Pages d’Histoire – Librairie Clio

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Avril 2021

Catalogue 401

 

 

 

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Sommaire

 

GÉNÉRALITÉS

ANTIQUITÉ

MOYEN AGE

TEMPS MODERNES

RÉVOLUTION

1er EMPIRE

De 1815 à 1914

De 1914 à nos jours

1ère GUERRE MONDIALE

2ème GUERRE MONDIALE

HISTOIRE MILITAIRE, MILITARIA

VOYAGES, PAYS ÉTRANGERS

GÉNÉALOGIE, HÉRALDIQUE, NOBLESSE

RÉGIONALISME

PARIS

 

 

GÉNÉRALITÉS

 

 

1.                  BERSTEIN (Serge). La République sur le fil. Entretiens avec Jean Lebrun .  Textuel,  1998, in-8°,  143 pp, 35 gravures et photos en noir et en couleurs, dans le texte, à pleine page et sur double page, biblio, broché, couv. illustrée à rabats, qqs soulignures et marques au crayon en marges, bon état

            20

Textuel poursuit sa série d'entretiens de grands historiens, dans une collection élégante et richement iconographiée. Cette fois, Serge Berstein, spécialiste de l'époque contemporaine, s'entretient avec le journaliste Jean Lebrun. S. Berstein retrace l'histoire de la république, en en montrant les évolutions. Pour lui, la république de naguère « à forte teneur idéologique » s'est effacée, pour laisser place à des régimes plus techniciens. Aussi la république actuelle, plus que jamais « sur le fil », est en mal de valeurs communes et d'identité.

2.                  BOUTHILLON (Fabrice). L'ironie de l'histoire, II. Brève histoire philosophique de l'Union soviétique.  Editions Dialogues,  2018, in-8°,  180 pp, notes, broché, couv. illustrée, bon état

            15

Cent trente ans après la France de 1789, la Russie expérimente en 1917 le même phénomène révolutionnaire. Le cours en sera chez elle ce qu'il avait été chez nous : la déchirure du pays entre une Gauche et une Droite aboutira à une tentative totalitaire pour les réconcilier, le stalinisme reprenant la formule, inventée par le bonapartisme, d'un centrisme par addition des extrêmes, avec son slogan du "socialisme en un seul pays". L'étonnant est qu'en Russie, la refondation de l'unité dans l'Union sacrée, qui a eu lieu en France en 1914, se fera également autour de Staline : face à Barbarossa, en 1941.

3.                  BOUTHILLON (Fabrice). L'ironie de l'histoire, III. Nazisme et Révolution. Histoire théologique du national-socialisme, 1789-1989.  Editions Dialogues,  2018, in-8°,  336 pp, notes, broché, couv. illustrée, bon état

            18

L'unité allemande disparaît en 1806 avec le Saint-Empire romain germanique, sous les coups de boutoir provoqués par les conséquences de la Révolution. Avec les modalités propres qui sont celles de son histoire – tellement moins centralisée que la française – l'Allemagne se trouve dès lors confrontée à la même question que la déchirure révolutionnaire entre la Gauche et la Droite avait posée à la France : comment refaire l'unité ? Et telle est la raison pour laquelle il faut prendre au sérieux la prétention du mouvement fondé par Hitler à être un national-socialisme, c'est-à-dire à réconcilier la Droite et la Gauche dans une forme spécifique de centrisme par addition des extrêmes : car c'est à cette condition qu'on peut comprendre que le nazisme a été la réponse de l'histoire allemande à la question que lui avait posée la révolution française.

4.                  BRAUDEL (Fernand). Grammaire des Civilisations.  Arthaud/Flammarion,  1987, gr. in-8°,  607 pp, introduction de Maurice Aymard, 23 cartes, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Ce livre est un manuel – la partie centrale d'un manuel – publié pour la première fois en 1963. Au début des années soixante, Fernand Braudel fut en effet sollicité pour rédiger un texte consacré aux grandes civilisations, désormais au programme des classes de terminale, un projet qu'il défendait de longue date. La langue de Braudel, éloquente et limpide, sa volonté de transmettre à un jeune public une vision de l'Histoire nourrie des autres sciences humaines, servirent à merveille la conviction qui fit toujours la sienne : "Enseigner l'histoire, c'est d'abord savoir la raconter". Par son ambition – il s'attache successivement à l'Islam, à l'Afrique noire, à l'Extrême-Orient, aux civilisations européennes, à l'Amérique et à la Russie – et la clarté de son propos, “Grammaire des civilisations” est devenu un classique traduit en plusieurs langues.

5.                  BRAUDEL (Fernand). L'Identité de la France. Espace et histoire.  Arthaud-Flammarion,  1986, in-8°,  368 pp, 16 pl. en couleurs hors texte, 37 cartes et schémas, biblio, index, broché, jaquette illustrée (pelliculage lég. décollé), bon état. Edition originale

            20

"Je le dis une fois pour toutes : j'aime la France avec la même passion, exigeante et compliquée, que Jules Michelet. Sans distinguer entre ses vertus et ses défauts, entre ce que je préfère et ce que j'accepte moins facilement. Mais cette passion n'interviendra guère dans les pages de cet ouvrage. Je la tiendrai soigneusement à l'écart. Il se peut qu'elle ruse avec moi, qu'elle me surprenne, aussi bien la surveillerai-je de près. Et je signalerai, chemin faisant, mes faiblesses éventuelles. Car je tiens à parler de la France comme s'il s'agissait d'un autre pays, d'une autre patrie, d'une autre nation." Au soir de sa vie, le grand historien nous livre avec rigueur et passion les clefs de l'histoire de France : il en observe, fasciné, l'extrême diversité ; analyse les mouvements profonds et silencieux qui traversent l'espace ; situe les enjeux de son milieu géographique et de sa position européenne ; révèle les poids énormes des origines lointaines, des techniques et des traditions qui ont modelé son paysage. Ce premier volume (sur 3), en décrivant l'évolution du nombre des hommes, fait apparaître une série de France successives, différentes et semblables, heureuses ou tourmentées, au gré des fluctuations qui ont, au fil des siècles, agité les masses vivantes de notre histoire.

6.                  BRUNSCHVICG (Léon). Héritage de mots, héritage d'idées.  PUF,  1945, in-8°,  xi-85 pp, papier lég. jauni comme toujours, broché, couv. lég. abîmée, manque la moitié du dos, intérieur propre, état correct (Bibliothèque de philosophie contemporaine). Edition originale

            20

"Léon Brunschvicg a écrit ce dernier livre dans l'exil, loin de sa bibliothèque et de son foyer, sous la menace de la persécution, en face de la ruine, qui pouvait sembler définitive, de tout son idéal, de sagesse et de justice. Et pourtant, il n'est pas seulement un précieux résumé de ses thèses philosophiques essentielles, riche de formules saisissantes et profondes, illustré de citations rares et frappantes que son inépuisable mémoire suffit à lui fournir à chaque page ; mais encore et surtout il constitue un acte de foi héroïque dans le progrès invincible de la conscience et de la science, une sorte d'hymne grave et recueilli à l'avenir de l'humanité : admirable exemple de sérénité, qui fait songer à Condorcet écrivant son Tableau des Progrès de l'Esprit humain au pied même de l'échafaud. Evoquant avec enthousiasme les dernières conquêtes de la physique moderne, il s'écrie : « Spectacle magnifique, qui ne l'a jamais été davantage qu'en cette période contemporaine où nous aurions le droit de saluer une époque bénie dans l'effort de l'humanité vers Intelligence du vrai, s'il était permis de distraire notre regard de la catastrophe que les masses barbares ont déchaînée sur la planète ! » C'est donc un inventaire des principes essentiels dont s'est enrichie la pensée de notre temps que Brunschvicg veut établir ici, mais en les soumettant à l'épreuve critique, en distinguant les mots des idées, en se donnant pour tâche de « dénoncer les pièges, de repousser les complaisances du langage », car ce sont les termes les plus familiers et les plus essentiels de l'héritage humain qui lui paraissent « accompagnés d'un tel cortège d'harmoniques et de parasites que nous avons presque l'impression de pouvoir leur conférer l'acception qu'il nous plaira : raison, expérience, liberté, amour, Dieu, âme ». (...) Un livre émouvant, qui est un grand livre." (Revue de Métaphysique et de Morale, 1946)

7.                  CENDRARS (Blaise). Hollywood : La Mecque du Cinéma.  Grasset,  2001, pt in-8°,  212 pp, avec 26 dessins pris sur le vif par Jean Guérin, broché, bon état

            25

"Dans Paris-Soir paraît à partir du dimanche 31 mai 1936 le reportage de Cendrars sur « Hollywood 1936 », annoncé comme suit : "Nous commençons aujourd’hui un grand reportage du célèbre écrivain Blaise Cendrars : Hollywood 1936. Dans le voyage qu’il vient de faire à Hollywood, pour les lecteurs de Paris-Soir, il a pu déchiffrer les secrets les plus profondément cachés de la cité des mirages, sans avoir besoin d’employer la ruse ou l’effraction : il les a devinés par sympathie, par amour. Gloire coûteuse des étoiles, désespoirs des figurants, drames inconnus, jalousie meurtrière, intrigues, passions des reines et des princesses de l’écran, Cendrars a tout compris, tout amené au grand jour. Ce sont ces confidences singulières, ces aveux brûlants que vous lirez à partir d’aujourd’hui." Cendras sera aidé dans son travail de journaliste par Jean Guérin qu’il avait connu adolescent et qu’il avait retrouvé à Hollywood. Portraitiste apprécié des vedettes, celui-ci lui ouvrit les portes de la « cité interdite » et l’initia à maint secret du monde cinématographique. Sur les pas de Cendrars ou le guidant, il fit des croquis dont un seul parut avec l’annonce du reportage dans Paris-Soir, et vingt-neuf illustrèrent le livre." (Michel Décaudin). Cendrars disait écrire de la "poésie documentaire", Hollywood (1936) est un reportage plein de poésie. Ces lieux et ces êtres qui paraissent si simples et si naturels à l'époque où il l'écrivait, grands studios, stars, sont aujourd'hui devenus des mythes. Regardez la MGM, écoutez Marlène Dietrich : c'est toujours Cendrars et son enthousiasme qui nous parlent.

8.                  Collectif. Démocratie et pauvreté. Du quatrième ordre au quart monde. Présentation de René Rémond, postface de Michel Vovelle.  Editions Quart-Monde, Albin Michel,  1991, fort in-8°,  690 pp, broché, bon état

            30

"En octobre 1989 s'est tenu à Caen, à l'initiative du mouvement international ATD Quart Monde, un colloque intitulé "Les plus pauvres dans la démocratie". Placé dans la mouvance des célébrations du Bicentenaire de 1789, il s'en distinguait nettement, par son objectif : les plus pauvres, c'est-à-dire les exclus, les oubliés de l'histoire, et par sa conception qui fit se rencontrer des universitaires, des pauvres et des représentants des organisations qui cherchent à leur rendre leur dignité. La publication des Actes de ce colloque nous vaut un bel ouvrage de réflexion tant d'histoire que de sociologie politique, où sont successivement examinés des thèmes tels que les pratiques sociales de la Révolution, les oeuvres du XIXe siècle, l'intervention de l'Eglise, le problème de l'enfance pauvre face à l'éducation ou la représentation de la pauvreté dans le discours des élites. L'ouvrage bénéficie d'une participation d'universitaires normands (Cl. Mazauric, A. Leménorel, Y. Marec...) à côté de personnalités ou de spécialistes bien connus comme J. Imbert, A. Grosser, Mmes Rebérioux, M. Perrot, Y. Knibiehler, A. Farge, etc. René Rémond et Michel Vovelle, en encadrant de leur propos ce recueil d'études, soulignent l'intérêt qu'il mérite." (Jean-Pierre Chaline, Etudes Normandes, 1992) — "Ce gros volume est la publication des actes du colloque « Démocratie et pauvreté » (Paris 27-28 octobre 1989) rassemblés par J.-L. Caillaux L. Join-Lambert, avec le concours scientifique d'A. Leménoret et Y. Marec. Nous retiendrons la partie de l'ouvrage relative au 18e siècle, soit le chapitre III, «La période révolutionnaire : nouvelles représentations et nouvelles pratiques sociales » (p. 62-188), composé de l'apport de onze communications et de deux rapports de synthèse (Y. Marec et J. Bart). La ligne directrice des communications tend à dégager une idée centrale, mettant en lumière de façon tragique l'un des aspects les plus souvent occultés : alors que le type de démocratie mis en place par la Révolution supposait, par essence, la représentation politique de la totalité des citoyens, les plus pauvres ne furent jamais véritablement inclus dans les mécanismes électoraux, ce qui aboutissait à marginaliser encore davantage ceux que les conditions socio-économiques et la non-maîtrise du langage politique mettaient déjà en dehors de la vie civique. Ce phénomène de «non-représentation » des exclus par leur extrême pauvreté a été congénital à la naissance de la démocratie représentative, puisque dès l'Assemblée constituante un principe fondateur a été posé : on ne partagera pas le pouvoir avec ceux qui ne possèdent rien... Les pauvres constituèrent une catégorie à surveiller, non à associer à la vie politique. Leur appartenance au «peuple souverain » n'est pas contestée, mais l'exercice de la citoyenneté est reportée à plus tard, quand ils seront plus éclairés et un peu moins pauvres, grâce à l'instruction que la Nation va leur donner. La période ouverte par le 10 août 1792 a certes élargi le droit de suffrage à tous, sauf aux femmes, mais il ne semble pas pour autant que les exclus aient massivement participé à la vie publique, y compris au sein des sociétés populaires. Le colloque s'est naturellement intéressé aux rares auteurs qui se sont faits les avocats des pauvres (Babeuf, Robespierre ou encore Dufourny de Villiers) ; tout comme ont été abordées les politiques des Assemblées révolutionnaires dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et la mendicité, principalement à travers les différents « comités » chargés de cette grande question. Au total ce long chapitre constitue un utile rappel de l'existence de cette immense masse de pauvres et d'exclus, bien peu présente dans les études de ces dernières années, à l'exception des ouvrages d'A. Forrest et H. Guillemin." (M. Dorigny, Dix-Huitième Siècle, 1992)

9.                  FORD (Caroline). Naissance de l'écologie. Les polémiques françaises sur l'environnement, 1800-1930.  Alma éditeur,  2018, in-8°,  358 pp, traduit de l'anglais, 8 illustrations, 2 cartes, notes, broché, couv. illustrée, bon état, cachets "Service de presse" sur la tranche, envoi a.s.

            20

La France n'a pas attendu les années 1970 pour s'intéresser à l'environnement. L'Américaine Caroline Ford, dans cet essai novateur, montre la vivacité du débat français sur la nature de 1800 jusqu'aux années 1930. Scientifiques, politiques et artistes rivalisent d'initiatives et d'interventions. Bien au-delà de l'Hexagone. Tout au long du XIXe et du XXe siècle, la guerre, les bouleversements politiques et les désastres naturels – particulièrement les grandes inondations de 1856 et de 1910 à Paris – ont provoqué l'inquiétude grandissante des Français. La déforestation, l'urbanisation et l'industrialisation agitèrent l'opinion dès le règne de Napoléon Ier, suscitant de nombreuses interventions de l'Etat (l'administration des Eaux et Forêts) ou de la société civile. Non seulement les naturalistes et les scientifiques mais aussi les politiques, les ingénieurs, les écrivains et les artistes se passionnèrent pour la cause environnementale. Le triomphe de la peinture "au grand air" et de l'impressionnisme au temps des chemins de fer et de l'industrialisation n'est pas un hasard... Et que dire du projet de "verdir Paris" et les grandes villes, cher au Second Empire ? L'expansion coloniale fut elle aussi propice au développement de la conscience environementale notamment en l'Algérie, qui devint un laboratoire en ce domaine. Et c'est au tout début du XXe siècle que la France mit en place un arsenal juridique visant à protéger l'environnement (création de parcs naturels, de réserves, etc.). C'est elle qui, la première, appela la communauté internationale à coopérer sur le sujet. Avant cet ouvrage fondateur, il n'existait pas d'étude synthétique du "souci de la nature" propre à la France. Personne jusqu'à présent n'a si finement étudié l'arsenal intellectuel et juridique déployé à la fois dans l'Hexagone et dans son empire colonial.

10.              [Fourrure] – SEXÉ (Marcel). Histoire d'une famille et d'une industrie pendant deux siècles, 1723-1923.  Librairie Plon,  1923, pt in-4° (27,5 x 19,5 cm),  125-(3) pp, 78 photos dans le texte, 13 planches photo et 5 cartes hors texte, bandeaux, lettrines et culs-de-lampe, cartonnage brun marbré de l'éditeur, évoquant la fourrure animale, titre, motif et encadrement doré au 1er plat, dos passé, coiffes frottées, 2 coins lég. émoussés, bon état. Superbe ouvrage luxueusement imprimé par Draeger

            80

L'entreprise Revillon et ses postes pour la traite des fourrures au Canada et en Sibérie. « Le livre que vous allez faire paraître apportera sur l’industrie de la fourrure, en général, et sur les mœurs des indiens, des esquimaux et des peuplades asiatiques, des documents inédits et savoureux ». Cet ouvrage consacré à la maison Revillon, permet de saisir les techniques de chasses de ceux qui doivent récupérer les fourrures. Ainsi il est question du piégeage mais aussi des périodes de chasses, du lynx, de l’hermine, de l’ours, du phoque et du morse. — Il s'agit d'un ouvrage essentiellement publicitaire, à la gloire de l'entreprise, mais les références abondantes aux lieux où la maison Revillon se procure la fourrure ajoutent une dimension ethnologique et sociologique très intéressante. Ainsi un chapitre entier est consacré au Canada du Grand Nord (baie de Hudson) où, à l'initiative des Revillon, le film-chef d'oeuvre de Flaherty, “Nanouk l'Esquimau”, fut tourné, un des tout premiers films documentaires de long-métrage. — Table : Historique. Développements de la Maison de Paris. Création et développements de la Maison de Londres. Révillon Frères en Amérique. Les Postes de l'Est Canadien. Les Postes de l'Ouest Canadien. Edmonton Wholesale. Nanook l'Esquimau. Révillon Frères en Russie et Extrême-Orient. Organisation de la direction. — "En 1839, Louis-Victor Revillon rachète la Maison de fourrure parisienne Givelet dont l'origine remonte à 1723 et au passé de laquelle la famille Revillon, connue sous le nom d'Apreval, avait été associée. Le nom de Revillon commence alors à s'imposer dans le monde de la fourrure et de la mode. Louis-Victor Revillon forme aux affaires commerciales ses quatre fils, Théodore, Albert, Anatole et Léon. Le fils de Théodore, Victor, se charge de l'approvisionnement à la source au Canada et met en place, dès 1901, les premiers postes. Il est secondé par Paul d'Aigneaux, un précieux collaborateur qui mettra en place des comptoirs sur le Saint-Laurent et supervisera le personnel lors de la construction des postes de la baie James. Plusieurs membres de la famille seront présents dans les régions de l'Ouest et à Edmonton, dont Jean Revillon, cousin de Victor, Jean-Marie et Théodore jr. (...) Louis Romanet, d'origine française, est envoyé dans le poste Ungava sur la Koksoak (ainsi qu'on disait à l'époque). Sa biographie romancée, rédigée par Lowell Thomas et intitulée “Kabluk of the Eskimo”, a été publiée à Londres chez Hutchinson & Co. en 1932. L'ouvrage raconte l'histoire d'un responsable de poste entre 1903-1920 et ses relations avec les Inuit et les Amérindiens..." (Michèle Therrien, Études Inuit, 1993)

11.              FRANKLIN (Benjamin). Sur l'art de nager suivi de Nouvelle méthode de prendre des bains.  La Louvière (Belgique), Le Daily-Bul,  1979, in-8°,  16 pp, un portrait et 4 illustrations, broché, agrafé, bon état (Coll. Le Congru et l'Incongru, 4). Un des 500 ex. numérotés (seul tirage)

            20

Benjamin Franklin vécut à Paris de 1776 à 1785. On pouvait alors se baigner dans la Seine : « De bon matin, à près de 80 ans, il apprenait à son petit-fils à nager dans la Seine », raconte l’abbé Lefebvre de La Roche. Car Benjamin Franklin est un hygiéniste qui accorde une grande place aux bains (trois fois par semaine il prend des bains minéraux très chauds dans les établissements thermaux de Passy) et à la natation. Son court essai sur “L’Art de nager” a été traduit et publié en français en 1773. Et c’est peut-être sous l’influence du « Docteur Franklin » que la première école de natation ouvrira ses portes à Paris en 1786...

12.              FUMAROLI (Marc). Paris-New York et retour. Voyage dans les arts et les images.  Fayard,  2009, gr. in-8°,  634 pp, index, broché, bon état, envoi a.s. à une amie

            30

"Au fil de ses flâneries entre Paris et New York, l'auteur déplore la décadence des oeuvres et des images au sein de nos sociétés démocratiques. Nouveau "paysan" des grandes capitales culturelles, Fumaroli y tient le journal de ses flâneries, de ses visites et de ses lectures durant une saison new-yorkaise suivie d'un semestre parisien, multipliant les va-et-vient entre civilisation américaine et histoire européenne, les allers-retours entre actualité culturelle et mémoire savante, les oscillations entre marchandises "low brow" (populaires, massifiées), et références très "high brow" (élitistes, intellos). Mais derrière le désordre d'un texte écrit "à sauts et à gambades" se dessine une thèse : aux yeux de Fumaroli, la perte d'aura subie par les oeuvres d'art, que Walter Benjamin avait diagnostiquée à une époque où la reproductibilité technique ne bénéficiait pas encore des ressources d'Internet et de la numérisation, est aujourd'hui arrivée à son terme. Plus rien ne distingue l'art dit "contemporain" du flux d'images dont nous bombardent les revues, les affiches et les écrans qui rythment notre consommation..." (Jean-Louis Jeannelle, Le Monde, 30 avril 2009)

13.              GRATTESAT (Guy)(dir.). Ponts de France.  Presses de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées,  1984, in-8°,  172  pp, préface de Michel Fève, 266 illustrations et photos, certaines en couleurs, index geographique, index des noms propres, glossaire des termes techniques, cart. illustré de l'éditeur, dos uniformément passé, bon état

            30

Destiné au grand public comme aux praticiens, cet ouvrage présente une sélection de ponts français remarquables à divers titres. Retenus pour leur intérêt historique, architectural, technique ou économique, ces ponts sont de toutes les époques et de toutes les régions de France. Les nombreuses illustrations proviennent aussi bien d'archives anciennes, et notamment du fonds ancien de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées (gravures, lavis, peintures), que de collections de photographies récentes, recueillies par des entreprises ou des administrations. Les textes, rédigés par des ingénieurs, des architectes ou des historiens des techniques, s'appuient largement sur l'iconographie pour présenter, dans un langage accessible à tous, l'évolution du mode de conception et de réalisation des ponts. — Table : 2000 ans de ponts (Guy Grattesat) ; L'architecture des ponts (Auguste Arsac) ; Les ponts en maçonnerie jusqu'à la fin du XVIIe siècle (Jean Mesqui) ; Les ponts en maçonnerie au XIXe siècle (Georges Rererdy) ; Les ponts suspendus (Georges Reverdy) ; Les ponts métalliques jusqu'en 1939 (Jacques Roche) ; Les ponts en béton armé (Georges Darpas) ; Les ponts en béton précontraint (Anne Bernard-Gély) ; Les ponts métalliques depuis 1939 (Jacques Roche) ; Les ponts à haubans métalliques (Jacques Roche).

14.              HATRY (Gilbert) et Claude LE MAITRE. Dossiers Chronologiques Renault. Voitures Particulières. Tome I : 1899-1905.  Editions Lafourcade,  1977, in-4° carré,  200 pp, préface de Bernard Verniez-Palliez, ancien PDG de Renault, 7 planches en couleurs, 93 photos (une en couleurs), 56 plans et figures, reliure simili-cuir havane décorée de l'éditeur, sans la jaquette, une page lég. déchirée réparée avec un morceau de scotch, bon état

            40

Tome I (sur 6 parus). — "Ces ouvrages réalisés comblent une lacune. En effet, aussi paradoxal que cela puisse paraître, aucun recensement systématique n'a jamais été fait des produits fabriqués par Renault de 1898 à 1944. Et pourtant, quel magnifique sujet ! Ces dossiers chronologiques n'abordent pas tous les domaines dans lesquels Renault s'est illustré: véhicules de tourisme, poids lourds, transports en commun, moteurs, automotrices, tracteurs agricoles, engins militaires de tous types, avions. Le champ est trop vaste ! Ils se limitent donc aux véhicules de tourisme, la relation en étant faite chronologiquement.  De 1898 à 1944, soit en 45 ans, Renault a mis au point 290 types de voitures de tourisme et assuré la production tous modèles de près d'un million de véhicules. Bien sûr, ce dernier nombre ne représente même pas la moitié de la production annuelle de Renault aujourd'hui; mais est-il besoin de préciser que les conditions du marché comme le potentiel de l'entreprise ont considérablement évolué ? Et cette situation présente, ne convient-il pas d'en rechercher l'origine en ce jour de septembre 1898, où un jeune homme de vingt et un ans se mit au travail dans un atelier de fortune ?" (Bernard Verniez-Palliez, préface) — Chaque chapitre, consacré à une année civile, présente successivement les caractéristiques techniques des modèles alors en production, regroupe les innovations les plus marquantes et se termine par un bref rappel chronologique : cette rigueur dans le plan est la bienvenue ; on retrouve très rapidement tous les renseignements désirés. L'illustration très abondante et de très haute qualité n'est pas réduite aux photographies des modèles, mais comporte de nombreux plans et coupes très détaillés et presque tous d'époque : seule la légende a été reprise à l'imprimerie pour une meilleure lisibilité. Cette riche iconographie fait de ces ouvrages de véritables documents d'archives ; ils s'avèreront rapidement indispensables aux amateurs.

15.              HILDESHEIMER (Françoise) et Monique MORGAT-BONNET. Le Parlement de Paris. Histoire d'un grand corps de l'Etat monarchique, XIIIe-XVIIIe siècle.  Honoré Champion,  2018, gr. in-8°,  830 pp, 16 pl. de gravures et documnts hors texte, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s. de Monique Morgat-Bonnet sur une carte de visite de l'éditeur

            40

Au Moyen Age et durant l'Ancien Régime, le Parlement de Paris était la plus haute Cour de justice du royaume de France. Instrument de la souveraineté royale, il représentait le roi qui était avant toute chose en charge de la justice et de la paix. Mais, issu de la Curia regis, il a gardé de ses origines d'autres attributions, de nature plus politique, tant dans le domaine législatif, administratif, économique et social, même quand le souverain s'est doté d'un Conseil de gouvernement. A une époque qui ne connaissait ni la distinction des pouvoirs, ni la séparation de la justice civile, criminelle, et administrative, où seule existait une justice de droit commun pour tous, le roi, l'Etat et les particuliers, le Parlement a été, tout au long de son histoire, non seulement une autorité politique, mais aussi la Cour suprême régulatrice de la jurisprudence et du droit qu'il a contribué à créer.

16.              HOEFER (Ferdinand). Histoire de l'astronomie depuis ses origines jusqu'à nos jours.  P., Hachette,  1873, in-12,  (4)-631 pp, reliure demi-chagrin carmin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, auteur, titre et caissons dorés avec semis d'étoiles, encadrement à froid sur les plats, fer de prix doré du Lycée de Coutances au 1er plat, bon état. Edition originale

            80

Livre I : Les origines de la science. Livre II : Astronomie ancienne (Chinois, Hindous, Chaldéens, Origines de l'astrologie, Phéniciens, Hébreux, Egyptiens). Livre III ; Astronomie grecque (Ecole Ionienne, Ecole Pythagoricienne, Ecole d'Elée, Ecole atomistique, Calendrier grec, Ecole académique, Aristote et ses disciples, Ecole d'Alexandrie, Astronomie d'Archimède, Sosigène. Calendrier romain. Réforme Julienne, Ptolémée, Astronomes d'Alexandrie postérieurs à Ptolémée, Ecole d'Athènes, Ecole byzantine). Livre IV : Astronomie romaine, arabe et occidentale (Astronomie romaine, Astronomie arabe, L'astronomie dans l'Occident chrétien de l'Europe depuis le septième siècle jusqu'à la fin du moyen âge). Livre V : Astronomie moderne. Avènement de l'idée pythagoricienne. Les fondateurs de l'astronomie moderne (Copernic, Le calendrier Grégorien, Tycho-Brahé, Kepler, Galilée, Les adversaires de Copernic, de Kepler et de Galilée, Newton, Progrès de l'astronomie depuis le milieu du dix-septième siècle jusqu'au milieu du dix-huitième, Progrès de l'astronomie depuis le milieu du dix-huitième siècle jusqu'à nos jours, Notre monde : La Terre planète, La Lune, Le Soleil, Eclipses, Etoiles filantes, Lumière zodiacale, Les planètes).

17.              HUYSMANS (J.-K.). Trois églises et Trois primitifs.  P., Plon,  1908, in-8°,  119 pp, reliure demi-maroquin vert bouteille à coins, dos à 4 nerfs filetés, caissons dorés et pièces d'auteur et de titre chagrin bordeaux, tête dorée, couv. et dos conservés (rel. de l'époque signée Goix et Guénin), dos lég. et uniformément passé, infime épidermure en coin, bon état. Edition originale collective, un des des 10 exemplaires de tête sur Japon avec titres, lettres ornées, culs-de-lampe, etc. imprimés en rouge

            600

J.-K. Huysmans est surtout connu comme l'auteur d'un chef-d'oeuvre célébrissime A Rebours, roman crépusculaire, catalogué sous le vocable commode et aguichant du genre « décadent ». Ce qui l'est moins, et qui n'avait pas échappé à quelques-uns de ses contemporains et non des moindres, Léon Bloy et Barbey d'Aurevilly, c'est que le fameux roman n'était qu'une étape de la « route » qui devait mener l'auteur « à contempler la face de Dieu » selon le premier, « aux pieds de la croix » selon le second. Les Trois primitifs, l'un des derniers textes écrits par Huysmans, confirment la justesse de vues des deux écrivains. Ultime moment de la « route » qui mena Huysmans, dans sa quête d'un réel véridique, du « naturalisme » au « réalisme mystique », le texte témoigne d'un intérêt exceptionnel : d'abord, il atteste la continuité sans faille de la fascination huysmansienne pour l'art insurpassable des Primitifs et la place éminente de la passion esthétique dans son itinéraire vers la foi catholique...

18.              JACOB (Christian). Des mondes lettrés aux lieux de savoir.  Les Belles Lettres,  2018, in-8°,  462 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Ce livre invite à entrouvrir la porte de la bibliothèque d'Alexandrie et des banquets d'érudits grecs et romains, à dérouler les papyrus ou feuilleter les livres pour suivre la main des scribes et le regard des lecteurs s'aventurant dans le labyrinthe des mots et du sens. Qu'est-ce qu'une bibliothèque ? Qu'est-ce qu'un texte ? Qu'est-ce qu'une autorité savante ? Et comment les savoirs circulent-ils en société et se constituent-ils en traditions ? A l'heure où les mondes de l'écrit connaissent des mutations profondes, où se pose avec acuité la question des savoir-faire critiques, des outils techniques, de la navigation sur les océans de l'information, l'histoire des pratiques intellectuelles et de la transmission savante, sur la longue durée et dans la comparaison culturelle, apporte un éclairage captivant sur les défis de nos sociétés. D'Alexandrie aux humanités numériques, de la philologie aux science studies, des savoir-faire des artisans aux mains de l'intellect, Christian Jacob étudie une question fondamentale : celle de la construction des savoirs, de leur inscription matérielle, leurs métamorphoses, leur pouvoir de créer des liens, dans l'espace, dans le temps, au coeur des sociétés humaines.

19.              [Jeu littéraire]. Les Oeuvres complètes de Lord Charles, annotées par John Hulme.  P., La Découverte,  1984, in-8°,  (62) pp, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Un ouvrage présenté comme un recueil de poèmes écrits dans un anglais archaïque, œuvres annotés par un certain John Hulme. À priori, ces vers ne veulent rien dire, en anglais tout du moins, même si les commentaires, nombreux, prétendent en préciser le sens. Ce recueil est une construction savante, qui a consisté à prendre des chansons populaires françaises et à les trancrire phonétiquement en mots anglais. Le résultat est forcément absurde et gai. D'où l'idée d'y adjoindre des notes explicatives... encore plus absurdes et gaies. Ce livre est donc un jeu, qui se joue à deux : le lecteur lit les poèmes à haute voix, avec un accent anglais ; et l'auditeur entend alors, miraculeusement reconstituée, la chanson française originale. Digne de la Pataphysique ou de l'Oulipo.

20.              JOUVEAU (René). Histoire du Félibrige (1876-1914).  Aix-en-Provence, chez l'Auteur,  1971, in-8°,  514 pp, biblio, index, broché, bon état, envoi a.s.

            70

Le mouvement du Félibrige entre 1876 et 1914 (date de la mort de Frédéric Mistral). — "Le Félibrige a été fondé en 1854, mais c'est en 1876 qu'il se donna des statuts qui, à quelques modifications près, le régissent encore. C'est à cette date que M. René Jouveau commence à l'étudier. Son étude était destinée à une thèse de doctorat dont le regretté Jean Boutière avait accepté la direction. C'est cet ouvrage considérable, ouvrage de science et de foi qui nous est proposé aujourd'hui. Disons tout de suite que notre attente n'est pas déçue : M. René Jouveau nous donne une somme unique et désormais irremplaçable, chronique plutôt que synthèse, suivant le mouvement année par année, à travers ses fêtes, ses oeuvres, ses déchirements. Parti pris qui étonnera sans doute, mais qui traduit moins une facilité que l'honnêteté profonde de M. René Jouveau, qui entend nous infonner et non peser sur notre jugement. Pour ma part, je ne me plaindrai pas de ce récit objectif, clair, qui restitue le fil même de la vie. L'ambition du Félibrige répondait plus que nulle autre aux nécessités historiques : il s'agissait devant une civilisation industrielle qui dépersonnalise l'homme, de préserver, mieux de sauver les valeurs essentielles : l'enracinement dans le pays et le passé, la langue, l'honneur et la liberté d'être soi. (...) Résumons-nous : cette étude est la plus importante consacrée au Félibrige depuis celle d'Emile Ripert, mais Emile Ripert étudiait les origines lointaines du mouvement. M. Jouveau décrit ses combats. C'est l'ouvrage auquel il faudra toujours revenir et d'où partiront toutes les études ultérieures aidées par un index précieux." (Pierre Guiral, Provence historique, 1971)

21.              KOCHER-MARBOEUF (Eric), Jacques PÉRET, Thierry SAUZEAU. Histoire du sauvetage et de la sécurité en mer. Du phare d'Alexandrie au satellite.  Les Indes savantes,  2018, gr. in-8°,  378 pp, broché, couv. illustrée, bon état

            25

A la différence de l'histoire des accidents maritimes et des naufrages, celle du sauvetage en mer a été moins étudiée. C'est tout l'intérêt de cet ouvrage collectif qui rassemble vingt textes signés des meilleurs spécialistes du sujet. "Pour que l'eau salée n'ait plus jamais le goût des larmes", devise de la Société Nationale du Sauvetage en Mer, il a fallu depuis des siècles organiser ce qui a toujours fait la noblesse des métiers de la mer : la solidarité des gens du littoral et des marins à l'égard des naufragés. Loués pour leur intrépidité et mis à l'honneur par les autorités, les sauveteurs font figure de héros de la mer pour un public avide de sensationnel et d'émotion. Plus largement, le sauvetage dépasse le fait divers et prend une dimension religieuse, sociétale et politique, enjeu majeur pour l'Etat. L'ouvrage fait découvrir le sauvetage dans tous ses états, à travers des événements dramatiques qui ont impliqué des sauveteurs en mer, sur tous les océans depuis le XVIIe siècle au début du XXIe siècle, et permettent de mieux comprendre l'enchaînement qui conduit du naufrage au sauvetage. Entre réalités et représentations sont mis en scène les acteurs du sauvetage, des bénévoles aux Coast Guards, mais aussi les organisations et les techniques de sauvetage. Les auteurs ont fait la part belle la côte atlantique, et notamment l'Aunis et la Saintonge.

22.              KRIEGEL (Blandine). La Politique de la raison.  Payot,  1994, in-8°,  270 pp, index, broché, dos uniformémént passé, bon état (Les chemin de l'Etat 2)

            25

Professeur à l'université de Paris X Nanterre, Blandine Kriegel a joué un rôle pionnier dans le renouveau de la philosophie politique. Parmi ses nombreux ouvrages, L'État et les esclaves a redonné vie au concept d'État de droit, partout invoqué aujourd'hui. Elle a engagé un renversement critique du paradigme du social qui, du marxisme au libéralisme, dominait les sciences humaines, et proposé une nouvelle interprétation du développement politique où sont mises en évidence l'indépendance de l'histoire de l'État et l'importance du droit. “La Politique de la raison” rassemble les études des années 1990-1994. Blandine Kriegel critique cette fausse généalogie et montre comment le droit politique moderne a innové. Elle analyse ce qu'il doit aux philosophes, ce qui lui vient et demeure en lui de l'histoire politique d'Ancien Régime et enfin étudie le contenu de concepts fondamentaux comme les droits de l'homme, les droits du peuple, les droits du citoyen, le droit naturel.

23.              LACROIX (Jean). Marxisme, existentialisme, personnalisme. Présence de l'éternité dans le temps.  PUF,  1962, in-8°,  124 pp, 5e édition, broché, bon état (Coll. Bibl. de Philosophie contemporaine)

            25

"Sous ce titre, M. Lacroix groupe une série d'études sur l'homme marxiste, système et existence, la signification du doute cartésien, la croyance. Comme on le voit par ces indications, le marxisme est la seule des doctrines mentionnées dans le titre de l'ouvrage qui fasse l'objet d'un examen explicite. Celui-ci est d'ailleurs excellent, présentant sous une forme sérieuse, claire et agréable un ensemble d'idées dont l'expression est, chez bien des auteurs, fragmentaire, incohérente ou positivement défectueuse. La critique est inégale ; certaines réflexions vont loin et on regrette que l'auteur n'ait pas jugé bon de les développer ; d'autres remarques paraissent moins pertinentes et reprennent trop facilement des objections sans portée réelle. L'existentialisme n'est traité que sous la forme d'une tendance philosophique en rébellion contre l'esprit de système. Encore qu'on lise avec beaucoup de profit ce que l'auteur expose de la nécessité, des limites et des dangers de l'esprit de système en philosophie, on peut juger que c'est là un point de vue trop étroit pour accéder à la discussion des vrais problèmes que pose l'existentialisme (à commencer par celui de sa propre unité), sauf, peut-être en ce qui concerne Kierkegaard, ancêtre de plus en plus éloigné. Le personnalisme est le plus mal traité et il n'y est fait que des allusions, d'ailleurs nombreuses. On le regrettera d'autant plus que M. Lacroix est avec feu Mounier un des chefs de file de cette tendance et un des principaux collaborateurs d'Esprit, et que, par ailleurs, il nous avertit à diverses reprises que le personnalisme n'est pas à proprement parler une philosophie mais, si nous l'entendons bien, une certaine manière de comprendre et d'interpréter quelques philosophies, un refus décidé de quelques autres." (A. De Waelhens, Revue Philosophique de Louvain, 1950) — "L’auteur a réuni dans cet ouvrage des études très variées et sans lien extérieur : L’homme marxiste, Système et Existence, La signification du doute cartésien, La Croyance. Pourtant, le livre donne l’impression d’une très forte unité, et il est possible de retrouver à travers ces pages la progression d’un certain nombre de thèmes reliés par une intention bien définie, qu’on peut appeler le personnalisme, à condition de ne pas prendre ce mot au sens d’un système philosophique défini." (Roger Mehl, Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, 1951)

24.              [LALANNE, Ludovic]. Curiosités biographiques, par l'auteur des Curiosités littéraires.  P., Paulin,  1846, in-12,  vii-471 pp, reliure demi-chagrin acajou, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titre doré (rel. de l'époque), qqs rousseurs, bon état

            80

"Ce volume fait partie d'une collection intéressante dont nous avons déjà parlé ; c'est un recueil de faits qui, sous une forme peu grave, offre une lecture curieuse en même temps qu'instructive, et cache des recherches considérables. Voici sous quels titres sont rangées les matières qu'il contient : Particularités physiques relatives à quelques personnages célèbres. – Bizarreries , habitudes et goûts singuliers de différents hommes illustres. – Fécondité de quelques écrivains. – Surnoms historiques. – Morts singulières de personnes célèbres. Personnages célèbres morts de chagrin, de joie, de peur, etc. Personnages enterrés vivants. – Personnages qui se sont fait passer pour morts. – Des morts prédites. – Des suicides. – Des épitaphes. – Personnages célèbres enfermés dans des cages de fer. – Évasions singulières de quelques prisonniers célèbres. – Des faux princes et de quelques imposteurs célèbres. – Des personnages mystérieux. – Des rois auteurs, musiciens, peintres, serruriers, etc. – Des eunuques. – Des femmes guerrières. – Rapprochements biographiques. – Erreurs populaires concernant quelques personnages célèbres. Dans ce dernier et utile chapitre, l'auteur passe en revue nombre d'erreurs historiques encore accréditées, telles que le baptême des fils de Jacques d'Armagnac dans le sang de leur père; la résistance du vicomte d'Orthez et de l'évêque de Lisieux à l'ordre d'exécuter la Saint-Barthélémy ; la vertu de Blanche de Castille et celle de Christine, fille de Henri IV; le cartel adressé par l'électeur palatin à Turenne, en 1674; l'emprisonnement de Galilée et celui du Tasse ; la mort de Léonard de Vinci dans les bras de Francois Ier, etc." (Bibliothèque de l'École des chartes, 1847)

25.              LAM (William M.C.). Eclairage et architecture : 55 exemples américains.  P., Editions du Moniteur,  1982, in-4° carré (27 x 24,5 cm),  302 pp, traduit de l'anglais, très nombreux plans et photos dans le texte, en noir et en couleurs, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale française

            35

William M. C. Lam (1924-2012), dans une perspective qu’on peut interpréter comme fonctionnaliste, décompose la conception de l’éclairage en différents besoins, fonctionnels et biologiques. Lam a révélé les deux principaux groupes de besoins auxquels l’éclairage répond : ceux liés à l’activité (éclairage quantitatif) et ceux biologiques (éclairage qualitatif).

26.              LAURIÈRE (François), Olivier QUÉROUIL, Alain ROYER (dir.). Masculinités.  P., Recherches n° 35,  1978, in-8°,  299 pp, qqs illustrations, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Des masculinités, ils et elles parlent. Des leurs, des autres. Les figures de la mascarade sociale s’y retrouvent, la Féministe, le Phallocrate, le Pervers, l’Homme-ami-des-femmes, mais biseautées, parce que nous savons aussi que ces pantomimes sont des façons de parler, dont chacun joue selon ses propres besoins.
Juxtaposition de prises de position et de témoignages, Masculinités se lit comme un texte suivi à voix multiples, marquées du sceau de l’amour de l’écriture, détournant le programme du « demain tu seras un homme, mon fils », et débusquant hypocrisie du « J’étais macho mais ça ne va pas durer ». Cette entreprise s’est hasardée à travers le tissu de l’expérience, le tout-venant de la vie, les bistrots, l’amour, les enfants, la violence, les pères, les mères, le travail, les femmes, les hommes, le couple, le corps, la cour de récréation, sans gloriole et sans regret. Creuser et aviver la différence des sexes. Il n’y a pas de secrets, plutôt de la méconnaissance.

27.              LE GENTIL (Georges). Découverte du Monde.  PUF,  1954, in-8°,  vii-290 pp, préface de Ch.-A. Julien, 8 pl. hors texte de cartes anciennes, une carte dans le texte, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Pays d'Outre-Mer)

            30

L'histoire de la découverte de la Terre par les Méditerranéens et les Occidentaux, de l'antiquité au XXe siècle. — « Par ce titre de « découverte du monde », il faut entendre la découverte des peuples moins évolués par les peuples plus évolués, à laquelle fait suite celle des terres inhabitées ou désertes. »  (...) L'ouvrage magistral de Georges Le Gentil, avec ses bibliographies suffisantes et qui dénotent une somme de travail considérable, ses mentions de voyageurs inconnus ou peu connus encore (l'exploration polaire est particulièrement réussie) est à la fois un instrument de travail commode, une mine de renseignements précieux, un monument à l'effort humain." (J.-P. Faivre, Journal de la Société des Océanistes, 1955)

28.              LEIRIS (Michel). Miroir de la tauromachie.  La Nouvelle Revue Française,  1938, in-8°,   broché, bon état. Edition originale

            15

Numéro 302 de la Nouvelle Revue Française (novembre 1938). Autres contributions : "Les démocraties devant l'Allemagne" (Julien Benda), "Prière pour les copains" (Armand Petitjean), "Contre l'humiliation" (Jean Schlumberger), Jean Giraudoux, etc.

29.              LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). En France jadis.  Grasset,  1949, in-12,  350 pp, 8 gravures hors texte, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. La petite Histoire, 10)

            25

Au temps des pataches ; Le roi chez lui ; Médecin de Molière ; Le bonhomme Le Nôtre ; Jean Cavalier ; Gens de maison ; Milord l’Arsouille ; Alexandre Dumas cuisinier ; etc., etc. Selon les mots bien choisis de l’éditeur, Lenôtre a rendu l’histoire “amusante, libre, variée, pittoresque... il assemble une multitude de dessins précis, minutieux, d’une rare justesse de traits.”

30.              LEQUESNE (Georges). L'Art et la manière de construire des modèles de Navires de Guerre.  Le Chasse-Marée/ArMen,  2000, in-4°,  129 pp, avec quelques remarques sur les principaux types de bâtiments de combat des grandes Marines par H. Le Masson, 90 figures dans le texte et 12 plans dépliants hors texte, 16 photos sur 6 pl. hors texte, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            40

Réimpression luxueuse de l'édition de 1941.

31.              LEROY (Alfred). Maîtres de la musique.  Bruxelles, Club international du Livre,  s.d. (1965), in-8°,  298 pp, 4 illustrations en 2 couleurs, biblio, reliure skivertex bordeaux de l'éditeur, dos lisse avec titres et filets dorés, un fer doré représentant un clavecin au 1er plat, gardes illustrée des portraits dessinés des compositeurs, bon état. Ouvrage tiré à 3000 ex. tous numérotés (ex. n° 1620)

            20

"Mettre en lumière douze compositeurs parmi les plus connus et les plus aimés, tel est le but de ce volume." (Préface). — Table : François Couperin (1668-1733) ; César Franck (1822-1890) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) ; Georges Bizet (1838-1875) ; Moussorgski (1839-1881) ; Tchaïkovski (1840-1893) ; Jules Massenet (1842-1912) ; Edward Grieg (1843-1907) ; Isaac Albeniz (1860-1909) ; Giacomo Puccini (1858-1924) ; Gabriel Fauré (1845-1924).

32.              LEVY-BRUHL (Lucien). La Mentalité primitive et les médecins européens.  dans la Revue de Paris,  1921, gr. in-8°,  21 pp, broché, état correct

            15

On trouve également dans le même numéro : Une Conspiration en 1537 (George Sand, 36 pp) ; Comment j'ai nommé Foch et Pétain (Paul Painlevé, 29 pp) ; M. Aristide Briand (Ignotus, 10 pp) ; Ce que sont devenues les Désenchantées (la condition des femmes en Turquie, par Séniha, Mélek, Djenane, 20 pp) ; etc.

33.              [Littérature] – BARJAVEL (René). La Nuit des temps.  Presses de la Cité,  1968, in-8°,  316 pp, cart. simili-cuir bleu foncé de l'éditeur, sans la jaquette, bon état (Prix des Libraires 1969), envoi a.s. à Philippe Bouvard

            40

"Octobre 1968. Alors que la science-fiction américaine est toujours ensevelie par le phénomène “Dune” de Frank Herbert sorti trois ans plus tôt, la France publie elle aussi son grand roman de science-fiction. “La Nuit des temps” de René Barjavel, raconte comment une expédition scientifique internationale en Antarctique découvre les ruines et les survivants du Gondawa, une civilisation disparue il y a 900.000 ans. Tandis que cette rencontre du troisième type est retransmise en direct à la télévision sur des chaînes d'information en continu, le docteur Simon tombe amoureux d'Eléa, qui fait partie des deux survivants du Gondawa. Conçu pour être à l'origine un scénario de film que devait réaliser André Cayatte, “La Nuit des temps” connaît une longue et complexe gestation. Après deux ans d'écriture et de multiples versions, le projet cinématographique est abandonné, jugé trop onéreux. De guerre lasse, l'auteur de “Ravage” décide d'en faire un roman, mais il voit son texte refusé par l'éditeur Denoël. Heureusement, Les Presses de la Cité se rendent compte du potentiel du manuscrit. Le livre reçoit le prix des libraires en 1969 et les louanges des médias de son époque. Le Magazine littéraire évoque un Barjavel « nostalgique du bonheur » et « grand visionnaire ». Paris Match le qualifie de « défricheur d'utopie » et Le Figaro l'inscrit « dans la grande tradition de Jules Verne ». Cinquante ans plus tard et avec plus de 2,5 millions de livres vendus, “La Nuit des temps” est maintenant un classique." (Loyd Chéry, le Point, 14 nov. 2018)

34.              [Littérature] – BERNANOS (Georges). Sous le soleil de Satan.  Plon,  1926, in-12,  363 pp, reliure demi-basane noire, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés, plats de couverture conservés, papier lég. jauni, bon état. Edition originale sur papier courant (fausse mention de 63e mille  au 1er plat de couverture mais pas sur la page de titre), envoi autographe signé de Georges Bernanos : "... en témoignage de vive sympathie..."

            400

Un jeune prêtre tourmenté par sa propre impuissance, une jeune fille désespérée, des paroissiens tentés par l'impiété : tels sont les personnages de ce drame d'un monde sans dieu. Écrit de 1919 à 1926, dans le foisonnement d'une époque où tout bascule, où la question du mal, de l'humiliation et du temps sont centrales, “Sous le soleil de Satan” est l'un des grands romans nés de la première guerre mondiale. L'affrontement entre les hommes se métamorphose ici en un affrontement entre les âmes. Après Proust et avant Céline, Bernanos met le roman au défi du mysticisme, en proposant une nouvelle littérature, sensuelle et visionnaire, où la puissance métaphysique s'ajoute à la violence du pamphlétaire. Il est temps que Bernanos retrouve sa place parmi les plus grands romanciers, celle d'un Dostoïevski français.

35.              MacDONNNELL (Kevin). Eadweard Muybridge. L'homme qui a inventé l'image animée.  P., Chêne,  1972, in-4° carré (27 x 24,5 cm),  159 pp, environ 120 photos dans le texte et à pleine page, notes techniques, biblio, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état. Edition originale française

            50

1. L'Alaska. 2. La vallée du Yosemite. 3. La guerre des Modocs. 4. L'Amérique centrale. 5. Palo Alto. 6. Autres voyages. 7. Travail à l'Université de Pennsylvanie : animaux et êtres humains en action. 8. Le zoopraxiscope.

36.              MIGOT (André). Le Bouddha.  Club Français du Livre,  1963, in-8°,  302 pp, 4 illustrations à pleine page, biblio, reliure toile orange de l'éditeur décorée d'un portrait de Bouddha, rhodoïd, bon état. Bien complet des deux dépliants volants (l'un comprenant 3 cartes, l'autre un tableau chronologique comparatif)

            25

Destinée captivante que celle du Bouddhisme, né sous la forme d'un schisme de l'Hindouisme, et devenu – avec le Christianisme et l'Islam – l'une des trois grandes religions du monde ; Enrichi par des affrontements idéologiques dus à son expansion rapide hors des frontières de l'Inde, le Bouddhisme a fermenté et bouleversé toute la pensée orientale. A la source de ce foisonnement d'idées : un homme – en qui certains on vu un Dieu –, le Bouddha. Posant un regard clairvoyant et révélateur sur la souffrance universelle, le Bouddha a vécu et prêché le détachement, la tolérance et l'indifférence aux contingences matérielles, dans le but de délivrer l'homme du cycle infernal de la transmigration et de le guider vers l'harmonie parfait du Nirvana. André Migot fait bien plus ici que nous raconter la vie du Bouddha et nous décrire sa pensée. Il révèle à notre rationalisme occidental le rayonnement d'un prophète immortel et amène le lecteur, même le plus critique, à s'intéresser aux différents aspects de la sagesse bouddhique.

37.              MOULIN (Raymonde), Françoise Dubost, Alain Gras, Jacques Lautman et al. Les Architectes. Métamorphose d'une profession libérale.  Calmann-Lévy,  1973, gr. in-8°,  311 pp, 5 plans (la Grande Borne à Grigny), qqs tableaux, biblio, index, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Archives des sciences sociales)

            40

"Voici un ouvrage intéressant qui apporte une contribution précieuse à une sociologie des professions libérales dans la société contemporaine. Plus précisément, les auteurs se proposent « d'analyser la fonction et la profession des architectes, de tenter de mesurer les effets de freinage exercés par les architectes en tant que corps, d'apprécier les moyens d'évolution de la profession, et de définir le sens de cette évolution ». Pour atteindre cet objectif, ils ont choisi une méthode avant tout qualitative : études de documents écrits (presse, revues spécialisées, motions de congrès, textes émanant des syndicats, des associations, rapports officiels...), observations de type ethnographique, interviews semi-directives. L'ouvrage nous amène tout d'abord à chercher à situer la place des architectes en nous montrant comment ils ont su se distinguer des maîtres-maçons dès le Moyen-Age par une insistance répétée sur l'activité intellectuelle de leur pratique. De cette rupture entre le manuel et l'intellectuel va naître l'artiste, le démiurge que veut être l'architecte entouré d'un halo charismatique encore vivace aujourd'hui. Cette montée des architectes se verra institutionnalisée au XVIIe siècle sous le règne de Louis XIV. Le second moment décisif se situe à la fin du XIXe siècle avec la création des Ecoles, Syndicats et Associations, puis avec l'élaboration du Code Guadet, première ébauche qui conduira en 1940 à la création de l'Ordre des Architectes. Insister sur la montée sociale des architectes et l'institutionnalisation progressive de leur pratique, conduit logiquement à poser les problèmes actuels en termes de bouleversement des systèmes de valeurs, de modifications des conditions d'appartenance à « l'élite », de risque même de déclassement. La seconde approche présentée est très différente et conduit à un autre type d'analyse. Cette seconde approche porte sur une analyse des rôles, des stratégies et des conflits développés entre les architectes et leurs partenaires. Dans de nombreux cas, les architectes se trouvent en compétition avec les maîtres d'œuvre, les métreurs-vérificateurs, les ingénieurs, les entrepreneurs désireux d'industrialiser la construction, et bien souvent, ils se sentent dépossédés par ces concurrents mieux armés. Cette démarche conduit bien sûr les auteurs à tenter de caractériser le marché de la construction et à en dégager la structure de pouvoir. De ce fait, l'analyse abandonne donc les références au système de valeurs pour s'orienter vers une approche économico-politique centrée sur la division du travail, parfaitement illustrée par l'étude des relations entre l'architecte et le maître d'ouvrage, qu'il soit promoteur public ou promoteur privé..." (Christian de Montlibert, Revue française de sociologie, 1974)

38.              OLDENBARNEVELT (Jeanne van). Die Atmungskunst des Menschen in Verbindung mit Ton und Wort im Dienste der Kunst und der Wissenschaft. [La respiration humaine associée au son et à la parole au service de l’art et de la science]. Offizielle Vorträge und Demonstrationen. Mit 2 Titelbilden, 32 Textabbildungen, einem Modell und einer Uebungstafel.  Oranienburg, Wilhelm Möller,  s.d. (1907), in-8°,  105 pp, 5e édition revue, 2 photos de l'auteur en frontispices, 15 illustrations dans le texte, 14 planches photographiques, une planche dépliante hors texte détaillant 41 positions du corps et mouvements, enfin une planche à système en couleurs (le corps féminin en cinq états : squelette, avec muscles, nu avec organes internes, etc.) sur la dernière garde, cartonnage percaline verte de l'éditeur, titres dorés au 1er plat, encadrements à froid sur les plats, bon état. Texte en allemand (pas en caractères gothiques)

            25

39.              PARIAS (L.-H.)(dir.). Histoire du Peuple français. Par Régine Pernoud, Edmond Pognon, Pierre Lafue, Georges Duveau.  Nouvelle Librairie de France,  1968, 4 vol. gr. in-8°,  379, 384, 379 et 412 pp, préface de Edouard Herriot, très riche iconographie : 256 planches hors texte en noir imprimées en héliogravure, 44 planches hors texte en couleurs, 41 cartes et plans, plus de nombreuses illustrations dans le texte, reliures vélin crème décorées de l'éditeur, bon état

            100

Tome I : Des origines au Moyen Age (Ier siècle avant J.-C.-1380), par Régine Pernoud. – II : De Jeanne d'Arc à Louis XIV (1380-1715), par Edmond Pognon. – III : De la Régence aux trois Révolutions (1715-1848), par Pierre Lafue. – IV : De 1848 à nos jours, par Georges Duveau. — "Quelle satisfaction pour l'esprit, quelle jouissance aussi pour la sensibilité de trouver sous la plume de M. Duveau une présentation nouvelle de notre histoire nationale ! Nous croyions connaître ses secrets, et voilà qu'on nous en propose une vision toute neuve. La présentation n'est pas seule en cause, le point de vue aussi est inédit : l'ouvrage de M. Duveau tient en effet les promesses de son titre, le peuple français en est bien le héros et en fait tout le sujet. La société française revit tout entière à travers ces pages, ranimée, ressuscitée par un homme qui sait tout d'elle, de sa complexité, de son évolution ! Une immense culture historique, vivifiée, fécondée par une sensibilité profonde, nous donne le panorama de cette histoire de la nation française dont on rêvait sans trop y croire. M. Duveau s'est défendu d'entreprendre, après tant d'autres, un récit suivi du déroulement historique : son étude de la société s'ordonne autour de deux moments tenus pour décisifs, 1848 et la Commune, « les éclairs de février » et « les éclairs de mars ». Le procédé d'exposition associe heureusement évocation des journées révolutionnaires et description des types sociaux. On admirera sans réserve la richesse d'une méthode qui combine le portrait individuel et le portrait collectif, mêle les personnages historiques et les héros de roman, plus vrais quelquefois, plus représentatifs que des êtres réels, prête une âme aux villes, écoute les confidences de chaque quartier de Paris, sait apprécier d'un mot la moralité d'une époque. Les professions, les cités, les classes revivent toutes avec leurs préoccupations, leur tour d'esprit, leur tendance politique. M. Duveau ne s'interdit point ces rapprochements d'une période à l'autre, d'hier à aujourd'hui, qui jettent un jour éclairant sur une évolution. Aucune analyse ne peut donner une idée juste de la richesse humaine de cet ouvrage où revivent un nombre considérable de personnalités, des hommes politiques aux militants syndicalistes, parisiens comme provinciaux, qui présente une galerie de tous les types sociaux, rend à chaque époque sa tonalité profonde et donne par-dessus tout le sens de la diversité et du relief. Comme on souhaiterait faire lire pareil ouvrage à tous les Français : à ceux qui croient connaître leur histoire, il en révélerait le sens profond, aux autres il en apprendrait l'amour." (René Rémond, Revue française de science politique, 1955, à propos du tome IV)

40.              PÉRIGOT (Ch.). Histoire du commerce français.  P., Eugène Weill et Georges Maurice Editeurs,  1884, 2 vol. in-12,  viii-256 et 245 pp, 26 cartes, les 2 tomes reliés ensemble en un volume demi-chagrin carmin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titres et caissons fleuronnés dorés, encadrement à froid sur les plats, fer doré de la ville de Paris au 1er plat, tranches dorées (rel. de l'époque), bon état

            50

"Le commerce de la France remonte, ainsi que son histoire politique, à plus de deux mille ans. Comme il a beaucoup varié pendant un si grand nombre de siècles, il convient de partager son histoire entre plusieurs périodes. On peut la diviser de la façon suivante : 1) Le commerce de la France jusqu'aux Croisades ; 2) depuis les Croisades jusqu'à la fin du XVe siècle ; 3) le XVIe siècle ; 4) le XVIIe siècle jusqu'à la mort de Louis XIV ; 5) le XVIIIe siècle jusqu'à la Révolution ; 6) depuis la Révolution jusqu'à nos jours." — L'ouvrage comprend quelques pages sur le commerce colonial en 1884 : Algérie, Tunisie, Sénégal, Haut Niger, Guinée, Congo, Cochinchine, Cambodge, Annam, Tonkin ; la question des "Comptoirs". — Charles Périgot (1828-1885) est l'auteur d'un "Précis de la géographie" et de manuels scolaires qui ont rendu de grands services aux études de son temps. Il est surtout connu pour son "Atlas de géographie générale, physique et politique antique, médiévale et moderne" (Paris, F. Tandou, 1865), réédité en 1875 sous le titre "Atlas de géographie historique ancienne, du moyen-âge et des temps modernes, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1875".

41.              PETERS (Arno). Histoire mondiale synchronoptique.  Bâle, Editions académiques de Suisse,  1965, petit in-folio,   index des noms et des faits, reliure simili-vélin de l'éditeur, ex. numéroté, 2e plat lég. taché, bon état

            50

L'histoire de l'humanité en tableaux synoptiques. — "Voici un gros volume dont la forme est tout à fait inhabituelle. Repliée pour constituer des pages de 26 centimètres, une sorte de guirlande longue de 1m 50 (1/2 centimètre par an depuis l'an 1000 avant Jésus-Christ jusqu'à l'an 2000 après Jésus-Christ) embrasse l'histoire politique, l'évolution des civilisations, les biographies des grands hommes, dont la longueur dépend de la longévité. Des couleurs différentes font ressortir les rubriques étagées sur les 33 cm. de hauteur de page : économie (technique, sciences naturelles, découvertes, vie sociale), vie intellectuelle (art, poésie, droit, urbanisme), religion, politique, guerres, révolutions (soulèvements, guerres civiles)... " (Alfred Grosser, le Monde, 8 mai 1963) — "Les historiens se sont depuis longtemps préoccupés d’établir des chronologies. Dans la plupart de ces chronologies, la superficie consacrée à chaque année de l’histoire a été en grandissant au fur et à mesure qu’on se rapprochait de l’époque contemporaine. L’originalité de la chronologie d’Arno Peters a été de consacrer rigoureusement la même surface à chaque année, depuis l’an 1000 avant Jésus-Christ jusqu’en 1962. Chaque bande annuelle est elle-même divisée en cinq secteurs, d’égale superficie quelle que soit l’époque envisagée : économie et technique, civilisation, personnalités historiques, politique, guerres et révolutions..." (Jacques Godechot, Annales historiques de la Révolution française, 1963)

42.              REICH (Wilhelm). L'Ether, Dieu et le diable. Le fonctionnalisme orgonomique.  Payot,  1973, in-8°,  229 pp, traduit de l'allemand par Pierre Kamnitzer, broché, qqs rares marques au crayon en marges, bon état (Bibliothèque scientifique, Coll. Science de l'homme). Edition originale de la traduction française

            20

Wilhelm Reich (1897-1957) décrit ici le processus de la pensée fonctionnelle. Il montre comment la logique interne de ce processus le conduisit progressivement à la découverte de l'énergie d'orgone cosmique. La pensée fonctionnelle et la sensation d'orgone apparaissent comme les instruments essentiels de la recherche scientifique, indispensables pour résoudre les problèmes de la Vie. La différence entre le mode de pensée du fonctionnalisme orgonomique et les conceptions mécanistes et mystiques apparaît clairement dans l'étude des relations entre l'énergie d'orgone cosmique et les deux pôles de la pensée humaine que représentent "Dieu" et "l'éther". Reich montre alors comment le diable de la religion et du folklore constitue une distorsion des sensations du corps humain, et comment l'orgonomie conduit au-delà du domaine du diable.

43.              RODIER (Camille). Le Clos de Vougeot.  Dijon, Librairie L. Venot,  1949, pt in-4°,  178 pp, préface de Gaston Roupnel, illustré de 34 planches à pleine page comprises dans la pagination, gravées par Guidot et tirées en bistre, broché, couv. crème imprimée en rouge et noir, couv. lég. salie, bon état. Edition tirée à 2.125 exemplaires celui-ci un des 2.000 ex. sur vélin Valdor des Papeteries Prioux

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Seconde édition mise à jour de cette excellente monographie sur l'un des crus les plus fameux de Bourgogne, depuis la fondation de l'abbaye de Côteaux au XIe siècle jusqu'en 1948, avec de précieux renseignements sur les propriétaires des vignobles.

44.              ROUSSEAU (Pierre). Histoire des Transports.  Fayard,  1961, in-12,  561 pp, notes, index des noms cités, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Les Grandes études historiques) (Prix Thérouanne de l'Académie française 1962)

            20

Ouvrage d'une lecture toujours très plaisante. L'éditeur promet un livre "complet, documenté, passionnant à lire" et termine par : "C'est un voyage merveilleux qui vous est proposé ; à cheval, en voiture, en bateau, en train, en auto, en avion... Embarquez-vous ! On part..." — Table : Des ombres de la Préhistoire sortent la roue et la barque ; Gloire et agonie de la voie romaine ; Trente siècles de navigation ; Routes et canaux au Grand Siècle ; Révolution industrielle et révolution des transports ; Histoire de la voile ; La vapeur conquiert l'Occident ; Le chemin de fer tentaculaire ; La route avant le moteur ; Avènement du moteur ; La troisième dimension (l'aviation).

45.              SAUNIER (Eric)(dir.). Figures d'esclaves : présences, paroles, représentations.  Publications de l'Université de Rouen et du Havre,  2012, gr. in-8°,  308 pp, 54 illustrations en noir et en couleurs, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Histoire & Patrimoines), envoi a.s. d'Eric Saunier

            30

Quelles sources les chercheurs mobilisent-ils pour approcher la complexité du « fait esclavagiste » issu de la traite transatlantique ? Que tirent les historiens de leur retour vers des sources d'archives utilisées par leurs prédécesseurs et de l'entrée d'instruments méthodologiques novateurs dans ce champ de la recherche pour lequel on observe un regain d'intérêt ? Que peuvent apporter la peinture, le cinéma ou l'étude de l'imaginaire visuel à la connaissance de l'impact de l'esclavage dans les sociétés depuis plus de trois siècles ? Telles sont les principales questions qui constituent l'aiguillon de “Figures d'esclaves”, un ouvrage dans lequel quinze historiens, sociologues, anglicistes, anthropologues et spécialistes de littérature se sont réunis dans le but de présenter des études inédites. — Ouvrage dirigé par Eric Saunier Avec les contributions d’Harry-Pascal Bannais, Sylvie Barot, Jacques de Cauna, Prosper Eve, Richard Flamein, Bernard Gainot, Brigitte Kowalski, Nick Nesbitt, Erick Noël, Claire Parfait, Thomas Raffin, Frédéric Regent, Marie-Jeanne Rossignol, Philippe Vitale et Anne Wicke.

46.              SOULIÉ de MORANT (G.). Le Trésor des Loyaux Samouraïs, ou les 47 Ro-ninns.  Club du Beau Livre de France,  1954, in-8°,  273 pp, tiré sur papier bouffant Fleur d'Alfa des Papeteries d'Avignon, reliure toile rouge décorée d'un dessin de samouraï en noir de l'éditeur, dos lisse avec titres noirs, rhodoïd, ex. numéroté, dos lég. passé, bon état

            25

Histoire fameuse des années glorieuses des samouraïs, adaptée dans notre langue et romancée par George Soulié de Morant (1878-1955), un des plus grands orientalistes français, "Le Trésor des loyaux samouraïs" est sans doute l'un des récits les plus touchants et les plus riches de sens jamais publiés sur ces guerriers farouches. Les aventures des 47 Rônins, de son nom japonais "Chushingura" (le trésor des loyaux serviteurs) ne sont pas une légende, mais un "fait divers" qui défraya la chronique au début du XVIIIe siècle, et que l'imagination populaire s'est plu à embellir. II était formellement interdit de dégainer son sabre dans l'enceinte du palais royal, mais le seigneur Asano Takumino-Kami, jeune guerrier aussi brave qu'intransigeant, passa outre pour répondre aux provocations du chef des rites, Kira Kozukenosuke Yoshinaka. La Loi shogunale est intransigeante et le seigneur Asano fut condamné à mort mais ses vassaux, 47 samouraïs désormais sans maître, jurèrent de venger sa mémoire. Pendant plus d'un an, la conjuration demeura secrète, endurant le mépris pour endormir la méfiance de Kira. Leur abnégation porta ses fruits et les braves finirent par se venger pour être, à leur tour, condamnés au suicide rituel. Ce livre passionnera tous ceux qui s'intéressent à l'esprit guerrier des samouraïs et à l'histoire de l'Extrême-Orient.

47.              SYLVAIN (Claude). Contes et légendes du roi Artus. L'enfance de Merlin. Illustrations de F. Nathanson.  ‎P., Gautier-Languereau,  1947, gr. in-8° (18 x 23 cm),  46 pp, texte de Claude Sylvain, illustrations en couleur hors texte, lettrines et culs-de-lampe de F. Nathanson, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale

            25

"Claude Sylvain, pseudonyme de Jeannine Harmand, publie en 1947 le petit album qui s’intitule “Contes et légendes du roi Artus. L’enfance de Merlin”, peut-être prévu à l’origine pour être le premier d’une série. Il n’est en effet jamais question d’Arthur dans ce court volume, exclusivement consacré à l’enfance miraculeuse de Merlin. Cinq chapitres, rappelant les mirabilia de l’hagiographie médiévale, évoquent cinq épisodes où Merlin, bébé puis petit garçon, fait la preuve de ses dons surnaturels autant que de sa sagesse et de sa malice proverbiales. Le premier chapitre, dans lequel, âgé de quelques heures, il prend la parole pour innocenter sa mère accusée par les juges, évoque effectivement bien des pages de la Légende dorée. Mais le ton ici est débarrassé de tout didactisme : ce Merlin-ci n’est pas un saint, et s’il use de ses dons, c’est par tendresse pour sa mère, harcelée par des voisins jaloux. (...) L’enfant connaît les secrets et les travers de chacun, et c’est avec beaucoup d’astuce qu’il révèle publiquement les petites bassesses d’un juge ou d’un aubergiste, qu’il démasque les usurpateurs dans l’entourage de l’empereur, qu’il parvient à convertir à la prodigalité un gros bourgeois connu pour son avarice. Mais il n’est jamais ennuyeux ou moralisateur, il s’amuse (...) C’est donc une « enfance Merlin » légère et facétieuse qui est proposée ici au jeune lecteur, et le plus étrange, c’est qu’elle ne soit rattachée en rien au monde arthurien tel que nous le présentent les versions les plus courantes : l’album s’achève en fait sur « une des plus belles conversions de Merlin », et abandonne le personnage alors qu’il est encore adolescent..." (Cécile Boulaire, Enfances arthuriennes dans la littérature pour enfants, 2004)

48.              ULMER (Bruno), Thomas PLAICHINGER, Charles ADVENIER. A votre santé ! Histoire de la publicité pharmaceutique et médicale.  P., Syros-Alternatives,  s.d. (1988), in-4° carré,  148 pp, 116 illustrations dans le texte et à pleine page, dont 85 en couleurs, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

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De l’époque héroïque des charlatans et de leurs remèdes miracles jusqu’aux récentes tentatives de faire pénétrer les médicaments dans les grandes surfaces, ce titre retrace l’histoire de la publicité pharmaceutique et médicale, trois siècles de recherche et de progrès scientifique. — "Cet ouvrage bien illustré présente une vaste histoire de la publicité pharmaceutique et médicale française, et les auteurs réussissent à transmettre le sens de l'imagination utilisée par les artistes et les écrivains au fil des ans. Certes, il y a eu des excès publicitaires à l'occasion, non seulement par les charlatans de l'ancien régime, mais aussi par les fabricants de médicaments d'ordonnance dans les années 1930 et plus tard dans les années 1960. De temps à autres, le gouvernement a jugé nécessaire de d'instituer des règlements pour enrayer les formes les plus violentes d'une telle démesure. Dès 1685, la France exigeait une autorisation spéciale pour afficher des prospectus de produits médicaux, mais les moyens de contourner les lois devaient être relativement faciles, car en 1698 un voyageur britannique nommé Lister affichait des publicités pour des remèdes contre les maladies vénériennes dans tout Paris. Au XVIIIe siècle, des spécialistes du marketing ont même trouvé un moyen de suggérer que l'autorisation du gouvernement impliquait un soutien pour le produit vendu... Les réglementations ont rarement interrompu la volonté de développer de nouvelles approches ; des publicités percutantes sont toujours possibles même dans un environnement restrictif. Le livre est richement illustré de planches, d'affiches, de cartes commerciales, d'étiquettes et, pour la période récente, de publipostage et de publicités à destination des journaux. Beaucoup sont rares et inconnus." (William H. Helfand, Pharmacy in History, 1990)

49.              VAN SOMEREN BRAND (Dr.)(dir.). Les Grandes cultures du monde, leur histoire, leur exploitation, leurs différents usages : le riz, la vigne, le froment, le cacao, le café, le thé, le quinquina, le tabac, le sucre, le maïs.  Flammarion,  s.d. (1905), in-4°,  viii-378 pp, traduit du hollandais, illustré de 13 planches hors texte en couleurs dont le frontispice, et près de 700 photographies en noir dans le texte, broché, dos recollé, sinon bon état. Edition originale française

            50

Bel ouvrage imprimé sur papier couché et abondamment illustré sous la direction de Jan Eduard van Someren Brand (1856-1904), qui rédige la première partie (le riz) sous le pseudonyme E. de Tsoe Meiren, avec la collaboration des plus éminents spécialistes de divers pays. Avec un grand nombre d'anecdotes authentiques : du laboureur au consommateur en passant pour le coolie, le marin, le petit marchand ou le transformateur industriel... L'ouvrage est une référence pour les différentes cultures et notamment l'agriculture coloniale. — "Les trois livraisons récemment parues de cette belle publication, sont consacrées aux cultures du café et du thé, ainsi qu'à celle du quinquina, avec une notice préliminaire sur les fièvres malariales. Ces livraisons ne sont pas inférieures à celles dont nous avons déjà rendu compte ; les illustrations sont aussi intéressantes qu'abondantes, et d'une exécution parfaite." (Bulletin de la Société belge d'études coloniales, 1908)

50.              WACHTEL (Nathan). Paradis du Nouveau Monde.  Fayard,  2019, gr. in-8°,  331 pp, 4 pl. de photos hors texte, 36 illustrations et figures dans le texte, 7 cartes, notes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            20

La découverte d'un monde jusqu'alors insoupçonné, à la fin du XVe siècle, suscita en Occident d'innombrables hypothèses et fantasmes. Que ce soit la localisation du Paradis terrestre au coeur de l'Amérique du Sud ou le problème de l'origine des populations indiennes, ces recherches se fondaient souvent sur des études remarquablement documentées, menées avec une rigueur que l'on peut presque dire scientifique. Parallèlement, parmi les populations amérindiennes, en réaction à la situation coloniale, se développèrent sur l'ensemble du continent américain des mouvements "messianiques" ou "prophétiques", récurrents dans la longue durée. Migrations vers la Terre sans Mal, attente du retour de l'Inca, vision extatique du retour des morts dans la Ghost Dance : ces mouvements combinent des croyances et pratiques autochtones avec certains apports occidentaux, en ordonnant ces derniers selon la logique propre des systèmes de pensée indigène. Ainsi se modela au fil des siècles l'identité indienne. Nathan Wachtel poursuit, avec ce nouveau livre, sa réflexion sur la pluralité des perspectives historiques, leur complémentarité pour la restitution d'une histoire globale, et les traces que les traumatismes hérités du passé inscrivent dans les mémoires collectives. — Titulaire de la chaire "Histoire et anthropologie des sociétés méso- et sud-américaines" au Collège de France, Nathan Wachtel est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole (1530-1570) (Gallimard, 1971), Le Retour des ancêtres. Les Indiens urus de Bolivie, XXe-XVIe siècle (Gallimard, 1990), La Logique des bûchers (Seuil, 2009) et La Foi du souvenir. Labyrinthes marranes (Seuil, 2001).

51.              WURMBRAND (Max) et Cecil ROTH. Le Peuple Juif. Quatre mille ans de survivance.  Albin Michel,  1967, gr. in-8°,  468 pp, un frontispice en couleurs, 600 gravures et photos, index, reliure toile bordeaux de l'éditeur, titres dorés au dos, sans la jaquette, bon état

            30

Bon ouvrage de vulgarisation à l'illustration superbe.

 

ANTIQUITÉ

 

52.               [Atlantide] – SPANUTH (Jürgen). L'énigme de l'Atlantide.  Montreuil, Editions de La Vie Claire,  1971, in-8°,  156 pp, traduit de l'allemand, 8 pl. de gravures hors texte, 13 figures dans le texte, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            25

Selon les théories émises par Jürgen Spanuth d'abord, puis par Jean Deruelle, Sylvain Tristan et Roger Mermet ensuite, il se serait agi d'un gigantesque polder dont les digues auraient été le point de départ d'une civilisation mégalithique en mer du Nord, au large de la Hollande, et dont les îles de la Frise et particulièrement celle d'Heligoland constitueraient ce qu'il reste de son territoire, contreforts servant de digues naturelles.

53.              AUBOYER (Jeannine) et Jean-François ENAULT. La Vie publique et privée dans l'Inde ancienne (IIe siècle av. J.-C.-VIIe siècle environ). Fascicule I (première partie, seul parue) : L'architecture civile et religieuse.  PUF,  1969, in-4°,  viii-68 pp, + 44 planches hors texte légendées en regard, biblio, index, broché, bon état (Publications du musée Guimet, Recherches et documents d'art et d'archéologie, tome VI). Edition originale

            50

"Dans les Publications du Musée Guimet a paru le Fascicule I (Première partie) de la “Vie publique et privée dans l'Inde ancienne (IIe s. av. J.-C.-VIIIe s. environ)”, ouvrage qui constitue le tome VI de la collection “Recherches et documents d'Art et d'Archéologie”. Ce fascicule, écrit en collaboration par Jeannine Auboyer, Conservateur en chef du Musée Guimet, et Jean-François Enault, Architecte de la Mission archéologique de l'Indus (auquel sont dus d'autre part les dessins), est consacré à “L'architecture civile et religieuse” (jusqu'au IIIe/IVe s. de notre ère) : 67 pages de texte suivi (Avertissement. Présentation de l'architecture indienne (J. Auboyer). Étude technique (Jean- François Enault). Bibliographie. Index. Table des illustrations in texte. Table des planches) et 44 planches de dessins sur feuilles libres, avec les commentaires afférents disposés en regard." (Arts Asiatiques, 1970)

54.              AUBOYER (Jeannine). La Vie publique et privée dans l'Inde ancienne (IIe siècle av. J.-C.-VIIe siècle env.). Fascicule VI : Les jeux et les jouets.  PUF,  1955, in-4°,  xi-55 pp, + 15 planches hors texte légendées en regard, biblio, index, reliure pleine toile carmin, dos lisse, pièce de titre basane vermillon (lég. salie), couv. et dos conservés (rel. de l'époque), bon état (Publications du musée Guimet, Recherches et documents d'art et d'archéologie, tome VI). Edition originale

            50

"... Jeannine Auboyer avait pour objectif de développer une ligne de recherche constituée par une série de minutieuses enquêtes thématiques s'appuyant sur les documents archéologiques de l'Inde. Cette démarche apparaît déjà clairement dans sa thèse soutenue brillamment en 1946 à l'Ecole pratique des Hautes Etudes : « Le Trône et son symbolisme dans l'Inde ancienne », qui devait lui valoir le prix Paul Pelliot en 1950. Elle précise de nouveau sa méthodologie en 1955 dans l'introduction du premier fascicule paru du grand corpus de « La vie publique et privée dans l'Inde ancienne». Constatant combien les objets provenant des fouilles archéologiques sont finalement peu nombreux, il lui était apparu nécessaire de tirer parti des informations fournies par les reliefs narratifs des monuments pour éclairer la vie quotidienne, les cérémonies et les fêtes de l'Inde ancienne. Naturellement, dans cette entreprise, elle n'oublie pas les leçons de Marcel Mauss, de Rivet et des sociologues de l'époque. C'est ainsi qu'elle inaugure cette série de publications par une étude intitulée : Les jeux et les jouets, dans laquelle elle montre l'étroit parallèle entre le jeu et l'action sacrée. Mais on retrouve aussi dans cette approche, la formation qu'elle a reçue dans les ateliers d'artistes où elle a appris à voir les œuvres et à les dessiner. Elle a en effet fait du dessin qu'elle a toujours pratiqué, une véritable technique d'analyse. Cette familiarité avec les documents figuratifs devait aussi beaucoup l'aider à écrire « La vie quotidienne dans l'Inde ancienne », ouvrage paru en 1961, réédité plusieurs fois et traduit en huit langues..." (Jeannine Auboyer 1912-1990, par Jean-François Jarrige, Arts asiatiques, 1991)

55.              BENOIST-MÉCHIN (Jacques). Cléopâtre, ou le rêve évanoui.  Perrin,  1977, in-8°,  429 pp, 19 illustrations, une carte, tableaux généalogiques, biblio, 2 index, reliure skivertex carmin de l'éditeur, demi-jaquette illustrée, rhodoïd, bon état (Le rêve le plus long de l'Histoire II)

            25

Ultime représentante des Ptolémées, Cléopâtre symbolise à la fois une Egypte des intrigues politiques, une civilisation décadente et l'incarnation d'un rêve inachevé. Confiée par son père aux Romains afin de protéger le pays contre ses voisins, Cléopâtre, après avoir séduit César, vient résider à Rome où les sénateurs, du coup, craignent une orientalisation de Rome et conspirent l'assassinat de César en - 44. Quoi d'étonnant si, huit ans plus tard, elle tente avec Marc-Antoine d'établir un empire d'Egypte de la Méditerranée orientale jusqu'à la Syrie ? Avec son inimitable talent, Jacques Benoist-Méchin montre que Cléopâtre saisit par deux fois l'occasion d'accomplir le programme idéal de tout pharaon : régner divinement sur la terre.

56.              Collectif. Etudes Celtiques. Tome XIX-1982.  P.,  1982, gr. in-8° (17 x 25 cm),  416 pp, nombreuses figures, photos, cartes, broché, bon état

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Articles de fond pp 7-322 : Canthares danubiens du IIIe siècle avant notre ère. Un exemple d’influence hellénistique sur les Celtes orientaux (Venceslas Kruta et Miklós Szabó) ; Archéologie et numismatique : la phase initiale du monnayage celtique (Venceslas Kruta) ; Une épée gauloise du musée de Denain (Nord) (Gaston Hantute et Germaine Leman-Delerive) ; Observations sur la mythologie celtique : les sources numismatiques (Paul-Marie Duval) ; Notes d’étymologie gauloise (Michel Lejeune) ; Notes sur le celtique antique (Léon Fleuriot) ; Quelques noms celtiques en Grèce et en Asie Mineure (Olivier Masson) ; Les citations d’auteurs latins chrétiens dans les Vies de saints bretons carolingiennes (François Kerlouégan) ; etc.

57.              Collectif. Etudes Celtiques. Tome XXIV-1987.  P.,  1982, gr. in-8° (17 x 25 cm),  388 pp, nombreuses figures, photos, cartes, broché, bon état

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Nécrologie de Léon Fleuriot (1923-1987). Articles de fond pp 13-324 : Le masque et la palmette au IIIe siècle avant J.-C. : Loisy-sur-Marne et Brno-Maloměřice (Venceslas Kruta) ; Anneaux de cheville laténiens en Haute-Normandie (Germaine Leman-Delerive) ; Les épées laténiennes à bouterolle circulaire et ajourée des IVe et IIIe siècles avant J.-C. en Champagne (Jean-Jacques Charpy) ; La céramique peinte à décor zoomorphe des IIe et Ie siècles avant J.-C. en territoire ségusiave (Vincent Guichard) ; La guérilla gauloise pendant la guerre des Gaules (58-50 avant J.-C.) (Alain Deyber) ; Les rois Héliseus et Salamon et le rôle de la Bretagne armoricaine dans la transmission du texte de Pélage (Léon Fleuriot) ; Saint Idunet et le monastère de Tauracus (Erwan Vallerie) ; Les noms bretons des jours de la semaine dans un ouvrage français de 1557 (Gwennolé Le Menn) ; etc.

58.              DECLAREUIL (J.). Rome et l'organisation du droit.  P., Renaissance du Livre,  1924, in-8°,  xi-452 pp, biblio, index, reliure demi-chagrin brun-vert, dos à 5 nerfs soulignés à froid (rel. de l'époque), dos uniformément passé, bon état (Coll. l'Evolution de l'Humanité)

            30

"Rien ne fait mieux comprendre l'extraordinaire originalité créatrice de Rome en matière de droit qu'une comparaison avec l'œuvre des civilisations antérieures. A Babylone, M. Declareuil le note justement, nous possédons, avec le Code d'Hammourabi, un recueil d'édits royaux : « C'est, si l'on veut, une grande ordonnance, mais non la somme méthodique du droit chaldéen » (p. 6). En Egypte, les volumes qu'on plaçait devant le Tribunal de vérité se réduisaient sans doute à un coutumier ou des prescriptions morales et religieuses se mêlaient à des rudiments de procédure et à des règlements administratifs. Ainsi, dans ces bulletins des princes orientaux, « nulle œuvre de doctrine, nul essai de classification, ni d'analyse, rien qui indique une velléité d'ériger en normes les principes latents dans la masse des actes. » (p. 8). A son tour, le génie hellénique, bien que la science fût l'objet final de son effort, n'a produit aucun monument véritable de jurisprudence : « Le droit resta, en Grèce, une dépendance de la rhétorique et de la morale » (p. 8). Même l'inventaire des constitutions et l'étude des lois, qu'entreprirent Aristote, Théophraste et leurs disciples, n'avaient pour but que l'organisation du corps politique : « Le juriste ne se différencia pas du philosophe ou de l'homme d'État » (p. 9). En revanche, chez les Romains, la vocation du droit ne fut pas moins impérieuse que la mission de la guerre. L'une a toujours été inséparable de l'autre. Ce legs de la raison écrite, dont les magistrats de la Ville éternelle ont doté le monde, est bien l'œuvre propre du peuple des Quirites. D'Appius Claudius à Justinien, ce formidable labeur juridique s'étend sur presque un millénaire, il faut y distinguer deux périodes : l'une, allant des origines à la fin des Sévères, où l'intervention législative gravite autour des libertés de l'individu ; l'autre, marquée par le triomphe du christianisme, où l'Etat enveloppe les personnes et les biens d'une étreinte universelle. D'où, le plan adopté par M. Declareuil : I. Les coutumes anciennes et la formation du droit classique ; II. Le droit du Bas-Empire et les réformes justiniennes. Un des grands mérites de l'ouvrage, outre l'excellence d'une exposition méthodique, est que l'auteur ne travaille pas seulement en juriste, mais en historien. Il aime à situer les thèmes juridiques dans les cadres de l'histoire et à montrer les réactions des événements historiques sur le droit. Ce sens des réalités du passé le préserve des abstractions hypercritiques..." (G. Radet, Revue des Études Anciennes, 1925)

59.              DEISSLER (A.) et M. DELCOR. Les petits prophètes, II : Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.  P., Letouzey & Ané,  1964, in-8°,  viii-(293)-668 pp, broché, bon état (L. Pirot et A. Clamer, La Sainte Bible. Traduction française d'après les textes originaux. Commentaire exégétique et théologique, t. VIII, 1ère partie, fasc 2, p. 293-668)

            40

"Ce fascicule, qui termine la publication du commentaire biblique fondé par L. Pirot et A. Clamer, constitue un gros livre à la typographie serrée. A. Deissler, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau, y étudie les livres de Michée, Sophonie, Aggée et Malachie, tandis que M. Delcor, professeur aux Facultés catholiques de Toulouse, s'est chargé de Nahum, Habacuc et Zacharie (le Deutéro-Ζacharie est traité comme un livre entièrement distinct). Grâce à une collaboration qu'on devine étroite entre deux auteurs qui ont eu parfois à traiter des sujets voisins (Aggée et le Proto-Ζacharie), l'ouvrage donne une impression de grande homogénéité. La manière dont ces deux savants catholiques renommés se sont acquittés de leur tâche mérite tous les éloges. On trouvera pour chaque livre une introduction historique substantielle, un exposé très dense des questions de critique textuelle, une présentation sobre du « message » du prophète, qui est essentiellement un exposé de sa pensée religieuse. La bibliographie choisie est abondante ; elle s'arrête en 1962. La traduction est justifiée par des notes minutieuses et érudites qui font appel pour éclairer le texte à toutes les ressources de la philologie et de l'histoire. Les auteurs ne se sont pas sentis trop liés au texte massorétique, et les corrections proposées sont nombreuses." (A. Caquot, Revue de l'histoire des religions, 1966)

60.              DUVAL (Noël), avec la collab. de Fr. Baritel et Ph. Pergola (dir.). Actes du XIe Congrès international d'archéologie chrétienne. Lyon, Vienne, Grenoble, Genève et Aoste (21-28 septembre 1986).  Rome, Ecole française de Rome et Pontificio Istituto di archeologia cristiana,  1989, 3 forts vol. gr. in-8°,  cxxviii-2919 pp, 1066 illustrations dont 7 cartes et plans dépliants, index, brochés, couv. illustrées à rabats, bon état (Collection de l'Ecole française de Rome 123)

            250

"Notre ambition n'est pas de résumer en quelques colonnes la teneur de trois mille pages. Nous tenterons simplement de dégager ici les grands axes de l'entreprise proprement monumentale, coordonnée par Ch. Pietri (président de ce congrès), P.-A. Février (président du comité scientifique) et N. Duval (secrétaire général), en insistant sur les apports essentiels dont elle peut sans conteste se prévaloir. Ainsi que l'usage tend à se généraliser, les organisateurs avaient choisi un thème, en précisant d'emblée les articulations de son traitement, et en sollicitant pour chacune de celles-ci l'intervention d'un rapporteur principal. Il s'agissait en l'occurrence d'évoquer la naissance de la ville chrétienne : action de l'évêque et installation de sa cathédrale, puis topographie des grandes cités, espace des nécropoles et, enfin, image – iconographique et littéraire – que les contemporains se faisaient de leur ville ; suivait, compte tenu des lieux de séance, une présentation particulière de ces problèmes pour la région alpine. (...)  Alors que l'étude de l'architecture du Moyen Age « classique » s'attache de plus en plus aux origines des édifices, à leurs fonctions et à leur environnement, ce congrès apporte de précieuses données et ne manquera pas de susciter d'amples réflexions complémentaires. Nous évoquions, en préambule, le caractère monumental de cette publication ; on la consultera cependant sans peine de manière ponctuelle, grâce au copieux index (p. 2825-2907) qui clôt le troisième volume. On a donc là, désormais, un ouvrage de référence fondamental." (Jean-Pierre Caillet, Bulletin Monumental, 1992)

61.              GOW (Dr. James) et S. REINACH. Minerva. Introduction à l'étude des classiques scolaires grecs et latins. Ouvrage adapté aux besoins des écoles françaises par Salomon Reinach.  Hachette,  1909, in-12,  xx-336-(4) pp, une gravure d'une statue d'Auguste en frontispice, 55 gravures et plans dans le texte, index des mots grecs, index des mots latins, index des matières, reliure pleine percaline verte de l'éditeur, bon état

            25

"Servir : servir, après la jeunesse, ceux qui débutent dans la carrière de l'érudition, servir ceux qui plus tard seraient arrêtés par la difficulté de se procurer des ouvrages indispensables, servir enfin, toujours et de toute manière, les archéologues, fut le souci constant de M. S. Reinach et il n'est rien qui soit davantage à l'honneur d'un si grand savant." (Etienne Michon, Eloge funèbre de M. Salomon Reinach, 1932)

62.              GRANDCLAUDON (Marcel). Les Livres des Macchabées. Traduits et commentés.  P., Letouzey & Ané,  1951, in-8°,  239 pp, broché, bon état (L. Pirot et A. Clamer, La Sainte Bible. Texte latin et traduction française d'après les textes originaux avec un commentaire exégétique et théologique, commencé sous la direction de L. Pirot, continué sous la direction de A. Clamer. Tome VIII, 2ème partie)

            30

"M. Grandclaudon commente les livres des Macchabées. Il s'agit uniquement des livres 1 et 2 reconnus comme canoniques par l'Église catholique. Le premier écrit originairement en hébreu, a pour auteur un enthousiaste admirateur de la famille hasmonéenne, mais non pas à proprement parler Saducéen ; car le parti n'existait pas encore à l'époque de la composition, vers 140-130 avant notre ère. Les renseignements de toute sorte conservés par le récit dénotent un témoin oculaire peut-être mêlé aux événements. Les documents officiels qui y sont insérés, sont authentiques. L'auteur veut montrer que Dieu secourt son peuple dans les malheurs qu'ont provoqués ses péchés ; mais il ne met pas en relief l'intervention directe de Dieu dans les événements comme d'autres livres bibliques. Des renseignements détaillés sur les hésitations de la tradition ecclésiastique à la canonicité terminent l'introduction. Le rédacteur du second livre a très notablement abrégé l'ouvrage de Jason de Cyrène, à la valeur historique duquel il rend témoignage. Le but plus oratoire et religieux de ce résumé justifie certains groupements de faits sans tenir compte minutieusement de leur ordre chronologique et explique les divergences avec le premier livre. L'auteur, sympathique pour Judas Macchabée, était de tendances pharisiennes, comme il ressort de son zèle pour la loi et de sa croyance à la résurrection. Sans doute un de ses objectifs a-t-il été de glorifier le temple de Jérusalem aux yeux des Juifs d'Égypte, qui avaient élevé un sanctuaire à Léontopolis. Le récit aboutit à l'institution de deux solennités liturgiques : la Dédicace et le jour de Nicanor. Les lettres reproduites au début devaient fortifier le prestige du seul temple légitime aux yeux de l'auteur. Plus profondément la valeur religieuse de ce livre tient à sa conviction d'une alliance indestructible entre Dieu et son peuple, et à sa doctrine sur la vie future. Un commentaire historique et théologique accompagne le texte latin et la traduction française d'après le grec." (A.-M. Dubarle, Revue des Sciences philosophiques et théologiques, 1953)

63.              HOLTZMANN (Bernard). L'Acropole d'Athènes. Monuments, cultes et histoire du sanctuaire d'Athèna Polias.  Picard,  2003, in-4°,  303 pp, 32 pl. hors texte et 223 photos, figures et plans dans le texte, biblio, chronologie, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            120

L'Acropole d'Athènes, après sa reconstruction par Périclès et ses successeurs, était devenue dès l'Antiquité le symbole de la civilisation grecque parvenue à son apogée et l'est redevenue depuis la Renaissance en dépit des nombreuses vicissitudes qu'elle a connues jusqu'au XIXe siècle : ce lieu de mémoire essentiel dans la culture occidentale reçoit aujourd'hui la visite de millions de touristes. Après deux siècles d'études archéologiques, on pouvait croire que tout était connu et dit de ce site illustre ; or les restaurations en cours depuis 1975 ont amené un renouvellement considérable des connaissances, que ce livre entreprend d'exposer pour la première fois au public francophone. Tout en privilégiant une perspective historique qui guide le lecteur de la préhistoire jusqu'à nos jours, son ambition est de restituer sa complexité à l'un des plus grands sanctuaires grecs, celui d'Athèna Polias, patronne d'Athènes. Par-delà l'analyse des monuments singuliers qui ont fondé sa célébrité, tous les aspects de l'activité qui se déployait sur le plateau et à ses abords sont en effet envisagés : mythes et cultes ; rites et fêtes ; offrandes, surtout de statues ; documents de toute espèce inscrits dans le marbre et exposés là pour être connus de tous ; locaux de service ; personnel religieux et civil... Ainsi le site retrouve-t-il une texture très dense, qui dément l'isolement actuel des ruines dans la lumière.

64.              JARDÉ (A.). La Formation du peuple grec.  P., Renaissance du Livre,  1926, in-8°,  xii-425 pp, 7 cartes, biblio, index, reliure demi-chagrin brun-vert, dos à 5 nerfs soulignés à froid (rel. de l'époque), dos uniformément passé, bon état (Coll. l'Evolution de l'Humanité)

            30

"Ce qui fait l'originalité de ce livre, ce qui le rend même captivant dans les deux premières parties (I. Le pays ; II. Les peuples), c'est la place qu'il accorde à la géographie. Il constitue un excellent guide de voyage à travers la Grèce ancienne et ne néglige aucun des éléments qui permettent à l'imagination de retrouver le contour, le relief et la couleur des cantons où elle se transporte. Les hauteurs et les côtes, les bassins, les vents et les courants, les routes, les végétations, les cultures et les mines, tout est décrit minutieusement par M. Jardé, qui est bien servi par ses souvenirs d'ancien membre de l'Ecole d'Athènes. L'activité économique est aussi étudiée de prés, en particulier dans la troisième partie : L'expansion hellénique..." (Hubert Philippart, Revue belge de philologie et d'histoire, 1923)

65.              LÉVEQUE (Pierre). L'Aventure grecque.  Armand Colin,  1964, gr. in-8° carré,  626 pp, 32 pl. de photos en noir et 8 pl. de photos en couleurs hors texte, 90 figures et 22 cartes dans le texte, lexique, biblio, index, reliure pleine toile verte de l'éditeur, titres dorés au 1er plat et au dos, jaquette illustrée, bon état (Coll. Destins du Monde). Edition originale

            40  

Cinq mille ans d'histoire, des premiers établissements néolithiques à la conquêtre romaine, sur les rives de la Méditerranée et de la mer Noire. L'aventure grecque est d'abord fille de la faim. C'est l'indigence des ressources naturelles qui, des Achéens à Alexandre, oblige les Grecs à l'expansion. Un impérialisme, tantôt politique, tantôt marchand, les conduit vers des terres où ils s'implantent en conquérants, vers le nouveau monde de la colonisation, vers les contrées où, jusqu'aux Indes et à la Chine, pénètre par eux l'héllénisme. L'aventure des conquérants et des trafiquants se double vite d'une aventure spirituelle. Des réponses subtiles que les mythes apportent aux angoisses des hommes jusqu'à l'éveil de la pensée rationnelle, mère de la polique, du drame, de la philosophie et de la science, le génie grec ne cesse d'inventer la vie...

66.              LOTH (Anne-Marie). La Vie publique et privée dans l'Inde ancienne (IIe siècle av. J.-C.-VIIe siècle environ). Fascicule IX (première partie, seule parue) : Les bijoux.  PUF,  1972, in-4°,  92 pp, préface de Jeanine Auboyer, 2 figures et 16 planches à pleine page dans le texte + 73 planches volantes hors texte légendées en regard, biblio, index, broché, bon état (Publications du musée Guimet, Recherches et documents d'art et d'archéologie, tome VI). Edition originale

            50

"Dès avant la parution d'un premier fascicule de ce corpus, Mlle Jeannine Auboyer avait conçu le projet d'une vaste collection sur la vie quotidienne dans l'Inde ancienne. Chaque fascicule traiterait d'un sujet déterminé et contiendrait également une série de planches typologiques accompagnées de textes descriptifs. Les planches laissées « volantes » devant permettre de nombreuses comparaisons et pouvant offrir, tant aux techniciens qu'aux archéologues, une documentation précise. (...) Pour notre propre fascicule (que nous avons également illustré), nous avons décidé d'ajouter à ce texte des planches de synthèse. Celles-ci nous paraissent en effet nécessaires. Si une étude typologique est intéressante pour des comparaisons, elle s'avère, du moins pour notre sujet, insuffisante pour établir une chronologie, car certains bijoux offrant un caractère de pérennité ne peuvent être un critère de datation. En revanche, les bijoux accompagnant le bijou « traditionnel » permettent de dater la sculpture ou la peinture étudiée. D'autre part, et cela n'est pas le moins important à nos yeux, un bijou en Inde n'est jamais porté seul, il fait partie d'un ensemble harmonieux qui constitue la parure. Cette dernière, suivant l'époque, voire parfois le site, offre un caractère particulier. Un ensemble de bijoux (et non un seul) peut en effet modifier une silhouette, la rendant extravagante, raffinée, désuète ou archaïque. Ce caractère est encore accentué par le drapé et surtout par la coiffure. C'est pourquoi nous avons dessiné, pour chaque site important, un couple paré, en esquissant également coiffure et drapé (autres critères de datation)." (Avertissement)

67.              MANSUELLI (Guido A.) et Raymond Bloch. Les Civilisations de l'Europe ancienne.  Arthaud,  1967, fort in-8° carré,  562 pp, 229 héliogravures en noir et 8 pl. en couleurs hors texte, 76 cartes et plans, tableaux chronologiques, biblio, index documentaire, reliure toile éditeur, sans la jaquette, bon état (Coll. Les Grandes Civilisations). Edition originale

            30

Dans ce volume, l'attention est portée non pas sur un seul centre du monde antique ou médiéval, mais plutôt sur les peuples "périphériques", ceux qui vivaient en marge de la Grèce et de Rome. Il s'agit avant tout des Étrusques, des Scythes, des Celtes et des Ibères. — "Spécialiste d'archéologie et d'histoire italiques, G. A. Mansuelli a réussi une synthèse originale puisqu'elle réunit les résultats des recherches préhistoriques récentes, le témoignage de l'archéologie, principale source d'information pour les civilisations protohistoriques et les travaux historiques des philologues classiques et des médiévistes. Cet ouvrage éveillera sans nul doute à des aspects généralement moins connus du passé européen : on notera en particulier un excellent chapitre sur les Celtes ; avec d'heureuses formules est mise en relief l'opposition entre le régime méditerranéen de la « polis » et les structures tribales persistantes qui font prévaloir dans le monde celtique la « civitas », le territoire, sur le chef-lieu..." (Luce Piétri, Revue du Nord, 1969) — "A chaque page du livre de M. Mansuelli se reconnaît cette aptitude à appréhender les données dans leur causalité globale, géographique, économique, sociologique, artistique, que le professeur de Bologne avait fait apprécier dans ses travaux sur l’Italie du Nord. Les chapitres VI (Hallstatîiens et Villanoviens), X (Les Celtes ) et XIII (Rome et l'Occident) retiennent surtout l’attention des celtistes. L'auteur montre que la métallurgie du fer lui a ouvert à ces sociétés les mondes voisins, de la Scythie à la Grèce d’Occident et a tendu à créer à l’intérieur « une géographie économique nouvelle dont la structure influe à la fois sur la société, le peuplement et l’habitat, où s’accentuent les spécialisations et les contrastes ». (...) Un livre puissant qu’il faut lire et relire." (Jean Loicq, Études celtiques)

68.              MIMOUNI (Simon Claude). Introduction à l'histoire des Origines du christianisme.  Bayard,  2019, gr. in-8°,  777 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

La question des origines du christianisme demeure très débattue. Quelle était la nature de ce mouvement religieux ? Comment se sépare-t-il du judaïsme ? Ce livre se veut une sorte de manuel critique et théorique sur l'histoire des origines du christianisme, envisagée à partir des sources et des doctrines, ainsi qu'à travers un certain nombre de questions, de concepts et de problématiques particulières. L'auteur explore l'étude des phénomènes de conservation et de transmission des sources littéraires de ce domaine religieux. Il étudie les cadres historique, politique et religieux des premiers temps du christianisme ; présente les instruments de travail en christianologie ancienne ; analyse les sources littéraires ; présente les doctrines... Une somme structurée en 42 "leçons" pour faire le tour des connaissances scientifiques sur cette période fascinante. — L'auteur : Directeur d'études émérite à la section des sciences religieuses de l'Ecole pratique des Hautes Etudes où il est titulaire de la chaire "Origines du christianisme" , Professeur associé à l'Université Laval à Québec, Simon Claude Mimouni étudie principalement l'histoire de la formation du mouvement des disciples de Jésus dans et hors du judaïsme aux Ier et IIe siècles.

69.              PORADA (Edith). Iran ancien. L'art à l'époque préislamique.  Albin Michel,  s.d., gr. in-8°,  265 pp, traduit de l'allemand, 121 figures, nombreuses photos en couleurs, une carte, tableaux chronologiques, glossaire, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. L'Art dans le Monde - Fondements historiques, sociologiques et religieux)

            20

"Dans la collection “L'Art dans le Monde”, dont l'édition originale a paru en allemand, en voici un consacré à l'Iran et dont l'auteur est une des meilleurs spécialistes. Avoir demandé à miss Porada de traiter l'Iran préislamique était une garantie de l'excellence de l'ouvrage. L'illustration abondante et surtout bien choisie, rend la lecture attrayante, que l'on soit ou non un spécialiste. Quelques notes en bas de pages, mais surtout une bibliographie judicieusement sélectionnée, indiquent que tout ce que l'auteur avance est justifié par une connaissance approfondie du sujet et des plus récentes découvertes. Le développement se trouve équilibré et chaque époque a reçu, texte et images, ce qui lui revenait légitimement. Le récit commence vers 6000 avant Jésus-Christ avec la « Vénus de Tépé Sarab » et le sanglier du même site. Il s'achève avec le sanglier d'une soierie d'Astana ou d'un stuc de Damghan, d'époque sassanide. Après avoir traité de la « naissance de l'Art » dont on retrouve les manifestations dans la céramique au décor peint et dans la glyptique susienne en particulier, quelques pages consacrées aux époques accadienne et postaccadienne, on arrive aux Elamites qui donnèrent à l'Iran une puissance politique pouvant rivaliser avec celle de Babylone. Les grands raids de Shutruk-Nahunte et de Kutir-Nahunte (XIIe siècle) sont la démonstration de cette supériorité, temporaire peut-être, mais indéniable, de l'Elam sur la Babylonie. Rien d'étonnant à ces réalisations architecturales de Tchoga Zanbil par exemple, à la virtuosité des bronziers réalisant la statue de Napir-Asu, ou cette tête admirable de dignitaire, du Metropolitan Museum. (...) D'excellents tableaux chronologiques (I-IV), une grande carte, un petit glossaire des termes techniques, des indications très minutieuses sur les dimensions et l'emplacement actuel des objets représentés, un index enfin, constituent de précieux compléments à un volume que nous considérons comme un des plus réussis de la série." (André Parrot, Syria, 1963)

70.              [QOHÉLET]. Le Livre de l'Ecclésiaste.  P., Léon Pichon,  1937, in-folio,  30-(1) pp, imprimé en noir et rouge, broché, couv. à rabats, bon état. Belle édition bibliophile tirée seulement à 25 exemplaires numérotés sur vélin d'Arches. Très rare

            80

"Le tirage de cette édition achevé le dix-huit mai mil neuf cent trente-sept sur les presses de Léon Pichon à Paris a été limité à vingt-cinq exemplaires sur vélin à la forme des Papeteries d'Arches, tous hors commerce et numérotés de 1 à 25. Exemplaire 20." — Le livre de l'Ecclésiaste – ou de Qohélet – est un livre tout à fait à part dans la Bible. On s'est même demandé comment il pouvait avoir été retenu pour en faire partie. "Vanité des vanités, tout est vanité !" Cette phrase, nous la connaissons tous. Elle est de Qohélet, aussi appelé l'Ecclésiaste, ce sage biblique qui dit aussi qu'il n'y a "rien de nouveau sous le soleil". Des phrases qui font partie de notre langage quotidien, comme des proverbes. Des lignes amères, parfois désespérantes. En réalité, ce à quoi le sage nous invite c'est à profiter des jours heureux et à accueillir la vie loin du désespoir. Un très beau texte.

71.              RENAN (Ernest). Histoire des Origines du Christianisme. II. L'Antéchrist ; Les Evangiles ; L'Eglise chrétienne ; Marc Aurèle. Edition établie et présentée par Laudyce Rétat.  Laffont,  1995, 2 vol. in-8°,  1300 pp, annexes, notes et éclaircissements, éléments bibliographiques, index des noms propres, index bibliographique, broché, couv. illustrée, tranche lég. salie, bon état (Coll. Bouquins)

            30

Tome II seul (sur 2). — "Renan fut tout sauf un tiède. Dans l'Histoire des origines du christianisme sa pensée s'aiguise autour des conditions d'émergence d'une spiritualité authentique : quelle religion pour quel avenir ? La doctrine de Jésus, dont l'historien suit la formation ou l' "embryogenèse", lui apparaît comme porteuse d'avenir par sa vitalité, c'est-à-dire par sa capacité de métamorphoses. Selon lui en effet, en histoire religieuse, "les textes valent surtout par ce que les besoins du temps leur font dire" ; c'est donc à travers les interrogations du présent et les linéaments du futur qu'il questionne les Evangiles. A la différence de Lamennais qui "changea sans se transformer", Renan se transforma sans changer : sa libre pensée reste une pensée religieuse, une sorte de libre pensée religieuse ; elle tenta de faire du christianisme ce qu'il nomme la "religion absolue", c'est-à-dire au sens propre, détachée – détachée d'abord de toute forme religieuse. De nos jours encore la multiplication des 'Vies de Jésus' atteste la fécondité des intuitions de Renan : "La 'Vie de Jésus' obtiendra toujours un grand succès, écrivait-il en 1877, quand un écrivain aura le degré d'habileté, de hardiesse et de naïveté nécessaire pour faire une traduction de l'Evangile en style de son temps. On cherchera mille causes à ce succès ; il n'y en aura jamais qu'une, c'est l'Evangile lui-même, son incomparable beauté intrinsèque." Ce que suit l'historien des Origines, jusqu'en l'an 180 après Jésus-Christ, c'est le christianisme à l'état naissant, attestant la religion non comme contrainte mais comme liberté." (Laudyce Rétat)

72.              SIMON (Marcel). La Civilisation de l'Antiquité et le Christianisme.  Arthaud,  1972, fort in-8° carré,  560 pp, 190 illiustrations reproduites en héliogravure sur 140 planches et 8 planches en couleurs hors texte, 18 cartes et plans, biblio, index documentaire, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. Les grandes civilisations)

            60

"Il n'existe pas de civilisation paléochrétienne : le christianisme fit figure de corps étranger dans le monde méditerranéen unifié par Rome. Plus que l'histoire d'une civilisation, cet important livre montre les racines des futures chrétientés médiévales, celle de Byzance et celle de l'Occident. Conformément au titre qu'il a choisi, Marcel Simon ne nous donne pas ici une simple histoire de l'église antique : le phénomène chrétien naissant est montré dans son contexte spirituel et culturel juif, oriental, grec, romain : la présentation de ces multiples et complexes interférences constitue l'un des aspects les plus attachants de l'ouvrage. Au vrai, nous voyons ici fort concrètement l'étonnant brassage d'hommes, d'idées, d'expériences, que permit le rassemblement, sous l'autorité de Rome, de tant de peuples divers :  l'Empire fut ce 'melting pot', ce lieu de rencontre bigarré, grouillant, fécond. La présente étude complète très heureusement, comme tableau de la civilisation du monde romain, la présentation très classique et statique qu'avait donnée, dans la même collection, Pierre Grimal. (...) Redisons notre admiration pour la grande qualité de l'ensemble de l'ouvrage. On peut se réjouir que le public de langue française puisse disposer d'un livre d'une aussi grande richesse et d'une aussi louable honnêteté." (Claude Lepelley, Annales ESC, 1976)

73.              SINCLAIR (T. A.). Histoire de la pensée politique grecque.  Payot,  1953, in-8°,  331 pp, index, broché, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

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"Ce volume est la traduction de celui que l'auteur, professeur la Queen's University de Belfast, a publié en 1951 (A History of Greek Political Thought). Même s'il ne fait pas oublier d'autres ouvrages anglo-saxons fameux sur le même sujet, il a des mérites propres et, avant tout, constitue un effort remarquable de présentation totale. Appuyé sur un recours constant aux textes, abondamment cités et commentés dans leurs meilleures leçons, assorti d'indications bibliographiques nombreuses portant surtout sur la littérature anglo-saxonne du sujet et d'un index utile du vocabulaire politique grec, l'exposé du professeur Sinclair s'efforce de marquer les rapports existant entre les doctrines individuelles, l'évolution historique générale, la modification des conjonctures économiques et sociales et la progression des idées philosophiques et morales. Il s'intéresse aux controverses autant qu'aux idées dominantes et à la succession ou la filiation de ces dernières autant qu'au contenu même de chacune d'elles. Son oeuvre devient ainsi importante pour une étude globale de la société grecque, ou mieux du rapport politique en tant qu'il a pu faire l'objet de spéculations et de méditations dans une aire géographique donnée. L'impression générale qui en résulte est que, pendant toute la période créatrice de sa pensée politique, la Grèce antique s'est posé sous mille formes une seule question ; non point : « Qu'esr-ce que l'Etat ? » ou « Faut-il un Etat ? » – mais : « Quel est le meilleur Etat, la meilleure condition politique ? » Elle a cessé d'être en cessant de se la poser, c'est-à-dire au moment où, aux IIe et Ier siècles av J.-C., elle devint tout acquise à l'idée monarchique répandue avec l'hellénisme et se borna à dénombrer les vertus qui font le bon monarque en lui méritant l'adoration de ses peuples. Les diverses façons dont elle a formulé et résolu cette question essentielle semblent marquer, pour M. Sinclair, les diverses étapes du développement de la pensée grecque..." (Pierre Duclos, Revue française de science politique, 1955)

74.              TEYSSIER (Eric). Commode. L'empereur gladiateur.  Perrin,  2018, in-8°,  359 pp, notes, généalogie, chronologie, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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Commode est le dernier empereur de la brillante dynastie des Antonins. Lorsqu'il voit le jour, en 161, le règne pacifique d'Antonin le Pieux vient de s'achever et Rome est à son apogée. Trente et un ans plus tard, Commode laisse à sa mort un Empire déchiré et affaibli. Pour la première fois. Rome connaît une grave crise démographique due à la peste, aux guerres et aux famines. Les légions peinent à contenir les barbares et le dynamisme économique des deux siècles précédents n'est déjà plus qu'un souvenir. Maître tout-puissant d'un système de plus en plus autocratique, l'homme semble être à la mesure des malheurs de son temps. Parvenu trop jeune sur le trône, il cède à l'ivresse du pouvoir absolu et, partant, à toutes les tentations. Parmi celles-ci, sa célèbre passion pour les gladiateurs l'incite à souiller la pourpre des Césars dans le sang de l'arène. On le dit sanguinaire, enclin à la folie et à la mégalomanie et on l'accuse d'avoir fait tuer son père et sa soeur. Est-ce seulement vrai ? Pour lever le voile sur cet empereur à la sombre notoriété, Eric Teyssier se réfère aux sources antiques et démêle pour la première fois la légende de l'histoire. Il nous livre ainsi une biographie d'envergure sur un personnage complexe et sulfureux, emblématique d'une société romaine en crise dont le règne et la vie s'inscrivent dans l'atmosphère baroque d'un Empire à la croisée des chemins.

75.              VILLERS (Robert). Rome et le droit privé.  Albin Michel,  1977, fort in-8°,  633 pp, notes, biblio, index, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. L'Evolution de l'Humanité). Peu courant

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"Il fallait, pour réussir, en un moment de réflexion, un exposé global de l'organisation juridique romaine, un talent de juriste et une vaste culture historique. Qui mieux que Robert Villers, comme en témoignent ses contributions à la “Revue des Etudes latines” et ses enseignements et recherches à la Faculté de Droit, saurait soumettre au même pas l'exploitation des sources juridiques les plus techniques et la conscience profonde des 'realia' perçus grâce aux témoignages littéraires ? Cet ouvrage n'a pas voulu être un manuel : on peut reconnaître en lui un travail de synthèse, répondant exactement à l'esprit de la collection. Que l'on prenne, parmi d'autres, les pages où la condition juridique du 'servus' est analysée, où sa personne, comme une chose, est revendiquée en justice ; aussitôt, par une vision concrète et réaliste de l'humanité de ces premiers temps, on voit que l'esclave partage en fait, dans la 'familia' du 'pater' ou à la tête de son 'peculium', la situation des 'liberi'. A l'époque classique, une même harmonie entre les règles juridiques, l'influence, pas toujours théorique, des courants philosophiques et la réalité sociale donne au tableau de la condition servile un relief appréciable. Les fruits de la méthode sont ainsi recueillis dès les premières pages. Jusqu'à son terme, la lecture est agréable et aisée. Et pourtant, au fil des chapitres qui composent les deux parties du volume, le très ancien droit romain et l'âge classique (« le droit romain érigé en système »), l'ensemble des problèmes est traité dans sa totalité, sans concessions faciles. Les sources du droit, la procédure, l'organisation familiale, les droits réels, les obligations, les successions, rien ne manque... Les lecteurs romanistes éprouveront de la satisfaction à parcourir cette synthèse, où les questions les plus techniques, que l'on croyait ardues, apparaissent sous une lumière si claire. Gageons que le non-romaniste, auquel l'auteur a certainement beaucoup pensé, contribuera au succès de cet ouvrage. Il lui devra, et nous avec lui, beaucoup de reconnaissance." (M. Humbert, Revue historique de droit français et étranger, 1978)

 

MOYEN AGE

 

76.              BEAUNE (Colette). Naissance de la nation France.  Gallimard,  1985, in-8°,  433 pp, index, broché, bon état (Coll. Bibliothèque des histoires). On joint une critique très favorable du livre par Henri Guillemin (Le Monde)

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La naissance de la nation française est l'un de ces grands sujets qui, depuis plus d'un siècle, ont passionné des générations sensibilisées par trois guerres. Colette Beaune le renouvelle de manières décisive par une approche profondément originale et dont on ne pourra plus se passer : non pas l'histoire des réalités politiques, militaires et institutionnelles, mais l'analyse de l'image de la France telle qu'on la voit, qu'on l'aime ou qu'on la rêve en cette fin de Moyen Age. La France de l'imaginaire national et monarchique, c'est-à-dire de ce qui n'a d'existence que dans les esprits et les coeurs. (4e de couverture)

77.              BRENON (Anne). Le Vrai visage du catharisme.  Portet-sur-Garonne, Loubatières,  1998, gr. in-8°,  343 pp, nouvelle édition revue et augmentée, 35 photographies de Jean-Louis Gasc, une carte, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Prix "Notre histoire" 1990)

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"Qu'on ne cherche pas ici, encore, une vaine construction de cette imagination "combleuse de vide" - selon l'expression de Simone Weil – qui, depuis le début de notre siècle, porte tant d'auteurs à fabriquer un catharisme mythologique et, hélas, commercialisable, à petits renforts de trésors cachés, de Graals pyrénéens, d'inédits de Platon, de rêves bouddhistes et hyperboréens ou d'ésotérisme platement occultiste. Le catharisme fut l'un des grands courants du Moyen Age chrétien. Particulièrement, mais non exclusivement, implantée en Occitanie, déracinée par le fer des armées catholiques, les procédures de Rome et le feu des bras temporels, cette religion disparut de l'histoire à la fin du XVe siècle laissant, par-delà une longue oblitération, un message vivant que livre à qui veut bien le lire la mémoire des documents médiévaux : christianisme sans damnation éternelle et sans croix, le catharisme refusa le mal et la violence et crut en la bonté fondamentale de la nature humaine. Le vrai visage du catharisme, celui des Bons Hommes dont le bâton sonnait de bourg en château, de ville en désert clandestin, celui des croyantes qui entraînaient ceux qu'elles aimaient dans leur aventure et dans leur foi, c'est le visage que les cathares nous tendent eux-mêmes à travers le miroir dépoli des manuscrits et du temps." (4e de couverture)

78.              CHRISTLEIN (Rainer). Die Alamannen. Archäologie eines lebendigen Volkes.  Stuttgart et Aalen, Konrad Theiss Verlag,  1979, in-4° (25 x 25,5 cm),  180 pp, 110 planches d'illustrations hors texte, dont 57 en couleurs, 135 dessins et figures dans le texte, une carte hors texte, reliure pleine toile écrue de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état. Texte en allemand

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"Toutes les conditions étaient rassemblées pour faire du livre de R. Christlein sur les Alamans une réussite parfaite. Compétence de l'auteur qui ne se contente pas de dominer la totalité d'une matière ardue mais encore renouvelle les problématiques ; photographies d'une exceptionnelle qualité ; sujet captivant. Le premier contact avec l'étude de R. Christlein est la découverte d'un livre somptueusement illustré : photographies en couleur et en noir et blanc, figures au trait (plans, reconstitutions graphiques). Jamais encore l'illustration d'un livre d'archéologie n'avait été portée à un pareil degré de perfection ... Les légendes des documents sont exceptionnellement claires et complètes. De plus, l'auteur n'a pas hésité à reproduire des pièces inédites ou des fac-similés de publications anciennes. Ensuite, la lecture de la table des matières montre l'exhaustivité du travail de R. Christlein ; la bibliographie est irréprochable, basée sur des publications souvent très récentes. À défaut d'un index locorum, on dispose (pp. 129-174) d'une impressionnante liste de sites du Haut Moyen Âge dans l'espace alaman. Quatre cent quatre lieux sont ainsi décrits (avec renvoi aux pages et aux illustrations) et accompagnés d'une bibliographie choisie (publication du site et principales études). De plus – et c'est le résultat de longues recherches – un plan topographique permet, pour les sites les plus importants, de situer l'église, le village, le(s) cimetière(s) du Haut Moyen Âge dans le paysage actuel. Quant au texte rédigé par R. Christlein, c'est une synthèse de tout premier plan, qui séduit tant le scientifique (par la sûreté de l'information et la nouveauté de pensée) que le grand public (par le choix judicieux des exemples et la clarté de l'exposé)... Après avoir situé le peuplement alaman sur le Rhin et le Danube (puisque, comme on le sait, les Alamans se sont établis dans le triangle géographique formé par Ratisbonne, Bâle et Francfort) et précisé l'évolution des frontières, R. Christlein traite de la prise de possession du sol, des types d'habitats, des nécropoles, de l'habillement, de la vie économique et sociale, des croyances et de la religion..." (Alain Dierkens, L'Antiquité Classique, 1982)

79.              COLOMB (Christophe). Œuvres complètes. Edition établie et présentée par Consuelo Varela et Juan Gil.  La Différence,  1992, fort gr. in-8°,  645 pp, traduit de l'espagnol par Jean-Pierre Clément et Jean-Marie Saint-Lu, 55 portraits, bois gravés, gravures et cartes, 4 cartes sur doubles pages, broché, couv. illustrée, bon état

            40

Les écrits de Christophe Colomb occupent une place de choix parmi les œuvres des grands faiseurs d'histoire. Comme César, comme Napoléon, le navigateur génois a raconté ce qu'il avait voulu et ce qu'il avait pu réaliser. II serait inutile de dire encore quel fut son mérite, ou quelle est sa place dans l'histoire, tellement son nom est illustre et universellement connu : mais qui pourrait se vanter d'avoir lu ses œuvres ? Etablie et préfacée par les éminents colombistes que sont Consuelo Varela et Juan Gil, cette édition, abondamment illustrée, réunit cent deux textes et documents, dont neuf entièrement inédits à ce jour ; récemment retrouvés et dûment identifiés : ces inédits sont d'une importance considérable, et permettent enfin de confirmer ou d'infirmer des propos souvent douteux, et cela dans une traduction à la fois précise et très claire.

80.              COURCELLE (Pierre). Histoire littéraire des grandes invasions germaniques.  Hachette,  1948, in-8°,  264 pp, 2 cartes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            50

"Le but de l'auteur est de raconter l'histoire des invasions à l'aide des textes littéraires dont beaucoup sont inconnus ou méconnus. Ces écrits ne sont certes pas toujours objectifs, ni exempts de rhétorique creuse, ni pleins de beautés littéraires, au contraire. Selon qu'ils émanent d'un citoyen de Gaule, d'Italie ou d'Afrique, d'un chrétien ou d'un païen, d'un riche ou d'un pauvre, d'un contemporain ou d'un écrivain postérieur, les jugements qu'ils contiennent varient, mais ils sont tous empreints d'une sincérité qui en fait tout le prix. Les grandes invasions dont M. Courcelle traite, sont celles des Wisigoths et des Vandales..." (Pierre Hombert, L'Antiquité Classique, 1949) — "L'histoire des grandes invasions germaniques n'est plus à faire. Des érudits, et non des moindres, tant en France qu'à l'étranger, en ont minutieusement décrit le processus et nous savons aujourd'hui comment les hordes barbares, par vagues successives, déferlèrent sur l'Occident qu'elles terrorisèrent. Bien que de notables divergences subsistent encore sur quelques points de détail, les faits essentiels sont acquis et l'on sait à quoi s'en tenir sur les événements d'une époque qui marque la transition entre l'Antiquité déclinante et le Moyen Age naissant. Mais nul ne s'était avisé jusqu'ici d'interroger les documents littéraires, non pour y trouver la confirmation de faits déjà connus, mais pour comprendre la façon dont les contemporains avaient réagi en présence de ces faits. Le mérite de P. Courcelle n'est point de nous avoir révélé des œuvres, toutes imprimées depuis longtemps, mais d'en avoir dégagé, grâce à une lecture attentive, l'aspect psychologique des invasions. A vrai dire, les témoignages qu'il nous apporte, soigneusement traduits, valent surtout par le commentaire dont il sait les enrichir..." (Robert Bossuat, Bibliothèque de l'école des chartes, 1948). — "Les lettrés romains au temps des grandes invasions germaniques (Ve et VIe siècles). Au lendemain de la guerre et de la Libération – en 1948 – M. Courcelle présentait au public lettré une Histoire littéraire des Grandes Invasions germaniques. Il invitait ainsi tous ceux qui avaient été marqués par les terribles années à relire les textes d'écrivains latins contemporains des grandes invasions du Ve et du VIe siècle. Ce fut pour beaucoup une découverte. Nous qui devinions l'histoire des invasions d'après les chroniques assez sèches, nous la revivions grâce à des laïques, des clercs, des moines qui avaient connu l'horreur de l'arrivée des Barbares et les épreuves de l'occupation, mais qui avaient également espéré dans une libération proche..." (Pierre Riché, Journal des savants, 1966)

81.              DAWSON (Christopher). Le Moyen Age et les origines de l'Europe, des invasions à l'An 1000.  Arthaud,  1960, in-8°,  335 pp, préface de Jacques Le Goff, 73 illustrations reproduites en héliogravure sur 52 pl. hors texte, cartes, index, biblio, reliure pleine toile écrue décorée de l'éditeur, rhodoïd, bon état

            30

"Il y a ving-cinq ans Louis Halphen présentait une édition française de “The Making of Europe”. Depuis, le livre de Christopher Dawson est devenu classique. D'autres ont occupé, aménagé, agrandi le domaine qu'il avait ouvert. Ils ne l'ont pas dépassé." (Jacques Le Goff, préface) — "Excellent volume, qu'on est heureux de voir mis à la portée du public français. Le sujet en est en somme une histoire de l'Europe de la fin de l'Empire romain au XIe siècle. Vers l'ère chrétienne, il existait une grande aire civilisée qui comprenait les pays situés sur le pourtour de la Méditerranée, unis beaucoup plus que séparés par elle. Civilisation à laquelle avaient collaboré la Grèce et Rome, apportant chacune des éléments très différents, qui n'étaient pas complètement fondus ; civilisation bilingue, mais malgré cela assez homogène. Une série de faits considérables l'a transformée ou disloquée : l'avènement du christianisme; la séparation progressive du monde latin et du monde grec ; le réveil, en Orient, des nationalités superficiellement hellénisées ; les invasions germaniques, slaves, arabes, scandinaves, hongroises. A quoi a succédé un travail inverse de regroupement, mais dans un cadre géographique qui ne se confondait pas du tout avec le précédent, au fur et à mesure que le christianisme et. la culture classique ont conquis de nouveaux pays : Iles Britanniques, Germanie, Scandinavie. Tout ceci traité avec compétence, talent, intelligence ; les idées essentielles bien mises en lumière. Parmi les chapitres les mieux venus, nous signalerons le 2ème, sur l'Église celtique et le 3éme, sur la tradition classique et le christianisme. Excellents chapitres aussi sur la civilisation byzantine et sur la Renaissance carolingienne. Le chapitre sur les Vikings et la conversion du Nord sera neuf pour bien des lecteurs..." (Edouard Jordan, Revue d'histoire de l'Église de France, 1935)

82.              DEPREZ (Eugène). Les Préliminaires de la guerre de Cent Ans. La papauté, la France et l'Angleterre (1328-1342). (Thèse).  Genève, Slatkine-Mégariotis,  1975, in-8°,  xiii-451 pp, pièces justificatives, biblio, index, reliure simili-cuir éditeur, bon état. (Réimpression de l'édition de 1902)

            60

"Sorti en bon rang dans la promotion de 1898 de l'Ecole des chartes, avec une thèse sur Hugues Aubriot, prévôt de Paris sous Charles V, Eugène Déprez (1874-1951) fut désigné pour l'Ecole française de Rome pendant quatre années. L'étude qu'il avait abordée du règne de Charles V l'attira vers la publication des bulles intéressant la France de deux des papes d'Avignon, Clément VI et Innocent VI. Il en tira le sujet d'un ouvrage qui fut sa thèse principale pour le doctorat es lettres : Les préliminaires de la guerre de Cent ans, révélés par la correspondance diplomatique du Saint-Siège. Le grade de docteur lui fut conféré par la Sorbonne le 4 juin 1902..." (B.-A. Pocquet Du Haut Jussé, Bibliothèque de l'école des chartes, 1952)

83.              DOBIACHE-ROJDESTVENSKY (Olga). Les poésies des Goliards, groupées et traduites avec le texte latin en regard.  Rieder,  1931, in-8°,  271 pp, préface de Ferdinand Lot, de l'Institut, broché, bon état (Les textes du christianisme, IX). Rare

            40

"Le petit livre, écrit, non seulement avec beaucoup de soin, mais aussi avec beaucoup de goût et d’élan, que Mme Olga Dobiache-Rojdestvensky a consacré aux poésies des Goliards – cette bohème cléricale des XIIe et XIIIe siècles – mérite de ne pas laisser nos études indifférentes. Comment l'histoire de la structure sociale négligerait-elle, sans mentir à son rôle, les témoignages infiniment précieux que nous offre, sur tout un milieu humain et tout un genre de vie, ce pittoresque trésor littéraire ? Sans doute, la poésie, en latin rythmé, des clercs « vagants » n’est pas sans une large part de poncifs, dans le fond comme dans la forme. Mais les poncifs eux-mémes renseignent l'historien sur les idées communes, Et, à côté d’eux, exprimés sous une forme parfois originale et charmante, que de sentiments vrais, de sentiments profonds, d’autant plus intéressants à saisir que cette bohème, comme toutes les bohèmes, n’était souvent séparée des classes les mieux assises que par des différences d'âge, plutôt que d’origine ; plus d'un grave prélat avait fait, parmi ces chanteurs passablement faméliques et, en tout cas, médiocrement respectueux des règles sociales les mieux établies, ses « années d’apprentissage », qu'il n’aimait pas toujours à rappeler. Pour comprendre une société, dans son tréfonds, il importe d’étendre le regard jusqu’aux groupes qui en sont, au moins provisoirement, en marge. Trés justement, Mme Dobiache-Rojdestvensky note que l'institution des colléges universitaires, au XIIIe siècle, contribua fortement à discipliner la vie du jeune clergé, par suite restreindre son activité littéraire, dans cet ordre tout profane : symptôme, qu’il importera désormais de ne pas passer sous silence, de cette espéce de fixation des catégories sociales par où se caractérise l'oeuvre du siécle tout entier." (Marc Bloch, Annales d’histoire économique et sociales, 1933)

84.              DUCELLIER (Alain). Le drame de Byzance. Idéal et échec d'une société chrétienne.  Hachette,  1976, in-8°,  318 pp, notes, sources et biblio, glossaire, repères chronologiques, broché, bon état (Coll. Le Temps et les hommes)

            25

Byzance souffre d'un préjugé défavorable : monde compliqué, superficiel, ostentatoire et stérile. Pourtant, en se plongeant dans certaines sources particulièrement vivantes comme des textes hagiographiques ou des chroniques, Alain Ducellier a découvert le drame caché d'une civilisation éminemment chrétienne, déchirée entre le règne idéal de Dieu et la vie terrestre des hommes. Cette coïncidence impossible s'est transmise au-delà du Moyen Age et peut encore expliquer certains aspects actuels du monde orthodoxe.

85.              EYDOUX (Henri-Paul). Saint Louis et son temps.  Larousse,  1971, pt in-4° (26,5 X 23),  248 pp, très nombreuses gravures et photos dans le texte, 32 planches en couleurs hors texte, chronologie, index, reliure skivertex bleu de l'éditeur, dos et plats ornés, rhodoïd (lég. abîmé), bon état, envoi a.s.

            40

"Un ouvrage magnifique. Admirons d'abord sans réserve sa présentation : reliure simili-cuir bleu-roi timbré du dessin du premier écu d'or de Saint Louis, 32 superbes planches en couleur hors texte, et, en noir et blanc, profusion de photographies originales bien en rapport avec le texte, maintes fois heureusement groupées en dossier iconographique (anges rémois, statues de la Vierge), et pourvues d'un commentaire sobre et précis. Louons l'éditeur d'avoir su ne pas sacrifier le solide au clinquant et d'avoir su étroitement collaborer avec l'auteur pour marier exactement l'illustration au texte. Probité récompensée car elle attire l'attention sur le texte. De celui-ci le plan général est simple. M. Eydoux a articulé son exposé en trois grandes parties. La première est consacrée au roi et à son gouvernement, la seconde à la terre et aux hommes – y compris leurs activités intellectuelles et spirituelles – la troisième à l'apothéose monumentale. Du roi, après avoir essayé de définir ses traits (son iconographie n'est pas sûre), et son caractère, l'auteur présente les objectifs de gouvernement (paix, justice), les moyens (l'armée), et enfin, assez longuement, les croisades. Des « hommes », il retient surtout – sans négliger l'activité économique – la vie religieuse et intellectuelle. On est sensible à la clarté de l'exposé et à la pondération du jugement. La partie cependant la meilleure est la troisième. Familier des vieilles architectures, l'auteur s'épanouit au milieu des cathédrales et des châteaux et c'est avec la plus grande aisance qu'il tire parti des récents travaux sur l'architecture gothique, en particulier de ceux de Brunner sur le style de cour, sans pédanterie ni oeillère. Après les cathédrales, il est passionnant de le suivre par monts et par vaux de bastides en châteaux..." (C. M. de La Roncière, Revue d'histoire de l'Eglise de France, 1972)

86.              FARAL (Edmond). La Vie quotidienne au temps de saint Louis.  Hachette,  1952, in-8°,  277 pp, notes bibliographiques, broché, couv. illustrée, bon état

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"Cette étude ne concerne naturellement que la France, mais il s'agit surtout de Paris. L'indication chronologique « au temps de saint Louis », volontairement vague, nous indique que l'auteur ne s'en tiendra pas aux limites exactes du règne. Au cours des chapitres, nous apprenons quel était le cadre où se déroulait cette « vie quotidienne » : lieux, temps, organisation sociale ; comment l'homme de cette époque satisfaisait ses besoins vitaux, car il lui fallait se loger, se nourrir, se vêtir, se soigner, se chauffer, s'éclairer ; comment il était éduqué ; comment il se comportait lors des grands événements de la vie : mariage et mort, quelles étaient ses occupations, travail professionnel ou divertissement ; quels étaient ses rapports avec ses semblables ; s'il croyait à Dieu et comment il concevait ses rapports avec la divinité. L'ouvrage se lit avec grand plaisir ; de nombreuses anecdotes, des tableaux colorés viennent animer le récit ; cet agrément est dû au parti très habile que l'auteur a su tirer de ses sources. Celles-ci, dont les notes bibliographiques, rejetées en fin de volume, permettent de dresser aisément le tableau, sont presque uniquement littéraires." (Roger Sève, Romania, 1946) — "Une intéressante et solide évocation de La vie quotidienne au temps de saint Louis." (Philippe Ménard, Les fabliaux, 1983) — "Un ouvrage où l'auteur résume pour le public cultivé la vaste somme de son savoir." (Julia Bastin, Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1958) —  "Sans aucunement négliger ce pittoresque que les romantiques prisaient avant tout dans le Moyen Age, M. Faral s'est de préférence appliqué à « montrer, derrière la façade, la pensée qui en expliquait le décor, c'est-à-dire à rendre compte de l'activité quotidienne par certaines dispositions foncières des individus et des groupements ». Le tableau de la vie quotidienne que nous présente ce livre, est un tableau limité, à la fois dans le temps, et aussi dans l'espace. En principe il ne concerne pas tout le Moyen Age, mais seulement le temps de saint Louis. De même, il ne concerne pas la France tout entière, mais seulement Paris, du moins en principe. Toutefois, à vouloir s'en tenir strictement à ce propos, il eût fallu se résigner à ne donner qu'un tableau fragmentaire. Aussi, et cela pour le plus grand profit du lecteur, qui en recevra supplément de lumière, M. Faral s'est-il vu amené parfois à utiliser des traits empruntés à d'autres époques du Moyen Age, ou bien encore à sortir de Paris. A suivre un guide aussi averti et aussi sûr que l'est M. Faral, le lecteur trouvera à la fois agrément et profit. Parmi les divers chapitres de l'ouvrage, nous avons particulièrement apprécié ceux qui constituent la quatrième partie, portant comme rubrique les Idées et la vie. Sur l'esprit public, sur la religion et la morale, sur la « diffusion des lumières », sur l'ordre social, ces chapitres sont riches en idées et en faits. M. Faral est, on le sait, l'un des érudits qui connaissent le mieux notre Moyen Age français.  Des notes bibliographiques, sommaires, mais très précieuses, accompagnent l'ouvrage." (E. Durtelle de Saint-Sauveur, Revue d'histoire de l'Église de France, 1942)

87.              FAVIER (Jean). Dictionnaire de la France médiévale.  Fayard,  1993, fort gr. in-8°,  982 pp, texte sur 2 colonnes, 5835 entrées, 265 illustrations en noir et blanc, 51 illustrations en couleurs sur 32 planches hors texte, 27 cartes et plans, 19 généalogies, reliure toile éditeur, jaquette illustrée (lég. abîmée), bon état

            80

Plus qu'un outil, Jean Favier offre avec ce Dictionnaire de la France médiévale une véritable somme sur le Moyen Age français. Les acteurs de la vie politique et religieuse, le vocabulaire technique et spécialisé du droit, de l'économie et des arts, sans oublier les notions indispensables à la compréhension de la réalité quotidienne des villes et des campagnes, sont ici présentés dans des notices claires et concises.

88.              FENIELLO (Amadeo). Naples, 1343. Aux origines médiévales d'un système criminel.  Seuil,  2019, gr. in-8°,  279 pp, traduit de l'italien par Jacques Dalarun, notes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. L'Univers historique)

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En 1343, un navire génois, empli de vivres, est intercepté dans le port de Naples par une population affamée agissant sous la conduite de membres de familles nobles. Le capitaine est sauvagement assassiné et la cargaison du navire est détournée. En 2005, dans la province de Naples, trois jeunes hommes menottés sont tués d'un coup de revolver dans la tête devant les portes d'un collège. Quels sont les liens entre ces deux faits divers, l'un et l'autre tristement banals rapportés à leur époque (dans un cas une révolte de la faim, dans l'autre un crime de la Camorra) ? Y en a-t-il même au-delà de leur localisation – mais n'est-ce déjà pas beaucoup quand le lieu en question, Naples, est connu pour être celui du crime organisé et de l'épanouissement d'un système clientéliste mafieux ? Amedeo Feniello invite le lecteur à revisiter l'épisode de 1343 comme étant révélateur de l'identité même de la ville, de la conception d'une "nation napolitaine" spécifique dont les origines sont à rechercher au XIIe siècle, lors de l'annexion de Naples par les Normands. L'intégration au royaume normand de Sicile s'est faite en effet au prix de la concession de larges pans du pouvoir souverain aux cinquante-sept grandes familles napolitaines, créant ainsi une structure politique divisée en parcelles rattachées à un territoire et marquées par une solidarité et un honneur propres. Cette appropriation clanique de la ville, devenue structure mentale, est liée à la vie la plus profonde de cette cité, à son imaginaire le plus archaïque, à sa part maudite, qui s'exprime aujourd'hui comme hier, en 2005 comme en 1343...

89.              FIRMERY (J.). La Chanson des Nibelunge, traduite du moyen-haut-allemand, avec une introduction et des notes.  Armand Colin,  1909, in-12,  310 pp, tableau synoptique des principaux personnages, reliure demi-basane carmin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titres dorés (qqs petites taches au dos de la reliure), bon état

            40

Les vieilles légendes germaniques qui constituent l'histoire du Nibelungenlied, œuvre d'un jongleur autrichien qui vivait autour de 1200, remontent à une époque bien plus reculée que le XIIe ou le XIIe siècle. Les sources originales en langue allemande ont disparu ; mais elles avaient été exploitées, du IXe au XIIe siècle, par des poètes islandais dans une vingtaine des poèmes héroïques de l'Edda, par un prosateur islandais dans la Saga des Völsungs et par un prosateur norvégien dans le roman intitulé la Saga de Thidrek. La Chanson raconte les exploits de Siegfried, prince détenteur du trésor des Nibelungen, pour aider le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde, puis son mariage avec Kriemhild, la sœur de Gunther. Son assassinat par le traître Hagen initie une longue vengeance menée par Kriemhild et dont l'issue est le massacre des Burgondes sur les rives du Danube... — « Le poème dont la traduction suit, nous dit M. Firmery dans son intéressante introduction, semble avoir été écrit en Autriche, aux confins du XIIe et du XIIIe siècle, par un poète dont nous ne savons rien, pas même le nom. » Voilà un beau sujet de méditations philosophiques et d’hypothèses littéraires. Les Allemands n’ont pas encore trouvé d’Homère pour leur Iliade, découverte elle-même, par grand hasard, vers le milieu du XVIIIe siècle, dans les bibliothèques du château de Hohenems et du monastère de Saint-Gall, et publiée d’abord par les Suisses Bodmer et Myller. La première édition allemande, celle de von der Hagen, ne parut qu’en 1820 ; le public cultivé du XVIIIe siècle finissant était encore trop imprégné de culture française pour se passionner au récit d’aventures des ancêtres barbares. Le roi de Prusse, Frédéric II, qu’on essayait d’intéresser au manuscrit récemment sauvé de la poussière, déclarait sans ambages qu’il n’en donnerait pas même un dé de poudre. Ce n’est en somme qu’au début du XIXe siècle que la critique allemande s’attacha à l’étude de l’épopée nationale. Elle n’y épargna dès lors ni son temps ni sa peine. Mais il s’en faut qu’elle ait dissipé toute l’obscurité qui entoure les origines du poème. M. Firmery, dans son introduction, ne s’attarde pas à discuter des problèmes qui partagent encore les philologues germanisants. Il écrit pour le grand public, celui qui n’a pas à rougir de ne rien entendre au moyen haut-allemand, et se propose de lui faire goûter l’un des grands poèmes de l’humanité, dans une traduction scrupuleusement exacte, mais volontairement dépouillée de tout appareil scientifique. C’est à peine si, de-ci de-là, le traducteur éclaire et fortifie sa version, dans un passage délicat ou controversé, par une référence à la traduction allemande de notre chanson de Roland, parue au XIIe siècle, ou de tel poème chevaleresque de notre Chrestien de Troyes. (...)  Il y a dans ce texe d’une époque demi-barbare, un tel fond d’humanité permanente que le lecteur moderne a beau tourner les premières pages de l’œil un peu détaché du critique; bientôt le décor l’intéresse, l’atmosphère l’impressionne, les figures vivantes l’obsèdent, une émotion subtile le gagne ; il se surprend à déplorer la mort de Sifrid, en beauté, au milieu de la forêt en fleurs, à compatir aux douleurs de Kriemhilde, à aimer Rüdiger, modèle de toute chevalerie, à maudire, non sans l’admirer pour son intrépidité plus qn’humaine, le traître et valeureux Hagen. Et il ne peut plus quitter la vieille histoire qu’il ne l’ait lue, strophe par strophe, jusqu’à la dernière ligne de la dernière aventure. Non, à en juger d’après notre plaisir, il ne nous semble pas que le traducteur ait perdu sa peine." (E. Lepointe, Revue Pédagogique, 1909)

90.              FOLZ (Robert). L'idée d'Empire en Occident du Ve au XIVe siècle.  Aubier,  1953, pt in-8°,  251 pp, tables chronologiques, biblio, broché, couv. lég. salie, bon état

            45

"L'idée d'empire est une notion capitale pour la compréhension du moyen âge ; on ne peut comprendre les structures politiques de la société médiévale sans avoir à l'esprit l'idée qui en fut l'inspiratrice. Mais l'analyse de cette idée est une tâche délicate et difficile, qui demande, de la part de celui qui l'entreprend, une vaste érudition et beaucoup de flair. Ce n'est qu'en compulsant une documentation abondante et variée, allant des actes de chancellerie aux vêtements et emblèmes, qu'il est possible de se faire une représentation quelque peu adéquate de l'idée d'Empire, car elle est loin d'être une ; elle varie suivant les époques et les lieux. M. Folz était préparé à cette tâche ; ses travaux sur Charlemagne, justement réputés déjà au delà des frontières, l'avaient familiarisé avec toutes les sources, manuscrites et imprimées de l'époque ; et il connaît parfaitement l'immense bibliographie, allemande surtout, qui existe sur le sujet. Aussi est-ce une étude dense et riche que M. Folz nous a donnée sur l'idée d'Empire en Occident ; elle s'étend sur une dizaine de siècles (476-1350 environ). Nous y trouvons analysées les conceptions d'Empire qui eurent cours aux diverses époques et dans les différents pays ainsi que les réalisations auxquelles elles donnèrent lieu..." (René Metz, Revue des sciences religieuses, 1955)

91.              FOWLER (Kenneth). Le Siècle des Plantagenêts et des Valois. La lutte pour la suprématie, 1328-1498.  Albin Michel,  1968, in-4°,  207 pp, traduit de l'anglais, 94 planches dont 37 en couleurs, 59 figures, 8 cartes, biblio, index, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            50

"Ce livre mérite par sa qualité l'attention de tous : historiens, archéologues ou amateurs. La période qui y est traitée est celle que l'on appelle communément depuis la seconde moitié du XIXe siècle la guerre de Cent ans, mais M. Fowler, qui, dans l'introduction, a analysé le concept historique de ce terme, lui a préféré un titre qui correspond à la fois mieux et moins bien à la réalité historique : “Le siècle des Plantagenêts et des Valois”. S'il s'agit bien en effet du siècle des Valois, il n'en va pas de même pour les Plantagenêts, qui sont sur le trône anglais depuis 1154. Le sous-titre de l'ouvrage corrige par bonheur tout ce qu'avait d'imprécis le titre lui-même : La lutte pour la suprématie, 1328-1498, en même temps qu'il définit avec exactitude le propos de l'auteur. Il s'agit en fait d'un ouvrage de synthèse, très brillant. La bibliographie qui termine l'ouvrage prouve les connaissances étendues de M. Fowler, à qui n'ont pas échappé les études les plus récentes. On lui saura gré ensuite d'avoir su garder tout au long une objectivité peu fréquente dans les études sur cette époque. Les torts de chacun des protagonistes sont en effet analysés avec un rare discernement. Il ne peut être question d'analyser dans le détail cette étude, mais il faut souligner tout particulièrement certaines pages, ainsi celles qui concernent les causes mêmes de la guerre de Cent ans (p. 50- 55) ou le traité de Brétigny (p. 65-67), où l'on trouvera des remarques très nouvelles et pertinentes. Un des chapitres les plus suggestifs est sans doute celui qui a été consacré aux armées (p. 93-139). On y trouve une étude parallèle de l'organisation de deux armées ennemies et son adaptation progressive à la suite des différentes expériences plus ou moins désastreuses, mais aussi une étude très solide de l'armement. Le chapitre qui suit, « la chevalerie, la guerre et la société », contient des remarques pertinentes sur les conséquences de cet état permanent de guerre sur la mentalité et la vie quotidienne des gens de l'époque. Sans pouvoir ici non plus entrer dans l'analyse détaillée de tout ce qui y est dit, j'aimerais relever les pages très bien venues sur le culte des héros. Leurs vertus ne furent pas seulement l'apanage de la littérature, mais elles trouvèrent une expression concrète dans les tournois, les devises, les vœux prononcés par les chevaliers et surtout les ordres de chevalerie qui furent alors créés en très grand nombre, à la fin de ce Moyen Age. Des marques très nouvelles abondent dans ce chapitre, qui permettent, après ce qu'en avait dit Huizinga, de mieux saisir une mentalité qui nous paraît souvent bien lointaine. Le dernier chapitre, « La cour protectrice des arts », est plus spécialement consacré à la vie culturelle (p. 182-200). L'auteur ne pouvait guère en ces quelque dix-huit pages évoquer toute cette civilisation qui s'achève. Son principal mérite est d'avoir essayé de montrer que la France et l'Angleterre possédaient encore une structure sociale qui devait influer profondément sur la production littéraire et artistique de cette période. En résumé un ouvrage qui se révèle sur tous les plans – le texte, comme, je l'ai déjà dit, la présentation, l'illustration et surtout la traduction – être de premier ordre." (Alain Erlande-Brandenburg, Bulletin Monumental, 1969)

92.              GAIER (Claude). Les armes.  Turnhout, Brepols,  1979, gr. in-8°,  96-12 pp, biblio, broché, bon état (Coll. Typologie des sources du Moyen Âge occidental, 34). Bien complet du fascicule de mise à jour de 12 pp (1985)

            25

93.              GUENÉE (Bernard). Histoire et culture historique dans l'Occident médiéval.  Aubier,  1980, in-8°,  446 pp, 9 cartes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Historique). Edition originale

            25

Cet ouvrage voudrait rendre justice aux historiens qui vécurent au Moyen Age – et d'abord convaincre qu'il y en eut. Il n'y eut pas que des conteurs naïfs, comme on le croit trop souvent, mais, tout comme aujourd'hui, des historiens acharnés à reconstruire leur passé, proche ou lointain. L'histoire n'avait pas, au Moyen Âge, la reconnaissance qu'elle a aujourd'hui. Modeste auxiliaire de la théologie, du droit et de la morale, elle n'était jamais enseignée pour elle-même ; personne ne pouvait songer à se consacrer tout entier à cette activité secondaire. Pourtant, les achèvements des historiens furent loin d'être négligeables. Ils surent tirer parti de la tradition orale, mais se plongèrent aussi avec courage dans les bibliothèques et les archives. Passionnés de chronologie, ils reconstruisirent comme ils purent un passé daté : l'érudition moderne date de cette époque. — "L'histoire comme genre, comme discipline, comme écriture et comme technique : une enquête minutieuse et un livre brillant nous invitent à mesurer, dans le très long terme, le déplacement des découpages culturels et les usages sociaux de l'histoire dans la tradition occidentale." (Annales ESC)

94.              JAVELET (Robert). Image et ressemblance au douzième siècle, de saint Anselme à Alain de Lille. (Thèse). Tome II : Notes.  Letouzey & Ané,  1967, gr. in-8°,  xl-382 pp, sources, biblio, 4 index, broché, bon état

            20

Tome II seul (sur 2). — "Si conscience et nature représentent des nouveautés dans la pensée du XIIe siècle, les théologiens de cette époque s'insèrent dans un courant très traditionnel quand ils traitent des notions d'image et de ressemblance. Un gros et savant ouvrage de R. Javelet n'omet rien de ce que les maîtres du temps ont pu écrire sur ce sujet. Après avoir étudié les positions des Pères grecs et latins, R. J. traite des différentes questions théologiques dans lesquelles interviennent image ou ressemblance : Trinité, création, péché, christologie, rédemption. Nous avons donc ici une notion-clé pour l'ensemble de la doctrine chrétienne et nous trouvons dans ce livre une masse considérable de données qui permettront certainement un sérieux approfondissement de l'histoire doctrinale. La principale critique que je ferais à ces deux volumes est de traiter des auteurs du XIIe siècle comme faisant un tout à peu près homogène. Le même paragraphe regroupe souvent des maîtres bien différents, sans toujours avertir autrement que dans une note que l'on change de personnage. On risque ainsi de faire une belle synthèse mais qui n'a jamais existé concrètement. Il faudra donc faire attention à bien restituer à chaque auteur ce qui lui est propre quand on voudra tirer plein profit de cette très riche étude dont l'un des mérites est d'avoir remis en lumière l'intérêt de certains maîtres trop négligés tels qu'Hugues Ethérien." (Louis-Jacques Bataillon, Revue des Sciences philosophiques et théologiques, 1978)

95.              JORDAN (Edouard). Les Origines de la domination angevine en Italie. (Thèse).  P., Alphonse Picard,  1909, fort et gr. in-8°,  cliii-660 pp, index, reliure demi-percaline bronze, dos lisse avec fleuron et double filet doré en queue, titres dorés (rel. de l'époque), qqs marques au crayon en marge des 12 premiers feuillets, très bon état

            250

"M. Jordan, dans son beau volume sur les Origines de la domination angevine en Italie (1909), n'abandonne son sujet que lorsqu'il l'a creusé jusqu'au tréfonds. Et c'est pourquoi son livre, dont l'histoire de la politique pontificale forme le centre  s'ouvre par une magistrale introduction de plus de 150 pages où est tracé avec une extrême précision et un remarquable souci des nuances un ample tableau de l'Italie, spécialement de Rome et de l'Italie centrale, au milieu du XIIIe siècle. Le corps même de l'ouvrage, qui s'arrête en 1266, lors du triomphe de Charles d'Anjou sur son rival germanique, Manfred, met surtout en relief la figure de deux papes français : Urbain IV, principal instigateur de l'aventure angevine, et Clément IV, son fidèle et actif continuateur. Ils jouent le rôle décisif : c'est leur politique qui est en cause ; ce sont eux qui procurent au comte d'Anjou les moyens dont il dispose. Sans leur habile diplomatie, sans le prestige de leur autorité, sans le crédit dont Clément IV jouissait auprès des banquiers florentins, on peut bien dire que l'entreprise française n'eût été ni viable, ni même concevable. En rechercher les origines est donc immanquablement écrire un des chapitres les plus curieux et les plus neufs, non seulement de l'histoire italienne, mais de l'histoire des papes au XIIIe siècle. Nul n'était plus qualifié pour le faire que l'éditeur des Registres de Clément IV, et son livre, où, de la masse écrasante des détails accumulés, se dégage une pensée vigoureuse, est un de ceux qui honorent le plus l'érudition française." (Louis Halphen)

96.              KERGORLAY (Comte Jean de). Les Châteaux des Croisés en Syrie.  dans la Revue de Paris,  1923, gr. in-8°,  17 pp, reliure demi-percaline fuchsia, dos lisse avec fleuron et double filet doré en queue, pièce de titre basane noire, couv. conservées (rel. de l'époque), bon état. Exemplaire truffé avec contrecollées en tête une carte de visite et trois lettres adressées au comte de Kergorlay par la “Revue de Paris” (André Chaumeix, Marcel Thiébaut). Exemplaire de l'auteur, très bien relié, avec son ex-libris

            40

On trouve dans le même numéro les études suivantes : La dernière oeuvre d'Ernest Lavisse : l'Histoire de France contemporaine (Charles Andler, 38 pp) ; De l'ile d'Elbe au golfe Juan, I (Arthur Chuquet) ; Le Chancelier Cuno (Ignotus) ; etc.

97.              L'ÉLEU DE LA SIMONE (Philippe). Les guerres médiévales dans le Maine (1015 à 1214).  Chez l'Auteur,  2010, gr. in-8°,  194 pp, 85 portraits,  gravures et photos en noir et en couleurs, 3 cartes, 5 tableaux généalogiques, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Pendant 150 ans, les comtes du Maine ont été rois d'Angleterre ! L’histoire du Maine, c’est alors l’Histoire de France. En lisant cette histoire, on découvre une galerie de personnages hors du commun, par exemple Gervais de Château-du-Loir, chef de guerre et évêque du Mans, puis archevêque de Reims qui sacra le futur Philippe Ier, en qualité de roi-associé ; Hubert-de-Beaumont qui pendant trois ans, soutint victorieusement le siège de Sainte-Suzanne contre Guillaume le Conquérant ; Foulques V, comte d'Anjou et du Maine, qui devint roi de Jerusalem ; Guillaumes des Roches, baron de Sablé, sénéchal d'Anjou et du Maine, véritable faiseur de roi...

98.              MATTHIEU PARIS. Grande Chronique de Matthieu Paris (1066-1259), traduite en français par A. Huillard-Breholles, accompagnée de notes, et précédée d'une introduction par M. le duc de Luynes.  P., Paulin,  1840-1841, 9 vol. in-8°,   index, brochés, couv. lég. défraîchies, qqs rousseurs, mouillures aux tomes 2 et 3, état correct. Rare. On joint "The Compilation of The 'Chronica Majora' of Matthew Paris" (London, H. Milford, s.d., in-8°, 16 pp., broché, texte en anglais)

            400

Matthieu Paris : moine et historien anglais, mort en 1259. Son oeuvre majeure est la Chronica Majora ou Historia Major Angliae qui reprend et continue les travaux de ses prédecesseurs à l'abbaye de  Saint-Alban, et qui couvre l'histoire de l'Angleterre de l'année 1066 à l'année 1259. — "Généralement bien informé, d'humeur indépendante, parfois de parti pris, Matthieu est l'écho de l'opinion publique de son temps. Il nous fait connaître beaucoup de faits de premier ordre, et surtout comment la classe éclairée du temps a jugé la politique d'un Frédéric II, d'un Innocent IV ou d'un Henri III." (Molinier III, 2730)

99.              MOLLAT (Michel). Les Pauvres au Moyen Age. Etude sociale.  Hachette,  1978, in-8°,  395 pp, biblio, broché, bon état (Coll. Le Temps et les hommes)

            30

"M. Mollat apporte une contribution exceptionnelle à l'histoire sociale du Moyen Age. Ouvrage magistral, au vrai sens du terme, car il est d'un vrai maître, qui a l'expérience de toute l'histoire médiévale, économique, politique, religieuse... L'auteur souligne, dans l'introduction, l'ambiguïté du terme “pauper”, malgré ses divers équivalents et synonymes, et note que le mot, s'il se réfère fondamentalement à un état économique (et donc social), n'est pas du tout étranger, dans la signification qu'on lui donne et la perception qu'on en a, à des situations politiques et de même sans cesse, mais par des voies multiples, lié à des considérations morales et religieuses, voire à des impératifs moraux et religieux. Il ordonne ensuite sa réflexion et son exposé autour de quatre périodes principales. (...) Une telle  étude, une telle somme n'appelle aucune critique, à peine quelques réserves. (...) Ce grand et beau livre d'histoire sociale contient aussi une excellente méditation sur l'histoire des civilisations." (Marcel Pacaut, Revue de l'histoire des religions, 1980)

100.          MOSSÉ (Fernand). Manuel de l'anglais du Moyen Age des origines au XIVe siècle.  Aubier,  1949-1950, 4 vol. in-8° carré,  552 (pag. continue), 380 et 185 pp, 7 planches hors texte, 16 cartes et figures, un tableau dépliant, biblio, index, brochés, bon état (Ouvrage couronné par l'Institut, Prix Volney, 1946)

            60

I.1. Vieil-anglais : Grammaire et Textes ; I.2. Vieil-anglais : Notes et Glossaire (pagination continue pour ces deux volumes) ; II.1. Moyen-anglais : Grammaire et Textes ; II.2. Moyen-anglais ; Notes et Glossaire. — "Aujourd'hui M. Mossé nous offre la première partie de son Manuel de l'anglais du moyen âge. Après une brève bibliographie et une introduction, nous trouvons là 150 pages de grammaire extrêmement claire et ordonnée. La morphologie y est présentée de façon à faciliter la comparaison avec les autres langues. Un appendice est consacré à la langue poétique et un autre à la métrique ; un troisième révèle le souci du pédagogue : c'est un glossaire-index de quelques termes linguistiques qui déroutent souvent l'étudiant. Puis viennent les textes : 150 pages. D'abord quelques textes normalisés. Ensuite des textes montrant les débuts de la prose à l'époque d'Alfred ; la prose au 10e siècle, au 11e siècle. Enfin des textes poétiques et des textes dialectaux. Pour guider l'étudiant M. Mossé, dans une note p. 192, classe les extraits par ordre croissant de difficulté. Pour aider à situer toutes ces œuvres, l'auteur nous donne un tableau chronologique des événements. Les notes sont abondantes : pages 347 à 433 ; elles sont suivies d'un glossaire (pages 435-529) et d'un index des noms propres (pages 531-540). L'ouvrage comprend cinq figures : quatre cartes géographiques et l'alphabet runique de la Ruthwell Cross ; ainsi que deux planches hors textes : l'une représente un fragment du ms. de Cura Pastoralis, l'autre un fragment de Beowulf. L'impression dominante qui se dégage de cet ouvrage, c'est l'abondance de la documentation et la clarté de la présentation. Chaque texte est présenté par une note qui le situe historiquement et mentionne les éditions, traductions et études principales. Éventuellement le texte latin est mis en regard de sa traduction anglo-saxonne. Bref ce livre constitue un manuel de tout premier ordre. Il s'adresse non seulement au débutant, mais encore à celui qui désire acquérir une connaissance assez poussée du vieil-anglais." (E. Buyssens, Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1946)

101.          PACAUT (Marcel). Frédéric Barberousse.  Fayard,  1967, in-8°,  316 pp, cartes, biblio, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Les Grandes études historiques)

            25

"M. Pacaut s'est déjà distingué par ses ouvrages sur le pape Alexandre III et sur Louis VII, roi de France, qui constituent une contribution importante aux recherches sur l'histoire politique et religieuse de l'Europe au XIIe siècle. Avec cet ouvrage sur Frédéric Barberousse il continue ces travaux. Comme il n'existe en langue française jusqu'aujourd'hui aucun livre sur l'empereur, l'auteur veut combler en même temps une lacune dans l'historiographie française. Son ouvrage n'est donc pas destiné uniquement aux historiens proprement dits, il s'adresse expressément au public cultivé. (...) Malgré la densité du texte, l'auteur a su nous donner un tableau vivant de la personnalité de l'empereur et de son oeuvre. Très utiles sont les tables généalogiques et les cartes qui accompagnent le livre." (Karl Jordan, Cahiers de civilisation médiévale, 1969)

102.          RIBALDONE (Thierry). La Chevalerie et les chevaliers brigands de la France au Moyen Age.  Strasbourg, Publitotal,  1988, in-4°,  317 pp, 256 gravures et photos en noir et 49 gravures et photos en couleurs dans le texte et hors texte, texte sur deux colonnes, biblio, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, bon état

            30

Le chevalier est sans conteste la figure traditionnelle de l'Europe médiévale. Soit il défend le « bon droit » et c'est le chevalier idéalisé des chansons de geste, soit il se sert de sa chevalerie à des fins personnelles et c'est le seigneur brigand que vont s'efforcer d'anéantir les premiers Capétiens. La limite entre les deux est toutefois assez floue, surtout si l'on considère que les chevaliers « brigands » ou « pillards » le sont dans la mesure où ils s'opposent par leurs actes à la croisade unificatrice du royaume menée par les rois. Chacun, en fait, ne songe qu'à préserver, ou à augmenter, son patrimoine. L'un le fera sous la forme « légale » de la guerre, tandis que l'autre se mettra « hors-la-loi » en rançonnant les voyageurs qui traverseront ses terres... (Avant-propos)

103.          RICHÉ (Pierre). Les Grandeurs de l'an mille.  P., Bartillat,  1999, in-8°,  367 pp, 16 pl. d'illustrations en noir et en couleurs hors texte, 4 cartes, 8 tableaux généalogiques, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Depuis l'époque romantique, on évoque les terreurs de l'an mille. Ce livre cherche au contraire à montrer que la fin du Xe siècle et le début du suivant correspondent à une période de stabilité et de prospérité. En relisant les textes de l'époque, on se rend compte que l'activité économique est florissante, les routes terrestres et maritimes fréquentées par les marchands, les pèlerins et les lettrés. L'essor artisitique est également admirable. En l'an mille, deux hommes éminents dirigent l'Europe : un jeune empereur Otton III et un pape, le plus grand savant de son temps, Gerbert-Sylvestre II. Empereur et pape s'entendent, fait exceptionnel au Moyen Age, pour faire de Rome leur capitale. Il faut définitivement écarter les "terreurs de l'an mille" pour laisser place à ses grandeurs. Cet essai, paru à quelques mois de l'an 2000, tord le cou à pas mal de préjugés.

104.          ROUSSET (Paul). Histoire d'une idéologie : la Croisade.  Lausanne, L'Age d'Homme,  1983, in-8°,  216 pp, notes, broché, bon état

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"Auteur d'une thèse remarquée “Les origines et les caractéres de la premiére croisade”, Paul Rousset a été longtemps fasciné par les problèmes historiques que posent l'émergence et le développement de ce que l'on appelle aujourd'hui communément « L'idéologie de la croisade ». Consideré comme l'un des meilleurs spécialistes des croisades, P. Rousset s'y est intéressé surtout en tant qu'historien des mentalités, toujours à la recherche des motivations de toutes sortes, aussi bien politiques, spirituelles, religieuses qu'économiques, qui avaient poussé l'Occident latin, à l'aube du deuxième millénaire de l'histoire du christianisme, vers une aventure de portée historique considérable, qui mêlait de façon si singulière armes, spiritualité, ordres religieux et chevaleresques (cf. le chapitre sur « l'éthique chevaleresque chez le croisé », pp. 98 ss.) et expansion politique et commerciale. L'histoire du concept de croisade, auquel Paul Rousset, ainsi que C. Erdmann et E. Delaruelle ont attache leurs noms, est l'un de ces domaines privilégiés de l'historien qui lui permet de jeter un regard de synthàse sur les démarches profondes d'une société. Cet essai, rapide certes, mais toujours stimulant, ne concerne pas seulement le Moyen Age. En se placant dans une perspective de tres longue durée, l'auteur étudie les différentes formes sous lesquelles a évolué, de manière souvent caricaturale (« la croisade caricaturée », pp. 208-211), l'idéologie de la croisade pendant presque un millénaire d'histoire occidentale (Xle-XXe siecles). L'intérêt de l'ouvrage dépasse donc largement le cadre traditionnel du Moyen Age, et c'est du reste ailleurs que dans le Moyen Age, lorsqu'il suit les traces du concept agressif de croisade dans les guerres de religion (pp. 171 ss.), dans l'Angleterre puritaine de Cromwell (pp. 192 ss.) ou encore chez les Grands Revolutionnaires des XVIIe et XIXe siecles (pp. 195 ss.) que le médieviste Paul Rousset, peut-être parce qu'il défriche ici un champ plus neuf, est le plus original." (Agostino Paravicini Bagliani, Revue suisse d'histoire, 1985)

105.          ROY (J.-J.-E.). Histoire des Templiers.  Editions Pardès,  1999, in-8°,  308 pp, 6 gravures hors texte, broché, bon état

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L'an 1118, neuf gentilshommes français fondèrent une sorte de confrérie militaire spécialement consacrée à protéger les pèlerins dans leur voyage de Jérusalem. Ils prononcèrent entre les mains du patriarche de Jérusalem les trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance. L'Ordre des Chevaliers de la milice du Temple, ou Templiers, était constitué... C'est le début de la plus mystérieuse aventure spirituelle et guerrière de la chrétienté. Aucune n'aura fait couler autant d'encre, aucune n'aura suscité plus de passions, aucune n'aura davantage fait vibrer les cœurs et les esprits, aucune aventure ne peut lui être comparée... Tentative de restauration des principes primordiaux dans les temps des Fins dernières, l'œuvre templière semble ne s'être consacrée à aucune autre chose... Et pourtant, rien de l'existence quotidienne des hommes ne lui fut indifférent ; parce qu'il s'agissait de réintégrer la totalité humaine dans le plan inouï qui avait été tracé. Nul ne peut prétendre aujourd'hui être habilité à dévoiler les secrets très impénétrables de cette vaste entreprise, nul n'est en mesure de savoir si, oui ou non, les Templiers, avec tout ce que cela implique, ont réellement été anéantis. Loin des pseudo-révélations qui ne font que long feu, plus loin encore des rationalisations historiques qui ont réduit la prodigieuse épopée à des conventions politiques, le livre de J.-J.-E. Roy, devenu d'une extrême rareté, retrace, dans le beau style de l'honnête homme, la succession d'événements qui donna naissance, splendeur, mort et, peut-être un jour, résurrection au Saint Ordre du Temple.

106.          VIDIER (Alexandre). L'Historiographie à Saint-Benoît-sur-Loire et les Miracles de saint Benoît. Ouvrage posthume, revu et annoté par les soins des moines de Saint-Benoît de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire).  Picard,  1965, gr. in-8°,  313 pp, 2 pl. hors texte, sources et biblio, 4 index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            40

"L'historiographie à Saint-Benoît-sur-Loire et les Miracles de saint Benoît est la thèse de l'École des Chartes d'Alexandre Vidier, mise à jour par un savant moine de Saint-Benoît demeuré discrètement anonyme derrière sa communauté. La question que soulèvent les ouvrages posthumes se pose aussitôt : valait-il la peine de publier cette œuvre soixante-sept ans après qu'elle ait été écrite (1898) et trente-huit ans après que son auteur soit mort (1927) ? Étant donné le soin avec lequel elle a été revue par son éditeur, on peut d'autant mieux répondre par l'affirmative que, à côté de certains passages périmés ou alourdis par un excès d'érudition, elle offre par une heureuse coïncidence une base documentaire pour mieux connaître le rôle de premier plan joué par Saint-Benoît-sur-Loire comme centre hagiographique et historiographique qui, au débouché méridional de l'axe Paris-Orléans, si justement mis en valeur par Marc Bloch, a travaillé à l'affermissement de la nouvelle dynastie capétienne avant que Saint-Denis, au XIIe siècle, quand Paris s'affirme comme capitale, ne la relaie dans ce rôle dynastique et bientôt national. Après une étude de la dispersion des manuscrits ayant appartenu à Fleury et une tentative d'inventaire de ces manuscrits, l'ouvrage décrit les manuscrits des chroniques, puis les obituaires, dont le texte est donné, et enfin les Miracles de saint Benoît. D'utiles appendices complètent cette édition." (Jacques Le Goff, Annales ESC, 1966) — "Il est rare qu'un travail de débutant soit publié après la mort de son auteur, et soixante-dix ans après sa rédaction. Si les éditeurs du premier travail d'Alexandre Vidier ont pris cette décision, c'est parce que cet ouvrage apporte des éléments essentiels sur l'histoire des sources médiévales, et étudie de main de maître ce centre particulièrement important qu'est l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Une introduction consacrée à Vidier, et qui rend à ce savant l'hommage que mérite sa mémoire, puis la bibliographie de ses travaux ouvrent le volume ; vient ensuite la publication de l'ouvrage même. Celui-ci se compose d'une étude des sources comprenant l'histoire de la bibliothèque de l'abbaye, un chapitre sur les chroniques issues de ce centre historiographique et un autre sur les obituaires. La deuxième partie est une étude critique sur le recueil des Miracles de saint Benoît. Un recueil d'addenda dus aux éditeurs et un index très précis et complet terminent le volume. L'étude sur la bibliothèque de Fleury est de la plus grande utilité. Débutant par un bref exposé historique, elle montre comment fut dispersée au cours des âges cette célèbre collection, et pourquoi on retrouve ses membres épars dans tant de bibliothèques du monde entier. (...) L'étude sur les chroniques issues du centre historiographique de Fleury est un exposé de la question passionnante des rapports qui existent, non seulement entre ces chroniques, mais aussi entre les œuvres des historiens travaillant à Fleury et celles de tous les contemporains. (...)  La deuxième partie de l'ouvrage est consacrée au recueil célèbre des Miracles de saint Benoît. On sait que l'édition de ce texte – l'une des sources les plus précieuses des IXe, Xe et XIe s. – a été procurée par E. de Certain en 1858. Cette partie de l'ouvrage de Vidier est d'un très grand intérêt. Avec un sens critique très avisé, il avait reconnu les défauts et les lacunes des éditions ; il a cherché à dater avec précision la composition des différents livres et à cerner la personnalité de leurs auteurs et la valeur de leurs témoignages. Cette étude est certainement, malgré sa date ancienne et les travaux partiels qui l'ont, depuis, précisée, ou qui sont de nature à faire reviser ses conclusions, une vue d'ensemble irremplaçable dont la publication sera extrêmement utile. Nous avons maintenant, dans cette ancienne thèse malheureusement un peu oubliée, une remarquable série d'études qui, mises au point par les notes et les addenda des éditeurs, sera une contribution précieuse pour tous ceux qui s'intéressent à l'hagiographie et à l'historiographie." (J. Boussard, Cahiers de Civilisation Médiévale, 1966)

107.          WERNER (Karl Ferdinand). Les Origines (avant l'an mil).  Fayard,  1984, fort in-8°,  540 pp, repères chronologiques, biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Histoire de France, sous la direction de Jean Favier, 1)

            25

Des origines à l'an mil, c'est l'histoire d'un pays qui n'est pas encore la France, mais dont les caractères durables se dessinent lentement. Une civilisation originale – et riche de sa diversité – s'élabore dans la fusion, toujours incomplète, des apports procurés par chaque vague d'envahisseurs, des Celtes aux Normands en passant par les Romains, les Goths et les Francs. Des institutions se précisent, qui marqueront les structures sociales et politiques de la France. L'ancienne Gaule, devenue la Francie occidentale, trouve sa place dans un équilibre européen remodelé après l'éclatement des vastes constructions politiques de Charlemagne. — "... Sans hésitation, on peut dire que c'est le plus beau livre qui ait jamais été écrit sur l'histoire de France jusqu'à l'an mil. Si un titre récent mérite la mention « chef-d'oeuvre », c'est celui-là. Il faudrait un très long compte rendu pour faire apparaître toute la richesse de ses analyses éblouissantes. Karl-Ferdinand Werner balaie quelques débats éculés sur la nation gauloise (à lire pp. 152-154), montre que la Gaule romaine est le résultat de la fusion des Romains et de Celtes déjà hellénisés, réhabilite les Mérovingiens, démolit quelques légendes sur les invasions ou le Xe siècle, avec des annotations à saisir sur la vocation maritime de la France (pp. 60, 96, 215), l'apparition de l'Etat (p. 320), le contexte latin (p. 26). Vraiment un livre capital, à lire absolument." (Hervé Couteau-Bégarie, Politique étrangère, 1986)

 

TEMPS MODERNES

 

108.          ADAM (Antoine). Les Libertins au XVIIe siècle. Textes choisis et présentés.  Buchet/Chastel,  1964, pt in-8°,  323 pp, broché, bon état

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L'histoire intellectuelle du XVIIe siècle ne s'explique pas si l'on ignore l'action multiple et secrète de ceux que l'on appelait les libertins. Ce sont eux qui ont résisté à l'esprit d'orthodoxie qui tendait alors à s'étendre. Chez les uns la révolte s'affirmait avec une sorte d'extravagance. D'autres enseignaient, avec toutes sortes de précautions d'ailleurs, l'indépendance de l'esprit. D'autres enfin proposaient une sagesse tout humaine et terrestre. Trop souvent on a parlé des uns et des autres sans faire entre eux les différences nécessaires, sans entrer dans les raisons qu'ils pouvaient avoir. La présente anthologie permettra aux lecteurs de les entendre eux-mêmes et directement, d'entrer dans leur pensée, de porter sur eux un jugement personnel et libre des partis pris habituels. (Antoine Adam)

109.          AUBERT (André), François DURIF, Paul LABAL, Robert LOHRER. Textes historiques. XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.  Classiques Hachette,  1961, in-8°,  96 pp, en feuilles volantes sous pochette de papier blanc imprimée en noir, C. de bibl., bon état

            15

111 textes publiés pour les professeurs en complément du manuel du manuel de troisième.

110.          AUDIN (J.-M.). Histoire de Henri VIII et du schisme d'Angleterre.  P., L. Maison,  1850, in-12,  viii-546 pp, deuxième édition, reliure demi-basane verte, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titre et caissons fleuronnés dorés (rel. de l'époque), qqs rousseurs, bon état

            30

Par Jean-Marie-Vincent Audin (1793-1851), «  l’une des plus charmantes plumes et des plus poignantes aussi du catholicisme de ces derniers temps, Audin, l’historien et le biographe à l’érudition spirituelle. », selon Barbey d'Aurevilly. — "Le Henri VIII, publié en 1847, moins polémique que les deux précédents ouvrages, est pourtant encore de l’histoire agressive, et la controverse, immaîtrisable et souveraine dans toute histoire religieuse, s’y trahit par les ardeurs de l’accent, et y allume le récit des faits. (...) Quand on se rappelle que les neuf volumes d’Audin sur Luther, Calvin, Henri VIII, Léon X, avec l’imagination qui y brille et le torrent d’érudition qui y circule, ont été écrits de 1839 à 1847, on est étonné qu’une pareille suite d’études fortes, consciencieuses, animées, n’aient pas eu le retentissement qu’elles méritaient." (Barbey d'Aurevilly, Les œuvres et les hommes, 1861)

111.          BABELON (Jean-Pierre). Henri IV.  Fayard,  1987, fort in-8°,  1103 pp, une carte, généalogies, sources et biblio, index, reliure souple illustrée de l'éditeur (lég. défraîchie), bon état

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Dans la mémoire des Français, Henri IV est le seul roi à n’avoir connu aucune disgrâce. Sa mort l’a auréolé d’une indestructible popularité et son règne est vite devenu l’auberge espagnole de notre histoire. Le Gascon caustique méprisant la peur, l’homme d’action ennemi des parlottes, le bon vivant, l’homme de la poule au pot, le Vert-Galant sûr de ses conquêtes : autant d’images d’Epinal que Jean-Pierre Babelon réajuste sans parti pris ni complaisance, pour expliquer le phénomène Henri IV. Le 1er août 1589, assiégeant Paris en pleine rébellion, Henri III, victime d’un attentat, murmure à celui qui sera demain Henri IV : « Vous voyez comme vos ennemis et les miens m’ont traité. Il faut que vous preniez garde qu’ils ne vous en fassent autant. » Le dernier des Valois disparu, Henri de Navarre devient roi d’une France déchirée par les guerres de la Ligue, où la monarchie traverse un de ses pires moments. Cinq ans sont nécessaires au premier Bourbon pour ouvrir les portes de la capitale, quatre autres pour apaiser les armes et les consciences. Il ne lui reste que douze ans pour créer, avec l’aide de Sully, un Etat moderne : l’économie, l’agriculture, l’urbanisme, l’université, il n’a de cesse de tout réorganiser et de continuer la tradition monarchique séculaire, comme s’il avait su que peu de temps lui était octroyé pour accomplir sa tâche. Pour Henri IV, ce célibataire mal marié, qui se reconnaissait trois plaisirs, la guerre, la chasse et l’amour, la plus grande joie fut sans doute la naissance du dauphin, le futur Louis XIII. Il avait alors 48 ans. Après avoir rétabli l’unité de son royaume et assuré le « bien-être de ses peuples », il fondait une nouvelle dynastie. Le fils de Jeanne d’Albret pouvait-il rêver d’une plus belle destinée ? Au bout du compte, un caractère et un comportement peu ordinaires, un pragmatisme et un relativisme qui tranchent vigoureusement sur les mentalités de l’époque, et un esprit qui nous est étrangement proche.

112.          BARDON (Françoise). Le Portrait mythologique à la cour de France sous Henri IV et Louis XIII. Mythologie et politique.  Picard,  1974, in-4°,  326 pp, 52 planches d'illustrations hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            45

"C'est dans une langue agréable que Madame Françoise Bardon a rédigé cette étude d'une foisonnante érudition. Dans l'introduction générale, elle présente ainsi son ouvrage : « J'ai conscience de proposer, avec modestie, un travail ambitieux », détaillé au point de ne concerner que les règnes de deux rois de France, Henri IV (1589-1610) et Louis XIII (1610-1643) alors qu'il aurait dû, à l'origine, englober une centaine d'années. L'auteur a centré son étude sur le roi et les membres de la famille royale. Elle a analysé, au cours d'investigations patientes et approfondies, non seulement les portraits peints qui présentent ces personnages sous une forme mythologique mais aussi les Entrées triomphales, les estampes et les illustrations de livres, les sculptures, les médailles, les ballets et les textes littéraires les évoquant sous ce même aspect allégorique..." (Anne Rouzet, Revue belge de philologie et d'histoire, 1978) — "... L'usage de ces formes laudatives n'est « jamais innocent ni gratuit » : l'imaginaire mythologique organise un système de correspondances qui exalte le fait monarchique, c'est-à-dire « autant que la réalité du roi l'idée que le roi se fait de lui-même, de son rôle, et qu'il voulait que ses proches et son peuple eussent ». Une tradition figurative très ferme transcrit une théorie politique. L'ouvrage de Mme Fr. Bardon, nourri de vastes lectures, superbement étayé sur plus de cinquante reproductions curieuses ou élégantes, toujours éloquentes, invite à réfléchir sur les rapports entre mythologie et institution sociale, entre l'autorité politique et l'adhésion sentimentale qu'il lui est éternellement nécessaire d'inspirer et d'enraciner." (Bruno Neveu, Journal des Savants, 1976)

113.          BENNEZON (Hervé). Un inspecteur de police parisien sur le terrain. Les missions de Jean Poussot (1703-1791).  Les Indes savantes,  2019, gr. in-8°,  288 pp, préface de Robert Muchembled, graphiques et tableaux, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Robert Muchembled, dans sa Préface, souligne le travail de Hervé Bennezon : "Son enquête est remarquable parce qu'elle inaugure une subtile sociologie policière, conduite au plus près du terrain, fourmillant de détails sur la vie des masses. L'auteur est le premier historien à décrire l'existence et les actions d'un représentant de base de l'autorité, qui arpente inlassablement les rues de la capitale : Jean Poussot (1703-1791). Né dans une petite ville de province, Tonnerre, d'un père marchand et de la fille d'un tisserand, tous deux alphabétisés, il l'est également. [...] Hervé Bennezon révèle de manière vivante et précise toute l'étendue de ses attributions. [...] On découvre ainsi que la vocation de la Sûreté, fortement renouvelée, n'est pas uniquement de surveiller les étrangers, les ennemis du royaume, les espions, ou les gens de passage en contrôlant hôtels et chambres d'hôtes, comme on a parfois pu le dire. S'y ajoutent la surveillance des mendiants, des vagabonds, des bas-fonds de la capitale, dont le monde de la prostitution, et plus encore la chasse aux voleurs. [...] Il reste au lecteur à découvrir ce bel essai d'histoire vue d'en bas, écrit avec autant de talent que de modestie."

114.          BERGASSE (Jean-Denis). D'un rêve de réformation à une considération européenne. MM. les députés Bergasse (XVIIIe-XIXe siècles).  Cessenon, chez l'Auteur,  1990, gr. in-8°,  xv-514 pp, préface de Michel Péronnet, postface de Guy Chaussinand-Nogaret, 81 gravures et portraits dans le texte et à pleine page, 11 tableaux généalogiques, broché, couv. illustrée à rabats, bon état, envoi a.s.

            50

Les origines familiales et la percée commerciale ; Nicolas Bergasse, sa carrière, ses rapports avec Lafayette, Jefferson, Mesmer, Beaumarchais, Mme de Krüdener ; Georges Bergasse-Laziroules. — "Richement illustré de documents d'époque, ce volumineux ouvrage s'attache à la carrière de deux cousins éloignés, élus députés du tiers état aux Etats généraux de 1789, l'un à Pamiers, l'autre à Lyon. Jean-Denis Bergasse a exploité les archives familiales mais aussi les fonds publics pour retracer l'histoire de cette lignée de lointaine origine agenaise et d'ancien établissement en Ariège, afin d'expliquer le choix porté par deux circonscriptions éloignées sur deux parents. De précieux tableaux généalogiques facilitent la compréhension d'un récit où les homonymies ne manquent évidemment pas. L'installation à Lyon, avant le milieu du XVIIIe siècle, de Joachim Bergasse et la réussite commerciale de ce commis venu de Tarascon-sur-Ariège ouvrent la voie à ses fils dans le négoce sur place mais aussi à Marseille, qui élira au XXe siècle le troisième député Bergasse. Parmi les cinq frères nés à Lyon entre 1747 et 1754, Nicolas se distingue en choisissant de devenir avocat à Paris. Il semble n'avoir guère plaidé, mais accède à la célébrité grâce à l'affaire Kornmann, qui aurait pu n'être qu'un banal procès d'adultère sans l'implication indirecte de diverses personnalités, dont Beaumarchais. Vainqueur devant le parlement en 1789, ce dernier garde suffisamment de rancune contre Bergasse pour lui attribuer, sous un anagramme transparent, un rôle odieux dans la troisième pièce de sa trilogie, La mère coupable, représentée en 1792. Aux Etats généraux, Nicolas Bergasse se range dans le courant monarchien partisan du bicamérisme, d'où son effacement parlementaire après les journées d'octobre 1789 et ses contacts avec Louis XVI. Agé de vingt-six ans seulement en 1789, son cousin Georges ne bénéficie pas, en arrivant à Versailles, d'une notoriété comparable, d'autant qu'il écrit beaucoup moins. Sans avoir émigré, l'un et l'autre réussissent à survivre à la Terreur qui a abattu à Lyon l'un des frères de Nicolas. Si ce dernier ne sollicite plus jamais les suffrages des électeurs, Georges siège au conseil des Cinq-Cents, mais, républicain, il se retire en Ariège après le coup d'Etat du 18 brumaire. Lui aussi dans l'opposition au Consulat et à l'Empire, le royaliste Nicolas ne joue pas de rôle actif sous la Restauration, mais sa rencontre avec la baronne de Krudener le met, à l'été 1815, en relation avec le tsar Alexandre Ier à qui il semble avoir inspiré le pacte de la Sainte-Alliance signé le 26 septembre avec le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche. Si ce traité n'a eu, par lui-même, qu'une portée limitée, et si les deux cousins Bergasse n'ont finalement pas accédé aux premiers rôles, l'ouvrage a le mérite de montrer la vie d'une famille à travers une époque dramatique, tout en évoquant des épisodes pittoresques, comme celui du « magnétisme animal » de Mesmer, ou en décrivant les implications de la Terreur dans l'Ariège, retraite de Georges, et les Hautes-Pyrénées, refuge de Nicolas." (Roland Andréani, Annales du Midi, 1995)

115.          BERTIÈRE (Simone). Louis XIII et Richelieu. La “Malentente”.  Editions de Fallois,  2016, gr. in-8°,  462 pp, annexes, chronologie, tableau généalogique, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            15

Louis XIII régnait, Richelieu gouvernait. Au sortir d'un demi-siècle de guerres de religion et après deux régicides, la France du début du XVIIe siècle, encore à demi féodale, avait besoin d'une remise en ordre. Louis XIII et Richelieu entreprirent, non sans rencontrer de violentes résistances, d'en faire un grand pays moderne à vocation européenne. S'ils étaient d'accord sur les objectifs, leur collaboration, mal commencée, resta grevée de défiance. Ils ne se sont jamais aimés, ils ont fini par se haïr. Politiquement complémentaires, le roi et son génial serviteur ne pouvaient se passer l'un de l'autre, tout en supportant mal cette dépendance. Avec son talent de conteuse, sa verve et l'humour qu'on lui connaît, Simone Bertière explore la manière dont les deux hommes vécurent concrètement cette relation tumultueuse.

116.          BOIS (Piere-André), Roland KREBS et Jean MOES (dir.). Les lettres françaises dans les revues allemandes du XVIIIe siècle – Die französische Literatur in den deutschen Zeitschriften des 18. Jahrhunderts.  Peter Lang SA,  1997, in-8°,  388 pp, notes, index des noms, index des périodiques, broché, bon état. 21 études érudites (14 en français et 7 en allemand)

            80

On trouvera dans ce volume les communications présentées du 23 au 25 mars 1995 à Reims durant le Colloque International organisé par le Centre d'étude des périodiques de langue allemande de Metz. L'objet de la rencontre était d'analyser l'image que les périodiques allemands du XVIIIe siècle ont proposée des lettres françaises. Les revues – dont le développement à l'époque des Lumières est remarquable – ont abordé, à partir d'innombrables comptes rendus et commentaires, dans le cadre général d'un discours de légitimation, toutes les grandes questions que posaient pour la jeune littérature allemande le poids et la fonction de la culture française en Europe. On trouvera donc toutes les attitudes possibles dans les diverses études de cas ici proposées : de l'acceptation des transferts jusqu'à une stratégie de refus et de démarcation. En fait, l'évolution du discours des revues sur la littérature française suit fidèlement celle de la littérature allemande elle-même de la Frühaufklärung au Romantisme et en traduit la situation et les besoins. Par ailleurs, à travers les opinions sur les auteurs français s'expriment bien souvent des jugements sur la nation voisine et sa culture, qui ont leur place dans l'histoire générale des relations franco-allemandes.

117.          CLÉMENT (Pierre). Histoire de Colbert et de son administration.  P., Didier et Cie,  1874, 2 vol. in-12,  xx-540 et 532 pp, préface de A. Geffroy, notes, index, reliures demi-percaline grises, dos lisses avec fleuron, double filet et date dorés, pièce de titre basane havane (rel. de l'époque), rousseurs éparses, bon état

            100

"Parmi la foule d'hommes illustres qui font du XVIIe siècle une époque unique, non-seulement dans notre histoire, mais aussi dans l'histoire du monde, il en est un auquel ni ses contemporains ni la postérité n'ont peut-être rendu pleine justice. Cet homme, c'est le fils du modeste drapier rémois à l'enseigne du Long-Vêtu, c'est Jean-Baptiste Colbert. Il est vrai que son oeuvre n'est pas de celles qui séduisent par les côtés extérieurs. Elle ne peut prétendre aux applaudissements populaires. Elle ne se révèle au dehors que par des chiffres et surtout mauvais moyen de popularité par des impôts. (...) Cependant, comme le dit M. Geffroy, malgré les  illégalités, malgré les violences, « nous sommes du parti de Colbert dans sa lutte contre Fouquet, parce que c'est tout un âge de désordre, d'arbitraire et d'anarchie que ce dernier personnifiait » ; parce que, au moment où Colbert arriva aux affaires, l'état des finances était désespéré ; parce qu'il eut le courage de se rendre exactement compte de la situation, de proposer le remède et l'énergie de l'appliquer ; parce que la France marchait à grands pas vers la banqueroute et que Colbert conjura le danger ; parce que, après les expédients, les calculs infinis, les tergiversations italiennes de Mazarin, il sut reprendre la politique de Richelieu, imprimer aux affaires une direction énergique et continuer l'oeuvre d'unification. Avant Colbert, chaque province avait un mode d'impôts différent ; on changeait de régime plus souvent que de chevaux. Perdue au milieu d'une foule d'ordonnances sans liens entre elles, souvent même contradictoires, toute régularité avait disparu, faisant place à un effroyable chaos qu'augmentait encore la rapacité des traitants. Tous les moyens étaient bons pour faire payer les contribuables, taillables et corvéables à merci..." (Georges de Nouvion, La Revue politique et littéraire, 1877)

118.          DESSERT (Daniel). Colbert. Ou le mythe de l'absolutisme.  Fayard,  2019, in-8°,  317 pp, biblio, broché, couv. illustrée à rabats, bon état, envoi a.s.

            20

L'Ancien Régime et la figure de Louis XIV fascinent. Comment un royaume en guerre six ans sur dix a pu fonctionner ? Parce que Richelieu, puis Mazarin et surtout Colbert ont fédéré autour de leur personne les grandes familles fortunées, répond Daniel Dessert. Sans ces grands financiers, il n'y aurait pas eu de monarchie absolue : l'Etat, c'est eux ! Colbert est la dernière incarnation de ce système corrompu fondé sur ce qu'on appellerait aujourd'hui le pouvoir des lobbies et reposant sur des solidarités de clan. Esprit froid, minutieux et calculateur, excellent organisateur, mais cupide et amoral. Le Rémois a su léguer à la postérité l'image ambiguë de ce que ses successeurs nommeront avec ravissement un "grand homme d'Etat" . Lui qui exercera le pouvoir réel quand le roi n'en aura plus que l'apparence. Il aura fallu trente ans à Daniel Dessert pour restituer un fonctionnement fisco-financier complexe, dont Colbert fut l'héritier, puis le praticien le plus redoutable. — Disciple de Pierre Goubert, Daniel Dessert est spécialiste de la finance et des financiers sous l'Ancien Régime. Il a notamment publié l'ouvrage classique sur le sujet : Argent, pouvoir et société au Grand Siècle (Fayard, 1984), et plus récemment L'Argent du sel, le sel de l'argent (Fayard, 2012).

119.          DUPONT-BOUCHAT (Marie-Sylvie), FRIJHOFF (Willem) et MUCHEMBLED (Robert). Prophètes et sorciers dans les Pays-Bas, XVIe-XVIIIe siècle.  Hachette,  1978, in-8°,  366 pp, préface de Jean Delumeau, 5 cartes et tableaux, broché, bon état (Coll. Le Temps et les hommes)

            30

"Les trois essais réunis ici sont d'un intérêt certain et méritaient la publication. Les deux parties sur la sorcellerie (« La répression de la sorcellerie dans le duché de Luxembourg aux 16e et 17e siècles », p. 43-150, et « Sorcières du Cambrésis. L'acculturation du monde rural aux 16e et 17e siècles », p. 159-261), cherchent à élucider «la furie sanguinaire des chasseurs de sorciers ». Plus que la sorcière – ou le sorcier – et son rôle, les auteurs démontent, chacun pour sa région, les complexes réseaux de causalité qui ont provoqué la définition du crime de sorcellerie, les dénonciations, les aveux, les exécutions. Partout la population, des villageois aux princes, s'est révélée complice de la justice, acharnée à dénoncer, à témoigner à charge, anxieuse de se démarquer des accusés, satisfaite de se purifier par la cérémonie expiatoire de l'exécution publique. La chasse aux sorcières est un phénomène de réaction collective à une situation instable et angoissante. Au Luxembourg, les guerres, la peste, le réveil religieux et les ordonnances judiciaires servirent de catalyseur à un malaise général. Plus inattendu peut-être est l'essai de W. Frithoff (« Prophétie et société dans les Provinces-Unies aux 17e et 18e siècles », p. 265-362) qui analyse le phénomène prophétique chez un des peuples les plus alphabétisés de l'Europe moderne à travers deux crises : celle de la guerre de Hollande (1672) et celle marquée par la panique de 1734... L'ensemble du livre évoque ainsi la «majorité silencieuse». Silencieuse jusqu'au moment où, sous la pression de mutations et d'événements qui remettent en cause l'équilibre de la société, cette majorité parle, vaticine, dénonce et, dans les flammes où brûlent les sorcières (ou les livres ou les juifs), essaie d'anéantir sa propre angoisse." (F. Michaud-Fréjaville, Dix-Huitième Siècle, 1980)

120.          ERLANGER (Philippe). Diane de Poitiers, déesse de la Renaissance.  Perrin,  1976, in-8°,  310 pp, 16 pl. de gravures hors texte, sources et biblio, tableaux généalogiques, reliure skivertex éditeur, demi-jaquette illustrée, gardes illustrées, rhodoïd, bon état

            25

"Sur Diane enfant nous ne possédons qu'un renseignement précis : son père l'emmenait à la chasse quand elle avait six ans. Dès le premier âge, le futur modèle du Primatice suivit les traces de la déesse, sa patronne, et soumit son corps aux saines disciplines dont elle devait être si bien récompensée. Pendant son existence entière, Diane se lèvera avec le jour, prendra des bains d'eau froide, chevauchera fougueusement à travers bois. Les nobles animaux qui contribueront à immortaliser ses images, elle ne perdra jamais le goût de les forcer..." (p. 24)

121.          GUILHAMON (H.). Journal des voyages en Haute-Guienne de J.F. Henry de Richeprey. I. Rouergue. – II. Quercy‎.  Rodez, Archives Historiques du Rouergue,  1952-1967, 2 forts vol. gr. in-8°,  lxxxvi-479 et 559 pp, une carte dépliante au tome I, préface de Jacques Godechot au tome II, index dans chaque volume, brochés, tome I en état correct : intérieur propre, mais couv. abîmée avec dos en partie manquant ; tome II en bon état (t. XIX et XX des Archives historiques du Rouergue). Le tome I a eu un tirage limité à 300 exemplaires. Il est rare. Le tome II a été tiré à 500 exemplaires ; envoi a.s. de Henri Guilhamon à Pierre Goubert au tome II

            300

"Si toutes les provinces françaises étaient dotées pour le XVIIIe siècle d'un ensemble de documents d'une valeur aussi grande que celui que constituent pour le Rouergue et le Quercy les écrits d'Henry de Richeprey, comme la tâche des géographes préoccupés de décrire les anciens genres de vie serait rendue plus facile ! M. H. Guilhamon vient de publier, sous l'égide de la commission des Archives historiques du Rouergue, la première partie – consacrée au Rouergue – du Journal des voyages en Haute-Guienne, rédigé au cours d'une mission d'enquête dont Richeprey fut chargé en 1780. Cette mission en Haute-Guienne fut liée à la politique de réformes dont Necker avait fait admettre le principe par Louis XVI : une assemblée provinciale avait été créée dans la généralité de Montauban, qui avait alors le nom de province de Haute-Guienne. Elle se réunit le 14 septembre 1779 et nomma deux commissions chargées d'élaborer d'urgence un projet de reformes de l'assiette de la taille et de la capitation ; il apparut bientôt que la première tâche à accomplir était la réfection du cadastre : Richeprey fut chargé, avec le concours de quelques géomètres, de visiter les communautés de Haute-Guienne – Rouergue et Quercy – d'y examiner les cadastres, d'entendre les doléances des habitants, de proposer une classification nouvelle des sols et de nouveaux principes de détermination de revenu imposable. Richeprey se mit en route le 15 octobre 1780. En cinq mois, il accomplit à travers le Rouergue et le Quercy six voyages coupés par quelques jours de repos à Villefranche-de-Rouergue. Voyages exténuants, car Richeprey eut à parcourir à pied ou à cheval, en mauvaise saison, des pays accidentés aux chemins impraticables. La mission de Richeprey ne fut pas menée à bonne fin : arrivé le 24 février à Montauban, dans une ville où une majorité de propriétaires fonciers, disposant de terres peu imposées, avait de bonnes raisons de redouter une réforme des institutions, il se trouva aux prises avec une opposition farouche ; il y fit face courageusement mais, au bout de quelques jours, reçut l'ordre d'interrompre son ouvrage. Ces « incidents de Montauban » permirent à l'opposition parlementaire, écrit M. Guilhamon, de présenter à Louis XVI les réformes de son ministre comme génératrices de troubles dans les provinces. En fournissant aux adversaires de Necker un argument décisif, ils contribuèrent largement à sa chute. (p. LXIV). Mais pour nous, historiens et géographes, quel ensemble de renseignements précieux nous offre ce Journal ! C'est un ouvrage dont la lecture est passionnante, où se révèle toute la vie de communautés rurales à la veille de la Révolution. Pour en saisir toute la valeur documentaire, il faut savoir qu'à chaque village où il s'arrêtait, Richeprey convoquait les notables du lieu, curé, secrétaire de la communauté, avocat, notaire, médecin, principaux propriétaires ; il se faisait apporter le cadastre et, ce document en mains, invitait les personnalités présentes à dire sa valeur, à exprimer leurs idées sur le mode de répartition de la taille et de la capitation, à faire connaître les besoins de la communauté. Il arrive que de longues discussions s'engagent, que – comme à Laguiole – les thèses s'affrontent. (...) On saisit la richesse d'un tel document. Dans bien des cas, c'est une vraie monographie d'une communauté rurale à la veille de la Révolution que nous offre Richeprey. On y saisit non seulement les pratiques agricoles, mais encore les activités artisanales, la vie de relations, les conflits sociaux, et aussi les efforts faits ici et là pour améliorer les conditions de vie. Retenons au passage les pages instructives où sont décrits l'élevage dans le Larzac, la fabrication du fromage de Roquefort, l'empiétement des labours sur les pâtures et les conflits qui en résultent (pp. 120-129 ; 206-207) ; le remarquable chapitre qui évoque la vie de la montagne d'Aubrac (p. 51-60) ; l'analyse des migrations saisonnières ou définitives qui ont pour origine les pays les plus déshérités (pp. 38, 44, 49). Le Journal consacre de longues pages aux industries du Rouergue : les historiens y trouveront des données précieuses et ample matière à réflexion. A Saint-Affrique, nous dit Richeprey, « les manufactures ne sont pas d'aussi grands établissements que nous le présagions. Ce sont des artisants qui ont un ou deux métiers battants qui font des cadis dans la ville, car on ne fait plus de draps qu'à Saint-Félix... On ne fait à Saint- Affrique et aux environs qu'à peu près 2 000 pièces de draps ou de cadis. Le (ravail des petites communautés voisines y est compris parce qu'il est au compte des négociants de Saint-Affrique » (p. 220). Ici comme ailleurs en Rouergue, l'industrie en est encore au stade des petits ateliers. (...) Autant que les mérites de Richeprey, la qualité des commentaires et des notes dont est accompagné le texte du Journal font du livre de M. H. Guilhamon un ouvrage de qualité. L'introduction est excellente ; les notes, nombreuses et précises, accompagnent à chaque page le texte, l'éclairent, y apportent de précieux compléments, relèvent parfois des inexactitudes. La critique est toujours de bonne veine, et pertinente. Voilà du bon travail. Puisse le tome II, consacré au Quercy, voir bientôt le jour. Nous sommes un certain nombre à l'attendre avec impatience..." (Louis Papy, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen, 1955)

122.          HAUSSONVILLE (Comte d'). La duchesse de Bourgogne et l'alliance savoyarde sous Louis XIV. I : La réconciliation avec la Savoie et le mariage de la duchesse de Bourgogne.  Calmann-Lévy,  1898, in-8°,  vi-502 pp, un portrait gravé en frontispice, reliure demi-basane verte, dos à 4 nerfs soulignés à froid orné de dentelles et d'un fleuron dorés, pièces d'auteur et de titre de maroquin noir, bon état. Exemplaire très bien relié

            60

Premier volume seul (sur 4), complet en soi. — "L'auteur, pour suivre la jeunesse de la princesse Adélaïde, nous fait pénétrer dans la cour de Savoie, où domine l'influence de la cour de Versailles : tout y est réglé sur le modèle français et le duc Victor-Amédée se pique de copier scrupuleusement Louis XIV en tout, jusqu'à la succession de ses maîtresses inclusivement. La jeune princesse ne se trouva donc pas dépaysée lorsqu'elle arriva à Versailles. Elle y fut très bien acceuillie et il nous faut signaler quelques pages fines et délicates sur l'origine et la nature des sentiments affectueux de Louis XIV et de Mme de Maintenon pour la petite duchesse (p.416 et sqq). Elle fut traitée en enfant gâtée dont on satisfaisait tous les caprices, à qui l'on pardonnait toutes les coquetteries, les légèretés, même les défauts. Il était impossible d'étudier la duchesse de Bourgogne sans parler du duc : M. H. a fait à celui-ci une place très importante dans son ouvrage. Sur l'enfance du duc, son éducation, ses premières armes et sa jeunesse, il a rassemblé et coordonné les divers renseignements déjà connus. Il a fait plus : il s'est efforcé de distinguer l'action de Fénelon et celle du duc de Beauvilliers... Plus que la vie privée de la duchesse de Bourgogne, l'éducation du duc et ses premiers actes de prince intéressent l'histoire générale. C'est encore ce qui fait le prix des chapitres consacrés par M. H. à l'alliance savoyarde. Le premier chapitre expose les vissicitudes de cette alliance au XVIIe siecle. L'importance de la Savoie dans la ligue d'Augsbourg y est bien mise en lumière et cela nous explique les concessions de Louis XIV au traité de Turin, que le comte de Tessé réussit à signer en 1696. Mais le roi, qui avait si bien su détacher le duc du nombre de ses ennemis, se montra incapable de se le rattacher d'une manière définitive. Ce fut le tort de Louis XIV de méconnaître le caractère de Victor-Amédée, d'avoir considéré le duc comme une quantité négligeable et d'avoir signé avec les puissances maritimes les traités de partage de Londres et de La Haye sans y comprendre la Savoie, après l'avoir amusée par de longues négociations. L'acceptation par Louis XIV de la totalité de l'héritage espagnol frustra Victor-Amédée dans ses convoitises sur le Milanais. Ce fut un coup très sensible porté à l'alliance savoyarde : les sentiments du duc à l'égard de Louis XIV en furent très refroidis ; cependant il n'est pas permis de parler de trahison dès cette époque..." (V.-L. Bourrilly, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1902)

123.          HUYGHENS (Christian). Traité de la Lumière.  P., Gauthier-Villars et Cie,  1920, in-12,  x-155 pp, notice biographique, 74 figures, reliure pleine toile écrue, pièce de titre chagrin noir, papier lég. jauni, bon état (Coll. Les Maîtres de la pensée scientifique)

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"... C'est dans son Traité de la Lumière, écrit pendant son séjour en France, que le Hollandais Huyghens proposa la théorie des ondulations. Comme Descartes, Huyghens n'admet pas dans les phénomènes lumineux un transport de substance, mais, à l'inverse du philosophe et avant même la publication des travaux de Roemer, il pose en principe que la lumière ne se transmet pas instantanément. C'est de la propagation du son qu'il rapproche la propagation de la lumière, et il montre comment on peut concevoir que la lumière s'étend successivement par ondes dans un milieu éthéré, formé de petites boules élastiques, milieu distinct de l'air qui transmet le son. Il invoquait même l'expérience de Torricelli pour prouver que le vide barométrique, laissant passer la lumière, doit contenir une matière d'espèce nouvelle. De cette transmission à travers un éther élastique, Huyghens déduit les lois de la réfraction de la lumière à la surface de deux corps isotropes, retrouvant ainsi pour le rapport des sinus la valeur que Fermat avait obtenue avec son principe du minimum ; il en tire aussi une théorie de la double réfraction découverte par Erasme Bartholin dans le spath d'Islande. Le Traité de la Lumière de Christian Huyghens est une des plus admirables oeuvres de la littérature scientifique de tous les temps." (Emile Picard, Les théories de la lumière et de l'éther, 1924)

124.          JALLIFFIER (Régis) et Henri VAST. Histoire de l'Europe et particulièrement de la France de 1610 à 1789, rédigée conformément aux programmes du 28 janvier 1890. (Manuel, classe de rhétorique).  P., Garnier frères,  1892, fort in-12,  xviii-840 pp, 86 gravures et cartes, 9 cartes en couleurs hors texte, la plupart dépliantes, tableaux et généalogies, biblio, cart. percaline carmin décoré de l'éditeur, dos lég. sali, bon état

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"M. Henri Vast vient de faire paraître, cette fois en collaboration avec M. Jalliffier, un précis pour le cours d'histoire de rhétorique (Histoire de l'Europe et particulièrement de la France, de 1610 à 1789. Garnier). Déjà, l'an dernier, M. Vast avait publié le cours de seconde. Ces manuels sont dignes d'éloges ; ils sont bien présentés, au courant des travaux les plus récents ; les faits y sont abondants, exposés d'un style net et rapide. Dans l'ensemble, ce manuel est des plus satisfaisants ; il est certainement un des meilleurs qu'on puisse mettre aux mains des élèves." (Revue Historique, 1885)

125.          KAMEN (Henry). Histoire de l'Inquisition espagnole.  Albin Michel,  1966, in-8°,  339 pp, traduit de l'anglais, 13 gravures sur 8 pl. hors texte, notes, glossaire, broché, couv. illustrée rempliée, bon état

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"Henry Kamen, assistant d'histoire à l'université d'Edimbourg depuis 1963, a bien le souci dominant d'un historien. Il s'efforce d'être impartial, tout au moins de désamorcer un sujet pénible par nature, loin de toute passion polémique et de toute volonté de calomnie. Malgré ce parti-pris sincère de modération et de libéralisme, l'historien ne peut parvenir à laver l'Inquisition de toutes les responsabilités qu'elle porte devant l'histoire. Une intention louable en soi porte l'auteur à minimiser certaines formes déplaisantes d'action de l'Inquisition ; il a raison de dire que les traitements pour nous si révoltants infligés aux suspects ne diffèrent guère des mœurs alors en usage dans le reste de l'Europe, que ses prisons étaient au fond plus humaines que le régime supporté dans les geôles royales, que les tortures y étaient moins poussées que sous le régime de la justice officielle. Mais la modération même du livre fait ressortir avec d'autant plus de force les abus réels : destruction de l'université de Salamanque, déchéance et désespérance morales de tout un peuple et, avant tout, ce sadisme outrageusement étalé dans l'atroce cérémonial des autodafés érigés en spectacles pour le peuple. Bien que les horreurs de ces dernières années aient modifié notre jugement historique sur des événements anciens, le bilan reste lourd..." (E. Dardel, Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, 1968)

126.          LA FONTAINE (Jean de). Oeuvres. Fables et comédies ornées de quatre gravures en couleurs.  P., Laplace, Sanchez et Cie,  1878, in-12,  589 pp, 4 belles gravures sous serpente, finement coloriées par M. E. Bayard, reliure demi-chagrin carmin à coins, dos à 5 nerfs pointillés soulignés à froid, titre et caissons dorés, doubles filets dorés sur les plats, tête dorée (rel. de l'époque), qqs rousseurs, bon état

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Table : La vie d'Esope le Phrygien – Fables (213 fables) – Théâtre (L'Eunuque, Les Rieurs du Beau-Richard, Clymène, Daphné, Fragment de Galatée, Astrée, Ragotin ou le roman comique, Le Florentin, la Coupe enchantée, Je vous prends sans vert).

127.          LAPLACE (Pierre Simon, marquis de). Essai philosophique sur les probabilités.  P., Gauthier-Villars et Cie,  1921, 2 vol. in-12,  xii-103 et 108 pp, notice biographique par Maurice Solovine, les deux tomes reliés ensemble en un volume pleine toile écrue, pièce de titre chagrin noir, bon état (Coll. Les Maîtres de la pensée scientifique)

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Dans son Essai philosophique sur les probabilités (1814), Laplace définit implicitement le concept de système dynamique.

128.          LAVOISIER (Antoine-Laurent) et Pierre Simon, marquis de LAPLACE. Mémoire sur la Chaleur.  P., Gauthier-Villars et Cie,  1920, in-12,  78 pp, 2 planches hors texte, reliure pleine toile écrue, pièce de titre chagrin noir, bon état (Coll. Les Maîtres de la pensée scientifique)

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Le « Mémoire sur la chaleur » de Antoine-Laurent Lavoisier et Pierre-Simon de Laplace, qui figure dans les Mémoires de l'Académie des sciences, année 1780, pp. 355 sqq., a été republié sous le même titre en 1920 par Gauthier-Villars.

129.          LÉVIS MIREPOIX (Duc de). François Ier.  Editions de France,  1931, in-12,  318 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Les Rois de France)

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"L'auteur a traité en historien le sujet qu'il a choisi et s'est bien gardé de le romancer. Il n'a pas mis en évidence la solide et sérieuse documentation sur laquelle il s'est appuyé, pour ne pas alourdir son texte de notes et de références, et il a su garder à son récit une aisance et un mouvement remarquables. Tout son livre est écrit avec une rare élégance, à laquelle s'ajoutent, quand il le faut, de la force et du pittoresque. (...) Le 3 mars 1547, François 1er meurt à Rambouillet. Non content de sauver l'indépendance du pays, il lui a donné un prodigieux élan vers la grandeur. De tous les grands chefs d'Etat, il fut peut-être celui qui, au delà de son métier, a le plus ardemment servi les hautes préoccupations de l'homme. Sa politique fit tout le possible pour apaiser les luttes civiles et religieuses et pour maintenir, de l'Occident à l'Orient, l'équilibre des nations. S'il voulut la France forte par ses institutions et respectée par ses armées, il la voulut aussi parée de l'éclat des arts et des lettres. François 1er fut magnifiquement « de son temps » il en partagea les aspirations et il en représenta l'esprit. C'est ce qui ressort de la très intéressante étude de M. le duc de Lévis-Mirepoix, où nous apparaît très vivant, dégagé des traits parasites de sa légende et en sa vérité royale et humaine, ce souverain de haute mine chevaleresque, qui, bien plus qu'un « roi qui s'amusa », fut un roi qui régna et sut régner." (Henri de Régnier, Le Figaro, 28 avril 1931)

130.          MARION (Denis). Guillaume le Taciturne.  Club Français du Livre,  1963, in-8°,  293 pp, 37 gravures et portraits sur 17 pl. hors texte sur papier vert, tableau chronologique, biblio, tableau généalogique des Maisons de France, de Bourgogne et d'Autriche, reliure toile cerise décorée d'un petit portrait de Guillaume en médaillon de l'éditeur, rhodoïd, bon état. Bien complet du dépliant volant (carte des XVII provinces au XVIe siècle)

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"En 1963, c’est la publication de la seconde grande biographie sortie de la plume de Marion, Guillaume le Taciturne, captivante reconstitution d’un destinée dont la grandeur se mêlait d’étrangeté, récit alliant l’élégance à la clarté, la vivacité à la précision. Il me paraît évident que l’auteur est entré dans l’histoire des Pays-Bas au seizième siècle avec l’intérêt passionné que ressentaient pour cette époque les progressistes de chez nous, au dix-neuvième siècle..." (Paul Delsemme, 2007)

131.          MONNET (Camille). Petite histoire véridique des faits et gestes du capitaine Bayard avant et pendant les guerres d'Italie, enrichie d'un portrait, de cartes, de planches hors texte et de bois gravés par Cam.  Grenoble, Librairie R. Félix,  1970, gr. in-8°,  226 pp, préface de H. Lapeyre, un portrait, cartes, culs-de-lampe, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Camille Monnet (1881-1974), professeur de français à Turin, a effectué d’importantes recherches sur Bayard dans les archives italiennes. Il a écrit douze ouvrages sur Bayard et ses campagnes d’Italie, ainsi que sur la maison de Savoie. L’importance de ce travail fait de lui la référence moderne de l’histoire du chevalier Bayard. — "Camille Monnet, ... à la suite d'une rencontre de hasard, finit par consacrer sa vie à rechercher la vérité historique sur Bayard. En poste universitaire à Turin de 1909 à 1940, il fut prié de rédiger une présentation de Bayard à l'occasion du 4e centenaire de sa mort, en 1924. Au cours de ce travail, publié deux ans plus tard sous le titre “Bayard et la Maison de Savoie”, Camille Monnet s'aperçut qu'il restait bien des obscurités dans l'histoire du Bon chevalier. Poussant plus avant ses recherches, il consulta les documents les plus divers dans les fonds d'archives disséminés en France, en Italie, en Espagne ou en Autriche. S'il dut aller si loin, c'est notamment en raison de la disparition de tous les documents conservés jadis au château Bayard ... grâce à l'opiniâtreté de sa quête, notre chercheur put affirmer que le récit de Jacques de Mailles, compagnon de Bayard qui avait signé du pseudonyme de Loyal Serviteur, ne méritait nullement le crédit que lui avait imprudemment accordé jusque-là les historiens. Du reste, le titre adopté par le chroniqueur, “La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du gentil seigneur de Bayard”, indiquait suffisamment ses intentions et aurait dû alerter le sens critique des savants. Camille Monnet s'efforça, des années durant, de rétablir la vérité dans plusieurs livres, dont la “Petite histoire véridique des faits et gestes du capitaine Bayard” est d'une fréquentation particulièrement agréable. En 1957, Camille Monnet avait obtenu le titre de docteur ès lettres pour son étude détaillée de la dernière campagne de Bayard en Italie, dans les années 1523-1524. Agé alors de 76 ans, l'auteur de ce travail d'érudition poursuivait ses recherches, poussé par la seule passion scientifique et la soif de connaître la vérité. Il ne les interrompit qu'à sa mort, survenue dans sa 94e année, en 1974..." (R. Bornecque, Bulletin de l'Académie delphinale, 1978)

132.          MORREN (Pierre). La vie lausannoise au XVIIIe siècle, d'après Jean Henri Polier de Vernand, lieutenant baillival.  Genève, Labor et Fides,  1970, gr. in-8°,  625 pp, 8 pl. de gravures et un plan replié de Lausanne en 1721 hors texte, un tableau généalogique dépliant hors texte de la famille Polier, biblio, index, broché, bon état

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"Durant trente-sept ans, de 1754 à 1791, un haut magistrat lausannois parcourut quotidiennement sa ville, de la rue de Bourg où il résidait à la Cité où il travaillait. ... Il observe les mœurs de ses combourgeois au travers des audiences judiciaires, dans les Conseils de la ville, au prêche ou au théâtre. Chaque soir, il rédigea avec un soin méticuleux son "Mémorial". De ces documents, miraculeusement conservés, M. Morren a extrait foison de renseignements économiques et sociaux du plus haut intérêt, dévoilant sans pitié les mœurs de nos prédécesseurs. Un vrai régal pour tous les curieux de notre passé vaudois !" (Olivier Dessemontet, directeur des Archives cantonales vaudoises) — "Jean-Henri Polier (1715-1791), lieutenant baillival de Lausanne de 1754 à sa mort, a laissé un « Mémorial » ou Journal de plus de vingt-six mille pages, à côté de nombreuses lettres et feuilles éparses. Ce trésor, déposé désormais aux Archives cantonales vaudoises, a été présenté par M. Pierre Morren en un gros volume dans lequel il a donné à ses lecteurs, par tranches d'une dizaine d'années, un tableau de tout ce que le lieutenant baillival a relevé dans les innombrables pages de Journal qu'il tenait chaque soir avec une grande régularité. M. Morren a fait suivre ces tranches de vie lausannoise de chapitres spéciaux sur les étrangers, la justice, le théâtre, la médecine, les banquiers, etc. Parler de cette publication, c'est d'abord souligner la valeur exceptionnelle de cet ensemble de renseignements sur la vie lausannoise pendant près d'un demi-siècle. On saura gré à M. Morren d'avoir signalé d'une façon si abondante la richesse de cette source de données précieuses. Les historiens, alertés par cet ouvrage, sauront qu'on ne peut faire désormais l'histoire de Lausanne dans la seconde moitié du XVIIIe siecle sans aller faire des recherches dans les cahiers de l'infatigable lieutenant baillival." (Louis Junod, Revue historique vaudoise, 1971)

133.          ORIEUX (Jean). Catherine de Médicis ou la Reine noire.  France Loisirs,  1987, fort in-8°,  826 pp, 68 gravures et portraits sur 32 pl. hors texte, biblio, index, reliure simili-cuir carmin de l'éditeur, jaquette illustréee, bon état

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"Un portrait captivant, saisissant de vie, de pénétration, de densité, l'image d'une reine, d'une femme, bien différente de celles auxquelles on nous a habitués. Aussi une vaste fresque, bien dans le façon de ce grand mémorialiste, une fresque chatoyante, étincelante, baroque. Car Catherine, c'est d'abord “une vie à grand spectacle”." (Arnould de Liedekerke, le Figaro Magazine) — Qui était Catherine de Médicis (1519-1589), celle que l'on a appelée la “reine noire” ? Elle est moins noire que ses éternels voiles de deuil et moins noire que la réputation qui lui a été faite au XIXe siècle par certains romantiques. Mère de trois rois, François II, Charles IX et Henri III, elle a régné en fait sous leur nom pendant trente ans, durant la plus terrible et la plus magnifique période de l'histoire moderne. Terrible parce qu'assombrie par les guerres de religion, magnifique parce qu'éclairée par la Renaissance, Catherine incarne son siècle. La petite-fille de Laurent le Magnifique, en épousant en 1533 Henri d'Orléans, deuxième fils de François 1er, a apporté à la France l'irremplaçable civilisation de sa patrie. Florence : un savoir-vivre, des arts, des plaisirs jusque-là inconnus. Cela, c'est le côté fastueux – et ruineux – de la reine-mère. Il ne cache pas son génie politique très particulier : un machiavélisme raisonné par son amour de la paix et inspiré par une intelligence supérieure, une foi inébranlable en la grandeur de la monarchie et de la France. On lui a reproché sa violence, c'est ce qu'elle avait le plus en horreur, comme la guerre : elle préférait la diplomatie. Au fond, ses seules erreurs ont été ses faiblesses pour ses enfants : elle les a trop aimés, ils ne le méritaient pas. Voilà son crime de chef d'Etat. Elle en mourut de douleur, comme un grand roi.

134.          PALATINE (Princesse). Lettres de Madame Duchesse d'Orléans née Princesse Palatine de 1672 à 1722. Edition nouvelle établie, annotée et préfacée par Maurice Goudeket.  Club Français du Livre,   1964, in-8°,  485 pp, un portrait hors texte, index, reliure simili-cuir blanc de l'éditeur, décor à froid au 1er plat, bon état

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Née en 1652, arrachée, à dix-neuf ans, à son Palatinat natal pour être mariée au frère de Louis XIV, Charlotte-Elisabeth étonna la cour par ses façons rustiques et ses propos cocasses mais sut gagner la sympathie du roi. Ni l'indifférence courtoise de Monsieur, ni les intrigues des courtisans, ni, plus tard, la mise à sac de son pays d'origine par les troupes françaises ne lui firent oublier ses devoirs. Mais, quand Louis XIV obligea Philippe d'Orléans à épouser une de ses bâtardes, elle osa un esclandre et vécut désormais à l'écart. Ses joies et ses peines, Liselotte les confia chaque jour à ses parents d'Allemagne dans des lettres qui forment la chronique la plus dense, la plus animée et sans doute la plus véridique du règne de Louis XIV.

135.          PENZ (Charles). Les Rois de France et le Maroc. 1ère série : De François 1er à Henri IV.  Casablanca, Editions A. Moynier,  1953, gr. in-8°,  110 pp, 2e édition, broché, couv. illustrée, bon état

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Les études de Charles Penz sur les relations franco-marocaines, où les diverses relations d’ambassadeurs, voyageurs et autres, de part et d’autre de la Méditerranée.

136.          PENZ (Charles). Les Rois de France et le Maroc. 3ème série : De Louis XIV à Louis XVI.  Casablanca, Editions A. Moynier,  s.d. (1948), gr. in-8°,  144 pp, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Les études de Charles Penz sur les relations franco-marocaines, où les diverses relations d’ambassadeurs, voyageurs et autres, de part et d’autre de la Méditerranée.

137.          PETITFILS (Jean-Christian). Louis XIV.  Perrin,  2001, gr. in-8°,  775 pp, préface de  Pierre Goubert, sources, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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"Ce nouveau Louis XIV se trouve être aussi un Louis XIV nouveau, loin des célébrations délirantes comme de leur inverse, loin des anecdotes infatigablement répétées, des banalités convenues et jamais repensées. On ne peut s'empêcher de se réjouir de voir secouer de temps à autre quelque cocotier académique." Ainsi Pierre Goubert, grand historien du XVIIe siècle, salue-t-il le Louis XIV de Jean-Christian Petitfils, soulignant sa "puissante originalité" et la "conception dynamique et neuve" qu'il représente. En effet, si le portrait psychologique du Roi-Soleil (1638-1715) est particulièrement fouillé, si ses actes et ses comportements sont soigneusement décrits et soupesés, ce livre est autre chose qu'une biographie classique. C'est tout le règne qu'il embrasse dans une vision générale de la société du Grand Siècle, renouvelant le sujet, mettant à mal bien des clichés et des vieilles lunes grâce à une documentation considérable, dont de nombreuses études étrangères récentes et peu accessibles, grâce tout autant à une analyse remarquable, originale, juste, du pouvoir, de ses serviteurs, de ses moyens d'action et de propagande, de sa grandeur, mais aussi de ses limites et de ses contradictions. Alliant la recherche, la vie, l'intelligence de la réflexion, la clarté et – c'est devenu rare – la qualité du style et de l'expression, Jean-Christian Petitfils a écrit un riche et grand Louis XIV. Il a reçu pour son Louis XIV le grand prix de la biographie (histoire) de l'Académie française.

138.          PONS (Emile). Swift, les années de jeunesse et le « Conte du Tonneau ».  Strasbourg, Librairie Istra,  1925, gr. in-8°,  xiii-410 pp, un portrait, biblio, index, broché, pt trace d'humidité sans gravité au coin du 1er plat, C. de bibl., bon état (Publications de la Faculté des Lettres de l'Université de Strasbourg, 26) (Ouvrage couronné par l'Académie française, 1926)

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"M. E. Pons, maître de conférences à l'Université de Strasbourg, s'est signalé récemment par une excellente étude : « Le Thème et le Sentiment de la Nature dans la poésie Anglo-Saxonne ». Aujourd'hui, il présente un ouvrage de toute première importance sur Swift. Ce volume comprend deux parties qui examinent l'histoire et la critique swiftiennes d'abord, puis, en deuxième lieu, la jeunesse de Swift, les œuvres de jeunesse et, particulièrement, le « Conte du Tonneau ». Il est permis dès à présent, de considérer l'étude de M. Pons comme une œuvre capitale. Capitale d'abord à cause de son impartialité. La critique, en effet, a fortement déformé le grand écrivain dans le sens de la détraction systématique ou dans le sens d'une « réhabilitation » tout aussi subjective. Même des œuvres toutes récentes gardent des traces de cette déformation. D'un autre côté, des publications de ces dernières années ont apporté à l'étude de Swift des éléments nouveaux. M. Pons est donc amené, en guise d'introduction, à examiner critiquement les diverses interprétations de l'homme et de l'œuvre, et il le fait avec une érudition réelle et une grande objectivité. Les années de jeunesse et les œuvres de cette époque sont ensuite étudiées à fond... Nul ouvrage ne donne du jeune Swift une idée aussi nette. Nul ouvrage n'en donne une idée aussi détaillée, aussi complète." (Franz De Backer, Revue belge de Philologie et d'Histoire, 1926)

139.          QUÉNIART (Jean). Les hommes, l'Eglise et Dieu dans la France du XVIIIe siècle.  Hachette,  1978, in-8°,  358 pp, 6 cartes et graphiques, broché, soulignures au crayon rouge, bon état (Coll. Le Temps et les hommes)

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"Pour beaucoup d'« honnêtes gens », il va de soi que, dans l'histoire de la France chrétienne, c'est le XVIIe siècle qui est le grand siècle – « le grand siècle des saints » – , le XVIIIe étant celui de Voltaire et de la déchristianisation. A ne porter attention qu'aux grands hommes en négligeant les fidèles, les historiens d'hier et d'avant-hier ont contribué, parfois malgré eux, à la diffusion de cette idée fausse. C'était oublier que la France de Louis XIII et du début du règne de Louis XIV est un « pays de mission » où, en dépit des efforts de quelques rares évêques réformateurs, le clergé rural est encore largement inculte, trop souvent intempérant et concubinaire, et par conséquent incapable d'assurer l'encadrement et l'instruction du peuple chrétien. A cet égard, on ne saurait exagérer l'importance de la création des séminaires ; or elle n'est effective dans la plupart des diocèses de France que dans les années 1690-1710. Jean Quéniart rétablit les vraies perspectives en rappelant que c'est dans les années 1720-1730 que l'immense effort de christianisation atteint des résultats qui ne seront guère dépassés : « géographiquement et socialement, c'est vers cette date que le tableau de l'Église de France être le plus triomphal ». Certains lecteurs seront peut-être surpris que ce triomphe est donc contemporain du Régent et de ses roués, alors qu'un siècle plus tôt la France du pieux Louis XIII et de saint Vincent de Paul était comparée par maints évêques contemporains à un pays d'infidèles, d'idolâtres et de Turcs. Précieuse mise au point parmi d'autres, fournie par ce livre serein, chaleureux et salubre." (François Lebrun, Revue d’Histoire moderne et contemporaine, 1979)

140.          RETZ (Jean-François-Paul de Gondi, cardinal de). Mémoires. Texte préfacé et annoté par Maurice Allem.  Gallimard,  1939, in-12,  xviii-1003 pp, notes, répertoire des noms cités, note bibliographique, reliure plein cuir souple doré à l'or fin de l'éditeur, coiffe sup. lég. frottée, bon état (Coll. Bibliothèque de la Pléiade, n° 53). Volume épuisé

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Comment saisir, comment comprendre une personnalité aussi complexe que celle du cardinal de Retz dans un temps qui ne l’était pas moins ? Ses Mémoires, qui sont essentiellement ceux d’un frondeur, laissent deviner les multiples facettes d’un personnage qui fut aussi polémiste, historien et homme d’Église.

141.          RIBARDIÈRE (Diane). La Princesse des Ursins. Dame de fer et de velours.  Perrin,  1988, fort in-8°,  460 pp, 16 pl. de gravures hors texte, généalogies, biblio, reliure skivertex éditeur, jaquette illustrée, bon état

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"La vie d'une femme d'Etat parmi les moins connues de l'histoire européenne : la princesse des Ursins, née Marie-Anne de la Trémoille (1642-1722), qui gouverna l'Espagne dans les premières années du dix-huitième siècle." (Le Monde, 30 septembre 1988)

142.          RICHARD (Michel). La Vie quotidienne des Protestants sous l'Ancien Régime.  Hachette,  1967, in-8°,  316 pp, biblio, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

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"Plus qu'il ne dégage la vie quotidienne des protestants français sous l'Ancien Régime, cet ouvrage retrace leur histoire, de l'Edit de Nantes à l'Edit de Tolérance de 1787.  M. Richard distingue avec raison deux phases dans l'histoire politique des protestants. La première qui s'achève brutalement par la révocation de l'Edit de Nantes en 1685 est marquée par la lente dégradation de l'esprit et de la lettre de la mesure de pacification religieuse imposée par Henri IV. Les mesures restrictives s'ajoutent aux mesures restrictives et, en 1685, tous les sujets du royaume (sauf en Alsace), sont présumés être catholiques, ce qui revient à refuser toute existence légale aux protestants. La rupture de la monarchie française avec l'Europe protestante marque le début d'une seconde phase qui s'exprime par la persécution systématique des Huguenots, persécution qui trouve son répondant dans le mouvement camisard. Lassitude des deux parties, crainte de la monarchie face à l'hémorragie en hommes constituée par l'émigration (1,2 % à 1,3 % de la population française, mais le cinquième du potentiel industriel et commercial de la France, selon P. Chaunu), imbroglio juridique, influence de l'esprit des lumières, tous ces facteurs débouchent sur l'Edit de 1787 préparé par Malesherbes. Très clairs, bien documentés et incontestablement plus nouveaux sont les chapitres où M. Richard s'attache à dégager les composantes sociales du protestantisme. Très intéressants sont les paragraphes où il retrace les carrières de quelques figures de proue du protestantisme français au Grand Siècle : banquiers, commerçants, nobles, militaires, hommes de lettres, artistes..." (J.-M. Mehl, Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, 1968)

143.          RICHARDT (Aimé). Louvois (1641-1691).  P., ERTI Editeur,  1990, gr. in-8°,  287 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

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"Monsieur de Louvois était le plus grand homme en son genre qui ait paru depuis plusieurs siècles, mais dont les talents ont été aussi les plus funestes à la France par les conjonctures où il s'est trouvé. Rien de plus vaste, de plus fertile, de plus juste que son esprit pour les plus grandes entreprises et pour le secret d'en masquer tous les préparatifs..." (Saint-Simon) — Louvois (1639-1691) fut l'un des artisans du rayonnement de la France de Louis XIV. Il cumula le secrétariat à la Guerre, la surintendance des Postes, des Bâtiments, des Arts et Manufactures, et empiéta même sur le domaine des Affaires étrangères. Véritable créateur de l'armée monarchique permanente, il permit aux roturiers de parvenir aux plus hauts grades, généralisa le port de l'uniforme, créa la milice, fonda des écoles d'artillerie et l'hôtel des Invalides. Ce grand rival de Colbert ne cessa de pousser Louis XIV à une politique de force et d'intimidation qui finit par porter préjudice au royaume : crimes politiques (révocation de l'édit de Nantes en 1685) et surtout crimes de guerres (sac du Palatinat en 1679, bombardement de Gênes en 1684, dragonnades, etc.). Un homme de guerre brillant mais sans scrupule dont le despotisme finit par entâcher l'œuvre. C'est en ce sens aussi qu'il est intéresant. Auteur d'un Colbert et le colbertisme parus chez Tallandier en 1997. Aimé Richardt s'attache ici à ce personnage habile mais exclusivement dur, ambitieux et brutal. Une biographie très informée qui recadre clairement la vie de ce grand serviteur de l'Etat dans son époque.

144.          SAINT-GERMAIN (Jacques). Les Financiers sous Louis XIV. Paul Poisson de Bourvalais.  Plon,  1950, in-8°,  291 pp, 10 gravures hors texte, biblio, broché, papier jauni comme toujours, bon état

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"Paul Poisson de Bourvalais n'a pas connu la grande vedette des Samuel Bernard, des Paris et des Crozet – il atteignit aux environs de 1710 la plénitude de sa puissance. Il n'en est pas moins vrai qu'on ne s'ennuie pas à lire ce livre, qui repose sur un travail sérieux..." (Lucien Febvre, Annales ESC, 1953)

145.          SPALLANZANI (Lazare). Observations et Expériences faites sur les Animalcules des Infusions.  P., Gauthier-Villars et Cie,  1920, 2 vol. in-12,  viii-105 et 122 pp, notice biographique, les deux tomes reliés ensemble en un volume pleine toile écrue, pièce de titre chagrin noir, papier lég. jauni, bon état (Coll. Les Maîtres de la pensée scientifique)

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146.          VAISSIÈRE (Pierre de). Le baron des Adrets.  Firmin-Didot,  1930, in-8°,  135 pp, 8 pl. de gravures hors texte, sources, broché, couv. illustrée, bon état

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François de Beaumont, baron des Adrets était un capitaine dauphinois durant les guerres de religion. De 1527 à 1558, il guerroie en Italie, où il se distingue par sa bravoure. Suite aux défaites des armées protestantes à Cahors, Amiens, Sens et Vassy face aux Guise en mars 1562, il prend en avril le commandement des protestants de Provence, et pénètre dans Valence avec 8.000 hommes. — "Le nom de des Adrets évoque, dès qu'on le prononce, toutes sortes d'atrocités sanglantes, de tortures raffinées que ce chef fanatique et cruel a semées comme à plaisir au cours des guerres religieuses du XVIe siècle. Sa curieuse physionomie vient d'être dépeinte, avec beaucoup de vérité et en un chaud coloris, par M. Pierre de Vaissière. Il a tiré des livres et articles précédemment parus toute la documentation nécessaire et il a fort bien mis en lumière, au cours de son récit, les épisodes essentiels de son sujet sur lesquels il apporte une interprétation souvent nouvelle, en même temps qu'avec une rare impartialité, accompagnée de beaucoup de modération, il a su dégager les éléments qui composent le portrait de son farouche héros. On trouve également çà et là des remarques intéressantes sur les causes qui ont favorisé le développement de la Réforme protestante en Dauphiné et dans la vallée du Rhône, sur les caractères du mouvement, sur les moeurs de l'époque dont un appendice, consacré au « théâtre des cruautés des hérétiques de notre temps », donne une idée aussi précise que sinistre." (Augustin Fliche, La Quinzaine critique des livres et des revues, 1930)

147.          VERNIERE (Paul). Spinoza et la pensée française avant la Révolution. (Thèse).  PUF,  1954, 2 vol. in-8°,  772 pp, biblio, index, brochés, couv. illustrées, bon état (Publications de la Faculté des Lettres d'Alger, XX)

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Edition originale de ce classique de l'histoire des idées, paru en deux volumes en 1954. L'ouvrage, tel qu'il est, reste irremplaçable. — Tome I : XVIIe siècle (1663-1715). Tome II : XVIIIe siècle. — "Le nom de Spinoza est l'un de ceux qui reviennent le plus fréquemment dans les controverses philosophiques du XVIIIe siècle. L'étude d'ensemble pour déterminer l'influence exacte de sa pensée sur les écrivains français nous est fournie aujourd'hui par la thèse de M. Vernière, qui s'est livré à une enquête à peu près exhaustive, consultant, outre les sources imprimées, une foule de manuscrits, dont l'énumération occupe douze pages de sa bibliographie. Pour juger de la pénétration du spinozisme dans le public cultivé, il a, en outre, dépouillé cent treize catalogues de bibliothèques privées, appartenant à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. L'histoire de Spinoza en France jusqu'à la Révolution est divisée par M. Vernière en trois périodes. (...) Au total, l'histoire du spinozisme en France avant la Révolution apparaît comme l'un des aspects de la lutte contre le dualisme cartésien, et Spinoza est tiré de plus en plus vers un monisme matérialiste qui était très loin de sa pensée. D'autre part, son respect pour la religion est rejeté, et l'on ne veut plus voir dans la vie religieuse qu'hypocrisie chez les uns, sottise chez les autres. Ces idées préconçues ont empêché pendant longtemps la majorité des penseurs français de découvrir la véritable figure de Spinoza, tandis l'Angleterre était éclairée dès le début du XVIIIe siècle, par Toland, l'Allemagne entre 1770 et 1780, par Goethe, Lessing et Jacobi. Il faut remercier M. Vernière de nous guider avec tant de sûreté dans cette histoire complexe et passionnante." (Roger Mercier, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1957)

148.          ZELLER (Jules). Italie et Renaissance. Politique, lettres, arts.  P., Didier,  1883, 2 vol. in-12,  iv-428 et 496 pp, nouvelle édition refondue, brochés, manque le 2e plat du tome I, état correct

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"La nouvelle édition en deux volumes de l'ouvrage de M. J. Zeller : “Italie et Renaissance” (Didier, 428 et 496 p. in-12) est véritablement un livre nouveau. Il nous offre sous sa forme actuelle un tableau d'ensemble de l'histoire de Florence, Rome et Milan du milieu du XVe s. au milieu du XVIe. M. Zeller a ajouté des chapitres inédits sur Adrien VI et Clément VII et a mis à profit les récents travaux de Brosch, Reumont, Gregorovius. C'est avec une véritable prédilection, on le sait, que M. Zeller est revenu à plusieurs reprises sur cette époque brillante et agitée de l'histoire italienne ; de là est sorti son meilleur ouvrage." (Revue Historique, 1883) — Table : I. Les Médicis : Cosme et Laurent le Magnifique. Les Sforza : François Sforza, Ludovic le More. Les Borgia : Alexandre VI et César. Charles VIII et J. Savonarole ; II. Les Papes : Jules II, Léon X, Adrien VI, Clément VII. Machiavel et François Guichardin. Michel-Ange et Raphaël. Chute de Rome, de Florence et de l'Italie.

 

RÉVOLUTION

 

149.          BARTHELEMY (François, marquis de). Mémoires de Barthélemy (1768-1819), publiés par Jacques de Dampierre.  Plon,  1914, in-8°,  xvi-434 pp, portrait de profil de François Barthélemy en frontispice, un fac-similé d’autographe hors texte, index des noms de personnes, index alphabétique, reliure demi-basane fauve, dos à 5 larges nerfs soulignés à froid orné de fleurons dorés, pièces d'auteur et de titre chagin carmin et noir, couv. conservée (rel. de l'époque), très bon état

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"Secrétaire d'ambassade à Londres, ambassadeur près la confédération helvétique à partir d'Octobre 1791, Barthélémy, d'opinions modérées, (...), a participé à toutes les négociations diplomatiques importantes de cette époque, avant de devenir, en 1797, un des cinq Directeurs. Ses mémoires sont particulièrement intéressants pour l'histoire diplomatique de la Révolution." (Fierro 84) — "Francois Barthélemy, neveu du célèbre auteur du “Voyage du jeune Anacharsis”, dut à la protection de Choiseul, qui était un familier de son oncle, d'être nommé tout jeune à 21 ans secrétaire d'ambassade à Stockolm. Il assista au coup d'Etat par lequel le roi de Suède Gustave III rétablit l'absolutisme en 1772, fut ensuite nommé à Vienne aux côtés du baron de Breteuil, enfin à Londres où il séjourna jusqu'en 1792, date de sa nomination comme ambassadeur en Suisse. On sait qu'il signa en 1795 les glorieux traités de Bâle par lesquels les rois de Prusse et d'Espagne reconnaissaient la République et que peu après, au renouvellement de l'an V (1797), il entra au Directoire en remplacement de Letourneur. Il ne séjourna au gouvernement que trois mois et fut compris avec Carnot comme clichien dans la proscription du 18 fructidor. Moins heureux que Carnot, qui put s'échapper du palais du Luxembourg sous un déguisement et se réfugier à Genève, Barthélemy fut déporté dans la Guyane à Sinnamary, d'où il s'échappa avec Pichegru et revint en Europe. Il a écrit ses mémoires en deux fois, d'abord au lendemain du coup d'Etat de Brumaire, quand il séjournait à Hambourg en 1799, ensuite sous la Restauration en 1819 ou en 1820. La deuxième rédaction a élé intercalée dans la première en marge et en surcharge du manuscrit primitif. (...) La partie vraiment intéressante de ces mémoires est dans les quelques chapitres où Barthélemy a raconté avec amertume son passage au Directoire dans l'été de 1797. Jusqu'ici nous ne connaissions les discussions intestines des Directeurs que par les mémoires de deux d'entre eux qui furent tous deux de la majorité fructidorienne, Barras et La Révellière. Nous avons aujourd'hui à leur opposer un témoignage venant de la minorité fructidorisée. A lire Barthélemy on comprend mieux pourquoi les clichiens furent vaincus." (Albert Mathiez, Annales révolutionnaires, 1914)

150.          BIONDI (Jean-Pierre) et François ZUCCARELLI. 16 Pluviôse, an II. Les colonies de la Révolution.  Denoël,  1989, in-8°,  204 pp, 28 gravures sur 16 pl. hors texte, une carte, biblio, index, broché, couv. illustrée, dos lég. frotté, bon état (Coll. L'Aventure coloniale de la France), envoi a.s. des deux auteurs

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"Les hommes naissent égaux" : si la Déclaration des droits de l'homme le proclame dès août 1789, c'est seulement en 1794, le 16 pluviôse an II, que la Convention décide d'abolir l'esclavage – qui sera rétabli par Bonaparte et maintenu jusqu'en 1848. Au long débat qui oppose à Paris, devant les trois Assemblées, les "Amis des Noirs" à Barnave, porte-parole des planteurs du club Massiac, fait écho outre-mer le fracas des affrontements qui ponctuent chaque avancée révolutionnaire. Soubresauts vite apaisés dans les possessions de l'océan indien. Mais troubles répétés aux Antilles et surtout embrasement de Saint-Domingue, avec le bref triomphe du "Spartacus noir", l'ex-esclave devenu général de la République, Toussaint Louverture. Cet ouvrage qui veut être le tableau des colonies françaises au moment de l'application du décret du 16 pluviôse a pour principal intérêt de présenter à la fin de chaque chapitre des textes justificatifs dont certains ouvrent des perspectives nouvelles à la recherche : – L'attitude des esclaves vivant en France, entre la Déclaration des Droits et le décret de Pluviôse ; la réaction des autorités devant les réclamations, quand il y en eut. – Le décret du 16 juillet 1802, retirant la citoyenneté française à tous les Noirs et hommes de couleur. Ce décret montre évidemment que le rétablissement de l'esclavage eut des ressorts autres qu'économiques.

151.          BLANC (Louis). Histoire de la Révolution française. Edition populaire conforme à l'édition originale. Tome premier.  P., Jondé,  s.d., (1865), pt in-4°,  xii-560 pp, préface de George Sand, 123 portraits et gravures sur bois, reliure demi-basane verte, dos lisse avec titres et triples filets guillochés dorés (rel. de l'époque sans mention de tomaison), rousseurs, bon état

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Tome I seul. Première édition en volume du texte de George Sand (paru dans L'Avenir national du 29 juin 1865), repris ici en préface. — "Le livre qu'on vient de lire a été, pendant dix-huit ans, l'occupation, le charme et le tourment de ma vie. (...) J'ai été élevé par des parents royalistes. L'horreur de la Révolution est le premier sentiment qui m'ait agité. (...) Mon grand-père fut guillotiné pendant la Révolution, et mon père eût été guillotiné comme lui, s'il n'eût réussi à s'évader de prison la veille du jour où il devait passer en jugement. Ce n'est donc pas sans quelque peine que je suis parvenu à me faire une âme capable de rendre hommage aux grandes choses de la Révolution et à ses grands hommes. Maudire les crimes qui l'ont souillée n'exigeait certes de moi aucun effort. Je plains quiconque, en lisant ce livre, n'y reconnaîtrait pas l'accent d'une voix sincère et les palpitations d'un coeur affamé de justice."

152.          BOURBON-CONTI (Stéphanie-Louise de). Mémoires historiques, écrits par elle-même.  Pierre Horay,  1986, gr. in-8°,  237 pp, 16 gravures et 2 fac-similés, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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Amélie-Gabrielle-Stéphanie-Louise de Bourbon-Conti (1756-1825) se prétendit toute sa vie la fille de Louis-François de Bourbon-Conti, née des amours illégitimes du prince et de Louise-Jeanne de Durfort, duchesse de Mazarin. Elle reçut une pension de Louis XVI en 1788. Connue sous le nom de comtesse de Montcairzain (anagramme de Conti et Mazarin), elle obtint l'autorisation du tribunal révolutionnaire de visiter Madame Royale au Temple en 1795. Elle écrivit ses mémoires en 1798. Elle épousa un procureur de Lons-le-Saunier, Antoine Billet. — "Au printemps de 1798, avec l'aide d'un « teinturier » nommé Royou, Amélie-Gabrielle-Stéphanie-Louise de Bourbon-Conti, qui se prétendait fille naturelle du prince de ce nom et de la duchesse de Mazarin, publia des “Mémoires historiques” où étaient narrés, à sa manière, les événements de sa triste existence : son éducation princière, son enlèvement la veille du jour où Louis XV devait la légitimer, son enterrement fictif, son mariage forcé avec un robin de province, ses vains efforts pour obtenir d'être reconnue princesse du sang. Schiller communiqua cet ouvrage à son ami Goethe que la lecture de ces pages bouleversa et qui écrivit dans ses Annales pour l'année 1799 : « Les mémoires de Stéphanie de Bourbon-Conti éveillèrent en moi l'idée de la “Fille naturelle”. Ce plan fut pour moi un vase où j'espérais déposer avec quelque sérieux tout ce que, depuis plusieurs années, j'avais écrit et pensé sur la Révolution française »." (Louis Hastier, Revue des Deux Mondes) — "Stéphanie-Louise de Bourbon-Conti, née en 1762, morte en 1825, a soutenu toute sa vie qu'elle était fille naturelle de Louis-François de Bourbon-Conti, père du dernier prince de Conti. Elle aurait eu pour mère, s'il faut l'en croire, la belle duchesse de Mazarin, dont le nom se reproduit, en effet, avec celui de Conti, dans le nom anagrammatique de “Mont-Cair-Zain” qui aurait été donné, avec le titre de comtesse, à cette prétendue fille d'un prince du sang. Ses “Mémoires historiques”, écrits par elle même, finissent avec l'année 1798. A cette époque, son sort n'était pas mieux fixé qu'il n'avait été jusqu'alors. Il paraît qu'il ne s'améliora, ni sous le gouvernement impérial, ni même depuis la restauration, car elle continua de vivre dans l'indigence, sans rien rabattre toutefois de ses hautes prétentions, et portant toujours un cordon bleu..." (Weiss, Biographie universelle ou Dictionnaire historique, I, 1838) — L'édition originale (Paris floréal an VI, 2 vol in-8°) a servi à l'établissement du présent texte. L'orthographe, la ponctuation ont été modernisées. Le texte a été allégé des documents administratifs et notariés invoqués par l'auteur.

153.          CAMBON (Pierre). Du pouvoir à l'exil ou la vie ardente d'un conventionnel. Pierre, Joseph Cambon (1756-1820), député aux assemblées nationale et législative et à la Convention, membre du Comité de Salut public.  Chez l'auteur, avec le concours du CNRS, et la subvention de la Société d'histoire et archéologie de Charenton et de St Maurice,  1981, in-4°,  117 pp, multigraphié, un portrait et 13 documents en fac-similé, biblio, chronologie, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

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Pierre-Joseph Cambon (1756-1820) s’est vu offrir, par son ami Cambacérès, de la part du Premier Consul, le Ministère des Finances. Cambon, soucieux d’indépendance d’esprit dont il n’a cesse de faire preuve, refuse, pour ne pas avoir de maître. « Les principes de ce Chef d’Etat (Bonaparte) ne sont pas les miens et je ne serais pas d’accord avec lui en finances comme en politique ». Et il ajoute, parlant du Premier Consul : « Il ne veut qu’un commis, je ne puis lui convenir ».

154.          CROISILLE (Christian) et Jean EHRARD (prés. par). La Légende de la Révolution. Actes du colloque international de juin 1986.  Clermont-Ferrand, Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université Blaise-Pascal,  1988, in-8°,  667 pp, 32 illustrations, broché, couv. illustrée, bon état

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38 études érudites. — "Un premier ensemble de communications montre que l'idée de révolution hante tout le 18e siècle, de la légende noire de Cromwell à la Révolution américaine. On voit ensuite comment la Révolution engendre sa légende immédiate, à travers la presse de 1789, la symbolique montagnarde ou, connotation négative, la naissance du mythe du vandalisme révolutionnaire. Plusieurs intervenants évoquent également la destinée internationale du modèle révolutionnaire en prenant notamment l'exemple de la Roumanie et de l'Amérique latine. La légende est enfin analysée dans ses derniers avatars : interprétation romantique de Lamartine, Michelet et Vigny, critique positiviste et mort de la légende au moment où elle rejoint l'histoire à l'aube du 20e siècle." (Lise Andries, Dix-Huitième Siècle, 1989)

155.          DELOCHE (Bernard) et Jean-Michel LENIAUD. La Culture des Sans-Culottes. Le premier dossier du patrimoine (1789-1798).  Editions de Paris/Presses du Languedoc,  1989, gr. in-8°,  447 pp, 10 illustrations dans le texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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La dimension culturelle de la Révolution francaise, souvent occultée par sa dimension politique, s‘est d’abord révélée aux acteurs du temps dans I'expérience incontrôlée du vandalisme. Mais cette fièvre dévastatrice d'une liberté balbutiante, acharnée a détruire les symboles de la féodalité, devait provoquer l'indignation d'hommes comme Grégoire, Romme ou Lakanal. Trés vite, les chefs-d'ceuvre des arts, des sciences et des lettres sont érigés en patrimoine sacré de I'humanité, à travers lequel la France découvre son identité nouvelle. En même temps que l'on mesure ainsi I'importance politique de la culture, s’ébauche l'action de l'Etat : réquisition des biens du clergé et des émigrés, inventaire, sauvegarde et conservation; création des grandes institutions patrimoniales : musée du Louvre, Conservatoire des arts et métiers, Archives nationales, Bibliotheque nationale... Autant de mesures qui visent à l'élaboration d'une science formelle et systématique. Ce premier dossier du patrimoine que l'on présente ici (vingt-huit rapports et décrets) met en scéne les principaux acteurs de ce bouleversement culturel : l’'abbé Grégoire, Romme, Mathieu, Lakanal, le peintre David, Boissy d’Anglas, l'anatomiste Viq d’Azyr et, en passant par Sade, I'archiviste Dom Poirier...

156.          DUPAQUIER (Jacques) et Stéphanie BOCHARD. La déchristianisation dans le district de Pontoise pendant la Terreur.  Pontoise,  2001, gr. in-8°,  330 pp, 18 gravures et photos, 3 cartes, tableaux, annexes, sources et biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Mémoires de la Société Historique de Pontoise, tome LXXXIV)

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En plus de l'étude de Jacques Dupâquier et Stéphanie Bochard (139 pp), on trouve aussi dans ce volume des articles illustrés sur la guerre de Cent ans dans le Vexin : La défense de la Normandie des Lancastre entre 1429 et 1431, par Andrew Baume (12 pp) et Gisors et Pontoise entre France et Angleterre (1435-1436), par Philippe Contamine (21 pp) ; Les Passy, par Gabriel de Broglie (25 pp) ; Faits divers d'autrefois chez les fermiers de la plaine de France, par François Boutry (63 pp) ; Une école de hameau : l'école de Rueil, commune de Seraincourt par Paul Rivière (28 pp) ; Le trafic fluvial sur l'Oise à Beaumont en 1781, par Jean Hébert (27 pp).

157.          HOURDIN (Georges). L'Abbé Grégoire, évêque et démocrate.  Desclée De Brouwer,  1989, in-8°,  158 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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A partir du transfert des cendres au Panthéon – hommage de l'état laïc pour cet évêque auquel l'Eglise fit des funérailles quasi clandestines – Georges Hourdin redonne vie à cette figure authentiquement généreuse de la Révolution : bon prêtre, curé pédagogue et tolérant, prêtre-député assidu aux travaux de l'Assemblée et même évêque constitutionnel. Pendant ces années mouvementées de l'histoire de France, Grégoire ne varie jamais : sa place est au milieu des siens. Georges Hourdin célèbre aussi l'apôtre des droits de l'homme et son action pour les protestants, les juifs, les esclaves noirs. Janséniste et gallican, l'abbé Grégoire est en même temps un prêtre ouvert aux idées de solidarité et engagé dans la vie de son temps : républicain et catholique... Un précurseur en somme !

158.          JEAN-RICHARD (Pierrette) et Gilbert MONDIN. Un collectionneur pendant la Révolution : Jean Louis Soulavie (1752-1813). Gravures et dessins.  Editions de la Réunion des musées nationaux,  1989, gr. in-8° carré,  127 pp, biographie, 8 pl. en couleurs hors texte et 138 gravures et dessins avec notices érudites, index des artistes, index des principaux termes techniques de gravure, broché, couv. illustrée, bon état

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Catalogue de la XVe exposition de la Collection Edmond de.Rothschild, Musée du Louvre, 20 avril-24 juillet 1989. — Jean-Louis Soulavie (1752-1813) est une figure très remarquable de la fin du XVIIIe siècle, dont l'histoire a été racontée en détails par A. Mazon (Histoire de Soulavie, Paris 1893). Né à Largentière, il se fit prêtre (ordonné en 1776), mais aux approches de la Révolution il abandonna les ordres. En 1780 il se fixa à Paris, prêta serment à la Constitution en 1791 et se maria en 1792. En 1793 et 1794 il était ministre-résident de France à Genève, mais après le 9 thermidor il fut révoqué et incarcéré. Elargi en 1795, il ne s'occupa plus que de littérature. Tour à tour naturaliste, historien, collectionneur, bibliophile, journaliste, diplomate, Soulavie a traversé une vie d'agitation, qui, si elle est loin d'avoir été stérile, demeure fort décriée. Ses nombreuses productions littéraires comprennent l'histoire de son temps, et les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Infatigable chercheur, il avait réuni une grande collection d'estampes et de dessins qu'il arrangea en 152 volumes in-folio, à dos de maroquin rouge, avec des tables manuscrites ; elle avait pour titre Monumens de l'Histoire de France en Estampes et en Dessins et comprenait entre 20.000 et 30.000 pièces. La Révolution était représentée par 22 volumes et la période napoléonienne par 13. Commencée vers 1783, elle fut continuée jusqu'en 1811, année où Soulavie tomba malade. Deux années plus tard il mourut en l'hôtel Montboissier, qu'il avait acquis, rue de Verneuil. Sa veuve, qui mourut seulement en 1862, épousa en 1816 un ancien garde du corps, Basile Brunel. Celui-ci dilapida en quelques années la fortune enviable laissée par Soulavie. Dès 1818 toute la collection fut vendue au prince Eugène de Beauharnais au prix de 15.000 fr. et Brunel la porta au palais des ducs de Leuchtenberg à Munich. De là elle fut plus tard emmenée en Russie par la grande duchesse Marie, veuve du duc de Leuchtenberg. Ramenée en France, la collection resta longtemps en dépôt chez un libraire de Paris. Acquise en 1903 par un antiquaire, elle fut dispersée en ventes...

159.          KESSEL (Patrick). La Nuit du 4 Août 1789.  Arthaud,  1969, gr. in-8°,  420 pp, index, broché, couv. à rabats, bon état

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"L'auteur a été amené à s'intéresser à la nuit du 4 août, qui marque l'abolition du régime féodal, condition de l'épanouissement capitaliste, et donc du développement du salariat industriel. On sait comment la « féodalité », en déclin depuis des siècles, connut un regain à la fin de l'ancien régime. En ne s'appuyant que sur des documents contemporains – qu'à juste titre, il cite abondamment – l'auteur nous dépeint ce regain, et la pauvreté des campagnes, soumises à une pression fiscale, écclésiastique et seigneuriale excessive, à la veille de la Révolution. L'extraordinaire nuit du 4 août est ensuite contée par le menu, puis les remords et les regrets des privilégiés. Il faudra attendre le renversement de la royauté pour que les droits « féodaux » soient purement et simplement abolis, et non rachetables comme l'avaient prudemment prévu les Constituants. Avec talent, l'auteur a fait le point sur une période capitale de l'histoire sociale et politique française." (Michel Lutfalla, Revue d'économie politique, 1969) — 1789. Depuis le début de l'année, les campagnes sont en ébullition, la Grande Peur s'est répandue comme une traînée de poudre. Les partis qui divisent l'Assemblée luttent à ce moment sur le thème de la propriété, tandis que dans les provinces, la guerre des pauvres contre les riches allume ses multiples incendies. Patrick Kessel va nous faire ce moment de la Révolution française, "la nuit de l'abolition des privilèges". Le lecteur pénètre alors dans l'enceinte de l'Assemblée nationale constituante et assiste aux débats qui vont passionner tout le pays. Des décrets de l'Assemblée découlent certains articles de la Déclaration des droits de l'homme, la confiscation des biens du clergé, la réforme de la justice, la division administrative de la France en département, la suppression de la division traditionnelle de la société française en trois ordres, le clergé, la noblesse, et le tiers-état. De ce jour, on peut dater l'unité de la nation française. Publié pour la première fois en 1969, le travail minutieux de Patrick Kessel est alors unanimement salué. Il faut dire que l'auteur y a consacré dix années de sa vie en dépouillant, au Archives Nationales, une masse considérable de documents. Plus de deux siècles après l'événement, "La nuit du 4 août" raisonne toujours dans les esprits comme un moment qu'il conviendrait de parachever.

160.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). La Proscription des Girondins.  Hachette,  1927, in-12,  125 pp, broché, bon état (Coll. Récits d'autrefois), envoi a.s.

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"Ce petit volume, conçu et écrit dans la forme où son auteur est passé maître – histoire anecdotique, un tantinet romancée – n'a pas la prétention d'apporter beaucoup de nouveau sur le sujet qu'il traite. A dire vrai, son principal intérêt est dû à l'utilisation des documents inédits recueillis par un érudit breton, M. Prosper Hémon, décédé en 1918. Ces papiers contiennent, presque entierement rédigé, le récit des aventures des Girondins de Fougères à Quimper, du 2 au 8 août 1793. M. Lenôtre reconnaît (p. 64) tout ce qu'il leur doit pour cette partie de l'odyssée des conventionnels proscrits. La traversée de Lanveoc au Bec-d'Ambès, à bord du brick l'Industrie (21-23 septembre),le debarquement et le sejour a Barbe-de-Squire (24-27) ont été reconstitués à l'aide des Mémoires, assez suspects, de Louvet et de « documents d'archives ». Ceux-ci ont été découverts aux archives départementales de la Gironde par un érudit bordelais, spécialiste de l'époque révolutionnaire, M. Roger Brouillard. M. Lenôtre a resumé son consciencieux travail. Mais pourquoi avoir oublié qu'avec Petion, Buzot, Barbaroux, Louvet, Guadet et Valady se trouvait un jeune ami de ce dernier, Aubert, embarqué avec lui et qui suivit les Girondins jusqu'au 5 octobre ?..." (Paul Courteault, Revue Historique, 1930)

161.          MATHIEZ (Albert). Autour de Robespierre.  Payot,  1925, in-8°,  258 pp, broché, bon état (Coll. Bibliothèque historique), envoi a.s.

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Robespierre jeune –Aigoin – L'Être Suprême – Catherine Théot – Herman – Truchon – Marcandier – Fouquier-Tinville – Le 9 thermidor – Barère et Vadier – Babeuf. — "Dans ce volume, M. Mathiez a réuni douze études critiques et documentaires qui ont déjà paru pour la plupart dans différentes revues. Elles tendent toutes à éclairer la véritable physionomie de Robespierre et à dissiper les légendes, nées pendant la réaction thermidorienne, sous lesquelles on a voulu accabler la mémoire du grand tribun d'Arras. Il y a là une très utile contribution à l'histoire générale de la Révolution et, en particulier, de la Terreur. Les travailleurs qui voudront entreprendre, en ce qui concerne la région du Nord, l'étude de cette période tragique, méthodiquement et sans préjugé, auront profit à lire et à méditer les travaux de M. Mathiez, et je suis certain que sur beaucoup de points, l'examen impartial des documents les conduira à des conclusions analogues aux siennes. Ils pourront, par exemple, constater que, dans le département du Nord, le représentant Florent Guiot pratiqua, bien avant la révolution de thermidor, une politique de détente tout à fait semblable à celle de Robespierre le jeune en Franche-Comté, et conforme aux désirs de Robespierre l'aîné. Signalons aussi l'hommage que M. Mathiez, s'appuyant sur des textes irréfutables, rend à l'intégrité d'un des compatriotes et collaborateurs de Robespierre, Herman, qui fut l'un des chefs du parti révolutionnaire dans le Pas-de-Calais avant de devenir président du Tribunal révolutionnaire de Paris, puis Ministre de l'Intérieur et, enfin, Commissaire aux administrations civiles, police et tribunaux." (C. Richard, Revue du Nord, 1926)

162.          MICHELET (Jules). Révolution française. Les Fédérations. Nouvelle édition avec gravures d'après des documenrs historiques.  Calmann-Lévy,  s.d. (1899), in-12,  xxix-451 pp, 3 gravures hors texte (dont 2 doubles), reliure demi-chagrin carmin, dos à 5 nerfs filetés et fleurons dorés, pièces d'auteur et de titre basane noire, un mors lég. abîmé, bon état

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"Un autre mouvement, que Michelet a été le premier à tenter de décrire, est celui des fédérations, qui commence pendant l’hiver 1789-1790 et prend une telle ampleur dans tout le pays qu’il donnera lieu à la célébration de la Fête des Fédérations le 14 juillet 1790. En consultant les archives (où il travaillait), Michelet exhume un grand nombre de procès-verbaux qui montrent cette chose incroyable : l’éclosion sur de multiples points du territoire de fédérations locales. Ce sont des regroupements de villages dont les habitants se jurent entraide et secours en cas d’agression, tout en faisant de ce pacte le modèle même d’une citoyenneté solidaire, qui les relie aussi au reste de la nation." (Paule Petitier)

163.          PIERRAT (Emmanuel). Le Tribunal de la Terreur.  Fayard,  2019, in-8°,  322 pp, notes, biblio et sources, broché, couv. illustrée, bon état

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Du 17 août 1792 au 31 mai 1795, la salle des Libertés, au coeur du Palais de Justice de Paris, résonna du plus tragique des épisodes de la Révolution française. Sous l'autorité de l'Accusateur public, le tristement célèbre Fouquier-Tinville, le Tribunal révolutionnaire envoya à l'échafaud plus de 2 500 personnes. En s'appuyant sur les actes des procès, les journaux d'époque et les dossiers inédits de certains accusés, Emmanuel Pierrat livre le récit terrifiant de ces années de guerre civile. Sous sa plume, audience après audience, prennent vie les partisans d'un retour à la paix, les tenants d'une justice implacable, mais aussi les "traîtres" . Marie-Antoinette, Danton, Olympe de Gouges, Philippe Egalité, Madame Roland, Camille Desmoulins, Jean-Pierre Brissot, Saint-Just, Robespierre. Nombreux sont ceux qui sont passés du rang de juge au box des accusés. En plongeant au coeur de la machine judiciaire révolutionnaire, Emmanuel Pierrat dresse le portrait de ce Tribunal de la Terreur, miroir d'un pays "qui ne se réforme pas" mais se juge lui-même avec ardeur.

164.          QUÉTEL (Claude). Crois ou meurs ! Histoire incorrecte de la Révolution française.  Tallandier/Perrin,  2019, gr. in-8°,  507 pp, sources et ouvrages consultés, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Crois ou meurs ! Voilà l'anathème que prononcent les esprits ardents au nom de la liberté!" Ainsi s'indigne le journaliste Jacques Mallet du Pan dans le Mercure de France du 16 octobre 1789, au tout début de la Révolution. Voilà qui s'inscrit en faux contre la thèse, solidement ancrée aujourd'hui, de deux révolutions : une bonne, celle des droits de l'homme, qui aurait dérapé pour aboutir à une mauvaise, celle de la Terreur. Et si la Révolution tout entière avait été un immense, un désolant gâchis, et ce dès les premiers jours ? Et si ce qui a été longtemps présenté comme le soulèvement de tout un peuple n'avait été qu'une folie meurtrière et inutile, une guerre civile dont l'enjeu mémoriel divise toujours les Français ? Il fallait reprendre l'enquête en revisitant les événements, en les décryptant et en se libérant de l'historiquement correct. Ce récit circonstancié s'adresse à tous ceux qui souhaitent qu'on leur raconte enfin une autre histoire de la Révolution française, la vraie. (C. Q.)

165.          ROBINET (Dr.), Adolphe ROBERT et J. LE CHAPLAIN. Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l'Empire, 1789-1815.  P., Librairie historique de la Révolution et de l'Empire,  s.d. (1899), 2 forts vol. gr. in-8°,  xliv-839 et 868 pp, texte sur 2 colonnes, reliures pleine percaline violine de l'éditeur, dos lisses avec titres dorés et caissons à froid, encadrements à froid sur les plats, reliures un peu défraîchies, dos uniformément passés, intérieurs propres et sans rousseurs, bon état

            180

Environ 4 000 biographies commentées. Important ouvrage rédigé rédigé pour l'histoire générale par le Dr Robinet, pour la partie descriptive et biographique par Ad. Robert, pour les matières constitutionnelles et législatives par J. Le Chaplain. — "Cet ouvrage, très utile et très intéressant, est, à lui seul, une bibliothèque ; Tout ce qui a trait à cette période, qui est la base de notre société contemporaine, y est contenu : hommes et choses. Les articles sont à la fois clairs, précis et attrayants : c’est l’histoire de cette période si féconde mise à la portée de tout le monde. Si vous avez besoin d’être renseigné sur un homme, un fait, un événement de la Révolution et de l’Empire, vous l’êtes immédiatement, tandis qu’avec un livre d’histoire il vous faudrait une heure, et souvent vous ne trouvez pas ce que vous cherchez. Et d’un autre côté, que d’inexactitudes, d’erreurs, de jugements passionnés, vont disparaître en présence de documents rigoureusement contrôlés et certains. Les trois auteurs, qui sont : le savant Dr Robinet, sous-conservateur du musée Carnavalet, si connu par ses nombreux travaux sur la Révolution ; M. Adolphe Robert, auteur du “Dictionnaire des Parlementaires français”, et M. J. Le Chaplain, avocat distingué et instruit, ont fait, avec la collaboration de savants et d’érudits, une oeuvre utile et qui restera." (L'Echo du Merveilleux, 1899)

166.          ROLLAND-PIÈGUE (J.). Les Églises luthériennes françaises pendant la Révolution. (Thèse).  Genève, Société Générale d'Imprimerie,  1904, gr. in-8°,  68-(4) pp, biblio, broché, bon état

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Edition originale de cette thèse soutenue à la Faculté de théologie protestante de Paris.

167.          SOBOUL (Albert). Précis d'histoire de la Révolution française.  Editions Sociales,   1962, in-8°,  530 pp, reliure toile grise de l'éditeur, titres en bleu et rouge au 1er plat et au dos, dos uniformément passé, trace d'humidité ancienne aux premiers feuillets, qqs soulignures au stylo vert, état correct

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Après une étude systématique des bases structurelles et conjoncturelles de la crise de l'Ancien Régime, l'auteur consacre la plus grande partie de son livre à expliciter la nature des contradictions sociales et politiques qui poussent la Révolution dans sa marche en avant. Du radicalisme démocratique de la période jacobine, aux formes tâtonnantes de la consolidation institutionnelle de la France bourgeoise, on voit se dessiner la trajectoire qui conduit la France des survivances du féodalisme à la mise en place des institutions cardinales de la société contemporaine.

168.          SOBOUL (Albert)(dir.). Contributions à l'histoire paysanne de la Révolution française.  Editions sociales,  1977, in-8°,  407 pp, broché, couv. illustrée, bon état

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"Considérant le marxisme comme une « méthode d’approche parmi d’autres » et non comme un dogme, la conception d'Albert Soboul de la « Révolution d’en bas » fut au cœur de vifs débats. Son insistance sur l’histoire sociale, sur le caractère créateur du mouvement populaire, notamment paysan, s’opposait à une tradition politique et à une lecture trop exclusivement jacobinophile d’A. Mathiez, mais aussi à l’idée, soutenue par Daniel Guérin dans son livre Bourgeois et bras nus (1946), que la sans-culotterie fût un prolétariat, idée que partageaient alors de nombreux militants communistes et d’extrême-gauche..." (Maitron)

169.          TRINTZIUS (René). Charlotte Corday, 1768-1793.  Hachette,  1941, in-8°,  252 pp, broché, couv. illustrée, bon état (Ouvrage couronné par l'Académie française), envoi a.s. (nom du destinataire gratté)

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"Il faut reviser le procès de Charlotte Corday et revivre sa passion. Au lieu de voir dans son attentat un geste désespérément inutile et isolé, impuissant à changer le cours des événements, nous avons interprété son acte comme une incarnation du rêve de vertu et de justice qui est la meilleure idée-force de la Révolution française, qui veut, malgré tous les obstacles dressés sur sa route, édifier un monde plus pur pour des hommes plus purs et qui s' oppose à la violence inutilement destructrice et sanglante de Marat. Cette interprétation n'est pas une vue de l'esprit. Elle seule nous a paru respecter la pensée de Charlotte, maintes fois exprimée, et les forces spirituelles qui armèrent son bras..." (Préface)

170.          VINCENT (Bernard). Thomas Paine ou la religion de la liberté.  Aubier,  1987, in-8°,  404 pp, biblio, notes, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Né en Angleterre en 1737, Thomas Paine appartient à la génération des deux révolutions, l'américaine et la française. En 1774, il s'embarque pour l'Amérique; quelques mois plus tard, il lance « Le Sens commun » et s'affime comme l'un des meilleurs propagandistes de la cause indépendantiste. Puis il défend la jeune Révolution française: ce sont « Les Droits de l'homme ». Il débarque en France, se fait élire à la Convention et, sans être capable de tenir un discours en français, devient influent au comité de législation. Il fait tant et si bien qu'il frôle la guillotine. Il retourne finir sa vie aux Etats-Unis. plein d'amertume. La France de 1789 est tombée entre les mains de Napoléon, l'Amérique de 1775 entre celles des banquiers. Une destinée hors du commun excellemment évoquée par Bernard Vincent." (Lectures, juillet-août 1987)

171.          VOVELLE (Michel). Religion et Révolution. La déchristianisation de l'An II.  Hachette,  1976, in-8°,  316 pp, 21 cartes et tableaux, biblio, broché, bon état (Coll. Le Temps et les hommes).

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On sait que, de l’automne 1793 au printemps 1794, à l’instigation des clubs et sociétés populaires et des envoyés de la Convention, un vaste mouvement fut entrepris pour tâcher d’extirper toutes les traces du christianisme en France. Cette « déchristianisation active » permet-elle de percevoir l’état de la déchristianisation profonde (ou vécue) dans la France de la fin du XVIIIe siècle ? L’auteur le pense qui, au nombre des indices à retenir, privilégie celui des « prêtres abdicataires ». Une forte densité d’abdicataires serait révélatrice des sentiments d’hostilité ou de détachement des populations face aux Eglises... La déchristianisation de l’an II correspond certes à « une impulsion propagée », mais elle fut aussi « accueillie inégalement selon les lieux ». Le cadre que choisit M. Vovelle pour l’étudier, comprend tout le Sud-Est de la France, depuis la Nièvre, soit de 21 à 25 départements. Le succès ou l’échec de la campagne déchristianisatrice est étudié, pour l’essentiel, à partir des déprêtrisations.

172.          WIESINGER (Véronique). Les Américains et la Révolution française.  Editions de la Réunion des musées nationaux,  1989, gr. in-8° carré,  115 pp, 2 études avec 6 illustrations suivies de la description de 129 objets (gravures, peintures, monnaies, dessins, livres et brochures...) avec notices érudites (108 en photos), broché, couv. illustrée, bon état. On joint le carton d'invitation imprimé en couleurs pour l'inauguration à Blérancourt

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"Cette brochure bilingue présente le catalogue d'une exposition, organisée à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, successivement au musée du Nouveau Monde, à la Rochelle, et à celui de la coopération franco-américaine, à Blérancourt. C'est la seule consacrée aux relations entre les États-Unis et la France, d'où l'intérêt de ce catalogue amplement illustré et précédé de deux études importantes. La première, de Bernard Vincent, traite des « Américains à Paris et [de] leur image sous la Révolution ». Ce n'est pas tant la présence d'Américains à Paris (car les deux plus prestigieux, Franklin et Jefferson, en sont absents après 1789) qui importe, que la création d'un certain nombre de mythes, celui du bon et vertueux quaker ou celui de l'homme nouveau qu'est l'Américain. De la réalité à la fiction, il existe un véritable abîme. La seconde étude, due à Horst Dippel, éclaire les différences entre la tradition américaine, fondée, selon lui, sur la limitation de la souveraineté populaire en réaction contre la toute-puissance du Parlement britannique, et la tradition française de souveraineté populaire sans limites et de confusion des pouvoirs. L'essentiel du catalogue présente les œuvres exposées, réparties par périodes (de la révolution américaine à la révolution française, la révolutionnaire en France) et par thèmes (l'Amérique vue par la France, la France vue par l'Amérique). Outre les figures emblématiques, on retient quelques grands noms : John Paul- Jones, le marin, William Short, le secrétaire de Jefferson, Gouverneur Morris, homme d'affaires et diplomate, Thomas Paine, à qui sa passion de la révolution faillit coûter la vie, Joël Barlow, le doux poète devenu spéculateur malheureux. Cette extraordinaire galerie de personnages justifie à elle seule une visite de l'exposition, dont il faut saluer l'originalité tranchant sur la grisaille de tant d'autres manifestations." (Claude Fohlen, Outre-Mers. Revue d'histoire, 1989)

173.          WILLIAMS (Gwyn A.). Artisans and Sans-Culottes. Popular Movements in France and Britain during the French Revolution.  London, Libris,  1989, in-8°,  xliv-132 pp, 2e édition, avec une nouvelle préface, une nouvelle introduction et une nouvelle bibliographie, index, broché, couv. illustrée, bon état. Texte en anglais

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"On lira avec grand intérêt ce petit livre au ton alerte, et qui résume fort pertinemment les recherches les plus récentes sur les origines et la pensée sociales des mouvements populaires français et britanniques de 1789 à brumaire. L'ouvrage est fondé, notamment, sur les travaux de MM. Soboul et Thompson. L'A. se défend d'avoir voulu écrire une histoire comparée : son récit est en effet, parallèle ; néanmoins, il confirme la leçon du livre de M. Thompson, que les « jacobins » britanniques ne furent guère révolutionnaires, au contraire des artisans et sans-culottes de notre pays. M. W. l'explique par l'évolution politique antérieure différente des deux royaumes : l'Angleterre avait fait sa révolution en 1688 et possédait déjà une « constitution » ; la France de 1789 était encore sinon féodale, du moins encore bien « médiévale » dans ses relations sociales." (Michel Lutfalla, Revue d'économie politique, 1969)

 

1er EMPIRE

 

174.          BAUDUS (Florence de). Pauline Bonaparte. Princesse Borghèse.  Perrin,  2018, in-8°,  446 pp, 8 pl. de gravures hors texte en couleurs, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

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Souvent considérée comme la plus belle femme de son temps, Pauline Bonaparte (1780-1825) est cependant la plus méconnue des soeurs de Napoléon. Et pourtant, quel roman que sa vie ! Un premier mariage, tragique, avec le général Leclerc ; un second, décevant, avec le prince Borghèse ; une fuite en avant qui l'emmène d'Ajaccio à Florence en passant par Paris, Saint-Domingue et Rome. Voulant être partout et ne se plaisant nulle part, souffrant de mille maux, Pauline parcourt l'Empire français, multipliant les cures de toute sorte sans jamais s'en trouver mieux, recherchant en vain l'amour parfait à travers plusieurs amants. Quand l'Empire s'effondre, elle est la seule de la fratrie à partager l'exil de son frère à l'île d'Elbe. Après Waterloo, elle redevient romaine. Réconciliée avec le prince Borghèse, elle meurt à Florence en 1825 dans le palais qu'il avait mis à sa disposition. On ne saurait imaginer les fastes de l'Empire sans cette princesse sublime, romantique avant l'heure, qui cachait sous ses caprices un mal de vivre inguérissable.

175.          BOURGOGNE (Adrien). Mémoires du Sergent Bourgogne, 1812-1813.  Hachette,  1978, fort in-8°,  414 pp, préface de Jean Tulard, introduction et notes de Marcel Spivak, une carte de la campagne de Russie, broché, couv. illustrée, bon état (Tulard, 208)

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Le 22 juin 1812 commence la campagne de Russie, l'une des plus mémorables des temps modernes. Une armée de 650.000 hommes se lance à la conquête d'un immense empire. Six mois plus tard, à peine en revint-il un sur dix. Adrien Bourgogne, sergent vélite de la Garde impériale, fut de ceux qui, à pied, parcoururent ces milliers de kilomètres et furent de tous les combats. Borodino, l'incendie de Moscou, la retraite et le passage de la Bérézina, il y était, et il raconte l'horreur à nu. Son témoignage, d'une extraordinaire intensité de vie, représente le point de vue du soldat sur cette épopée qui tourna au désastre. Avec l'un des héros obscurs de la légende impériale, "écoutons, dit Jean Tulard qui a préfacé ces Mémoires, rire, pleurer ou grogner les soldats de Napoléon". — La meilleure édition selon Jean Tulard.

176.          CASTELOT (André). Napoléon et les femmes.  Perrin,  1998, in-8°,  286 pp, 8 pl. de gravures hors texte, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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André Castelot raconte la vie amoureuse de Napoléon et, plus généralement, son comportement avec les femmes, de sa sortie de l'Ecole militaire à Sainte-Hélène. Autrement dit, on passe de son premier amour, Désirée Clary, la "fiancée marseillaise", à sa dernière tentation (vaine), Fanny Bertrand, l'épouse du Grand Maréchal. Entre les deux, son unique véritable amour, l' "incomparable Joséphine" ; puis Marie Walewska, l' "épouse polonaise", et Marie-Louise, qu'il a un peu aimées parce qu'il a eu un fils de chacune d'elles. Il y a aussi les maîtresses prises et abandonnées au gré des circonstances : Pauline Fourès, la "sultane d'Egypte", Eléonore Denuelle, Mademoiselle Georges, la tragédienne, Grassini, la cantatrice. Le sujet paraîtrait frivole si les relations avec les femmes d'un homme aussi puissant que Napoléon n'avaient influé sur la condition féminine. On peut se demander en effet si la muflerie de l'Empereur à l'égard des dames de la Cour, ses permanentes réflexions amères sur la gent féminine et surtout la misogynie dont il imprégna le code civil ne furent pas le prix payé par toutes les femmes pour les infidélités d'une seule, cette Joséphine qu'il aimait comme un fou.

177.          DESMAREST (Pierre-Marie). Témoignages historiques, ou Quinze ans de haute police sous Napoléon.  P., Alphonse Levavasseur et Bousquet,  1833, in-8°,  xxxiv-360 pp, reliure demi-basane tabac marbrée, dos à 4 nerfs soulignés de doubles filets dorés, auteur, titre et fleurons dorés (rel. moderne), pt trace d'humidité ancienne au coins des premiers feuillets, qqs taches, premiers et derniers feuillets lég. salis, bon état (Tulard, 431). Edition originale. Exemplaire bien relié dans une reliure postérieure

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Les hauts faits de la police impériale. Edition originale peu commune de ce témoignage célèbre, mais controversé de Pierre-Marie Desmaret (1764-1832), chef de division de la police secrète et proche du ministre Fouché, sur l’action de la police sous le Consulat et l’Empire. Desmarest fut placé à la direction des affaires les plus secrètes de la police pendant toute la durée du gouvernement de Napoléon. S’il fit l’objet d’un élogieux “Lundi” de Sainte-Beuve, ce texte posthume doit être manié avec des pincettes, ayant été, comme presque tous les souvenirs sur la période publiés avant 1860, en partie composés par des teinturiers. — "Passionnants, bien informés et certainement authentiques." (Tulard) — "Sainte-Beuve a souligné l'intérêt de ces mémoires dans ses “Premiers Lundis”. Leur rédaction a été commencée dès 1815. Ils intéressent l'histoire de la police de 1800 à 1814 ; complots de 1800, notamment celui des poignards, explosion de la machine infernale, affaire Cadoudal, conspiration des pots de beurre, mort du duc d'Enghein, évasion de Sydney Smith, attentat de Staps, enlèvement de l'ambassadeur Bathurst, affaire Malet, complot des gardes d'honneur, tentative de La Sahla, etc." (Tulard, 431) — "Surveillez tout le monde, excepté moi." (Napoléon Bonaparte aux chefs de la police, p. xxx)

178.          DUFRESNE (Claude). Le Cœur de la Reine. L'impossible amour de Marie-Antoinette.  Bartillat,  1997, in-8°,  344 pp, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Ce récit n'est pas un livre d'histoire classique, il n'analyse pas les événements de l'extérieur mais de l'intérieur. D'ailleurs, le titre même de l'ouvrage expose clairement les intentions de Claude Dufresne. Partant du principe que le comportement de Marie-Antoinette obéit avant tout aux élans de son coeur, c'est à l'écoute des battements de celui-là qu'il se place, ce sont les mouvements qui en découlent qu'il entend suivre. Projet ambitieux, voire téméraire, que celui qui consiste, après deux siècles, à se glisser dans l'intimité d'une femme comme elle, à vouloir percer les mystères d'une âme aussi complexe que la sienne, à souhaiter dévoiler un aspect d'elle-même qu'elle a tenu caché de son vivant. Mais sensation grisante aussi de se retrouver tête à tête avec une créature aussi spontanée, aussi déconcertante et d'essayer de la comprendre, pour pouvoir mieux la juger. À force de patientes recherches, d'études de documents peu connus, certains enfouis sous le linceul du temps, en faisant la somme de ce que l'on sait et de ce qu'on peut déduire, en réalisant un amalgame subtil entre l'interprétation scientifique des faits et l'analyse psychologique des sentiments, il est possible de brosser un portrait de Marie-Antoinette, sinon différent, du moins plus humain, plus sensible, plus vibrant que celui que l'Histoire nous a légué.

179.          FAVIER (Franck). Berthier. L'ombre de Napoléon.  Perrin,  2015, in-8°,  334 pp, 8 pl. de gravures hors texte en couleurs, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            20

Davout, Lannes, Murat, Ney, Lefebvre... autant de compagnons de la gloire et de l'épopée napoléonienne. Etrangement, le nom de Berthier occupe rarement les premiers rangs, comme si on lui déniait sa participation active aux succès et aux échecs de l'Empereur. Pourtant, pendant près de dix-huit ans, il fut le maréchal de l'ombre, suivant Napoléon dans toutes ses campagnes, transcrivant et transmettant avec fidélité ses ordres, de jour comme de nuit. L'Aigle sut le combler en lui attribuant fonctions, honneurs et richesses, sans pour autant l'apprécier humainement. Considéré comme incolore et sans esprit, accusé sans fondement de trahison en 1814, mort de façon mystérieuse en 1815, le major général de la Grande Armée reste méconnu. On oublie souvent qu'il a existé avant Napoléon : il a servi dans les armées de Louis XVI, combattu en Amérique et pendant la Révolution, tissé des amitiés avec La Fayette, Noailles ou encore Rochambeau. De même, au-delà des fastes de l'Empire, l'homme apparaît plus complexe : amoureux passionné d'une marquise italienne, mari d'une princesse bavaroise, père de famille attentionné et gestionnaire averti d'un domaine foncier sans équivalent dans la France impériale.

180.          GARNIER (Jean-Paul). L'extraordinaire destin des Bonaparte.  Perrin,  1968, in-8°,  526 pp, 16 pl. de gravures hors texte, références, reliure skivertex havane de l'éditeur, bon état

            25

"Il n'y a sans doute pas de famille princière qui ait fait l'objet, depuis un siècle et demi, de plus d'études que celle des Bonaparte. Chacun des princes, chacune des princesses a trouvé un biographe, mais il n'existe peut-être pas de volume qui embrasse l'ensemble de cette famille depuis son arrivée en France jusque au-delà de la fin tragique de celui qui en fut le chef prestigieux. C'est cependant cet ensemble que M. Jean-Paul Garnier a réussi à mettre sur pied une fresque colorée et très moderne par la façon dont elle est présentée. Quoique Napoléon en soit le centre, sa figure est trop connue pour que l'historien en détaille longuement tous les traits, mais il faut bien nous montrer ses rapports avec ses frères et soeurs ; on sait qu'ils ne furent pas toujours faciles. Corse, il a le sens du clan. Quand, dès 1796, la fortune lui sourit, grâce à la façon dont il mène, tambour battant la campagne d'Italie, il veut en faire profiter tout son entourage et celui-ci est nombreux et gourmand : quatre frères, trois soeurs, une mère, même un oncle, arrivés de Corse sans situations ni fortune. Tous cependant ambitieux sauf la « madre » qui est la seule qui trouve grâce devant M. Garnier. Évidemment aucun des frères n'est un génie, tous quatre admirent celui qui, à vingt-cinq ans s'est imposé à l'attention du monde ; mais l'aîné, Joseph, en est presque jaloux, tout ce que le général, le premier consul, l'empereur fera pour lui, lui semble normal, c'est presque un dû. Lucien, plus capable sans doute, s'est hissé très vite, grâce au nom qu'il porte, au Conseil des Cinq Cents dont il est élu président à 24 ans ; incontestablement, il joue un rôle essentiel et bénéfique au 18 Brumaire, mais il le fera sentir un peu trop. Ni Louis, ni Jérôme n'ont le moindre génie militaire, le grand frère les fait cependant monter en grade un peu rapidement; ils trouvent ces promotions très normales. Quant aux soeurs, aucun parti n'est trop beau pour elles ; l'une sera reine de Naples, les deux autres princesses ; aucune ne se fera remarquer pour ses vertus, pas plus que leurs frères d'ailleurs. M. Garnier ne cache rien des moeurs dissolues de ces parvenus. La difficulté d'un film aussi vaste c'est de présenter en même temps ces mêmes personnages évoluant au cours de ces quinze années si extraordinairement remplies. L'évolution est à peu près la même pour tous, sauf pour Lucien qui refusant un divorce qui n'a aucune raison d'être, est rayé de la famille impériale et des avantages qui lui auraient été réservés. Jérôme, plus souple, abandonne E. Paterson à qui il a cependant juré fidélité, et le fils qu'elle lui a donné. Il sera, pour la peine, roi de Westphalie, triste roi aussi incapable que Joseph et que Louis qui tous trois seront pour l'empereur une charge beaucoup plus qu'une aide. Quand au plus connu des beaux-frères, Joachim Murat, on sait que lorsqu'il voit la victoire changer de camp, il abandonne le commandement que Napoléon lui a confié lors de la retraite de la Russie, et court à Naples pour y négocier une paix séparée avec le chancelier d'Autriche qui fut d'ailleurs, touchante rencontre, l'amant de sa femme. Volte-face qui s'appelle une trahison. Aucune de ces évolutions n'est négligée par M. J.-P. Garnier qui nous conduit jusqu'après la « Tornade » en Italie ou madame Mère essaie de regrouper ses enfants disséminés (sans être tombés dans la misère), tandis que l'empereur, le bienfaiteur de tous, se meurt à Sainte-Hélène sans qu'aucun de ces bénéficiaires ne cherche à le rejoindre dans sa prison. Tableau vaste, gigantesque que la foule contemplera toujours avec curiosité mais dont l'envers n'est pas beau." (Revue des Deux Mondes, 1969)

181.          GARSOU (Jules). Les Créateurs de la Légende napoléonienne : Barthélemy et Méry.  Bruxelles, [Hayez Impr.],  1899, in-8°,  vi-221 pp, 2 portraits en frontispice, biblio, reliure demi-percaline grise à la bradel, dos lisse avec pièce de titre basane noire, couv. conservée (rel. de l'époque), bon état. Bel exemplaire

            50

"M. J. Garsou, qui s'est fait connaître déjà par de patientes recherches sur le mouvement littéraire en France pendant la première moitié du XIXe siècle, a fait paraître un mémoire important sur l'influence politique de Barthélémy et Méry." (Eugène Hubert, Revue Historique, 1903) — "M. J. Garsou, dans son excellent livre : “Les Créateurs de la Légende napoléonienne : Barthélemy et Méry” (1899), a bien présenté la fiction des deux poètes et les ennuis qui en résultèrent pour eux." (L'Actualité historique illustrée. Le duc de Reichstadt, 1900)  — On joint des coupures de presse sur la mort de l'historien belge Jules Garsou (1866-1948).

182.          HAEGELE (Vincent). Napoléon et les siens. Un système de famille.  Perrin,  2018, gr. in-8°,  431 pp, notes, sources, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            20

Que n'a-t-on pas écrit sur la famille de l'homme dont le destin étonna le monde ? A peu près tout et son contraire, une image dominant toutefois l'ensemble des autres, celle d'un clan avide d'argent, d'honneurs immérités et de dépouilles prélevées sur les cadavres d'antiques monarchies. Joseph, Louis, Jérôme, Elisa, Caroline et Murat, Pauline et Lucien : tous des frères dissipateurs, des soeurs ambitieuses et dépravées, des épouses indignes, des cousins sans scrupules... Pourtant, nul ne peut construire une dynastie sans compter sur son propre sang et c'est là le noeud gordien de toute l'entreprise de Napoléon Bonaparte : ses frères et soeurs ont accompagné, soutenu et parfois déterminé ce processus de conquêtes et de constructions civiles et militaires, partageant dès le début les douleurs de l'exil, la remise en cause systématique de leur place dans la société et les blessures d'amour-propre. Un homme seul, du reste, n'aurait sans doute pas pu réussir, lorsqu'un "système" (le mot est de Napoléon lui-même) multicéphale permettait ce succès, même éphémère. Vincent Haegele décrypte ce magnifique coup politique et offre une lecture novatrice du système familial impérial, loin des clichés convenus sur le clan Bonaparte.

183.          IMBAULT (Gaston). Un cavalier légendaire de l'Empire. Le général Nicolas Thurot (1773-1835). Le petit berger bourbonnais qui devint baron de l'Empire et maire de Haguenau en Alsace.  Moulins, Imprimeries Réunies,  1965, gr. in-8°,  80 pp, 10 pl. de gravures hors texte, sources, broché, bon état

            40

Rare monographie. Nicolas Thurot est né à Bressolles, près de Moulins, fils d'un marchand-fermier. La vie de ce pittoresque cavalier de la Révolution et de l'Empire est une série de belles images d'Epinal. De 1791 à 1815, il fut successivement grenadier dans l'infanterie, brigadier à colonel dans les hussards, colonel de dragons, puis de cuirassiers à Waterloo où il se distingue, maréchal de camp honoraire en 1825.

184.          JOSEPH BONAPARTE. Mémoires et correspondance politique et militaire du Roi Joseph. Publiés, annotés et mis en ordre par A. Du Casse.  P., Perrotin,  1856-1858, 10 vol. in-8°,   3e édition, 2 cartes dépliantes hors texte, reliures demi-percaline carmin, dos lisses avec fleuron, date et double filet dorés en queues, pièces de titre basane noire (rel. de l'époque), qqs rares rousseurs, bon état (Tulard, 745). Peu courant

            900

Importante publication, essentiellement composée de lettres, qui couvre toute la carrière du roi Joseph. Les tomes IV à VIII concernent les affaires d'Espagne. — "La légende napoléonienne a souvent dépeint Joseph en homme faible, sans ressources et sans courage. Le courage ne lui a cependant pas manqué au cours des heures les plus sombres. En acceptant deux couronnes arrachées à deux familles étrangères légitimes, en affrontant plusieurs fois le duc de Wellington, l’un des meilleurs tacticiens de son temps, ou en assumant les plus lourdes responsabilités, il a maintes fois fait montre du plus grand courage, à défaut d’avoir toujours su faire preuve de clairvoyance dans ses choix politiques. (...) Ces Mémoires, édités par Du Casse, sont avant tout une réponse à L'Histoire du Consulat et de l'Empire de Thiers." (Vincent Haegele) — "Ces Mémoires comprendront : 1) Une notice historique sur Joseph Bonaparte ; 2) Le fragment historique écrit par le roi Joseph lui-même, avec des notes et les pièces justificatives ; 3) La correspondance de Napoléon avec Joseph, depuis 1796 jusqu'au commencement de 1806, époque où ce dernier reçut l'ordre de prendre le commandement de l'armée destinée à agir contre le royaume de Naples ; 4) L'histoire de la guerre de Naples et du règne de Joseph sur cette partie de l'Italie, suivie de sa correspondance avec l'empereur, son frère ; 5) L'histoire de la guerre d'Espagne de 1808 à 1813, et de ce nouveau règne de Joseph, suivie de sa correspondance avec Napoléon pendant cette période ; 6) La correspondance de Joseph, lieutenant général de l'empire, avec Napoléon, alors à la tête des troupes, pendant la campagne de France en 1814 ; l'histoire des événements de Paris ; 7) La correspondance de Joseph avec son frère en 1815 , son départ pour l'Amérique, son séjour dans le nouveau monde jusqu'à la révolution de 1830 ; 8) Le récit des démarches de Joseph en faveur du duc de Reichstadt après la révolution de Juillet, sa correspondance avec un grand nombre de personnages importants, jusqu'à sa mort en 1844. (...) L'ouvrage pourra détruire bien des notions fausses sur l'histoire politique et militaire sur la révolution et de l'empire, réformer bien des jugements erronés." (Préface)

185.          [LULLIN de CHATEAUVIEUX, F.-J.]. Manuscrit venu de Sainte-Hélène, d'une manière inconnue, suivi de la protestation de l'impératrice Marie-Louise.  Bruxelle, de l'imprimerie de H. Rémy,  1817, in-12,  (8)-127 pp, reliure demi-veau acajou mordoré, dos lisse avec pièce de titre basane carmin et doubles filets dorés (rel. de l'époque), bon état

            150

A Londres, en 1817, un ouvrage était publié en français par l'éditeur Murray, avec un titre très alléchant : Manuscrit venu de Sainte-Hélène d'une manière inconnue ! Que de mystères, d'autant qu'aucun auteur n'était précisé. Bien sûr, tous les lecteurs pensaient aussitôt à Napoléon exilé depuis 1815 sur la très lointaine île de Sainte-Hélène, perdue dans l'Atlantique sud. L'Empereur aurait pris la plume pour livrer ses mémoires et aurait réussi à faire passer le manuscrit à la barbe de ses geôliers anglais. Le succès fut foudroyant : Murray dût ordonner quatre rééditions dans la seule année 1817. Une édition en langue anglaise fut promptement imprimée et de nombreuses contrefaçons ou traductions virent le jour à Bruxelles, Gand, Francfort. En France, l'ouvrage séditieux fut interdit, ce qui ne pouvait que renforcer son attraction et le rendre encore plus intéressant. De nombreuses copies manuscrites circulèrent alors dans les salons parisiens et bientôt dans tout le pays. La question était « Est-ce de lui, n'est-ce pas de lui ? » Le Manuscrit est écrit dans un style vigoureux, martelé de citations « à la Bonaparte », comme celle-ci « Ma tâche était donc de terminer la Révolution en lui donnant un cours légal afin qu'elle pût être reconnue et légitimée par le droit public de l'Europe »... On sait aujourd'hui que cet ouvrage est un formidable pastiche, extrêmement réussi, car le ton employé, les anecdotes racontées (à part quelques erreurs) font « vraies ». Nombre d'anciens compagnons de Napoléon s'y sont fait prendre et ont juré que le Manuscrit était bien les mémoires de l'Empereur. Comme l’on sait depuis 1841, l’auteur était l’économiste suisse Frédéric-Jacob Lullin de Châteauvieux, qui appartenait au cercle genevois de Madame de Staël et de Benjamin Constant, encore que des théories plus récentes fassent de Lullin un prête-nom pour une oeuvre collective, qui aurait bénéficié des talents de tous les membres du cénacle libéral de Coppet. — Rare contrefaçon belge parue quelques mois après l'originale. En 1819, l'imprimeur bruxellois H. Rémy récidivera en republiant le livre sous le titre « Vie de Napoléon écrite par lui-même ».

186.          MARIE-LOUISE d'Autriche. Correspondance de Marie-Louise, 1799-1847. Lettres intimes et inédites à la comtesse de Colloredo et à Mlle de Poutet, depuis 1810 comtesse de Crenneville, avec trois portraits.  Vienne (Autriche), Charles Gerold fils,  1887, in-8°,  (4)-345 pp, 3 portraits gravés hors texte, reliure pleine percaline bleue, dos lisse avec fleuron, double filet et date dorés, pièce de titre basane havane, tête dorée, couv. conservées (rel. de l'époque), qqs marques au crayon et au stylo en marges, bon état. Rare

            100

Peu commune édition de cette correspondance de l'impératrice Marie-Louise s'étendant sur près de cinquante ans. — "Marie-Louise avait eu, dès sa petite jeunesse, une correspondance réglée avec la comtesse Colloredo, depuis princesse de Lorraine, qui pendant dix ans avait été sa gouvernante, et avec Mlle Victoire de Poutet, née d'un premier mariage de la comtesse Colloredo, et qui, en 1810, épousa le comte de Crenneville. On vient de publier à Vienne un choix des lettres qu'elle adressa en français à ses deux amies de 1799 à 1847, année de sa mort. Cette publication, entreprise, nous dit-on, sous les auspices du comte de Falkenhayn, ministre de l'agriculture, et dont le produit est destiné à des oeuvres de bienfaisance, a été entourée, nous ne savons pourquoi, d'un certain mystère. Les auteurs de ce recueil se sont crus tenus de cacher leurs noms, et on chercherait vainement dans leur courte préface les explications qu'il est d'usage de donner au lecteur quand on publie une correspondance inédite. Ils se contentent de nous dire qu'ils ont mis tous leurs soins à trier ces lettres pour exciter plus sûrement l'intérêt du lecteur... Ces lettres intimes, écrites à la hâte, sans prétention et sans apprêt, sont curieuses et nous aident à mieux comprendre l'étrange caractère de Marie-Louise ; mais nous doutons qu'elles changent, soit en bien, soit en mal, l'opinion qu'on s'était faite de la duchesse de Parme..." (G. Valbert, Revue des Deux Mondes, 1887)

187.          MAUREAU (Alain). Le Département du Vaucluse de Marengo à Waterloo. Etudes et portraits. Première série [seule parue].  Avignon, [chez l'Auteur],  1979, in-4°,  151 pp, texte dactylographié, notes, index, broché, bon état. Rare : tirage limité à 50 ex. seulement, et un seul exemplaire recensé au CCF (Bibliothèque Ceccano d'Avignon)

            45

L'introduction de la vaccine en 1801. – Les origines du cardinal Maury. – L'instabilité municipale sous le 1er Empire. – L'érection du monument à Pétrarque (1804). – Un projet de descente en Angleterre en 1806. – Les deux colonels Chantron. – Addenda et corrigenda (aux “Souvenirs du Consulat et de l'Empire”).

188.          ORNANO (Comte d'). Marie Walewska, « l'épouse polonaise » de Napoléon.  Hachette,  1938, in-8°,  254 pp, reliure demi-percaline aubergine à la bradel, dos lisse, pièce de titre chagrin carmin, couv. illustrée conservée (rel. de l'époque), bon état

            30

"Intéressante aussi est l'étude de M. le comte d'Ornano sur Mme Walewska, parce qu'il y a utilisé les lettres et les notes de l'intéressée qui sont conservées dans les archives de la famille, au château de la Branchoire, en Touraine. Mme Walewska épousa, en effet, en 1816, le lieutenant général d'Ornano, en eut un fils et mourut peu après en décembre 1817..." (G. Lefebvre, Revue Historique, 1939)

189.          PEREY (Lucien). Histoire d'une Grande Dame au XVIIIe siècle. La comtesse Hélène Potocka.  Calmann-Lévy,  1923, in-12,  iv-499 pp, broché, bon état

            25

Bonne biographie d'Hélène Massalka, originaire de Pologne, épouse du prince de Ligne, puis du comte Potocki. L'auteur a eu accès à sa correspondance. — "... Ses lettres présentent un intérêt historique, dans les détails qu'elle donne sur le monde de la noblesse peu à peu ralliée à l'empire, et qui déjà ne boude plus, n'osant plus croire à un autre avenir, au milieu des victoires de Napoléon. Hélène Potocka donne même un portrait de l'empereur, qui prouve qu'elle subit aussi l'ascendant de sa gloire... Si ces mémoires d'une jolie femme sont curieux, c'est surtout par la peinture qu'elle fait de la société de son temps. Les anecdotes piquantes ne manquent point. La veille de l'entrée de Louis XVIII à Paris, alors qu'il couchait à Saint-Ouen, il avait remis le soin de sa sécurité au duc de Berry. Mais celui-ci avait un rendez-vous amoureux avec une danseuse de l'Opéra et donna le commandement de la garde nationale au maréchal Oudinot, lequel avait, lui, rendez-vous, pour la nuit, avec sa femme. Il se déchargea sur le commandant de la garde nationale qui, à son tour, pour un motif analogue, appela un colonel de la ligne, et celui-ci, en cette nuit qui devait être si bien remplie pour l'amour, délégua ses pouvoirs à un capitaine. Voilà qui fait l'éloge de la chaleur de coeur des officiers de l'entourage du roi, sinon de leur scrupuleuse observation à leurs devoirs ! (...) Un des documents curieux de l'étude de M. Perey consiste dans la reconstitution de la garde-robe d'Hélène Potocka. Il y est fait mention de cinquante camisoles de nuit en taffetas blanc, de deux cents paires de bas de soie blanche et cent paires de jarretières pareilles. Voilà d'affriolants détails intimes sur cette belle mondaine d'autrefois." (L'Année littéraire, 1888)

190.          SARRAMON (Jean). La Campagne de Fuentes de Oñoro (15 avril - 11 mai 1811).  P., La Sabretache,  1962, gr. in-8°,  87 pp, 4 cartes hors texte dont 2 dépliantes, paginé de 779 à 988, 2 pl. hors texte dont une en couleurs, broché, rappel du sommaire au stylo rouge au 1er plat, qqs petites marques au stylo en marges, bon état. N° 425 du "Carnet de la Sabretache. Revue d'histoire militaire"

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Le docteur Sarramon est un spécialiste de la guerre d'Espagne de mai 1811 à juin 1813 qu'il a traité en 12 volumes qui ne sont malheureusement pas édités. Une reproduction en microfilms serait cependant disponible aux Archives de la Guerre du château de Vincennes (ainsi qu'au Servicio Historico Militar de Madrid). Seuls ont été publiés "La bataille des Arapiles. 22 juillet 1812" (le 9e volume), "La bataille de Vitoria" (la partie principale du 12e volume) ainsi que cette étude sur la campagne de Fuentes de Onoro. On trouve également dans ce numéro d'autres articles sur : l'uniforme de tambour des grenadiers de la Garde consulaire (une gravure en couleurs hors texte) ; Les origines de l'organisation divisionnaire (Col. Druène, 43 pp, un ordre de bataille en dépliant) ; un fac-similé du Réglement arrêté par le Roi sur l'uniforme des officiers généraux & autres employés dans les armées et dans les places (1775)(16 pp, 5 pl. de modèles de broderie pour les uniformes) ; La bataille sans larmes : Brécourt, 13 juillet 1793 (Gén. B. de la Tour, 39 pp, une carte en dépliant h.t.) ; Un officier des dragons d'Autichamp vers 1764 (une gravure h.t.) ; etc.

191.          WAGENER (Françoise). La Reine Hortense (1783-1837).  JC Lattès,  1992, gr. in-8°,  476 pp, 8 pl. de gravures hors texte, généalogie, chronologie, biblio, index, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état (Grand Prix d'Histoire de la Vallée-aux-Loups 1992, Prix Napoléon III 1993)

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Par la volonté de son beau-père, Napoléon, Hortense de Beauharnais devint la reine Hortense (1783-1837). Comme sa mère, Joséphine, épousant la gloire des Bonaparte, elle vécut de l’intérieur cette monarchie-spectacle que fut l’Empire. L’Europe la courtisait, chantait ses romances, la tenait pour l’une des femmes les plus accomplies et les plus élégantes de son temps. Née à la frontière de deux sociétés, Hortense incarne le meilleur de leurs valeurs. Cette héroïne pré-romantique qui ressuscita la chevalerie, bien avant la duchesse de Berry, qui découvrit la montagne et la belle nature, qui sut écrire aussi joliment qu'elle dansait ou peignait, enchantait ses amis, le tsar Alexandre ou Mme Récamier. Elle aurait pu n'être qu'une Iphigénie d'antichambre, elle demeure la plus intéressante des "Napoléonides". On ne s'étonnera pas qu'elle ait transmis son entendement politique au plus célèbre de ses fils : Napoléon III.

192.          WARESQUIEL (Emmanuel de). Fouché. Les silences de la pieuvre.  Tallandier, Fayard,  2015, gr. in-8°,  831 pp, 82 illustrations, la plupart en couleurs, sur 48 pl. hors texte, notes, annexes, généalogies, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            25

« Fouché, bien sûr, ne m'était pas un inconnu. Fouché de Nantes, le bourgeois impécunieux, le petit professeur en soutane des collèges de l'Oratoire, Fouché le conventionnel, le tueur de roi, le proconsul de Nevers et de Moulins, le mitrailleur de Lyon, le tombeur de Robespierre et le cauchemar de Napoléon, le ministre de tous les régimes, l'inventeur de la police moderne, le bâtisseur d'État, le théoricien et l'homme d'action, l'aventurier, le conspirateur et le parvenu. Assurément l'un des hommes les plus puissants de son époque, en tout cas l'un des plus étonnants. Rares sont ceux qui inventèrent de nouvelles règles du jeu sans attendre la fin de la partie. Fouché a été de ceux-là. » Emmanuel de Waresquiel fouille jusque dans ses moindres recoins la vie d'un homme aussi dissimulé que contradictoire. A l'aide de larges fonds d'archives – dont beaucoup sont inédits –, il dessine le portrait brillant d'un incroyable personnage jusqu'ici incompris et desservi par sa légende noire. Il nous donne ce faisant un Fouché d'une surprenante actualité.

 

De 1815 à 1914

 

193.          AILLAGON (Jean-Jacques), Geneviève VIOLLET-LE-DUC, Michel VERNES. Le Voyage d'Italie d'Eugène Viollet-le-Duc, 1836-1837.  Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts,  1980, gr. in-8° carré,  251 pp, 257 illustrations en noir et en couleurs avec notices érudites, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Catalogue de l'exposition réalisée par le service des relations extérieures et des expositions de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts à l'occasion du centenaire de la mort d'Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879).

194.          AUFFRAY (Bernard). Un homme politique sous la IIIe République. Jules Auffray (1852-1916).  La Pensée universelle,  1972, pt in-8°,  252 pp, préface d'Adrien Dansette, index, broché, bon état. Peu courant

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Jules Auffray était secrétaire général de l'Union des droites et de la Ligue de consultation nationale. C'est lui qui mena les tractations avec le général Boulanger au nom des conservateurs. Député de Paris, il prit une part active lors de la discussion de la loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

195.          BABELON (Jean-Pierre)(dir.). Louis-Philippe, l'homme et le roi, 1773-1850. Catalogue d'exposition.  P., Archives Nationales,  1974, gr. in-8° carré,  158 pp, 715 objets, tableaux, gravures, portraits et fac-similés présentés avec notices érudites (108 reproduits), chronologie, broché, couv. illustrée, bon état

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"Quels que soient le très grand intérêt et les agréables moments que procure une visite d'exposition, c'est le catalogue rédigé à cette occasion qui en constitue le souvenir le plus utile. Dû à M. Jean-Pierre Babelon, conservateur du Musée de l'histoire de France, et à son collaborateur M. Guy Puffin, celui de l'exposition “Louis-Philippe. L'homme et le roi, 1773-1850”, auquel Mme d'Huart, conservateur aux Archives nationales, a également largement contribué, sera une source particulièrement riche pour les historiens, surtout pendant les quelques années à venir. Rarement, en effet, une exposition aura offert aux visiteurs autant de documents écrits ou iconographiques inédits. Grâce au comte de Paris, de nombreux souvenirs concernant son aïeul sont présentés pour la première fois à un large public. On a ici la primeur de pièces provenant du fonds de la famille d'Orléans, déposé aux Archives nationales en 1969. De ces 50 tonnes de documents (600 mètres de rayonnages) ont été extraits les plus importants de ceux, relatifs à Louis-Philippe, que le roi avait emportés en Angleterre en 1848, lors de son abdication, et qui étaient demeurés enfermés dans les coffres d'une banque londonienne. Comme ces archives ne seront communicables que lorsque le classement et les inventaires entrepris par Mme d'Huart seront terminés (et sur autorisation du déposant), les historiens ont dans les notices du catalogue le texte de bien des documents inédits et pour l'instant, non consultables aux Archives nationales. Notons qu'au début du catalogue, Mme d'Huart, en quatre pages denses, donne un aperçu sur l'ensemble du fonds. Il n'est pas question d'évoquer ici, même rapidement, la personnalité si riche et si complexe de ce roi qui a été au cours de sa « longue vie aux prises avec les ouragans de l'histoire ». Retenons simplement de la préface de Jean-Pierre Babelon qu'il ne s'agit ni d'un pantin ridicule, ni d'un héros, mais d'un « homme raisonnable à qui les révolutions successives, les massacres perpétrés au nom d'une idée et les affrontements des nationalismes ont appris la valeur de la vie. Il a cherché avant tout un bien inaccessible, la paix, et les Français le lui ont reproché »." (Robert Marquant, Bibliothèque de l'École des chartes, 1976) — "Pour une vision à la fois riche, synthétique et visuelle, il faut toujours vivement recommander le très beau catalogue de l’exposition des Archives nationales à l’Hôtel de Rohan (octobre 1974 - février 1975), Louis-Philippe, l’homme et le roi, 1773-1850, introductions de Guy Duboscq, Jean-Pierre Babelon et Suzanne d’Huart." (Arnaud Teyssier, Histoire de la monarchie de Juillet, 2018)

196.          BLUYSEN (Paul). Félix Faure intime.  P., Félix Juven,  s.d. (1898), in-8°,  259 pp, 79 photos dont 18 hors texte, reliure demi-chagrin bleu-nuit, dos à 5 nerfs, titres dorés (rel. de l'époque), dos frotté, bon état

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Par Paul Bluysen (1861-1928), journaliste, homme de lettres, publiciste, syndic de presse. A partir de 1893 il est secrétaire de rédaction au Journal des Débats. En 1898 il écrit ce "Félix Faure intime", oeuvre pleine de verve... Etienne de Nalèche, directeur du Journal des Débats, dans une correspondance avec Pierre Lebaudy, industriel sucrier, raconte avoir « eu les épreuves de l'ouvrage entre les mains, épreuves corrigées de la main même de Félix Faure. Je crois du reste t’avoir raconté autrefois, les corrections impayables faites par le président, corrections qui ne touchaient que des mots, mais quels mots ! » — Félix Faure (1841-1899), Président de la République de 1895 à 1899, mourut l'année suivante "dans les bras de sa maîtresse" selon les journaux du temps...

197.          BORDONOVE (Georges). Charles X, dernier roi de France et de Navarre.  Pygmalion,  1990, gr. in-8°,  314 pp, 8 pl. de gravures hors texte, notices biographiques, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Les Rois qui ont fait la France : Les Bourbons)

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Dernier roi de France et de Navarre, Charles X eut une existence romantique. Vicissitudes de la politique, passions amoureuses, conspirations, revers, grandeur et solitude ponctuent sa destinée. Comte d'Artois d'abord sous le règne de son frère Louis XVI, il fut adoré puis haï par les Parisiens. Chef des émigrés, il tenta d'organiser la Contre-Révolution... Devenu roi en 1824, il obtint d'éclatants succès en politique extérieure : indépendance de la Grèce, conquête d'Alger malgré l'hostilité de l'Angleterre. Sous son règne de six ans, la France connut une prospérité exceptionnelle, la classe politique acheva son apprentissage, la presse devint une troisième force. Contraint de modifier la Charte par suite d'une opposition qui paralysait le gouvernement, il perdit le pouvoir quasi par accident...

198.          BOURDELAIS (Patrice) et Jean-Yves RAULOT. Une peur bleue : Histoire du choléra en France, 1832-1854.  Payot,  1987, in-8°,  310 pp, une gravure, 11 cartes, tableaux, annexes, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Médecine et sociétés)

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Épidémiologique et médicale, l'histoire du choléra est aussi l'histoire sociale d'un grand fléau. En 1832, lors de sa première manifestation en France, il a tant frappé les esprits, qu'un néologisme, inspiré par le teint du malade, en est issu, celui de peur bleue. Affolés par les premières atteintes du mal, les gens s'enfuient alors loin des villes ou se terrent dans leurs maisons. Les boutiques ou les ateliers se vident, les travaux des champs sont délaissés, et les marchés ne sont plus guère fréquentés. Les pouvoirs publics tentent de maintenir les règles essentielles de la vie sociale : ils dirigent la prévention et la lutte contre la maladie, et ils organisent les secours portés aux victimes. Depuis le XIXe siècle, favorisées par les relations multipliées entre les continents, sept grandes pandémies se sont ainsi succédé. L'analyse de leurs itinéraires et de leurs vecteurs a conduit les auteurs à privilégier certaines hypothèses de propagation, puis à les vérifier dans le cadre français. Ils illustrent ainsi comment l'étude d'un passé-laboratoire peut rejoindre les plus récentes recherches épidémiologiques, qu'il s'agisse du rôle des porteurs-sains dans la contagion, ou du débat sur une prédisposition génétique au choléra. Face à un danger énigmatique, la permanence des comportements humains apparaît avec évidence, mais les mêmes angoisses et les mêmes questions contribuent aussi à l'évolution de l'hygiène privée et publique, ainsi qu'à la médicalisation accrue de la société. — "Le travail de Bourdelais et Raulot s’inscrit dans la lignée des travaux de Biraben sur la peste. A ceci près que les auteurs ont circonscrit leur étude à un pays – la France – et à une époque – 1832-1854. Mais, grâce à une bonne introduction, on peut suivre l’histoire des sept pandémies de choléra de 1817 à nos jours, avec de très utiles cartes et tableaux synoptiques ; quelques pages sont également consacrées aux vecteurs du choléra. L’aspect médical du problème est abordé à travers la pratique et les débats des milieux médicaux dans la première moitié du XIXe siècle. L’étude du choléra en France est ensuite abordée à travers le dépouillement systématique des fonds des AN et l’étude de plusieurs départements à travers les fonds des AD. L’utilisation de la cartographie permet de présenter un véritable « film » de la diffusion du choléra en 1832 et en 1854 – développement plus rapide et plus septentrional, et notamment plus parisien, en 1832, plus long et plus méridional en 1854. Les quatre chapitres suivants sont consacrés à la médecine face au choléra : comment le traiter – les remèdes restent très empiriques et la question permet, là encore, de beaux débats, notamment sur le problème de l’insalubrité ; la comparaison entre passé et présent s’avère très instructive pour l’histoire des mentalités, et donne aussi tout son éclat à la médecine du XIXe siècle qui, par la seule observation, avait déjà deviné nombre de points importants, comme le rôle de l’eau, de la sueur..." (Jean-Claude Caron, Revue d'Histoire du XIXe siècle-1848, 1988)

199.          BOUVIER (Jean). Les Rothschild.  Club Français du Livre,  1960, in-8°,  258 pp, un tableau généalogique, 6 gravures à pleine page, note bibliographique critique, reliure pleine toile brique décorée de l'éditeur, bon état (Coll. Portraits de l'histoire). Edition originale, numérotée

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"Le propos de l'auteur est moins d'écrire l'histoire de la famille Rothschild que de détenir, grâce à la chronique de la famille, « un moyen d'approche de l'histoire économique et sociale de notre époque ». Si les appréciations sévères ne manquent pas, elles sont cependant toujours tempérées par le souci de tenir compte de l'esprit du temps et d'éviter donc tout jugement anachronique. (...) En attendant que l'accès aux archives des Rothschild anglaises permette de compléter nos vues, le livre de J. Bouvier fait le point de notre savoir actuel, abonde en aperçus larges et féconds et nous rend donc, en connaissances sur le sujet du moins, riche comme... Edmond de Rothschild." (Marcel Gillet, Revue du Nord) — "A travers le récit du singulier destin des cinq fils de Meyer-Amschel Rothschild et la chronique d'une maison dont la raison sociale évoque à merveille l'esprit du siècle dernier, c'est la « haute banque » efficace et secrète, politique et technicienne, si différente de nos sociétés de crédit, que l'auteur parvient à nous rendre présente." (Revue française de science politique, 1962)

200.          CHEVALLEY (Sylvie). Rachel en Amérique.  Publications de la Société d'Histoire du théâtre,  1957, gr. in-8°,  215 pp, 14 gravures et fac-similés sur 9 pl. hors texte, biblio, notes, index, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s. On joint une photo d'époque  de l'épingle de cravate offerte par Napoléon III à l'actrice Rachel, depuis offerte par Rachel à Jean Chéry

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"La tournée de Rachel aux États-Unis en 1855 présente un intérêt exceptionnel. Grâce aux recherches approfondies de Mme Chevalley elle est très bien connue. Son arrivée à New York, le 22 août, fut saluée avec enthousiasme par la presse et notamment par Le Courrier des Etats-Unis. Ce qu'écrivait Trobriand le 3 septembre, jour où Rachel donna sa première répétition au Metropolitan Théâtre, n'est pas exagéré. « Il n'y a en ce moment à New York qu'une seule préoccupation : la première représentation de Mme Rachel, dans le rôle de Camille. En présence de ce grand événement littéraire, tout s'efface ; la muse moderne de la tragédie règne sans partage dans les esprits, avant même d'avoir mis le pied sur notre scène qui est son empire. Ce soir, tout ce que la ville renferme d'intelligences supérieures, d'esprits d'élite ; tout ce qui parmi nous représente le jugement littéraire, l'appréciation artistique, tout ce qu'anime la curiosité, tout ce qu'a élevé la fortune, va se presser en foule compacte dans l'enceinte du Théâtre métropolitain, trop étroit pour une si grande affluence... »." (Albert Krebs, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1971)

201.          CHEVALLEY (Sylvie). Rachel. « J'ai porté mon nom aussi loin que j'ai pu... ».  Calmann-Lévy,  1989, in-8°,  410 pp, 4 pl. de gravures hors texte, un fac-similé, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Mademoiselle Rachel joue la tragédie comme si elle l'inventait. Il y a deux siècles que l'on n'a pas vu pareil miracle en France", déclarait Stendhal. Cette étonnante actrice, née en 1821, d'une famille de pauvres colporteurs juifs, devait se révéler au théâtre dès sa dix-septième année, pour devenir la plus grande tragédienne de son temps. Ainsi qu'elle l'écrivit, elle n'eut de cesse de porter son nom aussi loin qu'elle le put : adulée en Angleterre, encensée en Allemagne, acclamée en Russie, jusqu'aux Etats-Unis qui lui firent un pont d'or et donnèrent son nom à un théâtre. Souffrant dès son jeune âge de phtisie, aimée des grands – un enfant naquit de sa liaison avec le comte Waleswski, fils de Napoléon – sa vie fut une course incessante vers la gloire. Elle sacrifia ses amours et sa santé à son art qu'elle mit au-dessus des honneurs et des hommes. Affaiblie par la maladie, Rachel fut contrainte de cesser de jouer à l'apogée de sa carrière, disparaissant peu après à l'âge de trente-six ans. Le jour de ses obsèques, plus de cent mille personnes vinrent la pleurer au cimetière du Père-Lachaise.

202.          [CLEMENCEAU] – Catalogue d'exposition. Georges Clemenceau, 1841-1929. Exposition du cinquantenaire.  P., Palais des beaux-arts de la Ville de Paris, Musée du Petit Palais,  1979, gr. in-8° carré,  111 pp, préface de André Wormser, introduction de J.-B. Duroselle, un portrait et 452 objets présentés avec notices érudites (78 avec illustrations), biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Catalogue de l'exposition organisée par la Société des Amis de Georges Clemenceau et tenue au Petit Palais du 15 novembre 1979 au 6 janvier 1980.

203.          CŒURDEROY (Ernest). Hurrah !!! ou la Révolution par les cosaques. Textes établis et présentés par Jacques Le Glou.  Editions Plasma,  1977, in-8°,  481 pp, annexes, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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Docteur en médecine, républicain avancé, Ernest Cœurderoy fut aussi journaliste, écrivain, révolutionnaire. Il ne se remit jamais de l'échec de février 1848 et du sang ouvrier versé sur les barricades de juin. En exil de 1849 à sa mort, d'abord en Suisse puis à travers toute l'Europe : Belgique, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, à nouveau la Suisse pour s'y suicider. C'est à Londres, en 1854, que Coeurderoy publie “Hurrah !!! ou la Révolution par les cosaques”. L'idée de révolution par le dedans est morte en juin 1848, estime Coeurderoy. Désormais il faut attendre la révolution du dehors, elle descendra du Nord, des steppes russes, à bride abattue sur les chevaux cosaques. Le vieux monde est vermoulu, il s'écroule, le passé est un champ de ruines, l'avenir qui surgira de la table rase sera lumineux. Les temps sont proches, prophétise Coeurderoy : "Je vois l'armée du Nord entrant à Paris avec ses canons en avant, enseignes déployées, lances au poing, innombrable, orgueilleuse, encore tachée de sang."

204.          Collectif. Patria. La France ancienne et moderne, morale et matérielle, ou Collection encyclopédique et statistique de tous les faits relatifs à l'histoire physique et intellectuelle de la France et de ses colonies.  P., Dubochet, Lechevalier et Cie,  1847, 2 forts vol. in-12,  iv-2751-124-xliv pp, pagination continue, texte sur 2 colonnes, 320 figures, illustrations et cartes (certaines en couleurs à pleine page et hors texte), 371 tableaux, index alphabétique général en fin du tome 2, reliures demi-chagrin noir, dos à 4 faux-nerfs filetés, titre, tomaisons et caissons dorés (rel. de l'époque), bon état

            80

Une encyclopédie géographique, historique et économique extrêmement complète. Précieux renseignements statistiques sur la géographie, le climat, la géologie, la météorologie, le mouvement des astres, la faune, la flore, l'histoire, l'industrie, le commerce, les institutions politiques, économiques et sociales, les différents courants intellectuels, artistiques, musicaux et littéraires, etc. Par J. Aicard, Félix Bourquelot, A. Bravais, F. Chassériau, A. Deloye, Léon Lalanne, Ludovic Lalanne, Ch. Louandre, Léon Vaudoyer, etc. — "Patria est un recueil encyclopédique dont le but est de mettre sous la main du lecteur, homme du monde ou savant, de nombreux documents, généralement d’une assez grande importance pratique, et qui sont épars dans une multitude de publications particulières ou officielles très difficiles à réunir. Sous ce rapport, ce livre a un caractère d’utilité incontestable. Il réunit, on effet, en lui seul corps d’ouvrage, pour notre pays, ce que MM. MacCulloch, Porter, Mac Gregor et même L'Encyclopédie britannique n’ont que très imparfaitement fait pour l'Angleterre. Sans doute, dans celle publication collective, confiée à vingt écrivains, on ne saurait rencontrer, pour chaque matière, à un égal degré, les mêmes qualités, les mêmes conditions de succès ; mais nous devons reconnaître, tout d’abord, que l'ensemble de ce vaste travail se recommande par les divers mérites qui donnent toute leur valeur aux recueils encyclopédiques, et notamment par la précision, l'exactitude et le choix heureux des faits. Le premier travail économique que nous rencontrons dans Patria, d’après l’ordre des matières, est consacré à l'agriculture. L’auteur en est M. Jung. (...) Les autres parties de ce travail contiennent des appréciations intéressantes sur le chiffre de la population rurale, sur la division de la propriété territoriale, sur la circulation des produits agricoles ; les institutions destinées à encourager l’agriculture, la législation rurale et l’histoire de l’agriculture en France. Plein de faits soumis à une sage critique et habilement disposés, très convenablement écrit d’ailleurs, ce petit traité nous paraît faire connaître aussi exactement que possible la situation actuelle de notre richesse agricole. (...) Nous devons à M. Léon Lalanne la notice sur le commerce et l'industrie de la France. M. Lalanne, auquel la spécialité des travaux économiques parait être échue dans Patria, a clos la série de ses études dans cet ordre d’idées par un traité fort étendu sur l’administration intérieure et extérieure de la France. (...) Quelques mots sur l’ensemble de la très utile publication dont nous venons d’analyser rapidement la partie économique. Nous n’hésitons pas à ratifier le suffrage que nous avons porté, au début de cet article, sur les services qu’elle est appelée à rendre." (A. Legoyt, Journal des économistes, 1847)

205.          DELAISEMENT (Gérard). Maupassant, journaliste et chroniqueur. Suivi d'une bibliographie générale de l'œuvre.  Albin Michel,  1956, pt in-8°,  299 pp, index, broché, bon état. Edition originale, bien complète du feuillet d'errata

            30

"M. Delaisement a conçu un livre substantiel, qui s'ouvre sur une préface où l'auteur explique l'intérêt qui s'attache à la chronique de Maupassant, en révèle la diversité, et suggère les rapports innombrables que ces pages entretiennent avec la création proprement dite. Cette introduction est suivie d'un florilège de vingt-quatre articles. (...) Il complète son livre d'une chronologie de la production de Maupassant. Ce travail de retouche et de trouvaille est admirable, le plus difficile, le plus ingrat en apparence sous son austère présentation, le plus précieux... Un instrument de travail désormais indispensable." (André Vial, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1958)

206.          DIESBACH (Ghislain de). La Double vie de la duchesse Colonna. La Chimère bleue.  Perrin,  1988, in-8°,  372 pp, 16 pl. de gravures hors texte, sources, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Terres des femmes)

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Adulée par Thiers, Carpeaux et Mérimée, cajolée par Rossini, chantée par Gounod, convoitée par Napoléon III et beaucoup d'autres, jalousée par la plupart des femmes, la duchesse Colonna est une somme de contrastes et de contradictions, de qualités nuisibles et de brillants défauts. Dominatrice et possessive, elle veut séduire en femme et régner en homme. Veuve à vingt ans, sans argent, elle s'installe à Paris et devient sculpteur sous le nom de Marcello. Mais dans ce combat sans trêve qu'elle doit mener sur deux fronts, contre les artistes qui ne voient dans cette femme du monde qu'un amateur, contre le monde qui la juge trop "bohème", elle sera perpétuellement aristocrate chez les artistes, et artiste au Faubourg Saint-Germain. Ce dualisme se retrouve dans ses choix politiques, dans ses amitiés et dans ses amours. Elle se sentira toujours partagée entre son admiration pour Napoléon III et son attachement à Thiers (qui l'appelle "un tigre d'orgueil"), sa fidélité au pape et ses sympathies pour ceux qui font l'Italie à ses dépens, son goût de la vie mondaine et son agacement devant la sottise et la frivolité des gens du monde. En amour, elle a tellement l'embarras du choix qu'elle hésitera toujours à s'engager. Elle aspire au mariage, mais aucun de ses soupirants ne lui paraît réunir à lui seul toutes les conditions – artistiques, intellectuelles et mondaines – qui en feraient l'être parfait. La chute du Second Empire marque le début de son désenchantement. Telle une héroïne de Henry James, sans espoir et sans but, elle erre de ville en ville, regrettant Rome lorsqu'elle est à Paris et Fribourg lorsqu'elle est à Rome. Elle meurt à 43 ans, indifférente à un monde quitté avant qu'elle ne l'abandonne, seulement préoccupée du sort de ses œuvres, de ces bustes frémissants auxquels elle avait donné le mouvement de la vie en leur sacrifiant la sienne. Tout cela apparaît dans l'importante et remarquable correspondance inédite qui émaille cette biographie.

207.          DISLÈRE (Paul). Mémoires (1865-1870). Les voyages d'un jeune ingénieur de la marine.  Les Indes savantes,  2019, in-8°,  184 pp, introduction par Jacques Dion, présentation et notes par Marc Michel, broché, couv. illustrée, bon état

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Paul Dislère, ingénieur de la Marine, futur Conseiller d'Etat, franc-maçon, est le type même du haut fonctionnaire de la fin du XIXe siècle. Il a été notamment le fondateur de l'Ecole coloniale à Paris, et a effectué nombre de missions durant sa carrière, tant pour la Marine que pour l'Administration. Esprit curieux et ouvert, ses observations sont toujours pertinentes et loin des clichés "coloniaux" habituels. La partie des Mémoires de Dislère présentée ici couvre ses premiers embarquements dans la Royale (Brésil, Antilles, Etats-Unis) et son séjour à Saigon, comme directeur de l'arsenal. C'est une description très intéressante de la colonie indochinoise à ses débuts, par un témoin et acteur à l'oeil critique.

208.          FAUCIGNY-LUCINGE (Charles-Marie, prince de). Dans l'ombre de l'histoire. Souvenirs inédits du petit-fils du duc de Berry. Publiés par André Castelot avec introduction et notes.  André Bonne,  1951, in-8°,  296 pp, broché, couv. illustrée, manque la page de faux-titre, bon état (Bertier, 392)

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Souvenirs de 1830 à 1848. — "Le lecteur, qui ne croit pas que la petite histoire fasse injure à la grande, trouvera dans ces pages au ton alerte et enjoué une mine d'anecdotes éclairantes et de notations perspicaces. Le Prince de Faucigny-Lucinge (1824-1910) avait pour mère une fille du duc de Berry (assassiné par Louvel en 1820), née elle-même de l'union que le duc avait contractée, à Londres, pendant l'émigration, avec une anglaise : Amy Brown. Il aime à décrire les temps et les lieux où s'encadrent ses souvenirs ; il excelle à camper, des plus humbles hôtes de sa vie parisienne et estudiantine aux plus vénérables personnages de Venise, de Vienne ou de Frohsdorf, ceux que sa naissance lui fit un devoir de fréquenter ou de servir. Son « âme de courtisan » ne l'empêche, pas de révéler, avec un tact charmant, l'intimité, souvent touchante et parfois pittoresque, des cours régnantes ou exilées ; il se plaît à évoquer l'atmosphère des Champs-Elysées dans les années 1840, l'ambiance du faubourg (où à l'occasion Alfred de Vigny ne dédaigne pas de pontifier) ; même il évoque mais avec la prudence requise le « bastringue Valentino ». Des pages trop courtes et riches en détails instructifs..." (François de Prunières, Etudes, 1952)

209.          FIETTE (Suzanne). De mémoire de femmes. L'histoire racontée par les femmes de Louis XVI à 1914.  Perrin,  2002, gr. in-8°,  382 pp, biblio, cadre chronologique, index, broché, couv. illustrée, bon état

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Sur plus d'un siècle, du règne de Louis XVI à la veille de la Grande Guerre, la mémoire féminine s'est attachée aux ruptures et aux mutations sociales de ces temps de révolutions. Exclues de l'action, réduites à l'observation ou à l'influence mondaine, des dames de cour ou de la haute société ont tenté de décrire mais aussi d'expliquer leurs expériences successives, de comprendre l'enchaînement historique. A partir de leurs souvenirs et de leurs lettres, l'auteur brosse la fresque d'une histoire de France vue par les femmes. La première génération est politique, et juge le passé comme responsable du présent : les inconsciences de l'Ancien Régime engendrent une Révolution, la Révolution le despotisme, mais également la renaissance sociale et la fusion impériales ; l'émigration provoque la longue division du royalisme, et d'abord l'illusion mortelle de la Contre-Révolution. Malgré le rejet commun d'une Révolution devenue sanglante et spoliatrice, la plupart d'entre elles ont été imprégnées de la culture et des valeurs des Lumières : liberté, mérite, utilité, et ce patriotisme qui voit aussi dans l'unité nationale la sauvegarde d'une élite adaptée à son temps, faisant du préjugé de naissance un réalisme politique. 1848 est une coupure majeure, avec la menace d'une révolution sociale, la révélation des utopies socialistes qui ont nourri déjà l'expression de nouveaux féminismes, ouvriers et intellectuels : les temps, désormais, ne cesseront plus d'être «révolutionnaires». Dans une bonne société de plus en plus amalgamée, la religion devient le critère politique essentiel, facteur espéré de stabilité hiérarchique, mais menant souvent, aussi, à l'indifférence politique. Croissante depuis le début du XIXe siècle, l'étroitesse défensive de l'éducation des filles contraste non seulement avec la liberté féminine du temps des Lumières, mais avec l'aspiration à une émancipation qui serait une nouvelle adaptation, non à la politique, mais à une société en pleine modernisation. Fondée sur la culture volontaire et l'adoption mondaine de la littérature et des arts, cette conquête de la liberté personnelle entraîne la prédominance spontanée de l'autobiographie, et la description de la société à travers elle. — « Le goût passionné de l'étude doit tenir quelque chose de celui de la liberté », affirme Victorine de Chastenay dans ses Mémoires. De bonne noblesse bourguignonne, surdouée (elle lit dès l'âge de 10 ans Plutarque et Racine), libérale, observatrice directe de la Révolution, elle est imprégnée de la culture et des valeurs des Lumières. Voici l'une des dames de la cour ou de la haute société que Suzanne Fiette suit au fil de ses mémoires pour nous brosser le tableau, sur plus d'un siècle, d'une histoire de France vue par les femmes. Pour les femmes, note l'auteur, écrire est une façon de s'affirmer dans l'espace public et de participer au grand débat, ouvert depuis le début du XIXe siècle, sur l'éducation des femmes. Exclues de l'action, cantonnées dans le domaine privé ou limitées à l'influence mondaine, « nos dames » ne donnent qu'un tableau partiel de leur temps, en passant par l'autobiographie. Elles semblent plus attentives à leur milieu qu'au sens des événements et leurs témoignages tombent volontiers dans l'anecdote. Seule Mme de Staël exprime cet engagement politique et cette lucidité analytique de l'écrivain qui font d'elle le champion de l'émancipation féminine. Des salonnières de l'Ancien Régime (Julie de Lespinasse, Elisabeth Vigée-Lebrun) aux femmes de lettres de la fin du XIXe siècle (Gyp, Elisabeth de Gramont), toutes, cependant, témoignent de la liberté d'esprit des élites cultivées qui permet le rapprochement des classes et qui ouvre la voie à l'égalité des sexes. À travers le prisme de la mémoire féminine, Suzanne Fiette présente ainsi le processus de fusion de la noblesse avec la bouigeoisie, déjà étudié dans la Noblesse française des Lumières à la Belle Époque (Perrin, 1997). Se plaindra-t-on de l'abondance des documents cités ? Cet ouvrage constitue une mine pour l'histoire des mentalités." (Regina Bollhalder Mayer, Revue des Deux Mondes, 2003)

210.          GRAMONT (Elisabeth de Clermont-Tonnerre, E. de). Mémoires. 1. Au temps des équipages.  Grasset,  1928, in-12,  246 pp, broché, bon état

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Premier volume des mémoires d’Elisabeth de Gramont, Au temps des équipages a paru, pour la première fois, aux éditions Grasset en 1928. L’auteur revient sur son illustre famille, notamment sur son grand-père, proche de Louis-Philippe, puis ministre de Napoléon III. Elle relate son enfance dans un des plus beaux hôtels particuliers du XVIe arrondissement de Paris, les réceptions données par ses parents, où se croisaient les personnes les plus « gratin » de la capitale, comme la duchesse de Luynes et le baron de Rothschild, ses mois d’août à Cannes, avant que les Anglais ne prennent possession la ville. En plus d’être le portrait d’un monde orgueilleux, frivole et exquis, destiné à disparaître bientôt, celui-là même que décrit Marcel Proust dans A La recherche du temps perdu, Au temps des équipages raconte les débuts dans la vie d’une jeune fille passionnée : ses premiers spectacles à l’Opéra Garnier, ses premiers émois littéraires, Vigny, Baudelaire, Shakespeare, son premier voyage à Londres, qu’elle adore et où elle lit, pour la première fois, Le Portrait de Dorian Gray... C’était l’époque où les sabots des chevaux résonnaient au Bois, l’époque où le duc d’Aumale recevait dans son château de Chantilly, où les valets de pied accueillaient encore les convives et montaient la garde aux perrons des maisons.  Elisabeth de Gramont nous rouvre les portes de son monde doré.

211.          HANOTAUX (Gabriel). Mon Temps.  P., Société de l'Histoire nationale, Librairie Plon,  1933-1940, 3 vol. in-8°,  354, 531, et v-368 pp, 317 illustrations au trait par Paul Baudier et Henry Wanner dans le texte, reliures demi-basane lie-de-vin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, auteur, titre et tomaisons dorés, couv. conservées (rel. de l'époque), dos lég. frottés, bon état

            150

Passionnants mémoires de Gabriel Hanotaux (1853-1944), diplomate et historien. — Chef de cabinet au ministère des Affaires Etrangères au temps de Gambetta et de Ferry, conseiller à l'ambassade de Constantinople, directeur au ministère, enfin ministre des Affaires Etrangères quatre années durant, de 1894 à 1898 (avec une courte interruption), il nous raconte ici son enfance picarde, ses études à Paris, ses souvenirs d'un siècle à l'autre, Gambetta et Jules Ferry... Ces volumes seront interdits par la censure pendant l'Occupation. Tome I : De l'Empire à la République (I. La province. Les enfances. II. Paris. L'étudiant) ; Tome II : La Troisième République. Gambetta et Jules Ferry ; Tome III : Visages et paysages. – Un quatrième tome, posthume, a été publié en 1947.

212.          HÉRISSON (Comte d'). Journal d'un officier d'ordonnance (juillet 1870-février 1871).  P., Ollendorff,  1885, in-12,  v-384 pp, neuvième édition, reliure demi-basane verte, dos lisse à doubles filets pointillés (rel. de l'époque), rousseurs, bon état

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Le capitaine Maurice d'Hérisson, après avoir participé à la conquète de Pékin avec le général Cousin de Montauban, a appartenu à l' état-major du général Trochu et a assisté Jules Favre lors des négociations avec Bismarck. Il raconte ici sa guerre de 1870 contre les Prussiens. Excellent journal, rempli d'intéressants détails et anecdotes sur Paris pendant le Siège. — "Un volume au titre modeste, consacré en grande partie au siège de Paris par les Allemands. L'auteur, simple capitaine de mobiles, devenu officier d'ordonnance du général Trochu, parlant facilement plusieurs langues étrangères, et en particulier l'allemand, a été souvent chargé de missions importantes ; s'est trouvé en contact, à plusieurs reprises, avec des hommes considérables français, allemands et même americains ; il a pris part à de grands événements et les raconte dans son livre avec un charme inexprimable. Son ouvrage est amusant, saisissant, intéressant au dernier point. Nous allons l'analyser rapidement. Le comte d'Hérisson, capitaine de mobiles, ayant fait l'expédition de Chine auprès du général de Montauban, se trouvait à New-York au moment de la guerre avec la Prusse. II s'embarque aussitôt, vient à Paris trouver le ministre de la guerre, son ancien général, qui le dirige sur le camp de Châlons. Connu du général Schmitz, chef d'état-major de Trochu, il est attaché comme officier d'ordonnance à ce dernier général avec lequel il revient à Paris. II prend au siège la part la plus active, est journellement envoyé en mission, et, au moment des négotiations, il est cédé à M. Jules Favre, qu'il accompagne, lorsqu'il s'agit de conclure l'armistice. Bien accueilli par les officiers allemands et par M. de Bismarck lui-même, il voit à plusieurs reprises ce dernier et M. de Moltke dans les conférences. II peint avec un grand brio ces différentes circonstances ; enfin, il est le héros de deux aventures curieuses : l'une relative à M. de Moltke, l'autre relative à M. de Bismarck, auquel il arrache in extremis une concession heureuse pour l'armée de Paris, et cela par sa seule initiative. Ce livre contient des appréciations très vraies et très justes sur les troupes, leur mise en route et le désordre qu'elles montrèrent dans les premiers moments de la guerre et au camp de Châlons. Un long épisode relatif au départ de l'impératrice de Paris, quelques mots élogieux sur la façon noble et digne avec laquelle la princesse Marie-Clotilde s'est retirée, enfin différents épisodes racontés de la façon la plus amusante nous ont paru de nature à intéresser les lecteurs, quels qu'ils soient. Une fois le volume commencé, on a de la peine à l'abandonner. Terminons en disant que le capitaine d'Hérisson, malgré les obligations qu'il a eues au loquace général Trochu, et tout en cherchant à l'exonérer des fautes qu'on lui a reprochées, tout en cherchant à expliquer sa conduite au 4 septembre et ses opérations pendant le siège, ne peut s'empêcher de laisser percer ce qu'il pense sur cet officier général, plus éloquent discoureur que grand chef militaire. L'auteur a imité en cela le général Lebrun qui, lui aussi, n'a pas craint de laisser entrevoir dans son livre la verité sur le duc de Magenta." (Baron A. Du Casse, Revu Historique, 1885)

213.          HERRIOT (Edouard). Jadis. Avant la Première guerre mondiale.  Flammarion,   1948, in-8°,  268 pp, reliure demi-basane verte à coins, dos à 4 nerfs soulignés à froid, auteur et titre dorés (rel. de l'époque), dos lég. frotté, bon état

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Premier volume (sur 2) des souvenirs de Edouard Herriot (1872-1957). Fils d’un officier d’infanterie, il obtint une bourse pour préparer l’École normale supérieure. Il y fut reçu en 1891, et obtint en 1893 son agrégation de lettres, qui lui ouvrit les portes d’une brillante carrière d’universitaire. Il fut d’abord professeur à Nancy, puis à Lyon, en classe de rhétorique. Après un premier ouvrage consacré à Philon le Juif et l’école d’Alexandrie, couronné par le prix Victor Cousin de l’Académie des Sciences morales et politiques, il soutint sa thèse de doctorat sur Madame Récamier. À Lyon, il s’engagea dans l’Affaire Dreyfus aux côtés d’Emile Zola, Anatole France et Charles Péguy, et fonda la section lyonnaise de la ligue des Droits de l’Homme. Il entra véritablement en politique dans le sillage du maire de la capitale des Gaules, Augagneur, qui, en 1904, le prit sur sa liste aux élections municipales. Herriot allait lui succéder à la mairie en 1905. Figure montante du parti radical, il fut élu en 1912, à quarante ans – l’âge minimum requis –, sénateur du Rhône...

214.          JOHNSTON (William M.). Vienne impériale, 1815-1914.  Fernand Nathan,  1982, in-4°,  334 pp, très nombreuses illustrations et photos en noir et en couleurs, biblio, index, reliure percaline brune de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état

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Sommaire : Le Biedermeier, baroque de la bourgeoisie (1815-1848) ; Les années du Ring : François-Joseph et la culture "des apparences" (1848-1890) ; Les années du paradoxe (1890-1914). —  "L'universitaire américain William Johnston est un auteur irremplaçable parce qu'il aborde des pans décisifs de « l'esprit viennois » souvent négligés par ses prédécesseurs et collègues. Johnston a souvent un regard neuf sur Vienne, il a le sens des rapprochements inattendus et des synthèses stimulantes. Un livre copieux qu'il faut lire à tout prix si l'on désire comprendre non seulement l'apport de Vienne, mais tout simplement ce qu'a été Vienne..." (Claude Glayman)

215.          LALOY (Emile). La diplomatie de Guillaume II. Depuis son avènement jusqu'à la déclaration de guerre de l'Angleterre, 1888 - 4 août 1914.  Editions Bossard,  1917, in-8°,  432 pp, broché, couv. salie, bon état. Peu courant, envoi a.s.

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"Guillaume II ne cessa de préparer le renouvellement des victoires de 1866 et de 1870, résolu à saisir la première occasion. A quatre reprises avant 1914, il a donc tenté de faire la guerre : en 1891, peu après son avènement, en 1902, en 1909 et en 1911, lors des affaires du Maroc. M. Laloy a esquissé une histoire générale de la politique du kaiser pendant les vingt-six premières années de son règne. Il rejette le « masque » des discours officiels et des déclarations retentissantes ; il s'en tient aux faits, dont il révèle bon nombre au public français, principalement d'après des publications anglaises qui jusqu'à présent n'avaient pas encore été signalées chez nous. Les derniers chapitres du volume sont consacrés aux tragiques journées qui ont précédé l'explosion de la guerre ; on y trouvera, comme dans toutes les autres parties de l'ouvrage, beaucoup d'observations nouvelles et pénétrantes avec un incontestable talent d'exposition." (Revue Historique, 1919) — Table : Caractère de Guillaume II. – Les débuts diplomatiques de Guillaume II. – Les premiers zigzags diplomatiques de Guillaume II. – La guerre hispano-américaine, l'expédition de Chine et l'alliance anglo-japonaise. – Tanger et Algésiras. – La seconde conférence de La Haye et l'influence du roi Edouard. – François-Ferdinand et l'annexion de la Bosnie. – Guillaume II et l'Angleterre d'Algésiras à Agadir. – Agadir : conséquences de l'acte d'Algésiras. – Les guerres balkaniques. – Le conflit austro-serbe. – La déclaration de guerre à la Russie. – Guillaume II et la neutralité anglaise. – Les concessions de l'Autriche.

216.          LEMOINE (Joachim de). Bilan du Féminisme mondial.  Bruxelles, Vanderlinden et P., Félix Alcan,  1913, pt in-8°,  446 pp, reliure demi-percaline havane à coin, dos lisse ave titres, fleuron et doubles filets dorés, couv. et dos conservés (rel. de l'époque), bon état (Coll. Sociologie contemporaine). Rare

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Une curiosité. "Une revue méthodique des événements dont l'ensemble prouve l'intensité profonde et la vaste expansion prise par le féminisme dans le monde entier", par Joaquín de Lemoine (Cochabamba, Bolivie, 1850 – Bruxelles, Belgique, 1924), poète, écrivain, avocat et diplomate (consul général de Bolivie en Belgique). Ouvrage dédié à Madame Raymond Poincaré.

217.          [Littérature] – LOUYS (Pierre). Les Chansons de Bilitis, traduites du grec, suivies de Chansons modernes.  P., Editions Montaigne, Fernand Aubier éditeur,  1929, in-8°,  217 pp, avec 2 fac-similés de pages du manuscrit, dont un en frontispice, reliure demi-chagrin carmin à coins, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés, filets à froid sur les plats (rel. de l'époque), dos lég. frotté, coiffes lég. abîmées, qqs rares rousseurs, bon état (Coll. Œuvres complètes). Edition tirée à 1800 exemplaires numérotés, celui-ci un des des 1720 ex. sur Alfa teinté (n° 219)

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Jolie édition de ce recueil de poésies érotiques, initialement publié en 1894. Les Chansons de Bilitis est un ensemble de 143 poèmes en prose, et reste son œuvre la plus connue. Lors de sa publication, Louÿs fit passer ces poèmes pour une traduction d'une poétesse grecque contemporaine de Sappho, Bilitis, une courtisane de la Grèce antique. La mystification ne dura pas longtemps. Ce recueil de courts poèmes en prose est marqué par les influences du Parnasse hellénisant et du symbolisme avec un profond goût de la sensualité, du bucolique (dans sa première partie) et de l'érotisme élégant. Les évocations naturelles et précieuses y côtoient ainsi des scènes érotiques ardentes, dans un style parfait.

218.          [Littérature] – LOUYS (Pierre). Psyché. Suivi de La fin de Psyché par Claude Farrère.  Albin Michel,  1927, in-12,  252 pp, reliure demi-basane mordorée, dos à 4 faux-nerfs guillochés, caissons ornés en long noirs et dorés, pièce de titre basane vermillon, tête dorée (rel. de l'époque), dos lég. passé, bon état (Coll. Œuvres complètes). Edition en partie originale sur papier courant. Exemplaire fort bien relié

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Roman inédit, inachevé, publié par Claude Farrère.

219.          MAYEUR (Françoise). L'Education des filles en France au XIXe siècle.  Hachette,  1979, in-8°,  207 pp, biblio, broché, bon état (Coll. Le Temps et les hommes)

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Françoise Mayeur montre comment s'est imposée au XIXe siècle l'idée que l'on doit aux jeunes filles une instruction dépassant les rudiments. Mais pas à toutes les jeunes filles, même pas à toutes celles de la bourgeoisie. Et à des fins bien diverses. L'Eglise y voit un moyen de reconquête des élites, puisque les hommes lui échappent. Les partisans de la laïcisation, au contraire, croient par là saper l'influence cléricale. Tous affectent de vouloir une plus grande harmonie du ménage. Ces visées, qui espéraient laisser intact l'ordre familial, furent dépassées. Les mœurs entraînèrent les institutions éducatives. Une fois instruite, la femme bourgeoise pose à son tour le problème du travail féminin, bouscule les images de la famille et de la maternité. Comme souvent, la question d'éducation finit par déboucher sur un débat de société. Autant de considérations, toujours actuelles, qui amplifient l'écho de ce beau livre, devenu, dès sa sortie, l'ouvrage de référence sur le sujet. — "Auteur d'une thèse remarquée sur l'enseignement secondaire féminin, Françoise Mayeur revient sur le sujet, en élargissant, dans cet ouvrage où elle veut rendre compte à la fois de l'évolution des principes éducatifs et de l'appareil d'instruction des filles au cours du siècle dernier. Tâche ambitieuse, vu l'état des recherches dans ce domaine où l'on ignore presque tout des milieux populaires, mais qui a le mérite de dégager les pistes qu'il faudra désormais baliser. Avec une érudition, un souci du détail et de la nuance, F. Mayeur s'attache à replacer les faits dans leur contexte, à indiquer les multiples dimensions sous lesquelles se présente l'éducation des filles..." (François Gresle, Revue française de sociologie, 1980)

220.          MERLAT-GUITARD (O.). Louis-Napoléon Bonaparte de l'exil à l'Elysée.  Hachette,  1939, in-12,  286 pp, broché, couv. illustrée, bon état

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"Un portrait de Louis Bonaparte jeune où Mme Odette Merlat-Guitard. nous décrit la vie du futur empereur « de l'exil à l'Elysée ». Après avoir posé le problème de la naissance de Napoléon III et nous avoir laissé dans le doute devant lequel il est resté lui-même à ce sujet, elle nous montre que Louis-Napoléon Bonaparte n'avait « rien de Napoléon Ier », comme osa le lui dire avec une brutale insolence le prince Napoléon, fils du roi Jérôme. Il avait au contraire de nombreux traits de ressemblance avec sa mère, la reine Hortense : superficiel, rêveur, sensible, inconséquent et changeant comme elle... (...) Ce qu'il avait de commun avec Napoléon Ier – comme d'ailleurs avec sa mère, – c'était une sensualité se satisfaisant en des amours ausst rapides que brutales. Le roi Louis, frère de Napoléon, souffrit beaucoup de l'inconduite de la reine Hortense, dont il vécut presque tout le temps séparé, et l'impératrice Eugénie, de celle de Napoléon III. Pendant les années de sa jeunesse, qu'il passa en Italie, il mena toujours de front ses aventures amoureuses et ses intrigues politiques avec les Carbonari pour renverser le gouvernement pontitical qui lui donnait asile à luil et à toute sa famille ; il fut rappelé maintes fois à l'ordre sur ces deux chapitres par son père Louis, qui n'avait d'ailleurs aucune influence sur lui. M. Merlat-Guitard décrit en plusieurs chapitres sa vie de conspirateur en Italie quand, avec son frère .Napoléon, il prit part à l'insurrection de la Romagne contre le Pape. Il y poursuivait ces rêveries politiques qui devaient lui faire commettre tant de fautes quand il fut empereur... (...) Après la vie mondaine qu'il avait menée en Angleterre, il passa plusieurs « années de recueillement » au château d'Arenenberg, près du lac de Constance, où sa mère avait fixé sa résidence. Comme Napoléon avait commencé par être officier d'artillerie, il étudia cette arme sur laquelle il écrivit un traité en môme temps qu'il publiait un livre qu'il mtitula “Rêveries politiques”. (...) Il sortit de ce recueillement reatif pour tenter de soulever contre le gouvernement de Louis-Philippe la garnison de Strasbourg et marcher à sa tête sur Paris, comme son oncle l'avait fait à son retour de l'île d'Elbe. Mme Merlat-Guitard raconte en détail la préparation de ce coup d'Etat et aussi son lamentable échec en moins de deux heures (30 octobre 1836). Toujours débonnaire envers la reine Hortense et son fils, Louis-Philippe, au lieu d'ordonner contre le prince des poursuites, le fit expédier aux Etats-Unis où son oncle, l'ancien roi d'Espagne Joseph, refusa de le recevoir. Le séjour au Nouveau Monde déplut à Louis-Napoléon, et il se retira en Angleterre, son pays de prédilection, où il mena une vie mondaine. Londres était une ville qui pour les plus ardents au plaisir (Louis-Napoléon était de ceux-là) ne manquait pas d'attraits. Les dandys et tout ce monde un peu équivoque qui évoluent autour de Gore House et de la belle lady Blessington, accueillirent de bon cœur le prince Louis qui devint un des hôtes favoris de Gore House et un ami de l'inquiétant comte d'Orsay. En même temps, le prince, devenu, depuis la mort du duc de Reichstadt, en 1832, l'héritier de Napoléon Ier, poursuivait le rétablissement de l'Empire en écrivant une suite à ses “Rêveries”, les “Idées napoléoniennes”, qui parurent en 1839. Ce volume était à la fois un violent réquisitoire contre la Monarchie de juillet et un exposé du programme que prétendait réaliser le prince en le mettant sous le patronage de son oncte. It avait pour objet de rallier à la cause de l'Empire la bourgeoisie et les républicains et de rassurer les ouvriers. L'année 1840 fut une année difflcile pour la France et son gouvernement. La politique de Thiers en Orient, l'appui qu'il y prêta à Mehemet Ali, amena avec l'Angleterre une tension qui risquait d'amener la guerre et qui provoqua une crise ministérielle. Bonaparte crut le moment favorable pour une nouvelle tentative d'insurrection. Cette fois, il s'agissait de s'emparer du port de Boulogne avec une troupe venue d'Angleterre, puis de prendre cette ville comme base d'opérations pour une marche sur Paris. L'échauffourée de Boulogne (6 août 1840) dura moins que celle de Strasbourg : trois des conjurés furent tués, d'autres blessés ; le prince fut fait prisonnier. Cette fois on ne le lâcha pas ; avec 21 autres personnes il fut traduit devant la Cour des pairs pour « crime d'attentat à la sûreté de l'Etat » et malgré l'éloquence du grand orateur royaliste Berryer auquel il avait confié sa défense, il fut condamné ; le 9 octobre 1840, et enfermé au fort de Ham avec plusieurs de ses complices. Il y vécut plus de cinq ans jusqu'à son évasion, le 29 mai 1855, déguisé avec les vêtements d'un maçon qui s'appelait Badinguet. Moins de deux ans après, éclatait la Révolution de 1848 qui, en renversant la Monarchie de juillet et la remplaçant par la République, allait faire, de l'ancien détenu de Ham, d'abord un représentant du peuple, puis le président de la République, ce qui lui donna le moyen de préparer, cette fois avec succès, un coup d'Etat qui mit le comble à toutes ses ambitions en le portant au pouvoir d'abord comme prince président de la République, puis comme empereur. La dernière partie du livre de M. Merlat-Guitard décrit cette rapide ascension qui conduisit le fils de la reine Hortense au pouvoir suprême." (Jean Guiraud, La Croix, 26 février 1939)

221.          OLLIVIER (Emile). Philosophie d'une guerre, 1870.  Flammarion,  1917, in-12,  352 pp, broché, bon état (Coll. Bibliothèque de Philosophie scientifique)

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Bien que personnellement favorable à la paix, Emile Ollivier (1825-1913) se laisse dépasser par Gramont et par les partisans de la guerre. À la suite de la dépêche d'Ems (13 juillet), et sous la pression populaire, il annonce, le 15 juillet 1870 devant le Corps législatif, la déclaration de guerre à la Prusse, disant maladroitement : « Cette guerre, nous la déclarons d’un cœur léger », il l'officialise le 19 juillet 1870 et restera pour la postérité l'homme au cœur léger. Les premiers revers fournissent à la Chambre l'occasion de le renverser, à une écrasante majorité, le 9 août 1870. Exilé en Italie jusqu'en 1873, battu dans le Var aux élections de 1876 et de 1877, il consacre le reste de sa vie à se justifier, notamment dans les dix-sept volumes de son “Empire libéral”. A partir de 1879, il se consacre essentiellement à l'écriture, jusqu'à sa mort.

222.          [PIERRE, Victor]. Les Elections de 1863. Mémoire pour servir à l'histoire contemporaine.  P., Dentu,  1863, in-12,  vi-311 pp, préface signée "Victor Pierre", reliure demi-chagrin havane, dos à 5 nerfs filetés et soulignés à froid, titre doré (rel. de l'époque), exemplaire très bien relié mais avec traces d'humidité ancienne aux premiers et derniers feuillets, bon état. Rare

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"C'est un monde qu’une période électorale. Qu'il nous suffise de noter à grands traits les questions qui se posèrent, pendant celle de 1863. Elle démontra, dès l’abord, avec éclat, la fausseté du calcul impérial. Napoléon III avait espère dresser l’une contre l’autre les oppositions : il avait espéré démontrer aux Français l’utilité de son pouvoir, la nécessité de son absolutisme, en laissant se manifester les excès catholiques ou les excès libéraux. Il n’avait réussi qu’à ranimer chez tous le désir de plus de liberté, de plus de puissance. (...) Tous, républicains, orléanistes, légitimistes, catholiques, qui avaient connu tour à tour la dure pression du gouvernement, budgétaires ou protectionnistes, brouillés avec l'Empire, exclus du bénéfice de la candidature officielle, ils allaient avoir le même programme commun, celui que les Cinq avaient formulé dans leurs amendements successifs, et dont tous avaient appris à connaître le prix. Ils ne pouvaient les uns ni les autres exprimer leur idéal ; ils ne pouvaient, sous peine d’être frappés, réclamer le rétablissement de la République ou faire du retour de leurs princes un article de leur programme. Mais comme Jules Favre ou Ernest Picard ils allaient réclamer le droit de contrôle des représentants, la liberté de la presse, l'autonomie municipale, un suffrage universel sincère, non truqué, le vote du budget par article ; ils y ajouteraient la diminution des impôts et la réduction de l’armée ; et quelques orléanistes même ne craindraient point de parler de la nécessité de relever la condition des classes pauvres. Le programme de la bourgeoisie orléaniste devenait ainsi le même que celui de la bourgeoisie républicaine. Pourquoi une alliance étroite ne se serait-elle pas refaite contre un pouvoir oppresseur, comme elle s'était faite en juin contre le prolétariat. La différence serait cette fois que l’on admettrait le prolétariat : on avait besoin de ses voix. C'est ainsi qu'il fut question sur ce programme commun de constituer tous les opposants à l’Empire en une vaste Union libérale. On y renonça ; on se contenta d’un accord tacite, mais évident. Ceux qui avaient gardé le souvenir le plus vif des événements de 1848, ceux qui avaient souffert de la perfidie des républicains du lendemain avaient en effet manifesté de l’opposition. Surtout les chefs républicains commençaient à sentir que les ouvriers parisiens les suivaient moins docilement. A l'heure où, pour agir plus efficacement, ils songeaient à s’adjoindre « des orateurs », à l'heure où Émile Ollivier insistait auprès de Thiers, qui faisait la petite bouche, pour qu’il acceptât une candidature, quelques prolétaires déclaraient qu'ils ne pouvaient voter pour le massacreur de la rue Transnonain. Enfin, il faut bien le dire, les querelles mesquines des républicains bourgeois, n'étaient point propres à leur assurer l’appoint des forces ouvrières. De fait, ce n’était point un bien beau spectacle que celui donné alors par les protagonistes de l’opposition républicaine ou prétendue telle. Chaque petit groupe prétendait conduire le mouvement, exercer « sa dictature ». Qu'on lise le récit de ces élections dans le petit livre impartial de Victor Pierre (Les élections de 1863), paru au lendemain de la lutte, ou dans le chapitre que M. Émile Ollivier leur a consacré (Empire libéral, VI, 215), on éprouvera la même impression d’une cuisine électorale fort déplaisante. En l’absence d’un contrôle suffisant de l'opinion publique, ou plutôt d’un corps électoral politiquement éduqué, tous les ambitieux intriguaient : les listes se faisaient et se défaisaient à leur gré : et dans la quasi-certitude où ils étaient, que le peuple uniquement soucieux de marquer son opposition à l’Empire, voterait pour la liste qu’on lui proposait, tous les aspirants candidats luttaient, dans la coulisse, avec âpreté, pour savoir qui ferait la liste et l’imposerait..." (Jean Jaurès, Histoire socialiste, tome 10 : Le second Empire)

223.          POLEJAÏEFF (Pierre). Six années : la Russie de 1906 à 1912. Adapté du russe et précédé d'une introduction par Gaston Dru.  Plon,  1912, in-8°,  258 pp, traduit du russe, accompagné, pour la période 1906-1907, d'une substantielle préface du traducteur G. Dru, broché, bon état

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"il s'agit probablement d'un des ouvrages les plus importants sur cette période, avec des interviews des principaux auteurs politiques et de Stolypine lui-même par un journaliste français, Gaston Dru. Cet ouvrage très documenté et favorable à Stolypine est précédé d'une étude de Gaston Dru qui donne la substance d'une vaste enquête auprès des principaux leaders politiques de l'époque appartenant aussi bien à la majorité qu'à l'opposition." (Patrick de Laubier, 1905 : mythe et réalité de la grève générale : Le mythe français et la réalité russe, 1989) — "M. Poléjaïeff a écrit le panégyrique de Stolypine. M. Gaston Dru a adapté du russe cet ouvrage et l'a surtout fait précéder d'une introduction qui, pour beaucoup de lecteurs français, en sera la partie la plus intéressante. Il y révèle, en effet, avec cette verve qu'il sait mettre dans ses articles et interviews, les conversations qu'il a eues lui-même avec certains chefs des trois grands partis conservateurs ou tenants de la traditionnelle autocratie, cadets ou constitutionnels démocrates, et octobristes ou partisans des réformes rationnelles. Son clair exposé aidera à comprendre les pages un peu denses de M. Poléjaïeff. De celles-ci, une double impression se dégage. D'abord celle du désarroi de la Russie en 1906, à la suite de son écrasement par le Japon et de la révolution intérieure, qui semblait devoir anéantir l'Empire. Pour ne citer qu'un trait, le tableau des écoles est spécialement navrant et suggestif : beaucoup d'instituteurs étaient des révolutionnaires au passé douteux, des séminaristes défroqués, des dégénérés, des alcooliques. Ils enseignaient l'athéisme, suspendaient les icones à l'envers, payaient aux popes, pour qu'ils ne fissent pas le catéchisme, le double du prix de la leçon ; remplissaient les bibliothèques scolaires d'ouvrages socialistes et remplacaient les chants religieux ou nationaux par des hymnes à l'anarchie. C'est alors qu'on vit « un gamin de quatorze ans tirer sur le professeur qui l'avait refusé à un examen et une fillette de quinze ans, exaltée par les proclamations révolutionnaires, abattre, en pleine rue, un officier à coups de revolver ». Mais non moins que de cette terrible décadence, l'histoire des Six Années nous donne l'impression de l'étonnante vitalité de l'empire russe, de la souplesse même avec laquelle cet énorme organisme s'est repris et a pu trouver en lui-même les sources de sa régénération. On peut assurément ne pas tout approuver du gouvernement de Stolypine. Et le programme lui-même des réformes, et leur mode d'exécution nécessiteraient plus d'une réserve, ainsi que les théories émises çà et là par M. Poléjaïeff. Mais on ne peut se défendre, après avoir lu ce livre, d'une véritable admiration pour l'homme qui sut concevoir et accomplir, en un si court espace de temps, au milieu de tant d'obstacles et dans un empire si colossal, un tel ensemble de réformes. C'est donc le sentiment de tous les lecteurs que M. Gaston Dru exprime, lorsqu'il écrit: « L'homme qui, frappé à mort au théâtre de Kieff par un de ces anarchistes qu'il avait combattus avec tant d'âpreté et de courage, se tourna, avant de tomber dans les bras de ceux qui l'entouraient, vers la loge impériale et fit. de sa main sanglante le signe de la croix, avait au cours de ces six années de pouvoir bien mérité de sa patrie et de son souverain. »." (Joseph Boubée, Revue Etudes, 1913)

224.          PRIOURET (Roger). Origines du patronat français.  Grasset,  1963, in-8°,  283 pp, notes et biblio, broché, bon état

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"R. Priouret a dépouillé un journal patronal, le “Moniteur industriel” ; c'est la matière première essentielle de cette étude sur les débuts de l'action patronale organisée, de la Restauration à la fin du Second Empire. Il ne s'agit pas, en effet, d'une histoire de la catégorie sociale constituée par les chefs d'entreprise, mais d'une histoire de leur organisation, histoire que l'auteur aurait poursuivi plus avant s'il avait pu avoir accès aux archives du Comité des forges, officiellement créé en 1864. L'auteur n'en apporte pas moins des précisions sur l'origine sociale des patrons du XIXe siècle. Il décrit des carrières. A l'intérieur de cadres économiques qu'il esquisse à grands traits, il campe avec vigueur des caractères dont il nous fait revivre, dans un style alerte et direct, les passions et les craintes, et dont il nous montre les démarches, les succès et les déboires. Le suspense même (on pense à la signature du traité de libre échange de 1860) n'est pas absent de cet ouvrage qu'on lit avec plaisir." (Bernard Mottez, Sociologie du travail, 1964) — "Il s'agit ici de l'histoire de l'organisation professionnelle des patrons industriels français. Ce sujet était jusqu'à présent une terre en friche, non seulement inconnue mais méconnue : pour l'opinion publique, l'histoire du syndicalisme patronal ne commence-t-elle pas à la loi de 1884 ? En fait, l'auteur montre comment sous l'impulsion d'Auguste Mimerel, filateur à Roubaix, se crée l'« Association de défense du travail national » en 1844. Au-delà de l'histoire d'un homme et de sa génération, ce sont les problèmes permanents du patronat qui sont évoqués : l'attitude vis-à-vis du libre-échange sur le plan extérieur, les relations avec le monde ouvrier sur le plan intérieur." (Revue française de science politique, 1965)

225.          PROUDHON (P.-J.). La Pensée vivante de P. J. Proudhon. Textes choisis et préfacés par Lucien Maury.  Stock, Delamain et Boutelleau,  1942, 2 vol. in-12,  200 et 188 pp, préface de L. Maury (p. 7-28), brochés, bon état (Coll. Etudes françaises)

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I. Autobiographie. La France. La justice. Vues philosophiques. Du gouvernement. – II. Questions sociales. La femme. Enseignement. La guerre. De la mort. Vues d'histoire. Littératures. Lettres. — "M. Lucien Maury a présenté, en 2 volumes d'extraits groupés avec soin, “La Pensée vivante de Proudhon”, dans la collection « Etudes françaises »." (J.-L. Puech, Revue d'histoire économique et sociale)

226.          RÉTIF (André). Pierre Larousse et son oeuvre (1817-1875).  Larousse,  1975, in-8°,  336 pp, 9 gravures et photos à pleine page, généalogie, biblio, reliure pleine toile brique de l'éditeur, bon état. Edition hors commerce tirée à 2000 ex. numérotés (n° 895)

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"Pierre Larousse (1817-1875), doué d'un sens aigu de la pédagogie après avoir consacré nombre d'ouvrages d'enseignement à la grammaire et à la lexicographie, décida de se lancer dans une plus vaste entreprise, la rédaction et la publication d'un dictionnaire qui contiendrait tout le savoir du XIXe siècle : Le « Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle », qui fut ainsi publié de 1863 à 1876. Le récit de cette entreprise est une prodigieuse aventure bien conforme à l'esprit du siècle, et, surtout, que c'est un livre unique pour nous renseigner sur les hommes, les pensées, les attitudes qui ont fait ce siècle... Au reste, tout ce qui à Paris tenait une plume a collaboré au dictionnaire de Pierre Larousse ; le célèbre prestidigitateur Robert Houdin lui-même ne dédaigna pas d'y révéler quelques-uns de ses tours. Mais, surtout, cet ouvrage, que Pierre Larousse l'ait voulu ou non, a repris à travers sa rédaction toute l'idéologie du XIXe siècle. Antimonarchiste et antinapoléonien, considérant Proudhon comme son maître à penser, Pierre Larousse avait fabriqué l'instrument qui allait former essentiellement les instituteurs et les enseignants qui seraient la base de la IIIe République. En cela, ce dictionnaire est une source unique sur le XIXe siècle finissant et sur les origines de la France contemporaine." (Jean Feller, Communication et langages, 1975)

227.          RICHARDT (Aimé). Ozanam, le compatissant, 1813-1853.  Artège, Lethielleux,  2018, gr. in-8°,  155 pp, annexes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état, bande éditeur conservée, envoi a.s.

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Le pape Jean-Paul II a béatifié Ozanam le 22 août 1997, sous les voûtes de Notre-Dame de Paris. Il a ainsi voulu reconnaître sa rayonnante sainteté, authentifier sa fulgurante pensée comme partie intégrante du message de l'Eglise à l'aube du troisième millénaire. Frédéric Ozanam (1813-1853) est l'une des figures les plus marquantes, avec ses amis Lamennais et Lacordaire, du catholicisme français au dix-neuvième siècle. Jeune laïc universitaire engagé dans l'Eglise, journaliste et polémiste talentueux, avocat et historien rigoureux, il est le fondateur de la Société de Saint Vincent-de-Paul, dont l'action bienfaisante se perpétue et s'amplifie de nos jours. Il faut redécouvrir cet apôtre des temps modernes, qui voulait "enserrer le monde dans un réseau de charité" . Ecoutons son cri passionné : "la foi et la prière sont les bases de tout engagement au service des plus démunis".

228.          RIGONDET (Juliette). Un village pour aliénés tranquilles.  Fayard,  2019, in-8°,  311 pp, 18 photos, 3 fac-similés, une carte, notes, sources, broché, couv. illustrée, bon état

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A la fin du XIXe siècle, face à la faillite de l'asile où l'on retient, plus qu'on soigne, les "aliénés" dans des établissements surpeuplés, des psychiatres réfléchissent à une solution alternative. Pourquoi ne pas faire sortir de ces hôpitaux les "incurables tranquilles" en les installant, contre rétribution, dans des familles, à la campagne ? Le conseil général de la Seine décide, en 1891, de tenter l'expérience. Un an plus tard, la petite ville de Dun-sur-Auron, dans le Cher, est choisie pour accueillir, "à titre d'essai" , la première "colonie familiale pour aliénés" en France. L'essai est si concluant que le nombre de familles prêtes à héberger des patients augmente de façon exponentielle. En 1913, la colonie de Dun compte plus de 1.000 malades mentaux pour environ 4.000 habitants. Appelé aujourd'hui "Accueil familial thérapeutique" , ce mode de soins existe toujours à Dun, même si les patients y sont moins nombreux qu'autrefois. En s'appuyant sur les archives hospitalières et sur des témoignages de patients, de familles d'accueil, de villageois, Juliette Rigondet raconte l'histoire de ce lieu à part dans la psychiatrie française et reconstitue l'existence de ces hommes et de ces femmes qui ont fait partie, jusqu'à leur mort, de la vie quotidienne des Dunois. Elle nourrit ainsi la réflexion sur ce que notre société fait des "fous" et de l'Autre.

229.          RODOCANACHI (Emmanuel). Byron, 1788-1824.  Hachette,  1924, in-8°,  231 pp, un portrait hors texte, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Le centenaire de la mort de Lord Byron (19 avril 1824) ne passera pas en France inaperçu. Il a déjà suscité au moins deux ouvrages très différents de caractère, mais également dignes d'être lus et retenus. – Dans le premier, M. Emmanuel Rodocanachi a fait surtout la biographie du poète, cherchant et trouvant dans son oeuvre, étudiée dans sa suite chronologique et à l'aide de documents dont plusieurs n'avaient pas encore été utilisés, le témoignage infiniment varié, incohérent ou contradictoire de ses désirs, de ses passions, de ses inimitiés, de ses enthousiasmes. – M. Roger Boutet de Monvel (La vie de Lord Byron. Plon, 393 p.) nous peint plutôt l'homme que l'écrivain. Ses travaux antérieurs sur George Brummell, sur les grands seigneurs et bourgeois excentriques de l'Angleterre le désignaient tout naturellement pour nous peindre une des natures les plus riches en matériaux déséquilibrés qu'aient produits le monde littéraire et le milieu social ; son livre se lit comme un roman." (Ch. Bémont, Revue Historique, 1924)

230.          SCHNERB (Robert). Rouher et le Second Empire. (Thèse).  P., Armand Colin et Clermont-Ferrand, G. de Bussac,  1949, in-8°,  351 pp, un portrait en frontispice et 12 pl. de gravures et photos hors texte, biblio, index, broché, couv. lég. défraîchie, qqs marques au stylo sur une trentaine de pages, état correct

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Eugène Rouher (1814-1884), « vice-empereur sans responsabilité » selon le mot d'Emile Ollivier, fut l'exécutant ponctuel de la politique de Napoléon III. Il soutint ardemment l'expédition du Mexique, qu'il appelait « la plus grande pensée du règne ». — "A Rouher, majestueux et distant dans son collier de barbe, Robert Schnerb consacre une étude que justifie l'importance politique du « vice-empereur », ou, comme disait Spuller, de « l'homme d'Etat du second Empire ». Etude solidement documentée, tenant compte des Papiers de Cerçay qui, saisis par les Allemands en 1870, ont été restitués à la France lors du traité de Versailles, et de divers autres documents : beaucoup d'imprimés et de témoignages contemporains sur Rouher et sa politique. Sans parler des études historiques proprement dites et du roman de Zola, “Son Excellence Eugène Rougon”, « mélange adroit d'erreurs volontaires et de vérités qui compose un Rouher mi-fictif, mi-historique ». L'iconographie n'a pas été négligée. Quelques planches intéressantes nous donnent ses plus belles pièces en communication. Robert Schnerb ne surfait pas son héros. « Bourreau du travail », conclut-il, « et somme toute dévoué à des intérêts qu'il crut dignes d'estime – Rouher mérite une place de choix parmi les grands bourgeois qui ont fait à leur image la France contemporaine. » (...) Le livre de Robert Schnerb est instructif. Il fait réfléchir. Cette France du second Empire si médiocre, avec ses plaisantins et son perpétuel besoin de « faire des mots » au lieu d'éviter des catastrophes et de fonder des oeuvres durables.... On y trouvera beaucoup à glaner – et plus encore à méditer." (Lucien Febvre, Annales ESC, 1951)

231.          SÉRIEYX (William). L'appel au sauveur... L'Ascension de Louis Bonaparte, 1832-1848.  Editions de France,  1935, pt in-8°,  v-312 pp, préface du prince Murat, sources et biblio, broché, bon état

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"Fervent admirateur de tout ce qui touche à l'idée napoléonienne, notre excellent confrère M. Sérieyx, dont on connaît par de précédents ouvrages le vigoureux talent d'écrivain et le haut souci d'érudition, vient de publier un livre magistral sur « L'ascension de Louis Bonaparte ». Dans cette étude minutieuse où fourmillent les détails inédits et les traits originaux, l'auteur nous révèle la psychologie intime d'un Louis Bonaparte insoupçonné jusqu'alors. Il nous montre avec quelle habileté subtile, faite à la fois de calcul réfléchi et d'audace, celui qu'on a représenté généralement comme un rêveur incapable d'esprit de suite et de décision, sut atteindre le but qu'il s'était de tout temps proposé, à travers mille péripéties, curieuses et émouvantes. Après nous avoir décrit la jeunesse de son héros, sa rencontre avec le fidèle Persigny, qui devait être pour lui le « manager providentiel », le chef d orchestre invisible, l'infatigable et courageux partisan, M. Sérieyx nous brosse avec exactitude un tableau de la situation en France lorsque Louis Bonaparte songe à sa première tentative d'accession au pouvoir. En 1832, le prince croit déjà l'opinion assez favorable pour tenter un grand coup et c'est alors l'échauffourée de Strasbourg, qui se termine par un échec. Nous assistons au procès des conjurés, à l'acquittement général qui le suit et à l'exil forcé du prince en Amérique. Impatient de rentrer en Europe, il y revient pour fermer les yeux à sa mère, la reine Hortense. Puis il se rend à Londres, où, de nouveau, il conspire avec quelques fidèles. Le 6 août 1840, nouvelle tentative. Le débarquement à Boulogne échoue. Louis Bonaparte est arrêté, jugé et condamné, malgré la splendide défense de Berryer, à la détention perpétuelle. Il est enfermé à la forteresse de Ham, s'en évade le 23 mai 1846 sous un déguisement et se réfugie de nouveau à Londres, où il attend les événements. Or, voici 1848. La révolution gronde à Paris. Le trône de Louis-Philippe s'écroule. Louis rentre en France et offre ses services au gouvernement de la République, qui le refuse. Il s'incline et retourne en Angleterre. Mais, aux élections de juin, après une campagne ardente d'une poignée de partisans, il est élu membre de l'Assemblée nationale pour Paris, pour l'Yonne, la Charente-Inférieure et la Corse. Au cours d'une séance tumultueuse, l'Assemblée valide son élection. Pourtant, après certains incidents, il feint de s'effacer et démissionne ; mais, en septembre, il est réélu triomphalement à Paris et dans plusieurs départements. Enfin, après bien des péripéties, des intrigues et des luttes, Louis Napoléon-Bonaparte est préclamé président de la République française. En réalité, dit l'auteur, personne ne s'y trompait ; la France se révélait nettement bonapartiste ; c'était bel et bien un empereur qu'elle avait voulu élire, et si elle l'envoyait à l'Elysée, c'est qu'elle ne pouvait légalement l'installer aux Tuileries. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici qu'un rapide et forcément incomplet résumé de cette remarquable étude, écrite dans un style clair, alerte et châtié, bourrée de faits, de notation originales et de portraits dessinés de main de maître. A chacune de ses pages transparaît l'admiration fervente de l'auteur pour son héros et aussi son indulgence de partisan. En écrivant « L'ascension de Louis Bonaparte », M. W. Sérieyx a su dégager l'atmosphère et la philosophie de cette époque tourmentée où le peuple inquiet cherchait un guide. C'est une contribution infiniment précieuse à l'histoire de notre pays, de 1832 à 1848. Félicitons notre confrère d'avoir évoqué avec talent et mis en lumière la figure énigmatique et attachante de celui qui devait être un jour Napoléon III, empereur des Français." (Fernand Rousselot, L'Est républicain, 5 avril 1935)

232.          TOMBS (Robert). La guerre contre Paris, 1871.  Aubier,  1997, in-8°,  380 pp, traduit de l'anglais, 22 gravures et photos, 4 cartes, appendices, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. historique)

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L’armée française a joué un rôle essentiel dans l’écrasement de la Commune par les versaillais et le parti de l’ordre. Une armée nouvelle : celle qui, depuis 1870 et la défaite face à l’Allemagne, a été vouée à une restructuration et à un endoctrinement minutieusement décrits par Robert Tombs. Ce livre nous raconte la prise de Paris, quartier par quartier : l’armée, qui avait d’abord fraternisé avec les insurgés, les écrasa sans pitié, et la répression fit plus de victimes que la Commune ne comptait de participants. Œuvre des généraux, cette répression fut non seulement une explosion de haine des soldats paysans de l’armée des versaillais à l’encontre de la population parisienne, mais aussi une épuration organisée.

233.          WÖRWAG-PARIZOT (Marianne). Sa Majesté le Roi Louis II de Bavière, 1845-1886. La vie et la mort d'un « prince de la paix » vaincu par les intrigues...  Brunoy, Editions du Montsalvat,  1996, gr. in-8°,  381 pp, 38 photos et 14 fac-similés à pleine page, sources, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale, prière d'insérer de cinq pages dactylographiées joint

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Le Roi prétendu « fou » n'existe pas car il fut trahi. Son homosexualité n'est pas prouvée car ses « journaux » furent falsifiés . Louis II de Bavière ne s'est pas noyé volontairement ou accidentellement car il fut éliminé. Voici les résultats actuels des recherches de la communauté bavaroise des chercheurs dont l'auteur fait partie. Les documents utilisés par l'auteur pour cet ouvrage sont des rapports et des témoignages datant encore partiellement de l'époque du roi. Ce sont des documents d'archives privés émanant de la communauté bavaroise des chercheurs et des textes allemands inédits. L'auteur qui est lui-même allemand les a traduit fidèlement pour la toute première fois dans la présente biographie. Certains de ces documents y sont publiés à titre de preuves avec l'aimable autorisation de leur propriétaire. — Rigoureux et exhaustif travail qui demeure l'étude la plus équilibrée sur Louis II.

 

De 1914 à nos jours

 

234.          ALARCÓN RAMÍREZ (Dariel, dit "Benigno") et Mariano Rodriguez. Les Survivants du Che.  Editions du Rocher,  1995, in-8°,  229 pp, traduit de l'espagnol, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s. de Mariano Rodriguez

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Bolivie, le 8 octobre 1967. Un groupe de dix-sept guérilleros, conduit par Che Guevara, prend position dans le ravin du Yuro. A l'issue d'un rude combat avec les forces armées. Le Che est fait prisonnier avec deux de ses compagnons. Il sera exécuté le lendemain. Seuls six hommes parviennent à réchapper du Yuro. Commence alors une fuite éperdue jusqu'à la frontière chilienne. Deux d'entre eux sont gravement blessés, dont Benigno. Pendant cinq mois, harcelés par l'armée, dénoncés par les paysans, ils vont errer dans un monde hostile et sauvage : montagnes escarpées, sécheresse ou pluies torrentielles, chaleur lourde de la jungle et froid extrême de l'Altiplano. Leur tête est mise à prix, ils sont isolés, sans aucun contact, sans nourriture, et presque sans munitions. Ces six hommes traqués, unis par leur passé de révolutionnaires, vont nouer des amitiés avec les Indiens. Ils vont espérer, chanceler, marcher, marcher encore et toujours vers la liberté. Acte d'amour et sacrifice suprême, le 15 novembre, Benigno se voit contraint d'achever son camarade El Nato, blessé à mort : « Embrasse-moi, mon frère, bien fort, et tire-moi dedans. C'est pas de chance, au moins que ma mort serve à quelque chose ». Benigno, El Nato, El Inti, Urbano, Darío, Pombo, six personnalités hors du commun, six révolutionnaires qui ont voulu se montrer dignes de cet « homme nouveau » dont rêvait le Che.

235.          ALLEAU (René). Hitler et les sociétés secrètes. Enquête sur les sources occultes du nazisme.  Grasset,  1969, in-8°,  318 pp, 46 gravures et photos hors texte, références bibliographiques, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale

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Comment Adolf Hitler a-t-il pu, pendant plus de vingt ans, marquer de son emprise le peuple allemand ? Sa doctrine, martelée dans ses écrits et ses discours, était indigente. Mais il exerçait sur les foules un pouvoir presque « magique » qui puisait son inspiration dans les mythes et les rites des sociétés secrètes qui ont toujours fleuri en Allemagne. Avec les principaux fondateurs du parti nazi, Adolf Hitler appartenait à la Société de Thulé, une redoutable confrérie à laquelle Rudolf von Sebbotendorf, le « magicien noir », avait transmis les clés magiques des fraternités racistes turques. À partir de documents inédits, René Alleau pénètre dans les arcanes de l'univers hitlérien et révèle que le nazisme a été contemporain du pangermanisme, étrangement associé au panislamisme. Dans une fresque saisissante, il dévoile les ressorts secrets de ce grand rêve historique, son caractère illuministe et manichéen.

236.          ANTONOWICZ (Gilles). Maurice Garçon. Procès historiques. L'affaire Grynszpan (1938) ; Les piqueuses d'Orsay (1942) ; L'exécution du docteur Guérin (1943) ; René Hardy (1947 et 1950).  Les Belles Lettres,  2019, gr. in-8°,  204 pp, 15 gravures et photos, sources, broché, couv. illustrée, bon état

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Maurice Garçon (1889-1967) fut l'un des plus grands avocats du XXe siècle. Parmi ses 17.500 dossiers plaidés entre 1911 et 1967, conservés aux Archives Nationales, certains attirent particulièrement l'attention. Herschel Grynszpan, le meurtrier de l'attaché culturel de l'ambassade d'Allemagne à Paris qui, en 1938, voulut par son geste dénoncer les persécutions dont les juifs allemands étaient les victimes. Les "piqueuses d'Orsay" , expression désignant les infirmières accusées, dans la panique de la débâcle de juin 1940, d'avoir tué plusieurs malades intransportables avant de fuir leur hôpital. Cinq étudiants, exécuteurs en mai 1943 à Poitiers du docteur Guérin qui, sous le pseudonyme de Pierre Chavigny, vantait dans la presse les mérites de la collaboration. Enfin, le grand résistant René Hardy, l'organisateur de la "bataille du rail", accusé d'avoir trahi et livré Jean Moulin aux Allemands. Ces quatre affaires présentent un intérêt historique majeur. Maurice Garçon y dissèque, avec son acuité coutumière, arcanes politiques et méandres de l'âme humaine. Il y révèle aussi l'étendue de son immense talent, lui qui, disait Paul Morand, "eut démontré que la malle était vide s'il avait défendu l'assassin de quelque malheureuse coupée en morceaux", tant il y avait dans sa conception de la défense une part de prestidigitation.

237.          ASTOUX (André). L'Oubli. De Gaulle 1946-1958.  JC Lattès,  1974, in-8°,  482 pp, broché, couv. illustrée, état correct

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Les Mémoires de guerre du général de Gaulle s’achèvent sur son départ du pouvoir en 1946. Le dernier tome s’intitule “Le Salut”. Ses Mémoires d’espoir commencent avec son retour en 1958. Le premier tome s’intitule “Le Renouveau”. Sur les 1.400 pages de ces ouvrages, une seule évoque la période de 1946 à 1958. C’est “L’Oubli”. L’auteur a vécu la plupart de ces années auprès du général de Gaulle, assurant la liaison avec l’immense réseau des “compagnons” qui participa à l’élaboration du “gaullisme” et contribua au retour du Général au pouvoir en 1958. Sur cette période si mal connue et si importante du gaullisme voici un récit sobre, précis, authentique. Les missions et les entrevues d’André Astoux avec le Général à Paris et à Colombey placent le phénomène gaulliste dans une optique tout à fait nouvelle. Une optique qui prend toute son importance à un moment où la pensée du général de Gaulle est oubliée.

238.          BEUCLER (André). Vingt ans avec Léon-Paul Fargue.  Mémoire du Livre,  1999, in-8°,  334 pp, préface de Jean Dutourd, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Quand Beucler "racontait Fargue", j'étais toujours étonné par la façon dont celui-ci écoutait. Il ne se lassait pas d'entendre cette biographie facétieuse, ce roman d'aventures poétiques, artistiques, citadines, mondaines, dont il était le héros. Il faut dire que Beucler narrait divinement. Il n'était pas homme de lettres pour rien. Fargue, dans son lit, la cigarette éteinte aux lèvres, éparpillant de la cendre sur son ventre dont on voyait un morceau écartant la chemise et qui paraissait tout gris, ajoutait un détail au roman de sa voix graillonnante et mélodieuse. Ces interruptions faisaient plaisir à Beucler d'une façon touchante : on devinait qu'il les enregistrait scrupuleusement afin d'enrichir plus tard, à loisir, son grand monument à l'amitié. Beucler, qui n'admirait pas seulement Léon-Paul, mais encore l'aimait et lui ressemblait, soit par nature soit par mimétisme d'amitié, ne tombait jamais dans les caricatures. Fargue tel qu'on le voit dans les bouquins qu'il lui a consacrés a toute sa densité charnelle et spirituelle. On ne l'entend pas seulement parler, on le voit marcher, être gai, être mélancolique, être transparent, être mystérieux. Beucler peignant Fargue a l'oreille de Liszt transcrivant pour le piano des chants du terroir hongrois ou bohémien." (Jean Dutourd). — En octobre 1924, André Beucler, jeune écrivain monté à Paris, fait la connaissance du poète Léon-Paul Fargue, de vingt-deux ans son aîné. C'est le début d'une amitié sans ombre. Fargue entreprend d'initier le futur auteur de "Gueule d'amour" à la subtile géographie des cercles littéraires. En suivant les pas du "piéton de Paris", André Beucler rencontre Gide, Valéry, Picasso, Ravel, Stravinsky, Giraudoux... A la mort de Fargue, en 1947, Beucler décide de lui consacrer l'hommage d'un livre – ce livre.

239.          BIROLLI (Bruno). Ishiwara, l'homme qui déclencha la guerre.  Armand Colin, Arte Editions,  2012, in-8°,  252 pp, notes, broché, couv. illustrée, bon état

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Qui est le général Ishiwara, cette figure hors du commun et romanesque dont la vie a marqué le destin du Japon en précipitant son pays dans la Seconde Guerre mondiale ? L’homme, issu d’une famille de samouraïs, se hisse rapidement au sommet de l’armée impériale et devient une figure incontournable du paysage intellectuel de l’extrême droite japonaise. Formé en Allemagne dans les années 1920, il revient au Japon fort des nouvelles théories de la Guerre totale. Aventurier politique, en rébellion ouverte contre l’establishment, il participe aux putschs qui contribuent à déstabiliser la démocratie, puis s’engage dans l’invasion de la Mandchourie en 1931. Oublié aujourd’hui, cet événement marque pourtant le début de la guerre qui va ravager la Chine et nourrir une idéologie fasciste et raciale au Japon, conduisant le pays à l’attaque contre les États-Unis en 1941.

240.          BODARD (Mag). L'Indochine, c'est aussi comme ça.  Gallimard,  1954, in-8°,  315 pp, broché, bon état (Coll. L'Air du temps)

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Depuis que Mag Bodard a achevé son livre, l'armistice est survenu en Indochine et a partagé en deux le pays. Ainsi les événements justifient douleureusement l'opinion de l'auteur dès les premiers mois de son séjour : l'insuffisance des moyens, les rivalités, les corruptions, la mollesse du soutien vietnamien entraîneront l'échec d'une politique de reconquête, alors qu'un abandon de souveraineté politique pouvait laisser la première place à la France dans le domaine de la culture et dans celui des affaires. Mais le livre de Mag Bodard n'est pas une œuvre austère. C'est une femme qui parle (car elle n'écrit pas, elle raconte avec un style qui est tout personnel) en se défiant toujours des grands mots. Elle a un mari, le journaliste de France-Soir Lucien Bodard, une maison à tenir, des chats, un couple de domestiques. Elle se trouve mêlée, par l'activité de son mari, aux militaires, aux Vietnamiens et aux civils de toutes nationalités. Elle fait son petit reportage tout personnel et il se trouve à la fin que sa petite histoire éclaire singulièrement sur la grande. Mag Bodard n'a pas écrit non plus un ouvrage humoristique sur l'Indochine. Elle sait montrer des enthousiasmes et proclame avec des phrases toutes vibrantes de sincérité, son admiration pour le maréchal de Lattre et la peine que lui cause sa mort. Elle a suivi de loin le drame de Dien-Bien-Phu avec l'émotion de ceux qui connaissent les épreuves imposées aux combattants. Il n'y a d'ailleurs pas que la guerre dans le livre de Mag Bodard : la découverte d'un pays surprenant aux yeux d'une Occidentale, de la baie d'Angkor aux petits restaurants de Cholon, la rencontre des types d'humanité bizarres illustrent son livre et donnent la mesure de la vie en Indochine pendant le conflit. L'Indochine, c'est aussi comme ça est-il un livre de femme ? Oui, si on pense que sur un problème nouveau et un drame une femme pose un regard de bon sens, de justice et d'amitié. Mag Bodard, ou "la vérité sort de la bouche des femmes".

241.          BOGGS (James) et Robert WILLIAMS. La Révolution aux Etats-Unis ?  Maspero,  1966, pt in-8°,  222 pp, traduit de l'américain et présenté par Guillaume Carle, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Cahiers libres, 83)

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"Ce volume inclut deux ouvrages, publiés séparément aux Etats-Unis. Le premier, dû à un ouvrier noir du Nord, retrace l'évolution du mouvement syndicaliste depuis 1930 et dresse le bilan de la carence des leaders du monde ouvrier face au chômage qu'engendre l'automation, et qui ne peut être en partie résorbé que grâce à l'industrie des armements indispensables pour que l'Amérique poursuive ses guerres impérialistes. Le second ouvrage (« Des nègres avec des fusils »), que l'on doit également à un Noir, mais originaire du Sud, relate l'expérience vécue par son auteur lorsqu'il tenta d' « intégrer » Monroe (Caroline du Nord), la haine qui accueillit ses démarches, le refus des autorités locales d'assurer sa protection et celle de ses amis, jusqu'au jour où ils s'armèrent et imposèrent à la communauté blanche, par la menace de la force, ce qu'ils n'avaient pu lui faire accepter par la méthode non violente." (Revue française de science politique, 1967)

242.          BOSWORTH (Richard J.B). Mussolini.  London, Arnold,  2002, gr. in-8°,  xvii-584 pp, 16 pl. de photos hors texte, notes, biblio, index, reliure toile éditeur, dos lisse avec titres argentés, jaquette illustrée, bon état. Texte en anglais, envoi a.s.

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Une nouvelle biographie scientifique du dictateur italien, saluée par Ian Kershaw.

243.          BOURDREL (Philippe). Nous avons fait Adolf Hitler.  Ramsay,  1983, gr. in-8°,  331 pp, annexes, sources, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Etudiant et analysant les événements, la politique et les relations internationales, l'auteur démontre avec beaucoup de justesse, appuyé d'une solide documentation, que les grandes démocraties sont coupables de lâcheté et de faiblesse et donc responsables de l'établissement de la dictature nazie. Les politiciens des nations libres permirent à Hitler de réarmer, d'occuper la Ruhr, d'annexer l'Autriche et la Tchécoslovaquie. Par leurs querelles, leurs renoncements, les gouvernements démocratiques devaient permettre à Hitler d'asservir des millions d'hommes, d'amener le monde au cataclysme de la Seconde guerre mondiale." (Lectures n° 14, juillet-août 1983)

244.          BOUTANG (Pierre). Maurras. La destinée et l'oeuvre.  Plon,  1984, gr. in-8°,  710 pp, broché, couv. illustrée, ex-dono manuscrit, bon état

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Pierre Boutang a appris à lire dans "L'Action française". Sa vie et sa pensée ont été nourries et orientées par Maurras. C'est dire que ce livre est le fruit d'une rencontre exceptionnelle, d'un dialogue ininterrompu avec un homme et une oeuvre. Cet essai ardent, immense, foisonnant, embrasse tout le cheminement intellectuel, philosophique, poétique et politique de Maurras. — « J'ai appris à lire dans L'Action française lorsque j'avais quatre ans » : dés le « prélude » de ce livre de plus de 700 pages drues, la filiation intellectuelle est revendiquée haut et fort. Et comme Pierre Boutang ne fait pas partie de cette vaste cohorte des ex de l'Action française, dont il faudra quelque jour écrire l'histoire, et qu'il est resté au contraire ancré dans la nébuleuse maurrassienne, son étude est à lire à deux degrés. Il apporte des documents parfois inédits sur Charles Maurras et constitue, à ce titre, une contribution importante à une meilleure connaissance de l'écrivain né à Martigues. Encore faut-il noter que cet ouvrage, malgré ses dimensions, est beaucoup plus un essai que l'indispensable biographie que l'on attend toujours. Il sera d'ailleurs plus utile aux spécialistes des idées politiques qu'à ceux qui tentent de reconstituer l'histoire des milieux intellectuels français par la reconstruction d'itinéraires caractéristiques, l'identification de générations — et l'utilisation de cette notion comme instrument d'investigation — et la mise en lumière de structures de sociabilité." (J.-F. Sirinelli, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1984)

245.          BOYER de LATOUR (Pierre). Vérités sur l'Afrique du Nord.  Plon,  1956, in-8°,  xx-204 pp, préface de Emile Roche, une carte, broché, bon état

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Par un chef militaire qui a joué un rôle de premier plan en Afrique du Nord, un ouvrage où l'on trouve d'intéressants éléments d'information, voire de réflexion." (Revue française de science politique, 1959) — "... La décolonisation de ces pays a lieu le plus souvent sous la surveillance des généraux, dans des contextes extrêmement tendus. En Tunisie, les civils restent aux commandes, sauf dans la phase ultime de l’indépendance, après la visite de Pierre Mendès France, avec la nomination du général Boyer de Latour, qui conduit fort habilement sa mission de juillet 1954 à août 1955. Au Maroc, où les tensions sont plus fortes, l’on nomme de fortes personnalités militaires pour contrer l’expansion nationaliste mais surtout pour surveiller un sultan trop indépendant : les généraux d’armée Juin (de 1947 à 1951) puis Guillaume (de 1951 à 1954) se succèdent, et en 1955, avant le retour du sultan déposé en 1953 et la conclusion de l’indépendance en 1956, le général Boyer de Latour y fait un bref séjour (août-novembre), beaucoup plus difficile que sa mission en Tunisie. Il quitte d’ailleurs Rabat en totale opposition avec la politique d’Edgar Faure, après avoir tenter en vain de s’y opposer. Sur le rôle des « résidents militaires » dans la fin des protectorats, voir les mémoires très orientés de Pierre Boyer de Latour, “Vérités sur l’Afrique du Nord” (Paris, 1956), et d’Alphonse Juin, “Le Maghreb en feu”, (Paris, 1957)." (Jean-Claude Allain et Michel Catala, Généraux et diplomates en France, 2006) — "Sur quarante-deux années de service, le général Pierre Boyer de Latour en a passé vingt-quatre dans le Maghreb. Depuis 1916, à part deux ans d'école et trois ans de commandement de troupes métropolitaines, il a toujours eu sous ses ordres des troupes nord-africaines. Il s'est acquis leur confiance et c'est avec leur concours qu'après l'armistice de 1940 il reconstitua un régiment de Tabors. Médaillé militaire, Grand Croix de la Légion d'Honneur, le général Boyer de Latour est titulaire de 24 citations dont 18 à l'ordre de l'armée et a reçu la D.S.O. (Distinguished Service Order) britannique et la D.S.C. (Distinguished Service Cross) américaine. A ses fonctions militaires sont presque toujours venues s'ajouter des fonctions administratives et politiques. Appelé en février 1951 à Rabat pour exercer auprès du Maréchal Juin les fonctions de secrétaire général des Affaires politiques et militaires, désigné ensuite, en mars 1954, comme Commandant des Troupes de Tunisie, puis comme successeur de M. Voizard à la Résidence, à Tunis, le général Boyer de Latour fut appelé de nouveau à Rabat, en août 1955, comme Résident général en remplacement de M. Grandval, démissionnaire. Deux mois plus tard, le général démissionnait lui aussi, à la suite de l'affaire du Conseil du Trône et du revirement du Glaoui. Ces trois missions correspondent à trois moments cruciaux de notre politique en Afrique du Nord. Partisan depuis longtemps d'une évolution hardie mais progressive, qui aurait dû comporter d'abord des réformes économiques et sociales, le général Pierre Boyer de Latour raconte ici comment cette évolution fut compromise et perdue par les indécisions et les inconséquences d'un irréalisme politique qui a conduit la France et l'Afrique du Nord à la tragique situation d'aujourd'hui.

246.          BUREAU (Paul). Quinze années de Séparation. Etude sociale documentaire sur la loi du 9 décembre 1905.  Bloud & Gay,  1921, in-12,  viii-248 pp, broché, non coupé, couv. lég. salie, bon état

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"II est parfois question de petites choses dans le livre de M. Bureau : serrures placées à l'insu du curé, sonneries de cloches prescrites par le maire, obstination d'une chanteuse congédiée à s'installer dans les bancs occupés par le choeur de chant. Mais l'enjeu des contestations que ces petites choses suscitèrent était des plus graves : il ne s'agissait de rien moins que du sens de la loi du 9 décembre 1905 « concernant la séparation des Églises et de l'État » et de la loi du 2 janvier 1907 « concernant l'exercice public du culte ». M. Bureau, qui avait annoté, dans le “Recueil de jurisprudence Dalloz”, les décisions judiciaires relatives à la loi de séparation, et publié, dans “La science sociale” (1912), une étude documentaire sur cette jurisprudence mal connue, reproduit, en la mettant au point, cette étude d'un intérêt actuel. On y retrouve le talent de M. Bureau, la clarté et la vigueur qui le caractérisent. Dans un 1er chapitre, M. Bureau analyse les idées directrices des auteurs de la loi de 1905, dont l'une au moins, qui était de ne connaître ou reconnaître aucune Église, était capable de justifier toutes les craintes, et montre que les faits anéantirent cette prétention. Les lois du 2 janvier et du 28 mars 1907 proclamèrent que le législateur, malgré qu'il en eût, connaissait l'Église (chap. II). La jurisprudence affirma une seconde victoire des faits (chap. III-IV). Dans les conflits entre les catholiques orthodoxes et l'autorité municipale ou les dissidents, les tribunaux ont donné gain de cause aux catholiques. Dans les débats entre les ministres du culte et les fidèles, ces mêmes tribunaux ont respecté les droits de la hiérarchie. Cette sauvegarde de la hiérarchie et de l'orthodoxie a été si ferme qu'on pourrait intituler notre étude, dit M. Bureau (p. 209) : « Histoire des perpétuels succès remportés par l'Église catholique devant les tribunaux français ». Il y a là un résultat fort remarquable..." (Félix Vernet, Revue des Sciences religieuses, 1922) — "La reprise des relations entre la France et le Saint-Siège donne à ce livre sincère et documenté une haute portée politique. On peut dire qu'écrit avec sérénité, il sera lu et commenté avec passion." (l'Editeur)

247.          CALVI (Fabrizio). La Vie quotidienne de la Mafia de 1950 à nos jours.  Hachette,  1986, in-8°,  312 pp, préface de Leonardo Sciascia, chronologie, références, index, broché, couv. illustrée, bon état

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Protégée par une implacable loi du silence, la Mafia a longtemps été une organisation criminelle para-étatique des plus impénétrables. Hormis les cadavres qui, en temps de guerre, jonchent les ruines de Palerme, sa capitale, sa présence pouvait parfaitement passer inaperçue. A l'aube des années 1980, on ignorait encore tout de cette fantastique société secrète : qui en faisait partie ? Que fallait-il faire pour être admis en son sein ? Qui prenait les décisions et comment ? Autant de mytères que nul n'aurait pu élucider si, récemment, une vingtaine de repentis n'avaient accepté de collaborer avec la justice italienne, livrant aux enquêteurs tous les secrets de leur organisation. Les témoignages de ces anciens responsables, des entretiens inédits, des enquêtes judiciaires et policières, ont permis à l'auteur de cette "Vie quotidienne" de reconstituer pour la première fois le fonctionnement de la Mafia, depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La croisée des destins d'une poignée de mafieux tisse ainsi la trame serrée d'un récit qui expose avec force détails chacune des particularités de ceux qui s'appellent entre eux "les hommes d'honneur" : du rite d'initiation au fonctionnement du gouvernement de la Mafia, en passant par le cérémonial des exécutions, c'est un véritable voyage au bout de la nuit du crime et de ses codes qui nous est ici proposé.

248.          CATROUX (Général). J'ai vu tomber le Rideau de fer. Moscou, 1945-1948.  Hachette,  1952, in-8°,  318 pp, broché, bon état

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"Lorsque le général Catroux, en octobre 1944, reçut du général de Gaulle la proposition de devenir ambassadeur à Moscou, la France n'avait pas encore opté entre ses alliés de l'Ouest et ceux de l'Est : les Trois Grands, n'ayant pas encore été confrontés avec les difficultés surgies de conceptions différentes sur le statut futur des pays d'Europe orientale, vivaient en assez bonne intelligence. Etant resté à son poste jusqu'au 10 avril 1948, le général Catroux a pu assister à la rupture progressive, et il a vu la France, déçue et mortifiée du peu de cas que faisait d'elle son alliée de décembre 1944, se ranger de façon de plus en plus marquée dans le camp occidental. L'historien trouvera dans son livre un récit fidèle des principales conférences internationales auxquelles la France a participé, notamment en 1946 et 1947. On lira aussi avec profit les pages qui décrivent la vie à Moscou et les jugements de l'auteur sur les principales personnalités du régime soviétique." (J.-B. Duroselle, Revue française de science politique, 1952) — "Le général Catroux a été ambassadeur de France à Moscou de décembre 1944 à avril 1948. Arrivé en Russie au lendemain de la signature du pacte franco-soviétique, il a été, en dépit de tous ses efforts, témoin de la ruine progressive de toutes les espérances que ce pacte avait fait naître : attitude de plus en plus cassante de l'URSS à l'égard des puissances occidentales jusqu'à la scission définitive consacrée par la chute du “rideau de fer”. Le général Catroux, témoin agissant et observateur lucide, a su tirer pour l'avenir des conclusions pénétrantes des événements historiques auxquels il a été mêlé." (L'Editeur) — "D'autres témoins, M. Coulondre, Mme Cerruti, l'ambassadrice italienne, l'Américain Bedell Smith, ont déjà relaté ce qu'il leur avait été officiellement permis de voir et ce qu'il leur avait été possible d'entrevoir au pays des Soviets. Le général Catroux, qui a représenté la France libérée à Moscou, de 1945 à 1948, prend la suite de ces devanciers. Sur la vie économique, politique, sociale, il confirme leurs dires. Mais il s'étend davantage sur les relations internationales et le rôle insidieux de la diplomatie russe dans les tractations où cherchait péniblement à s'établir la paix tandis que tombait le rideau de fer..." (Henri du Passage, Etudes, 1952)

249.          [Cinéma] – MARX (Harpo). Harpo Marx par Harpo Marx. (Harpo speaks !).  Editions Charles Mandel,  1963, in-8°,  474 pp, écrit en collaboration avec Rowland Barber, traduit de l'américain par Jean Paradis, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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"... Sur les Marx Brothers toute une littérature a fleuri, dont l’intérêt semble à peu près nul depuis qu’ont été publiés le “Groucho and Me” de Groucho Marx (éd. Arthaud) et surtout le “Harpo Marx”, de Harpo (éd. Charles Mandel). Ce sont, par la drôlerie des anecdotes, la précision des portraits, la façon de concevoir l’existence, les trouvailles de toutes sortes, en somme le talent, des ouvrages bien supérieurs à ceux que la famille Marx a inspirés aux biographes et essayistes professionnels. Chez les Marx, c’est Groucho qui était considéré comme l’écrivain du groupe ; pourtant, il y a chez Harpo un reporter de classe, un observateur d’une grande finesse. Aucun des deux n’a eu la prétention d’écrire sur l’art comique." (Fernand Pouey) — "... Voilà, le moment est venu maintenant pour moi, d’enlever mes chaussures, de m’étirer et de dire quelques mots. Les jours de lutte sont terminés. Pourtant, je voudrai pouvoir dire en jetant un regard sur mon passé : « je n’ai pas un seul regret. » Malheureusement, j’en ai un. Il y a déjà plusieurs années de cela, un homme très sage du nom de Bernard Baruch me prit à part et me dit en me tapotant l’épaule : « Harpo, mon garçon, il faut que je te donne trois conseils, trois choses dont tu devras toujours te souvenir. » A ces mots, mon cœur bondit, je brûlais d’impatience : j’allais enfin connaître le mot magique, le sésame qui vous ouvre une vie fortunée et heureuse, et cela, de la bouche même du maître. « Oui, monsieur, lui dis-je. » Il me dit ces trois choses. Mon seul regret est d’avoir complètement oublié ce que c’était." (pp. 8-9)

250.          Collectif – FRANK (Pierre). Mai 1968, première phase de la révolution socialiste française. Numéro spécial de la revue Quatrième Internationale, juillet 1968.  ‎P., Société Internationale d'Editions,  1968, in-8°,  62 pp, chronologie des événements, broché, dos lég. insolé, bon état

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Toute l'extrême-gauche de l'époque a été pratiquement unanime pour voir dans les événements de mai-juin 1968 une situation révolutionnaire. Le texte principal de cette brochure militante (pp 13-40) a été rédigée « à chaud » fin mai et tout début juin 1968. Son auteur, Pierre Frank, était membre du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale.

251.          Collectif. Histoire du Parti communiste (bolchévik) de l'U.R.S.S. Précis rédigé par une commission du Comité central du P.C. (b) de l'URSS. Approuvé par le Comité central du P.C. (b) de l'URSS, 1938.  P., Bureau d'Editions,  1939, in-8°,  348 pp, broché, bon état. Edition originale en français

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"Alors qu’en 1938, la situation politique nationale et internationale pour le mouvement communiste se dégrade, l’Internationale décide d’éditer, selon l’expression utilisée par S. Courtois et M. Lazar, une « nouvelle “bible” stalinienne », le Précis d’histoire du Parti communiste (bolchevik) de l’URSS. On revient donc à la centralisation des éditions, si souvent rencontrée dans les années vingt. Dans son rapport d’octobre 1934, le Service d’éditions de l’IC avait programmé l’édition d’« un manuel d’histoire de l’IC et un manuel d’édification du Parti », initialement destinés aux écoles de militants. La publication est finalement décidée à la fin de l’année 1938. Le livre est édité en 28 langues dans cinq villes, Moscou, Paris, Stockholm, Amsterdam et New-York, à près de 500.000 exemplaires au total en juin 1939, avec l’objectif d’en imprimer environ 700.000 dans le monde. Pour l’édition française, G. Cogniot est convoqué à Moscou fin novembre 1938, pour relire la traduction établie par Roudnikov. Les deux hommes travaillent ensemble, sous le contrôle de Dimitri Manouilski, secrétaire du Comité exécutif de l’IC. Le livre paraît en France en mars 1939, par les soins du Bureau d’éditions, cadre éditorial qui le destine a priori à un public de militants. Le livre est cependant volumineux, près de 350 pages in-octavo, vendu relativement cher, 10 francs, dans sa version brochée..." (Marie-Cécile Bouju, “Lire en communiste. Les maisons d'édition du Parti communiste français 1920-1968”, 2010)

252.          COPPOLA (Piero). Les Affres du roi Marke et autres variations en majeur et en mineur.  Lausanne, F. Roth & Cie,  1945, pt in-8°,  182 pp, agrémentées de dessins de L. Keiner dans le texte, biblio complète des oeuvres musicales de l'auteur, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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Le public et les musiciens eux-mêmes raffolent toujours d'anecdotes et de bons mots sur les compositeurs, les interprètes, sur ce monde artistique qui apparaît souvent mystérieux. Piero Coppola (1888-1971) fut un grand chef d'orchestre doublé d'un compositeur raffiné, il participa aux débuts de l'enregistrement électrique et grava nombre d'œuvres de Ravel, Debussy, Prokofiev avec la collaboration et l'assentiment de ces compositeurs. Les Affres du Roi Marke rassemblent des anecdotes comiques sur le monde de l'opéra et du concert. Coppola brosse à coups énergiques une Italie musicale déchirée entre les ravages de traditions devenues ridicules et les soubresauts des nouvelles conceptions artistiques.

253.          DAUPHIN-MEUNIER (Achille). L'économie allemande contemporaine.  P., Fernand Sorlot,  1942, in-8°,  202 pp, broché, bon état

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"M. Dauphin-Meunier dresse un tableau saisissant de la décomposition économique de l'Allemagne en 1931. Les plans quadriennaux assurent la reprise des affaires ; mais toute une réorganisation s'effectue en même temps dans le domaine agricole par la corporation alimentaire et l'institution de majorats, dans le domaine industriel par la formation de groupes et de chambres professionnels sur le plan économique, par la mise en vigueur de la Charte du travail sur le plan social, tandis que le Front du Travail assure une éducation nationale-socialiste. Enfin l'auteur étudie le financement de la reprise et de la guerre. Cet exposé est clair, grâce à l'absence de termes techniques. Le nouveau système ne constitue pas une antithèse du capitalisme libéral : il stimule l'initiative privée, affirme la responsabilité du chef d'entreprise et la légitimité d'un profit limité. Mais les marchés sont contrôlés, les prix fixés par voie d'autorité, les organismes sociaux et économiques placés sous la direction de l'État. Les ouvriers ne sont plus des prolétaires, mais des associés du chef d'entreprise. Ainsi le nouveau système exploite moins « la force de travail humaine que les possibilités de la nature... Ce capitalisme est communautaire » (p. 199). La clef de voûte de l'édifice national-socialiste est la subordination des intérêts privés à l'intérêt général ; cet intérêt général, que saint Thomas appellerait le « bien commun », comporte aussi la restauration des valeurs spirituelles et le maintien de la liberté humaine." (Georges de Lussac, revue Études, 1945)

254.          DE WAELE (Jean-Michel). L'émergence des partis politiques en Europe centrale.  Editions de l'Université de Bruxelles,  1999, gr. in-8°,  354 pp, préface de Nicolas Bárdos-Féltoronyi, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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La chute des régimes communistes européens en 1989 constitue un tournant essentiel et délimite le "court vingtième siècle". Le champ de recherche ouvert à cette occasion est immense : il s'agit d'analyser parallèlement ce qui se défait et ce qui se construit. Cet ouvrage porte sur une dimension de la transition démocratique en Europe centrale : l'étude des partis politiques qui y voient le jour dans le cadre d'un système politique en édification. A travers une comparaison des cas polonais, tchèque et slovaque, plusieurs questions sont abordées : quels sont les clivages principaux sur la base desquels s'articulent les formations politiques ? Peut-on dégager des tendances similaires ? Observe-t-on une convergence avec les situations d'Europe occidentale ? Note-t-on, plusieurs années après l'écroulement des systèmes communistes, l'apparition de partis relevant de familles idéologiques comparables à celles d'Europe occidentale ? Comment leurs rapports de forces ont-ils évolué ? Quelles sont la (les) nature(s) et les caractéristiques organisationnelles des partis politiques en République tchèque, en Slovaquie et en Pologne ? A ces interrogations, il n'est bien sûr pas possible d'apporter des réponses définitives mais, dix ans après la chute du mur de Berlin, un bilan intermédiaire s'imposait à l'heure où, en Europe occidentale, la "crise des partis" semble un thème de plus en plus récurrent.

255.          DUFAY (François) et Pierre-Bertrand DUFORT. Les Normaliens. De Charles Péguy à Bernard-Henri Lévy, un siècle d'histoire.  JC Lattès,  1993, in-8°,  356 pp, préface de Régis Debray, 8 pl. de photos hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"On va célébrer le bicentenaire de l'Ecole normale : voici un livre rapide, alerte, lisible, qui initie à l'histoire de l'Ecole : on appréciera les pages sur le terrorisme intellectuel à l'Ecole dans les années 1946-1953, où dominaient le Parti communiste (ce que les auteurs appellent le goulag spirituel) : la cellule avait pour chef Emmanuel Le Roy Ladurie, on y trouve Paul Veyne, Althusser, Genette, Foucault, Michel Crouzet (p. 185-187)... Et ils rappellent un épisode bien oublié, la mise à sac de l'Ecole en 1971 (p. 242). Livre fort amusant." (La Revue administrative, 1993) — Un portrait de groupe des clercs français, de leur légende, de leurs engagements et de leurs errances. Une "fresque unanimiste et fourmillante de vies – Les Ulmiens de bonne volonté, en quelque sorte. Excellemment, elle sort de l'ombre des personnages pas assez connus, parmi d'autres qui le sont trop" (Régis Debray).

256.          DURAND (Yves). Naissance de la Guerre froide, 1944-1949.  Messidor/Temps actuels,  1984, in-8°,  324 pp, 8 pl. de photos hors texte, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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Yalta. Qui n'a présent à l'esprit le cliché du “partage du monde” superposé à la photographie des trois “Grands” ? – Torgau. Américains et Soviétiques réunis sur les bords de l'Elbe et fraternisant au coeur de l'Allemagne nazie vaincue. – Les Résistants grecs libérateurs de leur pays aux prises avec les soldats anglais débarqués fin 1944. – L'énorme champignon atomique de Bikini. – Churchill et son image du “rideau de fer”. – La “menace d'agression soviétique”... et la réalité dévoilée par les archives américaines. – Les ministres communistes en France, et ailleurs. – Les événements de Prague. – Berlin coupée en deux et deux républiques allemandes à Bonn et à Pankow. – Aucune période récente, sans doute, n'est aussi riche en événements marquant aujourd'hui encore nos mémoires ou nos mythes. Mythes qu'avec le rare talent d'un écrivain – et d'un historien professionnel – Yves Durand nous dénonce, tranquillement. — Une dénonciation des mythes sur le “Péril rouge” et la “soif de pouvoir de Staline” après la Seconde Guerre mondiale, et "une utile synthèse sur le courant révisionniste américain, qui compte depuis plus de quarante ans une foule d’historiens particulièrement brillants : “Naissance de la Guerre froide, 1944-1949”." (Annie Lacroix-Riz, in “Histomag’44”, 2010) — Les historiens radicaux qualifiés de “révisionnistes” sont ceux qui ont « révisé » l’histoire officielle de la Guerre froide, à la suite de Denna Frank Fleming, “The Cold War and its origins, 1917-1960”.

257.          DURTAL (Jean). Les Coulisses de la politique, une femme témoigne, 1932-1942.  Nouvelles Editions Latines,  1966, in-8°,  417 pp, broché, bon état

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Jean Durtal est le nom de plume de Marie-Charlotte Sandberg-Charpentier (1905-1999), poétesse et romancière. Egalement journaliste, dans différents journaux comme “Le journal des femmes” et au “Petit journal”. Elle se marie le 23 octobre 1934 à Jean Goldschild dit Goldsky un anarchiste devenu journaliste et membre du Parti radical français dont elle divorce en janvier 1944. — "... La voix la plus inattendue que fait entendre cette biographie est portée par Charlotte Charpentier, personnage encore jamais repéré dans l'aventure terrestre de Pierre Laval. Poète méconnue, égérie ignorée, elle s'est faite l'avocate subtile de la mémoire de son amant vingt ans après sa mort. Ce témoignage est passé inaperçu sous le titre anodin de “Coulisses de la politique”. Derrière la chronique annoncée de la dernière décennie de vie de la IIIe République se cache un portrait singulier de Laval, pudique, moqueur, tendrement admiratif. Précaution supplémentaire, l'auteur est dissimulé sous le pseudonyme huysmansien de Jean Durtal. J'ignorais l'existence du livre, si je savais que Jean Durtal cachait Charlotte Charpentier. Elle aurait pu se taire encore longtemps. Il s'en est fallu de peu : son portrait de Laval n'est pas référencé dans le catalogue de la Bibliothèque nationale. (...)  Bien informée des enjeux politiques par sa profession de journaliste et son activité de militante, Charlotte donne à voir un Pierre Laval au sommet de son pouvoir, à partir de 1935, cohérent avec ce que l'on savait de lui, mais différent. Un autre Laval, intime et politique à la fois, inquiet de plaire à une jeune femme, tourmenté par la crainte de passer à côté du sel de la vie. Charlotte Charpentier a toutes les indulgences pour celui dont elle fut l'égérie et la confidente..." (Renaud Meltz, “Pierre Laval”, 2018)

258.          DUVALIER (François)‎ . Mémoires d'un leader du Tiers-Monde. Mes négociations avec le Saint-Siège ou une tranche d'histoire.  Hachette,  1969, gr. in-8°,  383 pp, 11 photos sur 8 pl. en couleurs hors texte et 43 photos dans le texte, nombreux documents reproduits en fac-similé, reliure simili-cuir bordeaux de l'éditeur, gardes illustrées, rhodoïd, bon état

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François Duvalier (1907-1971), surnommé « Papa Doc », est un médecin et homme politique haïtien devenu président de la République d'Haïti de 1957 à 1964, et président à vie de 1964 à sa mort. Son règne fut marqué par la corruption et l'utilisation de milices privées, les tontons macoutes. Autoritaire, il multiplie les actes d'arrestation et de condamnation à mort. Allié par intérêt aux États-Unis, il utilise le culte de la personnalité pour être vu comme un dieu vivant par la population. En avril 1961, deux ans avant la fin de son mandat, il réécrit la Constitution et organise une élection présidentielle à candidat unique. Il obtient 1,32 million de voix, et aucun vote contre. Réélu pour un autre mandat de six ans, il prononce la dissolution du Parlement. En réaction à l'opposition de l'église catholique romaine, il expulse plusieurs prêtres, l'archevêque de Port-au-Prince, Mgr Poirier, et deux évêques, ce qui lui vaut son excommunication en 1961. Trois ans plus tard, il expulse les jésuites. En 1966, Duvalier reprend contact avec le Vatican et obtient le pouvoir de nommer la hiérarchie catholique haïtienne. Perpétuant un nationalisme noir, il réussit ainsi à renforcer son emprise sur l'île par le contrôle des institutions religieuses. Parallèlement, il ranime les traditions du vaudou, les utilisant pour consolider son pouvoir... En 1970, atteint par la maladie, il désigne son fils de 19 ans, Jean-Claude Duvalier comme héritier de sa dictature. Cette modification constitutionnelle est validée par le référendum de 1971. Il meurt quelques mois plus tard, le 21 avril 1971, après 13 ans et demi de pouvoir absolu. Son fils, qui sera surnommé « Baby doc », lui succède dès le lendemain...

259.          [Edith Piaf] – BERTEAUT (Simone). Piaf.  Laffont,  1969, gr. in-8°,  462 pp, 16 pl. de photos hors texte, reliure plein chagrin bleu pétrole, dos lisse avec titre et auteur dorés, titre en lettres blanches et photo de Piaf contrecollée au 1er plat, bon état. Edition originale

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Piaf disparue n'a pas cessé d'occuper les mémoires et les cœurs ; elle a sa place dans l'histoire de la sensibilité française contemporaine ; on ne prononce pas son nom sans émotion. Mais qui était Piaf ? Non seulement la chanteuse, mais la femme, cette petite bonne femme de rien du tout qui a crié ses amours à la face du monde ? Un seul être a vraiment partagé la vie de Piaf, pendant trente ans : sa demi-sœur, Simone Berteaut. Simone avait treize ans et demi, Edith seize, quand elles chantaient ensemble dans les rues. Les nuits chez "Lulu de Montmartre", la mort de "Cécelle" (la gosse d'Edith), les débuts chez "Papa Leplée", le scandale, les amours tumultueuses, les triomphes, les chutes, l'alcool, la drogue, le perpétuel défi à la vie et à la mort – Simone Berteaut a tout vécu, tout connu. Elle raconte, avec une verve et une liberté extraordinaires. Et tout au long de ce livre, c'est bien Piaf tout entière qui revit sous nos yeux. — "Si admirable chanteuse que fût Edith Piaf, celle qui a écrit ce livre demeure à son niveau. Nous ne cessons d'aimer Piaf jusqu'à la fin." (François Mauriac) — "Livre étonnant, où passe le souffle de la vérité, à la fois pathétique et cocasse, d'un personnage qui semble sortir d'un roman de Zola." (Françoise Giroud) — "Piaf telle qu'elle fut, hallucinante de ressemblance. Un livre sans concessions, à la fois merveilleux et terrifiant." (Henri Jeanson) — "Quel roman saurait tenir en face de ce prodigieux feuilleton vécu ?" (François Nourrissier)

260.          ELGEY (Georgette). Histoire de la IVe République. V. La République des Tourmentes (1954-1959), tome 3 : La fin.  Fayard,  2008, in-8°,  979 pp, avec la collaboration de Marie-Caroline Boussard et de Matthieu Rey, notes, annexes, chronologie, biblio, index, reliure souple de l'éditeur, bon état, envoi a.s. à l'académicien René de Obaldia, prière d'insérer et carton d'invitation pour le coctail organisé pour la sortie du livre

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Ce cinquième volume de l'Histoire de la IVe République marque l'aboutissement – sinon encore le dénouement ! – d'un travail sans égal entrepris il y a quarante-cinq ans (son premier tome, La République des Illusions, parut en 1965). Comme ses prédécesseurs, devenus ouvrages de référence, ce volume est le fruit d'une enquête exhaustive, de la confrontation de centaines de documents d'archives françaises et étrangères, très souvent de première importance, jamais encore consultés, avec les témoignages des principaux acteurs. C'est un livre hors normes qui nous conduit dans une société française à mille lieues de la France d'aujourd'hui. Les révélations y abondent, sur les sujets les plus variés : guerre d'Algérie, drame des populations, écartèlement de l'armée, scandales politicopoliciers, dysfonctionnements du régime, retour du général de Gaulle au pouvoir, etc. L'auteur a connu et souvent vu vivre les personnages qu'elle évoque. Sous sa plume, ils deviennent des êtres de chair et de sang avec leurs faiblesses, leurs erreurs, mais aussi, pour beaucoup, leur courage et leur dévouement à la chose publique. Voici des années que l'éditeur et l'auteur reçoivent des lettres de lecteurs réclamant la suite et fin de cette foisonnante Histoire de la IVe République. En ouvrant cet ouvrage qui a demandé une bonne décennie de travail, ils ne seront pas déçus.

261.          FAINSOD (Merle). Smolensk à l'heure de Staline.  Fayard,  1967, in-8°,  495 pp, traduit de l'anglais (Smolensk under Soviet rule), glossaire, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. L'Histoire sans frontières)

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Remarquable étude sur une grande province de l'URSS entre 1918 et 1938 (vie intérieure du Parti, lutte antireligieuse, collectivisation agraire, "grande purge" de 1936-1937, etc.) faite à partir des seules archives soviétiques disponibles à l'époque : les 500 dossiers – 200 000 pages de documents, pris à Smolensk par les Allemands en 1941 et qui se trouvent depuis 1945 aux Etats-Unis. — "Les archives du parti communiste de la région de Smolensk pour la période 1917-38. capturées par le Allemands en 1941 et transportées ensuite aux Etats-Unis, fournissent la documentation sans parallèle sur laquelle se fonde cette étude. De la masse de renseignements dont il disposait, M. F. a tiré surtout ceux qui ont trait à l'organisation du pouvoir politique. A travers les aspects les plus divers de l'histoire des vingt premières années du régime soviétique, il met en relief les mécanismes par lesquels le Parti a consolidé son pouvoir dans la région de Smolensk. Il souligne particulièrement deux facteurs : le monopole de la force armée, et la création de nouvelles élites. La nature des sources utilisées et le talent de l'auteur donnent à cette monographie locale un intérêt et une signification dépassant de loin Smolensk et sa région." (Revue française de science politique, 1960) — "L'importance des archives de Smolensk pour la recherche soviétologique est suffisamment connue pour qu'il soit superflu d'y trop insister. Saisies par l'armée allemande au cours de la seconde guerre mondiale, ces archives représentent près de 200.000 pages de documents groupés dans quelque 500 dossiers et couvrant la période 1917-1938. Grâce à ces dossiers, les chercheurs occidentaux, encore privés de tout accès aux archives du PCUS, ont pu cependant étudier à travers les documents rassemblés par le Parti les problèmes politiques, économiques et intellectuels soviétiques à l'échelle d'une région. Si de très nombreux chercheurs ont utilisé ces archives, M. F. est le seul à en avoir tiré une synthèse politique d'envergure. A travers l'histoire de Smolensk, c'est toute l'histoire du développement du pouvoir en URSS qu'il décrit, en même temps qu'il dégage clairement les mécanismes de ce pouvoir. L'organisation du Parti, les divers contrôles de l'échelon régional aux échelons les plus bas, les relations entre les divers appareils, Parti, Etat, sécurité, justice, tout ici devient compréhensible. Les liens entre ces appareils et les diverses structures socio-économiques de l'URSS sont aussi analysés dans la perspective d'un changement continu. Ecrit il y a quinze ans, ce livre reste à présent encore la meilleure analyse du système politique soviétique." (Revue française de science politique, 1974)

262.          FALIGOT (Roger) et Pascal KROP. La Piscine. Les services secrets français, 1944-1984.  Seuil,  1985, gr. in-8°,  431 pp, documents en annexes, index, broché, bon état

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« La piscine ». Ainsi nomme-t-on familièrement le SDECE dans les récits d'espionnage. Mais il ne s'agit pas ici de fiction. Une histoire globale des services secrets français n'avait jamais été entreprise. De la Libération jusqu'à l'arrivée des socialistes au pouvoir, voici quarante années de vie clandestine livrées au public. Des brumes de la légende surgissent les commandos qui tentent de libérer les camps de concentration nazis, qui sautent en plein guerre froide de l'autre côté du rideau de fer, les agents qui organisent le trafic de l'opium en Indochine contre Hô Chi Minh et la CIA, les projets d'assassinat de Ben Bella et de Nasser, le mystère Ben Barka, les coups d'Etat en Afrique, la chasse aux "taupes" soviétiques qui investissent le SDECE. Ces révélations, parmi vingt autres, donnent à ce récit l'allure d'un roman d'aventures, d'un roman vrai. Pour la première fois, des agents secrets ont accepté de parler : du chauffeur au directeur, de l'analyste au tueur , les hommes de l'ombre se montrent en pleine lumière. Roger Faligot et Pascal Krop les ont retrouvés et longuement interrogés. Leurs témoignages sont authentifiés par des documents. Grâce à eux, le SDECE devient une maison de verre : ses réussites et ses revers, ses structures, son organisation, ses chefs, son action, ses conflits, tout est décrit avec minutie et précision.

263.          FEJTÖ (François) et Ewa Kulesza-Mietkowski. La fin des démocraties populaires. Les chemins du post-communisme.  Seuil,  1992, in-8°,  564 pp, 8 cartes, chronologie, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. XXe siècle), double envoi a.s. des auteurs à l'académicien René de Obaldia

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"Un ouvrage essentiel." (P. Bonnefont, Mondes et cultures) – "Parmi les déjà nombreux ouvrages sur l'ébranlement de l'Europe centrale et orientale, celui-ci possède, outre ses qualités de synthèse, un mérite exceptionnel : natifs l'un de Hongrie, l'autre de Pologne, les auteurs ont un accès privilégié aux textes et aux subtilités nationales de ces deux pays qui ont joué un rôle précurseur dans la chute du communisme." (Ph. V., 24 heures, Lausanne) – "A l'aide d'analyses précises, très documentées, l'auteur, qui connaît remarquablement cette question, nous décrit non seulement le processus d'effritement des régimes dits de "démocratie populaire", mais il insiste aussi sur les difficultés que ces pays "de l'Est" ne peuvent manquer de rencontrer dans les années à venir." (A. Encrevé, Réforme)

264.          FELS (Edmond, comte de). Aurons-nous une Révolution ?  Payot,  1923, in-12,  154 pp, broché, bon état

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La question se pose comme en 1789, à l'occasion du déficit... — "La situation financière de la France préoccupe à bon droit les esprits réfléchis. Ce n'est pas que l'on ignore les moyens d'y porter remède mais la tâche est rude et exige, de ceux qui auraient le courage de l'entreprendre, beaucoup de caractère. C'est ce qu'a bien vu M. de Fels, qui, dans un récent ouvrage “Aurons-nous une Révolution ?” expose la situation présente de nos finances en cherchant les moyens d'y remédier. Le titre de son livre suggère un rapprochement. L'ancien régime a abouti, vers la fin du dix-huitième siècle, à une révolution, liquidation terrible d'un long passé d'abus et de désordre financier. Qn sait quelles en furent les causes. L'état lamentable dans lequel Louis XIV, en mourant, laissa les finances, fut aggravé, peu d'années après, par la crise qu'engendra la faillite du fameux système de Law. Dans la suite, pendant tout le dix-huitième siècle, la situation ne fit qu'empirer. Les contrôleurs généraux, pour la plus grande part incapables ou peu soucieux de l'intérêt général, usèrent des pires expédients, au jour le jour, sans s'inquiéter du lendemain, pour masquer un déficit croissant. En fait, le crédit public n'existait pas. L'Etat empruntait au moyen de combinaisons variées, par intermédiaires le plus souvent, faisant en outre argent de la vente des Offices. (...) M. de Fels ne croit pas que le Parlement en arrive à faire des économies sérieuses et assez durables pour améliorer la situation. (...) En dehors des économies jugées impossibles à effectuer, ou tout au moins insuffisantes, restent les impôts. C'est là encore une solution qu'écarte l'auteur. Car l'élasticité du contribuable a été éprouvée jusqu'à son maximum. Les impôts élevés contribuent à la vie chère. Les augmenter encore, ce serait courir le risque de faire diminuer leur rendement et créer un mécontentement général. (...) Ces solutions du problème financier étant considérées comme impraticables ou insuffisantes, M. de Fels propose une solution. Selon lui, l'Etat, propriétaire de biens fonciers, d'usines – les arsenaux – et de manufactures – allumettes, tabacs et poudres – et du réseau de chemins de fer, devrait diminuer l'énorme dette qui oppresse ses budgets en « réalisant » ses biens, en donnant à ferme à l'industrie privée l'exploitation de ses monopoles et de son réseau ferré. L'Etat se ferait payer en titres de rentes, et, en annulant ces rentes, diminuerait les crédits budgétaires affectés à leur service ; donc, diminuerait sa dette. Tel est le système présenté sous sa forme schématique. Le moyen est donc d'amortir le passif de l'Etat au moyen de son actif..." (André Liesse, Journal des débats, 21 août 1923)

265.          FENBY (Jonathan). The General: Charles de Gaulle and the France He Saved.  London, Simon & Schuster,  2010, gr. in-8°,  xii-707 pp, 16 pl. de photos hors texte, notes, biblio, index, reliure percale éditeur, jaquette illustrée, bon état. Exemplaire signé par l'auteur. Texte en anglais

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"Les rédacteurs en chef de magazines américains ou britanniques auraient été exceptionnellement perspicaces s'ils avaient choisi en couverture un certain Charles de Gaulle il y a soixante-dix ans. Le Général, dont la haute taille donnait l'air plutôt godiche, était partout pratiquement inconnu au bataillon à son arrivée à Londres le 17 juin 1940 – tout ce que Sir Alexander Cadogan, le haut fonctionnaire au ministère des affaires étrangères, trouva à dire sur lui à ses collègues, c'est que sa tête ressemblait à un ananas et qu'il avait des hanches de femme. Son appel aux français, sur la BBC le lendemain, à ne pas capituler devant l'Allemagne alors que le blitzkrieg nazi déferlait sur le pays, fut peu écouté sur le continent et la BBC ne prit même pas la peine de garder l'enregistrement... Définir le gaullisme est une tâche notoirement ardue. Son essence se trouve dans la personnalité de son fondateur, un homme plus complexe que son image d'icône impénétrable pourrait suggérer." (Jonathan Fenby)

266.          FRANÇOIS-PONCET (André). De Versailles à Potsdam. La France et le problème allemand contemporain, 1919-1945.  Flammarion,  1948, in-8°,  305 pp, reliure demi-chagrin bordeaux à coins, dos à 4 nerfs soulignés à froid, auteur et titre dorés (rel. de l'époque), bon état

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"Après avoir présenté dans “Souvenirs d'une ambassade à Berlin” des choses vues et entendues au cours de sa mission diplomatique, M. André François-Poncet donne ici un aperçu de l'histoire du relèvement de l'Allemagne entre les deux guerres. Il ne s'agit pas d'une histoire détaillée, mais d'une vue à vol d'oiseau. Les faits sont connue, nous les avons suivis de jour en jour, il nous manquait le fil conducteur pour les relier. Ce récit, M. François-Poncet était mieux qualifié que quiconque pour le fournir. Témoin d'une grande partie des événements qu'il rapporte, de la conférence de Versailles à l'occupation de la Ruhr, du voyage de Briand et de Laval à Berlin jusqu'à la rencontre de Munich, il note avec soin ce qu'il n'a pas vu lui-même, n'omet rien d'important, fait alterner un récit très nourri, néanmoins jamais chargé, écrit d'une main légère, avec des réflexions judicieuses. "Comment une seconde guerre mondiale a-t-elle pu éclater si tôt après la première ? demande M. François-Poncet. Ce sont là des questions que nos enfants, devenus hommes, ont le droit de nous poser... J'ai essayé de leur répondre." La réponse est celle qu'on peut attendre d'un esprit perspicace. Les Allemands, trompés par une propagande mensongère, n'ont pas su tirer la leçon de leur défaite de 1918. Les Alliée, ayant fait un traité qui valait ce qu'il valait, mais qui pouvait être corrigé, n'ont jamais été d'accord et l'ont laissé corriger par les Allemands, disons même annuler. On a rarement vu tant de faiblesse après tant d'exigences..." (René Lauret, Le Monde, 1948)

267.          FRANÇOIS-PONCET (André). La vie et l'oeuvre de Robert Pinot.  Armand Colin,  1927, in-8°,  356 pp, un portrait en frontispice, broché, couv. à rabats (lég. salie), bon état. Edition originale

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Robert Pinot (1862-1926), directeur du Musée social à partir de 1895, entra en 1899 dans le monde de la métallurgie et tint des postes et des rôles importants à la Chambre syndicale des Fabricants et Constructeurs de matériel de chemins de fer et de tramways, participa à la fondation de l’Union des industries métallurgiques et minières (UIMM) en 1901 et au Comité des forges. Délégué général du Comité des forges, eut un rôle important dans le développement et l'organisation patronale de la métallurgie au début du XXe siècle. — "À la fin de la guerre, A. François-Poncet va faire une rencontre décisive avec Robert Pinot, délégué général du Comité des forges. Elle va entraîner A. François-Poncet dans une vie nouvelle, un nouveau milieu et un engagement intense. Cette rencontre survient à point dans son évolution intellectuelle, au moment où l'évidence des faits économiques change ses orientations profondes. En 1919, il va travailler d'abord directement pour le service de presse du Comité des forges. Le Bulletin du Comité des forges est alors un bimensuel envoyé aux adhérents. Robert Pinot le charge de développer ce service, avec une totale marge de manoeuvre. Il veut une information plus précise et plus développée que celle que peuvent fournir les grands quotidiens sur l'activité des principaux pays, et il souhaite délibérément la confier à des non-techniciens. Le Bulletin quotidien est publié à partir d'avril 1919. À côté de la traditionnelle information sur le secteur métallurgique, les membres trouvent désormais une analyse des questions d'actualité économique, sociale et politique, à l'international en particulier." (Françoise Berger, André François-Poncet, un acteur de l'histoire franco-allemande et européenne, 2012)

268.          GEYRAUD (Pierre). L'Occultisme à Paris.  Emile-Paul,  1953, in-12,  177 pp, broché, bon état

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Guérison spiritualiste, cosmisme, prophétie, alchimie, nécromancie, kabbale phonétique, magie sexuelle, désenvoûtements, archéosophie contre occultisme...

269.          GEYRAUD (Pierre). Les Religions nouvelles de Paris. Parmi les sectes et les rites.  Emile-Paul,  1939, in-12,  185 pp, broché, dos lég. abîmé, bon état. Edition originale, ex. du SP

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Pierre Geyraud est le pseudonyme de Pierre Guyader. Cet auteur adepte de « l’ésotéro-occultisme », pour reprendre le mot de Marie-France James, côtoya les plus grandes figures de son temps dans les loges et les salons parisiens. Pierre Geyraud s’est cantonné principalement à décrire dans ses ouvrages, les « sectes », les mouvements occultes et les « petites religions » du paysage initiatique de l’époque. — L'Eglise apostolique ; les Pentecôtistes ; les Oxfordistes ; l'Eglise catholique orthodoxe occidentale ; Catholicisme d'Action Française ; les Coptes dissidents ; la Théophanie ; l'Eglise christique primitive ; les Paraclétistes ; les Néo-Vintrasiens ; le Résurrectoir ; l'Eglise Laïque de Paris ; les Universalistes ; l'Alliance bicosmique ; Aspha ; Mazdaznan ; les Néo-Esséniens ; la Nouvelle Eglise Gnostique Universelle ; les Isiaques ; les Néo-Palladistes.

270.          GEYRAUD (Pierre). Les Sociétés Secrètes de Paris. Parmi les sectes et les rites.  Emile-Paul,  1938, in-12,  219 pp, broché, bon état. Edition originale

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"Le T.H.L. (Très Haut Lunaire) est une société luciférienne...Le Pape noir est, comme les autres dirigeants, alchimiste...Il y a là un éditeur de la rive gauche." — "L’auteur a déjà donné sous le titre : Les Petites Églises de Paris, une série de reportages très documentés et très vivants sur les sectes très nombreuses à Paris. Ancien ecclésiastique, M. Pierre Geyraud a gardé de sa formation cette sympathie intellectuelle pour le monde de la foi et des rites, sans laquelle il n’est pas possible d’en avoir une compréhension vraie. En ce qui concerne les sociétés secrètes, ses curieuses enquêtes, qui lui ont valu d’ailleurs des amitiés sûres parmi les adeptes et les maîtres, ont été menées avec toute la probité requise. Comprendre et faire comprendre ces groupements occultes, tel a été son but." (La Nouvelle Revue, tome 158, 1938) — Reportages sur les sociétés secrètes de Paris : le Compagnonnage ; la Rose+Croix et les Rosicruciens ; l'Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix ; l'Ordre de la Rose+Croix catholique du Temple et du Graal ; l'Association Rosicrucienne ; la F.T.L. ; la Fraternité des Polaires ; les Bardes ; les Eudiastes ; les Rotariens ; Aissaouas de Paris ; une réunion Vaudou ; la Mafia à Paris ; l'Ordre indépendant des Compagnons-Bizarres ; les Martinistes ; les Chevaliers de la Table Ronde ; les Anthroposophes ; l'Ordre du Christ-Roi ; une société secrète juive ; une société secrète catholique anticléricale, etc.

271.          GEYRAUD (Pierre). Sectes & Rites. Petites églises, religions nouvelles, sociétés secrètes de Paris.  Emile-Paul,  1954, in-12,  280 pp, broché, pt mques au 1er plat, sinon bon état

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Qui aurait cru qu'en plein XXe siècle il pût se trouver à Paris un tel pullulement de petites églises, de religions nouvelles, de sociétés secrètes ? Une frise d'étonnantes révélations sur les sectes et les rites inconnus de Paris. Certainement le texte le plus intéressant de la série de Pierre Geyraud sur les sectes et cercles occultes parmi lesquels on retiendra plus particulièrement Le Très Haut Lunaire, les Vintrasiens, les Cercles Martinistes, le Néo-Essénisme, la Nouvelle Eglise Gnostique, etc. — "L’auteur a déjà donné une série de reportages très documentés et très vivants sur les sectes très nombreuses à Paris. Ancien ecclésiastique, M. Pierre Geyraud a gardé de sa formation cette sympathie intellectuelle pour le monde de la foi et des rites, sans laquelle il n’est pas possible d’en avoir une compréhension vraie. En ce qui concerne les sociétés secrètes, ses curieuses enquêtes, qui lui ont valu d’ailleurs des amitiés sûres parmi les adeptes et les maîtres, ont été menées avec toute la probité requise. Comprendre et faire comprendre ces groupements occultes, tel a été son but." (La Nouvelle Revue)

272.          GIMPEL (René). Journal d'un collectionneur marchand de tableaux, 1918-1939.  Calmann-Lévy,  1963, gr. in-8°,  500 pp, préface de Jean Guéhenno, 40 pl. d'illustrations hors texte, index des noms cités, broché, couv. illustrée, rhodoïd, bon état

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Ce Journal est un ouvrage de référence en histoire de l'art, qui propose un témoignage unique et éclairant sur la vie des artistes, des collectionneurs, des marchands et de toutes les figures du monde de l'art du premier vingtième siècle. Il fournit des anecdotes précieuses sur les peintres, comme par exemple sur Degas, Renoir ou encore sur les dernières années de la vie de Claude Monet. Jean Guéhenno (de l'Académie française) a pu dire de ce texte : "Le livre, par sa variété, séduira bien des lecteurs. Je ne dis rien du plaisir qu'y trouveront les amateurs, les connaisseurs, les collectionneurs. Ils auront de quoi compléter l'histoire de bien des célèbres tableaux, de leurs voyages, et... de leurs prix. Mais l'intérêt bien souvent est au-delà de la petite histoire et de l'anecdote. René Gimpel savait lui-même voir et regarder. Il a le sens du trait (...) Il a tout su, tout vu de la peinture pendant quarante ans, et, quand il rencontre les grands peintres, Renoir, Monet, Mary Cassat, Marie Laurencin, Soutine, Forain, Braque, Tal Coat, Coutaud, un écrivain aussi, Marcel Proust, son témoignage devient précieux." Il croise critiques et écrivains, Apollinaire, Berenson, et surtout Marcel Proust qu'il rencontra, dès 1907, à Cabourg, où ils séjournaient dans le même hôtel. Leur passion pour Vermeer les lia d'une profonde amitié. La fascination pour Proust de René Gimpel était-elle due à l'impression qu'il avait d'écrire lui aussi une chronique de son temps ? Son Journal a une vocation littéraire, historique, servie par un sens aigu de l'observation et un style très vivant.

273.          GONOD (Michel). Le Secret du docteur Gubler.  Editions du Rocher,  1997, in-8°,  182 pp, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale

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Le 18 janvier 1996, le livre du docteur Claude Gubler, “Le grand secret”, publié la veille chez Plon, est interdit à la vente par le tribunal de grande instance de Paris. Un acte de censure radical et rarissime. Médecin personnel de François Mitterrand pendant quatorze ans, c'est Michel Gubler y révéle que le président de la République avait été soigné secrètement pour un cancer de la prostate à partir de 1981. S'appuyant sur des témoignages inédits, ce deuxième livre apporte un éclairage nouveau.

274.          HAMILTON (Alastair). L'illusion fasciste : les intellectuels et le fascisme, 1919-1945. Italie, Allemagne, France, Angleterre.  Gallimard,  1973, in-8°,  333 pp, traduit de l'anglais, 24 pl. de photos hors texte, biblio, index, broché, couv. à rabats, dos lég. abîmé, qqs rares annotations stylo, bon état (Coll. La Suite des temps)

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"Le livre de Hamilton, malgré son titre, n'est qu'a peine limité aux intellectuels et chaque étude comporte un chapitre important sur la France (beaucoup d'études antérieures de cette sorte ayant curieusement ignoré le fascisme français). Hamilton a raison de faire remarquer que l'association rétrospective du fascisme avec les atrocités nazies dissimule l'ambiance du fascisme initial et les motivations de beaucoup d'intellectuels généreux qui admiraient le fascisme pour des raisons tout a fait différentes. Evidemment tous les fascistes n'étaient pas des 'lumpenprolétaires' vulgaires et sadiques. Ce qui apparaît moins clairement dans le portrait que fait Hamilton d'une 'intelligentzia' qui comprenait, soit comme membres du parti, soit comme compagnons de route, des noms prestigieux comme Martin Heidegger, William Butler Yeats, T. S. Eliot, Ezra Pound, Luigi Pirandello, Louis-Ferdinand Céline, Robert Brasillach et Pierre Drieu La Rochelle, c'est comment de tels hommes ont toléré aussi aisément les éléments violents et despotiques perceptibles dans le fascisme bien avant les camps d'extermination : meurtre de Mattéotti en 1924, « purge sanglante » d'Hitler de 1934, détention des socialistes, communistes et Juifs avant 1939, etc. A la lumière de telles pratiques réelles, il semble étrange de prétendre, comme le fait Hamilton, que de tels écrivains « n'avaient guère de raisons de croire que leurs incitations à la violence iraient plus loin que le papier sur lequel ils les exprimaient ». Hamilton préfère insister sur la nature « extrêmement ambiguë » du fascisme de ces intellectuels... Si les idées de Hamilton sur le fascisme ne sont pas sans ambiguïté en elles-mêmes, la façon dont il traite des penseurs indépendants et des mouvements reste fertile et pénétrante et fournit un exposé fascinant sur la nouvelle « trahison des intellectuels », de quelques intellectuels, trahison que Benda n'avait qu'à moitié prévue et que les spécialistes ont largement ignorée depuis 1945..." (Robert Soucy, Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 1977)

275.          HOURS (Magdeleine). Une Vie au Louvre.  Laffont,  1987, in-8°,  315 pp, notes, annexes, broché, couv. illustrée, bon état

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Magdeleine Hours (1913-2005) a consacré l'essentiel de sa vie au Louvre. Ancienne élève de l'Ecole des hautes études d'histoire et de philologie à la Sorbonne, diplômée de l'Ecole du Louvre, elle est, en 1937, chargée de mission au laboratoire d'études scientifiques de la peinture et des objets d'art et d'archéologie, fondé en 1931. Pendant la guerre, elle ne ménagera pas sa peine pour mettre à l'abri un grand nombre de documents. En 1949, elle prend la direction du laboratoire... Elle dévoile ici les chemins de sa vie et de sa carrière qu'elle éclaire avec la vivacité et l'humour qu'on lui connaît : 'Une Vie au Louvre', ou comment, d'« attaché libre » à conservateur et à inspecteur général, on s'élève, en quarante ans, au sommet de l'administration des musées de France. Elle a veillé sur la Joconde aux Etats-Unis, rencontré John Kennedy et ses frères. C'est elle encore qui a organisé le voyage du chef-d'oeuvre du Vinci à Tokyo. Mais toute sa vie est aventures et rencontres exceptionnelles... Au Louvre, dans ce palais superbe et sévère qui raconte, à lui seul, l'histoire de la France, cette femme passionnée a secoué la poussière des siècles. Au prix de mille difficultés, elle y a introduit les méthodes scientifiques d'examen et d'analyse des oeuvres d'art ; et le regard que nous portons sur les chefs-d'oeuvre qu'il contient s'en est trouvé changé...

276.          JAOUEN (Jean). La Formation sociale dans l'enseignement secondaire.  Editions du Cerf,  1932, in-12,  194 pp, index, broché, couv. lég. salie, bon état (Coll. Les Sciences et l'art de l'éducation, 4)

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Cette collection dirigée par un groupe de spécialistes belges et français se propose de « renseigner les éducateurs sur le mouvement pédagogique contemporain, de l’apprécier au point de vue scientifique et à la lumière de la doctrine catholique et de rassembler ainsi, en vue d’une véritable préparation de l’enfant à la vie, les résultats acquis des sciences de l’éducation ». (4e de couv.) — Table : I. La tâche possible - II. Les méthodes employées pour éveiller le sens social - III. L'utilisation des études générales - IV. Lectures, actualités, causeries - V. La formation sociale, par les activités extra-scolaires - VI. Pour une formation sociale complète - VII. La préparation des maîtres - VIII. Petites remarques sur l'enseignement moral - IX. L'orientation de l'enseignement religieux.

277.          JOSEPH (Hiéromoine du monastère de Dionysiou). L'Ancien Charalampos.  L'Age d'homme,  2012, gr. in-8°,  187 pp, 12 photos, glossaire, broché, couv. illustrée, soulignures au stylo vert sur 4 pp, bon état (Coll. Epiphanie. Orthodoxie. Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle)

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L'Ancien Charalampos (1910-2001), moine du Mont-Athos, fut l'un des plus proches disciples du grand Joseph l'Hésychaste (1898-1959), et même, selon certains témoins, son disciple préféré. Ce livre, qui retrace sa vie, dépeint sa personnalité spirituelle et transmet ses principaux enseignements, a été écrit par l'un des moines de sa communauté, qui a vécu auprès de lui pendant trente-six ans. Le Père Charalampos vécut dans la petite communauté de l'Ancien Joseph de 1950 jusqu'à la dormition de celui-ci en 1959.

278.          JUNGK (Robert). Plus clair que mille soleils. Le destin des atomistes.  Arthaud,  1958, in-8°,  320 pp, 16 photos en héliogravure hors texte, biblio, index, broché, jaquette illustrée, bon état

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"Le nouveau livre de Robert Jungk retrace, à travers les destins des savants atomistes les plus éminents, européens et américains, l'histoire des découvertes théoriques et de la construction de la bombe atomique entre 1920 et 1956. (...) Chroniqueur exceptionnel, Robert Jungk nous fait suivre tout au long de leur carrière les acteurs de ce drame atomique, Niels Bohr, Otto Hahn, Robert Oppenheimer, Edward Teller... savants originaires de tous les pays, arrachés à une jeunesse studieuse et emportés, sans qu'ils l'aient toujours voulu, dans le tourbillon de la politique internationale, voués à ce qu'Oppenheimer appela « l'oeuvre du diable »." (Prière d'insérer) — "De bons et intéressants ouvrages, notamment le passionnant récit de Jungk, "Plus clair que mille soleils", ont retracé l'aventure atomique." (Revue Etudes)

279.          KENNAN (George F.). La Russie soviétique et l'Occident. Quarante années d'histoire.  Calmann-Lévy,  1962, in-8°,  362 pp, traduit de l'américain ("Russia and the West under Lenin and Stalin"), broché, couv. à rabats, pt morceaux de scotch en haut et bas du dos, bon état. Edition originale française

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"L'essai de G. F. Kennan se recommande par une série de rares qualités : rien n'est plus libre et moins académique que ce survol de quarante années d'histoire. Les deux premiers tiers, pleins d'érudition, ne nous mènent que jusqu'à Rapallo, et le dernier tiers constitue plutot les réflexions d'un diplomate de carrière qui cherche à se rendre compte, avec un remarquable sens du concret, de quelle façon les choses se sont passées. Une leçon de réalisme politique : il faut apprendre « à négocier avec le démon ». Kennan se montre naturellement un adversaire déclaré du système soviétique, mais ne ménage pas non plus ses critiques à l'Occident, et le ton général est celui d'une polémique vigoureuse pleine de jugements neufs, d'idées personnelles, d'éloquence persuasive. Un ouvrage touffu, mais passionnant, qui semble écrit au fil de la plume et qui multiplie à plaisir les digressions..." (Alain Besançon, Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 1963)

280.          LAMBLIN (Bianca). Mémoires d'une jeune fille dérangée.  Balland,  1993, in-8°,  207 pp, notes, broché, couv. illustrée lég. défraîchie, bon état

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"J’ai longtemps hésité à raconter ce qui, dans ma vie, a été un drame, auquel furent mêlés étroitement Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. À dix-sept ans, j’ai éprouvé envers Simone de Beauvoir, qui fut mon professeur de philosophie, un attachement passionné. À cette passion s’est ajoutée quelques mois plus tard une liaison amoureuse avec Sartre : en 1939, nous formions un « trio », configuration sentimentale rare et hasardeuse, qui a été délibérément brisée d’abord par Sartre puis par le Castor en 1940. Cette double rupture, en un moment historique si lourd de menaces pour une Juive comme moi, m’a plongée dans une grave et persistante dépression. Telle fut la première cassure. Après la guerre, j’ai néanmoins repris des relations d’amitié avec le Castor. Pendant quarante ans, et jusqu’à sa mort, je l’ai rencontrée tous les mois. J’avais (encore) confiance en elle. C’est ce qui explique que la lecture des Lettres à Sartre et du Journal de guerre parus en 1990 m’ait fait à nouveau tant de mal. Ce fut la seconde cassure. Leur contenu m’a révélé sous un tout autre visage celle que j’avais aimée toute ma vie et qui m’avait constamment abusée. J’y lisais le dépit, la jalousie, la mesquinerie, l’hypocrisie, la vulgarité. C’est la raison principale qui m’a déterminée à écrire le récit de cette aventure à la fois banale et exceptionnelle. Que Sartre m’ait sacrifiée à sa quête perpétuelle et vaine de séduction pour m’abandonner ensuite sans vergogne, soit. Mais que Simone de Beauvoir serve de pourvoyeuse à son compagnon, est plus étonnant. Que dire d’un écrivain engagé comme elle dans la lutte pour la dignité de la femme et qui manipula et trompa, sa vie durant, une autre femme ? Ce livre n’assouvit aucune vengeance ; il prétend simplement mettre en lumière la vérité sur celle cachée sous le pseudonyme de Louise Védrine." (Bianca Lamblin) — "A 17 ans, Bianca Lamblin se prend de passion pour son professeur de philosophie, Simone de Beauvoir. Amitié amoureuse à laquelle s'ajouta bientôt une liaison avec Jean-Paul Sartre. Puis, à la défaite de 1940, c'est la rupture : Bianca est brutalement abandonnée, exclue du « trio amoureux » auquel elle a cru, au moment même où son origine juive inaugure pour elle une vie de périls, d'angoisse et de deuils. Mais ce n'est qu'un demi-siècle plus tard, en lisant les Lettres à Sartre et le Journal de guerre de Simone de Beauvoir, que Bianca découvrira de quelle trahison, de quel mépris elle a été, dès le début, victime... Un document retentissant, qui ne laissera indifférent ni les admirateurs ne les adversaires du philosophe et du « Castor ». Parfois on est un pion qu'on déplace ou qu'on laisse tomber. Si l'on est juive et que la trahison a lieu en février 1940, on peut garder la blessure sa vie entière. Ceux qui jouent à la poupée s'appellent Sartre et Beauvoir. Celle qui vit un désastre personnel et historique est Bianca Lamblin." (Annie Diatkine, Libération) — "Simone de Beauvoir croyait à l'irremplaçable vertu de la vérité. La voilà servie." (Françoise Giroud, Le Nouvel Observateur)

281.          LOUBES (Olivier). L'école et la patrie. Histoire d'un désenchantement, 1914-1940.  Belin,  2001, gr. in-8°,  221 pp, notes, biblio, index, broché, bon état (Coll. Histoire de l'éducation)

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"Le procès de l'école est souvent instruit en période de crise militaire ou sociale : comme un Renan célébrant en 1871 les qualités du maître prussien, Marc Bloch s'interroge sur les responsabilités des instituteurs français dans la débâcle de 1940. Pour ce qui est de l' «étrange défaite», cette question exige qu'on se reporte au traumatisme de la Grande Guerre ; car si les instituteurs ont été trop pacifistes en 40, c'est peut-être qu'ils se reprochaient d'avoir été trop patriotes en 14. Olivier Loubes se propose d'éclairer les rapports torturés qu'entretiennent l'école et la patrie dans l'entre-deux-guerres. Grâce à une documentation originale où se mêlent les cahiers d'élèves, les livres de lecture, les instructions officielles, les débats parlementaires et les archives privées (celles de Jean Zay notamment), il explique comment les instituteurs devenus pacifistes ont continué à fabriquer « d'excellents Français». Écœurés par la guerre et la mort de masse patriotique, les maîtres n'en ont pas moins assuré la francisation et la républicanisation des enfants..." (Ivan Jablonka, Histoire, économie & société, 2002)

282.          MANCHESTER (William). Mort d'un président (20-25 novembre 1963).  Laffont,  1967, fort in-8°,  768 pp, traduit de l'anglais, 7 plans hors texte, sources, index, reliure demi-chagrin noir, dos à 5 nerfs filetés et titres dorés (rel. de l'époque), bon état

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Un compte rendu détaillé de l'assassinat du président des États-Unis John F. Kennedy. — "Mme John Kennedy, par ministère d'huissier, vient de faire savoir à la maison d'éditions Harper and Row et au magazine « Look » qu'elle entamerait des poursuites judiciaires contre l'une et l'autre firme au cas où celles-ci persisteraient dans leur projet de publier « La Mort d'un Président », par William Manchester. La maison Harper and Row avait prévu la parution du livre de M. Manchester .pour le mois de mars. Elle a annoncé qu'elle retardait la publication d'un mois pour donner à l'auteur le temps de « procéder à quelques révisions ». Le sénateur Robert F. Kennedy ne s'est pas associé à la démarche de la veuve du président, mais on sait qu'il partage les réserves de celle-ci concernant le livre de M. Manchester. (...) Sur un point essentiel, malheureusement, le livre de M. Manchester ne saurait guère contribuer à « la vérité historique ». Cette enquête sur « la mort d'un président », décidée au moment où la commission Warren commençait sa propre enquête en entendant Marina Oswald, avait été considérée d'abord comme reflétant le désir de la famille Kennedy d'arriver à la vérité d'une manière indépendante. Mais dès le 29 juin suivant, alors que M. Manchester venait à peine de se mettre au travail, M. Robert Kennedy reprenait à son compte, dans une déclaration faite à Cracovie (Pologne), la version de Dallas sur Lee Oswald, assassin solitaire. Une chose est certaine : le conflit en train de se préciser ne fera que consacrer un succès commercial qui promet d'être hors de toute proportion avec les mérites de l'oeuvre. Personne ne doute que le livre sera un « best seller ». Quant au magazine «Look» (qui, dit-on,a payé 650.000 dollars pour les droits mondiaux, mais en aurait déjà récupéré près de la moitié en Europe), il a commencé une vaste campagne de publicité, préparant un tirage exceptionnel et profitant de l'occasion pour augmenter le prix de sa vente au numéro." (Léo Sauvage, L'Impartial, 1966)

283.          MARGAIRAZ (Michel) et Danielle TARTAKOWSKY. L'Etat détricoté. De la Résistance à la République en marche.  Editions du Détour,  2018, in-8°,  222 pp, notes, broché, couv. à rabats, bon état

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Depuis son élection en mai 2017, Emmanuel Macron annonce, les unes à la suite des autres, des mesures visant à enterrer le « vieux monde » issu du compromis social hérité de la Libération. Mais il ne précise pas là où il compte mener la société. « En marche », certes, mais… vers où ? Pour mieux comprendre la dynamique engagée, Michel Margairaz et Danielle Tartakowsky analysent comment, depuis le Conseil national de la Résistance et son programme, plusieurs visions s’affrontent, les idées libérales ou régulatrices gagnant du terrain ou en perdant selon les séquences historiques et les domaines, économiques ou sociétaux. De l’immédiate après-guerre à aujourd’hui, en passant par la création du Plan, Mai 1968, la construction européenne, la globalisation de l’économie ou l’essor de revendications individuelles au détriment du collectif, les fonctions de I’État vont se remodeler suivant un enchaînement complexe. Là où, après guerre, gaullistes et communistes défendaient différentes versions d’un État régulateur, s’est imposé progressivement un détricotage de l’État social. Mais aussi, et les auteurs le démontrent ici avec brio, une consolidation, voire un durcissement du rôle de l’État en de nombreux domaines, alternativement porté par les gouvernements de droite ou de gauche.

284.          MARIE (Jean-Jacques). Khrouchtchev. La réforme impossible.  GLM, Payot,  2010, in-8°,  604 pp, 19 photos sur 8 pl. hors texte, 4 cartes, notes, chronologie, biblio, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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On se souvient si volontiers des pitreries de l’homme – capable d’asséner sa chaussure sur un pupitre de l’ONU pour faire taire l’assistance – qu’on en oublierait presque que Nikita Khrouchtchev (1894-1971) est aussi celui qui pratiqua docilement, durant deux décennies, les purges sanglantes ordonnées par Staline, liquida ses rivaux Beria et Malenkov pour mieux se hisser au pouvoir, et réprima férocement les insurrections de Pologne et de Hongrie. Le fils de serf né en Ukraine, qui débuta comme ouvrier métallurgique et souffrit toute sa vie, bien qu’il s’en défendît, de son manque d’éducation, a fait du chemin jusqu’au sommet de la deuxième puissance mondiale. Il est l’exemple le plus achevé de ces simples soldats de l’appareil du parti qui, promus par Staline sur les cadavres de leurs prédécesseurs, dirigeront l’URSS jusqu’à Gorbatchev. Pourtant, comparée à la stagnation de l’époque Brejnev qui lui succédera, l’ère Krouchtchev (1955-1964) s’engage a contrario dans un mouvement de déstanilisation qui touche nombre de secteurs, alors qu’une profonde crise économique, sociale et politique atteint l’URSS. En politique étrangère, Mr K., comme on le surnomme alors, infatigable voyageur, multiplie les gestes de détente mais maintient les « démocraties populaires » dans une étroite subordination à Moscou, déchaînant ainsi les revendications nationales qui feront éclater le bloc soviétique et chuter le mur de Berlin qu’il a fait ériger. Il doit reculer devant Kennedy lors de la fameuse crise des missiles de Cuba et ne peut empêcher la rupture publique avec Mao. Mais en envoyant Gagarine dans l’espace, il hisse l’URSS au premier rang de la conquête spatiale.C’est aussi le seul secrétaire général qui ait laissé d’abondants Mémoires qui, bien que truffés de petits ou gros mensonges, jettent une lumière crue sur la société soviétique de la fin des années 1920 à la fin des années 1960. Jean-Jacques Marie en a relu et traduit scrupuleusement l’édition russe, non expurgée par le KGB, et a exhumé des archives soviétiques partiellement ouvertes nombre de lettres et de procès-verbaux jusque-là inédits. Première biographie écrite en français par un historien sur ce personnage emblématique de la guerre froide, elle nous aide à comprendre les problèmes de la Russie d’aujourd’hui.

285.          MARTIN DU GARD (Maurice). Les Mémorables. III. 1930-1945.  Grasset,  1978, in-8°,  331 pp, broché, jaquette illustrée, bon état

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Troisième et dernier volume de ces excellents souvenirs littéraires et politiques, paru dix-huit ans après les deux premiers (1957-1960) : Larbaud, Valéry, Noailles, Drieu la Rochelle, Bernanos, Léautaud, Chateaubriand, Guitry, Aragon, Mauriac, Junger, Roger Martin du Gard, etc. — "Les deux premiers volumes des Mémorables, salués par l'ensemble de la critique comme l'un des témoignages les plus brillants et les plus honnêtes sur l'entre-deux-guerres, couvraient la période 1918-1930. Ce dernier volume évoque les années qui ont précédé la dernière guerre mondiale et nous conduit jusqu'à la IVe République. Les Mémorables se situent à mi-chemin du journal et des mémoires, d'où leur caractère singulier. Les scènes, les entretiens, les portraits qui les composent, toujours reconstitués à partir de notes prises au jour le jour, recréent véritablement une époque : "les acteurs" – écrivains bien sûr, mais aussi hommes politiques, artistes et gens du monde – "bougent" et ont l'intensité des personnages de roman. Dans les précédents tomes, Maurice Martin du Gard, du poste d'observation unique qui était le sien à la tête de ces Nouvelles littéraires qu'il avait fondées en 1922, promenait un regard amusé chez les surréalistes, recueillait les confidences de ses amis, Drieu La Rochelle, Montherlant, Cocteau, Giraudoux, Claudel, Valéry, Mauriac, Larbaud, s'entretenait avec André Gide. La plupart de ces grandes figures réapparaissent ici : au fil du temps, nous les voyons évoluer. Mais d'autres personnages font leur entrée : Bernanos, Jules Romains, Sacha Guitry, Aragon, Saint-John Perse, Charles de Gaulle, Léon Blum. Tous sont saisis par petites touches dans leur complexité, avec leurs faiblesses, leur grandeur aussi souvent. Ainsi s'achève ce film au montage parfait, qui passionnera tous ceux qui s'intéressent à la littérature."

286.          MASER (Werner). Naissance du Parti National-Socialiste allemand : Les débuts du National-Socialisme - Hitler jusqu'en 1924.  Fayard,  1967, in-8°,  358 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats lég. salie, bon état

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"Cet ouvrage relate la vie de Hitler, de ses difficiles débuts viennois à son adhésion au « parti des travailleurs allemands » D.A.P. et à l’échec de la tentative de coup d’Etat de 1923. Cette période, dont on a beaucoup parlé, reste assez mal connue dans la mesure où les commentateurs, y compris Alan Bullock, ont eu grand-peine à éviter de projeter sur les années de jeunesse de Hitler l’opinion qu’ils avaient conçue de sa personne en examinant l’ensemble de sa redoutable carrière. L’ouvrage de W. Maser, très fouillé, évite cette illusion d’optique historique. Sa partie la plus neuve semble être celle où il démontre qu’à Vienne Hitler n’était pas le gueux et l’épave d’asile souvent dépeinte mais disposait de moyens décents d’existence. Le chapitre sur la Bavière après la première guerre mondiale est également excellent. L’auteur a eu l’heureuse idée d’annexer à son livre le « programme du NSDAP »." (Paul-Jean Franceschini, le Monde diplomatique, 1967)

287.          MILZA (Pierre). Les Relations internationales de 1918 à 1939.  Armand Colin,  1995, in-8°,  192 pp, biblio, broché, bon état (Coll. Cursus)

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Contrairement à ce qui pourrait être déduit d'une conception strictement déterministe de l'histoire, la Seconde Guerre mondiale n'est pas tout entière en germe dans la façon dont s'est déroulée et conclue la première. Il n'y a pas eu d'enchaînement irréversible des faits qui ont produit Hitler et Staline et qui relient, sans la moindre possibilité de voir le film se dérouler autrement, la "paix dictée" de Versailles et l'affrontement entre les démocraties et les totalitarismes qui, pour ne parler que de l'Europe, commence avec la guerre d'Espagne et se transforme trois ans plus tard en un conflit planétaire. Le sort de l'Europe et celui du monde se sont sans doute joués sur un petit nombre d'options prises par tel ou tel décideur, options qui auraient pu être différentes et modifier le cours des choses... Et pourtant, l'histoire de cette période n'est pas simple succession d'accidents, de hasards, d'occasions manquées. Si elle n'est pas déterminée par la manière dont a été mis en place en 1919 le nouvel ordre international, cela ne veut pas dire que ceux qui ont installé le système n'ont pas généré en même temps la possibilité de le détruire, ni qu'ils n'ont eu aucune responsabilité dans le déroulement des faits qui allaient aboutir aux agressions hitlériennes de 1938-1939. Ce problème du rapport entre l'enchaînement causal des faits et leur contingence est au centre de ce livre consacré aux relations internationales de l'entre-deux-guerres, une période ponctuée d'événements dramatiques et qui s'achève par un conflit dont le monde continue de subir les innombrables conséquences.

288.          Ministère des Affaires étrangères. Documents diplomatiques français. Série après 1954, publiée sous la direction du Professeur Maurice Vaïsse. Volumes 1 à 15 : du 21 juillet 1954 au 30 juin 1959.  P., Imprimerie Nationale,  1987-1994, 15 forts vol. gr. in-8°,   reliures simili-cuir bordeaux de l'éditeur, titres dorés aux 1er plats et aux dos, très bon état

            600

La collection des Documents diplomatiques français retrace, à travers la publication de documents d’archives émanés des fonds du ministère des Affaires étrangères, l’évolution de la diplomatie française. Confié dès l’origine à une commission d’historiens et de diplomates, ce travail de sélection et de publication s’est attaché dans un premier temps à évoquer les origines de la guerre franco-allemande de 1870-1871 puis des deux conflits mondiaux. À partir de 1983, les travaux de la commission se sont recentrés sur la période postérieure au 21 juillet 1954, date des Accords de Genève, avant de s’étendre, depuis 1992, à l’ensemble des périodes chronologiques non encore traitées (1914-1932 et 1939-1954). — Vol. 1 : 21 juillet-31 décembre 1954 ; Vol. 2 : Annexes. 21 juillet-31 décembre 1954 ; Vol. 3 : Tome I : 1er janvier-30 juin 1955 ; Vol. 4 : Tome I / Annexes : 1er janvier-30 juin 1955 ; Vol. 5 : Tome II : 1er juillet-31 décembre 1955 ; Vol. 6 : Tome II / Annexes : Juillet-décembre 1955 ; Vol. 7 : Tome I : 1er janvier-30 juin 1956 ; Vol. 8 : Tome II : 1er juillet-23 octobre 1956 ; Vol. 9 : Tome III : 24 octobre-31 décembre 1956 ; Vol. 10 : Tome I : 1er janvier-30 juin 1957 ; Vol. 11 : Tome II : 1er juillet-31 décembre 1957 ; Vol. 12 : Tome I : 1er janvier -30 juin 1958 ; Vol. 13 : Tome II : 1er juillet-31 décembre 1958 ; Vol. 14 : Tome I : 1er janvier-30 juin 1959 ; Vol. 15 : Tome I / Annexes : 11 mai-20 juin / 13 juillet-5 août 1959. — "La nouvelle série des Documents diplomatiques français, dont la publication a été entamée en 1987 avec les archives de l'année 1954, mérite tout particulièrement d'être signalée. Placée sous la responsabilité de la « Commission de publication des documents diplomatiques » du ministère des affaires étrangères, longtemps présidée par le regretté Jean-Baptiste Duroselle, cette série constitue une mine de documents concernant les grandes orientations de la vie diplomatique, rendue maniable par une table méthodologique et un index des noms propres, qui pallient l'absence de tout index thématique. Cette lacune est surtout dommageable pour le juriste, dans la mesure où la sélection des textes comme leur présentation chronologique correspondent à une approche purement diplomatique, privilégiant les relations bilatérales « géographiques ». Les grandes négociations multilatérales apparaissent soit dans la rubrique « Europe », y compris les relations est-ouest, soit dans une dernière rubrique « énergie atomique-désarmement». Mais de manière particulièrement judicieuse, l'ensemble des comptes-rendus concernant la conférence de Genève, qui pendant de longues semaines de l'année 1959 a réuni les quatre Grands, est regroupé dans le volume 15 (annexes) : les argumentations inlassablement répétées, les escarmouches de protocole, les réparties cinglantes et les négociations de coulisse des quatre ministres des affaires étrangères et des représentants des deux Allemagnes constituent une passionnante leçon de cette «diplomatie froide» où MM. Couve de Murville et Gromyko étaient passés maîtres. La « politique juridique extérieure » ou la diplomatie multilatérale de la France, notamment au sein des Nations Unies à une période cruciale de la décolonisation, n'apparaissent que de manière incidente, à travers de rares mentions des noms du secrétaire général des Nations Unies, des représentants français à New York ou du jurisconsulte de l'époque, M. Gros. Les rapides aperçus ainsi apportés sur certains aspects juridiques - comme lors de la crise de Suez (volume 9, n° 250) - font regretter qu'une approche plus systématique n'ai pas été tentée notamment en matière de règlement des différends. On relèvera à cet égard une longue « note du service juridique » de mars 1958 « au sujet de la commission franco-marocaine d'enquête et de conciliation » (volume 12, n° 185) concernant le sort de M. Ben Bella." (Emmanuel Decaux, 1996)

289.          MORIN (Edgar), Véronique Grappe-Nahoum et Haim Vidal Sephiha. Vidal et les siens.  Seuil,  1989, gr. in-8°,  372 pp, 16 pl. de photos hors texte, chronologie, broché, couv. illustrée, bon état

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Avec Vidal Nahoum mourut, à La Turbie (Alpes-Maritimes), en 1984, l’un des survivants du monde englouti de la Salonique séfarade où il était né en 1894. Son grand-père venait de Toscane et parlait italien, sa langue maternelle était l’espagnol du XVe siècle, mais, tout jeune, il sut s’exprimer en français et en allemand. Adolescent, il rêvait de vivre en France : il y fut conduit dans une « prison » d’où le libéra le président du Conseil d’alors, Aristide Briand. Naïf et malin, animé d’un optimisme et d’une gaieté sans faille, d’un sens de la famille quasi religieux et d’un goût inépuisable pour la nourriture, il traversa les guerres balkaniques, l’écroulement de l’Empire ottoman et les deux guerres mondiales. Comme tout point singulier d’un hologramme qui contient l’information de la totalité où il s’inscrit, l’histoire unique de Vidal Nahoum porte en elle l’épanouissement, le crépuscule et la mort de la culture judéo-espagnole, le passage de la cité d’Empire à l’État-Nation, la complexité des relations modernes entre juifs et « gentils », entre Orient et Occident. A partir de documents historiques et personnels, Edgar Morin, son fils, nous restitue son histoire irremplaçable et celle des hommes et femmes de sa famille.

290.          MOUREAUX (Serge). Les Accords d'Evian et l'avenir de la révolution algérienne.  Maspero,  1962, gr. in-12,  258 pp, 11 textes en annexes (accords de cessez-le-feu en Algérie, déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie – connues sous le nom d'accords d'Evian, etc), broché, couv. à rabats (lég. frottée), bon état (Coll. Cahiers libres, 34)

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II s'agit en réalité d'une œuvre collective de plusieurs avocats et juristes belges favorables aux idées du FLN : Marc de Kock, Roger Lallemand et Serge Moureaux.

291.          NADEAU (Maurice). Grâces leur soient rendues. Mémoires littéraires.  Albin Michel,  1990, gr. in-8°,  481 pp, 16 pl. de photos hors texte, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale, envoi a.s.

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Editeur de Malcolm Lowry, Witold Gombrowicz, Leonardo Sciascia, Georges Perec, et tant d’autres, fondateur des Lettres Nouvelles et de La Quinzaine littéraire, critique et écrivain, Maurice Nadeau est un des acteurs essentiels de la vie artistique et littéraire de ce siècle, dont il est aussi le témoin privilégié. Il revisite dans ces mémoires un itinéraire hors du commun, fait de rencontres et de sa passion, déterminante, pour « l’écrit » auquel il voue depuis l’enfance un respect qui lui interdit tout compromis. Redouté parmi les jurys et les cercles littéraires pour sa franchise, Nadeau défend la littérature, la vraie, mais aussi ses plus fervents acteurs. D’Adrienne Monnier, dont il fréquentait assidument la librairie lorsqu’il avait vingt ans, à son ami Henry Miller en passant par les surréalistes André Breton et Benjamin Péret, ou encore Raymond Queneau, avec lequel il revendique une ressemblance physique et spirituelle aussi troublante que drôle, ces chroniques racontent, avec ironie et tendresse, le fabuleux parcours d’un passeur de génie. — "Maurice Nadeau, écrivain, éditeur, journaliste est reconnu dans l'édition et la presse comme un personnage clef depuis près d'un demi-siècle. Il fut élu par l'infatigable découvreur Pascal Pia, lors d'une rencontre fortuite à “Combat”. Enseignant, Nadeau est présenté au rédacteur en chef du quotidien, qui a apprécié son “Histoire du surréalisme”. Pia l'engage séance tenante comme responsable de la page littéraire. En un temps où ce journal, issu de la Résistance, publie les textes de Camus, Albert Ollivier, Raymond Aron, Jacques Lemarchand et Roger Grenier. Si Nadeau se plaint de sa pauvre mémoire, on ne le croit qu'à moitié, tant l'étendue et l'acuité de ses souvenirs nous frappent. Sa recherche du temps passé éblouit. En vérité, Nadeau a un don majeur : il décèle les âmes fortes et, très tôt, son amitié pour Pierre Naville, ses rencontres avec Breton et Sartre qui lui a confié la rubrique des romans aux “Temps modernes”, avec Maurice Blanchot, David Rousset et Robert Antelme, de retour des camps de la mort, lui donnent une place de témoin privilégié. Ami et défenseur d'Henry Miller, Nadeau lutte contre la censure qui frappe l'auteur des “Tropiques”, il s'insurge contre l'interdiction de diffusion à la radio de “Pour en finir avec le jugement de Dieu” d'Antonin Artaud, il subit la décadence de “Combat” (que Henry Smadja conduira à sa perte) et son éviction finale, sans renoncer un instant à ses convictions. Comme il n'avait pas rendu compte des romans que publie René Julliard, ce dernier souhaite rencontrer Nadeau... et, contre toute attente, lui propose de créer la revue“Les lettres nouvelles”. Y paraissent des articles de Beckett, Lévi-Strauss et de Roland Barthes. Et, contre la guerre d'Algérie et les tortures, Nadeau y publie sa « Lettre ouverte à Malraux ». (...) Créateur de collections chez Corréa, Julliard et Denoël, éditeur de Miller, Malcom Lowry, Laurence Durell, Gombrowicz, Jean Reverzy, Nathalie Sarraute, Sciascia, Georges Perec, et de tant d'autres encore aux “Lettres Nouvelles”, Nadeau croit toujours aux miracles et il a une réputation d'accueil – l'honneur d'un vrai éditeur – qui trouve plaisir et jouissance à accepter les heures perdues, qui sait passer par pertes et profits la petite guerre éditoriale avec ses confrères, voire la trahison de certains auteurs. (...) Nadeau, fondateur de “La Quinzaine littéraire”, lutte contre finances et marées, un euphémisme pour évoquer les hommes en place, et notamment Claude Gallimard pour qui ce journal, dont il fut un temps actionnaire, est devenu « la feuille maudite». Mi-philosophe, Nadeau s'étonne que les services de presse continuent d'être adressés à son journal et, impavide, il continue de rendre compte de la production de Gallimard. O paradoxe, il reçoit peu après l'offre d'écrire le texte de “l'Album Gide” pour la Pléiade. (...) Nadeau nous a donné un grand livre. Non pas à lire toutes affaires cessantes, mais à méditer pour découvrir, à travers les fragments d'une histoire de la littérature et de ses contre-allées, les rapports entre ses créateurs et ses gestionnaires. Tant d'écrivains et d'oeuvres, qui figurent aujourd'hui dans les catalogues vivants d'éditeurs, témoignent de sa clairvoyance. Et lui rendent un secret hommage." (Philippe Schuwer, Communication et langages, 1990)

292.          NADEAU (Maurice). Journal en public.  Maurice Nadeau,  2006, gr. in-8°,  317 pp, index, broché, couv. illustrée, bon état. Edition originale, enrichie d'un envoi a.s. et d'une lettre a.s., d'un carton d'invitation et d'un article du Monde

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Depuis bientôt une dizaine d'années Maurice Nadeau tient dans “La Quinzaine littéraire” un « Journal en public ». Chronique remarquée, où il rend compte de ses lectures, commente événements littéraires ou éditoriaux, évoque de grands auteurs du passé, signale des écrivains du présent. Parle à l'occasion de lui-même, de ses maîtres et amis, vivants ou disparus. Parfois aussi, du temps qui passe, selon ses humeurs ou convictions. Un choix de pages les mieux venues de ce « Journal en public » fait revivre l'actualité culturelle de ces dernières années telle que l'a observée et ressentie le directeur d'un périodique estimé qui est aussi critique et éditeur.

293.          NOLHAC (Pierre de). La Résurrection de Versailles. Souvenirs d'un conservateur, 1887-1920.  Perrin, Société des Amis de Versailles,  2002, in-8°,  xix-250-(2) pp, présentés et annotés par Christophe Pincemaille, préface d'Olivier de Rohan, un portrait de Nolhac en frontispice, broché, couv. illustrée, bon état

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Dans les années 1830, d'un palais d'habitation, Louis-Philippe avait fait de Versailles un musée dédié à toutes les gloires de la France. Pierre de Nolhac (1859-1936), nommé conservateur du château en 1887, tomba littéralement sous le charme. Il se fit historien des règnes de Louis XV et de Louis XVI et le biographe de Marie-Antoinette. Il multiplia les recherches sur la cour et les travaux des bâtiments du roi, qu'il regroupa en une série de dix ouvrages sous le titre général "Versailles et la cour de France". Ses travaux firent date, sa méthode école. Pendant trente ans, il oeuvra à sa résurrection et, en rétablissant un état historique, il lui restitua un semblant d'âme. Ses souvenirs fourmillent d'anecdotes sur des trésors oubliés, sur les restaurations ou les expositions qu'il organisa, sur la visite des souverains étrangers, sur la Grande Guerre...

294.          ÖZAL (Turgut). La Turquie en Europe.  Plon,  1988, in-8°,  270 pp, préface de Francis Lamand, 4 cartes, broché, bon état

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"Par l'actuel "homme fort" d'Ankara, un plaidoyer souvent convaincant en faveur de l'adhésion de la Turquie à la Communauté européenne, à la porte de laquelle elle frappe en vain depuis quinze ans." (Le Monde, 30 septembre 1988) — "Ce plaidoyer de Turgut Ozal pour son pays retrace l'histoire ancienne et moderne de la Turquie et défend son intégration à l'Europe. Le premier ministre turc est en effet bien placé pour « parler de la Turquie en Europe, en tant que réalité politique, économique et culturelle » selon les propos de Francis Lamand, président d'Islam et Occident, dans la préface. L'objectif de l'auteur est d'appuyer la demande de la Turquie pour devenir membre à part entière de la CEE. Le présent ouvrage n'est qu'un moyen de convaincre l'opinion publique européenne et surtout française de la justesse du point de vue turc. Turgut Ozal nous surprend par ses connaissances générales et son analyse historique. Avec élan et habileté, il met en lumière l'histoire de son pays. Son étude peut être une référence utile à plusieurs égards pour les historiens et pour ceux qui s'intéressent à cette région du monde. Toutefois, certains éléments historiques décrits par l'auteur sont à vérifier, par exemple sa mise en cause du rôle central d'Athènes et des Grecs dans la genèse de la civilisation ancienne ou son récit du comportement de l'Empire ottoman aux Balkans. Les derniers chapitres de l'ouvrage donnent une idée assez claire de la Turquie depuis Ataturk, mais on regrette l'absence d'une dénonciation nette du régime militaire (1980-1983) et d'une autocritique concernant l'état des droits de l'homme en Turquie." (Khattar Abou Diab, Politique étrangère, 1989)

295.          PAPPÉ (Ilan). La Guerre de 1948 en Palestine. Aux origines du conflit israélo-arabe.  La Fabrique,  2000, in-8°,  389 pp, traduit de l'anglais, 3 cartes, notes, biblio, index, broché, bon état

            25

L'ouverture des archives israéliennes et anglaises sur la guerre de 1948 permet de montrer que la victoire israélienne sur les armées coalisées des cinq pays arabes fut en fait la victoire logique du plus fort. Ilan Pappé explique que les jeux étaient faits, puisque la Légion arabe était vouée à l'inaction par les accords secrets passés entre Abdallah de Transjordanie et les combattants israéliens.

296.          PERRET (Jacques). Le Vilain temps.  Editions du Fuseau,  1964, pt in-8°,  254 pp, broché, bon état (Coll. Les chemins du réel). Edition originale (il n'est pas annoncé de grand papier), enrichie d'un envoi a.s.

            100

"Ce recueil est une petite contribution à l'histoire du sentiment patriotique en France pendant les premières années du deuxième règne de Charles de Gaulle". Recueil de chroniques publiées de mai 1958 à juillet 1962 dans "Aspects de la France", au style toujours aiguisé, cinglant et spirituel. L’essentiel de ces textes traite des évènements d’Algérie. Jacques Perret paiera cher, au propre et au figuré, ses attaques incessantes contre celui qui abandonne l’Algérie, ses Pieds-Noirs et ses harkis. — "Jacques Perret polémiste, même si l'on ne partage pas les opinions de l'auteur, on est bien obligé de reconnaître le talent." (Dominique Gaultier)

297.          PHLIPPONNEAU (Michel). Debout Bretagne !  Saint Brieuc, Presses Universitaires de Bretagne,  1970, gr. in-8°,  530 pp, 65 figures, nombreux tableaux, biblio, broché, qqs soulignures et annotations au crayon et au stylo, bon état

            25

"A travers l'exemple breton, exemple frappant mais qu'on persistera à trouver particulier, c'est le problème régional français, dans toute son ampleur, que veut poser, et avec quelle fougue ! le géographe Michel Phlipponneau. Sous le titre “Debout Bretagne !”, et en plus de cinq cents grandes pages, Phlipponneau écrit là le premier ouvrage de géographie engagée, de géographie vécue... C'est un événement qu'il faut saluer. Descendu dans l'arène politique, avec ses dossiers de géographie soigneusement préparés, Phlipponneau donne l'exemple d'une application de la géographie au plus haut niveau : faisant fi des descriptions timorées ou des recommandations indifférentes et sceptiques qui ont caractérisé jusqu'ici tant d'oeuvres scientifiques parmi les plus estimables, il transforme l'analyse en arme : quel réveil et quelle stimulation ! La première partie du livre est consacrée à l'action régionale et la seconde, sous le titre « les hommes et l'économie », à la vie économique et sociale de la Bretagne ; mais, dans tous les chapitres, l'analyse critique de l'action gouvernementale et des propositions technocratiques se combine avec l'exposé objectif de la situation. Un livre d'une telle richesse ne se résume pas : il doit entrer dans toutes les bibliothèques." (Bernard Kayser, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 1972)

298.          RENAUD (Jean) et ONG-CHUA. Ho-Chi-Minh, Abd-El-Krim et Cie.  Guy Boussac éditeur,  1949, in-12,  270 pp, broché, bon état. Edition originale. Peu courant

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Le cas Bao-Daï. — "L'appel de l'impératrice Nam Phuong en faveur de l'indépendance était-il tout simplement une concession obligée à la propagande du Viêtminh, ou l'illustration d'une réaction nationaliste qui fut commune à Nam Phuong et à une grande partie de la population, y compris les catholiques ? Sans parler du souci de sauver ce qui pouvait l'être, famille et fortune. On peut aussi comprendre l'indignation que provoqua cette déclaration dans certains milieux attachés à la Cochinchine française ou chez d'anciens combattants, sensibles au sacrifice de leurs frères d'armes tombés en combattant le communisme. Le violent pamphlet intitulé “Ho-Chi-Minh, Abd-El-Krim et Cie”, publié en 1949 par le commandant Jean Renaud, ancien officier d'ordonnance d'Albert Sarrault lorsque ce dernier était gouverneur général de l'Indochine, en est la parfaite illustration : « Mais que dire du message officiel de sa femme, l'ex-impératrice Nam Phuong, qui, le 25 [septembre 1945], prend nettement position contre cet "impérialisme français" qui a aidé à la faire impératrice ? (...) Ses amis français et indochinois me disent : "Elle aime la France." Je suis, par mes sentiments, porté à le croire. Mais où est-il question de la France protectrice dans le document ? » (François Joyaux, Nam Phuong, La dernière impératice du Vietnam, 2019)

299.          ROLLET (Jacques-Hubert). Un siècle d'histoire de l'Eglise avec Henri Rollet (1917-2003).  Editions du Jubilé,  2018, gr. in-8°,  470 pp, préface du Carinal Paul Poupard, 5 photos, annexes, index, broché, bon état

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Prolongeant ses travaux sur l'action sociale des catholiques en France à partir de 1871, Henri Rollet s'est investi personnellement. L'auteur, alliant l'empathie du proche à la rigueur de l'historien, expose admirablement dans son ampleur cette incontournable contribution, intellectuelle et concrète, à plus d'un siècle de l'histoire de l'Eglise. Il dresse un portrait documenté de l'homme de dialogue, de relations et d'influence qui, à l'écart de l'intégrisme et du progressisme, respectueux du magistère, exerçait une autorité respectée dans les débats les plus sensibles, parfois à contre-courant de son milieu. Ainsi de l'abolition de la peine de mort, de la promotion des femmes dans l'Eglise, diaconat compris. Henri Rollet a assumé de multiples engagements : Centre des jeunes patrons, Centre français du patronat chrétien, Union internationale des Associations patronales catholiques, Gestion des biens du Saint-Siège en France, Semaines Sociales, Académie d'éducation et d'entraide sociale, Centre catholique des intellectuels français, Association des écrivains catholiques, Comité catholique des amitiés françaises dans le monde, Association des chevaliers pontificaux... sans compter les nombreuses organisations auxquelles il a apporté son concours jusqu'à être invité comme auditeur laïque au Concile Vatican II. Il a présidé le Secrétariat social de Paris, la Fédération Nationale d'Action Catholique, l'Action Catholique Générale des Hommes, la Fédération internationale des Hommes Catholiques, et enfin le Conseil d'administration de l'institut Catholique de Paris. Au fil des pages se succèdent rencontres, entretiens, confidences avec les plus importants acteurs d'une époque tourmentée et passionnante. Henri Rollet était avant tout chrétien engagé, ancré dans la prière pour qui chaque rencontre était l'occasion de témoigner de sa foi et de son engagement social.

300.          RUSCIO (Alain). Les communistes et l'Algérie. Des origines à la guerre d'indépendance, 1920-1962.  La Découverte,  2019, gr. in-8°,  661 pp, sources, références, notes, index, broché, couv. illustrée, bon état

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C'est un paradoxe : l'histoire du communisme reste aujourd'hui encore, alors que ce mouvement n'a plus dans la vie politique ni le poids ni la force d'attraction d'antan, un objet de controverses à nul autre pareil, en "pour" et en "contre". Cet état d'esprit atteint un paroxysme lorsqu'il s'agit d'évoquer les actions et analyses du communisme – français et algérien – face à la question coloniale en Algérie, des origines dans les années 1920 à la guerre d'indépendance (1954-1962). Et s'il était temps, écrit Alain Ruscio, de sortir des invectives ? C'est l'ambition de cette somme exceptionnelle, qui propose une plongée dans les méandres – le mot s'impose – des politiques communistes des deux côtés de la Méditerranée (PCF et PCA) durant plus de quatre décennies. Des tout premiers temps, lorsque le jeune parti commençait à s'affirmer et tentait de briser le consensus colonial, aux tempêtes de la guerre d'Algérie, en passant par les espoirs et illusions du Front populaire. Les relations avec le nationalisme algérien, qui ne furent jamais simples, sont finement analysées, avec le récit d'un grand nombre d'épisodes ignorés ou mal connus et l'évocation de parcours de multiples acteurs, qui donne chair à cette saga. Novateur, l'ouvrage d'Alain Ruscio ne l'est pas seulement par son esprit. L'historien a utilisé tous les fonds d'archives spécialisés, dont ceux du PCF, désormais accessibles, révélant des documents totalement nouveaux. On découvrira, au fil des pages, non pas une ligne politique, mais une succession, et parfois une cohabitation, de logiques et de pratiques.

301.          SALVERT (Bernard). Si j'ai bonne mémoire.  Chez l'Auteur,  s.d. (1997), in-8°,  341 pp, 17 photos sur 4 pages, 7 tableaux généalogiques de la famille Salvert et des branches collatérales, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            30

Mémoires : les années 30, la débâcle, l'Occupation, la Libération, la Victoire, l'après-guerre, son activité professionnelle chez Dassault, etc.

302.          SANDOZ (Gérard). Ces Allemands qui ont défié Hitler, 1933-1945.  Pygmalion,  1995, gr. in-8°,  252 pp, avec le témoignage de Willy Brandt, 12 pl. de photos hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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Le seul livre consacré aux résistants allemands morts en combattant l'hitlérisme. — Ce livre n'a qu'une ambition : démontrer que des dizaines de milliers d'Allemands ont combattu avec acharnement le régime sanguinaire érigé par Adolf Hitler. Il rappelle également aux lecteurs français que ces Allemands-là furent assez courageux pour essayer d'entraver, au péril de leurs vies ou par leurs sacrifices, la démarche meurtrière du Troisième Reich, et que par conséquent, contrairement à ce que l'on pense encore trop souvent, la nation allemande n'en porte pas, dans sa totalité, l'entière responsabilité. Il faut donc prendre acte de cette vérité incontestable : des ouvriers et des bourgeois, des socialistes, des syndicalistes et des communistes, des protestants et des catholiques, des officiers et de nombreux jeunes ont, tout au long du règne hitlérien, risqué leur vie en témoignant d'une "autre Allemagne". Des milliers d'Allemands ont été exécutés pour avoir participé à des actes de "haute trahison". D'autres, bien plus nombreux encore, ont souffert et sont morts dans les prisons et camps de concentration du régime nazi. Lorsque les déportés français sont arrivés dans ces camps, ils y ont rencontré des Allemands. Et pour cause : ils avaient été créés pour y "héberger" les adversaires allemands de la "peste brune". On ne parlera pas pour autant d'un réel mouvement de résistance en Allemagne hitlérienne. De toute manière, un régime totalitaire qui force les citoyens à se soumettre à une discipline de fer au point de les priver de la moindre parcelle d'autonomie, rend impossible la constitution du moindre mouvement de masse. C'est pourquoi ces Allemands étaient exemplaires. Ils méritent, ces inconnus ou méconnus, de ne pas rester confinés dans l'anonymat.

303.          SCHNAPPER (Dominique). La citoyenneté à l'épreuve. La démocratie et les juifs.  Gallimard,  2018, in-8°,  393 pp, biblio, notes, index, broché, bon état

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Les nations démocratiques se sont constituées en agrégeant des groupes divers, pré-nationaux, et en élaborant un espace public commun à tous – la communauté des citoyens. Pour ce faire, il convenait de transcender par le civisme les affiliations historiques, religieuses et culturelles – qu'on regroupe sous le terme "d'ethniques" – des individus et des groupes réunis dans la nation. Pour autant, les fidélités particulières qui caractérisent les individus historiques ne disparurent pas. S'agit-il d'une faiblesse ou d'une vertu de la démocratie ? Le destin des juifs, minoritaires, nous éclaire sur la construction de la nation moderne et sur le projet démocratique, ses vertus, ses contraintes et ses dévoiements. C'est l'histoire de la sortie du monde traditionnel par l'émancipation et la promesse de la modernité citoyenne, puis de la trahison de cette promesse. Elle révèle la tension entre un monde nouveau, tourné vers l'avenir et fondé sur l'innovation scientifique et politique, d'une part, et la transmission et la réinterprétation de la tradition, de l'autre. S'affichent alors les limites de l'intériorisation du civisme et de ses exigences par les individus, ainsi que la fragilité intrinsèque du projet démocratique.

304.          SCHUSCHNIGG (Chancelier Kurt von). Requiem. Les Mémoires du Chancelier d'Autriche (1938-1940).  SFELT,  1947, pt in-8°,  328 pp, traduit de l'allemand par André Françon, reliure demi-basane lie-de-vin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, auteur et titre dorés (rel. de l'époque), dos lég. frotté, bon état

            40

Kurt von Schuschnigg naît le 14 décembre 1897 d’un père officier supérieur. En avril 1934 il participe à la création de la constitution supprimant la démocratie parlementaire et faisant du Front Patriotique le parti unique d’Autriche et de Dolfuss un « semi dictateur »... Le 25 juillet 1934 Dolfuss est assassiné. Schuschnigg réprime la tentative de putsch des nazis. Le 29 juillet, il est nommé chancelier d’Autriche. Sa politique autoritaire se fixe de résorber la crise économique, d’abattre le danger nazi et de combattre le parti social-démocrate. Il réussit momentanément à amoindrir l’influence des nazis en interdisant le parti. En 1936 il négocie avec le Reich un traité de reconnaissance de l’indépendance de l’Autriche et de sa souveraineté par rapport à l’Allemagne. Mais le 12 février 1938 à Berchtesgaden, Hitler menace Schuschnigg d’une intervention armée. Il obtient la levée d’interdiction du parti nazi et la participation de nazis au gouvernement. Schuschnigg tente de faire appel à l’Italie, à la France et à l’Angleterre pour contrer les vues du Führer. En vain. Le 11 mars, avec la menace d’une invasion armée, Hitler force Schuschnigg à la démission. Le 12, la Wehrmacht entre en Autriche, réalisant l’« Anschluss ». Schuschnigg est arrêté par la Gestapo. En 1941 il est interné dans le camp de concentration de Sachsenhausen avec des conditions de détention particulières , puis en 1944 à celui de Dachau. Le 4 mai 1945, aux derniers jours du Troisième Reich, un ordre d'exécution est lancé contre lui, mais il est sauvé in extremis par les Américains lors de la libération du camp. En 1947 il publie ses mémoires « Requiem in Rot-Weiss-Rot » (« Requiem en rouge-blanc-rouge »). Comme le nouveau gouvernement autrichien ni les alliés ne désirent son retour en Autriche, il émigre aux USA et enseigne le droit à l’Université catholique de Saint Louis. En 1956 il acquiert la nationalité américaine et retourne en 1967 dans la ville autrichienne de Mutters (Tyrol) où il vit retiré. Il y décède le 18 novembre 1977.

305.          SERGE (Victor). Le Tropique et le Nord. Nouvelles.  Maspero,  1972, pt in-8°,  159 pp, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. « Voix »). Edition originale en volume

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« C’était déjà les temps noirs de la disette dans les villes, de famine dans les campagnes, de terreur... » Mer blanche, L’Impasse Saint-Barnabé et L’Hôpital de Leningrad, trois des nouvelles qui composent ce recueil, évoquent l’atmosphère du début des années 1930 en URSS, quand Staline imposait dans le chaos et par la terreur ses plans déments d’industrialisation et de collectivisation forcée. Dans Mer Blanche, Kirk – vieux communiste idéaliste heureux de pouvoir encore servir la Révolution en dépit des directives absurdes, des statistiques truquées, des arrestations insensées – entre dans le néant blanc du grand Nord pour rédiger un rapport sur l’industrialisation d’une pêcherie ; sa vision de l’homme dans la nature est aussi lumineuse, aussi exaltante que le pays de neige qu’il évoque. Le réalisme critique et visionnaire de L’Impasse Saint-Barnabé est proprement balzacien : dans cet appartement collectif, véritable « pension Vauquer » soviétique, chaque locataire vit ses envies, ses haines, ses rêves face à la société en transformation. L’Hôpital de Léningrad, dernier volet de cette trilogie soviétique, est le récit terrifiant d’une visite à l’hôpital psychiatrique délabré où le Guépéou « envoie ses clients quand il n’en peut rien faire d’autre ». Écrite au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la nouvelle Le Séisme évoque des expériences de rêve, de bombardement, de cataclysme géologique et historique à l’ombre d’un volcan naissant qui engloutit un village indio.

306.          SHEFFER (Edith). Les enfants d'Asperger. Le dossier noir des origines de l'autisme.  Flammarion,  2019, gr. in-8°,  390 pp, traduit de l'anglais, préface à l'édition française par Josef Schovanec, notes, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Au fil de l'histoire)

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Qui fut vraiment le Pr Hans Asperger dont le nom passé dans le langage courant qualifie aujourd'hui un syndrome autistique ? L'historienne américaine Edith Scheffer a découvert la véritable histoire du psychiatre après la naissance de son enfant autiste. Et ce qu'elle apprend la glace d'effroi. Le "gentil docteur" dépeint comme une sorte de Schindler des autistes a menti, et c'est un tableau bien différent qu'en dressent les archives. Les preuves ne manquent pas, elles sont accablantes. En 1938, professeur à l'hôpital pédiatrique de Vienne, Asperger compte parmi les psychiatres appelés à façonner le nouvel Allemand selon des critères eugéniques : sélectionner les parents d'après leur hérédité, leurs défauts biologiques mais aussi leurs tendances politiques, leur religion. Les conséquences sont réelles : on refuse des crédits aux "mal mariés", on stérilise les "mauvais" géniteurs... Et parmi les enfants autistes dont il est un spécialiste reconnu, Asperger identifie les "négatifs" et les "positifs" à l'intelligence détonante qui auront alors une chance d'échapper au tri macabre. Aux Etats-Unis, l'enquête d'Edith Sheffer a bouleversé et conduit à débaptiser le syndrome autistique. En France, cette histoire dramatique, encore méconnue, risque bien de susciter autant d'émotions.

307.          SHIRER (William L.). Mon journal à Berlin. Le Journal d'un correspondant étranger, 1934-1941.  Montréal, Editions de la Revue Moderne,  1943, fort in-8°,  558-(12) pp, traduit de l'anglais, index, reliure toile noire de l'éditeur, dos lisse avec titres dorés, charnières fatiguées, sans la jaquette, bon état. Première traduction française. Edition canadienne peu courante

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"Journaliste américain accrédité à Berlin, Shirer a publié en 1941 un “Berlin Diary” qui constitue la description la plus lucide et la plus pénétrante du milieu dirigeant national-socialiste." (Alfred Grosser, Revue française de science politique)

308.          STORA (Benjamin) et Mohammed HARBI (dir.). La guerre d'Algérie. 1954-2004, la fin de l'amnésie.  Laffont,  2004, fort gr. in-8°,  728 pp, chronologie, biblio, index, broché, bon état

            50

Il faut, dit-on, deux générations à la mémoire collective pour digérer un passé douloureux. Cinquante ans après le déclenchement de l'insurrection algérienne, le 1er novembre 1954, le moment paraît enfin venu de mettre un terme à une amnésie qui a trop longtemps duré. Tel est le défi qu'ont relevé Mohammed Harbi et Benjamin Stora en rassemblant certains des meilleurs spécialistes de la question pour une mise à plat dépassionnée, objective, de ce qui reste notre dernier grand drame national. Vingt-cinq historiens, toutes générations, toutes nationalités, toutes origines confondues, font donc ici le point sur la connaissance historique de la guerre d'Algérie. Privilégiant une approche thématique plutôt que chronologique, centrée sur les acteurs et le travail de mémoire, ils brossent un panorama aussi complet que possible du conflit algérien. Sans sacrifier au relativisme, la politique doit aujourd'hui céder le pas à la critique historique : c'est en ce sens que cet ouvrage est appelé à faire date, en permettant de regarder le passé en face, de cesser de le mythifier ou de s'en détourner, pour simplement le comprendre.

309.          THALMANN (Rita). Tout commença à Nuremberg. Entre histoire et mémoire.  Berg International,  2004, gr. in-8°,  249 pp, 16 pl. de photos hors texte, broché, couv. illustrée, bon état

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Tout commença à Nuremberg. Naître dans cette ville allemande, dans une famille juive, au beau milieu des années vingt, promet un destin au mieux agité, au pire tragique. Témoin des grandes ruptures du XXe siècle, Rita Thalmann raconte ici l'histoire de sa jeunesse et son apprentissage de l'indépendance. Entre histoire et mémoire, entre analyse et vécu, l'historienne, dialoguant avec la jeune fille qu'elle a été, tisse ses réflexions et ses souvenirs. Ce sont d'abord ceux d'une exilée, ballottée avec sa famille, au gré des décrets sur l'immigration, entre l'Allemagne, la Suisse, l'Alsace et la Bourgogne. Dans cette période noire où la législation varie selon les crispations nationales et les poussées d'antisémitisme, elle doit sa survie à l'existence d'un réseau de solidarité qui commence avec la directrice de son lycée. Ce sont aussi les souvenirs d'une jeune fille, éducatrice à l'OSE, qui trouve la force, malgré la perte de ses parents, de reprendre ses études après la guerre. À Paris, elle deviendra historienne et militante. Elle s'inscrit au Parti communiste et participe aux grandes luttes de l'époque. Le "complot des blouses blanches" et l'affaire Slansky sont autant de sonnettes d'alarme pour Rita Thalmann. Prenant conscience de la duplicité et de la dérive antisémite du Parti, elle s'émancipe de sa tutelle pour parvenir à la maturité intellectuelle. Ce sont enfin les souvenirs d'une historienne, une femme de son temps qui sait que si l'on ne veut pas subir l'histoire, il faut tenter de la comprendre. A fortiori quand il s'agit de la sienne.

310.          THIERIOT (Jean-Louis). De Gaulle, le dernier réformateur.  Tallandier,  2018, in-12,  204 pp, biblio, index, broché, bon état

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On connaît Charles de Gaulle, l'homme de la France libre, le fondateur de la Ve République, le restaurateur d'une grande politique étrangère. On oublie trop que, de 1958 à 1969, il a conduit des réformes économiques considérables qui ont jeté les bases des Trente Glorieuses : nouveau franc, équilibre budgétaire, ouverture à la concurrence européenne... Même si l'usure du pouvoir et les aléas de la vie politique ne lui ont pas permis de les mener toutes à leur terme – participation, aménagement du territoire, régionalisation –, ce fut une incontestable réussite. Pour la première fois, ce livre aborde la politique gaullienne sous l'angle de la réforme et dresse un inventaire de sept maximes d'action pour un réformateur ambitieux. Fin connaisseur de Margaret Thatcher et de Gerhard Schröder, Jean-Louis Thiériot montre que les leçons de méthode gaullienne sont universelles et que de leur respect ou de leur mépris a largement dépendu le succès ou l'échec des politiques britanniques et allemandes. Elles éclairent d'un jour nouveau les réformes entreprises par Emmanuel Macron.

311.          TIRARD (Paul). La France sur le Rhin. Douze années d'occupation rhénane (1919-1930).  Plon,  1930, in-8°,  v-520 pp, 32 gravures et 8 cartes hors texte, reliure demi-percaline bleu-pétrole, dos lisse, pièce de titre basane carmin, couv. conservées (rel. de l'époque), bon état

            60

Parmi les conditions de l’Armistice était “l’évacuation des pays de la rive gauche du Rhin” qui “seront administrés par les autorités locales sous le contrôle des Alliés et des Etats-Unis.” Peu avait été écrit en France sur cette période, qui dura jusqu’en 1930. Paul Tirard fut Président de la Haute Commission interalliée des Territoires rhénans pendant cette occupation. — "Au lendemain d’une victoire qui nous avait coûté fort cher, nous avons cru devoir occuper la Rhénanie. L’Allemagne ne cherchait-elle pas manifestement à se dérober ? Les attaques dont nous n’avons pas cessé d’être l’objet n’ont pas facilité les rapprochements désirés. Les Allemands étaient si convaincus qu’ils étaient invincibles, qu’ils n’ont pu accepter le sentiment de la défaite. Nous avons cependant cherché, pendant notre présence dans la région rhénane, à faire œuvre utile. L’occupation était une garantie de la mise en œuvre du traité de Versailles. Mais ce traité était dénoncé comme un crime. Les Allemands n’ont pas cessé de chercher à le détruire. M. Paul Tirard dont la tâche a été difficile, a voulu montrer ce que nous avons fait. Notre œuvre n’a pas été seulement une action politique et militaire, elle a été aussi économique, intellectuelle, financière et sociale. Elle a été poursuivie au milieu de conflits où s’affrontaient plusieurs Etats y compris les Etats-Unis, aussi a-t-elle dû passer par des phases diverses. Elle a été aussi en relation étroite avec toute l’histoire politique des dernières années. Après avoir rappelé les rapports de la France avec la Rhénanie depuis 1789 et montré notamment les conséquences des traités de 1815, M. Tirard explique ce que fut la tâche de la Haute-Commission, et donne des détails caractéristiques sur les résistances (occultes le plus souvent) des autorités allemandes. Celles-ci multipliaient les circulaires confidentielles pour exciter les populations contre nous et empêcher les contrôles. Tout fut mis en œuvre pour nous gêner, et jamais cependant l’état de siège ne fut proclamé. M. Tirard montre combien il fut malaisé de concilier, car elles étaient dissemblables, les conceptions juridiques des Anglais, des Belges, et des Américains. Elles étaient bien différentes aussi, les idées des Rhénans eux-mêmes, celles par exemple de Dorten et de Smeets, pour ne citer que les deux plus connus. Je n’oublierai jamais les conversations que j’ai eues avec l’un et avec l’autre, et les impressions que j’ai recueillies quand on a cherché à organiser une République rhénane. La période de la Ruhr a été une phase critique des alternances entre la politique française et la politique interalliée. Les accords de Londres, l’adoption du plan Dawes, les accords de Locarno, ont modifié gravement notre politique rhénane. Ils ont en fait rendu la politique de rapprochement plus difficile. J’ai pu à ce moment, me rendre compte à Berlin même, de nos erreurs et de nos illusions. Les chapitres consacrés à l’évacuation finale sont également intéressants. Le livre de M. Tirard n’a pas seulement une grande importance historique. Il aide aussi les lecteurs à mieux comprendre quelques-unes des causes du malaise actuel de l’Europe." (Georges Blondel,  Revue internationale de l'enseignement, 1931)

312.          TODA (Michel). Henri Massis, un témoin de la droite intellectuelle.  La Table Ronde,  1987, gr. in-8°,  389 pp, biblio, index, broché, bon état

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"Monarchiste et catholique, l'auteur de « Défense de l'Occident » est une figure marquante de la droite intellectuelle française de la premiére moitié du siècle. À travers sa biographie et l'histoire de son œuvre, c'est en fait toute une époque que l'auteur entend ressusciter, de Péguy à Barrès et de Maurras à Bernanos." (Lectures, juillet-août 1987) — A travers la vie d'Henri Massis, c'est tout un pan de l'histoire intellectuelle, politique et littéraire de la France que redécouvre Michel Toda. A ceux qui demanderaient : "Qui est Henri Massis ?" , Michel Déon a répondu récemment : "On ne mène pas une vie toute de droiture et de fidélité sans risquer la dérision ou l'oubli de ses contemporains. Henri Massis en a peut-être souffert sans jamais s'en plaindre ni accuser les coups. Ses certitudes le plaçaient au-dessus de ces mesquineries. Depuis L'Enquête d'Agathon jusqu'à son dernier livre, il a mené le même combat avec les armes loyales que son esprit et son coeur lui avaient forgées. Monarchiste et catholique, il a souffert dans ses convictions. D'accord sur le fond avec Charles Maurras, il n'a manifesté que par un silence respectueux sa désapprobation sur certains terrains qu'il jugeait à la fois imprudents et nocifs. Croyant, il a vu l'Eglise se déchirer sans la condamner. Henri Massis avait foi en l'idée royale et en un Dieu au-dessus des querelles de forme. Ne le prenons pas pour autant pour un homme à concessions. Sa compréhension était pure générosité, grande attention au bouleversement des moeurs et des idées dans une époque où il semblait mener un combat d'arrière-garde. Mais l'avant-garde qui ne le ménageait pas a vieilli bien avant lui. Aujourd'hui une nouvelle génération se penche sur le combat mené par cet homme très seul qui ne craignait pas d'affronter en de véritables duels oratoires ceux, comme Gide, qu'il accusait d'être les anges du diable. Il ne condamnait pas mais cherchait plutôt à convaincre ses adversaires. Ce philosophe que l'on caricaturait à plaisir aura été l'un des derniers défenseurs d'un Ordre sans lequel, selon lui, la pensée est incapable de maturité et d'universalité".

313.          TOOZE (Adam). Le Salaire de la destruction. Formation et ruine de l'économie nazie.  Les Belles Lettres,  2012, gr. in-8°,  806 pp, traduit de l'anglais, 25 photos sur 15 pl. hors texte, 17 tableaux, 22 figures, notes, index, broché, bon état

            30

Certains livres sont appelés à demeurer sans équivalent, dépassant tout ce que l'on a pu lire sur un sujet. “Le Salaire de la destruction”, une histoire économique du IIIe Reich, est l'un d'eux, tant pour le nombre d'idées reçues qu'il balaye que pour les conclusions inédites et l'approche globale qu'il propose. La catastrophe de 1939-1945 est-elle née de la puissance implacable de l'Allemagne nazie ou bien a-t-elle été précipitée par ses faiblesses économiques ? Captivant, unanimement reconnu, fruit des recherches d'un historien au sommet de son art, cet ouvrage capital donne un poids nouveau et central à l'économie dans la politique de conquête mondiale élaborée par Hitler.

314.          TOURNOUX (Raymond). Journal secret. Une année pas comme les autres (1974).  Plon,  1975, in-8°,  347 pp, broché, bon état

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"Raymond Tournoux livre aux lecteur des éléments nouveaux sur la mort de Georges Pompidou, l’introduit dans le bureau de Valéry Giscard d’Estaing, lui fait revivre les conférences Giscard-Brejnev à Paris et Giscard-Ford à la Martinique, lui apprend des choses insolites à propos de la démission de Willy Brandt, l’informe, en quelques pages très dignes, des circonstances qui entourent la mort du cardinal Daniélou. Le débat entre le Parti communiste et le Parti socialiste se trouve amplement traité, après que l’auteur a rencontré Georges Marchais et François Mitterrand..." (4e de couverture)

315.          ULAM (Adam B.). Les Bolcheviks.  Fayard,  1973, fort in-8°,  654 pp, traduit de l'américain, index, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. L'Histoire sans frontières)

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Le plus grand mystère du XXe siècle, c'est la prise du pouvoir en novembre 1917 de l'immense empire tsariste par une poignée de révolutionnaires : les Bolcheviks. — "L'importante étude qu'Adam Ulam a consacrée à Lénine et aux bolcheviks constitue certainement une des meilleures contributions non seulement à la connaissance de la personnalité de Lénine mais plus encore aux idées et à l'action politique du premier dirigeant bolchevik. Son Lénine est sans doute le plus « humain » et le plus compréhensif de tous, et l'analyse que donne Ulam de la transformation de l'intellectuel révolutionnaire en homme d'Etat responsable est extrêmement pénétrante. Cet ouvrage de synthèse a par ailleurs le grand mérite de replacer les idées de Lénine dans la tradition de la pensée révolutionnaire russe du XIXe siècle qui, aux yeux de l'auteur, est un élément d'explication indispensable dans l'étude du léninisme." (Renata Bournazel, Revue française de science politique)

316.          VALTIN (Jan). Sans patrie ni frontières. (Out of the Night).  New York, Editions de la Maison Française et P., Dominique Wapler,  1947, fort in-8°,  788 pp, traduit de l'anglais, reliure demi-basane lie-de-vin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, auteur et titre dorés, couv. illustrée conservée (rel. de l'époque), mors frottés, qqs épidermures sans gravité, bon état. Edition originale française

            50

"20 ans au service du Komintern". Né en 1904, spartakiste à 16 ans, responsable communiste à Hambourg et syndicaliste "dur", Valtin (de son vrai nom Richard Krebs) parle plus de dix langues. Il est l'un des meilleurs agents du Komintern, alors très offensif. Figure de l'ombre et du secret, il appartient à cette avant-garde "rouge" qui tentait sans relâche de mener les masses ouvrières sur le chemin de l'insurrection armée. La Gestapo l'arrêtera en 1933 et l'enverra dans les premiers camps de concentration. Il s'en sortira en faisant mine de jouer à l'agent double au sein de son organisation. Bientôt poursuivi par les tueurs de la Guépéou comme par ceux de la Gestapo, il s'exile aux Etats-Unis où il rédige ce livre témoignage à couper le souffle.

317.          VERDÈS-LEROUX (Jeanine). Le Savant et la politique. Essai sur le terrorisme sociologique de Pierre Bourdieu.  Grasset,  1998, in-8°,  248 pp, notes, broché, couv. illustrée, qqs soulignures crayon, état correct

            15

"De la sortie des Héritiers (1964) à la Misère du monde (1993), Pierre Bourdieu a occupé une place importante dans la vie intellectuelle : objet de nombreuses critiques puis de larges célébrations, sans changer le moins du monde une théorie très vite échafaudée, il n'a cessé de faire de la polémique une arme "scientifique", et de critiquer ses critiques. Profitant de l'audience élargie que lui a conférée la Misère du monde, le "savant" s'est transformé en "militant scientifique", plus avide d'interventions sur les estrades politiques que de réflexion. Travaillant depuis vingt ans sur la place des intellectuels aux extrêmes de l'espace politique et sur leur rôle dans des combats souvent antidémocratiques, je me suis arrêtée sur l'œuvre complète de Bourdieu – léninisme pessimiste rehaussé par un lourd apparat scientifique –, puis sur le rôle du doctrinaire, peu soucieux d'expliquer ceux dont il s'improvise le porte-drapeau et voulant s'imposer comme "intellectuel total"." (J. V.-L.)

318.          VIOLLE (Nicolas). L'image de l'Italie et des Italiens dans la presse populaire parisienne, 1926-1939. (Thèse).  Chez l'Auteur,  1997, 2 vol. in-4°,  (7)-497-ix pp, 40 fac-similés de "unes" de "L'Humanité" et 5 d'autres quotidiens hors texte, 12 caricatures, annexes, biblio, index, brochés, bon état

            100

Thèse de doctorat soutenue en 1997 à Paris III Sorbonne nouvelle sous la direction de Jean-Charles Vegliante. — L'étude se fonde sur les trois modes auxquels appartiennent les récits de presse : l'événement, les faits ordinaires et une catégorie intermédiaire de faits relevant de l'événement et présentant une certaine répétitivité. 1) les événements : la mobilisation autour de Sacco et Vanzetti (1926-1927), les accords du Latran (1929), l'entente franco-italienne et l'exposition d'art italien (1935), l'affaire Rosselli et les faits divers politiques (1924-1938). Ils établissent des points de repère et fixent les grandes lignes de l'évolution de l'image. 2) les perceptions quotidiennes. Deux axes : l'intérêt porté à l'Italie et aux Italiens dans le contexte français, et les représentations émanant des descriptions de l'Italie fasciste. Premièrement : les faits divers ordinaires ("organisés" et spontanés ou accidentels), le sport (boxe, automobile, cyclisme, football), la publicité (alcools, automobile, tourisme en italie), la culture (music-hall, arts lyriques, danse, théâtre et cinéma). Deuxièmement : politique étrangère du régime fasciste et organisation intérieure de la société italienne. Constatation de la lente évolution de l'opinion française ; mise en évidence des différentes facettes de l'Italie fasciste (énergie, activité), conformes à l'image de l'Italie diffusée par le régime, mais en contraste avec les reflets de la présence italienne en France. 3) catégorie de récits intermédiaires, procédant à la fois de l'histoire et du quotidien, et ayant recours à l'imaginaire. Deux axes : une tentative de mystification et un retour à la réalite. Premièrement : loin de la réalité, émergence de "l'Italie nouvelle" (par le biais des commémorations, d'une mise en scène de l'histoire au profit du fascisme, des grands voyages aéronautiques et de l'image même de "l'Italie nouvelle") ; à travers la culture quelques grands thèmes et personnages (D'Annunzio, Marinetti et Pirandello) sont bien utilisés au soutien des idées fascistes; enquêtes de la presse en Italie. Deuxièmement : le regard posé sur les Italiens vivant en France, la campagne d'Ethiopie et la guerre d'Espagne amorcent un retour à la réalité. Les Italiens sont ici révélés entre imaginaire et vérité. L'image étudiée est caracterisée par un lent passage du stéréotype à la diversité qui se traduit par l'émergence de répresentations dominantes.

319.          WEIL (André). Souvenirs d'apprentissage.  Birkhauser Verlag AG,  1991, gr. in-8°,  201 pp, 16 photos et fac-similés dans le texte, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Vita mathematica, 6)

            60

L’auteur, mathématicien, mais dont l‘horizon ne s‘est jamais borné aux mathématiques, évoque ici les souvenirs d’une carrière qui l’a mené dans plusieurs continents : Italie et Allemagne d’abord, puis l’Inde où il séjourna et enseigna à une époque décisive pour l’histoire de ce pays, et où il rencontra brièvement Gandhi, et plus longuement Jawaharlal Nehru ; l’URSS, à un moment où le stalinisme semblait se relâcher avant de reprendre bientôt en toute férocité ; Princeton, le « clearing house » moderne des idées mathématiques, dit parfois le paradis des mathématiciens ; la prison, en Finlande, où, pris pour un espion soviétique, il manqua de peu le poteau d’exécution, puis en France où il fut condamné pour avoir tenté de se soustraire à ses obligations militaires, et où il eut le temps de rédiger à la prison de Rouen l’un de ses meilleurs travaux mathématiques ; l’Angleterre où il vécut la bataille de Londres avant de se retrouver en France et d’en repartir pour l’Amérique ; le Brésil enfin, terme de ses vicissitudes. A travers ces épisodes souvent pittoresques s’est déroulé un destin de mathématicien dont l’un des points saillants fut sa participation à la fondation du groupe Bourbaki, auteur collectif d’un traité déjà devenu classique.

320.          WOLGENSINGER (Jacques). André Citroën.  Flammarion,  1994, gr. in-8°,  311 pp, 32 pl. de photos hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Grandes biographies)

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La Croisière noire, une marque d'automobiles en lettres de feu sur la Tour Eiffel, la Traction avant de Pierrot-le-Fou... Personne n'a oublié ces images mythiques. Elles appartiennent à la mémoire collective, aux souvenirs d'une époque. Derrière elles, un personnage exceptionnel : André Citroën (1878-1935). Fils d'un émigré hollandais, orphelin de père à six ans, élève de l'Ecole Polytechnique, sa vie est un roman. C'est d'abord un inventeur génial qui révolutionne les méthodes de fabrication et de commercialisation. Il bouscule l'ancienne « réclame » en créant la publicité moderne. Son existence fiévreuse est à la hauteur de sa légende ; il n'a cessé de défrayer la chronique de la Belle Epoque et des Années Folles. Cette enquête menée avec passion et lucidité, foisonnante de personnages, d'anecdotes, de documents et de photographies, compose le récit à suspense d'une existence hors du commun, en même temps qu'une traversée de l'histoire du siècle.

321.          YNFANTE (Jesús). Un crime sous Giscard. L'affaire de Broglie, l'Opus Dei, Matesa.  Maspero,  1982, in-8°,  v-273 pp, préface de Pierre Vidal-Naquet, annexes, broché, couv. illustrée, état correct (Coll. Cahiers libres, 364)

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Paris, 24 décembre 1976, 9 h 22 : le prince député Jean de Broglie, co-fondateur du parti giscardien, tombe sous les balles d’un tueur. Après quatre ans d’enquête officielle, le mystère reste entier... Aussi, ce livre explosif, résultat d’une longue enquête, vient-il à son heure : pour la première fois, sont démêlés les principaux éléments de l’imbroglio politico-financier qui cache, selon toute vraisemblance, le mobile du meurtre. Pour suivre le fil conducteur de l’affaire, l’auteur remonte aux années soixante, dans l’Espagne franquiste où la fameuse Opus Dei – la Santa Mafia – était mêlée à ce qui devait devenir, en 1969, le « scandale Matesa ». Démontrant les liens étroits qui rapprochaient alors la famille Giscard et la Santa Mafia, le livre nous mène ensuite au Luxembourg, où le prince de Broglie et ses acolytes devaient mettre sur pied avec la Matesa un complexe réseau financier destiné à détourner des sommes considérables. Or, l’auteur fait connaître des documents jusqu’ici restés secrets, ou laissés de côté. Ceux-ci démontrent à quel point Jean de Broglie était engagé dans ce montage international, et comment les dettes énormes qu’il avait contractées menaçaient indirectement l’honneur même du Président de la République élu en 1974. Première analyse cohérente de cette affaire, ce livre ne fait pas l’économie de la description détaillée des préparatifs et du déroulement du meurtre, et des manipulations policières de l’enquête, qui paraissent bien impliquer la responsabilité des plus hauts niveaux de l’État giscardien. — "Un crime sous Giscard" sera refusé par tous les éditeurs à l'exception de François Maspero. Il n'aura que peu d'écho dans la presse française. Seul Michel Polac le recevra sur TF1 juste après le verdict des assises.

 

1ère GUERRE MONDIALE

 

322.          BENTLEY MOTT (T.). Souvenirs de Myron T. Herrick, ambassadeur des Etats-Unis en France, recueillis par  le colonel T. Bentley Mott, son attaché militaire.  Plon,  1930, in-12,  xiv-324 pp, préface de Raymond Poincaré, un portrait en frontispice et 10 photos hors texte, reliure demi-toile bordeaux, dos lisse, titres dorés, couv. conservées, bon  état (Prix de l'Académie française, 1933)

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Les souvenirs de Myron Timothy Herrick, ambassadeur des Etats-Unis et fervent francophile. Fils d’un fermier du Ohio, et banquier, il fut ambassadeur à Paris de 1912 à 1914, et de 1921 jusqu’à sa mort en 1929, quelques jours après les obsèques du maréchal Foch. Un tiers du livre concerne les débuts de la Première Guerre mondiale. — "Avocat et homme d'affaires, M. Myron Herrick avait été désigné, en 1912, pour occuper le poste d'ambassadeur à Paris. Sa mission allait prendre fin lorsque la Grande Guerre a commencé. Pendant quatre mois, il a conservé ses fonctions, en attendant l'arrivée de son successeur. Mais ces quatre mois ont suffi à assurer sa renommée. Son rôle au début de septembre 1914, les services qu'il a rendus à la France sont bien connus." (Pierre Renouvin, Revue Historique, 1931) — "Originaire de l'Ohio, où il était né en 1854 à Huntington et dont il fut gouverneur de 1904 à 1906, Myron T. Herrick, avocat, puis banquier, n’était pas un diplomate de carrière lorsqu'il fut en 1912 nommé par le président Taft ambassadeur en France. Mais tout de suite il fit preuve des plus rares qualités de décision et de tact et il conquit d'emblée le peuple de Paris parce qu'il lui avait fait don de son cœur. On le vit bien en 1914 (car le président démocrate Wilson l'avait en 1913 maintenu provisoirement à son poste), quand, aux heures lourdes de la déclaration de guerre et de la mobilisation, il sut participer à l'angoisse de tous et donner aux premiers volontaires américains le conseil de noble crânerie que leur enthousiasme attendait : « Si j'étais jeune et à votre place, je sais joliment bien ce que je ferais ». Resté dans la capitale, pendant que le gouvernement s’installe à Bordeaux avec la plupart des membres du corps diplomatique, il se déclare prêt à défendre nos trésors artistiques, qui sont le patrimoine de toute l'humanité civilisée, et à se faire contre la force brutale le champion de l'imprescriptible droit. Il organise l'hopital américain, visite les champs de bataille, institue le clearing house, qui permet à la charité américaine de se manifester avec efficacité et, donnant à tous l'exemple de l'énergie et du courage souriant, il ne se croit jamais obligé de cacher les sympathies que lui inspire la cause française. Et quand il quitte Paris en novembre 1914, la France unanime sentit qu'elle perdait un de ses amis les plus chers et les plus dévoués. Mais il n’oubliait pas la France et il demanda de la revoir : il y revint en 1920, à titre privé, puis en 1921 à titre officiel quand le président Harding lui eût rendu sa chère ambassade. Les années qui suivirent ne furent pas toujours faciles : c’est l’époque des crises commerciales et du chaos européen, du règlement des dettes et des heurts entre les deux puissances ; mais l’ambassadeur garde sa confiance fraternelle et dans l'accueil émouvant fait à Lindbergh, il voit un symbole de coopération qui engage l'avenir. En dépit de toutes les difficultés économiques et financières, rien n'affaiblit sa volonté d'effacer les malentendus et de maintenir intacte l’union des deux peuples. Et quand il mourut en 1929, à Paris même, la France entière pleura en lui un de ceux qui l'avaient le mieux servi et le plus aimé. Telle est la merveilleuse histoire qui se déroule au long de ces Souvenirs. À vrai dire ils ne sont pas à proprement parler de M. Myron T. Herrick lui-même, car il n’aimait pas écrire et il se refusa toujours à rédiger quoi que ce soit. Mais c'était un conteur exquis, il se plaisait aux longues et affectueuses causeries, et le colonel T. Bentley Mott, qui fut son attaché militaire et son confident privilégié, a recueilli les entretiens où l'ambassadeur revit tout entier. On y retrouvera cette honnêteté et cette droiture, cette intelligence et cette bonté, cette transparence limpide qui donnèrent, à sa personne tant de charme, et tant de prix à son amilié, el qui font la valeur incomparable de son témoignage..." (Louis Villat, Revue des Questions Historiques, 1931)

323.          BUFFETAUT (Yves). Batailles de Flandres et d'Artois, 1914-1918.  Tallandier,  1992,