in-8°, 400 pp, 12 gravures, notes, broché, couv. illustrée, bon état

            30

"Voici un ouvrage aussi sérieux qu'original, dans la bibliographie déjà riche sur l'Inquisition. Il s'agit en effet de présenter le témoignage de ceux qui furent les victimes de ces tribunaux d'exception. Or l'institution même rendait improbable l'existence de tels documents : les inquisiteurs exigeaient le secret absolu de ceux qu'ils libéraient. Les menaces de représailles terribles dissuadèrent la grande majorité des rescapés d'exprimer ce qu'ils avaient souffert et à plus forte raison de le publier. Pourtant l'auteur a réussi à mettre la main sur neuf témoignages imprimés de victimes de l'Inquisition (en Espagne, au Portugal ou à Rome) entre le 17e et le 19e siècle. La plupart sont des étrangers qui écrivirent leur histoire après avoir définitivement quitté le pays où ils avaient été emprisonnés et certains gravement torturés. De ces textes plus ou moins naïfs, en général véridiques, l'auteur a vérifié l'authenticité en recherchant ce que les documents inquisitoriaux eux-mêmes avaient conservé sur le cas en question. Il traduit ces témoignages, parfois les résume, les commente et cette partie de l'ouvrage constitue une précieuse documentation de première main. (...) L'auteur, ancien diplomate, présente au terme de très longues recherches un dossier d'une qualité historique certaine. C'est un réquisitoire accablant contre une institution dont le souvenir fait horreur et porte tort, comme le disaient aussi bien Voltaire que l'abbé Grégoire, à la religion chrétienne." (M. Chevallier, Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, 1990)

162.          MONTLAUR (Humbert de). Mirabeau, “l'Ami des hommes”. Perrin, 1992, in-8°, 325 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Victor de Mirabeau (1715-1789) fut en son temps aussi célèbre que le deviendra son fils, le tribun. Humbert de Montlaur, son descendant direct, fait revivre ici les traits et l'oeuvre de ce personnage extraordinaire, fascinant, infiniment divers, ce "très rare penseur", dira Victor Hugo, quelque peu oublié par l'Histoire. A “l'Ami des hommes”, Montesquieu accordait pourtant une part de génie et nombreux furent, parmi ses contemporains – Vauvenargues, Turgot, Malesherbes, Jean-Jacques Rousseau –, ceux qui lui témoignèrent admiration et fidélité. Erudit, poète, agronome, économiste, réformateur éclairé – souvent visionnaire –, contempteur de tous les abus, à la fois féodal et démocrate, selon Tocqueville, défenseur du genre humain, il vit ses ouvrages aussitôt accueillis avec enthousiasme par l'Europe des Lumières. Victor de Mirabeau, homme privé, est également captivant. Féru de noblesse, ambitieux pour sa race, obsédé par la pérennité de son nom, il se montre envers les siens tour à tour plein de faiblesse et de violence. C'est cette violence qu'on a surtout retenue. Particulièrement celle déployée contre un fils exceptionnel, mais indomptable. Avec sagacité, sans parti pris pour l'un ou l'autre des Mirabeau engagés dans une lutte terrible où les rivalités d'esprit comptent autant que toutes sortes d'incompatibilités majeures, l'auteur, à l'aide des sources les plus rigoureuses, et notamment d'archives familiales inédites, retrace un drame généralement abordé avec passion au seul profit de tribun, la plupart de ses biographes méconnaissant à priori les efforts tentés pour "ramener" cet indomptable, défigurant jusqu'à la caricature l'image de celui qui entendait le sauver. On suivra avec intérêt et émotion la réconciliation des deux Mirabeau à l'aube de la Révolution française avec, en conclusion, le jugement du plus prestigieux de nos orateurs : "Il faut faire justice à mon père comme philosophe politique, car on a vraiment oublié jusqu'à l'ingratitude les services qu'il a rendus."

163.          MOTTEVILLE (Françoise Bertaut de). Mémoires de Madame de Motteville pour servir à l'histoire d'Anne d'Autriche. P., Librairie Fontaine, 1984, in-8°, 236 pp, notice biographique par Mme Carette, préface de Madame de Motteville [1643-1666], broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            20

"Dame de compagnie d'Anne d'Autriche, Françoise de Motteville (1621-1689) a laissé un témoignage vivant sur les événements de la Régence." (Bourgeois et André II, 773) — Françoise Bertaut (1621-1689) fut mariée en 1639 au premier président de la cour des comptes de Rouen, Nicolas Langlois, seigneur de Motteville, octogénaire. Veuve à vingt ans, elle rejoint la cour après la mort de Louis XIII et vit dans l'intimité d'Anne d'Autriche.

164.          PAGÈS (Georges). La Guerre de Trente Ans, 1618-1648. Payot, 1972, in-8°, 270 pp, 8 pl. de gravures hors texte, une carte, biblio, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Le Regard de l'Histoire)

            25

"Georges Pagès a repensé, avec une vigueur rare et un sens profond du réel, tout ce qu'avaient écrit ses prédécesseurs, parmi lesquels on compte moins de Français que d'Allemands. Il a voulu d'abord montrer que cette période est d'une terrible complexité. Il en veut un peu à Michelet d'avoir tenté d'y mettre un peu de clarté avec ses fameuses quatre périodes. C'est cependant cet effort, nécessairement arbitraire, qui a permis à tant de générations d'écoliers et d'historiens de s'y reconnaître – et à Pagès lui-même de voir dans cette guerre une grande crise européenne, avec l'Allemagne comme centre, mais aussi avec ce caractère essentiel, du moins depuis que Richelieu y intervint, d'une tentative de la France pour échapper au péril d'étouffement dont la menaçait l'Espagne. Crise qui aboutit à un statut de l'Europe moderne. (...) II a mis l'accent, utilisant les travaux des savants tchèques auxquels l'avait initié la thèse de M. Tapié, sur les événements de Bohême. Avec nuance, il expose combien fut hésitante la politique du jeune Roi Très Chrétien et de ses premiers conseillers, qui voyaient dans la révolte bohème une réplique de la rébellion du Béarn. Il faudra du temps à Richelieu, il faudra sa victoire de La Rochelle pour lui permettre de laïciser la politique de la France. Au reste, à la suite de Brandi, Pages montre qu'à mesure que dure et s'étend la guerre, les intérêts politiques et économiques y prennent plus de part que les passions et les intérêts religieux. La Contre-Réforme allemande finit par servir les grandes familles catholiques contre les princes protestants, sécularisateurs de biens d'Église ou « administrateurs » d'évêchés. Il met à sa place, place encore très grande, l'Espagne d'Olivarès. C'est à Madrid qu'est longtemps le centre de la puissance des Habsbourg. Il faudra les défaites militaires, la capitulation devant les Provinces-Unies et les traités de 1648 pour détruire le rêve de Charles-Quint repensé par Philippe II : l'union des deux branches de la maison d'Autriche. A diverses reprises, Pages insiste sur la modération de Richelieu, sur la prudence avec laquelle il envisage l'avenir. L'étude des traités de Westphalie est un modèle de clarté, mérite rare en cette matière. Situation allemande, situation européenne, situation religieuse y sont analysées avec une précision remarquable, et en un parfait équilibre. Ce beau livre fait honneur à l'auteur." (Henri Hauser, Revue Historique, 1941)

165.          PAUL-MARGUERITTE (Lucie). La première maîtresse de Louis XV. P., chez l'auteur, Impr. de J. Peyronnet, 1947, in-8°, 204 pp, 4 pl. de gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale, un des 3000 ex. numérotés sur vélin bouffant

            25

Louise de Mailly (1710-1751), première maîtresse de Louis XV. — Grâce à sa haute naissance, Louise entre dès l’âge de dix-neuf ans au service de la reine Marie Leszczynska comme dame d’honneur. La jeune femme fut délivrée de son époux qui n’appréciait pas la cour et demeurait sur ses terres. Elle avait pris dans l'entretemps, un amant, le marquis de Puisieux qui en devient amoureux et qui la consola de son mari. Le roi la remarque dès 1732 mais ne fait rien car il est encore très épris de son épouse. Pourtant, les grossesses à répétition de la reine commencent à lasser Louis. Bachelier et Lebel pourvoie à leur maître quelques passades amoureuses mais qui n'assouvissent pas ses désirs. Le Cardinal de Fleury dut se rendre à la réalité. Il fallait trouver au souverain une maitresse-en-titre capable de lui tirer de son ennui. Afin d'éviter que le choix du roi (ou de ses amis) ne se porte sur une femme ambitieuse susceptible d'exercer quelque influence sur le souverain, Le choix se porta sur Mme de Mailly. Ainsi, et avec la complicité du Cardinal de Fleury (qui devient son protecteur) ainsi que celle de Mlle de Charolais (qui voulait avoir un ascendant sur son jeune cousin), de la comtesse de Toulouse ainsi que de Bachelier, premier valet de chambre du roi, Louise entreprend une relation avec le roi pour le sortir de son ennui. La liaison de Louis XV et de la comtesse de Mailly débutera en 1733 et restera secrète jusqu’en 1737, année où la reine donne naissance à sa dernière enfant, Madame Louise et les deux amants utiliseront des portes et couloirs dérobés pour se voir. Mais en 1738, Marie Leszczynska ferme définitivement la porte de sa chambre au roi pour raison de santé (les médecins lui ayant conseillé de ne plus tomber enceinte car une autre grossesse peut nuire à sa santé). Louis s’affiche alors publiquement et sans scrupules avec la comtesse de Mailly. Ses contemporains décrivent le portrait d'une jeune femme enjouée, bonne, tendre, adroite et désintéressée. Pourtant Louise qui est si douce et réservée, est sans grande beauté : elle a un long nez, une grande bouche, un teint brun, cheveux bruns, des joues plates, une voix rude et une démarche masculine. Mais elle a un front ayant le poli d’ivoire, est très bien faite et adore l’intimité (ce que Louis XV aime également). Elle est aussi fort élégante et sait mettre en valeur quelques avantages que la nature lui a donnés. Le valet de chambre de Louis XV la dépeint ainsi : "Grande et bien faite, c'est une belle brune piquante, sa gorge est blanche et si son nez est un peu long, les yeux sont magnifiques". Louise fut certainement celle qui, parmi les sœurs Nesle (et presque toutes les favorites et maîtresses de Louis XV), aima le roi d’un amour totalement désintéressé voire sincère. Eloignée de toute intrigue, Mme de Mailly reste en extase devant ce souverain qui lui témoigne régulièrement sa flamme, malgré les scrupules religieux qui l'assaillent parfois. En fait il quittait parfois sa maitresse pour rejoindre le lit de la Reine où pleurant et à genoux, lui demandait plusieurs fois de lui accorder le pardon... (Landry 95)

166.          PETIET (Claude). Le Roi et le Grand Maître. L'Ordre de Malte et la France au XVIIe siècle. Editions Paris-Méditerranée, 2002, fort in-8°, 665 pp, 50 gravures et fac-similés, 5 cartes, sources, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Les relations entre les grands maîtres de l'Ordre des chevaliers de Malte et le roi de France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Marquées par une entente précieuse mais ferme et au compromis difficile, ces relations furent diplomatiques, militaires et fraternelles. — Installé à Malte en 1530 par les soins de Charles-Quint, de ce fait vassal du vice-roi de Sicile, l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem avait perdu l'indépendance politique et militaire qui était sienne à Rhodes. Durant tout le XVIe siècle il en avait été réduit au rôle de satellite de l'Espagne, en dépit du poids que, traditionnellement, pesaient en son sein les trois Langues françaises, avec la multitude de leurs chevaliers et de leurs commanderies. Au XVIIe siècle, cela est de moins en moins vrai. L'Espagne sombre dans la décadence en même temps que la France de Richelieu, puis de Louis XIV, gagne en puissance. Dès la prise du pouvoir par le Grand Roi, l'Ordre de Malte gravite désormais dans son ombre ; et il en sera de même au siècle suivant. Les relations, très étroites, sont d'abord diplomatiques, et l'Ordre en connaît le prix : il n'a rien à refuser au Cardinal, et moins encore au Roi Soleil. Militaires ensuite, la Marine royale étant alors truffée de chevaliers qui ne trouvent pas à Malte un terrain suffisamment vaste pour leurs talents ou (et) leurs ambitions. Tous les grands noms qui l'illustrent alors – Forbin, Vincheguerre, le chevalier Paul, Valbelle, Tourville, parmi d'autres – sont des chevaliers de Malte. Sans eux la Royale n'eût pas été ce qu'elle fut, et les événements eussent souvent suivi un cours différent. Ce sont ces relations, parfois tumultueuses et pittoresques, toujours fraternelles, entre l'Ordre de Malte et la France, qui sont étudiées ici.

167.          PETITFILS (Jean-Christian). Le Masque de fer. Entre histoire et légende. Perrin, 2003, gr. in-8°, 310 pp, 8 pl. de gravures en noir et en couleurs, annexes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Ce livre est le dossier complet, jamais présenté à ce jour, des dernières découvertes sur le mystère le plus célèbre de l'Histoire. Après un examen méthodique des documents d'archives (beaucoup de nouveaux ou d'inédits), l'auteur apporte à cette énigme les explications les plus incontestables. Mais le livre va bien au-delà. Il étudie la formation au siècle des Lumières d'un mythe redoutable et maléfique, s'attaquant à la légitimité du trône et à ce qui constituait le cœur même de la monarchie d'Ancien Régime : le mystère du pouvoir, le secret du roi. C'est tout un pan de l'histoire des mentalités qui se dévoile ici.

168.          PETITFILS (Jean-Christian). Le Régent. Fayard, 1986, in-8°, 727 pp, repères chronologiques, biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, dos ridé, bon état

            25

Sauvegarder la grandeur de la France tout en faisant le bonheur des Français : le défi qu'eut à relever en 1715 Philippe d'Orléans, neveu de Louis XIV, était redoutable. Si on le voit encore volontiers sous les traits d'un libertin ordonnateur des plaisirs d'une société raffinée mais corrompue, alors que se multipliaient les signes avant-coureurs de la Révolution, ce cliché reste bien léger. Le Régent, personnalité complexe et insaisissable, fut un prince à l'intelligence lumineuse, un travailleur acharné, un soldat brillant en même temps qu'un politique d'une habileté extrême. Au-delà d'expériences comme la polysynodie (gouvernement des Conseils) et le "système de Law" (tentative pour assainir les finances), les années qu'il passa au pouvoir (1715-1723) resteront dominées par la recherche de la paix à l'extérieur le rapprochement avec l'Angleterre et la quête de l'apaisement politique, social, religieux à l'intérieur. Cet Orléans, assurément digne de figurer dans la galerie des grands Bourbons, sut à merveille panser les plaies et faire fructifier les réussites du règne de Louis XIV.

169.          [Pléiade] – MONTAIGNE (Michel de). Œuvres complètes. Textes établis par Albert Thibaudet et Maurice Rat. Introduction et notes par Maurice Rat. Gallimard, 1980, fort in-12, 1824 pp, glossaire, note bibliographique, reliure plein cuir doré à l'or fin de l'éditeur, rhodoïd, qqs rares annotations crayon, bon état (Coll. Bibliothèque de la Pléiade). Volume épuisé

            40

Ce volume contient : Essais - Journal de voyage en Italie - Lettres - Notes sur les « Éphémérides » de Beuther. Appendice : Les Sentences peintes dans la « librairie » de Montaigne. — Il fut gentilhomme, propriétaire terrien, voyageur, maire de Bordeaux, courtisan, négociateur au service de ses rois. Il fut aussi un lecteur éclairé, l'auteur d'un livre unique, et pendant plus de vingt ans, sur plus de mille pages, le bâtisseur de sa propre image, celle d'un homme retiré, jouissant d'un exil intérieur propice à l'exercice du jugement. C'est dans l'espace qui s'étend entre ces deux figures, l'homme à cheval et l'homme de papier, qu'il faut appréhender Les Essais. Grand amateur de livres, Montaigne juge sévèrement « l'écrivaillerie » de son temps et combat la culture livresque lorsqu'elle conduit au pédantisme. Familier des interminables périodes de ses confrères en « parlerie », il use d'un langage « coupé », d'un style primesautier – « soldatesque », dit-il. Non content d'inventer une forme, l'essai, il se dote d'une écriture qui est le truchement de son âme et, on le sent bien, l'exact reflet de la vivacité de son esprit. De sorte qu'il ne nous enseigne pas : il nous parle – de lui, de l'humain à travers lui, et donc de nous. D'une voix et sur un ton jusqu'alors inouïs, et peu entendus depuis, il sape en ironiste le conformisme intellectuel et, le premier, revendique pour chacun le droit à l'esprit critique et au libre examen dans tous les domaines (celui de la foi excepté). C'est pourquoi, alors que tant d'ouvrages contemporains sont oubliés, Les Essais demeurent un livre vivant.

170.          [Pléiade] – SEVIGNÉ (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de). Lettres de Madame de Sévigné. Edition nouvelle comportant de nombreux fragments inédits et restitutions de textes établie avec une introduction, des notes et un index par Gérard-Gailly. Gallimard, 1956-1963, 3 forts vol. in-12, 1198, 1269 et 1298 pp, index des noms de lieux et des noms de personnes en fin du 3e volume, reliures plein cuir souple de l'éditeur, dos lisses ornés de filets dorés, jaquettes illustrées, rhodoïds, bon état (Coll. Bibliothèque de la Pléiade). Volumes épuisés

            120

Tome I : 1644-1675 ; tome II : 1676-1684 ; tome III : 1684 (suite)-1696. — Mme de Sévigné est devenue un grand écrivain presque sans le vouloir et sans le savoir. Ses lettres sont nées de sa conversation, vive, enjouée, coulant de source, dont elle a su conserver, à l'intention de ses correspondants, la succulente spontanéité. Lettres de la ville, lettres de la cour, lettres de Bretagne, lettres au cousin Bussy. Lettres surtout à sa fille, les plus belles après le départ de Mme de Grignan pour la Provence où son mari était nommé lieutenant-général. «La passion parle là toute pure», comme aurait dit Alceste et comme le dira un personnage de Proust : «Ce que ressentait Mme de Sévigné pour sa fille peut prétendre beaucoup plus justement ressembler à la passion que Racine a dépeinte dans Andromaque ou dans Phèdre que les banales relations que le jeune Sévigné avait avec ses maîtresses.» Rares sont les textes du XVIIe siècle qui nous permettent d’effectuer une telle plongée au cœur de la sphère intime, associant les soucis du quotidien et le questionnement spirituel, les états d’âme et les états des lieux, les réalités du temps et les chimères de l’imaginaire. Lectrice infatigable, raffinée sans préciosité, savante sans pédanterie, Mme de Sévigné se montre ici d’une liberté de ton unique.

171.          REGLER (Gustav). Le Divin Arétin. La vie d'un séducteur. Edition enrichie de notes, glossaires, index, illustrations, précédée d'une chronique du XVIe siècle italien par J. F. Rolland, suivie de sept petites nouvelles de l'Arétin sur le jeu et les joueurs. Club des Editeurs, 1957, in-8°, (14)-353-xlvi pp, traduit de l'allemand, 16 pl. de gravures hors texte, biblio, glossaire, index historique et mythologique, index biographique, reliure toile carmin de l'éditeur, décor frappé à froid sur les plats, une vignette au 1er plat, rhodoïd, bon état (Coll. Hommes et Faits de l'Histoire)

            25

"Dans cette étourdissante biographie que Gustav Regler a menée à un train d'enfer, comme l'Arétin avait mené sa vie, c'est toute l'Italie du XVIe siècle qui nous est rendue proche et présente : la Rome de Léon X et de Clément Vll ; les luttes sans merci qui dressent les unes contre les autres les factions rivales dont les querelles déchirent le pays; les fastes et les troubles d'une civilisation où de nouvelles inquiétudes commencent à s'infiltrer, hâtant la décomposition de l'ordre établi." (L'Editeur) — "Mal famé pendant des siècles pour ses écrits légers, l'Arétin fut une des grandes figures de la Renaissance, Gustav Regler ressucite admirablement son époque et rend à ce génie pervers la place qui lui est due." (L'Express) — "Saluons une belle réussite : ce livre risque de valoir à Gustav Regler une véritable célébrité. C'est une biographie haute en couleurs et riche en amours, un ouvrage plein de verve, où se trouve recréée l'atmosphère de toute une époque." (Le Mercure de France)

172.          SABATTIER (Jacqueline). Figaro et son maître. Maîtres et domestiques à Paris au XVIIIe siècle. (Thèse). Perrin, 1984, in-8°, 339 pp, 4 plans, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Pour l'Histoire)

            25

"Les domestiques sont-ils le reflet des maîtres ? Les maîtres prodigues ont-ils des serviteurs paniers-percés, les avares, des voleurs, les justes, des fidèles jusqu'à l'échafaud ? Déjà au 18e siècle on ne trouvait plus de bons domestiques ! Dans ce livre assez alerte, fondé sur des sources littéraires (Lesage, Marivaux, S. Mercier, Rétif...), des mémoires, des correspondances et le dépouillement de testaments, l'A. présente les rapports liant celui qui sert à celui qui est servi. L'ouvrage retient le lecteur par la grande qualité de certaines sources. Ainsi la correspondance de Mme Bertier de Sauvigny avec son intendant de Sainte-Geneviève-des-Bois (1781-1785) est-elle passionnante. La femme de l'intendant de Paris dirige son monde d'une main ferme, ne laisse passer ni les poules maigres ni le linge mal rincé, chipote sur les cerises, va jusqu'au bout de sa patience avec des concierges plus que bougons, envoie un médecin soigner ses gens, pourvoit au mariage et au trousseau de servantes à caser d'urgence. Un peu plus loin l'A. évoque un voyage de M. d'Ormesson aux eaux dont les rebondissements et les intrigues font du secrétaire qui les narre au fils du curiste un précurseur de Labiche... L'A. insiste à juste titre sur la hiérarchie des serviteurs selon la fortune des maîtres ; les relations sont différentes avec une femme de chambre confidente et avec la troisième fille de cuisine, etc. La cohabitation tisse des liens étroits. Dans ces conditions, les maîtres sont souvent soucieux de ne pas laisser dans le besoin les vieux serviteurs et leur font des pensions ou les couchent sur leur testament selon une hiérarchie qui reflète l'ancienneté du service et la proximité, voire la promiscuité du cadre de vie. L'un des grands mérites de cet ouvrage est de n'être ni idyllique, ni poussé au noir." (Françoise Michaud-Fréjaville, Dix-Huitième Siècle, 1986)

173.          SAINT-RENÉ TAILLANDIER (Mme). Madame de Maintenon. L'énigme de sa vie auprès du Grand Roi. Hachette, 1923, gr. in-8°, 283 pp, un portrait sous serpente en frontispice, broché, couv. rempliées, traces de scotch sur les gardes, bon état (Coll. Figures du passé)

            20

"Fin et solide ouvrage sur Madame de Maintenon." (Bulletin de la Société philomatique vosgienne, 1926)

174.          SOULAGES (Gabriel). Le malheureux petit voyage, ou La misérable fin de Madame de Conflans, Princesse de la Marsaille, rapportée par Marie-Toinon Cerisette, sa fidèle et dévouée servante. Grasset, 1950, in-12, 185 pp, notes et éclaircissements, broché, bon état

            20

"Ce n'est point un livre nouveau, mais ce galant pastiche fleure déjà les grâces et les hardiesses du siècle suivant, est d'une saveur si piquante et si gentiment pimentée qu'on ne se lasserait guère de le relire. Certes, la folle escapade de la gente Marie Toinon Cerisette et de sa jeune maîtresse, la maréchale de la Marsaille, n'est point à proposer en exemple aux filles sages, et Mme de Maintenon, si elle l'eût connue, fût entrée en grande colère. Mais Mme de Sévigné s'en fût fort divertie sans doute. Le récit qu'en fait M. Gabriel Soulages plaira aux lettrés. Il les mènera en Avignon en compagnie de la plus exquise des chambrières et de la plus sensible des princesses et il les associera à leurs jeux libertins jusqu'au jour où une noyade tragique mettra fin à ce malheureux petit voyage si joyeusement commencé et qui eût mérité de ne point s'achever dans les larmes, tant il est vrai que l'esprit né saurait jouer longtemps le personnage du cœur." (Le Figaro littéraire)

175.          SOULIÉ (Maurice). Autour du Régent, 1674-1723. Payot, 1933, in-8°, 330 pp, 8 gravures hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

            25

"Si pour l'homme de la rue, la Régence trouve son image dans quelque orgie nocturne au Palais-Royal, il faut bien remarquer aussi que les manuels de Sorbonne sont loin de mettre en relief l'importance d'une époque brève mais insigne par ses événements : sa rupture dans l'ordre intérieur avec le gouvernement théocratique louisquatorzième, une brillante activité diplomatique qui aboutit à la conclusion de la quadruple alliance, enfin, dans l'ordre économique, l'expérience de Law qui ouvrait, malgré son échec, une ère nouvelle. Ecartant toute division chronologique arbitraire, M. Maurice Soulié, qui conte excellemment l'histoire, retrace la Régence dans sa complexité naturelle : l'événement y est sans cesse lié aux visages des hommes, les mœurs à la politique... Qu'on ne pense pas pourtant que M. Maurice Soulié a sacrifié à l'intérêt littéraire la vérité historique : ses pages sur la conspiration de Cellamare, sur la poursuite du cardinalat par Dubois, sur les mariages espagnols, sur l'expérience de Law sont d'une exactitude stricte. Si, par ailleurs, rien n'est dissimulé des égarements du Régent, sa sagesse politique, sa pénétration, ses qualités incontestables d'homme d'Etat et le plus haut caractère sont aussi bien mis en lumière..." (Maurice Noël, Le Figaro, 22 avril 1933)

176.          STAROBINSKI (Jean). L'Invention de la liberté, 1700-1789. Genève, Skira, 1964, gr. in-4°, 222 pp, 63 reproductions et photographies en couleurs contrecollées sur 60 planches hors texte, 60 illustrations en noir, index des noms cités, reliure d'éditeur, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage, bon état (Coll. Art, Idées, Histoire). Edition originale

            50

L'espace humain du XVIIIe siècle ; Philosophie et mythologie du plaisir ; L'inquiétude de la fête ; L'imitation de la nature ; Nostalgies et utopies. — "Le texte de M. Starobinski frappe par la qualité de l'écriture, sa cohérence, sa vivacité constante et l'ampleur de cette découverte panoramique. On sent tout le plaisir qu'il a eu à l'écrire. Il s'agit en effet d'un moment décisif, sinon à la vérité dans la vie des formes, du moins dans le progrès de la conscience moderne. L'art en ce siècle se détache de la délectation. « L'on ne se contente plus de débattre sur les moyens choisis par l'artiste, l'on s'interroge sur la fin même de son activité... » L'art tend à se désaliéner, et on peut entrevoir le moment où il ces sera de servir « l'idéologie du pouvoir » au profit « d'un complet épanouissement de l'humanité de l'homme ». Le « baroque jubilant » trahit-il au vrai ce partage ? Les rites royaux tournent au simulacre. La frivolité de la cour ruine le prestige mystique de la monarchie. L'ostentation devient spectacle. La pompe, divertissement. Le monde des princes s'est séparé, coupé de la réalité, et le faste – au lieu d'être l'image visible de la puissance – n'est plus qu'un défi à la misère du peuple. Le style rocaille a renoncé à la « rhétorique de la persuasion » qui justifiait au siècle précédent Le Bernin ou Guarini, pour s'établir dans la fantaisie. Dans une telle évolution, note M. Jean Starobinski, le luxe n'est plus que « la notification décorative du superflu ». La mode commence à envahir les mœurs. Si la femme est au centre de ce théâtre d'illusions, les masques, les parcs, les ruines, la nature du bon sauvage en sont le trompe-l'œil. La mythologie, vidée de toute transcendance, n'est plus qu'un répertoire assez banal de formes, de chairs lumineuses, de mouvements. Où trouver le lien entre la passion des idées et cette constante recherche du plaisir qui tournent d'une part à la prolixité et à l'utopie, de l'autre à la dissipation ? Ce qu'inaugure le XVIIIe siècle, c'est une « réflexion sérieuse sur le plaisir ». Libertaires et libertins y forment une alliance indissoluble. « Libre jouissance, mais aussi libre examen ». La vertu y devient une mode, comme la campagne ou les laiteries. La mort n'est d'ailleurs pas absente du divertissement, et le siècle passera de l'escarpolette à l'échafaud sans s'écarter de ce que l'auteur appelle ici les « juridictions du sentiment ». En réalité la fête galante reste une des pudeurs de ce siècle qui refuse d'avouer ce qui le ronge. Elle transpose moins d'illusions que l'exotisme naissant ou le mesmérisme. L'ennui, l'inquiétude accompagnent les couples dans le demi-jour des allées. Entre un monde qui s'achève et un monde qui n'est pas encore né, Watteau confirme sa mélancolie..." (Camille Bourniquel, Esprit, 1965)

177.          TILLY (Pierre-Alexandre, comte de). Mémoires du comte Alexandre de Tilly, ancien page de Marie-Antoinette, pour servir à l'histoire des mœurs de la fin du XVIIIe siècle. P., Henri Jonquières, 1929, 2 vol. in-8°, li-307 et 372 pp, préface et notes par Christian Melchior-Bonnet, 12 pl. de gravures hors texte, biblio, index, reliures demi-basane fauve, dos lisses avec pièces de titre et de collection basane noire et caissons dorés, coiffes et coupes frottées, bon état

            60

Mémoires d'Alexandre de Tilly (1764-1816) sur la fin de l'Ancien Régime. Il a été le compagnon de Lauzun et de Custine, des Rohan et des Noailles ; il eut les mêmes vices, il commit les mêmes fautes... Il n'a pas seulement de la verve, du trait, de la finesse, de la couleur : il sait voir et peindre. — Grand séducteur, Tilly observe le XVIIIe siècle en sceptique et en mondain. D'où la séduction, aussi, de ses Mémoires : un charme subtil et ambigu qui est celui des salons de l'époque, des "mots" spirituels et méchants – et d'une société qui se grise de courir à sa propre ruine. Les aventures galantes sont nombreuses. Tilly nous les conte avec verve et n'hésite pas à se montrer lui-même en fâcheuse posture. Aucun document érudit ne vaut ce témoignage sur la cour et le roi, sur Marie-Antoinette et les Polignac, sur Laclos et Rivarol, sur Paris et son peuple, sur l'émigration. Lecture irrésistible : c'est celle d'une époque ; c'est cette jeunesse, cette élégance et ce tourbillon qui ne veut pas finir. — "Ces mémoires s'arrêtent en 1792. Leur principal intérêt est la description de la vie à la Cour et de l'agitation révolutionnaire à Paris." (Fierro, 1402)

178.          VIDONI (Nicolas). La police des Lumières, XVIIe-XVIIIe siècle. Perrin, 2018, in-8°, 399 pp, notes, annexes, biblio, index, broché, couv. illustrée, trace de pli au 1er plat, bon état

            20

Les forces de police entretiennent une histoire d'amour et de haine avec les populations qu'elles doivent servir et encadrer. Portées aux nues lorsqu'elles protègent, elles sont en partie rejetées lorsqu'elles contraignent. Cette dualité ne date pas d'hier ; pour mieux la comprendre, Nicolas Vidoni propose un essai sur la naissance et le développement des "politiques policières" pratiquées par les agents de la lieutenance de police de Paris entre 1667 et 1789. Forte de sa "capacité à agir" dans et sur l'espace urbain, la lieutenance a en effet réussi à s'imposer comme un des acteurs majeurs dans la ville d'Ancien Régime. Comprendre la police exercée par cette dernière revient ainsi à envisager une expérience forgée au contact de la capitale et sa population et qui remodèle finalement l'Etat royal. Cette histoire est enfin d'une grande modernité, puisque si les termes ont changé, la question du rapport entre police et population dans la cité reste d'une brûlante actualité. Mais au-delà de cette dimension politique – entendue au sens large – de la lieutenance, c'est bien son action pratique, donc le coeur de son activité, qui est le sujet de ce livre.

179.          [Vincent de Paul] – MEZZADRI (Luigi). Vincent de Paul (1581-1660). Desclée De Brouwer, 1985, in-8°, 205 pp, traduit de l'italien, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Avec sa figure de bonté, son sens actif de la charité, saint Vincent est sans doute l'un des saints les plus populaires, avec François d'Assise ou Thérèse de Lisieux. Ce berger landais cherchait au départ à faire carrière. La vie de Vincent de Paul comporte ombres et lumières. La grâce de Dieu aidant, il est devenu l'âme de tout un peuple, l'ami des indigents et affamés, des galériens et des prisonniers. Par ailleurs, il est le confident des grands de ce monde et des personnalités religieuses de son temps. Il est le fondateur des lazaristes et, avec lui, Louise de Marillac fonde les Filles de la Charité. On l'appelera d'ailleurs le « saint du Grand Siècle ». La figure lumineuse de Vincent éclaire l'Église et l'Europe un siècle avant la Révolution française, avec une spiritualité très incarnée dont l'abbé Pierre ou Soeur Emmanuelle sont aujourd'hui les héritiers. — Luigi Mezzadri, prêtre lazariste italien, est professeur d'histoire au collège Alberoni de Plaisance (Emilie). Il est membre du secrétariat d'Études vincentiennes et auteur de nombreux ouvrages de spiritualité.

180.          [Vincent de Paul]. Saint Vincent de Paul. Pages choisies. Fernand Sorlot, 1933, in-12, 232 pp, textes choisis par Hélène et Roland Alix, introduction de P. Coste, broché, bon état (Coll. Les classiques catholiques), bande éditeur conservée (“Tricentenaire de la Fondation des Filles de la Charité 1633-1933”)

            15

Vincent de Paul, né au village de Pouy près de Dax le 24 avril 1581, mort le 27 septembre 1660, est un prêtre catholique renommé pour sa charité, qu'il exerça notamment auprès des galériens dont il était aumônier, des enfants trouvés et des populations rurales. Aumônier de la reine Marguerite, épouse d'Henri IV, puis curé de campagne à Clichy, précepteur des enfants du marquis de Belle-Isle, frère de l'archevêque de Paris. Il fonde deux sociétés de vie apostolique : la Congrégation de la Mission, dont les membres seront couramment appelés lazaristes et la Compagnie des filles de la Charité, souvent connues comme les Sœurs de Saint Vincent de Paul. Il est ordonné prêtre en 1600. Aumônier général des galères en 1619. Saint Vincent organise également des collectes à Paris pour porter secours aux victimes des guerres de Religion. Bien que membre de la compagnie du Saint-Sacrement, il prêche pour la modération à l'égard des protestants, puis s'oppose au jansénisme. Il fonde encore un hospice pour les personnes âgées, qui deviendra l'hôpital de la Salpêtrière en 1637.

181.          VOLTAIRE (François-Marie Arouet, dit). Histoire de Charles XII. Roi de Suède, avec les pièces qui y sont relatives. Sans lieu, ni éditeur [Genève, chez les Frères Cramer], 1775, in-8°, 355 pp, un portrait gravé en frontispice, texte encadré, reliure plein veau marbré, dos lisse à caissons ornés, pièce de titre basane bordeaux, coupes filetées, tranches marbrées (rel. de l'époque), manque une pièce de titre, pt épidermure au 2e plat, bon état (tome 21 des oeuvres complètes)

            50

L'Histoire de Charles XII est celle d'un roi guerrier et du chef d'un grand pays du Nord. A la fin du XVIIe siècle la Suède s'étendait en Carélie, en Poméranie aux duchés de Brême et de Verden. Le jeune roi était bien jeune et son redoutable voisin le tsar Pierre, bien puissant, bien assez en tout cas pour tenter de mettre la main sur tout l'Orient de la mer Baltique et, signant une entente avec le roi de Pologne, tenter d'enlever à la Suède "tous ces pays qui sont entre le golfe de Finlande, la mer Baltique, la Pologne et la Moscovie..." — L'Histoire de Charles XII est un chef-d'oeuvre de la littérature française. Chef-d'oeuvre d'élégance, de pittoresque, de clarté, que Voltaire publia en 1731, à 37 ans. L'amour de la gloire l'avait attiré vers un tel personnage, qui brillait au nord de l'Europe par ses exploits et ses malheurs. Pour écrire l'Histoire de Charles XII, « l'homme le plus extraordinaire peut-être qui ait jamais été sur la terre », Voltaire eut la chance de pouvoir interroger les témoins et parfois les acteurs. Charles XII, orphelin à 15 ans, se proclama roi de Suède lui-même, se couronnant des ses propres mains. En 1700, à 18 ans, il soumet le Danemark, puis, en tête de 8 000 hommes, met les « Moscovites » en déroute. Il occupe Varsovie en 1704, attaque la Russie en 1708, investit l'Ukraine, est vaincu le 8 juillet 1709 au siège de Pultava, par Pierre Ier. « Prisonnier chez les Russes ? Allons plutôt chez les Turcs ! » Il reste cinq années fort mouvementées chez le Sultan, regagne la Suède à cheval, réorganise son armée, envahit la Norvège, et meurt – assassiné ? – au siège de Fredrikshald, fin 1718, à 37 ans. Sa mort reste la plus mystérieuse des grandes morts de l'Histoire. Telle est l'Histoire de Charles XII, « moitié Alexandre, moitié Don Quichotte », que nous conte, dans un style aussi noble que superbe, un Voltaire fasciné.

182.          VRAY (Nicole). Catherine de Parthenay, duchesse de Rohan, protestante insoumise, 1554-1631. Perrin, 1998, in-8°, 234 pp, 5 généalogies, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état. On joint une coupure de presse sur l'ouvrage (par Evelyne Lever)

            25

Née en 1554, Catherine de Parthenay est mêlée aux événements les plus tragiques des guerres de religion. Fille de bonne noblesse liée aux d'Albret, et donc cousine d'Henri de Navarre, elle subit de plein fouet la Saint-Barthélemy, où son premier mari fut assassiné. Elle épousa ensuite René II de Rohan, dont elle eut cinq enfants, admirablement élevés. Son fils Henri devint le gendre de Sully, et fut fait duc et pair par Henri IV, qui s'intéressa de près, un moment, à sa sœur Catherine. La duchesse de Rohan assista sans doute à la signature de l'édit de Nantes, en 1598, et, à plus de soixante-dix ans, fut l'âme de la résistance protestante à La Rochelle, lors du grand siège de 1628 mené par Richelieu. Car cette femme de très grande culture, écrivain, poète et aussi tête politique, fut avant tout une huguenote intransigeante et passionnée, qui fit l'admiration de toute l'élite européenne et suscita l'attachement des populations bretonnes et poitevines, qu'elle protégea jusqu'à sa mort en 1631.

RÉVOLUTION

 

183.          BARNAVE (Antoine). Introduction à la Révolution française. Texte établi sur le manuscrit original et présenté par Fernand Rude. Armand Colin, 1971, gr. in-8°, xviii-79 pp, une planche en fac-similé hors texte au début du livre (page d'un manuscrit de Baranave), broché, bon état (Coll. Cahiers des Annales)

            30

Edition critique. Le texte d'Antoine Barnave (1761-1793), avait été publié pour la première fois en 1843 par Bérenger de la Drôme, dans les quatre volumes de ses oeuvres complètes. — "Barnave est certainement un des penseurs les plus originaux de la Constituante qui fut si riche en esprits créateurs. Les œuvres de Barnave avaient déjà été publiées en 1843 par Bérenger de la Drôme ; mais, comme la plupart des éditions de cette époque, celle de 1843 ne reproduit pas rigoureusement l'original. Une nouvelle édition s'imposait. Cet ouvrage est précédé d'une remarquable présentation. Barnave a écrit cet ouvrage en 1793 dans les prisons de Grenoble, en pleine Terreur, quelques mois avant d'être guillotiné. Il y a plus d'un an qu'il a quitté Paris ; il repense à cette Révolution qui l'a mis au premier rang des hommes de son temps, alors que, jeune bourgeois plein d'ambition et de talents, il trouvait toutes les places prises et toutes les issues bouchées par les aristocrates ; il pense aussi aux années 1789 et 1790 où il était à l'avant-garde de la Révolution et enfin à ces mois qui suivirent Varenne où, trompé par le double jeu de la reine, il espéra fonder une monarchie constitutionnelle en France. Retiré de la lutte depuis un an, il compose cette remarquable synthèse de son expérience révolutionnaire. Comme l'a fait remarquer Jaurès dans son “Histoire socialiste”, Barnave s'y révèle un historien d'une grande originalité. Il devance son temps et bien avant Marx, les saint-simoniens et Louis Blanc, il explique les événements par des causes sociales et économiques." (Jacqueline Chaumié, Bibliothèque de l'École des chartes, 1961)

184.          BORD (Gustave). La Fin de deux légendes : l'affaire Léonard ; le baron de Batz. P., Daragon, 1909, in-8°, 220 pp, un frontispice gravé et 4 fac-similé d'écriture, broché, bon état (Coll. Les Enigmes de l'Histoire). Edition originale, tirage limité à 755 exemplaires numérotés et signés par l'Editeur, celui-ci un des 750 ex. sur papier d'Ecosse

            40

"Ce volume renferme deux études critiques de M. Bord, dirigées toutes deux contre l'auteur du “Drame de Varennes” et de la “Conspiration du baron de Batz”, M. Gustave Lenôtre. Assaut certes à armes courtoises, où l'on admire volontiers le jeu serré des deux adversaires et leurs promptes ripostes ; mais l'arbitre impartial et compétent penchera certainement, dans l'une et l'autre cause, à se prononcer pour les conclusions de M. Bord, c'est-à-dire à proclamer l'innocence de Léonard Autié, le coiffeur de la reine, soupçonné de trahison, voire même de vol, lors de la fuite de Varennes, et à hausser les épaules à l'audition des gasconnades impertinentes de ce baron plus ou moins authentique, aventurier plus que héros, et dont la légende a fait le champion de la royauté pendant la Terreur." (Revue Historique, 1909)

185.          CHASTENET (Jacques). William Pitt. Fayard, 1941, in-12, 352 pp, chronologie, biblio, broché, état correct (Coll. Les Grandes études historiques) (Prix Thérouanne)

            20

William Pitt le Jeune (1759-1806) est un homme politique britannique. Il fut Premier ministre de Grande-Bretagne de 1783 à 1801, puis Premier ministre du Royaume-Uni de 1804 jusqu'à sa mort. L'essentiel de son ministère est placé sous le signe de la Révolution française et de ses conséquences. D'abord favorable aux évènements, il adopte une attitude conservatrice à partir de 1791. En 1792 la Grande-Bretagne entre en guerre et Pitt est à la tête des coalitions dirigées contre la France. Il réprime dans le sang la rébellion irlandaise de 1797-1798 et réalise l'intégration politique de l'île dans le Royaume-Uni par l'Acte d'union en 1800. Il s'oppose à George III en voulant accorder aux catholiques irlandais les mêmes droits civiques que ceux des anglicans, et démissionne en 1801. Après quelques années passées dans l'opposition il revient au gouvernement de 1804 à 1806. Il met sur pied avec la Russie et l'Autriche la troisième coalition européenne et meurt l'année suivante, âgé de 46 ans.

186.          COIGNY (Aimée de). Journal d'Aimée de Coigny, "la Jeune Captive". Présenté par André-Marc Grangé. Textes inédits. Perrin, 1981, in-8°, 276 pp, 16 pl. de gravures hors texte, annexes, biblio, broché, un portrait en médaillon en couv., bon état

            25

Aux derniers jours de la douceur de vivre, une duchesse de vingt ans, rebelle à l'étiquette de la cour de Louis XVI, jolie, spirituelle et voltairienne, partageait l'enthousiasme de son amant, le beau Lauzun, pour les idées nouvelles. La Révolution emporta pêle-mêle la cour, la monarchie, Lauzun, la douceur de vivre, et la duchesse manqua de peu d'y laisser sa tête. Dans les prisons de la Terreur, sa grâce inspira André de Chénier près de monter à l'échafaud... Très en vue sous le Directoire, elle se tint à l'écart de l'Empire. Confidente de Talleyrand, conspiratrice tenace et désintéressée, elle sut le convertir en 1814 à la restauration des Bourbons. Grande amoureuse, ruinée par ses maris et ses amants, elle mourut à cinquante ans, un an avant Napoléon. Aimée de Coigny avait beaucoup écrit, mais bien peu avait été publié. Pour la première fois, ce livre présente l'ensemble de son œuvre. Mémorialiste minutieuse, très informée, elle rapporte les faits et peint les situations avec des révélations parfois surprenantes. Elle écrit avec la vivacité, l'insolence, le ton inimitable du XVIIIe siècle. Sa réponse à Napoléon : « Madame de Coigny, vous aimez toujours autant les hommes ? – Oui, Sire, surtout lorsqu'ils sont bien élevés ! » est le reflet de son étonnante personnalité. Ce livre range Aimée de Coigny parmi les auteurs dont la lecture est indispensable à la connaissance des événements, des idées et des hommes de l'époque la plus extraordinaire de l'Histoire de France.

187.          DESCOSTES (François). Joseph de Maistre pendant la Révolution. Ses débuts diplomatiques. Le marquis de Sales et les émigrés, 1789-1797. Tours, Alfred Mame et fils, 1895, in-8°, 651 pp, 2 portraits gravés dont un en frontispice, une planche en couleurs hors texte, broché, couv. lég. salie, bon état. Edition originale

            250

"Nous avons déjà signalé à nos lecteurs le remarquable ouvrage de M. François Descostes : “Joseph de Maistre avant la Révolution”, qui a été couronné par l'Académie française. Aux deux volumes publiés en 1893, l'auteur vient d'en ajouter un nouveau, non moins intéressant que les précédents. Il a été, en effet, composé à l'aide de documents privés, pour la plupart inédits, et nous offre non seulement le tableau de la vie de Joseph de Maistre pendant la période de 1789 à 1797, mais une véritable histoire de la révolution en Savoie. C'est un récit des plus curieux et parfois des plus émouvants; c'est en même temps une peinture achevée de cette société savoyarde où apparaissent les personnalités les plus originales, les caractères les plus admirables. Dire avec quel talent, avec quelle chaleur d'exposition M. Descostes a mis tout cela en relief, serait inutile : l'auteur a fait ses preuves. La belle figure de son héros est au premier plan ; à côté d'elle brille d'un vif éclat celle de son ami le plus cher, le marquis de Sales, dont la trop courte carrière fut signalée par un dévouement héroïque â la cause du droit, par des exploits dignes des anciens preux, par une merveilleuse activité et une rare intelligence des affaires politiques et militaires ; puis nous voyons passer devant nous, dans une brillante galerie, tous les proches du comte de Maistre, la société genevoise, les châtelains de Coppet, les membres de la noblesse française qui avaient cherché un refuge en Suisse. De nombreux extraits de correspondances inédites nous font pénétrer dans l'intimité de ces personnages, dont le courage, la fidélité, l'abnégation, sont l'objet de notre admiration. Le récit est semé de touchants épisodes, tels que celui de Frigolette, l'héroïque jeune fille qui sacrifia sa vie pour la défense de son pays, tel que celui de l'emprisonnement du vieux marquis de Grollier, resté à Lyon pendant le siège et guillotiné peu après. L'auteur a pu éclaircir, par de nouveaux documents, cette campagne de 1793 qui, « mieux conduite, eût pu changer la face des événements en Europe » ; aussi son livre apporte à l'histoire une précieuse contribution, en même temps qu'il met dans une lumière nouvelle la vie intime du comte de Maistre durant cette période si agitée de son existence et son rôle de diplomate à Lausanne, comme représentant du roi de Sardaigne." (Revue des Questions historiques, 1896)

188.          FURET (François) et Mona OZOUF ( dir). Dictionnaire critique de la Révolution française. Flammarion, 1988, fort pt in-4°, 1122 pp, 32 planches hors texte d'illustrations en noir et en couleurs, index, reliure toile éditeur, sans la jaquette, bon état

            60

Avec la collaboration de Bronislaw Baczko, Keith M. Baker, Louis Bergeron, David D. Bien, Massimo Bofa, Gail Bossenga, Michel Bruguière, Yann Fauchois, Luc Ferry, Allan Forrest, Marcel Gauchet, Gérard Gengembre, Joseph Goy, Patrice Gueniffey, Ran Halevi, Patrice Higonnet, Bernard Mannin, Pierre Nora, Philippe Raynaud, Jacques Revel, Denis Richet, Pierre Rosanvallon.

189.          GODECHOT (Jacques). La Prise de la Bastille. 14 juillet 1789. Gallimard, 1965, in-8°, 434 pp, 32 pl. de gravures hors texte, biblio, index, broché, bande éditeur conservée, rhodoïd, 2 feuillets détachés, qqs rares soulignures crayon, bon état (Coll. Trente journées qui ont fait la France)

            25

"Faut-il ajouter que l'ouvrage de M. Godechot comporte cette sûreté d'information, ce recours aux sources, cette utilisation de tous les travaux français et étrangers, qui caractérisent l'ensemble de son oeuvre ? Il est bien certain qu'il reste encore quelques fonds peu utilisés, quelques écrits, par exemple en russe, à mobiliser ; mais c'est inévitable quand il s'agit de sujets aussi importants, et qu'on ne peut consacrer des années aux raffinements souvent vains d'une insatiable érudition. Ce livre fait date dans l'historiographie du 14 juillet, il s'affirme comme l'un des plus vigoureux, non seulement dans une collection assez disparate, mais dans l'oeuvre entière de M. Godechot." (M. Reinhard, Annales historiques de la Révolution française, 1967)

190.          JAURÈS (Jean). Histoire socialiste (1789-1900). Tome III : La Convention, I : La République – Les idées politiques et sociales de l'Europe et la Révolution (1792). P., Jules Rouff, s.d. (1901), in-4°, 854 pp, nombreuses illustrations d'après les documents de chaque époque, broché, couv. lég. défraîchie, bon état. Edition originale

            35

191.          LACROIX de LAVALETTE (M.-J. de). Une Parisienne sous la Terreur. Marie-Angélique Bergeron (1756-1804), d'après les Archives. Téqui, 1992, in-8°, 205 pp, 29 gravures et photos sur 16 pl. hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Ouvrage couronné par l'Académie française)

            20

Une passionnante histoire au temps de la Terreur. L'auteur, M.J. de Lacroix de Lavalette, a compulsé patiemment 2.000 pages d'archives pour rassembler les détails de l'aventure de son ancêtre, Angélique Bergeron, qui a soutenu la résistance des prêtres réfractaires de 1792 à 1794. Dans sa manufacture de la rue de la Barillerie, située dans l'île de la Cité, en face même du Tribunal Révolutionnaire, elle poussa l'audace jusqu'à abriter des "ouvriers-prêtres", reconvertis la semaine en artisans-tourneurs et officiant dimanches et fêtes... Toute la maisonnée Bergeron partageait le secret, du plus âgé (le citoyen Bergeron) à la plus jeune (Rosalie, 15 ans), de la servante au chef d'atelier. Tous risquaient leur vie selon le décret du 23 avril 1793, qui condamnait à mort dans les vingt-quatre heures ceux qui participaient au culte clandestin. Parviendront-ils à échapper à leur cruel destin, malgré la dénonciation de Moule-Farine, apprenti-tourneur ?

192.          LA FAYE (Jacques de). La Princesse Charlotte de Rohan et le duc d'Enghien : un roman d'exil. Emile-Paul, 1929, in-8°, 418 pp, 15 pl. de gravures hors texte, dont le frontispice, notes, pièces justificatives, reliure demi-vélin blanc, dos lisse avec pièce de titre chagrin noir et date dorée en queue, couv. illustrée conservée, bon état. Bel exemplaire

            80

Jacques de La Faye est le pseudonyme de Marie de Sardent (1855-1940). La première édition (1905) ne contenait pas les planches hors texte. — "Après un historique rapide de la famille de Rohan rappelant les principaux événements, entre autres l'affaire du Collier, où son nom a été mêlé, M. de la Faye retrace les épisodes douloureux de l'armée de Condé, et c'est à la tête de cette poignée de gentilshommes, séparés de leur patrie par leur fidélité au roi, qu'il fait entrer en scène le jeune et séduisant duc d'Enghien, l'unique héritier des Condé... Et ce héros est aussi un prince charmant : il se bat et il aime ; mieux encore, il est aimé. Au bruit du canon qui tonne éclot, en effet, cette idylle historique qui tour à tour unit et sépare, ravit d'espoir et torture deux coeurs liés ensemble par l'amour... On connaît ce roman célèbre ; mais le livre de M. de la Faye a cela de particulier qu'il le fait revivre avec une intensité sans pareille. La correspondance échangée entre le duc d'Enghien et la princesse de Rohan y est reproduite d'une manière si attachante ! L'auteur a, pour ainsi dire, gradué ses effets pour conduire au dénouement terrible, à ce fameux drame de Vincennes qu'il reconstitue dans toute sa grandeur tragique..." (Emm. D. de Montcorin, Revue des Questions historiques, 1905)

193.          LA GORCE (Pierre de). Histoire religieuse de la Révolution française. Plon, 1922-1924, 5 vol. in-8°, vi-515, 538, 598, 379 et 415 pp, 5 cartes, notes bibliographiques, reliures pleine toile écrue, dos lisses, pièces de titre basane carmin, couv. conservées, papier lég. jauni, bon état. On joint un fascicule de 4 pages sur Pierre de La Gorce (avec une photo et une bibliographie) par Georges Goyau et un article de Lucien Corpechot publié lors de son décès en 1934

            180

Complet. — "M. de La Gorce s'est imposé la lourde tâche de nous raconter les malheurs de l'Église de France pendant la Révolution. A vrai dire, cette histoire nous était connue : elle est êparse dans presque tous les livres qui traitent de la France moderne entre 1789 et Napoléon. Ce qui fait le mérite propre de M. de La Gorce, c'est d'avoir dégagé de la masse énorme de matériaux qui constitue l'histoire de la Révolution ceux qui sont spéciaux à l'Église. Mais si c'est un mérite, c'est aussi un danger. Comment en effet, dans une pareille entreprise, éviter le double écueil de la répétition et de la digression ? L'Église n'est pas une institution qui se meut dans le vide. Elle côtoie la politique; elle est intéressée au mouvement des idées comme à la marche des événements ; elle touche à l'économie politique et sociale, au droit et à la justice, à la morale publique et privée, et à combien d'autres choses encore ! Dès qu'on en fait l'histoire, on ne peut l'isoler du milieu où elle évolue. En racontant la fête de l'Être suprême, par exemple, comment esquiver un portrait de Robespierre ? De même, dans une histoire religieuse de la Révolution, comment passer sous silence l'insurrection vendéenne, encore, qu'elle n'ait pas eu pour unique cause le maintien de la foi chrétienne ? Si vous n'en montrez que l'aspect religieux, cette guerre demeure en partie incompréhensible. De là naît la quasi-nécessité d'en exposer les origines politiques et d'en retracer les péripéties militaires jusqu'à la pacification... Si M. de La Gorce a plusieurs fois sacrifié à cette nécessité, surtout dans son long récit de la guerre de Vendée, il est manifeste qu'il a tout fait pour l'amoindrir. D'ailleurs le drame qu'il nous raconte provoque en nous une attention et une émotion si intenses qu'on n'a pas le temps de s'en apercevoir..." (Eugène Welvert, Revue d'histoire de l'Église de France) — "Un ouvrage magnifique, monumental, mais point indigeste du tout. M. de la Gorce était membre de l'Institut lorsque, en 1909 et en 1912, il publia les deux premiers volumes de son oeuvre. C'est l'académicien Pierre de la Gorce qui a signé les volumes III, paru en 1916, IV, en 1921 et V, en 1923. Cinq volumes : Une grande partie du premier est consacrée à exposer, en manière de préambule, la situation de l'Eglise aux dernières années de la monarchie. Il ne cache pas les dangers et les défaillances qui la minaient : la non-résidence, par exemple, et le relâchement de la foi sous l'influence de l'esprit du dix-huitième. Puis l'auteur aborde le sujet lui-même... En voici les étapes : a) Destruction des privilèges, sécularisation des biens, suppression des ordres monastiques ; b) Chose bien plus grave : La fameuse Constitution civile du clergé, qui crée en France deux sacerdoces opposés : les assermentés et les fidèles à l'ordre romain ; ceux qu'on surnommera les intrus d'une part, les réfractaires de l'autre ; c) De ces deux Eglises coexistantes, la première devait céder la place à la seconde ; ce furent alors les deux lois de proscription de 1791 et de 1792, puis les massacres de septembre, puis la déportation ; d) Nouvelle étape : ce n'est plus le clergé fidèle qui doit tomber ou s'exiler devant le clergé civil ; les idées font du chemin. C'est au tour de l'Eglise constitutionnelle d'être menacée par le déisme ou l'athéisme. Elle va passer de la faveur à la persécution. La Convention marque cette nouvelle période. C'est alors la Fête de la Raison (20 brumaire-10 novembre 1793). C'est surtout la Terreur, qui prétend abolir tout ce qui rappelle le christianisme. On vide les temples, ensuite on les souille. (Ici, tome troisième, un remarquable chapitre sur les apostats et les confesseurs de cette époque tragique : déprêtrisations, défaillances multipliées ; à son tour l'Eglise constitutionnelle s'effondre au début de 1794) ; e) Il semble que l'on soit arrivé au point culminant des attaques contre la religion. Avec Robespierre, en effet, une réaction en faveur de la liberté de croyance tend à se dessiner : c'est le déisme gratuit et obligatoire ; c'est la fête de l'Etre Suprême (20 prairial An II-8 juin 1794). La réaction thermidorienne permet bientôt, février 1795, la première reprise du culte public. La constitution de l'An III rouvre la porte à la liberté religieuse. Deux années où la restauration du culte se poursuit. ; f) Mais le coup d'Etat du 18 fructidor (4 septembre 1797) ramène une seconde Terreur : déportation de prêtres à la Guyane, détention aux Iles de Ré, d'Oléron, tandis que de nombreux cultes dissidents tentent de s'établir : les « Réunis », les théophilanthropes, les adeptes du culte décadaire, etc. (c'est alors que le Directoire détient Pie VI prisonnier en France) ; g) Enfin la dernière étape se résume en une date et un nom : le 18 brumaire et Bonaparte. Le dernier volume est consacré à la période qui va de novembre 1799 à Pâques 1802 : ce sont les longs pourparlers, les délicates transactions, les multiples allées et venues qui aboutiront enfin au Concordat, considéré par M. de la Gorce comme le véritable point final de l'ère des persécutions. (...) M. de la Gorce, juge, témoigne d'une sympathie très marquée pour l'une des parties. Il ne s'en cache d'ailleurs pas. On sympathise d'ailleurs à cette répulsion d'un croyant et d'un homme de goût à l'égard d'une époque robuste peut-être, mais brutale. Ce qu'on regrette davantage, c'est que l'auteur ait fait une part si minime, presque inexistante au protestantisme. Il a traité l'histoire d'une façon bien connue, mais peu scientifique : dans l'ignorance volontaire de ce qui n'est pas l'Eglise catholique. On sent, malgré certains efforts d'impartialité, une sorte de répugnance à l'égard des protestants : les Necker, les Rabaut-Saint-Etienne, les Barnave ; on le sent surtout à la façon dont il parle des troubles de Nîmes de l'année 1790..." (A.-O. Dubuis, Revue de Théologie et de Philosophie, 1925)

194.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Sous le bonnet rouge. Croquis révolutionnaires. Grasset, 1936, in-12, 303 pp, 4 gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. La petite Histoire, 8)

            20

Comment menait-on une grève en 1792 ? Que sont devenus les vainqueurs de la Bastille ? Pourquoi le peintre David a-t-il dessiné des costumes ridicules pour les élèves de l'école de Mars ? Qui étaient Cadet Rousselle, Ange Pitou ? Pourquoi Rouget de l'Isle, vieux moribond, tremble-t-il dès que résonne sa “Marseillaise” ? ...

195.          LEUILLIOT (Paul). Les Jacobins de Colmar. Procès-verbaux des séances de la société populaire, 1791-1795, publiés avec une introduction et des notes. P., Strasbourg, Istra, 1923, gr. in-8°, xxxiv-504 pp, préface de Christian Pfister, index, broché, bon état

            45

"Le club de Colmar fut fondé en janvier 1791, quelques mois avant celui de Thann. Sa première tâche a d'abord été de défendre l'église constitutionnelle menacée. Comme tous les autres clubs, il se recruta au début dans la bourgeoisie aisée. Ses fondateurs paraissent avoir appartenu en majorité à une société littéraire, la Tabagie, qui existait à Colmar dans les dernières années de l'ancien régime. Après l'affaire du Champ-de-Mars, il s'affilia aux Feuillants ; après le 10 août, il pensa d'abord à résister, comme Dietrich l'avait fait à Strasbourg, contre la chute de la royauté. Même en 1793, il compte encore parmi ses membres l'ex-abbé Chayrou, qui avait rédigé à Strasbourg la feuille de Dietrich et qui s'était compromis avec les Feuillants. Bien mieux, Chayrou devient un instant, en mai 1793, président du club et il rédige le journal de propagande patriotique, le Décadaire, alimenté par les fonds du département. Dans la lutte des Jacobins contre les Montagnards, le club prend d'abord parti pour les premiers, comme il avait pris parti auparavant pour les Feuillants. Mais il les désavoue promptement et se rallie, en apparence, du moins, à la politique montagnarde. Il est épuré à diverses reprises sous la Terreur, mais il excite néanmoins la défiance, des représentants Hentz et Goujon, qui suspectent son ardeur patriotique. Après thermidor, il cherche sa voie et semble avant tout préoccupé de défendre ses membres contre les persécutions qui commencent. Il cesse bientôt d'être fréquenté et termine obscurément sa vie avec le décret qui supprime les diverses sociétés populaires. L'édition de ses procès-verbaux que nous donne M. Leuilliot est très soignée et rendra de grands services à tous ceux qui étudient l'histoire de la Révolution en Alsace. L'éditeur a résumé la vie du club dans une introduction fort claire et très précise. Il a muni les procés-verbaux d'un commentaire presque continuel qui met en œuvre une foule de renseignements précieux, difficilement accessibles. Il a dressé la liste des membres du club, qui comprend 1.033 noms. Un index bien fait facilite les recherches. J'ajoute enfin que M. Leuilliot est très au courant de l'histoire générale et que sa critique est sûre. Je ne suis pas surpris que la Faculté de Strasbourg ait décerné la mention bien à son travail, qui est un mémoire de diplôme. Si le club de Colmar ressemble en gros à beaucoup d'autres clubs, il en diffère cependant par quelques traits particuliers, et, en première ligne; par son antisémitisme violent. A. diverses reprises il dénonce l'oisiveté, les menées accapareuses, l'immoralité des juifs d'Alsace, et ne demande pas moins que leur expulsion du territoire français. On pourrait s'attendre à ce que, dans cette Alsace de la fin du XVIIIe siècle, où le français n'était encore que très peu répandu, les actes du club fussent rédigés en allemand. J'ai été surpris de constater qu'à de très rares exceptions ils sont écrits en français. Il est manifeste que la plupart des orateurs qui prenaient la parole aux séances s'exprimaient également en français. Leurs paroles étaient ensuite traduites en allemand, d'ordinaire par les soins du pasteur Lucé. A de certains indices, on pourrait noter l'existence d'une sorte de rivalité et de défiance entre les autochtones et les Français venus de l'intérieur. Le club fit de louables efforts pour seconder « la francilisation » du pays, comme on disait. Il recruta les instituteurs chargés d'enseigner la langue française et ce ne fut pas chose commode. Je ne peux pas signaler tout ce que ce volume très nourri apporte de nouveau à l'histoire d'Alsace ou même à l'histoire générale. Il me fant pourta t attirer l'attention sur le fameux Rapinat, ce beau- frère de Reubell, qui eut si mauvaise réputation sous le Directoire. Rapinat figure à plusieurs reprises dans les procès-verbaux du club et il n'y figure pas à son avantage. On lui reproche, à l'épuration de ventóse an II, d'avoir abusé de ses fonctions de juge, de recevoir des cadeaux, « de faire gagner aux communes les procès relatifs aux biens communaux pour en dépouiller la nation », de se livrer au commerce des assignats, etc.. etc. Rapinat se défend mal et il est exclu." (A. Mathiez., Annales révolutionnaires, 1923)

196.          MARIE-ANTOINETTE. Correspondance (1770-1793), établie, présentée et annotée par Evelyne Lever. Tallandier, 2005, fort gr. in-8°, 911 pp, 2 fac-similés de lettres, table des lettres, table des correspondants, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            30

Recueil de toutes les lettres de la reine Marie-Antoinette, avec les réponses de ses correspondants. — "Mai 1770. L'archiduchesse d'Autriche arrive en France pour épouser le dauphin, qui deviendra roi sous le nom de Louis XVI. Octobre 1793. Marie-Antoinette, veuve Capet, est conduite à la guillotine. Pendant vingt-trois ans, elle a correspondu avec sa mère, ses frères, ses amis et ses fidèles. Pour la première fois se trouvent ici réunies dans leur intégralité toutes ses lettres, avec les réponses de ses correspondants. Mieux que tout autre témoignage, ces documents originaux éclairent la personnalité de la dernière reine, nous introduisent dans son intimité, nous révèlent par quel cheminement cette princesse, d'abord sentimentale et frivole, dépourvue d'expérience, manipulée par sa famille autrichienne, se jettera dans l'action politique, et tentera désespérément de sauver la monarchie française. On saisit enfin, dans toute sa complexité, le destin tragique de cette jeune femme transfigurée par son supplice." (4e de couverture)

197.          MASSIN (Jean). Robespierre. Club Français du Livre, 1963, in-8°, 318 pp, 19 gravures, biblio, reliure toile brique de l'éditeur, rhodoid, ex. numéroté, bon état. Bien complet du dépliant volant contenant un plan des sections de Paris et 2 cartes

            25

"Jean Massin fait une part importante à l'activité de l'homme politique. Son récit est bien documenté et au courant des nombreuses études qui ont été publiées sur Robespierre (...) Ses conclusions nous semblent fort pertinentes. Quel est le bilan de Robespierre ? demande Jean Massin. « Contre la plus grande partie de la bourgeoisie elle-même, répond-il, Robespierre a conduit à la victoire la Révolution bourgeoise. » « II a sauvé la France de l'invasion étrangère. Il a maté suffisamment la contre-révolution monarchique et aristocratique pour qu'elle devienne impuissante à effectuer aucune restauration durable. Il a poussé la démocratie encore bourgeoise des droits de l'homme jusqu'aux extrêmes limites de l'égalité dont elle est susceptible. Il a amorcé une trajectoire d'égalité sociale et de limitation du droit de propriété qui rendra possible à ses successeurs d'aller jusqu'au socialisme... » II a pour la première fois expérimenté la dictature révolutionnaire." (Jacques Godechot, Annales ESC, 1957)

198.          PIERRE (Constant). Les Hymnes et chansons de la Révolution. Aperçu général et catalogue avec notices historiques, analytiques et bibliographiques. Imprimerie Nationale, 1904, gr. in-4°, xiv-1040 pp, qqs illustrations et partitions dans le texte, copieuses tables en fin d'ouvrage, reliure cartonnée à la bradel de l'éditeur, très bon état (Ville de Paris. Publications relatives à la Révolution française)

            250

Ouvrage de référence, répertoriant 2337 compositions avec notices historiques, analytiques et bibliographiques, recueillies et transcrites par Constant Pierre. Table : prédilection du peuple pour la chanson ; nature, forme et but des chansons de la période révolutionnaire, sujets traités ; les airs ou timbres ; les hymnes ; les documents manuscrits ou imprimés ; les éditions musicales ; les sources bibliographiques ; les collections publiques et privées ; tables alphabétiques des hymnes et chants, des chansons populaires, des airs ou timbres, des auteurs... — "Outre un inventaire chronologique des hymnes et chansons, ce monument procure une bibliographie complète des recueils et imprimés, une préface considérable et tous les index souhaitables. C. Pierre a estimé à trois mille environ les chansons produites par la Révolution française, plus 177 "hymnes" destinés aux fêtes patriotiques. Cela fait en gros une chanson par jour entre 1789 et 1800, mais avec une évolution statistique très diverse : progression moyenne de 1789 à 1792 – de 116 à 325 chansons –, brusque accélération en 1793-1794 – 590 et 701 chansons –, chute brutale en 1795, et ensuite, malgré une reprise en 1795, déclin continu : de 137 chansons en 1795 à 25 en 1800. L'évolution est, on s'en doute, étroitement liée à la conjoncture politique : liberté créatrice de la Révolution, propagande chansonnière d'Etat sous la Convention, méfiance ensuite et contrôle accru jusqu'au 18 brumaire." (François Moureau, Stratégie chansonnière de la Révolution française, 1989)

199.          PIERRE (Constant). Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution française. Oeuvres de Gossec, Chérubini, Lesueur, Méhul, Catel, etc. Recueillies et transcrites par Constant Pierre. Imprimerie Nationale, 1899, gr. in-4°, lxxx-584 pp, partitions dans le texte, copieuses tables en fin d'ouvrage, reliure cartonnée papier beige à la bradel de l'éditeur, très bon état (Ville de Paris. Publications relatives à la Révolution française)

            250

"Cet important ouvrage fait partie de la série historique relative à la Révolution française, publiée par le conseil municipal de Paris. Ce volume est presque exclusivement consacré à la reproduction des partitions musicales. Dans son introduction l'auteur cite l'opinion de M. René Brancour : « Ce magnifique élan d'enthousiasme, ce renouveau grandiose dont la Révolution dota le monde, n'avait guère été étudié dans ce domaine spécial, si riche si intéressant. On se doutait peu, en général, de ce réveil musical – disons mieux – de cette naissance de la musique à la fois solennelle et populaire dont les fêtes publiques furent tout ensemble la cause et l'objet. Les cérémonies de l'antiquité grecque et romaine furent renouvelées sur notre sol, et les Chérubini, les Gossec, les Méhul, que l'on se borne trop souvent à admirer sans les connaître, composèrent des hymnes destinés à être exécutés par les masses chorales et orchestrales, véritablement imposants. » M. Constant Pierre rappelle encore que « c'est à la participation des artistes musiciens de la garde nationale parisienne aux fêtes et aux cérémonies publiques de la période révolutionnaire qu'est due la création du Conservatoire »." (Fr. Funck-Brentano, Revue des Questions historiques, 1900) — Le musicologue Constant Pierre (1855-1918), dont les travaux font toujours autorité, a recensées, recueillies et transcrites les musiques des principaux hymnes et chants de la Révolution française. Appartenant à cette grande génération de découvreurs à l’extrême fin du XIXe siècle et à l’aube du XXe, il a publié ces recueils qui restent toujours si précieux : Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution française (1899) et Les Hymnes et chansons de la Révolution (1904).

200.          REINHARD (Marcel). La Chute de la Royauté. 10 août 1792. Gallimard, 1969, fort in-8°, 652 pp, 24 pl. de gravures hors texte, 7 cartes, index, broché, bande éditeur conservée, rhodoïd, bon état (Coll. Trente journées qui ont fait la France)

            40

"Plus qu'une nouvelle relation historique de la journée du 10 août 1792, c'est une réflexion enrichissante sur la période charnière de la révolution que nous apporte M. Marcel Reinhard. Nourri des recherches les plus neuves, son livre examine successivement la rupture entre le Roi et le mouvement révolutionnaire (p. 15-170), les essais de compromis (p. 171-292), la nouvelle révolution que couronne la grande journée (p. 293-420). Certains chapitres retiendront plus particulièrement l'attention : celui qui est consacré à l'analyse du « royaume sans Roi », celui qui étudie les députés de la nouvelle Assemblée, entre autres, frappent par l'attention aiguë portée aux phénomènes de mentalité. Le livre contient en outre un abondant dossier documentaire, des cartes illustrant la propagation de la nouvelle de l'évasion royale, les opinions politiques après le 20 juin 1792 ; des textes originaux et pleins d'intérêt, une bibliographie, un index. L'ensemble est non seulement utile, mais d'un intérêt incontestable." (Daniel Roche, Dix-Huitième Siècle, 1971) — "Avec cette étude, on pouvait s'attendre à un récit d'une honnête vulgarisation, destiné à faire la synthèse de l'abondante littérature sur le sujet. On se trouve en présence d'un livre neuf, d'un style nerveux et précis qui brasse une documentation considérable puisée fréquemment aux sources d'archives comme l'indiquent quelques notes discrètes, selon l'usage de la collection. Il sera difficile de l'ignorer pour les futures recherches sur la période révolutionnaire." (B. Plongeron, Revue d'histoire de l'Église de France, 1970) — Le grand intérêt du livre, inégalé, de Marcel Reinhard est de publier un certain nombre de documents ainsi que des gravures et des caricatures très bien expliquées ; rappelons que si le livre de Reinhard était consacré au 10 août 1792, l'affaire de Varennes y occupe près de 200 pages de texte et plus de 60 pages d'annexes documentaires ; on y trouve in extenso le texte de la Déclaration du Roi adressée à tous les Français à sa sortie de Paris. Rarement édité, ce texte est fondamental pour comprendre la radicalisation de la pensée de Louis XVI qui réécrit l'histoire en affirmant qu'il avait consenti lors de la séance royale du 23 juin 1789 à la tenue des États généraux dans des formes qu'il réprouvait pourtant. (Annie Duprat, Annales historiques de la Révolution française)

201.          ROBINET (Dr.), Adolphe ROBERT et J. LE CHAPLAIN. Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire (1789-1815). P., Librairie historique de la Révolution et de l'Empire, s.d. (1899), 2 forts vol. gr. in-8°, xliv-839 et 868 pp, texte sur 2 colonnes, reliures demi-percaline havane de l'éditeur abîmées et réparées, un plat recollé, traces de mouillures anciennes au tome 2, état moyen

            60

Environ 4 000 biographies commentées. Important ouvrage rédigé rédigé pour l'histoire générale par le Dr Robinet, pour la partie descriptive et biographique par Ad. Robert, pour les matières constitutionnelles et législatives par J. Le Chaplain. — "Cet ouvrage, très utile et très intéressant, est, à lui seul, une bibliothèque ; Tout ce qui a trait à cette période, qui est la base de notre société contemporaine, y est contenu : hommes et choses. Les articles sont à la fois clairs, précis et attrayants : c’est l’histoire de cette période si féconde mise à la portée de tout le monde. Si vous avez besoin d’être renseigné sur un homme, un fait, un événement de la Révolution et de l’Empire, vous l’êtes immédiatement, tandis qu’avec un livre d’histoire il vous faudrait une heure, et souvent vous ne trouvez pas ce que vous cherchez. Et d’un autre côté, que d’inexactitudes, d’erreurs, de jugements passionnés, vont disparaître en présence de documents rigoureusement contrôlés et certains. Les trois auteurs, qui sont : le savant Dr Robinet, sous-conservateur du musée Carnavalet, si connu par ses nombreux travaux sur la Révolution ; M. Adolphe Robert, auteur du “Dictionnaire des Parlementaires français”, et M. J. Le Chaplain, avocat distingué et instruit, ont fait, avec la collaboration de savants et d’érudits, une oeuvre utile et qui restera." (L'Echo du Merveilleux, 1899)

202.          ROUSSEAU (René). Bagneux sous la Révolution française. Histoire d'une Société Populaire en l'an II de la République. Bagneux, Association d'Histoire locale Les Amis de Bagneux, 1988, in-4° (34 x 24), 192 pp, préface de Michel Vovelle, présentation et commentaires des procès-verbaux de la Société Populaire par René Rousseau, postface de Jean Jacquart, 24 illustrations en noir et en couleurs, dans le texte et à pleine page, fac-similés des procès verbaux p. 125-188, reliure pleine toile rouge éditeur, une vignette en couleurs contrecollée au 1er plat, rhodoïd, bon état. Tirage limité à 2000 ex. numérotés

            35

Publication du registre de délibérations de la Société Populaire. — La création de la Société Populaire de Bagneux en l'an II ; composition sociale ; vie quotidienne de la société ; relations avec la municipalité et les autorités reconstituées ; les émigrés; le problème religieux; la défense de la République ; les séances de la Société Populaire ; fac-similés des procès-verbaux.

203.          ROUSSEL (Philippe). De Cadoudal à Frotté (La Chouannerie de 1792 à 1800). P., Editions de la Seule France, 1962, pt in-8°, 247 pp, 5 pl. hors texte, 2 cartes, broché, bon état, envoi a.s.

            30

"Une première partie (pp. 1-55) traite de la chouannerie dans les Côtes-du-Nord, la seconde est consacrée au Morbihan (pp. 56-143) et la dernière à la Normandie (pp. 144-230). Un appendice reproduit quelques documents et une chronologie, fort utile dans cet ouvrage, si curieusement intitulé de Cadoudal à Frotté, alors que Frotté fut fusillé le 18 février 1800 et Cadoudal guillotiné le 25 juin 1804, ayant accompli ses exploits les plus célèbres après la mort de Frotté ! L’auteur, on s’en doute, est un admirateur de la chouannerie, non sans nuances cependant. Il blâme Puisaye, qu’il considère comme un arriviste, si ce n’est même comme un traître, et il est assez dur pour les princes, et notamment le comte d’Artois." (Jacques Godechot, Annales historiques de la Révolution française, 1965)

204.          SOREL (Albert-Emile). Charlotte de Corday. Une arrière petite fille de Corneille. Hachette, 1930, in-8°, 247 pp, un portrait en frontispice, biblio, broché, dos recollé, état correct (Coll. Figures du passé)

            20

"Charlotte Corday n'apparaît dans l'histoire que pendant une demi-heure : le temps de tuer Marat. Comme Fouquier-Tinville et Montané, l'historien se demande si le meurtre fut inspiré par les Girondins ou les royalistes. Cela seul l'intéresse. Spontané, le geste de Charlotte n'est qu'un fait-divers retentissant. M. A.-E. Sorel le dit spontané. Comme preuves, il apporte, en 240 pages, la vie de « Charlotte de Corday »... et les portraits ou croquis de tous ceux qu'elle approcha : son père, sa domestique, l'abbesse de l'Abbaye-aux-Dames, ses amies, Mme de Bretteville, Barbaroux, Deperret, Marat, Fouquier. La plupart défilent sur le fond vert de la Normandie. (...) On lit ce livre avec plaisir. On suit Charlotte à la ferme des Bois, proche du Mesnil-Imbert, où son père, aigri par le malheur, cache sa pauvreté. Maîtresse de maison à 13 ans, après la mort de sa mère, elle devient élève à l'Abbaye-aux-Dames de Caen où elle étonne ses compagnes par son ironie et son impétuosité et l'aumônier par son ardeur à discuter les dogmes. Très pieuse toutefois, elle songe à se faire carmélite quand îa fermeture des couvents la ramène, en 1791, au foyer paternel. Peu après, nous la retrouvons, sans que son départ ait été expliqué, à Caen, chez une cousine éloignée, Mme de Bretteville, vieillotte et apeurée. Charlotte la scandalise par ses railleries sur les émigrés, parmi lesquels sont ses frères, par son refus de boire à la santé du roi, qui « faible, ne peut pas être bon, ne peut pas empêcher le malheur de son peuple ». Elle rêve d'une République antique et pourtant chrétienne, et l'éloquence des Girondins, athées, l'enflamme... Après deux ans d'ennui près de sa cousine somnolente, elle voit arriver, fugitifs, ces Girondins dont, de loin, elle s'était exagéré la taille. Elle lit leurs proclamations, leurs libelles contre la Commune de Paris, les anarchistes, les Triumvirs. Et, déjà, la mort de Marat, la « bête féroce », le plus terrible de ces anarchistes lui paraît nécessaire..." (Francis Chambon, Revue d’Histoire moderne et contemporaine, 1931)

1er EMPIRE

 

205.          BERTAUT (Jules). Napoléon Ier aux Tuileries. Hachette, 1949, in-8°, 303 pp, broché, couv. illustrée, papier lég. jauni, bon état

            20

"M. Jules Bertaut a suivi l'histoire du Consulat et de l'Empire du point de vue des événements de la cour et de la vie privée de Napoléon : c'est naturellement pittoresque et réjouissant." (Georges Lefebvre, Revue Historique, 1951)

206.          BEULAY (Honoré). Mémoires d'un Grenadier de la Grande Armée (18 avril 1808 - 10 octobre 1815). De la Beauce à l'Oural par la Bérézina et d'Oufa à Ouzouer-le-Doyen. Erpe, De Krijger, 2007, in-8°, xx-256 pp, préface du Commandant Driant (capitaine Danrit), nombreux dessins de Joseph Beulay, notes et documents, broché, couv. illustrée, bon état. Réimpression de l'édition Champion de 1907

            30

Pittoresques mémoires particulièrement savoureux sur la campagne de Russie, mais également sur les campagnes de 1813 et 1814. (Tulard, 149) — "J'aime à me tourner vers ces belles années de ma jeunesse où tous les cœurs vibrant d'un même enthousiasme ne connaissaient rien d'impossible". C'est par ces mots quelque peu mélancoliques que se termine le récit de souvenirs de Honoré Beulay, juge de paix à Ouzouer-le Doyen (près du Mans) et ancien conscrit de 1808. Parti combattre avec la Grande Armée en Russie, il connaîtra les combats de la retraite de Moscou et sera capturé à la Bérézina. Il demeurera alors trois années dans une captivité supportable en Russie, ne revenant au pays qu'en 1815. Son petit-fils qui retrouva et publia cet écrit quelque peu oublié multiplia les recherches et put confirmer par ses investigations le récit de son aïeul. Il retrouva ainsi la famille d'un camarade belge de son grand-père, le médecin militaire Jean-Baptiste Bruggemann (de Turnhout). Les documents de ce conscrit belge, mêlés aux souvenirs fort bien écrits de son frère d'armes français, permettent de retracer les combats et la captivité de ce petit groupe d'hommes de toutes origines et nationalités qui affrontèrent avec courage l'adversité et ne se découragèrent jamais. Même si l'épopée napoléonienne est évoquée ici au niveau du simple « soldat de base », cet ouvrage est précieux dans sa relation sans fard – mais également sans amertume – de la vie de ces jeunes combattants projetés dans un conflit de plus en plus dévoreur en hommes.

207.          BOUDON (Jacques-Olivier). Histoire du Consulat et de l'Empire, 1799-1815. Perrin, 2002, gr. in-8°, 512 pp, notes, chronologie, 7 cartes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Les années 1799-1815, de Brumaire à Waterloo, ont profondément bouleversé le visage de l'Europe. Au milieu du fracas des armes, des victoires puis des défaites militaires, sous la férule d'un Napoléon Bonaparte au pouvoir sans cesse renforcé, une œuvre considérable se construit. La France consolide les acquis de la Révolution et inaugure des institutions dont la longévité surprend encore, dans l'administration, la justice, les finances ou l'école. A côté de la personnalité hors du commun de l'Empereur, une génération d'hommes des Lumières contribue à bâtir l'édifice. C'est à la construction de cette œuvre, fondatrice de la France et de l'Europe modernes, que ce livre s'attache. Mais il donne aussi à comprendre l'originalité d'un régime autoritaire qui n'est pas chez nous sans postérité. Napoléon a réussi en effet à rétablir la monarchie en France sans remettre en cause les principes de 1789, et en s'appuyant sur des soutiens très divers, de l'Eglise à la franc-maçonnerie. La société, dans laquelle l'armée joue un rôle grandissant, se transforme elle aussi durant ces quinze années. Epopée pour les uns, dictature pour les autres, l'époque napoléonienne continue de fasciner les esprits parce qu'elle représente, à tous points de vue, une période exceptionnelle.

208.          BUCQUOY (Commandant E.-L.). Dragons et Guides d'état-major. Les Uniformes du Premier Empire. P., Jacques Grancher, 2000, in-4°, 183 pp, 153 illustrations en couleurs dans le texte et à pleine page, reliure simili-cuir vert-empire de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. Les Uniformes du Premier Empire)

            30

De tout temps, même dans l'Antiquité, les "chefs de guerre se sont efforcés d'adjoindre à leur Cavalerie des troupes moins bien montées mais cependant capables de se déplacer rapidement et de combattre l'Infanterie". Alexandre Le Grand alignait des dimaques, les Romains d'Orient faisaient combattre à pied certains cavaliers dès le VIe siècle. C'est l'apparition de l'arme à feu qui va permettre la création des arquebusiers à cheval, c'est-à-dire les Dragons. Sous la Révolution et l'Empire, l'habit vert et le casque de cuivre des Dragons devinrent célèbres sur tous les champs de bataille, se couvrant de gloire à Austerlitz, à Eylau, à Friedland et à la Moskowa. En 1813 à l'heure des revers, les cavaliers d'épopée, les vieux Dragons d'Espagne brûlés au soleil de l'épreuve semaient la terreur dans les rangs des Autrichiens, des Russes et des Prussiens. Autant les Dragons étaient puissants, autant les Guides issus des Hussards, de tous les Corps de Cavalerie, rapides et fringants comme des guêpes, tourbillonnaient autour des Etats-Majors. Prêts à escorter, à ouvrir la route, à sabrer, à porter un pli urgent à travers le champ de bataille, ils furent prisés par tous les grands de l'Empire. Ces derniers n'aspiraient qu'à posséder leurs propres compagnies chamarrées et élégantes dont la passion du cheval n'égalait que le dévouement et l'amour de la Gloire.

209.          CHAPPET (Alain), Roger MARTIN, Alain PIGEARD et André ROBE. Répertoire mondial des souvenirs napoléoniens. SPM, 1993, fort in-8°, 863 pp, préface de Jean Tulard, qqs illustrations, index, reliure simili-cuir vert éditeur, dos et 1er plat ornés

            70

210.          CLUZEL (Pierre). Napoléon. Fernand Nathan, 1939, in-8°, 160 pp, ouvrage orné de 149 héliogravures dans le texte et de 4 planches en couleurs hors texte, cart. éditeur, une vignette en couleurs contrecollée au 1er plat, bon état

            20

"A la librairie Nathan ont paru récemment deux petits volumes de vulgarisation, très joliment illustrés, qui ne prétendent point renouveler l'histoire ni apporter de précisions inédites, mais qui exploitent les travaux précédemment parus et nous offrent des images assez vivantes. (...) M. P. Cluzel retrace d'une plume légère et vivante, l'extraordinaire carrière de Napoléon." (Combes de Patris, Revue des Etudes historiques, 1939)

211.          FIERRO (Alfred), André PALLUEL-GUILLARD et Jean TULARD. Histoire et Dictionnaire du Consulat et de l'Empire, 1799-1815. Laffont, 1995, fort in-8°, v-1350 pp, 15 cartes, chronologie, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bouquins)

            25

Une statistique a révélé qu'il était paru plus de livres sur Napoléon qu'il ne s'était écoulé de jours depuis sa mort. C'est dire combien est énorme la masse des ouvrages et articles qui lui ont été consacrés. Impossible de tous les posséder. Alfred Fierro, conservateur à la Bibliothèque historique de la ville de Paris, André Palluel-Guillard, professeur à l'Universtié de Chambéry et Jean Tulard, président de l'Institut Napoléon, vous en dispensent en vous offrant : un récit de la période qui va de 1799 à 1815, un tableau du monde à la même époque, montrant les répercussions des guerres napoléoniennes jusqu'en Chine, une chronologie détaillée, un dictionnaire de tous les personnages importants, des institutions, des batailles, des faits de la vie quotidienne..., une vaste bibliographie pour qui veut approfondir un point particulier, et même une filmographie recensant tous les films évoquant la période, enfin un index permettant de retrouver les noms que vous cherchez. Bref, le livre de référence, clair, complet, de consultation rapide et agréable sur l'histoire de la France au temps de Napoléon.

212.          GAUDIN (Martin-Michel-Charles, duc de Gaëte). Mémoires, souvenirs, opinions et écrits du duc de Gaëte, ancien ministre des Finances, ex-député, gouverneur de la Banque de France. Suivi du Supplément aux Mémoires et Souvenirs de M. Gaudin, duc de Gaëte. Armand Colin, 1926, 3 vol. in-8°, viii-336, 599 et 331 pp, brochés, bon état

            150

Réimpression en fac-similé tirée à 1100 ex. numérotés des très rares et très importants mémoires du ministre des finances de Napoléon (P., Baudouin, 1826 pour les tomes I et II, P., Imp. de Goetschy, 1834, pour le troisième volume de “Supplément”). — Cet ouvrage traite presque exclusivement des finances. Martin Michel Charles Gaudin, duc de Gaëte (1756-1841), entra à l'âge de dix-sept ans dans les bureaux des contributions publiques, et fut mis à la tête d'une division de ce service lors du premier ministère de Necker ; nommé, en 1791, l'un des six administrateurs de la Trésorerie nationale, il démissionna lors de la Terreur mais accepta le portefeuille des finances après le 18 brumaire, qu'il conservera jusqu'à la chute de l'Empire. Il réorganisera totalement l'administration du système des finances : reprise de l'opération du cadastre décrétée par l'Assemblée constituante, création de la Cour des comptes, établissement d'un nouveau systême fiscal. Gaudin est le remarquable auteur du système moderne de l'administration des finances. N'étant pas un homme de parti, Louis XVIII lui donna la direction de la Banque de France en 1820, il y restera jusqu'en 1834. — "Ces mémoires sont d'une grande importance pour l'histoire des finances impériales." (Tulard, 600) — Publié en 1826, le premier tome de cet ouvrage est de la plus saisissante actualité. On y voit comment le ministre de Bonaparte, puis de Napoléon, empereur, sut dénouer une crise aussi grave que celle que nous traversons aujourd'hui ; dans le tome second, on trouvera maintes suggestions fécondes du célèbre financier sur la caisse d'amortissement, le monopole des tabacs, etc. ; le troisième et dernier volume, d'un intérêt plus vif encore que les précédents, contient le récit anecdotique du duc de la collaboration du duc de Gaëte avec l'Empereur, et, en appendice, une note encore inédite sur la Banque de France, de la plus vivante actualité. (L'Editeur)

213.          LACHOUQUE (Commandant Henry). Iéna. Editions Guy Victor, 1962, gr. in-8°, 320 pp, préface du prince Achille Murat, 28 pl. de gravures hors texte, gravures et croquis de bataille dans le texte, une carte dépliante hors texte, biblio, index, cart. éditeur, gardes illustrées, jaquette illustrée, bon état

            35

Ouvrage de qualité, de par la compétence de l'historien, la minutie des recherches, la parfaite compréhension de la technique militaire qui rendent le déroulement de cette bataille, passionnant et lumineux. — "Iéna est ici étudiée de façon vivante." (Jean Tulard, “Napoléon ou le mythe du sauveur”, 1987)

214.          LAVAUX (Sergent). Mémoires de campagne (1793-1814). Arléa, 2004, in-8°, 195 pp, présentés par Christophe Bourachot, note complémentaire par Alfred Darimon, annexes, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Parmi les différents mémoires de soldats, sous-officiers et officiers de l'Empire, ceux de François Lavaux appartiennent à la veine des Coignet, ou des Bourgogne, en ce sens qu'ils constituent un témoignage au plus près du terrain, loin des états-majors ; c'est dire qu'ils sont empreints d'un réalisme qui, allié à la violence des batailles, atteint dans l'échelle de l'horreur un degré inégalé. En outre, comme Coignet dans ses Cahiers, Lavaux décrit son enfance par le menu, ce qui nous offre un pittoresque tableau des mœurs rurales – particulièrement coloré pour ce qui concerne les coutumes matrimoniales. Mais le récit de François Lavaux est surtout remarquable par sa relation de la guerre d'Espagne, guerre sale s'il en fut, où les atrocités, dans les deux camps, nous emportent loin de la gloire des combats et de la noblesse des guerriers. Les villes entières passées par les armes, avec hommes, femmes, vieillards, enfants, la haine qui dicte aux Français comme aux Espagnols les vengeances les plus méthodiquement sanguinaires, tout, dans cette tuerie sans fin, semble nous parler de temps, de pays et d'êtres inventés par un fou.

215.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). En suivant l'Empereur. Autres croquis de l'Epopée. Grasset, 2007, in-12, 292 pp, 4 gravures hors texte, broché, couv. illustrée, non coupé, bon état (Coll. La petite Histoire, 7)

            20

Imagine-t-on le placide Louis XVI, signant, le 1er septembre 1785, à Saint-Cloud, le brevet de lieutenant du jeune Napoleone Buonaparte ?...

216.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Napoléon, croquis de l'Epopée. Grasset, 1962, in-12, 286 pp, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. La petite Histoire, 1)

            20

"Je crois bien qu'il ne faut marquer aucune différence entre la petite et la grande Histoire il y a uniquement l'Histoire, chargée de nous retracer les événements du passé et de tirer de ces événements des enseignements utiles. Or, si nous regardons la liste des ouvrages de M. G. Lenôtre, je ne vois pas en quoi la Captivité et la mort de Marie-Antoinette, les Massaçres de Septembre ou son étude sur le château de Rambouillet en attendant celle qui sera consacrée au palais des Tuileries ne sont pas des livres d'histoire curieux et prenants au même titre qu'un tas d'autres volumes que personne n'ouvre plus et qui ont eu cependant la prétention d'éclairer notre religion. Ce qui est exact, c'est que M. G. Lenôtre a créé un genre spécial aussi éloigné de l'histoire romancée que de l'histoire pédantesque. En compulsant les archives, en remuant les dossiers, M. G. Lenôtre s'est aperçu que la vie ne demandait qu'à sortir de ces documents jaunis et poussiéreux. Il s'est mis à l'œuvre, répétant, sans se lasser, que les hommes ne changent guère et que les « géants » de la Révolution et de l'Empire, par exemple, étaient animés des mêmes sentiments et possédaient les mêmes passions que les hommes d'aujourd'hui, Il a donc rapproché de nous ces héros qui ne nous étaient point familiers, et à mesure que nous contemplions leur visage, leur âme se dévoilait à nos yeux, et nous comprenions leur attitude et leur état d'esprit, et selon les cas, en connaissance de cause, nous approuvions ou nous blâmions leur conduite, M. G. Lenôtre a rendu un service immense à la pensée française en débarrassant l'histoire d'une foule de considérations oiseuses dont on se plaisait à l'encombrer, et en lui restituant ses traits caractéristiques de mouvement et de pittoresque, inséparables de ses éléments de vérité et d'humanité. Le volume de M. G. Lenôtre sur Napoléon nous montre que si nous n'ignorons pas les lignes générales du règne de l'Empereur, par contre les anecdotes, contées ici avec tant de verve et tant de charme, nous permettent de saisir les conceptions du puissant souverain et de nous adapter le mieux du monde à sa manière de vivre. Les détails abondent sur la jeunesse de Napoléon à Brienne (où il vint, en mai 1779, en qualité d'élève à l'école militaire ; en mai 1805, avant de descendre en Italie pour ceindre à Milan la couronne des rois lombards en janvier 1814, pendant l'angoissante campagne de France), sur la façon de voyager de l'Empereur (voir le récit de sa courte visite nocturne à Fontenay, en Vendée), sur ses goûts en musique (durant ses moments de bonne humeur, il chantait faux, et à plein gosier, un air du Devin du Village et attaquait la Marseillaise), sur ses conversations, à l'île d'Elbe, avec son fidèle ami Pons, sur les dernières minutes du désastre de Waterloo alors que, vaincu, Napoléon se décide à regagner la route de Paris. Le livre refermé, on ne peut pas s'empêcher d'admirer le pouvoir de résurrection de M. G. Lenôtre. En quelques pages, en effet, le nouvel académicien campe une série de silhouettes du grand capitaine qui, malgré ses fautes, restera un insigne chef de guerre et un organisateur de génie, car il a refait la « cohésion nationale », et a pu s'éteindre en ayant confiance dans l'histoire, puisque, selon les paroles de Gambetta, « quand c'est d'elle qu'on attend le jugement suprême, les diffamations et les calomnies passent sans vous effleurer »." (Le Figaro)

217.          LIGNE (Charles-Joseph, Prince de). Fragments de l'histoire de ma vie. Publiés par Félicien Leuridant. Plon, 1928, 2 vol. in-8°, lxxiii-324 et 426 pp, introduction par Edouard Chapuisat, 6 planches hors texte (2 portraits, 3 fac-similés et une gravure), index, brochés, couv. lég. abîmées, sinon bon état (Tulard, 905)

            50

Mémoires en grande partie inédits. — "... La découverte récente, par M. Ed. Chapuisat, du ms. S chez les héritiers de Cotta a permis à M. Félicien Leuridant, l'infatigable directeur des “Annales Prince de Ligne”, de nous donner enfin l'édition intégrale de cette vaste autobiographie à bâtons rompus. Il a naturellement pris pour base le ms. de Stuttgart, seul complet. Mais il l'a collationné sur les autres copies et augmenté, au besoin, des quelques fragments qui se trouvent y manquer. Nous lui devons de la sorte la publication la plus importante dont ait depuis longtemps fait l'objet le charmant auteur des “Mélanges” fameux. Importante avant tout par le nombre respectable de pages qu'elle joint à son œuvre. Si une grande partie du tome I nous était connue déjà, le tome II tout entier ne comprend guère que des inédits, et l'étendue de ces souvenirs s'en trouve plus que quadruplée. (...) Le portrait qu'a voulu nous léguer de lui l'auteur de ces “Fragments” se trouve de la sorte enrichi de cent traits nouveaux et de mille détails inédits. On ne pourra plus guère écrire l'histoire de la cour et de la société de Vienne entre 1790 et 1814 sans au moins le consulter. En ce qui concerne l'auteur même, il se borne à préciser ou à accentuer certaines tendances déjà souvent notées chez lui. Le penchant à la galanterie, par exemple. Ces cahiers abondent en amoureux larcins lestement confessés, et à un âge où ils n'ont plus l'excuse de la jeunesse (Voir, rien que dans le tome II, p. 78, 81, 137, 214, 216, 219, 255, 286, 340, 372). Décidément, il y avait, chez ce gentilhomme, un coin de Casanova, ou du moins de Lauzun, et il était bien de son XVIIIe siècle. Ces “Fragments” nous obligent aussi à hausser de quelques degrés l'ardeur de sa gallophobie. On savait par ailleurs qu'il n'avait jamais pu pardonner à la France ni la Révolution, qui l'avait ruiné, ni la mort de Marie-Antoinette, « la charmante, l'infortunée reine » qu'on ne pouvait voir « sans l'adorer. » Mais on n'eût pas cru que cette aversion s'exagérât jusqu'à devenir une sorte de dégoût haineux. Ceux qu'il se plaisait jadis à fréquenter ne sont plus pour lui que « les horribles Français » (II, 7). On pense bien que les victoires de Napoléon n'aident en rien à une réconciliation. Le nouvel empereur, Ligne le considère avec une sorte de stupeur jalouse, où une admiration involontaire le dispute à la fureur. C'est à ses yeux un « sorcier » (II, 69), un « homme-démon » (II, 65), un· « tremblement de terre » (II, 138), ou encore « Satan Ier » (II, 148). Il l'abhorre au point de refuser obstinément, malgré les instances de son ami Narbonne, de se laisser jamais présenter à lui, encore qu'il ne supporte pas qu'on affecte de le mépriser. Il est vrai qu'avec tout cela il aide de son mieux au mariage de Marie-Louise (II, 222). Mais c'est chez lui pure politique. Le texte que nous offrent ces deux volumes est soigneusement établi et généralement sûr. L'annotation, volontairement sobre, est suffisante et bien conçue." (Gustave Charlier, Revue belge de philologie et d'histoire, 1928) —"Un des esprits les plus brillants du XVIIIe siècle, le prince de Ligne donne une excellente description du monde d'Ancien Régime, quelques notations sur l'Empire, mais se tait pudiquement sur la Révolution." (Fierro, 913) — "Retenir les chapitres XXX (Napoléon à Vienne en 1805), XXXIV (la guerre de 1809), XXXVIII-XL (le mariage de Marie-Louise), XLV (le désastre français de 1812 vu de Vienne). Excellent témoignage sur la société de Vienne au temps de l'Empereur François." (Tulard, 905).

218.          LUCAS-DUBRETON (J.). Le Maréchal Ney, 1769-1815. Fayard, 1941, in-12, 345 pp, biblio, reliure postérieure demi-basane mordorée, dos à 3 larges nerfs soulignés à froid, titres dorés, couv. conservée, bon état (Coll. Les Grandes études historiques)

            30

"Une biographie renseignée et agréable à lire." (G. Lefebvre, Revue Historique, 1946)

219.          LUDWIG (Emil). Napoléon. Payot, 1929, in-8°, 582 pp, traduit de l'allemand, préface de Henry Bidou, 16 héliogravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

            25

"Journaliste et écrivain allemand, Emil Ludwig (1881-1948) était très apprécié de Stefan Zweig, cet autre grand spécialiste de l’âme humaine. Il est l’auteur de nombreuses biographies, mais ce Napoléon est son chef-d’oeuvre. La biographie d’Emil Ludwig se distingue par une approche qui passe au crible la psychologie de son personnage. Il révèle, à titre d’exemple, que l’orgueil légendaire de Napoléon serait l’orgueil d’un humilié et trouverait sa source dans les frustrations de la pauvreté du jeune Buonaparte. Il faut se souvenir en effet que durant ses années d’études à l’école militaire, il était l’objet de railleries en raison de l’usure de ses vêtements ; imaginer la rancune que peut nourrir un coeur et le besoin de réussite qui peut naître d’un désir de revanche. Se décrivant comme « un homme qu’on tue mais qu’on n’outrage pas », il aura soin de savourer sa revanche des années plus tard ; « satisfait de voir s’incliner devant lui ceux-là mêmes qui jadis, à l’École de la guerre, blessaient par leur insolence son cœur de cadet pauvre ». Ludwig explique également le talent de stratège du général Bonaparte par le goût très prononcé de ce jeune cadet pour les mathématiques, les chiffres et la géographie. L’auteur éclaire, de même, d’un jour nouveau la vie sentimentale de l’empereur en rapportant de nombreux extraits de sa correspondance avec Joséphine, mais aussi un extrait des Lettres corses de sa jeunesse, dans lequel il confie que le sentiment amoureux est de nature à faire « plus de mal que de bien » et qu’il est utile de s’en affranchir. C’est précisément ce qui explique qu’il n’avait aucune expérience des femmes avant de rencontrer l’épouse du vicomte de Beauharnais... et qu’il l’a aimée d’autant plus que, jusque-là, il avait vécu sans femmes ; qu’il l’a aimée au point de souffrir de son absence sur les champs de bataille et d’en perdre le sommeil. (...) En plus d’offrir une analyse psychologique qui recouvre tous les aspects de la personnalité de l’empereur sans pour autant être ardue, cette biographie regorge de détails amusants qui constituent la petite histoire, laquelle donne tout son piquant à la grande. Lire le Napoléon d’Emil Ludwig après avoir lu tout ce qui a déjà été écrit sur lui, c’est un peu comme relire Le Petit Prince à l’âge adulte après l’avoir lu enfant ; c’est découvrir le sens caché d’une même histoire. Un incontournable pour les esprits napoléoniens, un délice pour les esprits curieux." (Lamia El-Saad, 2012)

220.          MARBOT (Jean-Baptiste Antoine). Mémoires du général baron de Marbot. Plon, s.d. (1930), 3 vol. pt in-8°, xii-390, 495 et 446 pp, index, reliures demi-basane noire, dos à 5 faux-nerfs guillochés, palettes dorées en queue, titres, tomaisons et symboles napoléoniens dorés, têtes dorées (rel. de l'époque), coiffes et mors frottés, sinon bon état

            120

I. Gênes, Austerlitz, Eylau ; II. Madrid, Essling, Torrès-Védras ; III. Polotsk, La Bérésina, Leipzig, Waterloo. — « Je l'engage à continuer à écrire pour la défense et la gloire des Armées françaises et en confondre les calomniateurs », écrivait Napoléon dans son testament. Ainsi les Mémoires de Marbot sont l'épopée des guerres napoléoniennes, de la campagne d'Italie à Waterloo en passant par la Bérésina, vécue par un homme d'action, né soldat, porté aux actes de bravoure, assez réaliste pour conserver en toute circonstance sa simplicité, sa verve et sa franchise. À l'égard de Napoléon, il est d'une fidélité critique et lucide. Il n'admet aucune faiblesse ordinaire ou politique. Il dénonce vivement ses erreurs et son népotisme. Marbot est surtout un remarquable chroniqueur. Ses récits des batailles (Austerlitz, Iéna, Wagram...), par une suite d'images fortes, rapides et colorées, cumulent la clarté de la vision d'ensemble et l'intensité du fait vécu. — "Les plus populaires des mémoires d'Empire." (Tulard, 952)

221.          MARCHAND (Louis Joseph). Mémoires de Marchand, premier valet de chambre et exécuteur testamentaire de l'Empereur, publiés d'après le manuscrit original par Jean Bourguignon. Tome I : L'Ile d'Elbe. Les Cent-Jours. Plon, 1955, in-8°, xvii-276 pp, préface par Jean Bourguignon, 9 gravures et fac-similés sur 10 pl. hors texte, notes, broché, jaquette illustrée, bon état

            30

Tome I seul (sur 2), le tome II traite de Sainte-Hélène. — "Comme Gourgaud et Bertrand, Marchand avait pris des notes quotidiennes qu'il a mises en forme à l'intention de sa fille. Sa narration débute à l'entrée au service de l'Empereur en 1811, mais l'intérêt s'éveille surtout à partir du séjour à l'île d'Elbe. Marchand ne quittera plus Napoléon. Authentiques, ces mémoires, de tout premier ordre, sont enrichis par un très bon appareil critique dû à Jean Bourguignon et à Henri Lachouque." (Tulard, 954)

222.          MARTINEAU (Gilbert). Pauline Bonaparte, Princesse Borghese. France-Empire, 1986, in-8°, 246 pp, 12 pl. de gravures et portraits hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Pauline Bonaparte (1780-1825), née Maria-Paoletta, est la seconde fille de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino. Sa beauté remarquable lui vaut de nombreux prétendants dès son adolescence, tels le controversé commissaire extraordinaire du Directoire Stanislas Fréron ou le général Duphot. Mais c’est au brillant général Victor-Emmanuel Leclerc que Napoléon décide de la marier en 1797. Lorsque celui-ci est nommé commandant en chef de l’expédition de Saint-Domingue en octobre 1801, avec pour mission de réprimer l’insurrection de l’île, son épouse et leur fils Dermide (né en 1798) l’accompagnent. Quoiqu’elle ne fasse pas preuve d’une grande fidélité conjugale, Pauline est profondément affectée par la mort de son mari un an plus tard, lors de l’épidémie de fièvre jaune qui fauche une grande partie du corps expéditionnaire. Bien avant d’adopter une politique matrimoniale destinée à fédérer le nouvel Empire d’Occident, Napoléon, obligeamment secondé par sa sœur, va faire d’elle un instrument de conquête diplomatique en la mariant au prince Camille Borghèse, chef d’une des plus grandes familles romaines, en novembre 1803. Princesse, elle ne cesse pas pour autant d’être une aventurière sentimentale...

223.          MAURY (René) et François de CANDÉ-MONTHOLON. L'énigme Napoléon résolue. L'extraordinaire découverte des documents Montholon. Albin Michel, 2000, in-8°, 232 pp, fac-similés en annexes, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Que s'est-il réellement passé à Sainte-Hélène ? Napoléon a-t-il été empoisonné et par qui ? Depuis des années la controverse fait rage. Or, voici que, miraculeusement, François de Candé-Montholon, descendant de l'ancien compagnon d'exil de l'Empereur, vient de retrouver des archives inédites et sensationnelles : les lettres échangées entre son aïeul et Albine, son épouse repartie en Europe après avoir été, un temps, la maîtresse de Napoléon à Sainte-Hélène, ainsi que leurs journaux secrets respectifs. Dès lors, les hypothèses deviennent de quasi certitudes. Comme René Maury l'avait démontré dans “L'Assassin de Napoléon” (1994), Montholon a bien versé l'arsenic dans le vin de Napoléon. Quels étaient ses motivations et son objectif ? C'est à une véritable enquête policière qu'est convié le lecteur, une enquête qui met au jour une bouleversante histoire d'amour, un amour passionné et désespéré.

224.          ROSTOPCHINE (Antoine de). La vie très inconvenante de Napoléon Bonaparte. Balland, 1983, in-8°, 176 pp, biblio sur les principaux personnages, broché, couv. illustrée à rabats, pt tache au 1er plat, bon état

            20

Derrière l'image du Napoléon que tous les Français ont rencontré à l'école, il y a un homme moins officiel et plus passionnant : le Napoléon amoureux. Sa toute première initiation est faite par une prostituée. Il y aura ensuite Joséphine. Respectueux de la vérité historique, l'auteur a donné libre cours aux fantasmes napoléoniens que l'histoire par pudeur, n'avait pas osé révéler.

225.          SAINT-ELME (Elzima van Ayl de Jonghe, dite Ida). Mémoires d'une contemporaine, ou Souvenirs d'une femme sur les principaux personnages de la République, du Consulat et de l'Empire. P., Ladvocat, 1827-1828, 4 vol. in-8°, 416, 385, 408-vij, 398-vij, 392, 400-iv, 404-iv et iv-430 pp, 8 tomes reliés en 4 volumes, bien complet des 2 portraits hors texte (au volume VIII : un portrait dessiné par Devéria et gravé sur acier d'Ida en 1828, un autre gravé au trait, où elle apparait nue à 19 ans, "à l'Antique"), index, reliures demi-percaline gris-clair, dos lisses avec fleuron, date et double filet doré en queue, pièces de titre basane vermillon, couv. conservées, qqs rousseurs, bon état. Edition originale en 8 volumes, seul complète. Toutes les éditions ultérieures sont abrégées

            200

Ida de Saint-Elme ou Sainte-Edme, surnommée La Contemporaine, était une courtisane, née à Vallombreuse en 1778 et morte à Bruxelles en 1845. Elle fut longtemps actrice et dut sa célébrité à quelques liaisons avec des personnages célèbres de la Révolution et de l'Empire, comme Murat. Elle fut longtemps la maîtresse du général Moreau, puis celle de Ney, et servit même la police secrète du Premier Empire. Ces mémoires putatifs lui apportèrent une certaine notoriété en son temps. La publication suscita envers la Contemporaine un certain nombre de réactions, libelles et procès auxquels elle répondit. (Quérard, Supercheries I, 782, qualifie l'ouvrage de très spirituel, très amusant et très productif - Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour... III, 151 ; voir aussi Tulard, 1299 : "Souvenirs de la célèbre aventurière qui faillit épouser Moreau, fut la maîtresse de Ney et servit dans la police secrète du Premier Empire.")

226.          SUTHERLAND (Christine). Marie Walewska, le grand amour de Napoléon. Perrin, 1981, in-8°, 309 pp, traduit de l'anglais, 16 pl. de gravures hors texte, une carte, reliure skivertex havane de l'éditeur, demi-jaquette illustrée, rhodoïd, bon état

            25

Né en 1786 (et non en 1789 comme le mentionnent les dictionnaires), mariée à dix-sept ans au comte Walewski, qui avait cinquante ans de plus qu'elle, Marie Walewska subit la pression du prince Joseph Poniatowski, de son propre mari et finalement de toute la société de Varsovie pour qu'elle cède, en 1807, dans l'intérêt de la Pologne, au désir de Napoléon. Elle résista, mais l'empereur profita, semble-t-il, d'un évanouissement pour abuser d'elle. Non seulement Marie pardonna, mais elle devint une maîtresse aimante et lui donna un fils, Alexandre, en 1810, ce qui le détermina à répudier Joséphine pour "épouser un ventre" qui lui donnerait un héritier. Fidèle jusqu'au bout à l'Empereur, Marie lui rendra visite à l'île d'Elbe en compagnie de son fils et le retrouvera une dernière fois à La Malmaison après Waterloo.

227.          SWANTON (Armand Justin). Une année de captivité en Courlande. Relation inédite d'un officier français prisonnier de guerre des Russes, Août 1813 - Novembre 1814. La Ferté-Vidame, Editions Les Temps neufs, 2015, in-8°, 90 pp, présentation historique et carte de l’itinéraire suivi par l’éditeur, 8 pl. d'illustrations hors texte en couleurs (dont 3 cartes), 3 croquis dans le texte, index, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale sur papier courant tirée à 515 ex. seulement

            15

Pendant la campagne d’Allemagne de 1813 consécutive à la « retraite de Russie » par la Grande Armée à la fin de l’année 1812, l’officier français d’origine irlandaise Armand Swanton (1792-1844) est fait prisonnier par les Russes à l’âge de vingt ans. Commence alors une marche forcée de mille kilomètres à travers la Prusse sur les actuels territoires polonais, russe et lituanien. En deux mois, il est conduit sous escorte militaire en Courlande, cet ancien duché, aujourd’hui letton, rattaché à l’empire russe en 1795. Par la bienveillante hospitalité d’un « baron balte » allemand, il y découvre, au lieu de la brutalité russe qu’il redoute, une vie douce et policée, d’où naîtra bientôt la passion pour l’une de ses filles. À son retour en France, voilà deux siècles, il fait récit de ses péripéties : la bataille de Löwenberg du 19 août 1813 en Saxe, l’humiliation de la capture le 1er septembre, la pérégrination contrainte en territoire ennemi, la rétention en Courlande – à l’hôpital puis chez le baron – et le chemin contraire vers le pays natal en 1814. Pour se souvenir et exorciser d’opiniâtres démons... Une aventure militaire et amoureuse de jeunesse contée à la première personne dans un style plaisamment désuet, illustrée de la main de l’auteur et caractéristique du moment romantique. Armand Swanton est le frère de Louise Swanton-Belloc, première biographe française de Byron et traductrice de ses “Mémoires”.

228.          THIERS (Adolphe). Histoire de la Révolution française (10 tomes) – Histoire du Consulat et de l'Empire (20 tomes). P., Lecointe et Paulin, Furne, Jouvet et Cie, 1834-1874, 30 vol. in-8°, l'Histoire de la Révolution illustrée avec 95 gravures sur acier hors texte, notes et pièces justificatives, une grande carte dépliante du théâtre de la campagne de 1796 et la table alphabétique de matières à la fin du tome 10 ; 75 gravures hors texte pour l'Histoire du Consulat et de l'Empire, reliures demi-veau glacé fauve, dos à 4 petits nerfs filetés et caissons dorés, pièces de titre et de tomaisons veau glacé noir (rel. de l'époque), dos lég. frottés, un coin abîmé au tome 2 de l'Histoire de la Révolution, traces de mouillures marginales anciennes, rousseurs, bon état

            600

Les deux oeuvres majeures d'Adolphe Thiers dans une reliure uniforme, ce qui n'est pas si courant. Bon exemplaire, auquel on joint le rare “Atlas de l'histoire du Consulat et de l'Empire”, dressé et dessiné par A. Dufour et Th. Duvotenay sous la direction de M. Thiers, contenant 66 cartes gravées par Ch. Dyonnet (complet : carte de la Souabe, de la Suisse et du Piémont ; plan du Kaire ; carte de la Vallée du Danube ; plan de la baie d'Algésiras ; carte générale de l'Allemagne ; carte générale de la Manche ; plan de bataille de Trafalgar ; carte des Alpes ; plan du champ de bataille d'Austerlitz ; plan des champs de bataille d'Iéna et d'Awerstaedt ; plan des environs de Vienne ; plan du champ de bataille de Waterloo ; etc.), Bruxelles, Méline, Cans et compagnie, 1860, in-4° à l'italienne, reliure demi-vélin époque, dos lisse avec palettes dorées, pièce de titre basane acajou, dos lég. abîmé, bon état

229.          TULARD (Jean). Joseph Fouché. Fayard, 1998, in-8°, 496 pp, biblio, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

            20

Joseph Fouché (1759-1820) fascine toujours aujourd'hui parce qu'il fut un acteur de premier plan durant plus de vingt années d'une densité exceptionnelle (ses deux grands rivaux ne s'appelèrent-ils pas Robespierre et Napoléon ?) et qu'il fut l'inventeur de la police politique. Il n'eut pas son pareil pour "vouloir être de tout", comme le déclara un jour l'Empereur, pour occuper le devant de la scène à tout prix ("l'intrigue [lui] était aussi nécessaire que la nourriture"). Ne pouvant se résoudre à rester au second plan, il se singularisa durant la Terreur par un comportement particulièrement sanguinaire comme représentant en mission à Nevers et à Lyon ; il fut ensuite l'un des inspirateurs du complot contre Robespierre le 9 Thermidor ; le 13 vendémiaire, il prodigua ses conseils à Barras mais l'abandonna le 18 brumaire. Ministre de la Police de Napoléon, il se délectait à démêler les fils des intrigues jacobines ou royalistes. Disgracié à deux reprises pour avoir manifesté une fidélité à éclipse au régime et au souverain, il intrigua un peu plus tard auprès de Murat, roi de Naples, pour le détacher de Napoléon. La confusion des Cent-Jours le combla par les occasions qu'elle lui donna de multiplier les manœuvres, et il parvint un temps à devenir le ministre de la Police de Louis XVIII lui, le régicide, avant de mourir en exil, riche à millions.

230.          TULARD (Jean). Les Vingt jours (1er-20 mars 1815) : Napoléon ou Louis XVIII ? Fayard, 2001, in-8°, 284 pp, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            20

Face au retour de Napoléon échappé de l'île d'Elbe et débarqué à Golfe-Juan le 1er mars 1815, quels furent les états d'âme d'un préfet ou d'un général, d'un maire ou d'un officier de gendarmerie placés devant leurs responsabilités et ne disposant que d'informations fragmentaires et tardives, souvent déformées par la rumeur et la propagande ? Pour eux, où est le droit ? Où est l'honneur à défaut du droit ? Plus prosaïquement, en cas de mauvais choix, ne faut-il pas prévoir la mort, la prison ou l'exil ? Rester neutre ? Difficile. Gagner du temps pour se rallier ensuite au vainqueur ? Solution sage sinon honorable, mais dans de nombreux cas impossible. Il faut se décider dans la minute. Ce livre évoque ceux qui furent placés par leur conscience devant le devoir d'obéissance, le respect d'un serment, l'intérêt du pays... ou leur propre intérêt. La crise dura vingt jours. Vingt jours dont les conséquences pèsent encore sur nous.

231.          TULARD (Jean). Murat ou l'éveil des nations. Hachette, 1983, in-8°, 252 pp, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

"Une des pièces maîtresses du Grand Empire a été le royaume de Naples de Joseph Bonaparte, puis de Murat. Personnage attachant, Murat a suscité de nombreuses biographies, souvent romancées. Celle de Jean Tulard est scientifique, sans être trop pesante. Tulard a été séduit par son personnage. Il y voit le symbole de l'ascension du Tiers-Etat conquérant. A la différence de Bonaparte qui était, en effet, un petit noble pauvre, qui aurait pu, sans la Révolution, devenir général, Murat appartenait à la paysannerie aisée, et sans les réformes de 1789 il n'aurait pas, pu dépasser le grade de bas-officier. La moitié du livre exactement (126 pages sur 252) concerne Murat roi de Naples. Grâce aux Archives de Murat qui sont actuellement accessibles, Jean Tulard peut dresser un bilan équitable de la vie de Murat : II a compris, avant Napoléon, qu'on ne pouvait construire l'Europe sur la seule force. Il a senti la puissance des nationalismes en gestation, il a eu la vision, avant beaucoup d'autres, d'une inéluctable unité de l'Italie. Jean Tulard reconnaît ainsi à Murat une capacité politique que lui déniaient en général, ses précédents biographes. Si Murat a trahi Napoléon, il n'a trahi ni le royaume de Naples, ni l'Italie. C'est par ces considérations que le livre de Jean Tulard marque son originalité." (Jacques Godechot, Annales historiques de la Révolution française, 1983)

De 1815 à 1914

 

232.          AGULHON (Maurice). Le Cercle dans la France bourgeoise, 1810-1848. Etude d'une mutation de sociabilité. Armand Colin, 1977, gr. in-8°, 108 pp, notes, sources et références, broché, bon état (Coll. Cahiers des Annales)

            20

Le cercle est pour la France ce qu'est le club dans l'univers britannique. L'époque étudiée ici est celle où il apparaît puis se répand dans notre pays. Avant d'être adoptée, cette innovation a un peu inquiété parce qu'elle parut d'abord liée au genre de vie et à la conception du monde de la bourgeoisie libérale. De plus, le cercle (en principe société d'agrément) était la plus pratique des formes licites de la vie d'association, ce qui fit qu'on l'utilisa parfois à d'autres fins. Envisagé sous cet angle, ce chapitre d'histoire de la vie quotidienne ouvre quelques horizons sur l'histoire de la culture et même sur celle de la politique dans le demi-siècle qui forme transition entre la chute de l'Ancien Régime et l'avènement de la démocratie moderne.

233.          BAC (Ferdinand). Mérimée inconnu, avec un portrait inédit hors-texte. Hachette, 1939, in-12, 248 pp, un portrait en frontispice, broché, bon état

            25

Les propos de Mérimée que nous publions ici pour la première fois, ont été recueillis au hasard des rencontres, de 1854 à 1868 directement par mon père ; et ensuite par moi-même à partir de 1880, grâce à quelques amis et survivants qui ont bien voulu me communiquer leurs souvenirs personnels sur l'auteur de Colomba : le général Fleury surtout et Arsène Houssaye. Ces propos, on les considéra longtemps comme n'étant pas de nature à être publiés en raison de leur caractère intime...

234.          BARRET-DUCROCQ (Françoise). L'amour sous Victoria. Sexualité et classes populaires à Londres au XIXe siècle. Plon, 1989, in-8°, 270 pp, annexes, biblio, broché, couv. illustrée, tranche lég. salie, bon état

            25

Voici un livre qui bouleverse bien des idées reçues, et éclaire de façon nouvelle les mours victoriennes. L'auteur a pu reconstituer la vie sexuelle du peuple anglais du XIXe siècle, grâce aux archives (maintenant inaccessibles) de l'hôpital londonien des Enfants-Trouvés. Elle nous livre les aveux des femmes du peuple sur l'amour, le sexe, le plaisir. On découvre, ainsi, comment se courtisaient, s'aimaient, se séparaient les Anglaises et les Anglais des classes populaires. Ces confessions résonnent fort différemment des dénonciations horrifiées des réformateurs des moeurs sexuelles populaires.

235.          BEAUSSANT (Claudine). La Comtesse de Ségur, ou l'enfance de l'art. Laffont, 1988, in-8°, 317 pp, 8 pl. de gravures et portraits hors texte, généalogies des Rostopchine et des Ségur, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

La Comtesse de Ségur n'est pas ce que vous croyez. Finie la bonne vieille grand-mère, finie la bagnarde de la littérature enfantine, finie la bourgeoise confite en dévotion, finie aussi la sadique obsédée chère aux petits-enfants de Freud. Voici une femme, dans sa richesse et son ambiguïté. dans sa modernité, surtout. Née en 1799 dans une des plus grandes familles russes, exilée en France à dix-sept ans, mariée à vingt au comte de Ségur, play-boy qui ne cessera de la tromper que pour lui faire des enfants et dont la famille rougit quelque peu des bévues mondaines, du caractère impétueux et excessif de la jeune Slave, Sophie de Rostopchine est, comme toutes les immigrées, un personnage décalé. Elle habite son milieu, sa condition et son époque, mais en porte-à-faux- d'où, peut-être, le recours à la création littéraire.

236.          BERTIER de SAUVIGNY (Guillaume). Les Titans du capitalisme américain. Plon, 1992, in-8°, 386 pp, préface de Claude Fohlen, 8 pl. de gravures et photos hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

"La série de 18 monographies consacrée par G. de Bertier à de grands entrepreneurs américains du XIXe siècle s'inscrit dans l'histoire traditionnelle du capitalisme américain. L'auteur a le souci de situer son sujet dans le cadre d'une société où l'argent est un critère majeur dans l'appréciation de la position sociale d'un individu. Ses portraits, rédigés dans un style alerte, n'en sont pas moins émaillés de nombreux jugements de valeur qui tendent à étayer l'image des “robber barons” diffusée par les “muckrackers” du début de ce siècle. Ces monographies ont le mérite de mettre à la portée d'un large public de langue française quantité d'informations utiles et parfois pittoresques sur des personnages dont le nom reste dans la mémoire au travers d'entreprises (Morgan), de fondations (Rockefeller, Carnegie), de musées (Guggenheim, Frick), voire de marques publicitaires (Heinz). Le lecteur y fera ample moisson sur la mythologie du self-made man si profondément enracinée dans la mentalité américaine." (Ginette Kurgan-van Hentenryk, Revue belge de philologie et d'histoire, 1995)

237.          BLANCHE (Jacqueline). Thérésa, première idole de la chanson française (1837-1913). La Fresnaye-sur-Chédouet, chez l'Auteur, 1981, in-8°, (10)-185-(12) pp, 34 gravures et photos sur 16 pl. hors texte, biblio, broché, couv. illustrée insolée, bande éditeur conservée, bon état

            25

Emma Valladon, dite Thérésa, est une chanteuse de cabaret française. Surnommée par certains « la muse de la voyoucratie » et « la diva du ruisseau » en raison de ses origines modestes, elle est considérée comme l'une des artistes à qui l'on doit la naissance de l'Industrie du spectacle en France. À 19 ans, elle commence à se produire dans plusieurs café-concerts parisiens. Elle se fait connaître vers 1863 lorsqu'elle prend le nom de Thérésa. Elle devient alors une égérie parisienne. Elle se produit au Théâtre de la Porte-Saint-Martin et au cabaret L'Alcazar. Elle chante à la cour de Napoléon III et dans les cours européennes. Elle participe également à des opérettes d'Offenbach et se produit pour Gounod. Elle se produit également au théâtre, mais se fait apprécier surtout pour ses chansons populaires. Elle est comparée par certains à Sarah Bernhardt, qui se fit connaître à la même époque. Elle fut l'une des premières artistes à générer une agitation médiatique autour d'elle et fut précurseur des « produits dérivés ». C'est avec Thérésa qu'advinrent les premiers cachets mirifiques et que naquirent les rivalités entre producteurs.

238.          BOURILLON (Florence). Les villes en France au XIXe siècle. Ophrys, 1992, in-8°, 197 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Synthèse et Histoire)

            10

"Ce petit ouvrage de Florence Bourillon est à vocation pédagogique. Dans une première partie, l'auteur fait le point sur l'état des villes au XIXe siècle et leur évolution, en distinguant le premier du deuxième XIXe siècle. L'ouvrage se complète d'une initiation à la recherche, suivie d'une bibliographie thématique assez bien faite." (Revue d'Histoire du XIXe siècle-1848, 1993)

239.          BRUNO (G.). Le Tour de la France par deux enfants. Devoir et patrie. Livre de lecture courante, avec 212 gravures instructives et 19 cartes géographiques. Cours moyen. Belin, 1976, in-12, 322 pp, 212 gravures et 19 cartes, cart. illustré de l'éditeur, dos toilé brun, bon état. Réimpression à l'identique de l'édition de 1905

            25

Ouvrage rédigé par Augustine Fouillée (née Tuillerie) sous le pseudonyme de G. Bruno. Publié originellement en 1877, le livre servait de livre de lecture du cours moyen des écoles de la IIIe République. Son succès fut tel qu’il avait atteint un tirage de six millions d’exemplaires en 1900 et fut utilisé jusque dans les années 1950. Le texte très patriotique vise à la formation civique, géographique, scientifique, historique et morale de la jeunesse, qu’il fallait aussi préparer à reconquérir l’Alsace et la Lorraine. Chaque chapitre commence par une maxime et s’organise autour d’un thème principal. Il s’agit de faire connaître le territoire de France avec toutes ses activités. Aux questions des enfants sont toujours apportées des réponses simples, avec des cartes pour l’enseignement de la géographie.

240.          CHABOT (Paul et Michel). Histoire de Jean et Yvonne, domestiques en 1900, racontée par Paul, leur fils, à Michel, son petit-fils. Belfond, 1980, in-8°, 255 pp, postface de Roger-H. Guerrand, 16 pl. de gravures, photos et documents hors texte, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s. de Michel Chabot

            25

Jean, modeste campagnard de la fin du XIXe siècle, monte à Paris pour servir les « grands ». Devenu cocher du marquis d'Harcourt, il nous invite à travers promenades et réceptions à découvrir la vie fastueuse de ses maîtres mais aussi celle, plus âpre et monotone, du serviteur. Jusqu'au jour où, passé la quarantaine, il rencontre Yvonne, elle-même humble « Bécassine » que la misère a éloignée de sa Bretagne natale pour « servir » à Paris. A travers Jean et Yvonne, c'est toute une époque qui revit sous nos yeux. Une « Belle Epoque » où domestiques étaient encore liés corps et biens à la destinée de leurs maîtres. L'histoire exemplaire de Jean et Yvonne est à la fois une leçon d'humanité et un récit savoureusement nostalgique. Paul Chabot, né en 1899, est le fils de Jean et Yvonne. Ses souvenirs ont été recueillis par son propre petit-fils, Michel Chabot. — "Le grand intérêt de ce livre de souvenirs, c'est de dévoiler les servitudes de la "machinerie". De décrire par le menu les tâches, les joies (rares) et les peines de cette foule d'hommes et de femmes anonymes qui travaillaient à vie dans les coulisses, pour que le "spectacle" mondain, social, culinaire, puisse avoir lieu et briller de tout son éclat. Paul Chabot se découvre une verve et un sens du détail balzaciens pour montrer comment la toute-puissance de l'argent permettait alors aux caprices de bourgeois nantis et repus de disposer entièrement de la vie de leurs gens." (Madeleine Chapsal, L'Express)

241.          Collectif – MANN (Golo) et alii. Karl Marx 1818–1968. Bad Godesberg, Inter Nationes, 1968, gr. in-8°, 254-(6) pp, une photo de Marx en frontispice, chronologie, biblio, broché, couv. à rabats (lég. salie), bon état

            35

Karl Marx (Golo Mann) ; L'étudiant Karl Marx (Ernst Bloch) ; Karl Marx (Karl Löwith) ; La discussion philosophique en Europe orientale (Iring Fetscher) ; La société et l'individu (Georg Lukacs et Leo Kofler) ; Le concept de connaissance de la critique de l'économie politique (Alfred Schmidt) ; Dialogue sur le marxisme (Alfred Schmidt et Werner Rehfeld) ; Karl Marx : Extraits de son oeuvre ; Initiatives sociales pratiques au XIXe siècle en Allemagne ; Chronologie ; Bibliographie.

242.          [Crise d'Orient] – Collectif. Aspects de la Crise d'Orient, 1875-1878. Armand Colin, Société d'Histoire moderne, 1980, gr. in-8°, 176 pp, broché, bon état. Numéro spécial de la Revue d'histoire moderne et contemporaine consacré à la Crise d'Orient

            20

Peuples et nations des Balkans à la veille du Congrès de Berlin d'après Elisée Reclus (Georges Castellan) – La « grande dépression » européenne et la crise d'Orient (1875-1878). Les effets économiques dans les Balkans (Kostas Vergopoulos) – La politique d'Abdul-Hamid II dans la crise d'Orient (1876-1878) (Erciimend Kuran) – La Bulgarie et la crise de 1875-1878 (Nicolaj Todorov) – Les pays yougoslaves et la crise d'Orient de 1875-1878 (Ljiljana Aleksic-Pejkovic) – Les relations entre la Serbie et la Bulgarie du traité de San-Stefano au traité de Berlin (Vladimir Stojancevic) – Les Albanais dans la crise d'Orient (Alek Buda) – L'Autriche-Hongrie et la crise d'Orient, 1875-1878 (Robert A. Kann) – L'Autriche-Hongrie et les perspectives d'une guerre russo-turque, à l'automne 1876 (Istvan Dioszegi) – Les changements d'attitude britannique envers la Turquie. Les dernières conséquences de la crise d'Orient (R. J. Crampton) – Bismarck et la crise d'Orient de 1875 à 1878 (Winfried Baumgart) – La politique extérieure et l'évocation des dangers révolutionnaires. La diplomatie de Bismarck au cours de la crise orientale de 1875 à 1878 (Heinz Wolier) – Droite et gauche en Italie face à la crise d'Orient (1876-1878) (Enrico Decleva) – Les Polonais et la crise d'Orient (1875-1878) (Janusz Zarnowski) – La presse américaine et la guerre d'indépendance roumaine (Radu R. Florescu).

243.          DANIEL-ROPS. L'Eglise des Révolutions. En face des nouveaux destins. Fayard, 1960, fort in-12, 1045 pp, une carte, biblio, tableaux chronologiques, index, reliure demi-toile brique, dos lisse, pièce de titre chagrin carmin, tranches mouchetées, C. de bibl., bon état (Coll. Les Grandes études historiques)

            25

"Cet ouvrage constitue la première partie du tome VI de l'« Histoire de l'Eglise du Christ » que M. Daniel Rops publie depuis une vingtaine d'années. C'est l'œuvre d'un excellent historien, mais d'un historien « engagé ». Historien engagé, c'est-à-dire qui croit non seulement à la vérité de l'Eglise catholique, mais qui écrit pour la défendre. Engagé, donc subjectif, mais impartial. Daniel Rops conçoit avec raison « les révolutions » comme un immense mouvement qui atteint tout le monde occidental. Dans ce gros ouvrage, un peu plus du quart est consacré à ce que, traditionnellement, on appelle « la Révolution française ». Le récit est clair, vivant, assez bien documenté, les erreurs sont rares. Daniel-Rops rend hommage au clergé constitutionnel dont il s'est efforcé de comprendre et de faire comprendre l'attitude. Pour l'auteur, la révolte de la Vendée est essentiellement d'origine religieuse. « Le sabre et l'esprit » : tel est le titre du chapitre qui retrace l'histoire de l'Eglise sous Napoléon. Pour Daniel-Rops, Napoléon ne manifestait aucune sincérité dans ses démonstrations religieuses, c'était un athée, tout au plus un vague déiste. Il a voulu faire de l'Eglise une espèce de police supplétive, et y a, en France, en partie réussi. Les luttes entre Pie VII et Napoléon sont retracées avec beaucoup de clarté, jamais l'abondance de la documentation ne vient masquer les lignes directrices de cette histoire. Ainsi que nous le disions, les trois quarts du volume sont relatifs à la période qui s'étend de 1815 à 1870. Il est impossible ici de les analyser en détail. Signalons les très belles pages que Daniel Rops consacre à Lamenais, et le chapitre consacré à Pie IX, beaucoup plus favorable à ce pape que le livre du chanoine Aubert dans l'« Histoire de l'Eglise », de Fliche et Martin. Le livre de Daniel-Rops est une histoire de l'Eglise au sens le plus général du terme : l'auteur ne se borne pas à étudier l'histoire des papes et celle des relations entre l'Eglise et les Etats, mais aussi, quand c'est possible, la foi et la pratique religieuses, l'art religieux, les missions et les œuvres. Une bibliographie fort complète, des tableaux chronologiques et un index terminent l'ouvrage et en font un bon instrument de travail." (Jacques Godechot, Annales historiques de la Révolution française, 1961) — "Ces mille pages d'une typographie serrée nous conduisent des États généraux de 1789 aux dernières années du règne de Pie IX. C'est bien, pour l'Église elle-même, l'ère des révolutions : si féconde en bouleversements de toutes sortes, la rupture politique qui anéantit la monarchie française atteint profondément la tradition chrétienne ; elle sera suivie d'autres révolutions où « le social » se mêlera de plus en pîus au politique, sans épargner toujours la vie religieuse ; et nous nous retrouverons, à l'issue de cette période, en face d'une Église, à certains égards renouvelée, qui aura perdu, en son centre, son domaine temporel, mais renforcé son autorité doctrinale. Un siècle si plein de violences ne pouvait être, dans l'ordre de l'esprit et tout spécialement de la foi, qu'un siècle tourmenté. (...) Bien construit, s'efforçant de ne laisser dans l'ombre aucun des grands problèmes qui ont surgi en marge de tous les courants religieux du siècle et leur ont communiqué souvent un peu de leur propre vigueur, riche en portraits suggestifs et en tableaux impressionnants, bourré de noms et de faits (voire de menus faits), sans négliger pour autant d'opportunes synthèses, ce livre substantiel est vivant comme la vie qu'il retrace." (Charles Ledré, Revue d'histoire de l'Église de France, 1961) — "Avec ce huitième volume de son « Histoire de l'Eglise du Christ », D.-R. couvre la période qui s'étend de 1789 à 1870. Comme les précédentes, cette synthèse repose sur une abondante bibliographie. L'ouvrage se termine par un tableau chronologique, un index des noms et une table des matières détaillée, qui en facilitent la consultation." (Revue française de science politique, 1961)

244.          DANSETTE (Adrien). Du boulangisme à la révolution dreyfusienne. Le Boulangisme, 1886-1890. Perrin, 1938, fort in-12, v-416 pp, sources et biblio, broché, un portrait du général Boulanger en médaillon au 1er plat, bon état

            25

Seul volume paru. — "... Pour l'instant les études sur cette période nous viennent d'historiens peu curieux des mouvements profonds de la société. Le meilleur d'entre eux, Adrien Dansette, dans sa série projetée “Du Boulangisme à la révolution dreyfusienne”, a consacré un volume au Boulangisme (1886-1890) ; il apporte nombre de renseignements nouveaux sur les étranges personnages de ce mélodrame, mais bien peu sur les spectateurs, qui cependant ne furent pas toujours passifs. La participation du peuple aux manifestations, aux grèves et aux violences inspirées ou appuyées par le général reste malheureusement dans le vague..." (Franco Venturi, Historiens du XXe siècle, 1966)

245.          DESCHANEL (Paul). Gambetta. Hachette, 1919, in-8°, 302 pp, 8 pl. de gravures hors texte sous serpentes, dont un portrait de Gambetta en frontispice, 3 pp. de fac-similés, biblio, broché, couv. salie, état correct (Coll. Figures du passé)

            20

"... Toute l'existence de Gambetta est racontée sobrement, simplement, dans ces pages qui sont à la fois biographie scrupuleuse et monographie impeccable, où rien ne manque, depuis les secrets replis d'un coeur aimant jusqu'aux multiples mouvements d'idées et de volontés de ce cerveau aussi vaste que puissant, où flambaient toutes les généreuses aspirations, toutes les hautes pensées de la France contemporaine ; monographie où l'homme, étant le centre des plus grands événements de l'histoire, se confond à ce point avec ces événements qu'ils ne se peuvent comprendre sans sa souveraine action, et n'auraient pu être, en dehors de lui, tels qu'ils ont été. Ici, c'est la fine et délicate analyse psychologique qui scrute les circonstances et met en jeu les mobiles et éclaire les résultantes, mais, à chaque tournant du chemin, la voix grave et sereine de la synthèse s'élève et prononce, en termes saisissants, le jugement définitif, celui que l'Histoire a déjà enregistré et ratifié. (...) La mort est venue trop tôt, hélas ! – il avait quarante-quatre ans – interrompre cette prodigieuse existence de Gambetta qui, en treize ans, de 1869 à 1882, a pu sauver l'honneur de la France, figurer au premier rang des fondateurs de la République, préparer et assurer l'immortelle victoire. Que M. Paul Deschanel reçoive ici l'expression de la profonde gratitude des amis de Gambetta." (Eug. Etienne, Le Petit Parisien, 3 février 1920)

246.          ÉTÉVÉ (Albert). Avant les Cocardes. Les débuts de l'aéronautique militaire - Les premiers pilotes d'aéroplane et de ballon dirigeable de l'armée française. Charles-Lavauzelle, 1961, in-8°, 205 pp, 36 photos et figures dans le texte et à pleine page, liste des pilotes d'aéroplane brevetés en 1910, liste des pilotes de ballon dirigeable brevetés en 1910, broché, couv. illustrée, bon état. Peu courant, envoi a.s.

            40

Cet ouvrage historique clair et précis concerne spécialement les années 1908, 1909 et 1910.

247.          FOURCASSIÉ (Jean). Villèle. Fayard, 1954, fort in-12, 486 pp, documents inédits en annexes, broché, bon état

            25

Excellente biographie. — "Les archives privées commencent à livrer leurs secrets : c'est grâce aux nombreux documents conservés par la famille de Villèle et libéralement mis à sa disposition que M. Jean Fourcassié a pu écrire cette biographie du ministre de la Restauration. A vrai dire ce qui nous intéresse ici, c'est peut-être moins le ministre de Louis XVIII et de Charles X, sur l'action duquel, pourtant, M. Fourcassié apporte beaucoup de points de vue neufs, que le gentilhomme campagnard des environs de Toulouse, qui a symbolisé, en quelque sorte, une classe et une époque..." (Jacques Godechot, Annales du Midi, 1955) — "Le principal intérêt du livre de M. Jean Fourcassié sur Villèle est d'avoir, grâce à des archives privées – agendas de 1813 à 1850 bourrés de petits faits quotidiens, correspondance, texte intégral de ses Mémoires publiés incomplètement en 1890 – reconstitué sa vie campagnarde, en précisant sa fortune. (...) C'est en gentilhomme terrien qu'il entendit gérer l'État. M. Fourcassié nous le montre se détachant peu à peu des ultras et des « pointus », blâmant Charles X de suivre la procession du Jubilé de 1826 (p. 329-330). Sans doute avait-il été affilié aux origines aux Chevaliers de la Foi. Le livre abonde en inédits, du général Foy, de B. Constant, surtout Chateaubriand qui, en 1816, appelait Villèle « mon bon et cher général » ; ensemble ils participèrent au conseil d'administration du “Conservateur” que Villèle finança – et qui fut d'ailleurs une excellente affaire (p. 147). Par la suite, « chassé » en 1824, Chateaubriand poursuivra d'une haine Villèle, devenu après 1830 « avocat consultant » des légitimistes toulousains..." (Paul Leuilliot, Annales ESC, 1954)

248.          GROULT (Benoîte). Pauline Roland ou comment la liberté vint aux femmes. Laffont, 1991, in-8°, 272 pp, 23 gravures et portraits, notices sur les personnes citées, chronologie, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Elle était une fois), envoi a.s.

            30

249.          Le même. Laffont/GLM, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

            25

"Pauline Roland, Benoîte Groult... La juxtaposition de ces deux noms, évocateurs du féminisme d'hier et d'aujourd'hui, laisse la porte ouverte à tous les espoirs de voir enfin un beau livre tirer de l'oubli la fougueuse saint-simonienne. Car, comme l'écrit en connaissance de cause Benoîte Groult, « Pauline est une héroïne improbable qu'aucun romancier, soucieux de vraisemblance, n'aurait osé inventer ». Et c'est donc en romancière et en femme, non en féministe ou en historienne, que Benoîte Groult raconte « comment la liberté vint aux femmes » à travers l'histoire du saint-simonisme et de son influence sur l'une de ses adeptes, Pauline Roland. Il est évident que la doctrine saint-simonienne fascine Benoîte Groult qui lui consacre de longues pages. (...) Benoîte Groult nous offre de fines analyses du comportement de Pauline. Mal comprise par ses amis saint-simoniens qui attribuent ses liaisons et ses maternités hors mariage à une interprétation tendancieuse de la Doctrine, vilipendée par ses contemporains pour son refus de toute compromission, Pauline a longtemps été considérée comme une exaltée, voire une excitée. Benoîte Groult interprète bien différemment – et plus justement – l'attitude énergique de son héroïne. (...) Elle raconte la folle vie de son héroïne : ses amours, ses maternités, son amitié avec Leroux, la défense de ses convictions en 1848 jusqu'à la déportation en Algérie et sa mort à Marseille au retour..." (Evelyne Lejeune-Resnick, Revue d'Histoire du XIXe siècle-1848, 1992)

250.          HALÉVY (Daniel). Le Mariage de Proudhon. Stock, 1955, pt in-8°, 317 pp, 2 portraits hors texte (par Courbet), broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale, ex. du SP

            30

"Le 6 février 1847 à Paris, Proudhon aborde dans la rue une jeune fille dont il ne connaît ni la condition, ni la famille, ni le nom et après quelques minutes de conversation il lui demande de l'épouser ou plutôt d'attendre le jour où il sera lui-même disposé à se marier. Le 31 décembre 1849, Proudhon, qui a été condamné à trois ans de prison et qui se trouve à Sainte-Pélagie, met un terme à ces longues fiançailles et épouse, à quarante et un ans, Euphrasie Piégard, passementière, âgée de vingt-sept ans. Mais D. H. ne s'est pas contenté de relater ces singulières fiançailles. Il raconte toute la vie de Proudhon entre 1847 et 1852, mettant en lumière l'évolution curieusement parallèle des idées sur le mariage et des opinions politiques de celui qui s'appelait lui-même un « socialiste traditionnaire ». A cette contradiction intime entre l'attrait de la femme et surtout le désir de paternité d'une part, la crainte de se fixer d'autre part, correspond une contradiction d'un autre ordre dans les idées de Proudhon sur la révolution. Il ne croit pas aux révolutions politiques (Lamartine, « idole à abattre » ; Marx, « ténia du socialisme », la « blagologie démocratique », etc.), mais il rêve passionnément d'une révolution sociale, quel que soit le gouvernement au pouvoir, et il écrit ainsi en 1852 : “La Révolution sociale démontrée par le coup d'Etat” : « Le Gouvernement de Louis Bonaparte est condamné, par les 7.500.000 voix qui l'absolvent, à faire de grandes choses, à réaliser de façon ou d'autre les réformes cherchées par le socialisme ». Tous ceux qui s'intéressent à Proudhon et à l'esprit de 1848 doivent lire ce nouveau livre de D.H." (Revue française de science politique, 1956)

251.          IANCU (Carol). Bleichröder et Cremieux. Le combat pour l'émancipation des Juifs de Roumanie devant le congrès de Berlin. Correspondance inédite, 1878-1880. Montpellier, Université Paul-Valery, Centre de recherches et d'études juives et hebraïques, 1987, in-8°, 264 pp, 3 gravures et 2 fac-similés, une carte, annexes, notes, broché, couv. illustrée, bon état

            30

"Les quelque cent vingt lettres échangées par Adolphe Crémieux – il meurt en 1880 a 84 ans – alors président de I'Alliance israélite universelle, le Comité central de I'Alliance sous la signature de son secrétaire Loep et le baron Gerson Bleichroder, un authentique héritier des Juifs de cour prussiens, sont annotées avec rigueur et précédées d'une substantielle introduction de Carol lancu. Elle met en évidence les caractéres spécifiques des discriminations subies par les juifs roumains et du discours tenu a leur sujet par les autorités roumaines: en Serbie et en Bulgarie : en effet, la decision du Congrès international de Berlin d'imposer l'égalité des droits pour tous les habitants quelle que fut leur appartenance religieuse ne souleva pas de difficulté majeure. II n'en fut pas de même en Roumanie : le ministre des Affaires étrangères déclara que, si cette solution convenait aux grandes puissances, elle constituait pour son pays un « arrêt de mort » et le gouvernement roumain n'eut de cesse de faire revenir les Etats et d'abord I'Allemagne, vraie maîtresse du jeu, sur leur décision. II n'y avait pourtant qu'une vingtaine d'années que I'accès au trône de Roumanie de Carol Hohenzollern avait ouvert « I'ère de I'exclusion des Juifs dans I'Etat roumain unifié » en inscrivant dans la loi fondamentale du royaume le concept d'Etat chrétien. C'est cette situation que le Congrés de Paris ne parvint pas à modifier. Ce ne fut pas faute d'une longue campagne conduite par Crémieux et Bleichroder. Mais si I'appui de Waddington, ministre des Affaires étrangères d'abord, puis Premier ministre, ne manqua pas à Crémieux – la France put à Berlin apparaître comme la championne des droits des Juifs – le cas prussien était plus compliqué : après une assez longue période où la communauté de vues sembla complète entre Bismarck et son conseiller, le Chancelier se décida à troquer le rachat par I'Etat roumain d'un réseau ferroviaire qui y avait été construit par un consortium allemand au bord de la faillite contre I'acceptation de la non-égalité des droits pour les juifs roumains. La Roumanie y mit certes quelques formes, au total peu de choses : elle accordait aux juifs la possibilité d'etre naturalisés individuellement. Bleichröder céda. Un certain nombre de juifs roumains s'accommodèrent de cette procédure au compte-gouttes, fort peu nous dit C. lancu. L'échec de la « politique juive d'intercession » était donc patent. La bataille manquée de Berlin fut la dernière occasion d'une grande espérance, nourrie des textes de la Constituante (1791) et du décret algérien (qui avait d'ailleurs omis en octobre 1870 de poser le problème des musulmans), avant que, dans les années 1880, I'antisémitisme ne redémarre en Europe et que ne reprenne à I'Est la pratique des pogroms." (Madeleine Rebérioux, Le Mouvement social, 1989)

252.          ISRAEL (Armand). Les Vérités cachées de l'Affaire Dreyfus. Albin Michel, 1999, gr. in-8°, 490 pp, nombreuses gravures, photos et fac-similés dans le texte, notices biographiques, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Le 19 septembre 1899, le capitaine Alfred Dreyfus était gracié par le président de la République Emile Loubet. Cette affaire judiciaire qui avait débuté cinq années plus tôt avec l'inculpation du capitaine et s'était poursuivie par sa condamnation, sa dégradation et sa déportation, créant un véritable séisme dans l'opinion française, entrait ainsi dans une phase décisive. Sur ce dossier que l'on croyait depuis longtemps refermé, Armand Israël, aidé d'une équipe de chercheurs, apporte des informations nouvelles qui établissent des certitudes ou permettent d'avancer des hypothèses inédites grâce à l'exploitation de fonds d'archives jusqu'alors inaccessibles. L'élaboration du bordereau par les services secrets français, la complicité de l'Etat-Major avec certains hommes politiques, le pacte confidentiel entre la famille Dreyfus et le gouvernement Waldeck-Rousseau, les preuves de l'assassinat du colonel Henry – nouveau chef du Service de renseignement – constituent autant de révélations capitales au sujet de l'une des plus grandes affaires de l'Histoire.

253.          JAMMES (Francis). Le Deuil des primevères MDCCCXCVIII-MCM. Edition décorée d'un frontispice et de dessins originaux gravés sur bois par D. Galanis. Georges Crès et Cie, 1920, gr. in-12, ii-188 pp, bois par Dimitrios Galanis, dont un frontispice sous serpente, broché, non rogné, couv. rempliée, bon état (Coll. Les Maîtres du livre), un des 1850 ex. numérotés sur papier des manufactures de Rives

            30

"L'oeuvre qui représente le mieux Francis Jammes est sans doute Le Deuil des primevères, parce qu'elle se situe au point de sa vie où il a su concéder au prosaïsme et au lyrisme la juste part qui revient à chacun, sans que chacun nuise à l'autre ou l'étouffe. Le langage s'en trouve bien. Il a l'aisance au ras du sol de l'impression satisfaite avec les choses observées, et l'élan de l'image qui porte la confidence au niveau d'un appel intérieur. On y sent ce qui respire et ce qui est inspiré. Livre d'un homme jeune capable d'exprimer tout ce qu'il éprouve depuis son enfance et tout ce qu'il éprouvera jusqu'à sa vieillesse, il contient, pourrait-on dire, l'essence même du jammisme, ce parfum à nul autre pareil dont on s'imprègne sans y prendre garde, fait de passé, de campagne, d'exostisme et de religiosité. Toutes les cloches s'y conjuguent : celles des églises habillées de feuilles, celles des moutons transhumants, celles des bateaux transocéaniens, celles des fleurs tropicales. Les sonneries retentissent au coeur du poète transporté lui aussi d'un côté du monde vers l'autre. Il n'a pas cessé d'être, selon ses propres termes, un faune, mais ce faune ne tourne pas le dos à un certain chrétien qui, se souciant peu des dogmes, se réclame de François d'Assise et s'adresse sans fausse honte à un Dieu très bonhomme pour lui confier ses inquiétudes charnelles ou spirituelles." (Robert Mallet)

254.          JOINVILLE (François-Ferdinand-Philippe-Louis-Marie d'Orléans, prince de). Vieux souvenirs de Mgr le prince de Joinville, 1818-1848. Edition présentée et annotée par Daniel Meyer. Mercure de France, 1986, in-8°, 326 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Le Temps retrouvé) (Bertier, 546)

            25

Né en 1818, François Ferdinand Philippe Louis Marie d'Orléans, prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, devait mourir en 1900. Ses Vieux souvenirs s'arrêtent à 1848 : il a trente ans, est vice-amiral et commande la flotte française en Algérie. Il choisit alors, avec son frère le duc d'Aumale, de rejoindre sa famille en exil : le régime de Juillet n'a plus de raison d'être pour lui, qui n'a jamais cessé de rester fidèle aux légitimistes et aux princes de la branche aînée. Outre cet aspect politique, on trouve dans ces Mémoires une relation de la vie à Paris et à la cour. Prince de sang, Joinville, lors de ses escales en France, connaît les coulisses du théâtre, de l'art et de la haute société, dans ce monde un peu terne, mais aimable et bienveillant, que fut l'entourage de Louis-Philippe.

255.          JUDEN (Brian). Traditions orphiques et tendances mystiques dans le Romantisme français (1800-1855). Klincksieck, 1971, gr. in-8°, 805 pp, 3 illustrations, biblio, index, broché, couv. illustrée, un cachet sur la page de faux-titre, dos renforcé avec du scotch en tête et en queue bon état

            80

"Il est difficile de résumer le livre de M. Juden. En partie à cause de sa documentation, fort riche et basée sur un dépouillement exhaustif non seulement des livres mais aussi des périodiques – lecture essentielle, car la pensée théorique de l'époque tend à s'exprimer sous forme d'articles de revue autant qu'en livres. Il a eu l'idée féconde de centrer son étude sur le mythe d'Orphée, et l'Orphée du romantisme tend à devenir Protée, à englober les multiples aspects de la figure du poète chanteur, initié, visiteur des enfers, qui connaît les secrets des dieux et charme les bêtes sauvages. La structure complexe du mythe s'ouvre vers l'orientalisme, la mythologie comparée, l'illuminisme et les aspects du renouveau religieux, la musicologie, le socialisme, et chacun de ces domaines informe ou reforme le mythe. M. Juden courageusement ne refuse pas leur examen ; lui en voudra qui préfère l'ignorance et les idées reçues. Après avoir tracé la trame du mythe orphique dans l'antiquité classique – déjà ouvert au syncrétisme – M. Juden s'arrête assez longuement sur l'orphisme de la Renaissance, car là se développe avec Ficin la notion de la 'vacatio mentis' où l'âme du poète, sans l'intervention des sens, possède la vision transcendante des analogies et correspondances – idée reprise par la Pléiade et transmise par eux aux romantiques chez qui elle joue un rôle essentiel. Loin de disparaître aux siècles du classicisme et des lumières, le mythe continue à s'enrichir. D'abord à travers la 'prisca theologia' qui aboutit à un Orphée disciple de Moïse, grâce aux applications naturalistes et à la vogue de l'Egypte, où Horus serait Orphée. Si Jaucourt dans l'Encyclopédie, Sainte-Croix, Boulanger ébauchent un travail de démystification érudite, une autre tradition au XVIIIe siècle continue à enrichir le mythe. Delisle de Sales brasse Orphée, Pythagore, l'échelle des êtres. L'école celtique ou gauloise fait de lui le barde primitif du peuple français élu. Ce serait surtout Court de Gébelin, pourtant, qui aurait vu dans Orphée non seulement la figure du poète initié au savoir suprême mais aussi celle de l'homme-poète comme instrument de la régénération. Volney, Dupuis, et d'autres enrichissent la légende en lui attribuant un contenu de savoir scientifique, et un Orphée médecin reioint l'Orphée alchimiste de Dom Pernety et de Quintus Aucler. En même temps le mythe d'Orphée enrichit la création littéraire, du Télémaque au Jeune Anacharsis, comme il enrichit l'opéra, car c'est le mythe qui réalise le lien entre musique et parole, lien qui est l'illustration la plus manifeste de l'analogie universelle. La troisième partie, « La lyre spiritualiste », étudie le mythe d'Orphée de 1800 à 1830, où se dégagent trois tendances générales : spiritualisme, réforme sociale, évasion poétique, et la triple thématique de la régénération, l'initiation scientifique, la vision prophétique de l'idéal ou de l'avenir. Ici encore, c'est surtout L.-C. de Saint-Martin, le « Luther de l'illuminisme », qui précise le contenu du mythe et son utilité comme moyen de renouveau spirituel, poétique et social. Fabre d'Olivet, même s'il hésite devant un certain syncrétisme mythologique, prend la relève, comme d'autres historiens (Déal et le thème de Paris ville d'Isis, Rolle et l'Orphée androgyne). Creuzer, Guigniault et Eckstein portent à son comble ce syncrétisme, greffant toute vérité mythologique sur la figure d'Orphée qui devient le symbole de la vie universelle. Ces pages constituent une excellente description de la démarche syncrétiste de la pensée romantique en mythologie, en religion, en poésie et en politique. Les traces de l'orphisme sont nombreuses dans cette littérature de la Restauration. Et c'est surtout Ballanche qui fit une refonte décisive du mythe, en identifiant Orphée au thème de la régénération sociale, ouvrant ainsi la voie à un Orphisme socialiste. Si une certaine poésie reste redevable au mythe traditionnel, le rythme palingénésique de déchéance, épreuve, expiation, nouvelle initiation, nouvelle révélation dominera dorénavant ; on est tenté de dire que Ballanche en a écrit l'encyclopédie définitive. M. Juden trace avec une érudition remarquable les avatars de l'orphisme dans la poétique, les théories sur les liens entre musique et poésie, entre harmonie et beau idéal, et surtout le développement de la notion du symbole ; grâce à l'analogie universelle, le poète est celui pour qui tout est symbolique et qui saisit le sens derrière les apparences ; comme dit Joseph Delorme, « il a reçu la clef des symboles et l'intelligence des figures ». La Quatrième Partie, « Le Monde aussi n'est qu'un poème », trace plus largement encore les extensions données au mythe à partir de 1830, dans la mythologie comparée, dans l'esthétique, la théorie des couleurs, etc. Et sur- tout dans le socialisme, où Leroux, Jean Reynaud, après Fourier, puisent largement dans la tradition orphique – utilisations qui suscitent la critique chez Nodier ou A. Chaho, comme chez certains catholiques. D'autres ébauchent à partir d'Orphée une théorie de la primauté, même la pureté de la poésie. Enfin, Orphée justifie ces essais de créer une cosmogonie, l'épopée romantique, que M. Juden présente sous une nouvelle lumière. Et encore dans les années 1830 et 1840 le mythe est prétexte à un long débat sur les formes et fonctions de la littérature. Cependant, il y eut un enrichissement des connaissances historiques de la tradition orphique avec Ragon, Delaage, des Francs-Maçons, qui renouvelle encore le mythe, précise la fonction scientifique du symbole. M. Juden trace en conclusion le bilan – ou l'arc-en-ciel – des riches métamorphoses du mythe vers 1848, de Reynaud à Laprade et Ménard – Orphée lyrique, palingénésique, cosmique, ou simplement olympien. Son étude s'arrête aux Contemplations, peut-être sagement. Auparavant cependant il nous offre des lectures plus poussées de deux auteurs, Maurice de Guérin et Gérard de Nerval. Ce sont les plus belles pages de son livre, et ces deux chapitres offrent une admirable démonstration de l'enrichissement de notre lecture des romantiques que rend possible une meilleure connaissance du monde des idées où cette poésie s'élaborait..." (Frank Bowman, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1975)

256.          LA FOURNIÈRE (Xavier de). Lamartine. Perrin, 1990, in-8°, 320 pp, 16 pl. de documents hors texte, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Pour célébrer le centenaire de ce poète saisi par le démon de la politique, Xavier de La Fournière a choisi d'écrire une biographie dont l'originalité et le charme résident dans son ton, dans une sorte d'ironie discrète qui affleure souvent, et dans son rythme rapide. On suit constamment le héros dans son étonnant parcours, dont les jalons témoignent de l'importance et de la variété : la naissance près de Mâcon, les gardes du corps, le séjour à Aix-les-Bains et la célèbre rencontre avec Julie Charles, la gloire soudaine avec les Méditations et le mariage avec une riche Anglaise (1820), la diplomatie à Naples et à Florence, l'Académie française à quarante ans, la mort de sa fille au cours du voyage en Orient, l'engagement politique, l'opposition à Louis-Philippe, la parution de L'Histoire des Girondins qui relance sa popularité, la révolution de 1848, le sauvetage du drapeau tricolore menacé par le drapeau rouge, le gouvernement provisoire, l'élection dans dix départements, la candidature à la présidence de la IIe République, l'abandon de la politique, la ruine, les dettes et la vieillesse triste de celui qui devint, pour survivire, un "galérien de la plume", dont on oublie peu à peu qu'il fut l'idole d'une génération.

257.          LAGOUEYTE (Patrick). La vie politique en France au XIXe siècle. Ophrys, 1990, in-8°, 166 pp, préface de Raymond Huard, chronologie, lexique, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Synthèse et Histoire)

            10

"On a longtemps compris « la vie politique » comme la lutte des partis ou des groupes qui se disputent le pouvoir. Plus récemment, on a attaché beaucoup plus d’importance aux mécanismes subtils par lesquels se forment les opinions, aux intermédiaires grâce auxquels elles se diffusent, aux moyens qui leur permettent de s’exprimer que ce soit le suffrage ou les divers modes de communication. C’est ce parti qu’a choisi Patrick Lagoueyte dans l’ouvrage qu’on va lire." (Raymond Huard)

258.          LARISCH (Comtesse Marie). Mon passé : Le drame de Meyerling. P., Emile-Paul Frères, 1936, in-12, 290 pp, nouvelle édition, traduit par la comtesse Jean de Ségonzac, broché, bon état

            40

Par la comtesse Marie Larisch (née Baronne de Wallersee), nièce de l'impératrice Elisabeth d'Autriche et fille du duc Louis de Bavière. La comtesse Marie, fille du duc Louis de Bavière, qui était, en cette qualité, reçue dans l'intimité de la cour impériale d'Autriche, avait joué un certain rôle dans la liaison de l'archiduc Rodolphe avec la jeune baronne de Vetsera. Après le drame de Meyerling, la comtesse avait dù quitter la cour et l'Autriche. — "Ce livre fut, lors de son apparition [en 1914], sévèrement prohibé dans tous les pays de langue allemande. Il souleva d'âpres protestations, non pas contre la réalité des faits, mais contre le rôle que l'auteur s'y attribuait. Nous le publions comme un récit historique, sans rien y changer. Il est le lever de rideau de cette tragédie des Habsbourgs qui a mis l'univers à feu et à sang..." (Comtesse Jean de Ségonzac)

259.          LETHÈVE (Jacques). Impressionnistes et symbolistes devant la presse. Armand Colin, 1959, in-12, 302 pp, 39 gravures et photos, biblio, table des revues et des journaux cités, broché, état correct (Coll. Kiosque)

            20

"Une étude, par Jacques Lethève, conservateur à la Bibliothèque Nationale, de la période impressionniste et symboliste de l'Art français, telle que l'a « comprise » et traduite la presse de l'époque. Il ne s'agit nullement d'écrire une nouvelle histoire de la poésie symboliste ni de la peinture impressionniste. Toutefois, dans le miroir de la Presse, on voit se former l'une et l'autre. Car les journalistes, avides de comprendre, et surtout, comme tel est leur rôle, d'expliquer, « désireux de guider leurs lecteurs, ou simplement de les suivre, établissent des classifications, inventant des épithètes, créent des « écoles ». « Impressionniste » ou « décadent » sont d'abord des injures qu'ils lancent par dérision, mais que leurs victimes relèvent comme un drapeau ». D'où, par les journaux du temps, une mise en valeur à la fois des manifestations les plus expressives : du Salon des Refusés aux expositions « indépendantes », et aussi des artistes ou des poètes les plus significatifs, de Manet à Van Gogh ; des premiers symbolistes à Verlaine et à Moréas..." (Aimé Dupuy, Revue d'histoire économique et sociale, 1959)

260.          LUZ (Pierre de). Henri V. Plon, 1931, in-8°, ix-478 pp, un portrait en frontispice, 3 tableaux généalogiques dépliants , biblio, broché, bon état

            40

"M. Pierre de Luz nous a donné du comte de Chambord une biographie très élogieuse et où les problèmes dynastiques tiennent une place importante, mais qui, sentiment monarchique à part, est l'œuvre d'un esprit averti et d'un chercheur attentif, qui écrit très agréablement." (Raymond Guyot, Revue Historique, 1934) — "Les manuels d'histoire apprennent aux enfants de France que le 2 août 1830, Charles X, après avoir rapporté les fameuses ordonnances qui furent le prétexte de la révolution de Juillet, abdiqua en faveur de son petit-fils Henri V et que ce prince, connu jusqu'alors sous le nom de duc de Bordeaux, suivit son grand-père dans l'exil. La monarchie de Juillet se déroule, puis la Seconde République, le Second Empire, la guerre de 1870-1871, la présidence de M. Thiers : quarante-trois ans d'histoire. De Henri V, il n'est plus jamais question que par allusion – insurrection vendéenne, « conspirations de salon ». Et puis, soudain, on le voit reparaître, au premier plan. Hier, il était oublié, aujourd'hui, il est indispensable... Celui qui réfléchit, qui sait déjà que tout événement historique a des causes immédiates et des causes profondes, celui-là met à profit un jour de congé pour chercher dans une bibliothèque des livres qui puissent le renseigner sur les raisons de ce long interrègne, de cette prodigieuse résurrection et enfin de cette restauration manquée... Si les gros livres ne le rebutent pas, le chercheur lira Chesnelong, Maxime Petit, Arthur Loth, Hanotaux, Henry de Pène. Tous ces auteurs lui apporteront des clartés, aucun ne lui donnera la pleine lumière. Aucun ne lui expliquera le mystère d'octobre-novembre 1873, de ce prince qui, après une longue revendication de sa couronne perdue, semble refuser de la reprendre au moment où elle lui est offerte. C'est que ni la lettre de Salzbourg, ni le séjour du comte de Chambord à Versailles en novembre 1873 ne sont intelligibles lorsqu'on ignore la vie du prince entre le moment où il a quitté la France pour l'exil et le moment où la France s'étant rouverte devant lui, il a paru hésiter au seuil de la patrie et rester volontairement en exil. Il fallait reconstituer de bout en bout l'histoire de Henri V, de sa naissance en 1820 à sa mort en 1883. C'est à quoi nous nous sommes attachés..." (Introduction)

261.          MARITAIN (Raïssa). Les Grandes Amitiés. 1. Souvenirs. New York, Editions de la Maison Française, 1941, in-12, 288 pp, 6 pl. hors texte (portraits de Péguy, Psichari, Bergson, Léon Bloy, et fac-similé de 2 pages autographes de Léon Bloy), broché, bon état. Edition originale sur papier d'édition

            20

Raïssa Maritain (1883-1960) était l'épouse de Jacques Maritain. En tant que telle, elle a été avec lui, pendant plus d'un demi-siècle, au centre d'un cénacle d'intellectuels catholiques français. Son livre de souvenirs, “Les Grandes Amitiés”, en relate la chronique. Elle retrace dans ce volume ses années d'enfance, de jeunesse et le trajet spirituel qu'elle et Jacques Maritain ont suivi à travers l'enseignement de leurs maîtres et l'affection de leurs grands amis de ce temps, Henri Bergson, Ernest Psichari, Léon Bloy... Ce texte, écrit aux Etats-Unis durant les années de guerre, garde toute sa grandeur et sa beauté. Le second volume : ** Les aventures de la grâce, a été publié en 1944. — "L'histoire de Jacques et Raïssa Maritain, ce serait peu de choses si elle n'était que l'histoire de très belles intelligences : qu'ils soient l'un et l'autre comblés des dons de l'esprit, cela est indéniable, mais enfin nullement exceptionnel. Qu'ils aient reçu la grâce de la conversion dans les circonstances que raconte ce livre n'offre rien non plus qui rende leur aventure différente de beaucoup d'autres. Mais ceci leur est particulier : à travers tant d'années et tant d'épreuves, la fidélité à leur vocation ; cette fidélité a fait de leur modeste maison l'un des centres de vie spirituelle les plus féconds peut-être de France et même d'Europe. Chez eux, la connaissance tourne à l'amour : l'ordre de l'esprit rejoint l'ordre de la charité, voilà le secret de tout ; car qui dit fidélité, dit charité." François Mauriac (Le Figaro, 11-12 juillet 1948)

262.          METTERNICH (Pauline de). Souvenirs d'enfance et de jeunesse (Geschehenes, Gesehenes, Erlebtes) (1845-1863). Suivi de : Souvenirs de la princesse Pauline de Metternich (1859-1871). Plon, 1922-1924, 2 vol. in-12, lii-270 et xxviii-250 pp, 1er volume traduit de l'allemand par Mme H. Pernot, 2e volume écrit directement en français, préfaces et notes de Marcel Dunan, 4 portraits hors texte, brochés, dos consolidé avec un film transparent autocollant au 1er volume, dos proprement restauré au second, bon état, envoi a.s. de la traductrice au 1er volume

            60

Petite-fille du fameux chancelier, épouse de Richard de Metternich, ambassadeur d'Autriche à Paris, la Princesse Pauline de Metternich fait rapidement la conquête de l'Empereur Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie. Elle évolue dans ce milieu de la cour en triomphatrice, grâce à son esprit, son affabilité et aussi son élégance qui créa la mode à Paris. La charmante princesse, « la jolie laide » comme l'appelaient ses amis, fait revivre dans ses Souvenirs toute une époque et un milieu... Tout est noté, les rencontres avec les princes et les princesses de la cour, les écrivains, les compositeurs (elle a une réeelle affection pour Wagner). Erudite et avide d'apprendre, elle organisa des salons littéraires qui eurent un réel succès. Elle raconte les scandales, comment faire évoluer le protocole à la cours, etc. Pauline n'a pas son pareil pour rire des défauts de ses contemporaines. Le souvenir d'un voyage sur la “Mouette”, bateau impérial reste dans les mémoires et surtout comment ces dames n'arrivaient pas à supporter les voyages en train pour aller à Compiègne ou Fontainebleau... — La princesse Pauline de Metternich, belle-fille et petite-fille du chancelier, écrit dans ses mémoires {Souvenirs d'enfance et de jeunesse, p. 31), en parlant du séjour du chancelier à Bruxelles : « Le roi Léopold de Belgique appartenait aux visiteurs les plus assidus et venait volontiers chercher conseil auprès du prince de Metternich. On sait qu'il était considéré comme le médiateur de tous les Cabinets. Grand-père affirmait qu'il était un des meilleurs diplomates qu'il ait rencontrés. Très circonspect, très prudent et rusé à l'extrême ». — "La princesse Pauline de Metternich, petite-fille et belle-fille du célèbre chancelier, avait épousé son propre oncle, Richard de Metternich, qui fut ambassadeur d'Autriche à Paris de 1859 à 1871. A la cour de Napoléon III et dans la haute société parisienne, la princesse se rendit célèbre par son esprit de conversation, son enjouement, sa vivacité. Elle vécut longtemps. Elle est morte le 28 septembre 1921. Elle a laissé, en français, des souvenirs que M. Marcel Dunan vient de publier. Ces pages, dans le goût du XVIIIe siècle et du prince de Ligne, sont charmantes. Observatrice intelligente et sans méchanceté, la princesse de Metternich a tracé, au jour le jour, un tableau de la cour de Napoléon III, en forme d'anecdotes, qui ont toutes un air de vérité. On sent que ce sont de loyales impressions et instantanées. L'auteur voit en beau, par amitié. Mais il suffit d'effacer en esprit certaines épithètes laudatives pour s'apercevoir que c'est un témoignage aussi impartial qu'il était possible de l'attendre d'un tel témoin. Ce livre a donc une valeur historique. C'est une contribution à l'histoire politique du Second Empire, et aussi à l'histoire morale de la société officielle et polie à cette époque. Lecture amusante, et qu'on ne peut quitter quand on l'a commencée. Le ton devient plus grave à la fin. C'est la déclaration de guerre, c'est la guerre, c'est la chute de l'empire, c'est la fuite de l'impératrice, que la princesse raconte après tant d'autres, mais avec quelques détails nouveaux. Sur la confiance en la victoire que la princesse vit alors, sinon chez Napoléon III lui-même, du moins dans son entourage, sur cette confiance qu'elle ne partageait pas, elle donne des détails qu'aujourd'hui on ne peut lire sans mélancolie. Si Napoléon Ill avait des illusions, il les perdit dès le combat de Forbach. L'impératrice Eugénie montra à M. de Metternich, le mari de la princesse Pauline, une dépêche que t'empereur lui adressa de Forbach, et dans laquelle il lui disait « Rien n'est prêt. Nous n'avons pas suffisamment de troupes. Je nous considère d'avance comme perdus. » Cette dépêche est-elle authentique ? L'a-t-on retrouvée depuis ? Je n'ai pas eu le temps de le rechercher. Mais il est bien probable qu'aux premiers échecs Napoléon III considéra la situation comme désespérée. La princesse a assisté à l'effondrement moral qui précéda l'effondrement physique du régime impérial. Ses souvenirs ne sont pas seulement intéressants et amusant : ils sont utiles, et M. Marcel Dunan a rendu service à l'histoire en les publiant." (A. Aulard, La Révolution française, revue historique, 1923) — "Ces importants souvenirs de l'épouse de Richard de Metternich, ambassadeur d'Autriche à Paris, sont primordiaux, notamment pour mieux connaître la vie à la Cour impériale : le couple faisait partie du cercle d'amis de Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie." (Bourachot, 285)

263.          METTERNICH (Prince de). Lettres du prince de Metternich à la comtesse de Lieven, 1818-1819. Publiées, avec une introduction, une conclusion et des notes par Jean Hanoteau. Plon, 1909, in-8°, lxxiii-420 pp, préface de Arthur Chuquet, sources, index, broché, bon état

            40

"De la liaison du prince de Metternich et de la comtesse de Lieven, dont on jasa fort dans les salons et les ambassades au temps des congrès d'Aix-la-Chapelle et de Vérone, que Chateaubriand révèla au grand public dans les “Mémoires d'outre-tombe”, et que M. Ernest Daudet a confirmée en 1899 par la publication d'un fragment de leur correspondance, M. Jean Hanoteau, dans son introduction et dans sa conclusion, nous raconte les débuts et les vicissitudes. (...) M. H. ne s'est pas contenté de publier et d'annoter avec grand soin les lettres de Metternich. Il a écrit une introduction et une conclusion ofu il nous présente ses deux personnages avant et après leur liaison. (...) Le lecteur conclura de cette rapide analyse que M. H. nous a donné plus et mieux qu'une simple édition de textes. Ses notes sont abondantes et précises, et l'ouvrage est accompagné d'une bonne bibliographie et d'un index." (Pierre Muret, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1910)

264.          NADAUD (Martin). Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon. Edition établie et commentée par Maurice Agulhon. Hachette, 1976, fort in-8°, 557 pp, 8 pl. de gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Né en novembre 1815 dans la Creuse profonde, parti à pied, le 26 mars 1830, pour Paris afin d'y travailler comme aide-maçon, Martin Nadaud adhère quatre ans plus tard à la Société des droits de l'homme, fréquente les écoles gratuites, enseigne la lecture et l'arithmétique à ses camarades, devient compagnon, puis maître compagnon. A la veille de la Révolution de 1848, il conduit les travaux de la mairie du Panthéon. Elu député de la Creuse en 1849, Martin Nadaud est arrêté et emprisonné au matin du 2 décembre 1851. Exilé à Bruxelles, puis en Angleterre, il rentre en France en 1870 et accepte alors d'être nommé préfet de la Creuse par Gambetta. Elu conseiller municipal de Paris en 1871, puis député de l'arrondissement de Bourganeuf en 1876, il se retire sur sa terre natale après sa défaite aux élections législatives de 1889. Témoin de la rude existence des paysans creusois sous la Restauration, partageant la dure vie des maçons migrants sous la monarchie de Juillet, exilé sous le Second Empire avant d'être comblé d'honneurs sous la Troisième République, ami de Blanqui, de Delescluze et de Louis Blanc, Martin Nadaud incarne tout un pan de l'histoire politique et sociale du XIXe siècle. Ces « Mémoires de Léonard », un hommage de piété filiale destiné à ses petits-enfants et publié trois ans avant sa mort, témoignent d'une vie probe et sincère, passée, aux côtés des républicains et des francs-maçons, à éveiller la conscience politique populaire. Ce beau document humain, écrit par celui qui prononça dans son discours du 7 mai 1850 la phrase célèbre « A Paris, lorsque le bâtiment va, tout va », est un classique de la littérature ouvrière.

265.          OZOUF (Mona). L'Ecole, l'Eglise et la République, 1871-1914. Editions Cana, 1982, in-8°, 260 pp, biblio, broché, bon état (Coll. L'Histoire à la une, dirigée par René Rémond)

            25

De 1871 à 1914, l'Église et la République livrent une bataille passionnée autour de la "question scolaire". Dès qu'il s'agit de l'école, les partis politiques retrouvent leurs très anciennes lignes de clivage : les partisans de l'école laïque sont sommés de se soumettre à la discipline "républicaine", en se désistant pour le candidat laïque le mieux placé, l'attachement à "l'école de la République" devant faire taire les autres divergences. A l'opposé, la nostalgie de la loi Falloux et la revendication de la "liberté d'enseignement" cimentent les partis conservateurs. Le problème scolaire a engendré ses mythes et ses symboles : le personnage de l'instituteur dépeint comme un républicain épris de progrès, l'antagonisme de l'instituteur et du curé présenté comme un trait caractéristique de la vie quotidienne française. C'est à travers ces images que se perpétuent, jusqu'à nous, les débats scolaires de la IIIe République.

266.          PALÉOLOGUE (Maurice). Le Destin mystérieux d'un archiduc : Jean Orth. Suivi de Scènes et visages. La Palatine, 1959, in-8°, 163 pp, 4 pl. de portraits hors texte, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            30

Une biographie simple et complète de l'archiduc Jean-Népomucène Salvator de Habsbourg, neveu de l'Impératrice Elisabeth, alias Jean Orth, prince contestataire mal à l'aise dans les boiseries dorées de la cour d'Autriche. Ses rebellions au parfum démocratique lui vaudront d'être banni de la Cour par l'Empereur François-Joseph, au moment où il va perdre cruellement son meilleur ami et cousin, l'archiduc Ferdinand-Salvator, héritier du trône. L'affaire de Mayerling jouera en quelque sorte le rôle de catalyseur en conduira le prince déchu à s'exiler, à bord de la goélette Santa-Margherita. L'auteur retrouvera sa trace en Amérique Latine et « affirme avec certitude que Jean Orth a survécu dix-neuf ans à la date présumée de sa mort (juillet 1890) dans les parages du Cap Horn ». Et de nous décrire la vie frustre d'un gentleman farmer, éleveur de moutons dans les Andes patagoniennes, et connu sous le nom de Fred Otten.

267.          PASQUIER (Chancelier). La Révolution de 1848. Mémoires publiés par le duc d'Audiffret-Pasquier. Plon, 1944, pt in-8°, ix-299 pp, un portrait de Pasquier en frontispice, broché, annotations en marges sur 3 pp, état correct

            20

"Un fragment des Mémoires du chancelier Pasquier relatif aux journées de Février 1848. Récit uniquement politique, qui ne fait allusion ni à la situation économique de la France, ni à ses difficultés sociales, ni à la crise de 1847 ; un modèle d'incompréhension historique." (E. Tersen, Revue Historique, 1949)

268.          PERROT (Philippe). Les dessus et les dessous de la bourgeoisie. Une histoire du vêtement au XIXe siècle. Fayard, 1981, in-8°, 344 pp, 53 gravures dans le texte, notes, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s. sur la page de faux-titre (page déchirée)

            30

"A partir de sources complexes à manier, visuelles comme la peinture, la caricature, les gravures de mode, et écrites comme les journaux de mode, les physiologies et les nombreux traités de savoir-vivre, l’auteur s’attache à retracer l’histoire de l’apparence bourgeoise au XIXe siècle. Il étudie les vêtements de dessus et de dessous de la bourgeoisie parisienne et ceux de la bourgeoisie provinciale et analyse la circulation des modes A cette époque l’habillement est marqué par l’industrialisation, l’essor de la confection et par l’apparition de la grande couture, et est normalisé par les guides de bienséance." (Institut Français de la Mode) — "Philippe Perrot, s'appuyant sur une documentation multiforme que seuls les historiens ont la patience et le talent d'accumuler et d'inventorier, propose une interprétation du port du vêtement au XIXe siècle. Reprenant le concept bourdieusien de la distinction, l'auteur montre comment la démocratisation du vêtement – il n'est plus d'habit obligatoire, réservé à, et distinctif de, la classe sociale ; chacun peut théoriquement s'habiller comme il veut depuis le décret du 29 octobre 1793 – ne pas va sans son corollaire – la distinction – qui maintient clairement les frontières entre classes : la qualité du tissu, de la coupe, de la façon, des fournitures, le port même du vêtement, l'alliance des tons et l'agencement des parties composant l'habit font reconnaître le bourgeois bien-séant du parvenu récent ; assure aussi la distinction le suivi – dans les temps – de la mode, l'ampleur et la variété de la garde robe. Il y a ce qui se fait et ce qui ne se fait pas et de nombreux manuels de savoir-vivre essaient d'expliciter les normes tout en les codifiant, souvent à retardement. Autrement dit encore, le vêtement n'a pas avant tout de fonction utilitaire. Il est signe d'appartenance à une classe sociale, l'habit est aussi signe du corps qu'il masque et dévoile ; jamais peut-être, les vêtements n'ont été autant sexués qu'au XIXe siècle. Le livre de P. Perrot fournit une information complète sur les dessus et dessous de la bourgeoisie au XIXe siècle : entre autres, composition du vêtement, moments et lieux où porter tel ensemble, lieux, circuits et vitesse de diffusion de la mode, avis contradictoires et risibles des médecins sur les effets positifs et négatifs du port de tel ou tel vêtement, du corset en particulier..." (Pierre Dubois, Sociologie du travail, 1982)

269.          [Pléiade] – STENDHAL. Voyages en France. Textes établis, présentés et annotés par Victor Del Litto. Gallimard, 1992, fort in-12, 1664 pp, notices, notes et variantes, biblio, index, reliure plein cuir doré à l'or fin de l'éditeur, rhodoïd, bon état (Coll. Bibliothèque de la Pléiade) (Prix éditeur : 76 €)

            40

Ce volume contient : Mémoires d'un touriste - Voyage en France - Voyage dans le Midi de la France - Appendices. — Dans les années 1830, l'humeur n'est pas au voyage en France. Rome, Naples et Florence, soit. Mais Le Havre, Bordeaux et Nîmes ne retiennent guère l'attention du touriste. Stendhal, fidèle à lui-même, ne fait rien comme tout le monde. À la suite de son ami Mérimée, inspecteur des Monuments historiques, il parcourt le pays et note ses observations. Redevenu sédentaire, il dessine des itinéraires en partie fictifs, pille les récits de voyages qu'il peut trouver, s'invente un double, le Touriste – sans doute le seul marchand de fer de l'histoire de la littérature –, rassemble des historiettes de toute provenance ; rien ne l'effraie : « Oserai-je raconter l'anecdote que l'on m'a contée (...). Pourquoi pas ? Je suis déjà déshonoré comme disant des vérités qui choquent la mode de 1838. » Il fond ces éléments disparates en un tout qui, le génie aidant, est bien autre chose que la somme de ses composantes. Aux jugements portés sur l'extérieur, il ajoute un regard sur soi, la part d'égotisme ; il projette sur les choses vues, entendues ou rapportées une vision personneIle, profonde et légère à la fois, où gît, comme le remarque Astolphe de Custine, « le secret des livres amusants et durables ». Quant au lecteur, il en apprend aussi long sur la France de Louis-Philippe que sur la trinité Beyle-Brulard-Stendhal. Et le charme opère.

270.          PRAVIEL (Armand). L'Aventure de la duchesse de Berri. Hachette, 1925, in-12, 123 pp, imprimé sur beau papier fort, broché, trace de mouillure ancienne au 1er plat de couverture, sinon bon état (Coll. Récits d'autrefois)

            20

"Aventure héroï-comique, qui ressemble à une parodie de la féroce guerre de Vendée, série burlesque d'événements où une princesse royale, à la fois brave et gamine, mène de front, comme les femmes de la Fronde, l'amour et la politique, où ses adversaires et ses vainqueurs, Louis-Philippe, Thiers, Bugeaud s'acharnent vilainement à la déshonorer, comme s'ils prenaient à tâche de discréditer le principe monarchique : voilà le sujet du livre. Récit amusant comme un roman, qui paraît fondé sur une attentive étude des documents, mais qui ne fournit aucune reference." (Georges Renard, Revue d'Histoire du XIXe siècle-1848, 1926)

271.          ROCAL (Georges). 1848 en Dordogne. Editions Occitania, 1933, in-8°, 255 pp, préface d'André Demaison, index, broché, couv. lég. salie, bon état. Edition originale tirée à 520 exemplaires numérotés, celui-ci un des 482 ex. sur vélin Navarre

            30

Tome 1 seul (sur 2). — "Clair exposé des faits. Des détails intéressants et des renseignements sur Bugeaud. L'auteur, par contre, a peu insisté sur le contre-coup des journées de juin en Dordogne, sur l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte et sur les répercussions du Coup d'Etat de 1851. Documentation sérieuse, surtout en ce qui concerne les journaux régionaux et les archives départementales." (Albert Soboul, Quarante-huit, 1948)

272.          ROCHELANDET (Brigitte). Les maisons closes autrefois. Genève, Editions Minerva, 1999, pt in-4°, 143 pp, 109 photos et documents, biblio, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, trace de choc sur un coin, bon état

            30

Etude historique sur les maisons closes à la Belle Epoque, inspirée du journal intime tenu par une fille d'amour entre 1890 et 1906, et fruit d'importantes recherches auprès des archives de la Police des moeurs. Sujet tabou, qui délivre dans l'esprit une succession d'images sordides pour les uns, fascinantes pour les autres. L'histoire des maisons closes est longtemps restée secrète... Table : Historique ; Amour vénal et police des moeurs ; Les maisons closes ; Ouvrir et tenir ; La maison : lieu de vie, lieu de travail ; La vente des femmes : un trafic bien organisé ; Les clients ; Les filles ; Les risques du métier ; Quitter la profession.

273.          ROUSSET (Lt-Colonel Léonce). Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-1871). P., Librairie Illustrée, Jules Tallandier, s.d. (1910-1912), 2 vol. in-4°, (8)-508-xvi et 492-x pp, 62 tableaux, portraits et panoramas hors texte, plus de 500 tableaux et compositions, 217 portraits, plus de 500 documents et photos, 65 cartes et plans, pièces justificatives, reliures demi-chagrin vert, dos lisses ornés uniformément passés, plats de percaline verte décorés de fers dorés, tranches rouges (rel. de l'éditeur), bon état (Ouvrage couronné par l'Académie française)

            180

Iconographie exceptionnelle. Le Lt-Colonel Rousset était professeur à l'Ecole supérieure de Guerre. — "Le détail des opérations militaires dans la guerre contre l'Allemagne est donné d'après un bon plan et avec une précision remarquable. Le commandant Rousset a entrepris le récit complet de ce qu'il appelle « la seconde campagne de France » : les mouvements des armées jusqu'au 15 août ; les batailles sous Metz, Sedan, le blocus et la reddition de la grande place de guerre lorraine ; le siège de Paris ; l'armée du Nord et celle de l'Est. Le récit, puisé aux meilleures sources, est d'une grande clarté. Il fait une place plus grande que celui de M. Lehautcourt aux événements politiques et aux négociations qui ont influé sur la guerre ; il critique aussi davantage, mais en se maintenant strictement sur le terrain militaire. A ce point de vue, son ouvrage est à lire et à méditer, car il contient des leçons que tout le monde, et surtout les grands chefs, devraient avoir toujours présentes à l'esprit." (Ch. Bémont, Revue Historique)

274.          SAPORI (Julien). L'exil et la mort de Joseph Fouché. Entre légende romanesque et vérité historique. Parçay-sur-Vienne, Editions Anovi, 2007, gr. in-8°, 140 pp, préface de Michel Kérautret, 16 illustrations en noir et en couleurs sur 8 pp hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Joseph Fouché, ministre de la Police de Napoléon puis de Louis XVIII, acheva sa vie en exil sur les terres de l'empire autrichien de 1816 à 1820, dans les villes de Prague, Linz puis Trieste, où il mourut des suites d'une pneumonie. Cette période est la moins connue de sa vie. Dès cette époque pourtant commence à se bâtir autour de l'ancien homme d'Etat une légende romanesque dont l'image s'impose aujourd'hui encore à certains historiens : Fouché serait un être surhumain et diabolique, une personne abjecte et sanguinaire... Le destin se devait donc de lui réserver une fin de vie particulièrement misérable et une mort placée sous le signe de la vengeance divine. Qu'en est-il exactement ? Est-il vrai que sa jeune femme l'ait honteusement trahi à Prague avec un bellâtre ? Sommes-nous certains que son cercueil fut renversé par le vent lors de ses obsèques ? Son corps fut-il vraiment enterré assis dans une "baignoire-sabot" ? Historien de la police, Julien Sapori a mené l'enquête. Exploitant une documentation considérable, notamment des archives et publications autrichiennes et italiennes, il nous fait découvrir une réalité plus simple : un Fouché inattendu, bon mari et bon père de famille, vivant son exil paisiblement, bien que soumis à la surveillance tatillonne des sbires de Metternich.

275.          [Second Empire] – Collectif. L'historiographie du Second Empire. Etudes présentées par P. Guiral et E. Témime. Armand Colin, Société d'Histoire moderne, 1974, gr. in-8°, 192 pp, broché, bon état. Numéro spécial de la Revue d'histoire moderne et contemporaine

            25

L'historiographie du Second Empire (Pierre Guiral, Emile Témime) ; La résistance au coup d'État en province (Maurice Agulhon) ; Une source pour l'histoire du Second Empire : les souvenirs du général Desvaux (Marcel Emérit) ; L'opposition au Second Empire dans quelques-unes de ses expressions et représentations littéraires (Anne Roche) ; L'histoire du Second Empire dans « La Curée » (Roger Ripoll) ; Biographie et psychologie sous le Second Empire (Théodore Zeldin) ; Le duc de Momy dans l'historiographie du Second Empire (Thérèse Charles-Vallin) ; Quatre générations d'historiens anglo-saxons devant le Second Empire (Patrick Bury) ; Les historiens anglais et américains et le Second Empire (Denis Brunn) ; La France de 1870 vue par les historiens allemands de l'époque (Pierre-Paul Sagave) ; Les problèmes algériens du Second Empire vus par les historiens français (Annie Rey-Goldzeiger) ; Les historiens devant la politique américaine du Second Empire (Claude Fohlen) ; L'expédition du Mexique d'après les documents et études mexicains (Jean Meyer) ; L'expédition mexicaine de Napoléon III dans l'historiographie française (Guy Martinière) ; Précisions oubliées sur les origines de la guerre de 1870 (Maurice Paz).

276.          TARN (Julien-Frédéric). Le Marquis de Custine, ou les malheurs de l'exactitude. Fayard, 1985, fort in-8°, 815 pp, 4 cartes des voyages de Custine, notes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Pendant plus d'un siècle et demi, le seul nom d'Astolphe de Custine (1790-1847) aura déchaîné fiel, sottise et vilenie. L'aristocrate ? Nanti. L'homme ? Répugnant. Le romancier ? Inexistant. Le voyageur ? Pressé. Le penseur ? Penser, ce réactionnaire, spiritualiste de surcroît ! A retenir tout au plus l'amphitryon – car la "fine fleur" de ses contemporains s'est gobergée chez lui... – et, à la rigueur, sa Russie en 1839, non pour sa valeur intrinsèque, évidemment, mais pour sa commodité contre – peu importe qui – : probité fonctionnelle oblige. Avions-nous là une image fidèle du marquis ? Ou bien l'involontaire autoportrait de son temps (et du nôtre) ? Quatorze ans d'enquête scrupuleuse et passionnée, de recherches minutieuses permettent aujourd'hui de dessiner, preuves à l'appui, la véritable figure d'un être douloureux et secret, trop noble pour son époque, d'un écrivain libre, inclassable, gênant, gravement actuel, que Barbey, Baudelaire, Nietzsche... avaient déjà la faiblesse d'admirer, et quantité d'autres le bon goût de piller ! L'amnésie volontaire des nations n'est pas forcément innocente ; l'indépendance vis-à-vis de la médiocratie se paie à vie et à mort : le "fameux" marquis de Custine nous offre aussi cela – une intraitable leçon de dignité, d'exactitude.

277.          THIERS (Adolphe). Voyage aux Pyrénées et dans le Midi de la France. P., Schubart et Heideloff, 1828, in-8°, 222 pp, 2e édition, broché, couv. salie, traces de mouillures anciennes en marges, état correct. Rare (Labarère, II, 1578)

            60

En 1822, l'Espagne réactionnaire de Ferdinand VII vacille sur ses fondements. Le jeune libéral Thiers, alors journaliste au Constitutionnel, s'engage aux côtés des conservateurs pour une intervention française en Espagne. Il se rend dans le sud de la France à la fin de 1822, et notamment dans les Pyrénées où la France a placé des troupes, car depuis mars 1822, les élections aux Cortès ont porté au pouvoir Rafael del Riego. Ferdinand VII demande l’aide des monarques européens et au Congrès de Vérone, il est décidé que la France interviendra pour rétablir la monarchie en Espagne, ce qu’elle fera en avril 1823... Un texte assez différent des récits contemporains où l'on voit poindre le grand homme politique que deviendra Adolphe Thiers.

278.          TULARD (Jean). Les Révolutions, de 1789 à 1851. Fayard, 1985, fort in-8°, 501 pp, 3 cartes, repères chronologiques, biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Histoire de France, sous la direction de Jean Favier, 4)

            25

Vieux pays soumis à des institutions et à des modes de pensées ancestraux, la France tente de reconstruire la société sur des principes nouveaux. Ce mouvement de fond dépasse largement les limites de la Révolution et de l'Empire ; au-delà du fracas des émeutes et des batailles, du combat d'idées et des luttes parlementaires, c'est l'accession au pouvoir des "notables" – ou de la bourgeoisie – qui fait l'unité des quelques soixante années qui s'écoulent de 1789 à l'échec de la Deuxième République. L'organisation administrative, économique et sociale s'en trouve bouleversée. Sur le plan politique, la déstabilisation de 1789 a été si forte que l'équilibre paraît impossible à trouver. De là les révolutions et les coups d'Etat qui jalonnent l'histoire de cette fin du XVIIIe et de ce début du XIXe siècle.

279.          VOLNEY (Constantin-François CHASSEBOEUF de). Les Ruines ou méditation sur les révolutions des empires, suivies de La Loi naturelle et de L'Histoire de Samuel. P., Garnier Frères, s.d. (v. 1890), in-12, xi-438 pp, nouvelle édition revue avec soin d'après les meilleurs textes et précédée de nouveaux aperçus sur la vie et les ouvrages de l'auteur extraits des Causeries du Lundi, de M. Sainte-Beuve, 2 planches repliées in fine (tableau du ciel astrologique des Anciens et mappemonde), reliure demi-chagrin chocolat noir, dos lisse orné en long, titres dorés, tête dorée (rel. de l'époque), bon état

            40

"La onzième année du règne d'Abd-ul-Hamîd, fils d'Ahmed, empereur des Turks, au temps où les Russes victorieux s'emparèrent de la Krimée et plantèrent leurs étendards sur le rivage qui mène à Constantinople, je voyageais dans l'empire des Ottomans, et je parcourais les provinces qui jadis furent les royaumes d'Égypte et de Syrie. Portant toute mon attention sur ce qui concerne le bonheur des hommes dans l'état social, j'entrais dans les villes et j'étudiais les moeurs de leurs habitants ; je pénétrais dans les palais, et j'observais la conduite de ceux qui gouvernent ; je m'écartais dans les campagnes, et j'examinais la condition des hommes qui cultivent ; et partout ne voyant que brigandage et dévastation, que tyrannie et que misère, mon cour était oppressé de tristesse et d'indignation..." — François Chassebœuf, comte de Volney (1757-1820) entreprit en 1782 un voyage en Orient, apprit l'arabe chez les Druzes dans un couvent du Liban, puis parcourut pendant quatre ans la Syrie et l'Egypte. Envoyé aux Etats généraux en 1789 par la sénéchaussée d'Anjou, il y soutint les idées nouvelles; mais sous Robespierre il fut accusé de royalisme et incarcéré : le 9 thermidor le sauva. II fut nommé en 1794 professeur d'histoire aux Ecoles normales et devint membre de l'Institut lors de sa création. Il fit en 1795 un voyage aux Etats-Unis et y fut bien accueilli, comme ami de Franklin. Il adhéra à la révolution du 18 brumaire, fut nommé membre du sénat conservateur et bientôt après vice-président de ce corps. Gardant néanmoins son indépendance, il s'opposa au Concordat, à l'expédition de St-Domingue, à l'établissement de l'Empire ; après le couronnement, il s'éloigna des affaires et se livra plus spécialement à ses travaux littéraires ; néanmoins, Napoléon le fit comte d'Empire. Il est surtout connu pour son essai intitulé Les Ruines, condamné sous la Restauration et imprimé – clandestinement – par Balzac dans ses jeunes années, où Volney, que son voyage a conduit aux ruines de Palmyre, médite dans la solitude sur les destinées de l'humanité. Un génie lui révèle par avance la révolution qui doit s'accomplir en Occident et le fait assister en esprit au célèbre dialogue entre les religions, comme à celui entre le peuple et la caste des privilégiés : "Soyez les législateurs de tout le genre humain, ainsi que les interprètes de la Nature". C'est l'objet de La Loi naturelle, qui fit suite aux Ruines. Volney fait partie de ces républicains qui se rallièrent à l'Empire. Appliquant sa pensée à l'observation des Indiens qu'il découvre en Amérique, à l'élaboration d'une théorie politique de la liberté institutionnelle, à l'histoire des langues et à leur signification, aux "révolutions des empires" comme aux conflits engagés contre l'empire ottoman, il fonde un authentique républicanisme universaliste qui fleurira un demi-siècle plus tard avec la Troisième République et nourrit encore la vie politique et les débats aujourd'hui.

De 1914 à nos jours

 

280.          BEAUGUITTE (André). Le Chemin de Cocherel. Alphonse Lemerre, 1960, in-12, 266 pp, préface de Maurice Genevoix, broché, papier lég. jauni, bon état (Prix Broquette-Gonin d'histoire de l'Académie française 1960), envoi a.s.

            25

"M. André Beauguitte, étant enfant, a connu Aristide Briand, qui venait plusieurs fois par semaine chez ses parents, rue du Pont-aux-Choux. Aristide Briand dirigeait la Lanterne. Il avait déjà le déplaisir d'écrire qu'il garda toute sa vie. Il était orateur ; son travail était de parler. Il "parlait" donc l'éditorial du lendemain avec Ernest Beauguitte, et celui-ci l'écrivait. Cette familiarité enfantine lui a valu de suivre Aristide Briand dans toute sa vie. Il en résulte ce livre de souvenirs qui confirment des traits déjà connus de Briand, mais en leur ajoutant l'émotion que n'apportent pas les biographies qui sont vue seulement de l'extérieur. La partie la plus intéressante a trait à la carrière de Briand avant son renom d'homme d'État, et plus tard aux heures qu'il passa à Cocherel, sur lesquelles M. André Beauguitte donne des détails émouvants par leur simplicité. Georges Suarez en avait parlé dans son “Briand”, mais il n'avait pas les raisons de M. Beauguitte de connaître le fond des choses. On apprendra aussi dans ces souvenirs un certain nombre de roublardises qui sont – ou qui étaient, je ne sais, – nécessaires dans l'exercice du parlementarisme, comment l'on éconduit les gêneurs en les trompant de promesses que l'on sait que l'on ne tiendra pas. Un chapitre entre autres, Comment Briand formait un ministère, est à cet égard instructif. A cette occasion M. Beauguitte évoque des collaborateurs de Briand, comme Gilbert Peycelon, qui lui fut dévoué, et M. Alexis Léger... Il y a chez Barrés, écrit au moment où il menait sa campagne des Églises, un portrait de Briand représenté comme un endormeur qui refusait les grands conflits. A lire M. Beauguitte, en particulier sur cette époque de la Séparation, cette volonté était une volonté de mesure. Ce fut elle qui l'opposa pendant la guerre aux audaces de Clemenceau. On lira un chapitre où l'on entend Clemenceau dire qu'il n'avait jamais connu de moment plus "délicieux" que celui qu'il vient de passer en avant des lignes, sous les balles, à l'effroi de sa suite. On le comparera à un mot de Briand regardant défiler des soldats et disant que devant le spectacle de ces hommes il est impossible d'accepter que la guerre pût durer une heure de plus qu'il ne sera nécessaire..." (Le Monde, 23 juillet 1960)

281.          BERL (Emmanuel). Essais. Le temps, les idées et les hommes. Textes recueillis et choisis par Bernard Morlino et Bernard de Fallois. Julliard, 1985, fort in-8°, 773 pp, biographie de Berl par Bernard Morlino in-fine (57 pp), broché, couv. illustrée, bon état

            20

Auteur d'une vingtaine de livres et de plusieurs centaines d'articles, parent de Bergson et de Proust, ami de Drieu La Rochelle et de Malraux, Emmanuel Berl a occupé une place importante dans la littérature de l'entre-deux-guerres. Il est aujourd'hui très injustement oublié. Voici l'occasion de découvrir un des "grands méconnus" de ce siècle. Modèle d'esprit critique, sans conformisme, sans sectarisme, sans dogmatisme, il est un représentant très original de la pensée libérale. Il est aussi, par l'acuité de son jugement et la limpidité du style, un grand moraliste français. Essayiste, historien, pamphlétaire, journaliste politique, écrivain d'art, mémorialiste, Berl a touché à beaucoup de genres. Il passe de Tamerlan à l'affaire Dreyfus, d'un cours de Bergson à une lecture de Simone Weil, de la sagesse de Goethe à l'amour chez Proust, de la Kabbale à la psychanalyse. Il lit, il regarde, il écoute, il réfléchit, il commente. A travers mille anecdotes, portraits, souvenirs ou citations, il s'interroge aussi sur l'oubli, le progrès, le langage, la culture, la réflexion, la mort. Il avait un goût extrême de l'amitié. Dans les hommages qu'il a rendus à tel ou tel de ses amis – Daniel Halévy, Martin du Gard, Camus et bien d'autres –, c'est lui que nous voyons comme dans un miroir. Dans ces textes, classés par thèmes mais si divers, on trouvera le meilleur de Berl. Car il n'est jamais plus frappant que quand il réagit à une lecture ou à un événement, passant de la réaction à la réflexion et s'élevant avec facilité à l'essentiel. Il faut lire les écrivains morts non pour les juger mais pour la nourriture qu'ils nous apportent. La lecture de Berl est l'une des plus enrichissantes qui soient. Elle nous permet de rencontrer l'un des esprits les plus complets, les plus intelligents, les plus justes de notre temps.

282.          BEUCLER (André). Les instants de Giraudoux et autres souvenirs. Genève, Milieu du Monde, 1948, pt in-8°, 210 pp, un portrait photo de Giraudoux en frontispice, broché, bon état

            25

N'ayant jamais cessé de fréquenter Jean Giraudoux de 1925 jusqu'à sa disparition, André Beucler (1898-1985) peut évoquer, avec le même bonheur, la voix et le regard du sportif, du diplomate, du commissaire à l'Information, de l'auteur dramatique, mais essentiellement de l'ami. — "... Beucler le mémorialiste n'a jamais cessé de passionner les amateurs d'histoire littéraire. Dans “Les instants de Giraudoux”, il réussit ce à quoi aucun biographe ne peut prétendre : il procède à une résurrection. Giraudoux s'anime sous nos yeux; nous le voyons à table avec Saint-Exupéry, au buffet de la gare de Lyon avec Albert Thibaudet, au Commissariat général à l'Information, à Vichy, dans Paris occupé ; nous entendons sa « voix faussement indifférente, faussement éraillée ». Le chapitre le plus mémorable raconte le coulage d'une bielle en rase campagne et en pleine nuit. Jusqu'à l'arrivée d'une dépanneuse à l'aube, Giraudoux enchaîne les envolées lyriques sur le réseau fluvial français, sur les provinces françaises, sur la civilité française, sur les fromages français. Et il conclut : « Restent les vins. Ce sera pour une seconde panne.» Tout Giraudoux est résumé dans ces vingt pages : l'éternel premier de la classe qui croit encore vivre dans le premier pays du monde." (Didier Sénécal, L'Express, 1995)

283.          BODIGUEL (Jean-Luc). Les anciens élèves de l'ENA. Presses de la FNSP, 1978, gr. in-8°, 271 pp, 55 tableaux (graphiques et carte par André Leroux), annexes, broché, couv. à rabats, C. de bibl., bon état (L'ENA, vol. Sociologie)

            25

"Jean-Luc Bodiguel a minutieusement mis en fiche tous les anciens élèves de l'ENA jusqu'en 1969 (origine, carrière...) et établi de nombreux tableaux et graphiques, dont certains fort originaux (ainsi les typologies des différents emplois). Il peut en conclure, sans démenti possible, que la diversification sociale a, en grande partie, échoué et que l'unité du recrutement n'a pas suffi à unifier la haute fonction publique. (...) On aimerait, après cet ouvrage et celui de Marie-Christine Kessler, ne plus entendre dire n'importe quoi sur l'Ecole nationale d'administration. Malheureusement subsiste un état d'esprit selon lequel l'Etat est la chose du prince et ne doit pas être étudié de trop près, d'où la conception très restrictive des enseignements et réflexions concernant l'administration." (Jeanne Siwek-Pouydesseau, Revue française de science politique, 1979)

284.          BRASSAI (Gyula Halasz, dit). Marcel Proust sous l'emprise de la photographie. Gallimard, 1997, in-8°, 176 pp, 16 photographies de l'auteur sur 16 pl. hors texte, broché, bon état (Coll. Blanche). Edition originale

            20

Partant du fait notoire que Proust était, dans la vie, un passionné, un fou de la photographie, Brassaï a découvert qu'elle avait une forte influence sur sa formation artistique et sur son art. La photographie est partout présente dans la Recherche. Elle joue souvent un rôle décisif dans les mille drames qui la composent : de la mésentente entre le duc et la duchesse de Guermantes révélée à propos de la photographie géante des monnaies de l'ordre de Rhodes, jusqu'à la photographie de Charlus qui suffit à mettre Morel en fuite. Allant plus loin, Brassaï découvre une relation entre la photographie et l'art même de Proust. Il voit dans sa technique narrative des changements de perspective, d'angle optique, des cadrages. Et surtout il rapproche la mémoire involontaire de l'image latente, telle qu'elle apparaît dans le bain du révélateur. Proust lui-même fait de la photographie une métaphore de la mémoire involontaire. C'est dans la photographie, née elle aussi du désir d'arrêter l'instant, pour le fixer à jamais dans une sorte d'éternité, que Proust a trouvé sa meilleure alliée. — Dessinateur, sculpteur, écrivain, photographe, Brassaï était un artiste protéiforme Né hongrois le 9 septembre 1899 sous le nom de Gyula Halász, Brassaï arrive en France à l'âge de trois ans. Pendant un an, son père va enseigner la littérature à la Sorbonne. Puis la jeune famille repart pour Budapest. À l'école des Beaux-arts, Brassaï étudie la peinture et la sculpture. La Première Guerre mondiale éclate. Il servira dans la cavalerie austro-hongroise. Au début des années 20, on retrouve un Brassaï journaliste qui poursuit ses études aux Beaux-arts de Berlin. En 1924, Brassaï revient définitivement à Paris, s'installe à Montparnasse et retrouve le journalisme, un bel angle pour aborder la photographie. Il rencontre Jacques Prévert, Henry Miller, Eugène Atget, Raymond Queneau, Robert Desnos, le Tout-Paris. Il photographiera Salvador Dali, Matisse, Picasso, Jean Genet, et encore Paris. Il devient cinéaste. Son film, Tant qu'il y aura des bêtes, reçoit au festival international de Cannes le prix du Film le plus original en 1956. Mais Brassaï est aussi auteur. Lui qui sait si bien capturer la poésie urbaine, il la transcrira également dans l'écriture. En 1961, Brassaï pose ses appareils photos, et reprend la plume et la sculpture. Il publiera Conversation avec Picasso (1964), Le Paris secret des années 30, Souvenirs de ma vie... En 1984, Gyula Halász s'éteint à l'âge de 84 ans. Il est, naturellement, enterré au cimetière de Montparnasse.

285.          CAMUS (Marie-Hélène). Lune de Miel chez Fidel Castro. Fayard, 1960, pt in-8°, 202 pp, photographies de Daniel Camus, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale, ex. du SP, prière d'insérer joint

            20

"Pour l’anecdote, on exhumera un livre de Marie-Hélène Viviés-Camus et du photographe Daniel Camus, qui ont connu La Havane avant la chute et la fuite de Batista... à quelques heures près. Le couple, qui s’était marié à Paris le 2 décembre, était arrivé à Rancho Boyeros le 31 décembre 1958, venant de New-York à bord d’un vol Cubana Airlines, pour un voyage de noces à La Havane. Ils ne parlaient pas l’espagnol. Ils savaient peu de choses sur Cuba. Si ce n’est que « depuis quelques années un jeune intellectuel barbu a gagné le maquis, gagnant à sa cause un nombre sérieux de paysans qui ont constitué sous ses ordres une véritable armée pour lutter contre l’actuel gouvernement et « libérer le pays de la tyrannie ». Nous savons que le chef rebelle s’appelle Fidel Castro, car la presse mondiale a parlé de lui quand il a fait enlever à La Havane le coureur automobile Fangio qui devait participer au circuit de la ville, en février 1958. Mais nous ne savons même pas le nom du Président actuel, un dictateur ». « Ça a l’air de se corser, dit Daniel Camus, que l’odeur de la poudre excite toujours. Tu sais Bébé, si on peut prendre des contacts avec un réseau rebelle, j’irais bien faire un tour avec eux dans le maquis pour voir comment ils font la guerre. Il ne faut jamais perdre de vue que nous sommes avant tout des journalistes. On ne peut pas rester simples touristes quand on tombe sur une histoire aussi extraordinaire ! » Mais il est trop tard pour la Sierra. Fidel Castro et ses hommes, descendus des maquis de la Sierra, s’apprêtait à prendre la ville de Santiago... Le 8 janvier il entrait à La Havane. A défaut de Sierra Maestra et de rencontre éventuelle avec Fidel Castro, Marie-Hélène Viviés et Daniel Camus adressèrent à Paris-Match leur reportage à La Havane qui fut publié dans le numéro du 10 janvier 1959." (Michel Porcheron)

286.          CARREL (Dr. Alexis). L'Homme, cet inconnu. Plon, 1944, pt in-8°, viii-400 pp, broché, bon état

            25

"Un beau titre. Un livre autour duquel on a fait beaucoup de bruit à cause de la personnalité de son auteur, l'un des grands noms de la physiologie contemporaine. Œuvre certes exceptionnellement riche, et aussi singulièrement décevante. Reprenons quelques-uns des thèmes essentiels du Docteur Carrel. La crise d'aujourd'hui est dans l'homme, qui ne peut plus s'adapter à la civilisation mécanique et industrielle, que son génie a créée. L'homme s'est fait une existence artificielle et inhumaine. Une révolution s'impose au nom de la personne humaine contre une civilisation matérialiste. Le mal est venu de l'avance prise par les sciences de la matière sur les sciences de la vie et les sciences de l'homme. Idée chère à Bergson, et le Dr Carrel sait rendre pleine justice aux intuitions de l'Évolution Créatrice. L'homme donc ne se connaît pas lui-même et ignore tout le parti qu'il pourrait tirer de son être biologique et spirituel. A l'édification de la science de l'homme, le Dr Carrel apporte d'abord la contribution de sa compétence biologique. Les pages sur le corps humain, le temps physiologique ou les activités adaptives sont passionnantes d'intérêt et de vie. L'auteur a des formules très heureuses pour montrer la différence de nature entre une machine et un corps vivant... Toute philosophie mécaniste est donc incapable de comprendre la vie. Mais le Dr Carrel ne se contente pas d'une étude de l'homme biologique ; il veut esquisser une science de l'homme total. Et ses intentions sont excellentes : il ne sacrifie pas la vie de l'esprit et il aime à répéter que le sens moral, le sens esthétique ou le sens religieux sont au moins aussi réels que la fonction digestive ou la fonction respiratoire. (...) Mais il y a plus grave : le Dr Carrel essaie de couronner son œuvre par une philosophie et une morale, et lui qui a si heureusement dénoncé les ravages faits en biologie par un parti pris matérialiste ne peut s'empêcher de voir les choses de l'esprit d'un point de vue purement biologique. Il y a dans son programme autant d'équivoques que d'idées justes. Il convient, dit-on, de rendre une race biologiquement forte et la volonté que l'on veut former est celle qui n'exprime que les puissances de la chair et du sang. Reconstruire l'homme par une discipline sportive bien comprise, espérer que la science eugénique de demain connaîtra l'art d'améliorer la race, telle est la maigre conclusion de tant de science. Partout donc une morale biologique et qui finit par aboutir à un immoralisme naïvement avoué : colère contre le dogme démocratique de l'égalité des hommes, discussion de la sollicitude dont la société fait preuve à l'égard des fous ou des malades incurables (après tout, il y a certains moyens euthanasiques, propres et discrets, qui pourraient débarrasser à bon compte la société de cette charge), mépris à l'égard du prolétariat dont le triste sort n'est que la juste consécration d une déchéance biologique, c'est tout un nietzschéisme qui se développe, ou plutôt un darwinisme : si la société n'entravait pas la lutte pour la vie, par ses hôpitaux, ses maternités et ses lois sociales, nous assisterions aux triomphes des plus aptes, c'est-à-dire sans doute des plus beaux barbares..." (Étienne Borne, revue Esprit, 1936) — "L'homme Carrel (1873-1944) mérite d'être connu. Prix Nobel de médecine en 1912, il fait paraître en 1935 cet ouvrage qui connaîtra un franc succès, dans lequel il se fait le champion de l'eugénisme (plutôt américain et plutôt positif, disent ses laudateurs – vivent les « biens doués » et les « forts » !). Mais Carrel est aussi l'héritier, par une sorte d'imprégnation logique à fondement social-darwiniste, ainsi que le montre Patrick Tort, de l'hygiène raciale allemande, creuset idéologique du nazisme. En 1941, il revient de New York pour se mettre au service de Pétain et de l'État de Vichy, qui lui permet de créer enfin sa « Fondation » à objectifs eugénistes. Carrel était en particulier obsédé par les malades mentaux..." (Armand Ajzenberg, L'Homme, 1994)

287.          CHALON (Jean). Le lumineux destin d'Alexandre David-Néel. Perrin, 1985, in-8°, 498 pp, 8 pl. de photos hors texte, broché, un portrait d'A. D.-N. en médaillon au 1er plat, bon état

            20

"Dans ce livre, j'ai voulu surtout respecter le rythme de ce destin galopant. C'est d'ailleurs l'un des secrets de cette vitalité alexandrine qui tient du prodige : Mme David-Néel ne s'est jamais arrêtée. Comment en aurait-elle eu le temps ? Elle s'incarna, en une seule existence, en tant de personnages : anarchiste, bourgeoise, bouddhiste, cantatrice orientaliste, exploratrice (elle fut la première parisienne à pénétrer à Lhassa en 1924), journaliste, écrivain... Comment aurait-elle pu perdre un instant alors que sa vie, sa vraie vie selon ses plus profonds désirs, ne commença qu'à 43 ans ? Quelle leçon de patience et d'endurance ! Bondissant sans cesse en avant, sans cesse en mouvement, même quand on la croit immobilisée à sa table de travail, celle qui, centenaire, faisait, à l'étonnement de son entourage, renouveler son passeport, n'a consenti à se reposer qu'en consentant à mourir, en 1969. Et encore, rien ne prouve que la mort, pour Alexandra, soit un repos éternel !" (Jean Chalon) — "Alexandra David-Néel est une personnalité contrastée et complexe. Personnage hors du commun, elle a mené une vie très active, très longtemps. Hors du commun, elle l’est d’abord par sa longévité exceptionnelle, puisqu’elle meurt en 1969 à presque 101 ans. L’œuvre d’Alexandra David-Néel peut se répartir en cinq genres différents : les travaux scientifiques de l’orientaliste, livres et articles ; les ouvrages de vulgarisation des doctrines bouddhiques, tantriques et taoïstes ; les reportages issus des grands voyages ; les romans qui placent leurs intrigues dans le cadre des civilisations explorées par l’auteur ; enfin, la correspondance qui ouvre les portes des savants en Europe, des monastères et des ermites en Asie, celles des autorités européennes toujours précieuses pour la voyageuse, correspondance qui, ensuite, maintient les liens et sert de base au « journal » de voyage." (Hélène Duccini, La « gloire médiatique » d'Alexandra David-Néel, 2007)

288.          CORVAL (Pierre). Le Maroc en révolution. P., Bibliothèque de l'Homme d'Action, 1956, in-12, 160 pp, préface du général Catroux, broché, bon état, envoi a.s.

            25

"Le livre de Pierre Corval offre un historique des événements qui du Maroc enfiévré de 1953 ont conduit au Maroc en révolution de 1956. Cette révolution, Pierre Corval, qui fut conseiller de l'Union française, permet de la mieux comprendre en évoquant également les forces trop longtemps ignorées, trop longtemps contraintes à la clandestinité, et qui aujourd'hui façonnent un pays nouveau. Son étude sera d'un grand secours à tous ceux qui au jour le jour n'ont pu suivre la succession des faits, à ceux aussi qui cherchent un fil conducteur à travers des événements passablement complexes. Sympathique aux nationalistes, l'ouvrage s'achève néanmoins sur une mise en garde et des conseils de prudence. Il est précédé d'une préface du général Catroux, analyse dense et lucide des erreurs d'hier, des espoirs de demain. On s'étonnera toutefois qu'au nombre des "forces antagonistes" le général Catroux ait cité aux côtés de l' "Armée de libération" et de la vague panislamique l'Union marocaine du travail. Faudrait-il donc condamner cette poussée syndicale qui, au Maroc comme en Tunisie, favorisera une nécessaire évolution sociale ? Même si, dans la période révolutionnaire que Maroc et Tunisie ne pouvaient pas ne pas traverser, ce syndicalisme lui aussi libéré se manifeste avec quelque turbulence ?" (Le Monde, 27 juillet 1956) — "Collaborateur de divers journaux, M. Pierre Corval est de ces journalistes qui, dans leur attitude passée à l’égard du problème marocain. se sont inspirés de ce mot de Léon Bloy, placé en exergue de son ouvrage ’ « On est toujours du bon côté auand on est avec ceux qui souffrent la persécution et l’injustice. » Aussi ne sera-t-on point surpris de trouver dans cet ouvrage des jugements sévères sur la politique française au Maroc." (Le Monde diplomatique, août 1956)

289.          COURTOIS (Stéphane), Nicolas WERTH, Jean-Louis PANNÉ, et autres. Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression. Laffont, 1998, in-8°, 922 pp, 32 pl. de photos hors texte, 6 cartes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bouquins)

            20

Comment un idéal d'émancipation, de fraternité universelle, se retourna-t-il au lendemain même d'octobre 1917 en doctrine de la toute-puissance de l'Etat, pratiquant la discrimination systématique de groupes sociaux ou nationaux entiers, recourant aux déportations de masse et trop souvent aux massacres gigantesques ? Quatre-vingts ans après le coup d'Etat bolchevique, une équipe d'historiens et d'universitaires a entrepris, continent par continent, pays par pays, de dresser le bilan le plus complet possible des méfaits commis sous l'enseigne du communisme : les lieux, les dates, les faits, les bourreaux, les victimes. “Le Livre noir du communisme” a suscité dès sa parution un débat qui a traversé nos frontières. C'est, sur une tragédie planétaire, le premier livre de référence. — "C'est pour la première fois en un seul volume un panorama international complet du communisme dans toute son étendue géographique et chronologique." (Jean-François Revel, Le Point) — "Le Livre noir éclaire d'une lumière noire le totalitarisme le plus durable de notre siècle. C'est une lecture, éprouvante et nécessaire." (Bruno Frappat, La Croix) — "Lisons-le en silence, en imaginant la réalité de ce qu'il nous dit [...] sur la réalité engendrée par une utopie mortifère qui a exploité le meilleur et le pire de l'être humain." (Jacques Amalric, Libération)

290.          DAUM (Pierre). Ni valise, ni cercueil. Les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance. Arles, Editions Solin et Actes Sud, 2012, gr. in-8°, 430 pp, préface de Benjamin Stora, chronologie, filmographie, biblio, broché, couv. illustrée, soulignures crayon, bon état

            20

Le 5 juillet 1962, l’Algérie devient indépendante. Huit cent mille Pieds-noirs prennent le chemin de l’exil, mais deux cent mille font le pari de l’Algérie algérienne. Ceux-là, qui les connaît ? Depuis un demi-siècle, les seules voix audibles sont celles des Rapatriés de 1962. Et parmi eux, qui entend-on le plus souvent ? Les plus nostalgiques de l’Algérie française, ceux qui affirment qu’ils sont “tous partis”, et qu’ils n’avaient le choix qu’entre “la valise ou le cercueil”. Or, ces affirmations sont fausses. La seule présence, attestée par les archives, de ces deux cent mille Pieds-noirs présents en Algérie en 1963, le prouve amplement. Pierre Daum est parti à la recherche de ces hommes et de ces femmes restés dans leur pays après 1962. Certains en sont partis cinq ans plus tard, ou dix ans, ou vingt ans. De nombreux y sont morts, heureux de reposer dans la terre où ils sont nés. Aujourd’hui, quelques centaines y vivent encore. Aucun ouvrage ni aucun article, ou presque, n’en a jamais parlé. Preuves vivantes qu’un autre choix était possible, ils ont toujours été, au mieux, ignorés des Pieds-noirs de France. Au pire, ils ont été considérés comme “traîtres” pour être restés vivre avec les “Arabes”. Mêlant archives et témoignages inédits, ce livre permet de se plonger, à travers la vie de quinze témoins choisis pour la diversité de leurs origines et de leur parcours, dans les cinquante années de l’Algérie indépendante. Des années exaltantes quoique difficiles, dans un pays qui ne tint pas ses promesses de pluralisme et de démocratie. Un pays en butte au sous-développement, marqué par les blessures jamais cicatrisées de son passé colonial. Après Immigrés de force (Actes Sud, 2009), son premier livre-révélation sur les travailleurs indochinois de la Seconde guerre mondiale, unanimement salué par la critique, Pierre Daum nous livre une nouvelle enquête, passionnante et rigoureuse, sur un aspect inconnu du passé colonial de la France.

291.          DE HAAN (Jacob Israël). De notre envoyé spécial à Jérusalem : Au coeur de la Palestine des années vingt. Chroniques parues dans l'Algemeen Handelsblad d'Amsterdam (de 1919 à 1924). Waterloo, André Versaille, 2013, gr. in-8°, 268 pp, édition présentée et établie par Nathan Weinstock, ouvrages cités, index, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Enthousiasmé par la perspective de participer à l'édification d'un Foyer national juif, Jacob Israël de Haan quitte sa Hollande natale en 1919 pour s'installer à Jérusalem. Ce poète, romancier et juriste y renoue avec la foi ancestrale et se lie à la mouvance juive ultra-orthodoxe. Au point de s'en faire le porte-parole lorsque ce courant dissident entre en conflit avec la direction sioniste. Devenu la cible d'une haine implacable, il sera abattu, en pleine rue, en 1924. En tant que correspondant du quotidien amstellodamois Algemeen Handelsblad, de Haan a laissé derrière lui près de 400 reportages rédigés sous forme de feuilletons quasi quotidiens de « choses vues » et de faits vécus en Terre Sainte, tant en milieu juif qu'arabe. Ces échos, qui comprennent notamment des interviews des leaders nationalistes arabes de l'époque, constituent - dans l'esprit du précepte d'Albert Londres « porter la plume dans la plaie » - une chronique fascinante de la vie palestinienne au cours des années 1919-1924 et nous offrent une vue aussi pénétrante que personnelle des « travaux et des jours » de sa population composite à l'époque du mandat britannique. Les commentaires, à l'occasion acerbes, y alternent avec des observations captivantes, une ironie parfois féroce avec des passages poignants. Notamment lorsqu'il décrit les mouvements arabes de protestation qui virent au pogrom sanglant ou quand il fait état de lettres le menaçant de mort. Des reportages passionnants qui restituent admirablement le climat et l'ambiance de l'époque, et qui sont à mettre dans la lignée de ceux de Joseph Kessel ou d'Albert Londres.

292.          DEMEY (Evelyne). Paul Reynaud, mon père. Plon, 1980, gr. in-8°, 332 pp, 16 pl. de photos hors texte, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Les Carnets de prison et de détention de Paul Reynaud, publiés ici pour la première fois, les luttes politiques d'après 1945 et jusqu'à sa mort, et en annexe la correspondance adressée par Charles de Gaulle à Paul Reynaud (près de 70 lettres pour la plupart inédites). — La figure de Paul Reynaud est à jamais liée à un moment crucial de notre Histoire. Appelé – trop tard – au poste suprême dans les jours tragiques de 1940, c'est lui qui plaça sur l'échiquier politique à la fois Charles de Gaulle et Philippe Pétain. Si, malgré des divergences sensibles après la guerre, il admira toujours le premier, il s'aperçut vite qu'il s'était fait sur le second de cruelles illusions. Ses Carnets de prison et de détention, publiés ici pour la première fois, constituent à ce sujet un document irremplaçable : Paul Reynaud s'interroge, avec une lucidité exemplaire, sur sa politique et sur les hommes qui l'ont abusé ; ces pages sont aussi un document humain poignant où l'on voit un homme résister moralement, spirituellement et intellectuellement à la réclusion, en France d'abord, puis en Allemagne et en Autriche. Les luttes politiques d'après 1945 et jusqu'à sa mort sont, pour la première fois, évoquées dans toute leur ampleur. Le talent de Paul Reynaud, sa fougue, sa combativité, sa détermination, son éloquence, sa virtuosité, ses vues audacieuses sur le monde, tout cela est montré de façon prenante dans ce beau portrait, à la fois généreux et juste. Et l'on y découvre un homme qui aimait la vie à la passion, qui avait le sens du bonheur et le goût de la culture. Faut-il ajouter qu'Évelyne Demey, qui est la fille de Paul Reynaud, était la personne la mieux placée pour nous faire pénétrer dans l'intimité de ce grand indépendant ? Ce lien et les confidences qu'elle rapporte donnent à ce livre un ton incomparable. Un grand document d'Histoire contemporaine que vient encore enrichir la Correspondance – près de soixante-dix lettres pour la plupart inédites – adressée par Charles de Gaulle à Paul Reynaud. (4e de couverture)

293.          DOLY-LINAUDIÈRE (Guy). L'imposture algérienne. Lettres secrètes d'un sous-lieutenant de 1960 à 1962. Filipacchi, 1992, gr. in-8°, 295 pp, préface de Raoul Girardet, annexes, broché, pt accroc sans gravité au 1er plat, bon état

            25

19 mars 1962 : les accords d'Evian ratifient l'indépendance de l'Algérie. Dès lors, ce fut l'hallali pour tous les Français d'Algérie qui avaient eu la naïveté de croire au discours prononcé par de Gaulle à Mostaganem en 1958 : Vive l'Algérie française ! – Trente ans plus tard, en 1992, l'Algérie souffre toujours, déchirée par ses contradictions historiques et culturelles, ses désordres économiques et sociaux, son incompatible aspiration à un Etat laïque démocratique et moderne, malgré la tentation toujours présente d'un Etat religieux dans la tradition islamique, incarnée aujourd'hui dans la percée foudroyante du FIS. Il aura fallu trente ans au colonel Guy Doly-Linaudière pour accepter de rendre publiques les lettres qu'il adressa à sa mère depuis l'Algérie, conservées jusqu'à ce jour dans le secret d'un coffre. Jeune sous-lieutenant, saint-cyrien de la promotion Terre d'Afrique, il est affecté en 1960 dans le Constantinois, où il traque les fellaghas dans un terrain montagneux et difficile. Il vit avec intensité dans Alger le putsch d'avril 1961 puis, avec son régiment, rejoint Oran où il est témoin au printemps et en juillet 1962 de l'assassinat de la ville et des derniers jours du combat pour l'Algérie française. Les actions auxquelles il a été mêlé n'ont pas altéré sa fougue et sa foi, mais s'y est ajouté peu à peu le goût de l'amertume propre aux trahisons. Submergé par la sanglante confusion d'une décolonisation men& en catastrophe, comme tous les fidèles à l'Algérie française, il découvre, effondré, la seule issue honteuse et dérisoire proposée : la valise ou le cercueil. Paradoxalement surnommé, vingt ans après, le "colonel rouge", combattant des guerres d'idées de notre époque, Guy Doly-Linaudière garde cette blessure vive et sanglante au fond de ses tripes. A travers ses lettres sans tiédeur ni prudence, avec l'ardeur et la passion d'un jeune soldat confronté aux tueries d'une guerre révolutionnaire qui ne saurait être belle nulle part, il raconte sa vérité. Et n'hésite pas à faite tomber les idoles... Certes, les formulations sont brutes, les affirmations tranchantes. Point d'analyse. Car il s'agit d'un sursaut instinctif en pleine mouvance de l'histoire. Un document à lire sans a priori où l'on découvre toute la furieuse réalité de cette imposture algérienne qui demeure encore cette plaie béante imprimée au fer rouge sur notre Histoire.

294.          DOUILLET (Joseph). Moscou sans voiles. (Neuf ans de travail au pays des Soviets). P., Editions Spes, 1928, in-12, 252 pp, broché, couv. lég. salie, papier lég. jauni, bon état. Rare

            60

Joseph Douillet, Consul de Belgique en Russie, puis fondé de pouvoirs du professeur Nansen, haut-commissaire de la SDN, pour le sud-est de l'URSS, passa 26 ans en Russie tsariste, puis 9 ans sous le régime des Soviets, d'où il ramena ce témoignage indigné. Le livre est par ailleurs justement célèbre pour avoir été la principale documentation d'Hergé pour "Tintin au pays des Soviets".

295.          FARÈS (Abderrahmane). La cruelle vérité. L'Algérie de 1945 à l'indépendance. Plon, 1982, gr. in-8°, 251 pp, 16 pl. de photos hors texte, broché, couv. illusttrée, bon état

            30

De la première Assemblée nationale constituante française (député inscrit au groupe socialiste) à l'indépendance de l'Algérie en passant par ses rencontres avec le général de Gaulle (qui lui proposa d'être ministre d'Etat), les dirigeants du F.L.N., et ses contacts secrets qui aboutirent à l'arrêt des attentats de l'O.A.S., dans ce récit qui éclaire l'affaire algérienne de 1945 à 1962, Abderrahmane Farès nous livre sa vérité sur les chemins difficiles de l'indépendance – même si c'est parfois une « cruelle vérité ». Sa clairvoyance, comme sa détermination qui lui coûta la prison en France et en Algérie, donnent à ses mémoires et à ses révélations tout leur prix. — "Sous ce titre inquiétant, A. Farès a seulement voulu rappeler ce que fut son itinéraire politique de 1945 à l'indépendance de l'Algérie. Ce sont donc des mémoires politiques dans lesquels l'ancien président de l'exécutif provisoire de l'État algérien apporte sa part de vérité, sans modestie excessive mais avec une louable concision et une grande clarté d'exposition. Sa carrière fut, il est vrai, à certains égards exceptionnelle. Le jeune Kabyle, né à Akbou en 1911 dans une famille modeste, fut le premier notaire algérien non naturalisé, le premier président musulman d'un conseil général et devint le président de l'Assemblée algérienne. De Gaulle lui proposa d'être ministre d'État dans son gouvernement de 1958 et fit de lui le chef du gouvernement provisoire franco-algérien de 1962. L'homme apparaît dans ces mémoires aussi bon diplomate qu'avisé politique, courageux, déterminé et habile. Ce sont là des qualités rares qui font oublier une certaine satisfaction de soi. L'historien aura cependant quelque peine à utiliser ces mémoires vivants et intéressants où l'art du mémorialiste l'emporte à l'évidence sur « la cruelle vérité » du témoignage. Je n'en donnerai qu'un exemple : Abder-rahmane Farès, député socialiste, défendit avec éloquence à la Constituante, le 5 avril 1946, le principe du collège unique contre les députés colons et les représentants des partis communistes français et algérien, tous partisans du double collège. Il y gagna une solide réputation de jacobin égalitaire et s'affirma jusqu'en 1956 comme le partisan déclaré d'une politique d'intégration. Pourquoi écrit-il dès lors avoir soutenu cette revendication égalitariste uniquement pour contraindre les dirigeants français à avouer leur imposture et à s'orienter vers la reconnaissance de l'indépendance de l'Algérie ? Quoi qu'il en soit, A. Farès se rallia secrètement aux thèses du F.L.N. en 1956 et déclara plus courageusement au Monde, le 25 septembre 1956 : « L'interlocuteur valable, c'est le F.L.N. » L'historien fera pourtant son profit de diverses notations que d'aucuns pourront appeler des révélations. Ainsi Farès rapporte-t-il que le 12 juin 1958 de Gaulle lui révéla le but de sa politique algérienne : « Ce sera l'indépendance en coopération avec la France après référendum. » Mais s'il convient que son refus d'entrer dans le gouvernement du général lui fût dicté par le F.L.N., on doute un peu que ce fût à son instigation que Abbâs fut invité à Paris. Ce dernier refusa d'ailleurs «cette invitation prématurée». C'est sur la période de l'Exécutif provisoire que les mémoires de A. Farès sont le plus détaillés et apportent le plus. On retiendra sa version des prétendus accords O.A.S.-F.L.N., en fait de simples conversations entre Susini et Farès, où celui-ci obtint d'abord une trêve, puis une cessation des combats, sans rien accorder en échange. On sait que l'Algérie indépendante n'utilisa pas longtemps les talents politiques de A. Farès. Emprisonné à Fresnes par les Français, il fut arrêté par les Algériens le 7 juillet 1964 et interné à In-Salah jusqu'au 7 juin 1965. Quelques jours plus tard, le colonel Boumedienne prenait le pouvoir et A. Farès renonçait sagement à toute vie politique." (Charles-Robert Ageron, Revue française d'histoire d'outre-mer, 1984)

296.          FERRO (Marc). La Révolution de 1917. Aubier, 1967-1976, 2 vol. pt in-8°, 606 et 517 pp, 8 pl. de photos hors texte, un plan de Petrograd sur une double page, 48 documents, biblio, index, brochés, couv. illustrées, dos lég. passés, bon état (Coll. Historique)

            50

Tome I : La chute du tsarisme et les origines d'Octobre ; tome II : Octobre, naissance d'une société. — "Quitter le devant de la scène, celle où s'affrontent les personnages principaux de l'Histoire, pour rejoindre la société et ses aspirations : confronter le système des grandes idées (bolchevisme, communisme, etc.) aux comportements des hommes vivants (ouvriers, paysans, soldats), dont les projets rencontrent ou contredisent ceux des partis et des organisations : ces déplacements dans l'analyse caractérisent la magistrale synthèse de Marc Ferro. Ni fruit d'une nécessité historique, ni accident dû à la guerre et la défaite, la Révolution d'Octobre redevient un événement qui s'intègre à une histoire de longue durée, ouvrant un cycle qui, après quatre-vingts ans, n'est toujours pas clos. Comprendre la naissance et la nature de la société soviétique ainsi que son évolution reste un des enjeux majeurs de notre temps."

297.          FERRO (Marc). Des soviets au communisme démocratique. Les mécanismes d'une subversion. Gallimard/Julliard, 1980, in-12, 264 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Archives)

            15

Une lecture historique détaillée du processus de centralisation et de bureaucratisation du système politique soviétique. Non pas une histoire de plus de la Révolution russe : mais, fondée sur des textes inédits, oubliés, ensevelis, l'analyse des mécanismes qui ont fait passer la société soviétique de la revendication démocratique à la bureaucratie autoritaire et au socialisme totalitaire.

298.          GARRISON (Jim). JFK. Affaire non classée. J'ai Lu, 1992, in-12, 320 pp, traduit de l'américain (“On the Trail of the Assassins. My investigation and prosecution of the murder of President Kennedy”), un plan, postface de Carl Oglesby, broché, bon état. Edition originale française parue directement au format poche

            12

"Dallas, 22 novembre 1963. On a tiré sur John Kennedy. Le Président est mort ! L'Amérique est en état de choc. On connaît la suite. L'arrestation de Lee Harvey Oswald, le rapport de la Commission Warren... En dix mois, l'affaire est officiellement close : Oswald est le seul assassin. Enquête trop rapide pour être honnête ? À l'époque, beaucoup de bruits ont couru. Y avait-il d'autres tireurs ? Comment expliquer la mort peu naturelle de témoins essentiels ? Quel était le rôle de la Mafia ? Un homme connaît les réponses : Jim Garrison, chargé de l'affaire depuis le premier jour. Puis dessaisi. Parce qu'il était trop curieux – trop consciencieux –, on a voulu le faire taire, on l'a poursuivi en justice. Aujourd'hui il parle. Dans un récit sans concessions, il assemble les pièces du puzzle et révèle enfin la vérité. Preuves à l'appui." — Par Jim Garrison, District Attorney de La Nouvelle-Orléans de 1962 à 1974 puis juge de la cour d'appel.

299.          GAVIGNAUD (Geneviève). Les campagnes de France au XXe siècle (1914-1989). Ophrys, 1990, in-8°, 171 pp, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Synthèse et Histoire)

            10

1914-1989 : La France rurale et paysanne s’est faite urbaine et employée, non sans résistances. De la révolution agricole à la révolution rurale.

300.          GREY (Marina). Enquête sur le massacre des Romanov. Perrin, 1987, gr. in-12, 214 pp, 12 pl. de photos hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Vérités et légendes)

            25

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, dans la maison d'Ipatiev, en la petite ville sibérienne d'Ekaterinbourg, l'empereur Nicolas II hier encore maître de toutes les Russies, son épouse, son fils – un hémophile de quatorze ans –, ses quatre filles et les derniers courtisans du malheur étaient assassinés. C'est la version officielle de cette tuerie. étrangement, elle fut également admise par les Blancs et par les Rouges. Des ouvrages ont tenté d'accréditer la survie d'un ou de plusieurs membres de la famille impériale. Et la fameuse Madame Anderson qui affirmait être la Grande Duchesse Anastasia, rescapée du massacre, a trouvé de nombreux partisans. En reprenant toute l'enquête, en dépouillant des archives inexplorées, en confrontant tous les témoignages, Marina Grey, rompue aux investigations historiques, parvient à résoudre l'énigme qui subsistait. Au terme d'une démarche vive et limpide, d'un intérêt constamment soutenu elle démontre que si le Tsar et les siens furent massacrés, ils ne l'ont pas tous été au même moment dans une pièce en sous-sol de “la maison à destination spéciale”. Pour autant, le cas des “Anastasia” ou d'autres “prétendants” qui s'agitent encore de par le monde relève, selon l'auteur, de la mythomanie ou de l'escroquerie. — Mariana Grey a déjà contribué largement donner un nouvel éclairage du passé de son pays d'origine avec “les Armées blanches” (en collaboration avec Jean Bourdier), “la Campagne de Glace”, “Mon père, le général Dénikine” et “Le général meurt à minuit”.

301.          GYGÈS. Les Israélites dans la société française. P., Documents et témoignages, 1956, in-8°, 238 pp, biblio, broché, bon état

            30

Aprés une étude historique, un répertoire de 6000 noms qui est un dictionnaire complet des patronymes. — "L'auteur, s'il se cache sous le pseudonyme de « Gygès », ne cache pas son respect pour les « opinions » antisémites. Il a découvert dans les livres de Sartre, de Poliakov, d'Isaac, de Lovsky, dans le roman d'Ikor, un vice commun : à les lire, « on croirait que les Israélites n'ont jamais eu aucun tort et que leurs adversaires ont toujours été de mauvaise foi quand ils ne furent pas criminels ». N'étant pas « assez conformiste pour écrire un livre favorable aux Israélites », mais pas non plus « assez téméraire pour rédiger un pamphlet contre eux », l'auteur propose à ses contemporains un ouvrage « impartial et précis ». Aussi compose-t-il son histoire de la « France juive » d'un habile et savant cocktail de citations de Charles Maurras et de M. Grunebaum-Ballin, du grand rabbin Berman et d'Edouard Drumont. C'est ainsi que la plupart des traditionnelles accusations antisémites sont reprises les unes après les autres : on précise bien qu'il ne faut les accepter que sous bénéfice d'inventaire, mais on ne s'en arrange pas moins pour leur donner toute leur force (procédé habituel : citer une remarque « féroce » d'Edouard Drumont et indiquer aussitôt que, « l'exagération antisémite enlevée, (elle) donne un assez bon tableau de la situation »). « Gygès » nous propose ainsi à la fois un remarquable témoignage sur la manière dont on peut être antisémite aujourd'hui, et aussi, une excellente documentation sur l'antisémitisme en France, depuis le début du XXe siècle. Il semble connaître admirablement la presse antisémite de l'entre-deux-guerres et de Vichy, et quelques-uns des textes qu'il cite sont de véritables morceaux d'anthologie. Quant à la sociologie que nous annonçait le titre, elle se résume à l'émunération des organisations juives et des journaux israélites dans la France contemporaine ; à un curieux répertoire des noms juifs destiné, semble-t-il, à permettre à l'usager de « tester » ses voisins et amis pour déterminer s'ils sont « habitants » ou véritables aryens ; ensuite à une sorte de Bottin mondain du judaïsme consacré aux « 2.000 familles » – et où, d'ailleurs, les erreurs fourmillent ; et enfin à cette remarque définitive : au Bottin, on trouve 593 Lévy ou Lévi, alors qu'il y a seulement 134 Dupont... Le lecteur antisémite pourra refermer l'ouvrage avec la conviction renforcée que les « termites » israélites « noyautent » les milieux politiques, économiques et artistiques, et il sera d'accord avec l'auteur pour estimer... que le sionisme est une excellente solution pour la question juive. Tel est en effet le voeu de l'auteur : que tous les Juifs de France et d'ailleurs aillent s'établir sur un territoire bien à eux. ce qui résoudra tous les problèmes. À condition, bien sûr, qu'il ne reste plus, en France, un seul Juif qui puisse « se réclamer à la fois d'Israël et de la France, penser israélien et être citoyen français, parfois même député ou ministre ». On reconnaît ici, dans une formulation nouvelle, un très ancien thème : celui de la « cinquième colonne » israélite..." (Jean-Michel Royer, Nouvelles reflexions sur la question juive, dans la Revue française de science politique, 1958)

302.          HAFFNER (Sebastian). Defying Hitler. A Memoir. London, Weidenfeld & Nicolson, 2002, pt in-8°, xii-210 pp, traduit de l'allemand et préfacé par Oliver Pretzel, 8 pl. de photos hors texte, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état. Texte en anglais

            20

Dans ce texte rédigé en 1939 et publié à titre posthume, le journaliste allemand Sebastian Haffner fait une chronique saisissante de ses expériences personnelles pendant l'époque de l'instauration du nazisme. D'une clarté et d'une autorité exemplaires, son récit rend palpables, donc compréhensibles, les circonstances de l'avènement du régime hitlérien. A cet égard, c'est un ouvrage dont la lecture, en plus de l'intérêt littéraire qui la justifie, est indispensable à la connaissance de notre temps. — An absolute classic of autobiography and history – one of the few books to explore how and why the Germans were seduced by Hitler and Nazism. — 'If you have never read a book about Nazi Germany before, or if you have already read a thousand, I would urge you to read “Defying Hitler”. It sings with wisdom and understanding...' (Craig Brown, Mail on Sunday)

303.          JULLIARD (Jacques). La IVe République, 1947-1958. Calmann-Lévy, 1968, in-8°, 376 pp, chronologie, biblio, index, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Naissance et mort). Edition originale, ex. du SP, prière d'insérer, envoi a.s. à Jean Maitron

            30

"Un livre excellent qui n'efface pas les meilleurs ouvrages écrits sur la Quatrième République mais qui les complète. De quoi est morte la Quatrième République ? Du mauvais départ que prit le régime ; d'institutions qui devaient conduire le pouvoir vers la paralysie ; d'un personnel politique pas plus mauvais qu'un autre, mais dont les meilleures têtes étaient coupées par le jeu des institutions et auquel manquait singulièrement le courage politique ; enfin, de la tempête des guerres coloniales. Un ouvrage écrit sans tendresse aucune pour le régime et sans pitié pour le personnel – à l'exception de MM. Pinay et Mendès France qui furent les seuls à susciter un courant d'opinion durable dans le pays." (Revue française de science politique, 1970)

304.          KERGOAT (Danièle). Bulledor ou l'histoire d'une mobilisation ouvrière. Seuil, 1968, in-8°, 236 pp, notes bibliographiques, broché, jaquette illustrée, bon état

            25

"Issu d'une enquête effectuée en 1969 dans une entreprise d'eau minérale de la Région parisienne, ce livre est, comme l'indique son sous-titre, l'histoire d'un mobilisation ouvrière. L'étude, de type monographique, et c'est là l'un des grands intérêts de l'ouvrage, porte sur une période d'environ un an (mars 68-mars 69) durant laquelle trois grèves vont avoir lieu (mars 68 mai 68, mars 69) ; celles-ci sont décrites et interprétées à un niveau sociologique de manière très rigoureuse par l'auteur. Cette rigueur, nous l'observons tant dans la méthode utilisée – analyse sémantique et confrontation des discours recueillis (interviews, presse nationale et régionale, documents patronaux et syndicaux) – que dans la volonté de ne pas donner des événements une interprétation mécaniste ou « politico-journalistique » rapide." (Françoise Bloch, Sociologie du travail, 1973)

305.          KERGOAT (Jacques). La France du Front populaire. La Découverte, 1986, in-8°, 413 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            25

La mémoire collective des Français conserve présentes les images du Front populaire : grèves, occupations d’usines, manifestations, accords Matignon, semaine des 40 heures, congés payés, etc. Grâce à des archives inédites et de nombreux entretiens avec des acteurs de ces événements, Jacques Kergoat s’est efforcé de montrer dans ce livre les incertitudes, les hésitations, les rêves et les passions des Français des années 1930. C’est une France provinciale et rurale, qui semble se réveiller d’un long sommeil tranquille et découvre avec stupeur les nouvelles contraintes de ce temps de crise. La jeunesse revendique une place ; les femmes travaillent, manifestent et font grève ; la seconde génération d’immigrés italiens et polonais s’intègre tant bien que mal dans une France composite, qui accueille alors les réfugiés espagnols. Les partis politiques et les syndicats vivent des clivages, des scissions ou des recentrages. Ainsi toute la société amorce une profonde mutation. De l’empire colonial aux nouvelles industries, de la musique au cinéma, tout exprime ce remue-ménage. Le Front populaire est l’instant privilégié de ces changements : signe de santé sociale, élan d’optimisme, volonté d’un mieux-être. — "Les ouvrages de synthèse qui méritent encore d'être lus vingt ans après leur sortie sont trop rares pour qu'on ne les signale pas. C'est le cas de ce volume, publié en 1986, à l'occasion du cinquantenaire du Front populaire et pour lequel Jacques Kergoat (1939-1999) a conjugué l'érudition de l'historien (spécialiste du socialisme) et la chaleur du militant (trotskiste). L'ouvrage reste vivant, dense et clair." (Le Monde, 25 mai 2006)

306.          KESSLER (Marie-Christine). La politique de la haute fonction publique. Presses de la FNSP, 1978, gr. in-8°, xxxv-300 pp, préface de Michel Debré, index des noms, broché, couv. à rabats, C. de bibl., bon état (L'ENA, vol. Histoire)

            25

"Pour comprendre les problèmes de la haute fonction publique, il faut, comme l'a fait M.-C Kessler, les replacer dans leur contexte historique. L'échec d'une formation des hauts fonctionnaires par l'Etat dans le cadre de l'Ecole d'administration de 1848 (constituée sur le modèle de Polytechnique) amena la création en 1872 de l'Ecole libre des sciences politiques. Cette dernière, on le sait, s'assura rapidement le monopole dans la préparation aux concours des grands corps administratifs, tandis que les facultés de droit (dispensant une formation étroitement juridique, à Paris et en province) fournissaient la plupart des candidats aux concours d'entrée dans les ministères, qui furent établis dans les années 1880. Les hauts fonctionnaires bénéficiaient ainsi d'une formation beaucoup plus large et ouverte que les cadres intermédiaires... (...) Mais l'essentiel du travail de M.-C Kessler porte sur l'évolution du système de la haute fonction publique depuis la création de l'ENA et sur les différents types de réforme et de changement (voire de contre-réforme). Les critiques contre l'énarchie ne manquèrent pas, culminant en 1968 et entraînant la constitution d'une Commission de réforme Bloch-Lainé. Recrutement non démocratique, comportement technocratique, disparité des carrières, furent les thèmes majeurs du débat, mais, pourtant, les « réformes » qui se sont succédé avant et après 1968 n'ont rien changé de fondamental au système..." (Jeanne Siwek-Pouydesseau, Revue française de science politique, 1979)

307.          KRAKOVITCH (Raymond). Paul Reynaud dans la tragédie de l'histoire. Tallandier, 1999, fort in-8°, 502 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, dos ridé, bon état

            25

Dernier président du Conseil de la IIIe République, Paul Reynaud est au cœur du drame de mai-juin 1940 qui fit vivre à la France les heures les plus sombres de son histoire. Partisan de la poursuite des combats, il sera poussé à la démission par les défaitistes et notamment le maréchal Pétain que Reynaud avait pourtant appelé au gouvernement quelques mois plus tôt. Si le nom de Reynaud reste attaché à cet épisode tragique, il ne faut pas oublier qu'il traversa aussi la vie politique française du milieu du siècle en y occupant les plus hautes responsabilités. Ministre des Finances au moment de la crise des années trente et de la question cruciale des crédits militaires, ministre des Colonies à l'apogée de l'Empire français, il est le premier à saisir la justesse des analyses stratégiques de De Gaulle, prône une politique d'intransigeance vis-à-vis des dictatures et milite inlassablement pour un rapprochement avec l'Angleterre qui se manifeste notamment lors de l'expédition de Narvik où il décide avec Churchill de couper la route du fer aux Allemands. Interné puis déporté en Allemagne, il retrouve la vie politique dès 1945 et se fera alors l'ardent défenseur de la cause européenne. Ce monstre sacré de la politique n'avait fait l'objet jusque-là d'aucun travail de fond. Il faut dire que l'époque reste d'une grande complexité, le personnage comporte bien des zones d'ombre et son action au printemps 1940 demeure toujours controversée. Il y avait donc urgence à se pencher sur ce grand homme qui entraîne avec lui un demi-siècle de l'histoire du monde.

308.          LACOUTURE (Jean). Nasser. Seuil, 1971, in-8°, 354 pp, chronologie, une carte, biblio, index, broché, couv. illustrée, état correct (Coll. L'Histoire immédiate)

            20

"Plus que biographie à proprement parler du Raïs disparu en 1970, ce livre se veut témoignage d'un homme qui l'a très bien connu et qui est le premier à reconnaître la complexité du personnage et de son œuvre. Il n'a pas tort de juger fondamentale chez lui la "négation de la défaite", comme effort pour "mettre l'homme égyptien debout". Sur la période la plus controversée de cette étonnante carrière, la décision de fermer les détroits de Tiran, en juin 1967, Lacouture, qui admet que ce fut une "folie", pense que Nasser croyait "entrer dans un kriegspiel diplomatique qui lui permettrait de reprendre la main dans le monde arabe". Un livre subtil, comme il convient s'agissant d'un tel héros, mais extrêmement vivant et d'une lecture passionnante." (Le Monde, 26 février 1971)

309.          LAMBERT (Abbé Gabriel, maire d'Oran). Allemagne 1938. (Reportage). Oran, Imp. F. Plaza, 1938, in-8°, 174 pp, broché, bon état. Rare

            40

Rare ouvrage dans lequel l’abbé Lambert (1900-1979), maire d’Oran de 1934 à 1941, raconte son voyage dans l’Allemagne de 1938 et fait l'apologie du régime hitlérien, enthousiasmé par les apparents succès économiques et sociaux du nazisme. — "... Le maître à penser de cette Oranie fasciste est le maire d'Oran, Gabriel Lambert, impulsif, passionné, dévoré d'ambition qu'il aimerait porter sur le plan national. Ses voyages en URSS en 1935, en Italie en 1936, en Espagne en 1937 et en Allemagne en 1938, traduisent son itinéraire spirituel, ses curiosités et les rapports de force dominants dans l'électorat oranais. L'admiration pour l'Italie est le produit du voyage de Lambert dans la péninsule, en été 1936. Mussolini est le chef idéal, fils du peuple, fidèle à ses origines. Ses meilleurs défenseurs seraient les ouvriers : « Je puis affirmer, ici, écrit Lambert, que Mussolini a fait plus pour les ouvriers que notre régime démocratique, même en tenant compte des réformes du Front Populaire »..." (Francis Koerner, L'extrême droite en Oranie, 1936-1940, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1973) — "Il existe également des prêtres antisémites de gauche comme l'abbé Gabriel Lambert. Ancien maire d'Oran en 1935, ayant longuement séjourné en Allemagne nazie en 1938, il finit par se rapprocher du PPF et par soutenir le maréchal Pétain..." (Philippe Valode, Le livre noir de la Collaboration) — "Gabriel Lambert, originaire de l'Ardèche, où il avait été ordonné prêtre, était arrivé en Algérie en 1933, alors qu'il venait d'être excommunié. Il répondait à l'appel de la municipalité d'Oran, dont le maire, M. Ménudier, lui demandait de découvrir des sources aux environs de la ville, les seules réserves en eau potable devenant de plus en plus saumâtres en raison de l'épuisement de la nappe phréatique de Prétéah. Celui que tout le monde continuait à appeler l'abbé Lambert ne trouva pas d'eau en quantité suffisante, mais il réussit à profiter d'élections municipales partielles pour s'introduire dans la municipalité et ne tarda pas à évincer M. Ménudier. Ce fut l'origine d'une pittoresque carrière politique, qui amena l'abbé Lambert de la gauche radicale modérée au PPF de Jacques Doriot et à l'antisémitisme. Car, entre-temps, il avait été battu aux élections législatives de mai 1936 par Marius Dubois, candidat de la SFIO, qui fut le premier parlementaire algérien du Front populaire et qui avait été élu avec l'appui de l'électorat Israélite, lequel avait d'abord soutenu Gabriel Lambert. En 1939-1940, puis en 1942-1945, le capitaine de réserve Lambert part pour le front avec un régiment de tirailleurs algériens. Il en revient avec la croix de guerre. Sous Vichy, le gouvernement du maréchal Pétain lui ordonne de quitter la soutane et le remplace à l'hôtel de ville par une délégation municipale. En 1947, Gabriel Lambert est élu conseiller général d'Oran et fait partie de la première Assemblée algérienne." (Le Monde, 7 avril 1979)

310.          LESCOURRET (Marie-Anne). Emmanuel Levinas. Flammarion, 1994, gr. in-8°, 415 pp, 16 pl. de photos hors texte, notes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Plus que discret durant sa longue vie, Emmanuel Levinas est pourtant une figure centrale de la pensée contemporaine : introducteur de la phénoménologie en France, il articule les traditions philosophiques juive et grecque, les traditions religieuses judaïque et chrétienne ; enfin, il incarne la continuité de la pensée éthique. Il est né en 1906 dans la Lituanie encore russe où survivait un judaïsme réfractaire aux sirènes du hassidisme et qui donna naissance à l'une des cultures les plus vivaces de l'Europe de l'Est. Il en part pour la France, le pays des Lumières. Il étudie à Strasbourg qui attire alors les jeunes gloires de l'intelligentsia française et y rencontre Maurice Blanchot avec lequel il lie sa plus longue amitié. De l'autre côté du Rhin, à Fribourg, il ira écouter l'enseignement de Husserl puis de Heidegger. Engagé volontaire en 1939, il fait quatre ans de captivité cependant que sa famille lituanienne est décimée. À son retour, il est nommé directeur de l'École normale israélite orientale et participe aux débuts du Colloque des intellectuels juifs de langue française. Avec Jean Wahl et Gabriel Marcel, il est du Collège philosophique et des vendredis de la rue de Tournon. En 1961, sa thèse d'État, "Totalité et Infini", marque son entrée dans l'université. Il connaît Nanterre en 1968, puis la Sorbonne. Ricœur, Garoudy, Jankélévitch, Sartre sont ses partenaires, mais, avec la présentation ambiguë que Jacques Derrida fit de sa pensée, ce sont en premier lieu les chrétiens, jusqu'à Jean-Paul II, qui assureront sa renommée...

311.          LONDON (Arthur G.). Espagne. Traduit et adapté du tchèque par Lise Ricol. Editeurs Français Réunis, 1966, in-8°, 411 pp, 214 photos sur 132 planches hors texte, 26 cartes, biblio, reliure toile éditeur, jaquette illustree en couleurs, bon état. Edition originale. Peu courant

            60

L'histoire de la Guerre d'Espagne par par Artur London (1915-1986), qui fut un des volontaires tchèque des Brigades Internationales en Espagne. Il entrera ensuite dans la Résistance française dès août 1940. Arrêté en août 1942, il sera déporté à Mauthausen en 1944. En 1949 il est nommé vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie, mais est arrêté en 1951. Il est l'un des quatorze accusés du procès de Prague en 1952, à qui l'on arrache sous la torture des aveux de « conspiration contre l’Etat », qui seront révélés par la suite fabriqués. Artur London échappe à la peine de mort, mais est condamné à la prison à perpétuité. Il est réhabilité en 1956. Il publie "Espagne...", ouvrage consacré à la guerre civile espagnole en 1963 en Tchécoslovaquie. Le livre est aussi pour lui une façon de réhabiliter les anciens des Brigades Internationales emprisonnés ou exécutés lors des procès de Prague, Budapest et Sofia. La même année, London quitte la Tchécoslovaquie et s'installe en France. En 1968, il publie “L'Aveu”, adapté au cinéma par Costa-Gavras sous le même titre en 1970. Sa femme Lise London, née Lise Ricol, est la belle-sœur du dirigeant du PCF Raymond Guyot. — "L'édition originale du livre d'Artur London parut à Prague en 1963 au moment où une première réhabilitation, après sa condamnation lors du procès Slansky, lui permettait de s'exprimer, mais avec précaution, en public (il ne sera pleinement réhabilité qu'au moment du printemps de Prague). C'était sa façon de réhabiliter ses camarades persécutés partout où des partis communistes obéirent aux ordres de Staline et pas seulement dans les démocraties dites, bien à tort, populaires. “Espagne...” est donc l'histoire de la guerre d'Espagne vue et vécue par un de ces vaincus porteurs du virus dangereux de la liberté, qui entend apporter à ses camarades l'hommage qui leur est dû. C'est donc un livre qui dérange encore aujourd'hui bien des idées régnantes." (Pierre Daix)

312.          LUXEMBOURG (Rosa). L'Accumulation du Capital. Contribution à l'explication économique de l'impérialisme. I. P., Librairie du Travail, 1935, pt in-8°, xviii-192 pp, traduction et préface de Marcel Ollivier, catalogue de l'éditeur in fine, broché, bon état (Coll. Histoire et Éducation prolétariennes)

            40

Edition originale française de la première partie (seule parue) du maître ouvrage de Rosa Luxemburg, publié à Berlin en 1913, L'Accumulation du capital est le premier texte de critique économique marxiste à formuler une théorie d'ensemble de l'impérialisme. En montrant la nécessité inscrite au coeur du capitalisme de s'étendre toujours plus et d'asservir territoires et populations, il éclaire les mécanismes qui conduisirent à la Première Guerre mondiale pour le repartage du monde et montre qu'une mondialisation capitaliste pacifique reste une chimère. — Cette première traduction, commencée en 1923, fut mainte fois interrompue pour ne s'achever qu'en 1935. Le traducteur Marcel Ollivier, communiste dissident proche des anarchistes, rencontra en effet de multiples difficultés avec le Parti communiste qui avait alors le quasi-monopole des éditions ouvrières. Il ne peut mener à bien la traduction complète de l'ouvrage, et cette première partie est la seule parue à l'époque.

313.          MALRAUX (André). Antimémoires. Gallimard, 1967, in-8°, 605 pp, cartonnage toile orange de l'éditeur (reliure de Babouot d'après la maquette de Massin), bande éditeur conservée, rhodoïd (Coll. Soleil), bon état. Tirage numéroté sur bouffant alfa Calypso des Papeteries Libert, enrichi d'un envoi autographe signé. – On joint un carton d'invitation bordé de noir “Hommage solennel à la mémoire d'André Malraux, Compagnon de la Libération, en présence de M. Valéry Giscard d'Estaing ... le samedi 27 novembre 1976 dans la Cour Carrée du Louvre”

            150

Revue d'une existence liée aux grands événements politiques et géopolitiques du siècle, qui invite à s'interroger sur la nécessité du travail de mémoire. Publiés en 1967