Pages d’Histoire – Librairie Clio

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Catalogue 367 – Mai 2017

 

 

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Sommaire

 

GÉNÉRALITÉS

ANTIQUITÉ

MOYEN AGE

RENAISSANCE, ANCIEN RÉGIME

RÉVOLUTION

PREMIER EMPIRE

19e SIÈCLE (de 1815 à 1914)

20e SIÈCLE

1ère GUERRE MONDIALE

2ème GUERRE MONDIALE

HISTOIRE MILITAIRE, MILITARIA

VOYAGES, PAYS ÉTRANGERS

GÉNÉALOGIE, HÉRALDIQUE, NOBLESSE

HISTOIRE RÉGIONALE, RÉGIONALISME

PARIS

 

GÉNÉRALITÉS

 

1.                  ANGENOT (Marc). Le Roman populaire. Recherches en paralittérature. Montréal, Les Presses de l'Université du Québec, 1975, gr. in-8°, 145 pp, notes bibliographiques, biblio, broché, bon état. Peu courant

            50

D'Eugène Sue à Fantômas, de la monarchie de Juillet à la Première Guerre mondiale, une littérature industrielle se développe en marge de la culture bourgeoise. L'auteur étudie la genèse et l'épanouissement des formes dominantes du roman populaire, en signale les variantes importantes et propose une interprétation idéologique de ces phénomènes. Trois études, – sur “Les Mystères de Paris”, sur le roman « revanchard » et sur “Fantômas”, – qui permettent d'inventorier la variété des lieux communs, des thèmes et des canevas narratifs qui caractérisent le roman-feuilleton du XIXe siècle. La bibliographie qui termine l'essai permet de synthétiser l'état des recherches dans ce domaine..

2.                  BAROLI (Marc). Le Train dans la littérature française. (Thèse). P., Editions N. M., 1969, gr. in-8°, 496-xlv pp, 3e édition revue et mise à jour, préface de Pierre Gaxotte, importante bibliographie (40 pp), index, broché, couv. illustrée, bon état

            40

Les Saint-simoniens ; Premiers trains, premiers textes ; La Maison du Berger et l'accident de 1842, les prosateurs devant l'expansion des chemins de fer ; Poésie du mouvement et sens du voyage en train ; Un paysage nouveau : les gares ; Découverte des cheminots ; Zola ; Verhaeren ; Franc-Nohain ; Valéry Larbaud ; Blaise Cendrars ; Pierre Hamp ; etc.

3.                  BASDEVANT (Denise). L'Architecture française des origines à nos jours. Avec la collaboration de Gérald Gassiot-Talabot et Marc Gaillard pour l'architecture contemporaine. Hachette, 1971, gr. in-8°, 414 pp, texte sur 2 colonnes, 374 illustrations, 2 cartes, 24 planches hors texte, biblio, index, reliure toile éditeur, titres dorés au 1er plat et au dos, jaquette illustrée, rhodoïd, sous emboîtage carton, bon état (Coll. Bibliothèque des Guides Bleus)

            30

L'ambition de cet ouvrage est de dégager, dans la riche diversité de ses oeuvres, la continuité de l'architecture française et le sens vivant de sa tradition. L'ouvrage accorde donc, tout naturellement, un intérêt particulier aux époques de transition telles que le XVe siècle ou le XIXe siècle. C'est en effet, dans les périodes où il fut pris entre les habitudes d'un passé encore puissant et les sollicitations d'un avenir révolutionnaire que les caractères permanents de l'esprit français en architecture peuvent le mieux se déceler... (Introduction)

4.                  Bibliographie – VICAIRE (Georges). Manuel de l'amateur de livres du XIXe. Editions Douin, 2013, 8 vol. in-8° à l'italienne, brochés, bon état. Réimpression de l'édition de 1891

            128

Nouveau REPRINT en 8 volumes au format A5 paysage avec 2 pages imprimées par page A5. Les caractères sont petits mais parfaitement lisibles. Les avantages de cette nouvelle impression sont : la réduction du volume (les 8 volumes originaux de format 24 x17 cm, 9,5 kg tiennent en 8 volumes A5 de 3 kg ; une très bonne ouverture à plat de l'ouvrage qui facilite la prise de notes manuscrites ; un prix de vente très compétitif. Cette nouvelle impression comprend bien les 8 volumes originaux. Plus de 4.600 pages de cette célèbre bibliographie dédiée aux éditions du XIXe siècle. Indispensable aux amateurs éclairés comme aux libraires pour retrouver les éditions originales et les premières éditions illustrées.

5.                  Botanique – LAMARCK (Jean-Baptiste Monet, chevalier de). Encyclopédie méthodique : Botanique. Albertville, Editions Amarca, 1989-1997, 10 vol. gr. in-4°, 994 planches coloriées, en feuilles, sous emboîtages éditeur plein velours brun acajou, titre doré aux dos, grand fleuron doré aux plats supérieurs, le 1er vol. comporte une fenêtre centrale au 1er plat contenant une fleur originale, bel exemplaire de cet ouvrage remarquable, bon état. La justification aux premiers vol. indique un tirage à 500 ex. sur vélin d'Arches et 330 ex. aux derniers ex. Compte-tenu du poids important de l'ensemble, nous serons amenés à demander des frais d'expédition plus importants en cas d'envoi

            1200

Importante réimpression de la célèbre partie botanique de l'Encyclopédie méthodique. Publié à partir de 1783, cet ouvrage ne fut jamais proposé, à l'époque, avec les planches coloriées ; la présente collection offre donc pour la première fois les 994 planches de botanique toutes finement aquarellées à la main. De plus le classement des végétaux a été adapté à la classification moderne.

6.                  BROWN (Norman O.). Le Corps d'amour. Essai. Denoël, Les Lettres Nouvelles, 1967, in-8°, 343 pp, traduit de l'américain par Roger Dadoun, biblio, couv. à rabats, qqs soulignures crayon (très propres), bon état, bande éditeur conservée (“Une vision pansexuelle du monde”)

            30

7.                  BUTEL (Paul). L'Opium. Histoire d'une fascination. Perrin, 1995, in-8°, 492 pp, 7 cartes et graphiques, notes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Depuis les temps les plus reculés ("Plante de joie" dans les inscriptions sumériennes) et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le suc qui s'écoule de la capsule de pavot est considéré avant tout comme le remède à tous les maux, la panacée de la médecine populaire qui redonne confiance dans la vie, libère du quotidien, fait accéder à de fabuleux mirages. L'opium est consommé dès l'origine au Proche-Orient puis, à partir du VIIIe siècle, en Inde, à Java, en Chine. Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle, comme le montre Paul Butel, que l'on commence à reprocher à l'opium l'état de dépendance dans lequel il plonge ses adeptes. Ainsi naît le concept de stupéfiant. L'opium connaît un développement foudroyant en Chine, inondée par les marchands britanniques qui l'exportent de l'Inde. Les empereurs ont beau multiplier les édits de prohibition, les Occidentaux leur livrent des "guerres de l'opium" pour pouvoir continuer un trafic dont ils tirent des revenus considérables. En France, c'est l'époque de la "drogue romantique", célébrée par les intellectuels et les coloniaux. La Marine française est atteinte à son tour (40% des officiers seraient opiomanes vers 1900). La naissance de la morphine, puis, au XXe siècle, de l'héroïne, fait surgir un âge nouveau, celui de la répression menée sous l'impulsion des Etats-Unis par un Occident conscient, enfin, des ravages causés par les dérivés de l'opium. Paul Butel, agrégé d'histoire, docteur émérite ès lettres est professeur d'histoire moderne à l'université de Bordeaux.

8.                  Cartographie – Catalogue d'exposition. Cartes et figures de la Terre. P., Centre Pompidou, 1980, in-4°, xv-479 pp, impressionnante iconographie de plus de 1000 cartes et illustrations en noir et en couleurs, imprimé sur papier couché, broché, couv. illustrée, bon état

            70

Catalogue de l'exposition présentée au Centre Georges Pompidou du 24 mai au 17 novembre 1980. Cartographie, topographie, géographie, de l'antiquité à nos jours.

9.                  Cartographie – PELLETIER (Monique)(dir.). Couleurs de la Terre : des mappemondes médiévales aux images satellitales. Seuil/Bibliothèque nationale de France, 1998, gr. in-4° (27,5 x 37,2 cm), 176 pp, préface de Jean-Pierre Angremy, introduction de Monique Pelletier, 160 illustrations en couleurs dans le texte et à pleine page, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            70

Livre-catalogue de l'exposition « Couleurs de la Terre », présentée dans les galeries Mansart et Mazarine de la Bibliothèque nationale de France du 8 octobre 1998 au 10 janvier 1999. L’ouvrage présente une sélection de documents qui témoignent des différents courants de la cartographie, puisés dans les collections de la Bibliothèque et dans celles d’autres institutions : manuscrits médiévaux richement enluminés ; cartes-portulans abondamment illustrées aux XIVe-XVIIe siècles ; atlas, cartes murales et globes formant le "Théâtre du monde", dont la fonction esthétique culmine à l’âge "baroque" de la cartographie européenne ; portraits du territoire nés à la Renaissance et développés au siècle des Lumières ; cartes par aires colorées et appliquées dès le XIXe siècle à l’âge des terrains, aux nuances climatiques, aux formations végétales, aux langues, aux peuples, aux phénomènes politiques, toute une cartographie thématique formant un nouveau langage de la géographie ; images satellitales participant à la révolution théorique, physique et numérique de la cartographie.

10.              Chanson – Collectif. La Chanson du Pays. P.. Imprimerie Nationale, 1953, pt in-4°, 358 pp, paroles et musique notées, 29 planches en couleurs, 2 planches en noir et une carte hors texte, reliure simili-cuir vert de l'éditeur, dos à 4 faux-nerfs et titre doré, gardes illustrées en couleurs, bon état

            35

Présentation (soignée) au grand public d'un choix de chansons de France, 1) « Tous ont chanté... » (les mamans, les enfants, les étudiants, les marins, les soldats, les prisonniers, etc. : berceuses, chansons de métier, de noces...) – 2) « Les siècles nous ont légué... » (du XVe siècle au « succès d'aujourd'hui ») – 3) Le folklore des pays de France (présentations par régions) suivi de chansons de régions de langue française hors de France (Belgique, Canada, Grandes Antilles, Suisse romande, Val d'Aoste) et de chansons de l'Union française.

11.              Chanson – HAYET (Armand). Chansons de bord recueillies et présentées par le capitaine au long cours Armand Hayet ; harmonisées par Charles Bredon et illustrées de quatorze dessins originaux d’André Lhote. P., Editions Eos, 1927, in-4°, 147 pp, 14 planches d'illustrations du peintre cubiste André Lhote (1885-1962), hors texte, paroles et musiques notées, broché, couv. illustrée rempliée, dos lég. abîmé, sinon bon état. Edition originale numérotée sur vélin Navarre

            100

"Il a fallu au capitaine Hayet des années de patience et d'acharnement pour retrouver, au cours de ses traversées sous toutes les latitudes, le texte complet des chansons qu'il vient de réunir dans cet élégant album. Des chansons comme celles de La Landelle, de Yann Nibor ou de Botrel, que l'on croit souvent tirées du folklore des gens de mer, ne sont point en effet de vraies chansons de matelots. Seules ont droit à ce titre celles qui sont chantées à bord et c'est uniquement par la tradition orale qu'elles ont survécu. Elles viennent de fort loin et bien que leurs paroles aient été souvent remaniées, transformées, complétées, il est probable que leurs airs ont jadis retenti sur les frégates légères, sur les galéasses et les galères, sur les imposants vaisseaux de ligne et les grands trois mâts lourds des richesses des Iles ; à bord des corsaires du Ponant, des fins négriers de Nantes et de Bordeaux, des baleiniers des mers du Sud. Il en est de trois sortes, ainsi que l'explique le capitaine Hayet dans une intéressante introduction : « la chanson à hisser » ; « la chanson à virer » ; « la chanson du gaillard d'avant ». La première ne s'entonne guère qu'aux heures de lutte avec la mer, elle pour accompagnement les hurlements du vent, le mugissement des lames. C'est la plus caractéristique, la plus expressive, la plus belle aussi. La « chanson à virer » ou « du cabestan » a une cadence de marche ; elle est particulièrement entraînante et vigoureuse. La « chanson de gaillard d'avant », enfin, est généralement caractérisée par un rythme extrêmement lent. Elle est mélodieuse et mélancolique et peut-être faut-il lui attribuer une certaine parenté avec les chants désespérés de la vogue des galères. Hélas ! la disparition des grands voiliers a entraîné celle des « chansons de bord », et c'est pourquoi il faut savoir gré à M. Armand Hayet, à son collaborateur M. Charles Bredon qui les a harmonisées, d'avoir sauvé dé l'oubli des chansons comme : Nous irons à Valparaiso, Jean-François de Nantes, Sur le Pont de Morlaix, La Margot, La Danaé, quelques autres encore – une quinzaine – que contient ce précieux album, joliment illustré par M. André Lhote." (Jacques Patin, Le Figaro, 1928)

12.              CHAUSSINAND-NOGARET (Guy). Une histoire des élites, 1700-1848. Recueil de textes présentés et commentés. P., Mouton, 1975, in-8°, 376 pp, broché, bon état (Coll. Le Savoir historique)

            30

"L'auteur, spécialiste de l'histoire de la noblesse à la fin de l'Ancien Régime, donne un recueil de textes brièvement commentés et précédés d'introductions substantielles dans leur relative concision. Les textes sont presque tous empruntés à des historiens de notre époque, mais parfois aux œuvres du XVIIIe siècle. Ils illustrent la démonstration de l'auteur. Le volume se lit avec intérêt et agrément. L'idée directrice explique le choix des limites chronologiques : au cours de ce long siècle, l'évolution a été rapide, sans révolution véritable. Définies de fait comme de droit, non pas en termes idéologiques ou sociologiques, mais empiriques, les élites se sont reconnues et ont été acceptées par la naissance et la richesse, accessoirement par le mérite et les talents (sans que le rôle des services et des talents se soit accru largement avec le temps). L'accent s'est lentement déplacé de la naissance à la richesse ; mais il s'agit toujours de la propriété foncière. Le notable, noble ou grand bourgeois est issu de la Révolution, mais déjà les années pré-révolutionnaires voyaient se profiler ce nouveau personnage social. La Révolution, de ce point de vue, réside dans l'intégration de la fortune au rang de privilège, ce que sanctionne le cens. Il faut attendre 1830 pour que la richesse autre que foncière se voie reconnaître les mêmes droits que la propriété. L'armée a suscité une certaine promotion sociale au cours des guerres, mais les talents des sciences et des arts ont été récompensés à dose homéopathique, moins par l'Empire que par les rois. Avec la propriété, comme toujours, le moyen de promotion a été le service du souverain et de l'État. On dira donc que la fusion des élites en cours dès le XVIIIe siècle est presque réalisée en 1848. La thèse, admise par la majorité des historiens contemporains, gomme à l'excès l'influence de la Révolution. Mais il faut convenir que la flambée de 1792 à 1794 fut brève autant qu'inoubliable ; l'évolution a prédominé, mais elle imposa ses inerties et sa lenteur." (L. Girard, Revue belge de philologie et d'histoire, 1982)

13.              CLAUDON (Francis), Claude Noisette de Crauzat, Georges Pillement, Karlheinz Roschitz, Gilles Tiber. Encyclopédie du Romantisme. Peinture, sculpture, architecture, littérature, musique. P., Somogy, 1980, gr. in-8°, 304 pp, 274 illustrations dont 108 en couleurs, index, reliure pleine toile éditeur, titre doré au dos, jaquette illustrée, bon état

            30

L'Encyclopédie du Romantisme est une suite de synthèses sur la peinture, la sculpture, l'architecture, la littérature, la musique à l'époque romantique. Chaque étude est suivie de courtes notices biographiques. Ce livre a le mérite de nous faire prendre conscience des ressemblances entre des artistes aux tempéraments très différents dont la critique insiste d'ordinaire sur la spécificité ; de nous faire faire des rapprochements entre des écrivains, des peintres, des musiciens : que l'on pense à Byron allant combattre au côté des Grecs opprimés, à Delacroix peignant La Grèce expirant à Missolonghi... Cet ouvrage, à une époque où le savoir nous arrive en miettes, permet de lier nos connaissances. Il rendra de grands services. (Jean-Marie Diligent, Bulletin des bibliothèques de France, 1981)

14.              CLÉMENT (Raymond). Almanach des crimes et catastrophes. Editions du Panthéon, 2017, in-8°, 218 pp, broché, bon état

            12

« – 11 février 1929. Au 143 rue de Flandre, à Paris (19e), un apprenti pâtissier, Maurice Brossais, 15 ans, tente de tuer sa patronne, Mme Collinet, 43 ans, à coups d’un casse-tête qu’il s’était fabriqué à l’aide de boulons enveloppés dans un morceau de toile et tente ensuite de l’étrangler. Ensuite, il se réfugie à la cave de la pâtisserie et s’enfonce dans la poitrine un couteau. On ne trouva que son cadavre. » Tantôt un crime crapuleux, un drame familial ou un suicide ; parfois un accident d’avion, un naufrage de paquebot ou encore une catastrophe naturelle. Depuis les débuts de la presse, le fait divers fascine… autant qu’il révulse ! À ces terrifiants baromètres de notre société et autres symptômes des maux d’une époque, Raymond Clément consacre un ouvrage. À la façon d’un calendrier, il déroule un Who’s who non exhaustif des pires crimes et catastrophes qui ont marqué le siècle dernier. Dans un style désuet volontairement emprunté aux gazettes de l’époque, et que n’aurait pas renié « Le cri du peuple », il énumère les événements les plus sordides ou insolites. À chaque jour sa victime !

15.              CLÉMENT (Raymond). Crimes étranges mais vrais. Editions du Panthéon, 2014, in-8°, 144 pp, broché, bon état

            10

« Il y a assez longtemps que j’ai mérité la mort, s’écria-t-il, alors il est temps qu’elle m’arrive : je suis coupable. » Tel un enquêteur, Raymond Clément raconte, avec précision, des affaires criminelles des plus singulières. L’insolite est son fil conducteur. Ayant épluché les pages “justice” et “faits divers” de nos journaux et s’étant plongé dans les archives, il retrace de A à Z ces histoires vraies. Dans la lignée du corbeau de Tulle, l’angoisse et le sordide atteignent leur paroxysme : record de détention, enlèvement d’enfant ou encore empoisonnements à répétition.

16.              Collectif. La Caisse des dépôts et consignations. 175 ans. Mélanges recueillis par Philippe Malvé et Jean-Marie Thiveaud. P., AEF/Le Monde Editions, 1991, gr. in-8°, 670 pp, 5 illustrations, broché, bon état

            40

Contributions d'une quarantaine d'experts, économistes et historiens. Tiré à part de la Revue d'économie financière.

17.              CROUTIER (Alev Lytle). Harems. Le monde derrière le voile. Belfond, 1989, pt in-4°, 208 pp, traduit de l'anglais, très nombreuses illustrations en noir et en couleurs, dans le texte et à pleine page, chronologie des sultans ottomans, reliure pleine toile éditeur, jaquette illustrée, bon état

            35

Souvenirs, récits, mémoires restituent la vie des harems depuis le Moyen Age jusqu'au début du XXe siècle avec comme exemple privilégié le sérail du palais de Topkapi à Istanbul. L'ouvrage est illustré d'oeuvres de peintres européens, photos, miniatures persanes et reproductions publicitaires des XIXe et XXe siècles. — Un harem désigne à la fois la suite de femmes (concubines ou simples « beautés ») qui entouraient un personnage important et leur lieu de résidence. Par extension, le terme est aussi utilisé pour d'autres civilisations, comme l'Égypte ancienne ou la Chine impériale. Le sens oriental est « interdit aux hommes ». En effet harem dérive du mot harâm qui désigne ce qui est tabou, interdit par la religion. Son antonyme est halâl, ce qui est permis par la religion. Les deux termes appartiennent au hudûd, qui fixe les limites entre ce qui est permis et ce qui est interdit. Les harems étaient présents dans beaucoup de civilisations antiques. Chez les Grecs, c'est le gynécée. Les derniers grands harems (ceux que désigne le terme en particulier) sont les harems des sultans et pachas de l'Empire ottoman. Le harem est avant tout un lieu de plaisir où résident les concubines officielles du seigneur, ainsi que les femmes qui ont été placées à son service (de gré ou de force). Elles ont pour tâche de lui donner des enfants pour les premières et de le divertir (musique, danse et sexe) pour les secondes.

18.              Curiosa – KARDY (Allan). Les Deux Camille. Roman. Suivi de lettres et documents sur l'usage des chatiments corporels. Editions Dominique Leroy, 1979, in-8°, 217 pp, 9 illustrations hors texte en noir par Carlo, broché, couv. illustrée en couleurs par Carlo, bon état (Coll. Les meilleurs romans fétichistes d'avant guerre)

            30

Roman fétichiste sur l'éducation des jeunes filles. Réimpression de l'édition de la Librairie Artistique et Parisienne (1933). Allan Kardy, également orthographié Cardy, est le pseudonyme d'un auteur possiblement français qui aurait également utilisé le pseudonyme féminin de Juana Lapaz. Carlõ est le pseudonyme d'un illustrateur, probablement français, dont le véritable nom est inconnu. Il a illustré d'introuvables romans libertins et sadomasochistes publiés dans les années 1930. "Maître du Cuir Verni", le sublime Carlõ a vu plusieurs des ouvrages qu'il avait illustrés réédités dans les années 1970 par les éditions Dominique Leroy. Femmes altières vêtues de chevreau glacé, princes cruels et pirates divers rivalisent d'imagination pour asservir des victimes qui trouvent dans ces traitements de bien bizarres satisfactions...

19.              Curiosa – LANGEY (Pr.). La vie intime d'un Hermaphrodite. Editions « Esprit et Joie », 1963, pt in-8°, 80 pp, 8 planches de photos hors texte, broché, couv. blanche avec titres en noir au 1er plat, cachet “Réservé aux adultes” au 2e plat, dos lég. sali, non coupé, bon état. Bien complet de l'emballage illustré fermé imprimé en magenta et noir, avec le titre “La vie intime d'un Hermaphrodite” et les mentions “le double sexe et ses troubles sexuels” ; “Ouvrage illustré de documents photographiques” ; et “vente interdite aux mineurs” en noir ou en blanc

            25

La couverture indique comme titre “La vie intime d'un Hermaphrodite” et la page de titre “Confessions d'un Hermaphrodite”.

20.              DUPAQUIER (Jacques)(dir.). Histoire de la population française. 1. Des origines à la Renaissance – 2. De la Renaissance à 1789 – 3. De 1789 à 1914 – 4. De 1914 à nos jours. PUF, 1995, 4 vol. pt in-8°, 2344 pp, tableaux et graphiques, notes et biblio, index, brochés, sous étui cartonné imprimé, bon état (Coll. Quadrige)

            80

Les catégories modernes de la démographie étaient presque entièrement absentes de l'univers mental de nos ancêtres. Ils naissaient, ils aimaient, ils engendraient, ils mouraient. L'idée ne pouvait leur venir que ces événements, qui formaient la trame de leurs humbles vies, seraient un jour objet de science, ni même qu'on les comptabiliserait. Ces gens insérés dans un réseau de relations familiales et sociales très hiérarchisé, où les notions de maître et d'esclave, de noble et de routurier, introduisaient des clivages fondamentaux, n'avaient même pas conscience de former une population – le mot lui-même n'entrera dans l'usage qu'au XVIIIe siècle. (Jacques Dupâquier)

21.              DUROSELLE (Jean-Baptiste). Tout Empire périra. Une vision théorique des relations internationales. Publications de la Sorbonne, 1981, gr. in-8°, 357 pp, notes bibliographiques, broché, bon état

            40

"... un des principaux mérites de ce beau livre est précisément de susciter le dialogue avec le lecteur, dans un esprit éloigné de tout dogmatisme. En édifiant sur des matériaux concrets sa théorie des relations internationales, Jean-Baptiste Duroselle n'a pas cherché à établir un système inattaquable et définitivement clos, mais simplement à nous livrer le fruit de son expérience et fixer un moment de sa pensée. Bases de réflexion pour de nouvelles interrogations et de nouvelles directions de recherche, mais aussi clés de lecture pour déchiffrer le temps présent, et peut-être notre futur immédiat." (Pierre Milza, Revue française de science politique)

22.              EBAN (Abba). Mon peuple. Histoire du Peuple Juif. Buchet-Chastel, 1970, in-8°, 374 pp, traduit de l'anglais, 65 illustrations dans le texte et à pleine page, broché, couv. à rabats, bon état

            25

"Le ministre israélien des Affaires étrangères livre au grand public sous ce titre-programme un abrégé d'histoire juive. On ne pouvait évidemment attendre d'un tel auteur une parfaite objectivité, notamment lorsqu'il aborde, sur la fin, l'époque contemporaine. Néanmoins, on s'étonnera que la résistance arabe à l'Etat d'Israël y soit traitée avec tant de partialité et parfois de suffisance, ainsi que le sont certains épisodes de politique intérieure. Il se trouvera aussi des chrétiens et des musulmans pour s'irriter d'un judéocentrisme qui désigne le christianisme comme l'une des « conquêtes décisives de la pensée juive » et donne la théologie islamique comme marquée d'une « nette résonnance » judaïque. Néanmoins, ce livre demeure digne d'intérêt par ce qu'il révèle de la personnalité de son auteur et surtout par son souci de situer le judaïsme par rapport aux grands systèmes de pensées dans lesquels s'inscrit l'histoire de nos civilisations. A cet égard, les passages consacrés à l'aspect universaliste de certains messages prophétiques, à la fécondité de la rencontre judéo-hellénique ou à l'application du messianisme hébreu contemporain au rachat du monde entier constituent sans doute les meilleures pages d'un ouvrage dans lequel une pensée ferme, fine et fervente, s'applique à justifier une alliance somme toute assez inquiétante, entre « la vocation éternelle du judaïsme et le particularisme national »." (Revue française de science politique, 1971)

23.              Encyclopaedia Universalis. Encyclopaedia Universalis. P., Encyclopaedia Universalis, 1990-1991, 30 vol. in-4°, environ 30.000 pages, environ 30.000 illustrations : 10.000 photographies en noir et blanc, 5000 en couleurs sur des planches hors texte, 85.000 titres d’ouvrages référencés en bibliographie, texte sur 3 colonnes, reliures en simili-cuir havane, titre doré aux 1er plats, pièces de titre et de tomaison vertes aux dos, très bon état

            450

Encyclopédie alphabétique d'articles, 4 grands domaines de la connaissance (Arts et littératures, Sciences et techniques, Sciences humaines, Histoire et géographie). 30 vol. comprenant : – un corpus de 23 volumes (6.000 articles de fond, 30.000 illustrations) ; – 4 vol. de Thesaurus-Index, ou «réseau de pistes» avec 52.000 entrées et 16.000 notices ; – 3 vol. de Symposium (2 vol. «Enjeux» contenant près de 180 essais organisés en huit grandes parties et 1 vol. «Chiffres du monde», atlas statistique de 212 cartes et 1200 tableaux). – Il n'existe plus d'édition papier depuis fin 2012, mais une diffusion payante exclusivement en ligne. Le dernier prix public de la collection (2012) était de 3660 euros... — Compte-tenu du poids important de l'ensemble, nous serons amenés à demander des frais d'expédition plus importants en cas d'envoi

24.              FEBVRE (Lucien). L'Europe, genèse d'une civilisation. Cours professé au Collège de France en 1944-1945, établi, présenté et annoté par Thérèse Charmasson et Brigitte Mazon, avec la collaboration de Sarah Lüdemann. Perrin, 1999, in-8°, 425 pp, préface de Marc Ferro, broché, couv. illustrée, bon état

            25

"Une dernière fois, replaçons devant nos yeux la série successive des incarnations européennes. L'Europe, c'est un nom flottant et qui pendant longtemps n'a pas su sur quelles réalités exactement se poser. L'Europe, c'est un Orient des puissances, un bilan de forces, une balance d'Etats rivaux. L'Europe, c'est une patrie idéale, l'idéale patrie des élites libérales du XVIIIe siècle. L'Europe, c'est une ennemie, l'adversaire des nations et d'abord de la nation française, de la grande nation, exemple et modèle des pays libéraux. L'Europe, c'est un remède désespéré, parce qu'on n'a jamais tant parlé d'Europe, jamais tant pensé à l'Europe que depuis le traité de Versailles, entre 1920 et aujourd'hui, parce que c'est alors que l'Europe s'est avérée une notion de crise, un refuge, une dernière espérance de salut... Mais comment la faire, cette Europe, qui ne repose sur aucune réalité, qui ne prend sa réalité d'aucun précédent ? Comment ?" (Lucien Febvre, Conclusion de la Leçon XXV) — "A peine achevée la lecture de ce texte, écrit à la Péguy, et auquel on est suspendu comme à une intrigue à la Hitchcock, on se pose une question, au vrai suspecte de malveillance : sur l'énigme posée par Lucien Febvre – comment est née l'Europe ? –, qu'a-t-on écrit de plus pénétrant depuis 1945 ?" (Marc Ferro)

25.              FELS (Florent). Eros, ou l'amour peintre. Monte-Carlo, Editions du Cap, 1968, in-4°, 318 pp, texte sur 2 colonnes, 25 planches en couleurs hors texte (illustrations contrecollées), 344 illustrations en noir dans le texte et à pleine page, reliure simili-cuir vermillon de l'éditeur, dos lisse avec titres dorés, une illustration en médaillon au 1er plat, bon état, exemplaire numéroté réservé aux souscripteurs

            30

1. L'art magique ; 2. Naissance de l'art classique ; 3. Le mirage oriental ; 4. L'amour courtois ; 5. La chair et le diable ; 6. Le grand siècle ; 7. L'âge d'or de la galanterie ; 8. L'art et les révolutions ; 9. L'amour romantique ; 10. Réalisme et naturalisme ; 11. La belle époque ; 12. Les temps modernes.

26.              GENTY (Lucien). La Basoche notariale. Origine et histoire, du XIVe siècle à nos jours, de la cléricature notariale et de la cléricature en général, clercs de procureur ou d'avoué, d'huissier et de commissaire-priseur. P., Delamotte fils, 1888, in-8°, vii-265 pp, table analytique, broché, dos brisé, sinon bon état. Edition originale. Très rare

            100

27.              GROUSSET (René). L'homme et son histoire. Plon, 1954, in-12, ii-243 pp, broché, qqs marques au crayon en marges, bon état

            20

L'humanisme ; La civilisation à travers l'histoire ; Ce que l'histoire nous apprend de l'homme ; Les grandes routes du commerce et leur influence dans l'art ; Echanges spirituels entre Orient et Occident.

28.              GUIRAUD (Jean). Histoire partiale, Histoire vraie. I. Des origines à Jeanne d'Arc. P., Beauchesne, 1911, in-12, li-416 pp, notes bibliographiques, broché, bon état

            25

Les origines du monde, les druides, l'Église et l'Empire romain, l'Église et l'esclavage, Saint Martin, Sainte Geneviève, Clovis, Charlemagne, la féodalité, les croisades, l'inquisition, l'instruction au Moyen Age, le peuple était-il misérable au Moyen Age ? Jeanne d'Arc... — Réfutation des thèses développées dans les manuels scolaires condamnés par l'Episcopat en 1909. L'auteur (1866-1953) était professeur d'histoire à l'Université de Besançon, spécialiste de l'Inquisition au Moyen Age, et directeur de la "Revue des Questions historiques". Trois autres volumes paraîtront jusqu'en 1917, traitant de la fin du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle. — "La publication de cet ouvrage a pour objet immédiat de répondre, preuves en mains, d'après les documents et les derniers résultats de la science historique, aux erreurs et aux mensonges que renferment les manuels scolaires condamnés par l'Episcopat et imposés par l'Etat aux écoles publiques, en violation de la neutralité scolaire." — "Jean Guiraud (1866-1953) est une des grandes figures du catholicisme français dans la première moitié du XXe siècle. Opposant résolu au mouvement de la franc-maçonnerie, rédacteur en chef de “La Croix” de 1917 à 1939, auteur d’un monumental manuel d’alter-histoire catholique (“Histoire partiale, Histoire vraie”), il apparaît de prime abord comme un acteur décisif de la réaction catholique face au système républicain. Pourtant, d’autres éléments de sa longue biographie viennent brouiller les contours de ce portrait trop vite croqué : petit-fils d’un modeste paysan de Carcassonne, fils d’instituteur, normalien, membre de l’École française de Rome, agrégé d’histoire, professeur de lycée, Jean Guiraud est également le pur produit de la méritocratie républicaine. Tout ceci fait de lui le singulier représentant d’une certaine bourgeoisie intellectuelle française, profondément catholique mais sincèrement ralliée à la République." (Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2008) — Le pape St. Pie X loua hautement cet éminent historien universitaire pour avoir réfuté de nombreuses calomnies dirigées contre la civilisation chrétienne.

29.              GUTTON (Jean-Pierre). Naissance du vieillard. Essai sur l'histoire des rapports entre les vieillards et la société en France. Aubier, 1988, in-8°, 279 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. historique)

            25

Les sociétés anciennes ont longtemps eu une conception des âges héritée du Moyen Age. On y distinguait la vieillesse “verde et crue” de 55 à 65 ans et la vieillesse “décrépite” au-delà. Dans la première “les hommes peuvent encore vaquer à leurs ordinaires exercices, se marier, faire des enfants et frustrer de leurs successions leurs héritiers prétendus”. Mais, dans la seconde, devenus inutiles, ils radotent, mangent, boivent et dorment le reste du temps. Le vieillard n'est guère valorisé. Entre la fin du XVIIe siècle et l'époque révolutionnaire il y a, au contraire, une évolution qui conduit à reconnaître la spécificité de la vieillesse et à en faire un âge digne...

30.              HAJEK (Lubor). Les estampes japonaises. Belfond, 1976, in-4°, (136) pp, photographies de Bedrich Forman, 20 illustrations en noir dans le texte suivies de 113 illustrations en couleurs avec notices, reliure toile éditeur, jaquette illustrée (lég. abîmée), bon état

            25

"L'ouvrage de vulgarisation du professeur Lubor Hajek, orientaliste tchèque, est une bonne introduction au siècle d'or de l'estampe, le XVIIIe siècle de la période edo. Cette floraison relativement populaire, délibérément profane et « laïque » qui va, du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, faire éclore Moronobu, Harunobu, Koryusaï, Hirostige et les maîtres de l'ukiyo-e les plus célèbres, Utamaro et Hokusaï. Des peintres de cour, de monastère ou d'ermitages, on passe aux dessinateurs-graveurs des plaisirs d'Edo, aux « libertins » qui, grâce à d'entreprenants éditeurs, procurent aux nouveaux riches des portraits de pin-up cultivées des « maisons vertes », des images de la vie nocturne et théâtrale, des traités de l'art de faire l'amour, ou des romans illustrés. (...) L'estampe japonaise entre 1600 et 1850 sera à la fois le miroir picaresque de la vie quotidienne, des travaux, des plaisirs et des jours, du bouillonnement urbain et de la nature environnante. Un monde plein d'humour, de malice, de sensualité, d'ironie et de tendresse. Et en même temps, cette vitalité est soumise â la rigueur extrême du dépouillement, aux nuances les plus fines d'un goût exquis sans la moindre mièvrerie. C'est en cela que le « siècle d'or » de l'ukiyo-e japonais est une véritable Renaissance orientale..." (Claude Roy, Le Nouvel Observateur, 1977)

31.              HENRY (Gilles). Petit Dictionnaire des mots qui ont une histoire. Tallandier, 2003, in-8°, 335 pp, index, broché, bon état

            10

"Manœuvrant l'espagnolette de la persienne, l'assassin pénétra dans la pièce que seul un quinquet éclairait. Sous un manteau raglan en tweed, il dissimulait un colt, les murs étaient tendus de damas, de satin, de madras. Il prit son calepin et nota les objets, au-dessus d'une ottomane, une étagère avec des faïences, dans la bibliothèque, des parchemins, des romans, une bible..." – Les mots de tous les jours sont autant d'invitations à voyager dans l'espace et dans le temps : une bourrasque trouve son origine dans la colère de Borée, dieu des vents du nord, une simple persienne s'ouvre à l'horizon de la lointaine Perse, un vieux parchemin invite à retrouver les chemins de l'antique cité de Pergame, Ambroise Calepino ne pouvait se douter que pour avoir publié un Dictionnaire de la langue latine en 1502, son nom définirait aujourd'hui un banal carnet de notes, un calepin. Recensant près de six cents mots, dont l'origine est un nom de personne, de dieu, de ville ou de pays, le Petit Dictionnaire des mots qui ont une histoire ressuscite des mythes et des divinités, des conquêtes et des inventions, des personnages célèbres ou de simples inconnus. Livre d'histoire passe-temps, classé par thèmes – le quotidien, les caractères, les comportements, les loisirs –, mais aussi utile pour une meilleure connaissance du langage, il associe le savoir, l'humour et l'histoire.

32.              HENRY (Gilles). Petit Dictionnaire des phrases qui ont fait l'histoire. Tallandier, 2003, in-8°, 416 pp, chronologie, index, broché, bon état

            10

Souviens-toi du vase de Soissons ; Qui m'aime me suive ; L'Etat, c'est moi ; Messieurs les Anglais, tirez les premiers ; De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ; Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ; Je vous ai compris. – Recensant près de quatre cents phrases célèbres, prononcées par des rois, des courtisanes ou des poètes, le Petit Dictionnaire des phrases qui ont fait l'histoire ressuscite une foule de personnages et fait revivre des centaines d'épisodes de notre histoire. Comment verrions-nous les Gaulois s'ils n'avaient répété à l'envi que leur unique crainte était "que le ciel leur tombe sur la tête" ? De Gaulle n'est-il pas plus que jamais lui-même lorsque, en mai 1968, il tonne : "La réforme, oui, la chienlit, non" ? La bataille de Fontenoy serait-elle restée dans les annales si on n'y avait dit le fameux : "Messieurs les Anglais, tirez les premiers" ? Prétexte à nous peindre un trait de caractère, le récit d'une grande journée, ces phrases peuvent être le moteur d'évènements ou le témoin des comportements de nos ancêtres. Livre d'histoire et d'histoire du langage, ce dictionnaire pas comme les autres associe au savoir le plus documenté tous les attraits d'un petit précis à l'usage des curieux.

33.              HÉRITIER (Jean)(dir.). Histoire de la IIIe République. P., Librairie de France, s.d. (1933), 2 vol. gr. in-4°, 460 et 511 pp, très nombreuses gravures dans le texte, 52 planches en couleurs hors texte, reliures percale rouille décorées de l'éditeur, dos et 1er plats orné, têtes vermillon, reliures défraîchies et lég. abîmées, mais bon exemplaire néanmoins. Remarquablement illustré de documents photographiques, de portraits, autographes, dessins, caricatures, par Doré, Daumier, André Gill, Alfred Le Petit, Ibels, Caran dAche, Forain, Léandre, Hellé, Pépin, et d'images d’Epinal contrecollées

            75

"De nombreux collaborateurs ont travaillé à cet ouvrage, sous la direction de M. Jean Héritier. Le premier volume est consacré à l'histoire politique, le second à l'histoire économique, sociale et intellectuelle. Le tome Ier, à part quelques chapitres, est un long pamphlet contre la République. Prenons, par exemple, les 96 pages intitulées « Du boulangisme à la Patrie française », où le directeur de l'ouvrage raconte l'histoire intérieure des années 1886-1902. Le commentaire polémique y occupe autant de place que le récit des faits. M. Héritier déplore que Boulanger n'ait pas su établir la dictature ; il blâme Léon XIII d'avoir conseillé aux catholiques le ralliement ; il s'attache, avec une ardeur digne d'une meilleure cause, à démontrer que, pour cacher la culpabilité de Dreyfus, le syndicat juif acheta un homme de paille, Esterhazy. Tout cela est agrémenté de nombreuses histoires policières. Le tome II, partagé entre 26 collaborateurs, comprend naturellement des chapitres de valeur très inégale. Beaucoup sont inspirés par le même esprit de parti que ceux du tome Ier. Quelques-uns sont bizarres, comme le chapitre sur la médecine, où l'on nous apprend la différence entre les estomacs allemands et les estomacs français. Plusieurs sont bien faits et très suggestifs, comme celui de M. Guillaumin sur les paysans. L'illustration, dirigée par Mlle Marcelle Mourey, ne mérite que des éloges. Très abondante, elle dénote un choix judicieux, un goût très sûr ; beaucoup plus impartiale que le texte, elle reproduit des caricatures de droite comme de gauche. C'est comme recueil d'images, et à ce titre seulement, que cette publication peut rendre service aux lecteurs qui aiment l'histoire contemporaine." (Georges Weill, Revue d'histoire moderne, 1934)

34.              LAPIPE (Marcel) et Jacques RONDEPIERRE. Contribution à l'étude physique, physiologique et clinique de l'électro-choc. P.-Montpellier, Librairie Maloine, 1943, in-12, 188 pp, biblio, broché, imprimé sur beau papier, bon état. Edition originale, envoi a.s. des 2 auteurs. Peu courant

            80

Un des deux premiers livres français sur les électro-chocs (l'autre est l'ouvrage du professeur de clinique des maladies nerveuses et mentales Paul Delmas-Marsalet, « L’électro-choc thérapeutique et la dissolution-reconstruction », paru également en 1943). Marcel Lapipe était électro-radiologue, et Jacques Rondepierre médecin des hôpitaux psychiatriques de la Seine. — "Depuis 1938, l’année durant laquelle cette technique a été inventée par le professeur Ugo Cerletti et le docteur Lucio Bini, des millions de patients ont été traités par électrochocs – plus de 90.000 électrochocs ont encore été administrés dans notre pays en 2011 –, et seulement dix livres en langue française – dont deux traduits de l’américain – lui ont été consacrés entre 1943 et 2013. (...) Ce sont des Français qui, au début de la Seconde Guerre mondiale, fabriquèrent les appareils les plus performants pour administrer des électrochocs : celui des Dr. Lapipe et Rondepierre fondé sur l’emploi du courant alternatif, et celui du Pr. Delmas-Marsalet qui utilisait du courant continu. L’électrochoc consistait à provoquer une crise épileptique généralisée en faisant passer un courant électrique de 70 à 130 V durant quelques dixièmes de seconde à travers le cerveau au moyen de 2 électrodes appliquées sur les tempes. Une telle crise, d’une extrême violence, entraînait d’intenses contractions musculaires qui déterminaient parfois des fractures, des luxations, ou des tassements vertébraux. Il ne suffisait pas d’attacher les malades et de faire s’asseoir sur eux de gros infirmiers pour éviter les risques traumatiques qui rendaient particulièrement dangereux les électrochocs pour les patients âgés, les fracturés récents, les squelettes fragiles et même les sujets très musclés. Dès 1945-1946, pour éliminer l’anxiété pré-opératoire et atténuer les contractions musculaires dues à la crise épileptique, on a expérimenté avec succès l’anesthésie générale et la curarisation par injection de penthotal et de curare juste avant l’administration de l’électrochoc. L’électrochoc sous narcose et curarisation s’est généralisée à partir des années 1950 et surtout 1960 ; il a alors pris le nom d’électronarcose." (Laurent Wetzel, Histoire et actualité de l'électro-choc, 2013) — "Les électrochocs, méthode barbare et inefficace, souvent dangereuse." (Henri Baruk, Mémoires d’un neuropsychiatre, 1990) — "L’électrochoc est un véritable crime perpétré contre la personne de la malheureuse victime qui le subit. Et cela (...) surtout à cause des dégâts irréparables qu’il produit." (Thomas Szasz, 1981) — "Et ici [à Rodez] j’ai passé par 50 comas d’électro-choc (...). Tout cela m’a fait perdre la mémoire et il y a des pans entiers de mon passé qui ne me sont jamais revenus." (Antonin Artaud, écrivain interné, Lettre à Marthe Robert, 1946)

35.              LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). L'énigme de Molière, suivi de vingt récits inédits. Rombaldi, Club de la Femme, 1971, pt in-8°, 247 pp, préface de François Durif, 14 gravures, tiré sur papier spécial Moulin de Pradelle, reliure percaline blanche illustrée de l'éditeur, rhodoïd, bon état

            20

Recueil d'études extraites du “Temps” : L'Enigme de Molière ; Marquise ; Le château d'Hermione ; La belle madame Scarron ; Maubuisson ; Sur mer, jadis ; Dorothée ; Une vieille maison ; Histoire de femme ; La Vraie Marguerite de Faust ; Monsieur de Staël ; Madame de Chateaubriand ; Le ménage Hugo (le général Hugo) ; Professeurs de bon ton ; Restaurateurs de jadis ; Monsieur Charles ; Maria Stella ; Polignac ; La Robrie ; Typhlophilie ; La Nourrice d'Henri V.

36.              Littérature – COCTEAU (Jean). Les Enfants terribles. Club Français du Livre, 1949, in-8°, 181 pp, 14 illustrations à pleine page dont le frontispice, une illustration sur le feuillet d'achevé d'imprimer, reliure de l'éditeur cartonnée noire et brique et décorée de dessins de Cocteau en blanc (maquette de Jacques Darche), bon état. Edition en tirage limité hors commerce tirée sur Offset blanc

            20

Paru en 1929 aux éditions Grasset, acclamés par la critique comme le chef-d'oeuvre romanesque de Jean Cocteau, "Les Enfants terribles" racontent l'histoire d'un frère et d'une soeur, Paul et Elisabeth. Paul est blessé à la sortie du lycée Condorcet par une pierre que Dargelos, un de ses camarades de classe, avait dissimulée dans une boule de neige. Convalescent, il garde la chambre où Elisabeth le soigne. Cette chambre devient le théâtre de ce qu'ils appellent "le jeu", c'est-à-dire une histoire qu'ils s'inventent chaque soir et dont ils sont les héros. Leur rêve se confond dangereusement avec la réalité ; Paul veut quitter "le jeu" ; Elisabeth veut l'y maintenir. La comédie cesse, commence la tragédie. Avec ce roman, Cocteau a montré qu'à l'enchantement de l'adolescence se mêlait le drame. En 1950, le livre a été adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville.
Gloire encore plus grande, le titre du roman est devenu une expression courante de la langue française.

37.              MAITTE (Corine). Les Chemins de verre. Les migrations des verriers d'Altare et de Venise (XVIe-XIXe siècles). Presses universitaires de Rennes, 2009, gr. in-8°, 377 pp, 16 pl. de documents hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            15

Le verre à l'italienne fut la grande mode de l'Europe curiale, aristocratique et urbaine des XVIe et XVIIe siècles. Venise en était le principal centre de production et la rigueur de ses lois tentait de maintenir l'exclusivité de ses fabrications. Mais, au grand dépit des administrateurs de la République, les centres d'imitation se multiplièrent en Italie et en Europe grâce à la mobilité des verriers, dépositaires des secrets de fabrication. Une part importante de ceux-ci vinrent, non pas de Venise, mais d'Altare, petit bourg de l'ancien Montferrat. Ces mouvements n'ont jamais fait l'objet d'une enquête globale approfondie. En comparant les parcours des hommes, ce livre réinterroge les migrations artisanales anciennes en prenant en compte la diversité des trajets, la multiplicité des pôles de déplacement et la complexité des circulations techniques. Des problèmes trop souvent disjoints sont ainsi reliés : le travail du verre mais aussi sa consommation, les implantations "industrielles" - et leurs enjeux, les phénomènes migratoires et leurs modalités, les institutions de l'économie - corporations ou privilèges -, les rapports entre acteurs politiques et économiques, les échanges techniques et leurs modalités, les transferts symboliques, les frontières floues et changeantes des identités sociales. De la micro-étude intensive de la communauté à l'horizon européen des migrations, la variation constante des échelles d'observation permet d'établir entre l'histoire économique et sociale, l'histoire des techniques, l'histoire politique et juridique, des ponts et des connivences fécondes.

38.              MARTINEAU (Alfred) et H. STEIN. Nouvel Atlas illustré. La France et ses Colonies. Cent huit cartes dressées d'après les carte du Dépôt de la Guerre, des Ponts et Chaussées, de la Marine, des Travaux publics, de l'Intérieur et des Eaux et Forêts par MM. Vuillemin, Thuilier, Ch. Lacoste, géographes, membres de la Société de géographie de Paris. Illustrées par M. Fillatreau. P., Direction et Administration, 1890, in-folio, 108 cartes et plans réhaussés en couleurs (dont 2 dépliantes in fine) accompagnés d'un texte descriptif, reliure demi-chagrin noir, dos à 5 faux nerfs soulignés à froid, titres et caissons dorés, titres et encadrements dorés au 1er plat, décor et encadrements à froid au 2e plat (rel. de l'époque lég. frottée), bon état. Bien complet de toutes ses cartes

            200

Détails : 91 cartes des départements de la France métropolitaine (à pleine page) ; Paris sous Philippe-Auguste en 1180 ; Paris en 20 arrondissements ; Environs de Paris avec ses Forts ; Algérie et Tunisie ; Province d'Alger (double page) ; Province de Constantine (double page) ; Province d'Oran (double page) ; Tunisie (double page) ; Sénégal ; La réunion, Madagascar, Gabon et Congo, Obock ; La guadeloupe et ses dépendances ; Martinique, Guyane, St-Pierre et Miquelon ; Indochine française ; Carte des Etablissements de l'Inde, Nouvelle Calédonie, Archipels Tahiti, Touamotou, Marquises, etc ; Planisphère indiquant les colonies françaises ; Carte de la France topographique donnant tous les chemins de fer et les forts ; Carte générale des chemins de fer européens.

39.              McNEILL (John R.). Du nouveau sous le soleil. Une histoire de l'environnement mondial au XXe siècle. Seyssel, Champ Vallon, 2010, in-8°, 520 pp, traduit de l'américain, photos dans le texte et à pleine page, 10 cartes, tableaux, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            20

Guerres mondiales, nazisme, essor et chute du communisme, diffusion de la démocratie : voici les événements qui forment l'histoire habituelle du XXe siècle. Mais, durant ce siècle, l'impact des hommes sur l'atmosphère, l'eau, le sol et la biosphère a atteint une intensité sans précédent. Avec le recul, le changement environnemental apparaîtra sans doute comme le phénomène le plus important de l'histoire du siècle. Dans ce livre, toujours concret, éclairé de nombreux exemples et non dénué d'humour, McNeill nous propose le passionnant récit de « l'expérience gigantesque et incontrôlée menée sur la terre » par l'espèce humaine au XXe siècle. Ce livre est rien moins qu'une réécriture de la vision de l'histoire jusqu'ici communément admise.

40.              PASTORET (Claude Emmanuel de). Des loix pénales, par M. de Pastoret, Maître des Requêtes, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, etc. etc. Tome second. P., Buisson, 1790, 2 parties en 1 vol. in-8°, 207-160 pp, reliure plein veau moucheté, dos lisse orné, pièces de titre et de tomaison basane carmin et noire, encadrement doré sur les plats, coupes guillochées, tranches marbrées, bon état. Edition originale. Exemplaire très bien relié à l'époque et sans rousseurs

            60

Tome II seul (sur 2) : troisième et quatrième parties. — « Punir est un droit terrible ; et les peuples modernes ont senti, dans les républiques mêmes, qu’il est moins dangereux de l’abandonner à une classe choisie de citoyens qu’à leur universalité ». Ami des philosophes, Claude Emmanuel Pastoret développe ici un véritable système pénal fondé sur les idées neuves de modération et d’adéquation des peines développées par les tenants des Droits de l’Homme. Récompensé le 25 août 1790 par le prix de l'Académie française pour l’ouvrage littéraire le plus utile aux moeurs, l'essai devait inspirer de nombreuses réformes du droit criminel. (Dupin, Bibliothèque choisie des livres de droit, n° 228).

41.              RÉMOND (René). La Droite en France de la première Restauration à la Ve République. Nouvelle édition revue et augmentée. Aubier, 1963, pt in-8°, 414 pp, seconde édition, 4 cartes, documents, biblio (pp. 374-398), index, broché, jaquette illustrée (lég. abîmée), qqs très rares soulignures stylo, bon état (Coll. historique)

            20

"Lorsque ce beau livre a été publié pour la première fois en 1954, il avait comme sous-titre : continuité et diversité d'une tradition politique. Diversité, parce que les recherches de René Rémond l'avaient conduit à constater que, lors même que, par exception, la droite française paraît s'unir devant les électeurs ou au Parlement, elle comporte en réalité trois courants bien distincts, relevant de trois traditions historiques à bien des égards opposées : celle du legitimisme, celle de l'orléanisme, celle du bonapartisme. Continuité, parce que, même une fois les anciennes fidélités dynastiques effacées par plusieurs décennies de régime républicain, ces trois courants pouvaient encore être repérés dans la vie politique française, en fonction de la persistance de certaines attitudes idéologiques, de la permanence de certaines assises géographiques, de la continuité de certaines traditions familiales. (...) La nouvelle édition de ce livre, indispensable à toute compréhension en profondeur de la vie politique française, prolonge jusqu'à nos jours l'analyse faite il y a dix ans, sans en modifier substantiellement l'orientation..." (François Goguel, Revue française de science politique, 1964)

42.              SABATÈS (F.). Les automobiles au Salon de Paris 1946-1961. Partie 1 : de 1946 à 1954. Editions Douin, 2017, in-8°, 300 pp, broché, couv. illustrée, bon état

            27

La guerre fut la césure du siècle dernier. On s’était habitué à dire « avant-guerre » et « après-guerre » ce qui scindait bien le siècle en deux parties. Pour le monde automobile, la partie d’après-guerre n’avait plus grand chose à voir avec celle d’avant-guerre qui était devenue totalement obsolète. La guerre, fort profitable à l’évolution technologique, lui fit faire un grand bond en avant ; ainsi l’automobile est-elle devenue un engin plus fiable, plus fluide, plus accessible, mais toujours aussi magique aux yeux des foules. Les Salons de l’automobile attiraient chaque année de plus en plus de visiteurs enthousiastes - les Français adoraient l’automobile - et de plus en plus d’acheteurs ; c’était souvent les mêmes. Pour montrer qu’une page d’Histoire était tournée, les groupes Allemands et Italiens eux-mêmes exposaient à Paris. La diversité des marques et des modèles semble bien floue aujourd’hui et seul un ouvrage précis sur les Salon de l’automobile au Grand Palais permet de visualiser l’évolution et la modernité des voitures de cette époque. J’ai choisi de m’arrêter quand le Salon déménagea Porte de Versailles. La lumière, lugubre, n’était plus la même, les carrosseries perdaient toute magie. Une page se tournait et pas pour le meilleur. Sans l’ambiance unique du Grand Palais, le Salon de l’automobile y a laissé son âme. L’immense cube de la porte de Versailles, par sa froide modernité bétonnée, était devenu une espèce de grand garage de bagnoles à vendre.

43.              SABATÈS (F.). Les automobiles au Salon de Paris 1946-1961. Partie 2 : de 1955 à 1961. Editions Douin, 2017, in-8°, 326 pp, broché, couv. illustrée, bon état

            27

La guerre fut la césure du siècle dernier. On s’était habitué à dire « avant-guerre » et « après-guerre » ce qui scindait bien le siècle en deux parties. Pour le monde automobile, la partie d’après-guerre n’avait plus grand chose à voir avec celle d’avant-guerre qui était devenue totalement obsolète. La guerre, fort profitable à l’évolution technologique, lui fit faire un grand bond en avant ; ainsi l’automobile est-elle devenue un engin plus fiable, plus fluide, plus accessible, mais toujours aussi magique aux yeux des foules. Les Salons de l’automobile attiraient chaque année de plus en plus de visiteurs enthousiastes - les Français adoraient l’automobile - et de plus en plus d’acheteurs ; c’était souvent les mêmes. Pour montrer qu’une page d’Histoire était tournée, les groupes Allemands et Italiens eux-mêmes exposaient à Paris. La diversité des marques et des modèles semble bien floue aujourd’hui et seul un ouvrage précis sur les Salon de l’automobile au Grand Palais permet de visualiser l’évolution et la modernité des voitures de cette époque. J’ai choisi de m’arrêter quand le Salon déménagea Porte de Versailles. La lumière, lugubre, n’était plus la même, les carrosseries perdaient toute magie. Une page se tournait et pas pour le meilleur. Sans l’ambiance unique du Grand Palais, le Salon de l’automobile y a laissé son âme. L’immense cube de la porte de Versailles, par sa froide modernité bétonnée, était devenu une espèce de grand garage de bagnoles à vendre.

44.              TRIGANO (Shmuel)(dir.). La Société juive à travers l'histoire. I. La Fabrique du peuple. Fayard, 1992, gr. in-8°, 782 pp, notes, glossaire, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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Comment peut-on écrire l'histoire d'un peuple dépourvu si longtemps d'assise territoriale, de langue commune et de pouvoir central ? Et pourtant, il n'y a pas de doute que, en dépit de leur dispersion, se sont tissés et maintenus entre des communautés établies sur l'ensemble de la planète, au coeur des nations et des empires dans toutes les aires de civilisation, de solides liens. Cette unité a engendré des structures collectives et des institutions d'une fermeté et d'une souplesse qui ont défié le temps et les épreuves : les conflits, les schismes, les tensions propres à toute vie sociale, les persécutions n'en sont jamais venus à bout. Le "peuple du Livre" a en effet inventé un système où la parole délivrée au Sinaï à Moïse s'est accommodée de situations d'une extrême variété. C'est à travers une histoire non plus événementielle – qui a été faite souvent – mais plutôt sociale, culturelle et institutionnelle, confiée à des spécialistes venus de disciplines multiples et originaires de trois continents que l'honnête homme d'aujourd'hui trouvera un chemin dans les arcanes d'un monde à la fois familier et largement méconnu. Au long de quatre volumes d'une richesse et d'une diversité inégalées, soixante auteurs composent une fresque grandiose qui éclaire trente siècles d'une histoire à nulle autre pareille. Le présent volume (tome premier) évoque, depuis la Babylonie médiévale jusqu'à l'Allemagne des Lumières en passant par la Pologne du Congrès et la société israélienne d'aujourd'hui, le caractère central du Livre dans la vie des Juifs comme peuple et les acteurs sociaux qui ont pris part à cette histoire.

45.              TRIGANO (Shmuel)(dir.). La Société juive à travers l'histoire. II. Les Liens de l'Alliance. Fayard, 1992, gr. in-8°, 632 pp, notes, glossaire, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

            30

Comment peut-on écrire l'histoire d'un peuple dépourvu si longtemps d'assise territoriale, de langue commune et de pouvoir central ? Et pourtant, il n'y a pas de doute que, en dépit de leur dispersion, se sont tissés et maintenus entre des communautés établies sur l'ensemble de la planète, au coeur des nations et des empires dans toutes les aires de civilisation, de solides liens. Cette unité a engendré des structures collectives et des institutions d'une fermeté et d'une souplesse qui ont défié le temps et les épreuves : les conflits, les schismes, les tensions propres à toute vie sociale, les persécutions n'en sont jamais venus à bout. Le "peuple du Livre" a en effet inventé un système où la parole délivrée au Sinaï à Moïse s'est accommodée de situations d'une extrême variété. C'est à travers une histoire non plus événementielle – qui a été faite souvent – mais plutôt sociale, culturelle et institutionnelle, confiée à des spécialistes venus de disciplines multiples et originaires de trois continents que l'honnête homme d'aujourd'hui trouvera un chemin dans les arcanes d'un monde à la fois familier et largement méconnu. Au long de quatre volumes d'une richesse et d'une diversité inégalées, soixante auteurs composent une fresque grandiose qui éclaire trente siècles d'une histoire à nulle autre pareille. Le tome second (Les Liens de l'Alliance) traite des cadres institutionnels (le droit, le pouvoir, l'espace, la famille...) dans lesquels s'est déployée la vie des communautés juives; l'Alliance en constitue le modèle le plus fort.

46.              VINCENT-BUFFAULT (Anne). Histoire des Larmes (XVIIIe-XIXe siècles). Rivages, 1986, in-8°, 259 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Histoire)

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De l'oeil humide aux flots de pleurs, du regard brouillé aux sanglots, les larmes manifestent l'émotion. Elles ont aussi une histoire, qui permet de réfléchir aux manières subtiles ou contraintes, selon l'époque et la société, de les utiliser. A partir de sources littéraires, médicales, judiciaires, de journaux intimes, de traités de savoir-vivre et de manuels d'éducation, ce livre montre un XVIIIe siècle aux larmes facilement versées en public et un XIXe siècle où chacun aime pleurer dans le secret et la pudeur, et qui, dans sa seconde moitié, va tenter de mettre de l'ordre dans les pleurs.

ANTIQUITÉ

 

47.              BRISSON (Jean-Paul)(dir.). Problèmes de la guerre à Rome. P.-La Haye, Mouton, 1969, gr. in-8°, 195 pp, broché, couv. illustrée (lég. frottée), bon état (Ecole pratique des hautes études - Sorbonne, Coll. Civilisation et Société)

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10 études érudites. I : Des formes archaïques de la guerre à la structure de l'armée impériale (par Jacques Heurgon, J.-P. Brisson, Jacques Harmand, Paul Jal, H.-G. Pflaum) ; II : La Cité romaine et la guerre (par H. Le Bonniec, Claude Nicolet, Joseph Hellegouarc'h, Alain Michel, Georges Ville). — "Une étude collective de la deuxième fonction dumézilienne à Rome : l'effort séculaire de la cité romaine pour se distinguer de son activité guerrière tout en l'assumant. L'autre lot du diptyque sur les problèmes de la guerre dans l'Antiquité (cf. Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, sous la direction de J.-P. Vernant, 1968) est aussi passionnant que le premier." (Annales ESC, Choix des Annales, 1970)

48.              CALAME (Claude). L'Eros dans la Grèce antique. Belin, 2002, in-8°, 252 pp, 2e édition revue et corrigée, 7 planches hors texte, biblio, index, broché, bon état

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Ce livre a choisi d'esquisser, en suivant ses cheminements multiples, le profil de cette force que les Hellènes ont divinisée sous le nom d'Eros, faisant du jeune enfant espiègle le parèdre d'Aphrodite. A partir d'une physiologie de l'amour, l'étude des effets d'Eros conduit à interroger la fonction des poèmes et des images qui le représentent, puis à examiner les institutions qu'il contribue à soutenir et les espaces où il exerce sa puissance, productrice de relations sociales. Récupéré par philosophes et sectaires orphiques, Eros se révélera finalement le médiateur de véritables parcours initiatiques.

49.              CLEMENCEAU (Georges). Démosthène. Plon, 1926, pt in-8°, 125 pp, 3 gravures et une carte dépliante hors texte, cart. éditeur, une coiffe lég. abîmée, bon état

            20

"... Parmi les quatre mille deux cents volumes de sa bibliothèque, un grand nombre concernent l'hellénisme, la philosophie grecque, l'hellénisation du monde antique. Rare parmi sa génération politique, il pratique le grec ancien, qu'il lit dans le texte. Son érudition éblouit jusqu'à son ennemi intime Raymond Poincaré qui en fait l'aveu le jour où ils vont remettre ensemble son bâton de maréchal à Joffre : « On dirait qu'il a vécu à l'époque de Démosthène...». (...) L'idée que Clemenceau se fait de Démosthène s'organise ainsi autour d'une tension, qui lui est familière, entre, d'une part, l'individualisme farouche où le héros fonde sa liberté et son pouvoir d'entraînement des citoyens et, d'autre part, le service de la patrie, ce vouloir-vivre ensemble indispensable à l'épanouissement des hommes." (Jean-Noël Jeanneney, “Clemenceau et la Grèce”, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1998)

50.              CONTENAU (Georges). La vie quotidienne à Babylone et en Assyrie. Hachette, 1964, in-8°, 320 pp, une carte en frontispice, biblio, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

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"L'auteur se borne à la période que nous connaissons le mieux, entre 700 et 530 avant notre ère. A cette époque, l'Assyrie atteint son apogée et embrasse tout le Proche-Orient, puis la Babylonie, sa vassale, alliée aux Mèdes, secoue son joug et détruit Ninive (612 av. J.-C.) et c'est pour Babylone une prospérité dont les historiens anciens se sont fait l'écho. Survient alors le troisième acte, les Perses à leur tour attaquent Babylone, l'Asie change de maîtres et la dynastie des Achéménides préside pour deux cents ans aux destinées de l'Orient. Après des notions générales sur le pays et ses habitants, la nourriture, le travail, le commerce, la vie de tous les jours, le Dr Contenau étudie successivement le roi et l'Etat, la pensée mésopotamienne et la vie religieuse (...) Il fallait, pour écrire ce livre, la connaissance que peut seule donner une familiarité de quarante années avec les textes, les fouilles et la vie de l'antique Mésopotamie." (Albert Vincent, Revue des Sciences religieuses)

51.              CONTENAU (Georges). Le Déluge babylonien, suivi de Ishtar aux enfers et de la Tour de Babel. Payot, 1941, in-8°, 295 pp, 8 pl. hors texte, 52 figures dans le texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

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"G. Contenau a déjà consacré nombre d'ouvrages à la civilisation d'Assur et de Babylone considérée dans son ensemble ou sous tel ou tel de ses aspects Son nouveau volume expose et commente quelques légendes mythiques dont des tablettes de terre cuite, provenant notamment de la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive, nous ont conservé de précieux récits et qui jettent une vive lumière sur la pensée religieuse de la Mésopotamie, sur ce que nous pouvons savoir de ses dieux et du culte qui leur était rendu..." (A. Merlin, Journal des savants, 1943)

52.              DESROCHES NOBLECOURT (Christiane). L'art égyptien. PUF, 1962, pt in-8°, 184 pp, 40 pl. d'illustrations hors texte, dont 8 en couleurs, 11 plans et figures, biblio, cart. illustré de l'éditeur, étui carton, très bon état (Coll. Les Neuf Muses)

            20

53.              DRUON (Maurice). Alexandre le Grand. Plon, 1969, in-8°, 485 pp, nouvelle édition, notes et commentaires, chronologie des règnes, carte sur les gardes, cart. simili-cuir fauve de l'éditeur, titres dorés au 1er plat et au dos, sans la jaquette, bon état

            15

Au cours de l'année 356 av. J.-C., un enfant qui sera nommé Alexandre naît au palais de Pella, en Macédoine. Parce que sa mère Olympias, fille du feu roi d'Epire Néoptolème, était une des courtisanes sacrées du sanctuaire de Samothrace avant son mariage avec Philippe, – régent de Macédoine – et parce que la mésentente règne entre ses parents, un doute plane sur sa légitimité. Qu'importe, puisque les présages le disent fils de Zeus et promis à une prodigieuse destinée. Alexandre a vingt ans quand Philippe meurt assassiné. Son héritage est la couronne de Macédoine et une hégémonie de fait sur la Grèce. Thèbes sera quasi rasée pour avoir voulu secouer ce joug en 335 av. J.-C. Le jeune roi reprend ensuite à son compte le projet paternel d'expédition contre les Perses. Alors commence la série des victoires qui, de 334 à 325 av. J.-C., vont lui donner la maîtrise de l'Asie Mineure, lui ouvrir les frontières de la Syrie, lui permettre de soumettre l'Égypte et de fonder Alexandrie, première des villes qu'il crée sur son passage. Il a fait reconnaître son autorité et exploré le nord-ouest de l'Inde quand il rentre en 323 av. J.-C. à Babylone où il meurt peu après, à trente-trois ans. Il restera dans l'histoire sous le nom d'Alexandre le Grand. Maurice Druon reconstitue avec l'art du romancier mais aussi la sage prudence de l'historien cette vie fébrile, exceptionnelle, qui a influencé, profondément le monde antique.

54.              DUVAL (Paul-Marie). Les dieux de la Gaule. PUF, 1957, in-12, 134 pp, 33 figures dans le texte, biblio, broché, bon état (Coll. Mythes et Religions), envoi a.s. à l'historien Jean Bayet

            30

"Ce volume de la Collection « Mythes et religions » représente une contribution importante à un problème difficile : celui de la religion des Gaulois. En examinant successivement le panthéon gaulois antérieur à la Conquête et celui de la Gaule sujette, partagé lui-même en dieux non romanisés, en dieux gallo-romains, en dieux romains et orientaux, P. M. Duval réussit à reconstituer l'image précise de ce monde divin des Gaulois à la fois riche, varié et durable, révélant la permanence de l'esprit celtique au cours des siècles et en dépit de l'ascendant de Rome. Ce petit livre d'apparence modeste se révèle à la fois comme un exemple de bonne méthode et un ouvrage de référence indispensable." (Ernest Will, Revue du Nord, 1958)

55.              GERNET (Louis) et André BOULANGER. Le Génie grec dans la religion. La Renaissance du Livre, 1932, in-8°, xlii-538 pp, biblio, index, reliure demi-basane aubergine, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés (rel. de l'époque), dos uniformément passé, bon état (Coll. L'Evolution de l'humanité)

            25

Louis Gernet ne considère pas seulement la religion dans le cadre de l'histoire générale de la Grèce, mais dans son rapport avec la société dont le rôle dans la formation de la mentalité humaine est ici serré de près ; et c'est l'une des originalités de ce livre, qui a marqué un tournant important dans l'histoire des religions. Mélange, par son origine, d'éléments égéens et d'éléments indo-européens qui ont commencé leur fusion dès l'époque mycénienne – un millénaire avant l'époque classique – la religion grecque, qui reçut encore bien d'autres influences, a eu une évolution complexe. L. Gernet en retrace des épisodes essentiels au cours de la première partie de son ouvrage. Il montre que bien des points restent obscurs, mais il semble certain qu'« une bonne part de la religion officielle de la cité est héritée de cultes agraires, c'est un fonds primitif qui se reconnaît là ». C'est aussi de ces époques lointaines que datent le culte de Dionysos et la célébrité de lieux sacrés qui deviendront d'« intérêt national », comme Delphes. Le génie grec a créé une religion dont le cadre est, par excellence, la cité ; elle est civique, humaine et mesurée, à la fois conservatrice et, dans une certaine mesure, tolérante. Cette religion a été traversée par un courant mystique, mais elle a su longtemps le contenir grâce à la majesté de l'Olympe. Elle a libéré la pensée spéculative et l'imagination artistique. Mais, au demeurant, elle n'a guère su émouvoir le coeur. La période hellénistique, traitée dans cet ouvrage par André Boulanger, va rompre cet équilibre harmonieux qui, d'ailleurs, on vient de le rappeler, n'avait jamais cessé d'être menacé par un « travail souterrain ». Et ce sera, à partir de la conquête d'Alexandre, le grand succès des sectes à mystères, des cultes de provenance étrangère, où l'émotion personnelle reprend ses droits. Toute l'Asie Mineure, l'Égypte, la Mésopotamie et l'Iran apporteront les rites et les dieux officiels défaillants : ce sera le déclin des Olympiens et, du même coup, celui de la cité. Mais, pendant ce temps, le besoin d'expliquer historiquement et rationnellement les mythes apparaîtra ; la spéculation philosophique s'épanouira en tous sens : la pensée atteindra à l'universalisme.

56.              GUIGNEBERT (Charles). Le Christianisme antique. Flammarion, 1931, in-12, 270 pp, reliure demi-basane fauve, dos lisse avec motif de filets noirs et très large nerf avec titres dorés, couv. conservées (rel. de l'époque), dos sali, papier jauni comme toujours, bon état (Coll. Bibliothèque de Philosophie scientifique)

            25

"M. Guignebert s'est proposé de présenter au grand public un tableau des origines chrétiennes, depuis l'apparition de Jésus, jusqu'au moment où l'Eglise triomphe et devient la religion d'Etat de l'empire romain. S'appliquant à renfermer cette matière considérable dans les limites d'un très modeste volume, l'auteur ne pouvait évidemment tout dire ; il a cherché beaucoup plus à proposer une explication logique des événements, qu'à en reconstituer intégralement la série chronologique. Ce qu'il présente au public est donc moins une histoire du christianisme primitif qu'une série de réflexions personnelles sur ce thème captivant..." (E. Amann, Revue des Sciences Religieuses, 1922)

57.              LAPEYRE (G.-G.) et A. PELLEGRIN. Carthage latine et chrétienne. Payot, 1950, in-8°, 264 pp, 8 croquis et 10 photographies, biblio, broché, bon état (Coll. Bibliothèque historique). Peu courant

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"(...) La Carthage romaine qui, après le siècle et demi de mort imposée par Scipion et maintenue par la volonté de Rome, fut intégrée dans l'Empire au même titre que d'autres grandes villes de province. Dès lors son histoire, mêlée à celle de l'Empire, nous est connue depuis longtemps, à la différence de celle de Carthage punique. Mais de multiples découvertes archéologiques sont venues compléter ou confirmer les faits connus par l'histoire et la coordination des deux sources d'éléments ont permis aux auteurs de faire oeuvre utile et même originale, spécialement en ce qui concerne la Carthage des IVe et Ve siècles de notre ère, dont les traces de destruction et de rétrécissement sont visibles dans le sol même. Après avoir traité de Carthage sous les Vandales, sous les Byzantins et enfin de la suppression de la ville par l'Islam, les auteurs abordent les problèmes ardus de Carthage chrétienne. Problèmes ardus, car si les trouvailles abondent, elles sont souvent en contradiction avec les textes. Mais les auteurs se sont astreints avant tout à l'étude historique des communautés chrétiennes. Déjà avant le IIe siècle, le christianisme semble s'être introduit à Carthage dans toutes les classes de la société et l'histoire de ces communautés nous est connue surtout par Tertullien. On sait la vie mouvementée de l'église d'Afrique qui, jusqu'au IVe siècle, connut les persécutions et les hérésies, mais c'était une gageure d'arriver à ramasser tous ces points, sans les simplifier trop, en quelque soixante pages. Voilà certes de la vulgarisation de qualité." (G. Faider-Feytmans, Latomus, 1952)

58.              PICARD (Gilbert-Charles). L'art romain. PUF, 1962, pt in-8°, 185 pp, 40 pl. d'illustrations hors texte, dont 8 en couleurs, 6 plans et figures, biblio, cart. illustré de l'éditeur, étui carton, très bon état (Coll. Les Neuf Muses)

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"Ouvrage solide et neuf. L'art romain n'est pas évidemment un art dégénéré de celui de la Grèce. Sa personnalité, son originalité, son utilité même, nous pouvons aujourd'hui dans nos sociétés contemporaines, mieux les saisir. L'art romain est dominé par l'utile ; il est au service de la communauté. Aussi l'étude de l'art romain sera aussi une étude des aspects de la psychologie du peuple romain. Les titres des chapitres de ce bel ouvrage sont significatifs et révélateurs. Dans une première partie, l'art public, nous trouvons des chapitres consacrés successivement à l'art religieux, l'art triomphal, l'art social, et dans une seconde partie, l'art et l'individu, on trouve le portrait, la maison et son décor, l'art et la religion personnelle. Ce bel ouvrage, fort bien présenté, est enrichi de nombreuses planches à tous égards judicieusement choisies." (Bulletin de l'Association Guillaume Budé, 1963)

59.              RIVAUD (Albert). Les Grands courants de la Pensée antique. Armand Colin, 1932, in-16, 220 pp, biblio sommaire, reliure demi-toile havane à coins, pièces d'auteur et de titre basane havane, bon état

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Résumé des doctrines principales de la philosophie grecque, replacées dans leur cadre historique.

60.              ROUX (Georges). La Leçon de César. Stock, 1932, in-12, 234 pp, appendice, chronologie de la vie de César, reliure pleine percaline acajou, dos lisse avec titres dorés, couv. conservée, bon état

            25

"Le redressement opéré par César est l'un des spectacles les plus prodigieux de l'Histoire. Les transformations de l'Italie fasciste et de la Russie bolcheviste peuvent seules aujourd'hui en donner un équivalent approximatif. Ainsi puisque toute l'Histoire de Rome, sa grandeur comme sa décadence, la paix du monde et le sort même de la Civilisation méditerranéenne, toute une immense évolution tantôt heureuse, tantôt funeste, sont dominées par la dictature de César, puisque tant de siècles semblent tour à tour la glorifier ou la condamner, il reste à se pencher sur les principes de cette dictature, à en découvrir les qualités et les défauts apparents ou secrets, enfin à en dégager les leçons ou les exemples à suivre ou à ne pas suivre. Le plus frappant et, si j'ose dire, le plus immédiat des principes césariens, est l'amoindrissement des Assemblées délibérantes, le renforcement du pouvoir exécutif, la restauration de l'idée d'autorité, l'agrandissement de la notion d'Etat et la soumission de l'individu à la collectivité. Réformes nécessaires, imposées par la situation de l'époque. L'individualisme de la Démocratie convenait à la Cité ; le développement de l'Empire et de l'économie internationale devait engendrer un système politique correspondant, c'est-à-dire qui fût un ordre collectif. Cette subordination de l'individu à l'Etat impérial est peut-être la caractéristique la plus profonde de l'Etat césarien..." (pp. 207-208)

61.              VANDENBERG (Philipp). La malédiction des Pharaons. Belfond, 1976, in-4°, 286 pp, traduit de l'allemand, un plan, une carte, qqs figures, généalogie de la 18e dynastie (1570-1345 av. J.-C.), tableau chronologique, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"A l'entrée de la Grande Pyramide, cette inscription : « Les ailes de la mort frapperont celui qui osera troubler mon repos ». Le 17 février 1922, les archéologues Howard Carter et Lord Carnavon franchissent le portail qui mène au premier tombeau des Pharaons : c'est l'éblouissement. Une véritable muraille d'or et de bijoux scintille devant eux, dressée depuis plus de 3000 ans : la chambre funéraire du grand Tout-Ankh-Amon. Quelques semaines après sa découverte, Lord Carnavon est saisi d'un violent accès de fièvre qui se transforme très vite en agonie. Ses derniers mots furent : « J'ai entendu son appel, je le suis... » Depuis, plus de trente archéologues ont pénétré dans l'enceinte du tombeau de Tout-Ankh-Amon pour périr, peu de temps après, de mort violente. Les anciens Egyptiens avaient-ils le pouvoir de protéger ainsi, à des millénaires de distance, la sépulture de leurs rois ? Tant de morts brutales, ce n'est plus une coïncidence, mais une énigme. Immense. Historien d'art et archéologue, Philipp Vandenberg a enquêté trois ans durant sur les origines de cette malédiction. Il s'est rendu trois fois en Egypte, a interrogé les savants atomistes, et, procédant par juxtapositions, recoupements et synthèses, propose dans ce livre, pour la première fois, une explication de ce mystère, à partir des plus récentes données sur les découvertes nucléaires et les pouvoirs parapsychiques. Un extraordinaire document." (4e de couverture)

62.              ZOGHEB (Alexandre-Max de). Etudes sur l'Ancienne Alexandrie. P., Ernest Leroux, 1910, gr. in-8°, 252 pp, nouvelle édition, un portrait d'Alexandre le Grand en frontispice, une gravure hors texte, un plan d'Alexandrie et un tableau généalogique des Ptolémées dépliants hors texte, reliure demi-chagrin noir, dos à 5 petits nerfs et filets dorés, pièces d'auteur et de titre basane carmin (rel. de l'époque), ex-libris J. Fumaroli, cachet en arabe, pt. accroc au 1er plat, dos frotté, sinon bon état. Rare

            100

"Les Etudes sur l'ancienne Alexandrie, de M. A.-M. de Zogheb, membre honoraire de l'Institut égyptien, intéressent à la fois l'histoire grecque, l'histoire de Rome, l'histoire des débuts du christianisme et du haut moyen âge. Oeuvre d'un homme qui habite, qui aime et qui connaît à merveille la ville qu'il décrit, ce livre contient d'utiles contributions à l'étude topographique d'Alexandrie et des relevés commodes de textes, de faits et de dates. (...) Il faut prendre le livre pour ce qu'il est : c'est moins l'oeuvre d'un érudit de profession que celle d'un curieux d'antiquité, épris de sa cité natale et des grands souvenirs qui s'y rattachent. A ce titre, et aussi parce qu'il est écrit en notre langue et qu'il atteste la persistance des influences françaises sur les rives du Nil, nous l'accueillerons avec gratitude." (Marquis de Beaucourt, Revue des questions historiques, 1910) — "... Ce qui contribuerait le plus à fixer les touristes à Alexandrie, ce serait la découverte des tombeaux d'Alexandre le Grand, des Ptolémées, d'Antoine et de Cléopàtre. Si l'on en croit M. de Zogheb et ses Etudes sur l'Ancienne Alexandrie, cette découverte n'aurait rien de chimérique. Reprenant les conclusions de Néroutsos-Bey, de Mahmoud-Bey et Falaki et du Dr Botti sur la topographie d'Alexandrie, cet amateur distingué identifie le « Sôma » ou mausolée d'Alexandre et la nécropole royale des Ptolémées avec les sous-sols de la mosquée du prophète Daniel et du fort Caffarelli. De fait, il y a là une énigme fort irritante, dont le fanatisme musulman a toujours retardé la solution. C'est au même endroit qu'on aurait aussi chance de retrouver les sépultures de Cléopâtre et d'Antoine, inhumés près des Lagides, et non dans le « Mnéma » ou mausolée que Cléopâtre se fit construire de son vivant sur le cap Lochias." (Gustave Fougères, Revue historique, 1910)

MOYEN AGE

 

63.              AKKARI (Hatem)(dir.). La Méditerranée médiévale : perceptions et représentations. P., Maisonneuve & Larose ; Tunis, Editions de la Méditerranée, 2002, in-8°, 286 pp, broché, couv. illustrée, bon état. Actes du colloque international de Sfax, 16-18 avril 1998 : 15 études érudites (une en anglais)

            25

Les sources médiévales – chansons de geste, chroniques historiques, itinéraires des voyageurs, récits de marchands ou pèlerins, cartes, portulans et textes géographiques – rendent les échos bruyants de la Méditerranée, dessinent son espace et ses réseaux, présentent ses hommes et leurs œuvres, chantent ses héros, donnent, en un mot, une image à la fois réelle et fictive. Dans une approche pluridisciplinaire, les études assemblées ici tentent de retracer les différentes représentations et perceptions de la Méditerranée médiévale. — Table : La Méditerranée épique : un monde en mutation ou le christianisme triomphant (Hatem Akkari) ; La reconquête de l'espace méditerranéen dans quelques épopées tardives (Denis Collomp) ; La mer Méditerranée dans les récits de pèlerinages et les récits de croisades (Danièle James-Raoul) ; La Méditerranée dans les récits allemands de voyage au XVe siècle (Jean-Marc Pastré) ; La Méditerranée, espace réel et traversée fictive dans la littérature byzantine (VIIe-Xe siècles après J-C) (Niki Catherine Koutrakou) ; La Méditerranée : une absence imaginaire (Marie-Françoise Notz) ; Regards médiévaux arabes, français, anglais et grecs sur les figures royales autour de Chypre (XIIe siècle) (Yves Roguet) ; - À travers la Méditerranée avec le pirate-corsaire Scarincio (Laura Balletto) ; Le projet de blocus naval des côtes égyptiennes dans le Liber secretorum Fidelium Crusis (1321c) de Marino Sanudo il Vecchio (1279c-1343) (Alfredo Cocci) ; Ad Fortunam et risicum maris et gentium ou la perception de l'univers marin au Moyen Âge en Méditerranée dans les textes génois (Georges Jehel) ; Le détroit de Gibraltar après la conquête portugaise de Ceuta (1415) dans la Crônica do Conde Dom Pedro de Menezes de Gomes Eanes de Zurara (Anna Unali) ; La mer dans le texte sacré : le Coran et le Hadith (Abdelhamid Fehri) ; La représentation de la mer Méditerranée dans la description du monde contenue dans l'Opus majus de Roger Bacon (Michèle Guéret-Laferté) ; Une famille de cartographes tunisiens : les Sharfi (Mohamed Tahar Mansouri) ; On the Origin and Connotation of the Term « tekfur » in Byzantine-Turkish Relation (Alexis G. C. Savvidès).

64.              BLOCH (Marc). Les Caractères originaux de l'histoire rurale française. Tome 1 seul (sur 2). Armand Colin, 1968, in-8°, xvii-261 pp, nouvelle édition, 5e tirage, avertissement au lecteur de Lucien Febvre, 18 planches hors texte, index, couv. lég. salie, bon état

            25

Tome 1 seul (sur 2). Le tome 2 est un Supplément établi d'après les travaux de l'auteur (1931-1944) par Robert Dauvergne.

65.              BUCHON (Jean-Alexandre C.). Choix d'ouvrages mystiques, avec notices littéraires par J. A. C. Buchon. P., Société du Panthéon littéraire, 1843, pt in-4°, 764 pp, texte sur 2 colonnes, reliure demi-chagrin havane, dos à 4 nerfs pointillés et caissons dorés, qqs rares rousseurs éparses, bon exemplaire finement relié à l'époque et en très bon état

            70

"Sous le titre de Philosophie chrétienne - Choix d'ouvrages mystiques, je donne ici la collection des ouvrages qui, dans les différents siècles, ont été regardés comme reproduisant avec un talent plus transcendant et avec un esprit plus parfaitement religieux, non pas les dogmes, mais la doctrine philosophique, morale, spirituelle du catholicisme." (Avant-propos). — Contient : Confessions. Méditations (Saint-Augustin) ; Consolation de la philosophie (Boèce) ; Traité de la Considération (Saint-Bernard) ; Imitation de Jésus-Christ (Gersen) ; Principes de la vie chrétienne. Chemin du Ciel (Cardinal Bona) ; Institutions (Tauler) ; Le Directeur des Ames religieuses (Louis de Blois).

66.              CAZAUX (Yves). Marie de Bourgogne. Albin Michel, 1967, pt in-8°, 374 pp, une carte, 2 croquis, un tableau généalogique, biblio, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

            25

"M. Yves Cazaux, dans une étude complète, très documentée et vivement menée, s'est attaché à rendre meilleure justice à Charles le Téméraire (pourquoi pas ?), à illustrer la mémoire de sa fille Marie qui lui succéda et dont la courte et glorieuse vie mérite l'admiration. Ce faisant, l'auteur présente le roi de France Louis XI sous un jour particulier et défavorable (pourquoi pas aussi ?), enfin il brosse un tableau, plein de couleur et de vie, de cette Bourgogne et des provinces qui lui furent rattachées, de la création de ce grand royaume bourguignon qui faillit réussir. Marie ne fut-elle pas la grand'mère de Charles-Quint ? M. Yves Cazaux se meut dans toute cette histoire si complexe et si compliquée avec aisance et sûreté : il n'épargne au lecteur aucun détail ; car pour être convaincant son exposé doit être complet et il l'est sous tous les rapports. Ainsi peut-il facilement convaincre de l'importance de cette période de l'histoire, de la valeur de ces très grands personnages que furent ces Valois, ducs de Bourgogne, enfin, de la grandeur de cette jeune princesse, morte prématurément à 35 ans d'un stupide accident de chasse et qui sut cependant faire preuve d'intelligence, de volonté et de courage. Est-ce à dire cependant que le royaume de Bourgogne, s'il avait pu être définitivement construit, eût été viable ? Y avait-il vraiment place entre la France et les Allemagnes d'une Bourgogne allant de la mer du Nord à la Méditerrannée et dans une bande de terre étroite réunissant des populations aussi diverses et aussi opposées, on peut raisonnablement en douter. Mais cette belle étude, si solide, si émouvante aussi par la conviction qui inspire l'auteur, doit intéresser au plus haut point tout lecteur avide de mieux connaître le passé, car elle décrit cette période de l'histoire de l'Occident à un moment crucial, celui où se termine la féodalité médiévale avec ses complications infinies et désuètes et où s'amorce déjà l'esprit de la Renaissance, avec ses nouvelles espérances." (Bulletin de l'Association Guillaume Budé, 1968)

67.              DELISLE (Léopold). Etudes sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au Moyen Age. P., Honoré Champion, 1903, fort in-8°, lvi-758 pp, table alphabétique, reliure demi-toile verte, pièce de titre chagrin noir, bon état

            150

"M. Leopold Delisle s'est borné à étudier l'état des campagnes en Normandie, à partir de l'invasion normande jusqu'au milieu du quinzième siècle; mais, bien qu'il ait ainsi circonscrit ses recherches , on peut affirmer qu'il a préparé pour une bonne part les éléments d'une l'histoire générale de l'agriculture en France. Cet important ouvrage comprend vingt et un chapitres : huit sont consacrés à exposer la condition de la classe agricole , douze à décrire l'état de l'agriculture. Les huit premiers traitent de l'état des personnes, de l'état des terres, des tenures, des redevances et des services, des charges publiques et ecclésiastiques , de la police rurale , des affranchissements et des communautés, de la population, de l'instruction, des mœurs, du crédit..." (Charles De Beaurepaire, Bibliothèque de l'école des chartes)

68.              DUBY (Georges). Des sociétés médiévales. Leçon inaugurale au Collège de France prononcée le 4 décembre 1970. Gallimard, 1971, in-12, 49 pp, broché, couv. à rabats, bon état. Edition originale (achevé d'imprimer du 28 janvier 1971), il n'est pas mentionné de grands papiers

            15

69.              DUBY (Georges). Le Dimanche de Bouvines. 27 juillet 1214. Gallimard, 1973, in-8°, 302 pp, 12 pl. de documents hors texte, 2 cartes, chronologie, biblio, index, reliure toile grège ornée de l'éditeur, bon état (Coll. Trente journées qui ont fait la France)

            30

"En 1968, je reçus proposition d'écrire, pour la collection "Trente journées qui ont fait la France", le livre consacré à l'un de ces jours mémorables, le 27 juillet 1214. Ce dimanche-là, dans la plaine de Bouvines, le roi de France Philippe Auguste avait affronté malgré lui la coalition redoutable de l'empereur Otton, du comte de Flandre Ferrand et du comte de Boulogne Renaud ; il était, grâce à Dieu, resté le soir maître du champ. L'empereur avait détalé ; les deux comtes rebelles étaient pris. Victoire, comme on l'a dit et répété, fondatrice : les assises de la monarchie française en furent décidément raffermies. Une bataille. Un événement. Ponctuel. Retentissant." (G. Duby) — "Une anthropologie de la guerre et de la paix médiévale à travers la bataille de 1214 en étudiant parallèlement ses narrations successives jusqu'au XXe siècle." (N. Offenstadt, Le Monde, 2015)

70.              FAVIER (Jean). La Guerre de Cent Ans. Fayard, 1980, fort in-8°, 678 pp, 16 pl. de gravures hors texte, généalogies, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, état correct

            20

L'auteur de Philippe le Bel s'attache aujourd'hui à ce long siècle qui suivit la mort des derniers Capétiens. Mais fallait-il écrire l'histoire d'une guerre ? Jean Favier montre que ce conflit n'est pas seulement phénomène en soi, il exprime les mouvements profonds qui animent la société médiévale : par-delà les batailles - où il arrive que le sort d'un royaume se joue en quelques quarts d'heure -, la guerre devient facteur déterminant des infléchissements de l'histoire dès lors que le noble et le clerc, le bourgeois et le paysan pensent et se comportent en fonction de cette guerre. Qu'elle soit réelle ou supposée, proche ou lointaine, voilà qui change peu cet horizon mental qu'est la guerre pour cinq générations qui ont su qu'elle faisait partie de leur vie. La guerre de Cent ans a été le lot commun des individus comme des groupes humains, celui des féodaux encore pris dans leurs fidélités contractuelles, celui des officiers royaux découvrant le service de l'Etat à mesure qu'ils le conçoivent, celui des maîtres de l'Université que leurs engagements intellectuels mènent à des conflits qui n'étaient point les leurs. En un étonnant contrepoint où passent les visages renouvelés d'un Charles le Mauvais, d'un Bertrand du Guesclin, d'un Pierre Cauchon et de bien d'autres, Jean Favier fait jouer les thèmes divers qui s'appellent le nationalisme naissant, la réforme de l'Etat et l'unité de l'Eglise, le prix du blé et le salaire du maçon, l'influence parisienne et la force provinciale, le métier des armes et la volonté de paix.

71.              FOURQUIN (Guy). Histoire économique de l'Occident médiéval. Armand Colin, 1969, gr. in-8°, 446 pp, 20 figures, biblio, glossaire, cart. éditeur, bon état (Coll. U)

            20

Excellent manuel — "L'ouvrage de G. Fourquin est remarquable par la masse des informations qu'il contient, par la clarté de l'exposition, par son aspect 'up to date'. C'est une mise au point excellente fondée sur les plus récentes recherches de la science." (F. Vercauteren, Cahiers de civilisation médiévale).

72.              GALAHAD (Sir)(pseudo. de Bertha Eckstein-Diener). Byzance. Payot, 1949, in-8°, 325 pp, traduit de l'allemand, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

            25

Empereurs et impératrices – L' Acropole du monde – La grande Babylone – Anges et eunuques – Les Bleus et les Verts – Les iconoclastes – Les hérésies – Grandeur et décadence.

73.              GIROU (Jean). Simon de Montfort, du catharisme à la conquête. La Colombe, 1953, in-8°, 206 pp, préface par le duc de Lévis Mirepoix, broché, couv. illustrée, bon état

            25

74.              GONNET (Jean) et Amedeo MOLNAR. Les Vaudois au Moyen Age. Turin, Claudiana, 1974, gr. in-8°, vii-510 pp, biblio, index, broché, jaquette illustrée, bon état

            60

Voici un admirable ouvrage d'érudition historique sur une dissidence elle-même socio- historiquement exemplaire. On aimera sans doute que les auteurs, tous deux spécialistes confirmés, bâtissent leur texte à ras d'archives, évoquant les controverses d'interprétation auxquelles les sources ont donné lieu, avant d'expliquer leur propre choix. Dans un domaine si touffu et contesté, cette méthode se justifie sans explication. L'ouvrage est d'une grande maniabilité... (Jean Séguy, Archives de sciences sociales des religions, 1975)

75.              GROUSSET (René). Histoire des Croisades et du Royaume franc de Jérusalem. Perrin, 1991, 3 forts vol. in-8°, 13-lxii-700, iii-920 et xxxiv-874 pp, 27 cartes dont 2 sur un dépliant volant, généalogies in-fine et sur un dépliant volant, index, reliures souples de l'éditeur, sous emboîtage cartonné illustré (lég. abîmé), bon état

            100

Ouvrage de référence, écrit en 1926, l'Histoire des Croisades relate avec clarté et concision les neuf croisades qui jalonnèrent deux siècles extraordinaires dans l'histoire de Occident chrétien et de l'Islam. Tome I. L'Anarchie musulmane et la monarchie franque ; II. Monarchie franque et monarchie musulmane, l'équilibre ; III. La Monarchie musulmane et l'anarchie franque. — "La croisade fut un mouvement prêché par les papes, relayé par les prédicateurs (saint Bernard, Pierre l'Ermite...) et soutenu par un élan populaire qui relança l'intérêt de l'Occident chrétien pour Jérusalem et la Terre sainte. Autant initiative d'ordre religieux qu'aventure militaire, la première croisade draine menu peuple, mystiques et exaltés, mais aussi les plus puissants barons d'Europe dans le but de rouvrir la route des pèlerinages vers le tombeau du Christ. René Grousset démêle l'écheveau politique, religieux et social de cette aventure couronnée par la prise de Jérusalem, le 15 juillet 1099, et l'établissement des croisés en Terre sainte, menace redoutable pour un monde musulman, divisé par des querelles dynastiques et religieuses. En 1130, la Méditerranée devient une sorte de "mer chrétienne". – Le deuxième volume raconte l'histoire du redressement musulman – scandé par la prise d'Edesse en 1145 et la victoire totale de Hattin en 1187 – et le long bras de fer qui oppose les deux camps lors des première et deuxième croisades. On y voit les rivalités déchirer les barons et les rois de France et d'Allemagne, les croisés et les établis, les prédicateurs et les missionnaires. Avec sa clarté d'expression légendaire, René Grousset décrit la remise en ordre politique et militaire menée par Nûr al-Dîn, puis Saladin. La présence occidentale, bien qu'affaiblie, survivra encore cent ans. – Dans le dernier tome de sa fresque magistrale, René Grousset explique comment les cinq croisades successives ne parviennent pas à enraciner la présence chrétienne en Méditerranée orientale, tout en laissant une trace profonde dans l'histoire de cette région ; la croisade des trois souverains Philippe Auguste, Frédéric Barberousse et Richard Cœur de Lion, la prise de Constantinople et l'odyssée de Saint Louis en seront les épisodes les plus marquants. – Le chef-d'œuvre de René Grousset fait partie des classiques de l'Histoire au succès jamais démenti." (L'éditeur)

76.              KAY (Richard). The Council of Bourges, 1225 : A documentary history. Ashgate Publishing, 2002, in-8°, xviii-599 pp, une carte, biblio, index, cart. toilé vert illustré de l'éditeur, bon état (Coll. Church, Faith and Culture in the Medieval West). Texte en anglais

            70

Par Richard Kay, professeur émérite à l'université du Kansas. Le Concile de Bourges était une assemblée de clercs chargés d'autoriser la levée sur les revenus ecclésiastiques d'un impôt destiné à financer la seconde croisade contre les Albigeois.

77.              LEVRON (Jacques). Le Château fort et la vie au Moyen Age. Fayard, 1963, in-8° carré, 214 pp, 87 illustrations, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Résurrection du passé)

            25

Jacques Levron n' a pas voulu, par ce livre, faire un simple traité des châteaux, de leurs formes, de leurs plans et de leur évolution. Grand spécialiste de l' histoire médiévale, il a animé ces pierres mortes, et à l'aide des textes, des chansons de geste et des récits des chroniqueurs, il leur a redonné la vie - une vie singulièrement colorée et attachante. L'existence de tous les jours dans les châteaux, leur rôle social et politique, sont évoqués avec maîtrise et illustrés d'une iconographie abondante, empruntée à toutes les époques.

78.              MARCHANGY (Louis-Antoine-François de). La Gaule poétique. 5e édition publiée sur les notes et les corrections laissées par l'auteur. P., L.-F. Hivert, 1834, 8 vol. in-8°, 370 pp. chacun environ, 17 gravures hors texte, reliures demi-veau glacé vert amande, dos lisses avec faux-nerfs soulignés à froid et filets dorés, roullette dorée en tête et palette dorée en queue, pièces de titre et de tomaison basane noire, tranche mouchetées (rel. de l'époque), qqs rousseurs, bon exemplaire

            200

Cette mise en forme élégante et littéraire des principaux faits de l'histoire médiévale connut à la fin de l'Empire et au début de la Restauration un succès considérable, en liaison avec la redécouverte du passé national du romantisme naissant. — "C'est le meilleur et le plus célèbre ouvrage de l'auteur. Ce livre bien écrit fit mieux connaître les premiers siècles de la monarchie française, il a contribué à la résurrection du goût du Moyen Âge à l'époque romantique. Les origines de la nation française, jusqu'au règne de Henri IV, en 40 récits d'un style élégant. Le 8° volume renferme les notes historiques accompagnées de preuves et remarques à l'appui de cet ouvrage" (Bourquelot V, 273). Louis-Antoine-François Marchangy naquit à Saint-Saulge en 1782. Il suivit sa mère à Nevers. Cette femme lettrée recevait les poètes. Le jeune Marchangy cultivait la rime tout en étudiant le droit, et il publia "Le Bonheur" qui obtint un petit succès. Ardent royaliste, il mena une carrière d'avocat et de député.

79.              Mélanges Jacques Stiennon. Clio et son regard. Mélanges d'histoire, d'histoire de l'art et d'archéologie offerts à Jacques Stiennon à l'occasion de ses 25 ans d'enseignement à l'Université de Liège, édités par Rita Lejeune et Joseph Deckers. Liège, P. Mardaga, 1982, fort gr. in-8°, xxxvi-692 pp, nombreuses illustrations, reliure pleine toile carmin de l'éditeur, bon état

            100

Ouvrage de prestige, ces « Mélanges Stiennon » présentent cinquante études érudites (41 en français, une en anglais, 5 en allemand, 3 en italien), la plupart traitent de divers aspects du Moyen Age et plus particulièrement sur l'histoire du pays mosan (15 articles). Contributions de Michel de Boüard, Albert d'Haenens, Jean Dufournet, Marcel Durliat, Robert Favreau, Robert Folz, Claude Gaier, Louis Grodecki, Bernard Guillemain, Geneviève Hasenohr, Charles Higounet, André Joris, Jacques Le Goff, Jacques Monfrin, Emmanuel Poulle, Jean Schneider, etc.

80.              Mélanges Louis Duval-Arnould. Vaticana et Medievalia. Etudes en l'honneur de Louis Duval-Arnould. Réunies par Jean-Marie Martin, Bernadette Martin-Hisard et Agostino Paravicini Bagliani. Firenze, Sismel - Edizioni del Galluzzo, 2008, gr. in-8°, xviii-504 pp, un portrait de Louis Duval-Arnould en frontispice et 39 planches hors texte, bibliographie de Louis Duval-Arnould, reliure pleine toile éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. Millennio Medievale).

            50

30 études érudites (26 en français) : J. Avril, L'introduction des décisions du IVe concile du Latran dans les statuts synodaux après 1215 - M. Berger, L'Eglise Mater Domini à Bagnolo del Salento. Essai de reconstitution du programme iconographique de l'abside et de ses annexes - F. Bougard, Anastase le Bibliothécaire ou Jean Diacre? Qui a récrit la Vie de Nicolas Ier et pourquoi? - P. Canart, Additions et corrections au Repertorium der griechischen Kopisten 800-1600, 3 - F. D'Aiuto, La Passio di Simeone "Fratello del Signore" (BHG 2408) nel codice di Patmos, Mone tou hagiou Ioannou tou Theologou, 254 - F. Dolbeau, Quelques sermons sous forme de centon, attribuables à Rathier de Vérone - V. Von Falkenhausen, Roger II. in der Katou na tou Maniavkh (Mai, 1126) - L. Falkenstein, Papsturkunden gegen päpstliche Forderungen für auswärtige Kanoniker (Paris, Bibliothèque nationale de France, Collection Baluze 385, n. 236) - L. Feller, Une guerre vicinale dans les Abruzzes au XIIe siècle et le fonctionnement de la seigneurie - J. Fohlen, La Bibliothèque Vaticane vue par une Française - B. Galland, Quand l'histoire juge : le dossier d'Humbert II, dauphin de Viennois - G. Giordanengo, Une Question sur la noblesse de Baudet de Mâcon, professeur à Orléans (début XVe siècle) - C. M. Grafinger, Manuscrits français prêtés à la Bibliothèque Vaticane - A. Jacob, Autour de Nicolas-Nectaire de Casole - T. Janz, Le Vat. Gr. 330 et la nature du texte "lucianique " de la Septante - P. Jugie, La formation intellectuelle du cardinal Pierre Roger de Beaufort, le pape Grégoire XI: nouveau point sur la question - J.-L. Lemaître, Un manuscrit disparu: le terrier de Marèges. Notes de topographie limousine - D. Lohrmann, Liber sine nomine auctoris: la fin de l'Anonyme de Werden - J.-M. Martin, Le Mont-Cassin et l'évêché d'Ugento - B. Martin-Hisard, L'Eglise géorgienne et Antioche d'après un moine géorgien de la seconde moitié du XIe siècle - F. Michaud-Fréjaville, Giovanna d'Arco in Roma. Sculptures, prix de Rome, Histoire - H. Millet, Le Liber dialogorum hierarchie subcoelestis (1388) - M. Morard, Des moines dans de beaux draps? Une inspection de literie dans un monastere pyrénéen en 1230 (Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. Lat. 5720) - B. Munk Olsen, La protection des livres dans les bibliothèques monastiques jusqu'au XIIe siècle - A. Paravicini Bagliani, Opicinus de Canistris et la symbolique pontificale - A. Vauchez, Prophétisme et sainteté : l'Eglise catholique peut-elle canoniser Savonarole? - M. Venard, Dieu s'est envolé! - J. Verger, Rector non est caput universitatis. Pouvoir et hiérarchie à l'Université de Paris au Moyen Âge - P. Vian, "Una sede conveniente, commoda, definitiva degli stampati". Un progetto di Giovanni Battista De Rossi per l'ampliamento della Biblioteca Vaticana (7 maggio 1885) - C. Vulliez, Autour du testament d'un ancien universitaire parisien devenu évêque d'Orléans, Bertaud de Saint-Denis (+ 1307).

81.              OLDENBOURG (Zoé). Le Bûcher de Montségur. 16 mars 1244. Genève, Editions de Crémille, 1989, 2 vol. in-8°, 342 et 334 pp, 12 pl. en couleurs hors texte, 3 cartes, reliures simili-cuir fauve éditeur, dos et premiers plats très ornés, têtes dorées, imprimés sur papier bouffant de luxe, bon état

            30

En ce temps-là le Languedoc était pour l'Eglise un danger : ses chefs y toléraient la religion cathare. Pour la France du Nord et la monarchie capétienne, cette province riche, jalouse de son indépendance et de sa culture, mais désunie, était une proie convoitée. Quand le pape Innocent III, en 1209, prêcha la croisade contre l'hérésie cathare, commença une longue guerre de conquête : armées de croisés, puis armées royales déferlèrent sur le Languedoc. Les efforts conjugués de la Royauté, de la Papauté et de l'Inquisition eurent raison de la résistance occitane. Le 16 mars 1244, Montségur, dernier sanctuaire du catharisme, tombait après un siège de dix mois. Dans une Occitanie annexée à la couronne, il n'y eut plus de tentative de révolte religieuse ni nationale.

82.              OSTROGORSKY (Georges). Histoire de l'Etat byzantin. Payot, 1969, fort in-8°, 649 pp, traduction française de J. Gouillard enrichie de nombreuses additions par l'auteur, préface de Paul Lemerle, 8 cartes, liste des souverains, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

            40

"Cet ouvrage, désormais classique, a paru pour la première fois en 1940. L'édition actuelle est enrichie par rapport aux précédentes de tous les apports de la byzantinologie depuis trente ans. Un premier chapitre consacré au développement des études byzantines fait d'ailleurs le bilan de ces apports. Chaque chapitre est précédé d'une vaste introduction consacrée aux problèmes des sources. G. O. étudie ici à la fois l'histoire de Byzance, les institutions et le monde à l'époque byzantine. Cet ouvrage érudit, fondamental pour les spécialistes, ne pourra pas laisser indifférent..." (Revue française de science politique, 1970)

83.              PONS (Nicole). "L'Honneur de la Couronne de France". Quatre libelles contre les Anglais (vers 1418 - vers 1429). Klincksieck / SHF, 1990, gr. in-8°, 220 pp, index, broché, bon état

            40

Etude de 4 textes particulièrement significatifs de propagande politique pour comprendre l'essor du sentiment national en France à la fin du Moyen Age. Débats et appointements, Super omnia, Réponse d'un bon et loyal François, Fluxo biennali spacio. — " « Débats et appointements », le premier des textes publiés, comprend trois parties : un récit historique, comme il en est tant, pour prouver l'ancienneté des rois de France, leurs droits sur la Normandie et l'Aquitaine face aux prétentions anglaises qui ne pèsent pas d'un grand poids. Suit un discours de Vérité, et enfin un entretien entre France et Vérité, rédigé plus tard, selon toute vraisemblance pendant les préliminaires du traité de Troyes. Le thème de « Super omnia vincit veritas » et de « La réponse d'un bon et loyal François » est identique ; l'argument est dicté par les circonstances. Il s'agit de répondre aux propositions de paix formulées par Henri V et acceptées par le duc de Bourgogne. Or ces propositions sont inacceptables, car le roi est prisonnier et malade, tout engagement de sa part lui serait extorqué, donc nul. Les droits des Français sont bafoués. Les deux textes, retrouvés dans les registres du parlement et de la chambre des comptes, ont manifestement une même inspiration. Cependant, dans la forme, le texte latin est plus juridique, il s'adresse à la raison ; le second, plus émotionnel, parle au cœur. Enfin, la dernière partie de l'ouvrage est consacrée à l'édition du « Fluxo biennali spacio », qui fait suite à un texte plus long, « Dialogus inter Francum et Anglum ». Le libelle, édité parmi les œuvres de Gerson, a connu quelque fortune ; il est pourtant relativement peu connu. Dans sa forme manuscrite, il nous est parvenu à l'état de brouillon. De tous les textes ici publiés, c'est sans doute le plus original. Ces courts traités forment un tout homogène. S'ils n'ont pas eu le succès des œuvres de Jean de Montreuil ou de Juvénal des Ursins, ils n'en sont pas moins fort représentatifs d'une époque et d'un milieu. Il faut savoir gré à N. Pons d'en avoir donné une édition de qualité qui ne mérite que des éloges. La publication en effet, comme la présentation, sont parfaites. Un petit livre qui fait honneur à la collection qui l'a accueilli." (Jean-Louis Gazzaniga, Bibliothèque de l'école des chartes, 1991)

84.              REEVES (Marjorie). The Influence of Prophecy in the Later Middle Ages: A Study in Joachimism. Oxford, Clarendon Press, 1969, in-8°, xiv-574 pp, une planche en frontispice, biblio, index, reliure pleine toile bleue de l'éditeur, dos lisse avec titres dorés, jaquette, C. de bibl. annulé, bon état

            50

"L'auteur est persuadé que l'étude de la « prédiction » peut aider à comprendre une période, selon la manière dont elle a envisagé l'avenir. Tel est le cas surtout au Moyen Age. Le concept de prophétie présuppose, d'une part, l'idée d'une Providence divine qui intervient à sa guise dans l'histoire, d'autre part l'existence d'hommes susceptibles de prophétiser par inspiration. Agents humains de la Providence, ces prophètes appellent leurs contemporains à agir selon les vues divines. Le style de pensée qu'ils emploient est le rêve poétique. Telle est la doctrine des trois “status” par laquelle Joachim de Flore fit puissamment appel à l'imagination. Ce courant de pensée persiste même au temps de la Renaissance. L'auteur examine, dans une première partie, Joachim parmi ses contemporains, puis la diffusion de sa pensée au cours du Moyen Age tardif, enfin au XVIe et au XVIIe siècle. Il se demande pour finir si Joachim était orthodoxe ou hétérodoxe ; quelles que fussent ses imaginations personnelles, il se sentait sûrement plein de foi dans l'Église latine. Dans une seconde partie, l'auteur examine l'attitude que prirent à l'égard de Joachim les Franciscains, les Augustins et les Jésuites. Divers groupes de « spirituels », tout en cherchant à retourner vers la pureté primitive des Apôtres, tiraient leur foi moins du passé que d'un mythe de l'avenir, car à leurs yeux l'avenir était un prolongement et un dépassement du passé : doctrine du troisième âge qui abonde en l'Esprit. Cette spiritualité parut souvent arrogance aux yeux des orthodoxes, en particulier des Franciscains selon lesquels la spiritualité consiste à se conformer à la vie du Christ. Le « nouvel âge », selon Joachim, est conçu en termes de Second Avènement ou comme Age de l'Esprit. A travers l'évangélisation, il s'agit d'atteindre le silence de la contemplation parfaite, but de l'histoire entière. Au mythe touchant l'Antéchrist et le dernier empereur du monde fait suite celui du « pape angélique » et de la « renovatio mundi ». De tels mythes furent mis en rapport avec des personnages historiques, au premier chef Charlemagne, Frédéric II, Charles- Quint. L'ambiguïté des vues chrétiennes touchant l'Antéchrist et l'achèvement des temps eut pour effet que Joachim crut urgent de trouver là une base à la notion même de l'histoire : destin linéaire allant par périodes successives jusqu'au stade de l'achèvement. Cette recherche de première main est très documentée, comme suffiraient à le prouver la bibliographie détaillée et les trois appendices, dont le premier fait le départ entre les œuvres authentiques et les nombreux apocryphes attribués à Joachim. La consultation de l'index, à la fois historique et idéologique, permet au lecteur de s'orienter dans cette matière touffue comme il convient à des rêves. L'influence de Joachim se serait fait sentir jusque chez Papebroch, Bollandiste de la fin du XVIIe siècle." (Pierre Courcelle, Bibliothèque de l'école des chartes, 1970)

85.              SERMOISE (Pierre de). Jeanne d'Arc et la mandragore. Les drogues et l'Inquisition. Editions du Rocher, 1983, in-8°, 261 pp, 8 pl. de photos, gravures et fac-similés hors texte, qqs figures et un fac-similé dans le texte, généalogie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Seul volume paru. — "... de même qu'il fallait que le Christ fût crucifié pour sauver l'humanité, il fallait que Jeanne fût condamnée à être brûlée pour établir solidement le Roi sur son trône. C'est par ce sacrifice qui a cimenté le sentiment populaire contre les Anglais, que le Roi a pu réunir autour de lui toutes les forces nécessaires à sa victoire. L'auteur, dont la minutie dans la recherche et dont la connaissance paléographique sont immenses, propose une interprétation de l'histoire de Jeanne toute différente de l'histoire officielle. ...La seule question qui se pose est de savoir pourquoi certains se refuseraient à découvrir une vérité qui semble bien être voilée derrière une des plus grandes manipulations psychologiques de la masse populaire de l'histoire des derniers siècles..." (Michel Marion, Conservateur à la Bibliothèque Nationale)

86.              STERN (Henri). L'art byzantin. PUF, 1966, pt in-8°, 186 pp, 40 pl. d'illustrations hors texte, dont 8 en couleurs, 6 plans et figures, biblio, cart. illustré de l'éditeur, étui carton, bon état (Coll. Les Neuf Muses)

            20

"Ce manuel d'art byzantin, concis mais admirablement détaillé, est divisé en trois parties : l'art protobyzantin, l'apogée de l'art byzantin, 843-1204 et l'art des Paléologues. Tous les aspects sont couverts : architecture, peinture, manuscrits enluminés et arts mineurs. Cela inclut non seulement les arts de la capitale, mais aussi les zones d'influence byzantine en Italie et dans les pays slaves. Les illustrations sont d'une exceptionnelle qualité..." (C. Walter, Revue des études byzantines, 1967)

87.              SUTTO (Claude)(dir.). Le Sentiment de la mort au Moyen Age. Etudes présentées au 5e Colloque de l'Institut d'études médiévales de l'Université de Montréal. Montréal, L'Aurore, 1979, in-8°, 284 pp, 36 illustrations dans le texte, broché, bon état

            35

12 études érudites. La mort : impact réel et choc psychologique (M. Hébert) ; Justice, criminalité et peine de mort en France au moyen âge : essai de typologie et de régionalisation (R. Lavoie) ; Mourir au XVe siècle : le testament de Jeanne d'Entre casteaux (B. Saint-Pierre) ; Cortège funèbre et société au XVIe siècle à Aix-en-Provence : la présence des pauvres (Cl. Dolan-Leclerc) ; Amour, fortune et mort — la danse des trois aveugles (B. Roy) ; Le laboureur de Bohême et son procès contre la mort (R. M. Kully) ; Vivre sa mort et mourir sa vie : l'art de mourir au XVe siècle (A. Chené-Williams) ; La scène de la mort dans les premières hagiographies latines (P. Boglioni) ; Dante et la mort (G. Allard) ; La complainte des morts dans la littérature occitane (É. Schulze-Busacker) ; La mort et l'au-delà dans la musique médiévale (D. Smoje) ; Images de mort (B. Roy)

88.              TUCHMAN (Barbara W.). Un lointain miroir. Le XIVe, siècle de calamités. Fayard, 1979, fort in-8°, 562 pp, traduit de l'américain, 2 cartes sur les gardes, biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            25

"Un ouvrage merveilleusement écrit, précis et d'une grande érudition. Barbara Tuchman réussit mieux que personne à nous montrer « comment c'était »." (The New York Review of Books)

RENAISSANCE, ANCIEN RÉGIME

 

89.              AYNARD (Joseph). Les Poëtes lyonnais, précurseurs de la Pléiade. Maurice Scève, Louise Labé, Pernette du Guillet. Introduction et notes de Joseph Aynard. P., Editions Bossard, 1924, pt in-8°, 300 pp, un portrait de Louise Labé gravé sur bois par Ouvré en frontispice, note bibliographique, glossaire, broché, numéroté sur papier Bibliophile Inaltérable (pur chiffon) de Montgolfier, couv. lég. tachée, bon état (Coll. des Chefs-d'œuvre méconnus)

            25

"Sous ce titre, M. Joseph Aynard vient de publier, dans la Collection des chefs-d'oeuvre méconnus, une anthologie de Maurice Scève et des deux poétesses, Louise Labé et Pernette du Guillet. Il faut louer le choix des poèmes qui constituent ce recueil, et l'introduction (79 pages) mérite une attention particulière. Elle abonde en remarques fines, discerne avec justesse les rapports qui lient les oeuvres aux cercles lyonnais du XVIe siècle et définit la vraie physionomie des deux poétesses Pernette du Guillet et Louise Labé..." (Revue du Seizième siècle, 1925)

90.              BADALO-DULONG (Claude). Trente ans de diplomatie française en Allemagne : Louis XIV et l'Electeur de Mayence (1648-1678). Plon, 1956, in-8°, 261 pp, une carte hors texte, broché, bon état

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"Etude historique reposant sur la correspondance de l'abbé de Gravel, mauvais ecclésiastique et bon diplomate, qui occupa longtemps d'importantes fonctions diplomatiques, notamment à Mayence. Il n'est pas certain, contrairement à ce que dit la prière d'insérer, que toute la genèse des relations franco-allemandes soit à chercher dans la période 1648-1678 ; mais le livre présente un vivant et parfois sévère tableau de la diplomatie française en Allemagne au temps de Louis XIV." (Revue française de science politique, 1956)

91.              BAILLY (Auguste). Les derniers Valois. Flammarion, 1951, in-12, 346 pp, chronologie des règnes, un tableau généalogique, biblio, broché, bon état (Coll. L'Histoire)

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"Un tragique destin était réservé aux derniers Valois : ils devaient monter sur le trône au moment où l'opposition de deux doctrines religieuses allait passer du plan idéologique au plan politique, susciter des haines inexpiables, et provoquer des guerres civiles interminables et sanglantes. Les règnes de Charles IX et de Henri III constituent le dernier acte, et le plus atroce, de ce drame religieux..." (Introduction)

92.              BARBICHE (Bernard). Sully. Albin Michel, 1978, in-8°, 249 pp, qqs portraits, gravures et croquis, une carte, biblio, index, broché, bon état (Coll. L'Aventure humaine)

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... Le travail est consciencieux, l'information fournie puisée à des sources multiples. Ceux qui ignorent tout du personnage et des problèmes qu'il rencontre auront là le panorama le plus complet et le plus sérieux qu'on puisse trouver aujourd'hui... (Alain Guéry)

93.              BÉNOT (Yves). Diderot, de l'athéisme à l'anticolonialisme. Maspero, 1981, in-8°, 376 pp, notes bibliographiques, chronologie, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Fondations)

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"En 1970, ce livre fit l'effet d'un pavé dans la mare. Son ton passionné tranchait sur les “mezza voce” de la critique universitaire. Celle-ci répondit à la provocation et ses réactions furent souvent polémiques. Plus de dix ans après, l'auteur persiste et signe. Il réédite son essai en y ajoutant une quarantaine de pages qui se contentent de rectifier quelques détails, d'actualiser certaines références. On retrouve donc la présentation d'ensemble de Diderot et l'étude de sa pensée politique à travers sa collaboration à l' “Histoire des deux Indes”. L'analyse de l'inachèvement fondamental de son œuvre ou du décalage entre esthétique avouée et esthétique pratiquée garde toute sa pertinence. La relecture menée de l' “Histoire des deux Indes” est souvent exemplaire. Les charges pamphlétaires, en particulier contre les universitaires, ne doivent pas masquer le sérieux de cette recherche." (Michel Delon, Dix-huitième Siècle, 1983)

94.              BERNAND (Carmen) et Serge GRUZINSKI. Histoire du Nouveau Monde. 1. De la decouverte à la conquête, une expérience européenne, 1492-1550. Fayard, 1991, gr. in-8°, 768 pp, 22 cartes et graphiques, notes, biblio, glossaire, 4 index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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Une entreprise colossale dont on a peine à se représenter la démesure : en un demi-siècle, une poignée de conquistadores s'emparent de 2 millions de km² pour y bâtir une réplique de leur société. Les incroyables richesses qu'ils découvrent leur font vite oublier la quête des épices. Une gigantesque machine colonisatrice se met en route. La conquête de l'Amérique nous apparaît aujourd'hui comme le prélude à l'occidentalisation du monde. Mais pour ses acteurs, avides de gloire et de récompenses, elle fut d'abord un face à face quotidien avec l'inconnu. Leurs récits de voyage, leurs lettres nous montrent leur peur de se perdre, leur obsession de la nourriture qui souvent chasse celle de l'or, mais ils nous disent aussi leur émerveillement lorsqu'ils découvrent Mexico, qui leur rappelle Venise, la saveur d'un fruit exotique, le silence des mangroves du Pacifique... Tandis que les cartes se précisent, les protagonistes vieillissent : Colomb, le héros de la première heure, Cortès, le conquérant du Mexique, Pizarre, le gouverneur du Pérou, assassiné dans son palais de Lima... De ces aventures américaines, le Vieux Monde ne reçoit que des échos lointains. Il ignore tout des horreurs de la conquête, du cortège de maladies et des ravages écologiques qu'elle provoque. A défaut d'informations précises, il imagine ce Nouveau Monde peuplé de sauvages et de chimères. Qui douterait de la légitimité de la Conquête dans une Europe qui vient de chasser les Juifs et convertir les Morisques ? A l'heure où le péril turc menace l'empire de Charles Quint, l'or des Indes permettra de financer la Reconquête. L'Amérique bascule dans l'orbite occidentale, entraînant Européens, Noirs et Indiens dans la construction d'un monde nouveau.

95.              BERTRAND (Louis). Philippe II à l'Escorial. P., Cahiers de la Quinzaine, L'Artisan du Livre, 1929, in-12, 283-(2) pp, appendice, biblio, broché, bon état. Edition originale, un des 3300 ex. numérotés sur papier alfa (Cahiers de la Quinzaine, 5ème cahier de la 19e série)

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"M. Bertrand prend l'Escorial, qu'il nous présente en sa blancheur première, à la fois comme la grande préoccupation du roi – une oeuvre qui l'absorba durant vingt-deux ans – et comme un symbole, page de pierre où il inscrivit sa foi et sa conception de la vie. Quiconque a vu l'énorme masse assise entre la montagne abrupte et la plaine quasi désertique, en sa géométrie hérissée d'obélisques et de pointes d'or, opposant sa muraille au vent terrible de la sierra et faisant tout de même, en cette âpre terre, l'effet d'un séjour relativement désirable, ne manquera pas de goûter l'art avec lequel l'écrivain a décrit « la huitième merveille du monde ». Que cette construction colossale, que M. Bertrand trouve plus significative que Versailles, ait absorbé toutes les pensées de Philippe, c'est une impression que l'on peut ressentir lorsqu'on s'enferme, comme lui, avec les pièces relatives à ce travail ; impression qui se dissipe dès que l'on manie d'autres fonds d'archives, où l'activité multiforme du roi se manifeste sur d'autres terrains : crises financières et économiques, France, Angleterre, Pays-Bas, Italie, Portugal, Moluques, Nouveau-Monde, etc. Parcourez, en nos Archives nationales, les annotations dont sa main souveraine – “Yo, el Rey” – criblait les dépêches de ses ambassadeurs, et vous remettrez l'Escorial à sa vraie place, qui reste grande. La place où ce roi chez qui il y avait du moine aurait voulu vivre, et où il voulut mourir, en une agonie dont M. Bertrand s'est efforcé de peindre toute l'horreur, avec des couleurs prises à Valdès Léal et au Greco." (Henri Hauser, Revue historique, 1929)

96.              BLUCHE (François). Le Despotisme éclairé. Fayard, 1968, in-8°, 380 pp, essai de chronologie, biblio, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Les Grandes études historiques). Edition originale, un des 100 exemplaires numérotés sur Alfa mousse des papeteries Navarre, à grandes marges, seul tirage en grand papier

            70

"Avant d'aborder le «despotisme éclairé » comme doctrine politique, François Bluche présente à ses lecteurs les monarques et les princes qui passent, selon l'opinion commune, pour les meilleurs représentants du système. Son exposé met bien en relief la physionomie de chacun des trois « Grands » Frédéric II, Joseph II, Catherine II, et les caractères distinctifs de leur gouvernement. Le réalisme du roi de Prusse, la dictature tatillonne de l'empereur d'Autriche, le cynisme de la souveraine russe qui se moque des « philosophes », ses naïfs thuriféraires : trois portraits très réussis et, croyons-nous, très fidèles. Aussi bien, toute l'Europe a eu ses souverains « éclairés ». L'auteur a consacré de bonnes pages au Portugal, à l'Espagne, au royaume de Naples, à Parme, à la Toscane, au Danemark et à la Suède. Il y a ainsi presque partout des ministres « philosophes » qui gouvernent au nom des « lumières ». Dans un chapitre final, l'auteur soumet à un examen critique cette monarchie « éclairée », dont les politiques et les physiocrates ont fait un système. Sa conclusion est sans indulgence..." (J. Lecler, Etudes, 1969)

97.              BLUM (André). Abraham Bosse et la société française au dix-septième siècle. Editions Albert Morancé, 1924, gr. in-8°, xxiii-226 pp, préface de Gabriel Hanotaux, 24 planches hors texte et 8 figures dans le texte, documents et liste des principaux dessins de ou attribués à Bosse in fine, biblio, broché, couv. rempliée illustrée (très lég. salie), bon état

            40

Edition originale de cette monographie sur le grand graveur (1604-1676), calviniste tourangeau, graveur, dessinateur, peintre, architecte, écrivain et illustrateur, élève de Jacques Callot, par André Blum (1881-1963), spécialiste de la gravure, conservateur de la collection Edmond de Rothschild au musée du Louvre.

98.              BREMOND (Henri). La Conquête mystique. L'école française. – L'école de Port-Royal. Tomes III et IV de l'Histoire litteraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours. Bloud et Gay, 1920-1921, 2 vol. gr. in-8°, 698 et iii-604 pp, 20 gravures et portraits hors texte, index, reliures pleine toile écrue, dos lisses, pièces de titre basane vermillon (rel. de l'époque), bon état

            60

"L'invasion triomphante des mystiques sur notre terre de France, de 1690 à 1620, peut bien se représenter sous la forme d'une « vague » qui entraîna tout ; elle ne fut pas cependant tumultueuse. Aussi l'œil avisé de M. Bremond a su discerner dans la conquête mystique qui s'organisa de toutes parts de véritables écoles, susceptibles de fournir une contribution fructueuse à ses diligentes enquêtes. Il en signale trois principales, qui ont retenu particulièrement son attention : l'école française, l'école de Port-Royal, l'école du Père Lallemant. A mon avis, l'étude sur l'école française, par la plénitude et la profondeur des analyses qu'elle renferme, par l'étendue et le sérieux de ses investigations, par la sympathie vraiment religieuse qu'elle manifeste à l'égard de personnages graves et respectables, qui ont contribué à former dans l'Eglise de France tant de dignes ecclésiastiques et de saintes âmes, restera celle qui fera le plus d'honneur à son auteur, comme historien du sentiment religieux. Cette école a quelquefois été appelée l'école oratorienne. Son chef est Pierre de Bérulle. Il a opéré dans le monde spirituel de son temps une sorte de révolution, analogue à celle de Nicolas Copernic dans l'astronomie. (...) Malgré de louables efforts, il semble que l'auteur ait éprouvé quelque répugnance à se métamorphoser en janséniste, même provisoirement, pour mieux juger l'école de Port-Royal. Il ne s'explique pas la naissance du jansénisme et n'est pas loin de croire « à une sorte de génération spontanée ». « Le jansénisme historique, dit-il, est pour moi un véritable monstre. » Pourtant, sans vouloir refaire après lui l'histoire extérieure, littéraire, morale ou politique de Port-Royal, sans vouloir même s'arrêter aux aspects proprement théologiques du sujet, M. Bremond a été amené par sa curiosité mystique à étudier « la vie intérieure », « la prière », des dévots jansénistes de la première génération..." (Louis Delaunay, Revue d'histoire de l'Église de France, 1923)

99.              BREMOND (Henri). La Vie chrétienne sous l'Ancien Régime. Tome IX de l'Histoire litteraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours. Armand Colin, 1968, gr. in-8°, iii-395 pp, 4 pl. de gravures hors texte, reliure simili-cuir bordeaux de l'éditeur, titres dorés au 1er plat et au dos, dos uniformémént passé, bon état

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La dévotion au baptême ; L'Eucharistie ; La dévotion à la Sainte Vierge pendant la seconde moitié du XVIIe siècle ; La mystique du mariage ; L'art de mourir...

100.          BUSCH (Harald) et Bernd LOHSE. Le Baroque. Présentation de Harald Busch et Bernd Lohse. Introduction de Kurt Gerstenberg. Commentaires de Eva Maria Wagner. Texte français de Gisèle Berthelot et Pierre Arcelin. Hachette, 1965, pt in-4°, xxxix-240 pp, un frontispice en couleurs, 15 figures dans le texte, 240 planches de photos hors texte, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état (Coll. L'Architecture en Europe)

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L'architecture baroque prit son essor à Rome, au XVIIe siècle. Bouleversant les règles établies qui, depuis la Renaissance, ne variaient guère, le Baroque s'imposa à l'Europe tout entière. On peut dire que ce mouvement fut l'un des plus importants que compta l'architecture européenne, pourtant riche en remous. L'auteur s'est attaché à nous donner le panorama complet et passionnant de cette évolution qui aboutit à une véritable révolution architecturale...

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"Voilà à coup sûr un ouvrage que l'on peut qualifier de neuf, au plein sens de l'expression. Car si depuis trente ans de multiples travaux ont répertorié, décrit, tenté d'interpréter toutes les variétés de révoltes rurales et d'« émotions » urbaines, aucune étude historique spécifique n'avait encore pris comme objet la révolte chez ces populations maritimes, qui furent pourtant, du temps de Colbert à la Révolution, si portées à l'insubordination sous toutes ses formes. Rendons donc hommage à Alain Cabantous, spécialiste confirmé de l'histoire sociale maritime depuis sa thèse sur les marins dunkerquois (1980), d'avoir le premier commencé à combler cette lacune béante, en s'appuyant comme source principale sur les grandes séries administratives de la Marine (où il a retrouvé pour le XVIIIe siècle – entre 1706 et 1788 – une soixantaine de dossiers de mutinerie), complétées par tout ce qu'il a pu glaner dans l'historiographie maritime antérieure..." (A. Lespagnol, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1985)

102.          CARMONA (Michel). Les Diables de Loudun. Sorcellerie et politique sous Richelieu. Fayard, 2002, in-8°, 391 pp, chronologie, sources et biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Le dossier de cette affaire de possession, partie du couvent des Ursulines de Loudun en 1632, et qui divisa les Français au XVIIe siècle. — 7 octobre 1632 : Le Diable est entré chez les Ursulines de Loudun. Dans le couvent, ce ne sont plus que cris, convulsions et obscénités. Les exorcistes se mettent à l'oeuvre. Pressé de questions et d'eau bénite, le démon dénonce le responsable de la possession : Urbain Grandier, curé de l'église de Saint-Pierre-du-Marché à Loudun, un homme à femmes et à histoires. Depuis des années, Grandier se heurte à Richelieu, qui voudrait raser la forteresse de Loudun, ville à majorité protestante. Le curé contrecarre les efforts du cardinal, tout comme il entrave le transfert des services administratifs de Loudun vers la ville nouvelle (et 100% catholique) que Richelieu a construite à 15 kilomètres de là. Alors que les exorcismes attirent des milliers de curieux, le pouvoir institue un tribunal d'exception. L'astuce, l'habileté, la virtuosité intellectuelle de Grandier n'empêcheront pas le tribunal, sous l'impulsion de son président, Laubardemont, d'envoyer le curé sur le bûcher le 18 août 1634. Quant à la prieure des Ursulines, Jeanne des Anges, délivrée de ses diables au fil des ans, elle entame une belle carrière de mystique et presque de sainte : elle reçoit des stigmates, saint Joseph donne des pouvoirs miraculeux à sa chemise et Anne d'Autriche l'appelle à ses côtés au moment de mettre au monde le futur Louis XIV. Grandier était-il coupable ? A-t-il été victime d'une machination politique, d'un règlement de compte, de la vengeance de Richelieu ? La plus célèbre affaire de possession de tous les temps a divisé les Français de ce XVIIe siècle imprégné de surnaturel, qui voyait à chaque instant s'affronter Dieu et le Diable.

103.          CAZAUX (Yves). Jeanne d'Albret. Albin Michel, 1974, in-8°, 412 pp, notes, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Bonne biographie de la mère d'Henri IV, Jeanne III d'Albret (1528-1572), reine de Navarre de 1555 à sa mort. Elle était la nièce du roi de France François Ier et fut élevée sous son autorité à la cour de France. Elle épousa Antoine de Bourbon, premier prince du sang et fut la mère du roi Henri IV. Figure importante du protestantisme en France, elle s'illustra par sa rigueur morale et son intransigeance religieuse. Au début des guerres de religion, elle se sépara de son époux qui avait rejoint le camp catholique et implanta durablement la Réforme calviniste sur ses terres.

104.          Collectif. Le cardinal des montagnes, Etienne Le Camus, évêque de Grenoble (1671-1707). Actes du Colloque Le Camus, Grenoble 1971, présentés par Jean Godel. Presses Universitaires de Grenoble, 1974, gr. in-8°, 280 pp, une illustration et une carte, broché, un portrait d'Etienne Le Camus en couv., bon état

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"Le tricentenaire de la nomination de Le Camus au siège de Grenoble (1671) a paru l'occasion favorable pour faire le point sur cet évêque et sur l'histoire religieuse du Dauphiné dans la deuxième moite du XVIIe siècle. Ce projet s'est concrétisé dans l'organisation d'un colloque, dont les Actes marquent une étape dans l'historiographie épiscopale du règne de Louis XIV. Les communications qui ont été présentées à ce colloque ont été reproupées sous trois thèmes principaux : 1) l'homme à travers sa correspondance ; 2) l'évêque et les grandes affaires religieuses de son temps ; 3) le pasteur et son diocèse. (...) En conclusion, on peut dire que le colloque Le Camus a marqué une date. Il a introduit à une meilleure connaissance de la vie et de l'œuvre du cardinal-évêque de Grenoble, et fourni le fil directeur à d'autres études sur l'épiscopat français d'Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Mais il a dépassé les perspectives d'un homme et d'un diocèse, en invitant les historiens à développer leurs recherches dans le domaine de la spiritualité épiscopale du XVIIe siècle, des grands problèmes religieux de ce temps, de la pastorale enfin dont on commence à découvrir l'ampleur à travers les procès verbaux de visites pastorales et les retables baroques." (R. Darricau, Revue d'histoire de l'Église de France, 1974)

105.          COMISSO (Giovanni). Les agents secrets de Venise, 1705-1797. Documents choisis et préfacés par Giovanni Comisso. Le Promeneur, 1990, in-8°, 331 pp, traduit de l'italien, broché, couv. illustrée à rabats, jaquette illustrée, bon état

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Les textes choisis par Giovanni Comisso sont tirés des archives du Conseil des Dix, autorité suprême de la Sérénissime : ce sont des billets que ses « confidents », délateurs patentés mais jamais anonymes pour être recevables, déposaient dans les « bouches de lion », ces boîtes à lettres destinées à recueillir ces confidences. Cependant, si l'on peut ressentir quelque tristesse à voir ces citoyens, dont certains fort bien nés, chuchoter aux oreilles des inquisiteurs les turpitudes de leurs voisins, le livre fait tout de même ressortir que la plume de certains de ces confidents ne manquait pas de style, de mordant, d'ironie. Ces dénonciations dessinent en creux un portait de Venise et des Vénitiens, dans leurs activités tant publiques que privées...

106.          CONSTANT (Gustave). La Réforme en Angleterre. I. Le Schisme anglican, Henri VIII (1509-1547). Perrin, 1930, in-8°, vi-777 pp, notes, chronologie, index, broché, tout petit mque de papier au 1er plat, bon état

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"On sait toute l'importance du schisme anglican, dont les conséquences retentissent encore si profondément sur les destinées politiques et religieuses de l'Europe. Quelles en furent les causes profondes ou immédiates, quelle part personnelle y prirent, soit pour le promouvoir, soit pour le combattre ou le canaliser, Henri VIII lui-même ou tels Anglais illustres, ce qu'il advint des monastères supprimés pendant cette terrible période, c'est ce que nous conte M. l'abbé Constant avec une sobriété, une vigueur, une précision qu'on ne saurait trop admirer. D'hommes comme Thomas Cromwell et Cranmer, dans le parti avancé du schisme, Gardiner, Stokesley, Bonner, Tunstall, parmi les henriciens, représentants du parti modéré, Fisher, le chancelier Thomas More, le cardinal Reginald Pole, victimes ou martyrs de l'unité catholique, il nous offre des portraits d'un relief saisissant. Il ne s'agit pas là seulement d'une mise au point des résultats acquis par la critique moderne. L'ouvrage est avant tout le fruit d'une vaste enquête personnelle conduite par M. l'abbé Constant dans la plupart des archives de l'Europe. Son annotation, qu'il a dû, à son corps défendant, rejeter à la fin du volume, où elle n'occupe pas moins de 450 pages, est d'une richesse incomparable. Une bonne table onomastique facilite la consultation de ce bel ouvrage." (Ch. Samaran, Bibliothèque de l'école des chartes, 1930) — "M. Constant a entrepris d'écrire l'histoire de la révolution religieuse qui a transformé l'Angleterre au cours du XVIe siècle et a exercé une si profonde influence sur la société chrétienne. Il livre au public le 1er volume de cette histoire, intitulé Le Schisme anglican. Quoique de très nombreux travaux aient été consacrés à ce schisme, il est assez mal connu en France : une opinion trop répandue place Henri VIII sur le même rang que les réformateurs qui fondèrent le protestantisme, Luther, Calvin et Zwingli. Il suffira, pour se faire une idée exacte des desseins et de l'action du roi Tudor, de lire l'ouvrage de M. Constant. L'information de l'auteur est aussi étendue que consciencieuse, sa critique aussi impartiale que perspicace. Il connaît fort bien, non seulement l'histoire religieuse, mais l'histoire politique de la première moitié du XVIe siècle : à l'aide des innombrables matériaux tirés par lui des meilleures sources, il a construit un exposé à la fois substantiel et clair..." (Paul Fournier, Journal des savants, 1930)

107.          DEFFAND (Mme du). Lettres à Voltaire (1759-1775). Introduction et notes de Joseph Trabucco. P., Editions Bossard, 1922, pt in-8°, 273 pp, un portrait de la marquise du Deffand gravé sur bois par Achille Ouvré en frontispice, broché, numéroté sur papier Bibliophile Inaltérable (pur chiffon) de Renage et d'Annonay, bon état (Coll. des Chefs-d'œuvre méconnus)

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Rapide, imaginative, douée du sens de l'impromptu, forte d'une gaîté d'autant plus sûre qu'elle relevait d'un pessimisme radical, la marquise du Deffand (1696-1780) fut, de son vivant, célèbre pour son salon, où se réunissaient hommes politiques, philosophes. A l'âge de 56 ans elle devient aveugle. Dès lors, elle traverse en recluse la longue nuit des années qu'il lui reste à vivre. La parole demeure son seul mode d'être. Mme du Deffand élève à la hauteur d'un art son amour de la conversation – un art dont il ne nous resterait nulle trace sans sa correspondance qui nous restitue à l'état vif le brillant, l'acéré de son esprit. "Mme du Deffand est avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus pur de cette époque, sans même en excepter aucun des grands écrivains", écrit Sainte-Beuve. Les lettres de la marquise à celui qu'elle considère comme le dernier détenteur du bon goût sont un modèle de style, d'humour et de lucidité. S'y déploient, avec une rare élégance, le génie de la langue française et celui de l'amitié.

108.          [DESCHAMPS, Nicolas]. Mémoires des deux dernières campagnes de Monsieur de Turenne en Allemagne. Et de ce qui s'est passé depuis sa mort, sous le commandement du comte de Lorge. Suivant la Copie de Paris. Strasbourg, Jean Renauld Doulssecker, 1734, 2 vol. in-12, 250 pp, un portrait gravé de Turenne en frontispice, pagination continue, les deux parties reliées ensemble en un volume plein veau havane, dos à 5 nerfs guillochés, titre et caissons ornés dorés (rel. de l'époque), bon état (Bourgeois & André, 3935 ; Barbier III, 213)

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Relation des campagnes de 1674 et 1675 en Alsace et en Allemagne, rédigée aussitôt après les événements. Nicolas Deschamps, futur précepteur du duc de Bourbon avait servi sous le maréchal de Turenne. "Son récit, simple et concis, contient des détails qu'on ne trouve pas ailleurs : il a servi de guide aux écrivains postérieurs" (Bourgeois & André). Deschamps fit revoir son ouvrage par le comte de Lorge avant sa publication.

109.          DU HAUSSET (Madame) – MOUFFLE d'ANGERVILLE. La Marquise de Pompadour. P., Les Editions de France, 1927, in-12, x-290 pp, préface de Pierre Audiat, imprimé et numéroté sur papier alfa, broché, bon état (Coll. Le Temps passé - Choix de Mémoires historiques)

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"Sur Louis XV et Mme de Pompadour, le journal de Mme du Hausset, et le livre de Mouffle d'Angerville “Vie privée de Louis XV et principaux événements et particularités de son règne”, paru en 1781, sont l'un et l'autre des sources d'un intérêt capital. En rééditant en un seul volume ce journal et une partie de l'ouvrage de Mouffle d'Angerville, M. Pierre Audiat apporte une précieuse contribution à l'histoire anecdotique de la France. Mme du Hausset, d'origine noble, était première femme de chambre de Mme de Pompadour. Ce mot évoque maintenant des fonctions subalternes, mais il convient de le traduire en langage d'aujourd'hui par « dame de compagnie ». Mme du Hausset fut, en effet, pendant vingt ans, la confidente, l'amie de la marquise. Elle entra à son service alors que la favorite n'était que Mme Lenormand d'Etioles, et c'est elle qui lui ferma les yeux. Mme de Pompadour semble n'avoir pas eu de secrets pour elle ; cela lui eût été, d'ailleurs, difficile étant donné l'intimité dans laquelle elles vivaient. Sans imagination, un peu naïve, sincère et absolument dévouée à sa maîtresse, Mme du Hausset relate fidèlement ce qu'elle a vu et entendu. Elle n'a pas assez de personnalité pour déformer les événements auxquels elle a assisté. Ce qui fait peut-être le principal intérêt de ses Mémoires, c'est la façon dont elle juge Louis XV. Sans s'en douter peut-être, elle dessine, au cours de ces pages, un affligeant portrait du souverain. Elle le montre égoïste, désanchanté, lassé de tout. « Le roi, dit-elle, parlait souvent de la mort et aussi d'enterrements et de cimetières : personne n'était né plus mélancolique. » Quelle rude tâche que de distraire ce souverain morose et de garder son affection ! Les Mémoires de Mme du Hausset, c'est, au fond, le roi vu par les yeux de sa maitresse ; le livre de Mouffle d'Angerville, c'est la maîtresse vue par les yeux d'un courtisan respectueusement attaché à son souverain. Il poursuit la favorite d'une haine tenace. Il la montre froide, uniquement guidée par l'intérêt et l'ambition. Peut-être, comme c'est souvent le cas en matière historique, est-il équitable de faire une moyenne. D'ailleurs, si l'auteur des “Mémoires” et celui de la “Vie privée de Louis XV” se sont montrés partiaux dans leurs jugements, ils n'en ont pas moins été l'un et l'autre de bonne foi. La preuve en est qu'ils sont d'accord chaque fois qu'il s'agit de faits précis. Avec cette double image de Mme de Pompadour, l'une un peu flattée peut-être, l'autre certainement poussée au noir, il semble qu'on puisse reconstituer avec quelque exactitude le véritable visage de la plus heureuse et la plus infortunée des favorites." (Jacques Patin, Le Figaro, 1928)

110.          ENGEL (Claire-Eliane). Le véritable abbé Prévost. Monaco, Edition du Rocher, 1958, pt in-8°, 314 pp, préface d'André Chamson, 8 pl. de gravures hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"... C'est la vie mouvementée de ce personnage que Claire-Eliane Engel entreprend de raconter. La tâche est difficile, car il semble que par une sorte d'étrange fatalité les documents qui le concernent s'acharnent à se dérober. Après une première partie qui a nécessité de patientes et minutieuses enquêtes, Claire-Eliane Engel en consacre une seconde aux oeuvres de l'abbé Prévost et, bien entendu, en premier lieu au tome 7, mais publié à part, des Mémoires et aventures d'un homme de qualité, c'est-à-dire l'Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, le seul de ses ouvrages qui ait survécu. (...) Ces quelques remarques suffiront à montrer toute l'attention que mérite le livre où Claire-Eliane Engel a voulu nous révéler ce que fut le véritable abbé Prévost." (Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1958)

111.          FAŸ (Bernard). Benjamin Franklin, bourgeois d'Amérique et citoyen du Monde. Calmann-Lévy, 1929, 2 vol. pt in-8°, 315 et 288 pp, brochés, bon état

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"Benjamin Franklin est certainement la figure la plus originale et la plus attachante du monde américain au XVIIIe siècle. Fils d'un marchand de chandelles de Boston, une toute petite cité de la Nouvelle Angleterre, qui n'avait pas encore 20.000 habitants en 1706, Franklin ne reçoit qu'une instruction rudimentaire, mais travaille de bonne heure à combler les lacunes de son savoir, il s'ingénie aussitôt à se frayer sa voie au milieu des difficultés du monde. Tour à tour ouvrier typographe, imprimeur, journaliste, il parvient à faire figure de philosophe, de savant et de grand bourgeois, il finit par jouer le rôle d'un véritable homme d'Etat. Toute cette histoire, M. Bernard Fay a entrepris de la raconter en détail et nul n'était mieux qualifié que lui pour y réussir, puisqu'à toutes les qualités de méthode et de critique qui le distinguent, s'ajoutent sa science des choses américaines et la riche documentation recueillie au cours de ses voyages et de ses séjours aux Etats-Unis. L'ouvrage de M. Fay n'est pas une simple biographie de Franklin, c'est un tableau de la Nouvelle-Angleterre pendant la première moitié du XVIIIe siècle, une initiation à ses usages, à ses moeurs, à ses idées, à ses projets d'avenir, à toute sa vie intime. C'est tout un monde inconnu qui nous est dévoilé et expliqué avec une lucidité parfaite et infiniment d'esprit. (...) Un chef-d'oeuvre de méthode, de science et d'esprit, qui classe définitivement notre collègue et ami parmi les maîtres." (G. Desdevises du Dezert, L'Auvergne littéraire et artistique, 1931) — "Une remarquable biographie du grand patriote qui négocia le traité préliminaire de paix des provinces américaines en guerre avec la Grande-Bretagne, traité qui aida à mettre fin à la lutte pour l'Indépendance." (Le Figaro) — "La prose surannée de B. Fay ne manque pas de charme mais Fay verse dans la biographie romancée et contribue par là-même à perpétuer l'image d'un Franklin idyllique déjà par trop enracinée dans la mémoire historique française. Mérite néanmoins d'être lu, ne serait-ce que pour les raisons indiquées..." (Christian Lerat, « Benjamin Franklin : l'affirmation d'une identité américaine - Bibliographie », Bulletin de la société d'études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, 1992)

112.          FRANKLIN (Alfred). La vie privée d'autrefois. La chirurgie. Editions Douin, 2015, in-12, 312 pp, broché, couv. illustrée, bon état. Réimpression de l'édition de 1894

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Alfred Franklin (1830-1917) a été bibliothécaire, historien et écrivain. Ce très grand érudit se spécialisa dans l’histoire de Paris. Il nous a laissé une fabuleuse collection en vingt-sept volumes, intitulée « La vie privée d’autrefois », sur les moeurs et usages des parisiens. « La chirurgie », publié en 1894, est le quatorzième volume de cette collection où il nous décrit l’histoire de la saignée, de la chirurgie à l’Hotel-Dieu, des sages-femmes, des accoucheurs, des dentistes, des opération des calculs et hernies, des châtreurs, des renoueurs, des oculistes, des pédicures, des hôpitaux et des hospices de Paris. Les anecdotes et curiosités sont étonnantes dans ce texte savamment écrit et la richesse des références bibliographiques démontre le soin avec lequel Alfred Franklin s’est documenté pour écrire ce livre. Un ouvrage incontournable sur l’histoire de la médecine.

113.          FRANKLIN (Alfred). La vie privée d'autrefois. La cuisine. Editions Douin, 2015, in-12, 266 pp, broché, couv. illustrée, bon état. Réimpression de l'édition de 1888

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Alfred Franklin (1830-1917) a été bibliothécaire, historien et écrivain. Ce très grand érudit se spécialisa dans l’histoire de Paris. Il nous a laissé une fabuleuse collection en vingt-sept volumes, intitulée « La vie privée d’autrefois », sur les moeurs et usages des parisiens. « La cuisine », publié en 1888, est le troisième volume de cette collection où il nous décrit le fonctionnement des cuisines d’autrefois, les différents menus et plats appréciés à l’époque, les ingrédients utilisés et les nombreux métiers oeuvrant dans et autour de la cuisine. Les anecdotes et curiosités sont étonnantes dans ce texte savamment écrit et la richesse des références bibliographiques démontre le soin avec lequel Alfred Franklin s’est documenté pour écrire ce livre. Un ouvrage incontournable sur l’histoire de la cuisine française.

114.          GORANI (Comte Giuseppe). Mémoires de Gorani. Première édition française, établie par Alexandre Casati, présentée et annotée par Raoul Girardet. Gallimard, 1944, in-8°, xiii-503 pp, un portrait en frontispice, notes, broché, état correct

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La guerre de Sept ans, la Corse, le Portugal. — Seul volume paru : il comprend les deux premières parties des “Mémoires pour servir à l'histoire de ma vie”, respectivement intitulées : “Souvenirs de jeunesse et de guerre” (1740-1763) et “Cours et Pays” (1764-1766). Le manuscrit de ces Mémoires, écrits en français à Genève, où l'écrivain milanais se retira dans la solitude en 1796 et resta jusqu'à sa mort (1819), est conservé à la Bibliothèque de Vienne. Les trois premières parties ont été traduites en italien et publiées à Milan de 1936 à 1942, la quatrième est dernière partie n'a été traduite en italien et publiée en Italie qu'en 1998. — Noble milanais d'esprit libéral, le comte Giuseppe Gorani (1740-1819), aventurier, écrivain et diplomate italien, parcourut l'Europe au service de Marie-Thérèse d'Autriche et du Prince du Liechtenstein, avant d'être attiré à Paris par la Révolution. Successivement soldat, courtisan, agent diplomatique, espion publiciste, économiste, théoricien, propagandiste révolutionnaire, Gorani à traversé tous les milieux et connu toutes les fortunes. Après la chute de Robespierre, il se retira à Genève.

115.          GRIMAUX (Edouard). Lavoisier, 1743-1794, d'après sa correspondance, ses manuscrits, ses papiers de famille et d'autres documents inédits. Félix Alcan, 1888, gr. in-8°, vii-398 pp, 10 planches hors texte en taille-douce et en typographie (dont le frontispice), 5 tableaux généalogiques, pièces justificatives, biblio, reliure demi-chagrin bordeaux, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres et caissons très ornés dorés, tranches dorées, encadrements à froid sur les plats, fer de prix doré au 1er plat (rel. de l'époque), qqs rousseurs éparses, bon état. Edition originale

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"Malgré la gloire qui environne le nom de Lavoisier, la vie du créateur de la chimie moderne n'a été l'objet d'aucune étude approfondie. Sauf ce que les courtes biographies de Lalande, de Fourcroy et de Cuvier nous ont appris, on ne sait rien de son existence si bien remplie et toute dévouée à la recherche de la vérité. (...). Le devoir s'imposait de dissiper les obscurités qui entourent la vie et la mort de Lavoisier, et de donner une biographie complète..." — "Still the most authoritive source of information regarding the life and activities of the great chemist." (Duveen, “A Bibliography of the works of Antoine Laurent Lavoisier”, 342) — Table : Les années de jeunesse (la famille, les premiers travaux, le voyage avec Guettard et l'Atlas minéralogique, l'entrée à l'Académie des sciences et à la Ferme générale) ; La vie privée (le mariage, Mme Lavoisier, ses amis, ses relations...) ; La vie administrative - La Ferme générale et la régie des poudres ; La vie scientifique - Les grandes découvertes et l'Académie des sciences ; Les recherches agricoles et économiques ; La vie politique et les fonctions administratives pendant la Révolution ; Les commissions scientifiques et l'Académie des Sciences pendant la Révolution ; Le procès des fermiers généraux et la mort de Lavoisier ; Appendice.

116.          HALLER (Albrecht von). Deux mémoires sur le mouvement du sang, et sur les effets de la saignée, fondés sur des expériences faites sur des animaux. S.l., s.d., in-12, viii-343 pp, frontispice gravé représentant une expérience de transfusion sanguine, jolie reliure plein veau, dos lisse orné, tranches rouges (pastiche d'une reliure du XVIIIe), très bon état. Réimpression soignée, à l'identique, de l'édition originale (Lausanne, Bousquet, 1756), sans mention d'éditeur ni de date

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Albrecht von Haller (1708-1777) était un médecin, scientifique, naturaliste, penseur et critique littéraire suisse, dont les travaux dans le domaine de l’anatomie, de la physiologie, de la connaissance des plantes et de la bibliographie ont fait référence pendant plusieurs siècles. — "This work on the heart stamps Haller as a first-class investigator and experimental physiologist. His findings are based on animal experimentation and the experiments are carefully documented. The plate showing human blood transfusion is particularly interesting." (Heirs of Hippocrates, 885)

117.          HÉRON de VILLEFOSSE (René). L'Anti Versailles ou le Palais-Royal de Philippe Egalité. P., Jean Dullis, 1974, gr. in-8°, 355 pp, 16 pl. de gravures hors texte, reliure simili cuir bleu de l'éditeur, titres argentés au 1er plat et au dos, sans la jaquette, bon état

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Le Palais-Royal a été la propriété des Orléans de 1692 à 1848. Table : I. De Richelieu à Monsieur, frère du Roi ; II. Philippe d'Orléans, Régent, anime le premier Antiversailles ; III. Casanova, Diderot, les cafés et les opéras ; IV. La personnalité du léger Louis-Philippe-Joseph ; V. Félicité du Crest, comtesse de Genlis, marquise de Sullery ; VI. Le décor de Victor Louis : l'esprit des lieux et des acteurs ; VII. Du printemps 1788 à l'automne de 1789 ; VIII. Philippe, prisonnier du Palais-Egalité ; IX. Malheur aux vaincus ! ; X. Le Général, roi des Français, éteint les feux.

118.          HUME (Martin). La Cour de Philippe IV et la décadence de l'Espagne (1621-1665). Perrin, 1912, in-8°, ix-512 pp, traduit de l'anglais par J. Condamin et P. Bonnet, ouvrage orné de six portraits, par Velasquez, en similigravure hors texte, index, broché, bon état

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Qui se souvient de Philippe IV (1605-1665), le « Rey Planeta », qui régna de 1621 à 1665 sur l’empire hispanique ? — "L'Espagne de Philippe IV passe pour connue. Grâce à Gil Blas, grâce aux récits d'anciens voyageurs qu'on lit encore un peu, grâce surtout aux portraits de Velazquez qui ont popularisé les types de la famille royale et de quelques premiers rôles, Olivares en particulier, on croit voir assez distinctement cette Espagne du milieu du XVIIe siècle qui se disloque et s'étiole, à la suite d'une longue accumulation de fautes et d'erreurs, mais qui sauve encore un peu la façade par une production littéraire et surtout artistique assez intense, puis aussi par quelques actes très honorables de résistance à la supériorité de voisins plus habiles ou plus forts. Martin Hume a découpé en tranches le règne de Philippe IV de façon à donner au lecteur un aperçu des questions de politique extérieure et intérieure, des crises économiques et sociales, des intrigues de cour, des malversations, des scandales, des divertissements et des calamités de cette période de plus de quarante années..." (A. Morel-Fatio, Revue Historique, 1913)

119.          LE PAYS (René). Nouvelles œuvres, suivies du Dialogue de l'amour et de la raison. Introduction et notes de Albert de Bersaucourt. P., Editions Bossard, 1924, pt in-8°, 189 pp, un portrait de René Le Pays gravé sur bois par Achille Ouvré en frontispice, broché, numéroté sur papier Bibliophile Inaltérable (pur chiffon) de Montgolfier, dos lég. frotté, bon état (Coll. des Chefs-d'œuvre méconnus)

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René Le Pays, né à Fougères le 28 décembre 1634, et mort à Paris en 1690, un précieux de province, écrivain mondain quelque peu maltraité par Boileau.

120.          [LEMAGNY] – CHAPRON (Marcel). Les Diamantines. Chronique du XVIIIe siècle. Avec douze planches de Paul Lemagny. P., Editions Mazarine, 1964, gr. in-4°, 81 pp, 12 planches d'illustrations en jaune et noir par Paul Lemagny, broché, en feuilles sous couv. rempliée de l'éditeur, rhodoïd, bon état. Exemplaire original, un des 200 ex. numérotés sur Vélin d'Arches (n° 2), envoi a.s. de Marcel Chapron

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121.          LEVER (Evelyne). Madame de Pompadour. Perrin, 2000, in-8°, 407 pp, 8 pl. d'illustrations en noir et en couleurs hors texte, biblio, index, reliure souple illustrée de l'éditeur; bon état

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Mme de Pompadour tient une place très particulière dans l'histoire des grandes favorites : c'est tout à la fois une amoureuse et une femme de pouvoir dont « le règne » a duré vingt ans. Belle, intelligente, cultivée, douée d'une rare énergie, elle séduit un monarque profondément dépressif et parvient toujours à l'arracher à sa mélancolie. Mais elle comprend très vite que, pour durer, son ascendant doit peu à peu s'exercer sur l'esprit du roi plutôt que sur ses sens. Moins elle est traitée en amante, plus elle agit en souveraine : elle fait et défait les ministres, conseille les ambassadeurs, correspond avec les généraux et tient, avant la lettre, le rôle de ministre de la Culture. En ce milieu du XVIIIe siècle où la prééminence mondiale de la France est en jeu, Mme de Pompadour, l' « amie nécessaire » de Louis XV, connaît le destin extraordinaire d'une maîtresse qui ferait office d'épouse, de ministre et de thérapeute.

122.          LEVRON (Jacques). Madame de Pompadour. L'amour et la politique. Perrin, 1977, in-8°, 344 pp, 16 pl. de gravures hors texte, biblio, reliure skivertex éditeur, gardes illustrées, bon état

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"Toute biographie, plus ou moins, est une réhabilitation, et plus ou moins passionnée. Disons tout de suite que l’auteur, qui est chartiste et qui occupa une chaire d’histoire médiévale, ne traite pas à la légère un sujet considéré volontiers comme léger, mais par les seuls esprits légers. Toutefois, le secret qu’il va dévoiler est simple et humain : c’est celui d’une femme très intelligente, très raisonnable, d’un goût, d’un sens artistique exquis et rare d’un courage, d’une énergie exceptionels qu’elle eut l’ambition d’appliquer aux affaires publiques, et à qui Versailles, complice de toutes les nobles corruptions, ne pardonna pas, non sa naissance, mais ses vertus bourgeoises. Car elle les avait toutes (sans leurs revers) – y compris la vertu tout court. Jeune fille sage, épouse fidèle, quand elle avait épousé à dix-neuf ans un financier jeune mais pas très beau, elle lui avait dit sérieusement : « je ne vous abandonnerai jamais », ajoutant en manière de tendre plaisanterie : « sauf, naturellement, pour le roi ». Ainsi se prédisait-elle à elle-même son propre destin : Louis XV fut, autant du moins qu’il y a de certitude absolue en ces choses, le premier amant de Jeanne-Antoinette (surnommée dès l’enfance, ce qui était encore une anticipation, « Reinette ») et plus probablement encore le dernier. Elle n’en fut pas moins atrocement, bassement injuriée, brocardée, chansonnée, comme ne le fut jamais la plus dévergondée des duchesses. Duchesse, il lui manqua toujours de l’être pour se faire pardonner. Elle y suppléa de son mieux – qui fut bien. Jeanne-Antoinette avait tout de suite montré de l’ambition : elle voulait s’élever de cercle en cercle – c’est alors qu’elle devint l’amie des écrivains et des philosophes, ce qui devait ajouter au scandale de son règne – et ne mettait sans doute point, à l’avance, de borne à son ascension. Elle ne pouvait que viser la cour, et ce n’est pas par hasard qu’elle traversait les voies du roi à la chasse. Celui-ci, en tout cas, s’éprit de cette Diane qui conduisait elle-même avec témérité un phaéton bleu quand elle était habillée de rose et un phaéton rose quand sa robe était bleue. Tout ce prélude est d’un romanesque achevé. L’aventure alla aussi grand train que le phaéton de la chasseresse, et M. Levron souligne toute la délicatesse, la réserve, la pudeur, l’intelligence enfin que« Reinette » déploya avant et après son « couronnement ». N’ayant pu désarmer ses ennemis qui, le plus souvent, portaient de grands noms et de petites âmes, elle dut s’armer contre eux. Tout autant que la femme, c’est la « reine » que son biographe réhabilite. Il montre que si le règne de Louis XV ne fut pas indigne de celui de Louis XIV, s’il laissa un art et un style, c’est grâce à la marquise de Pompadour, toute née Poisson qu’elle fût. La réhabilitation – sans du tout se présenter comme telle, et par le simple exposé des faits – concerne aussi l’action politique de cette nouvelle Maintenon, d’un esprit autrement ouvert et entreprenant, introduite, comme l’autre, aux affaires par le roi lui-même. Ce qui était, au témoignage du ministre des affaires étrangères, « du bien de son service de la mettre, pour ainsi dire, de moitié dans les affaires publiques . » Car si elle se préoccupa d’abord de politique intérieure, c’est la politique étrangère qui la requit bientôt et la passionna. Elle recevait ministres et ambassadeurs, défaisant ou faisant, le cas échéant, les uns et les autres. Elle envoie Bernis à Venise, et elle bataille longuement et tenacement (jusqu’à se mettre elle-même, dit-on, dans la balance) pour imposer et faire nommer à Rome son protégé, sa découverte : le comte de Stainville, qui deviendra Choiseul. Pendant trois ans, dans une correspondance sérieuse, lucide, volontaire, parfois impérieuse, mais toute mêlée de potins, de coquetteries, de familiarité affectueuse envers « sa petite Excellence bleue » et qui font le charme unique de cette correspondance diplomatique, elle instruit, soutient, exhorte, morigène, encourage, dirige « son » ambassadeur : « Occupez-vous sans cesse des grandes affaires auxquelles je veux absolument que vous réussissiez. » La plus grande affaire, c’est celle du jansénisme qui empoisonne le royaume, détruit la paix intérieure, et qu’elle est d’autant plus ardente à régler qu’elle sent approcher la guerre : « je ne (la) crains que pour le mal qu’elle fait au royaume, je me battrai de toutes mes forces. » Ce n’est pas forfanterie : elle se bat. A travers l’incapacité des ministres, c’est grâce à elle et par elle qu’est connu le traité secret conclu entre Londres et Berlin ; c’est par elle, et c’est chez elle, que se négocie la parade : l’entente avec Vienne. Le fameux renversement des alliances – ou plutôt la riposte à la trahison de Frédéric – est l’œuvre de ce « Cotillon IV » que le Prussien avait tout de suite redoutée. Elle justifia cette crainte avec largesse. Et c’est à elle que l’ambassadeur d’Autriche Kaunitz écrivait, c’est elle qui lui répondait : « C’est avec une grande satisfaction, Monsieur, que je vous fais mes compliments... On dirait du roi lui-même. Les suites furent moins heureuses, par la faute, comme il advient quelquefois, des militaires : elles s’appellent Soubise et Rosbach. Elles n’abattent pas la marquise, dont l’énergie et la constance sont d’une tout autre trempe que celle de la plupart des hommes, le roi en tête : « Je hais le vainqueur plus que jamais, écrit-elle à Kaunitz.Prenons de bonnes mesures, pulvérisons l’Attila du Nord... » Enfin, Stainville devient duc de Choiseul et parvient au pouvoir. Et, peu à peu, volontairement, la marquise s’effacera devant l’homme qu’elle a mis en place, plus digne d’y être que quiconque, et qui fera sa politique. Car elle en eut une : solide, cohérente, clairvoyante. Si cette politique n’a pas réussi, ce n’est certes pas la faute de cette femme, mais celle des hommes qui ne surent ni en procurer les moyens ni en assurer l’exécution. Bien plus qu’eux, elle souffrit de cet échec qui était celui du roi et du royaume, elle s’en désespéra, sans cesser d’entreprendre. M. Levron n’hésite point à parler de la « maîtrise » » politique de la maîtresse royale. Pas plus que sa lucidité et que son courage, on ne peut en tout cas mettre en doute son désintéressement, un sens élevé de ses actes et que nous dirions aujourd’hui « national » : « L’intérêt personnel ne m’a jamais conduite qu’à la gloire du roi, et à ce que je crois bon et honnête... » – Et, après la terrible épreuve de l’attentat de Damiens : « Il vit, tout le reste m’est égal : cabale, indignités, écrits, et je le servirai, quoi qu’il doive m’arriver, tant que je serai en position de le pouvoir. » Ses erreurs ne sont pas contestables ; mais, en vérité, la bourgeoise la plus honnie et outragée de France, pendant sa vie et après sa mort, pourrait bien avoir été une des plus nobles dames de son siècle : et cette femme si féminine fut, à coup sûr, un des rares hommes de la cour et du gouvernement." (Yves Florenne, Le Monde diplomatique)

123.          LIMENTANI VIRDIS (Caterina) et Mari Pietrogiovanna. Retables. L'âge gothique de la Renaissance. P., Citadelle et Mazenod, 2001, gr. in-4°, 418 pp, plus de 300 illustrations en couleurs, dans le texte et à pleine page, certaines dépliantes, index, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, étui cartonné illustré, bon état

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Appelé retable, car placé derrière la table d'autel, dit aussi polyptyque, parce que c'est un ouvrage aux nombreuses pliures, le « tableau multiple » prend aux XVe et XVIe siècles des formes particulièrement spectaculaires à travers l'Europe. Religieux par définition, il se développe en hauteur et en largeur, et peut occuper le mur entier d'une chapelle; parfois, le nombre de ses panneaux augmente pour aboutir à des solutions aussi saisissantes que le retable majeur de la cathédrale de Palencia, en Espagne. Caterina Limentani Virdis et Mari Pietrogiovanna nous invitent à découvrir l'extrême variété de ces oeuvres imposantes, en passant en revue les plus célèbres comme le Retable de l'agneau mystique des frères Van Eyck ou le Tryptique de Mérode du Maître de Flémalle, mais aussi certaines moins connues - le Retable du couronnement de la Vierge notamment ; conservé dans une petite église de montagne, dans le Tyrol. Nous conduisant de l'Europe du Nord à l'Italie et à l'Espagne en passant par la Provence, les auteurs mettent en lumière les différents jeux d'influence qui ont marqué cette production. Les courants artistiques circulaient alors grâce aux artistes et aux souverains qui n'hésitaient pas à déplacer leur cour, à l'instar du roi René, et les commanditaires-nobles, bourgeois, ordres religieux, confréries, villes, etc. - jouaient un rôle déterminant, surtout dans les choix iconographiques. Ainsi, à côté des scènes religieuses traditionnelles prend place sur les retables une chronique de la vie quotidienne de l'Europe de la Renaissance, de même que de ses doutes et de ses angoisses, comme le traduisent les univers de Jérôme Bosch ou de Matthias Grünewald. De nombreux détails en pleine page permettent de restituer une partie de l'émotion ressentie devant ces oeuvres étonnantes, et pour parfaire l'illusion, huit d'entre elles sont présentées sous forme de grands dépliants.

124.          LIZERAND (Georges). Le duc de Beauvillier, 1648-1714. Les Belles Lettres, 1933, fort in-12, vii-625 pp, lettres en annexe, index, broché, bon état. Peu courant

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"A première vue, cette monographie consacrée à l'un des ministres les moins connus du règne de Louis XIV pourra sembler d'une prolixité excessive. Mais la manière heureuse dont M. Lizerand a traité son sujet peut largement servir d'excuse à des développements minutieux. Car, bien loin de vouloir faire du « bon duc » un grand homme, il en a dessiné le caractère d'honnête homme tout en faisant revivre autour de lui une trentaine d'années d'histoire de France. Fils du marquis de Saint Aignan qui fut par excellence le courtisan et l'ordonnateur des fêtes, gendre de Colbert, protégé de Madame de Maintenon, il sut gagner la confiance de Louis XIV qui lui confia successivement les fonctions de premier gentilhomme de la Chambre (détenues par son père), de chef du Conseil des finances (1685), de gouverneur des enfants de France (1689-1690), de membre du Conseil, c'est-à-dire de Ministre (1691). On a dit qu'avec le Roi et Madame de Maintenon, il gouverna la France, mais cela est fort exagéré. Comblé d'honneurs sans les avoir ambitionnés, dévot sans ostentation, pacifiste et mesuré, il exerça certainement une influence modératrice. Il se brouille avec Mme de Maintenon sans perdre son crédit auprès du roi, il partage avec son grand ami Fénelon la direction de l'esprit et du coeur du duc de Bourgogne, il reste le conseiller le plus écouté de son élève le duc d'Anjou, devenu roi d'Espagne. Dépourvu de compétence spéciale en matière de finances, il dut accepter les fonctions que lui réservait Louis XIV et n'usa jamais de son influence dans le jeu des intrigues personnelles qui ne cessaient de se développer à la Cour. Plus ultramontain que gallican, il s'efforça de travailler à la pacification dans la querelle du quiétisme, de même qu'il se prononça toujours pour les concessions indispensables lors des négociations de Ryswyk et de Gertruydenberg. Trop timide pour savoir imposer son avis, il n'en eut pas moins assez de fermeté pour l'exprimer au conseil de la manière la moins équivoque. Epargné par les deux plus mauvaises langues de son temps, Bussy et Saint-Simon, loué même par des voix étrangères, le duc de Beauvillier a mérité le portrait que paraît bien en avoir tracé La Bruyère. Celui que vient de dessiner M. Lizerand, grâce à sa connaissance remarquable de la bibliographie contemporaine et à l'utilisation des papiers personnels du duc reposant au château de Saint Aignan, contribue grandement à notre connaissance de l'atmosphère morale du Grand Siècle." (Paul Harsin, Revue belge de philologie et d'histoire, 1936)

125.          LORIEUX (Denis). Saint-Simon. 1675-1755. Perrin, 2001, in-8°, 426 pp, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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II y a peu d'écrivains aussi prestigieux que Saint-Simon, il y a peu d'hommes célèbres aussi méconnus que lui. Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, demeure en effet incompris, déformé, voire caricaturé par les extraits qu'on cite de ses illustres Mémoires, et par l'usage qu'on en fait. En écrivant cette biographie, Denis Lorieux a voulu faire apparaître l'homme de chair et de sang, amoureux fidèle jusqu'à la mort de sa "perle", son épouse Gabrielle de Lorges, ainsi que les fils directeurs qui ont guidé sa vie. On comprend comment son indépendance et son franc-parler, son animosité à l'égard des bâtards royaux et des ministres bourgeois ont pu le rendre suspect à Louis XIV et le priver de la carrière espérée dans l'armée. Lui qui fut ami du duc d'Orléans, membre du Conseil de Régence, ambassadeur en Espagne vit son rôle politique finalement limité par cette liberté d'esprit, cet humeur et cette lucidité qui lui valurent d'implacables ennemis. Retiré à Paris ou à La Ferté-Vidame à partir de 1723 (il a quarante-cinq ans), il consacra sa retraite à la rédaction de ses formidables Mémoires. Denis Lorieux met parfaitement en lumière que Saint-Simon fut non seulement un grand écrivain, un artiste du portrait, un observateur hors pair de la société de son temps, mais un homme du XVIIIe siècle au meilleur sens du terme. Celui qu'on présente souvent comme un homme amer et déçu apparaît en fait très proche de son contemporain Montesquieu, opposé à l'absolutisme, pressentant le déclin et la fin de la monarchie, convaincu de la nécessité d'un contre-pouvoir et aspirant au libéralisme naissant.

126.          MAC MUNN (Général George). Gustave-Adolphe, le Lion du Nord, 1594-1632. Payot, 1935, in-8°, 306 pp, reliure pleine toile écrue, dos lisse, pièce de titre basane vermillon, couv. illustrée conservée, bon état (Coll. Bibliothèque historique)

            30

Gustave II Adolphe, dit « le Grand » ou « le lion du Nord » est un roi de Suède né le 19 décembre 1594 à Stockholm et mort tué lors de la bataille de Lützen le 6 novembre 1632. Ayant accédé au trône de Suède en 1611, il fait de ce pays l'une des grandes puissances européennes grâce à son génie militaire et aux réformes qu'il met en oeuvre. Ses victoires pendant la guerre de Trente Ans permettent de maintenir en Europe un équilibre politique et religieux entre catholiques et protestants. — "Si le Lion du Nord fut, sans contredit, le premier homme de guerre de son temps, l'ouvrage du général Mac Munn nous rappelle qu'il en fut aussi l'un des plus foncièrement pieux. Dans l'armée de Gustave-Adolphe, tous les matins, au son du tambour, les régiments devaient se ranger en cercle autour de leur chapelain ; on lisait les prières et on chantait un psaume suivi par le sermon habituel des ministres réformés... Au coucher du soleil, les tambours appelaient une seconde fois les soldats à la prière du soir. Lorsque la première expédition atteignit l'embouchure de l'Oder, le roi descendit à terre le premier et aussitôt s'agenouilla pour prier Dieu... Et ses soldats furent étonnés de le voir, le premier dimanche, entrer trois fois à l'église, en leur disant que si la guerre était leur plaisir, la religion était leur devoir. Et il faut croire que le Tout-Puissant approuvait cette compréhension du plaisir et du devoir puisqu'il accorda au vaillant et pieux roi de Suède la plus belle fin qu'un chef de guerre puisse rêver, la mort au champ d'honneur, le jour de la victoire décisive de Lützen." (Revue militaire suisse, 1935)

127.          MAGNE (Emile). Voiture et l'Hôtel de Rambouillet. Les origines (1597-1635). Portraits et documents inédits. Nouvelle édition, corrigée et augmentée de documents inédits. Emile-Paul, 1929, in-12, 264 pp, 8 portraits et gravures hors texte, généalogie inédite de Voiture, biblio des oeuvres de Voitures, documents en annexe, broché, bon état. Un des cinq exemplaires numérotés sur Japon impérial (n° 2, premier papier avant 10 Hollande)

            60

"M. Magne a tenté de marier les charmes et le pittoresque de la biographie romancée et les scrupules les plus minutieux de l'érudition. Je suis fort à l'aise pour déclarer la très grande estime où je tiens ce livre de M. Magne et toute son oeuvre. Cette étude sur Voiture et les origines de l'hôtel de Rambouillet est fondée sur la documentation la plus scrupuleuse et la plus complète. M. Magne n'a pas étudié que Voiture ou les Rambouillet. Ses enquêtes, patientes et perspicaces, continuées depuis plus de vingt ans, lui ont donné de la vie des écrivains et de la vie générale au XVIIe siècle la connaissance à la fois la plus vaste et la plus sûre. On trouvera dans son livre tout ce que l'on peut savoir de cette période de la vie de Voiture et une bibliographie achevée de son oeuvre. On y trouvera, par surcroît, dans les notes, des bibliographies qui donnent tous les moyens d'étudier un certain nombre de problèmes d'histoire littéraire que le livre rencontre sans avoir besoin de les exposer. Cette richesse et cette solidité de documentation ont permis à M. Magne de nous donner de Voiture et du premier hôtel de Rambouillet une image qui, malgré certaines apparences un peu factices, est toujours vraie et en grande partie neuve..." (Daniel Mornet, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1930) — Vincent Voiture (1597-1648) est un poète et prosateur français. Ce courtisan, à la poésie faite de recherche, de maniérisme et de galanterie, qui ne veut pas publier ses oeuvres de son vivant, est considéré comme très habile dans les genres poétiques mineurs. L’hôtel de Rambouillet est un hôtel parisien connu pour le salon littéraire que Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet tient de 1608 jusqu’à sa mort en 1665. Il était situé rue Saint-Thomas-du-Louvre (rue perpendiculaire à la rue Saint-Honoré, au sud de celle-ci), approximativement à l'emplacement de l'actuel pavillon Turgot du Louvre. Critique littéraire et historien, Emile Magne (1877-1953), était spécialiste du XVIIe siècle français.

128.          MALBOISSIÈRE (Geneviève de). Une jeune fille au XVIIIe siècle. Lettres à Adélaïde Méliand, 1761-1766, publiées avec une introduction et des notes par le comte de Luppé. P., Champion, 1925, in-8°, xxxv-382 pp, un portrait en frontispice sous serpente, index, broché, couv. lég. salie, bon état

            40

295 lettres et billets publiés par le comte de Luppé à la suite de sa thèse "Les Jeunes Filles à la fin du XVIIIe siècle". — "Ces lettres avaient été publiées en 1866 par le marquis de La Grange, mais sans les scrupules des éditeurs modernes et sans les notes et identifications nombreuses que l'on trouvera ici. L'introduction se compose de notices succinctes et précises sur les parents et l'entourage de Geneviève de Malboissière : c'est un milieu de bourgeois et de financiers assez récemment anoblis, tous très riches et en relations avec des personnages plus ou moins connus du monde littéraire. Les lettres et billets sont au nombre de 295 ; plusieurs sont en anglais et plusieurs en italien. (...) Outre qu'elles nous révèlent une jeune fille originale, ces lettres sont précieuses pour qui veut se faire une idée de la formation des quelques femmes du XVIIIe siècle qui ont compté, comme aurait compté Geneviève de Malboissière si elle n'était morte à vingt ans." (S. Etienne, Revue belge de philologie et d'histoire, 1926)

129.          MARGUERITE de NAVARRE. L'Heptaméron. Sanguines de François Darnaud. Grenoble, Roissard, 1957, 2 vol. gr. in-8°, 232 et 201 pp, un frontispice et 15 planches de dessins hors texte, brochés, couv. à rabats, bon état. Un des 975 ex. numérotés, réservés au Cercle des Professeurs Bibliophiles de France et imprimés sur beau papier

            50

Soeur de François 1er et grand-mère de Henri IV, Marguerite de Navarre a marqué la vie culturelle de la Renaissance française. Inachevé au moment de sa mort (1549), l'Heptaméron est un recueil de nouvelles inspiré du Décaméron de Boccace.

130.          MARGUERITE de VALOIS. Mémoires. Introduction et notes de Paul Bonnefon. P., Editions Bossard, 1920, in-12, 265 pp, un portrait de Marguerite gravé sur bois par Achille Ouvré en frontispice, broché, numéroté sur papier Bibliophile Inaltérable (pur chiffon) de Renage et d'Annonay, dos bruni, bon état (Coll. des Chefs-d'œuvre méconnus)

            25

Marguerite de Valois, que l'on confond souvent avec Marguerite de Navarre, sœur de François ler, et auteur de l'Heptaméron, et avec Marguerite de France, était la nièce de cette dernière et fut l'épouse du roi de Navarre, le futur Henri IV. Ses Mémoires sont un des textes essentiels du seizième siècle français. Ils nous mettent en contact direct avec la cour des Valois. Intrigues et potins ; la nuit de la Saint-Barthélemy ; l'évasion du frère et du mari de Marguerite ; la révolution des provinces contre le roi d'Espagne...

131.          MARIE-THÈRESE d'Autriche et MARIE-ANTOINETTE. Correspondance entre Marie-Thérèse et Marie-Antoinette. Présentée et annotée par Georges Girard. Grasset, 1933, in-8°, 333 pp, reliure demi-chagrin fauve, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titres dorés, couv. illustrée conservée (rel. de l'époque), bon état

            45

Correspondance de 1770 à 1780. — "Ce livre, qui doit tout à Stefan Zweig, doit être considéré comme le complément naturel de sa magistrale biographie de Marie-Antoinette." (G. Girard)

132.          MAROT (Clément). Oeuvres choisies de Clément Marot, accompagnées de notes historiques et littéraires par M. Després, ancien conseiller de l'Université ; et précédées d'un essai sur Clément Marot, et sur les services qu'il a rendus à la langue, par M. Campenon de l'Académie françoise. P., Janet et Cotelle, 1826, in-8°, xviii-463 pp, un portrait gravé de Marot sous serpente en frontispice, reliure demi-basane verte, dos lisse avec titres et quadruples filets dorés (rel. de l'époque), trace de mouillure claire ancienne sur les premiers feuillets, bon état

            40

Opuscules - Églogues - Élégies - Épistres - Rondeaux - Ballades - Chants - Chansons - Estrenes - Épigrammes - Épigrammes imitées de Martial - Épitaphes - Traductions - Pièces attribuées à Marot.

133.          MEYER (Jean). L'Europe des Lumières. Le Coteau, Editions Horvath, 1989, gr. in-8° carré, 444 pp, environ 200 gravures, portraits, dessins d'armes et d'uniformes, monnaies, cartes et plans, en noir dans le texte, et 19 illustrations en couleurs sur 12 planches hors texte, chronologie, biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Histoire de l'Europe)

            40

États européens au milieu du XVIIIe siècle ; Comment s'est formée l'Europe françaises des Lumières ? ou le « bonheur de vivre » de la première moitié du siècle ; La phase 1715-1740 : la « Génération du sourire » ; Le renversement des tendances : les guerres du milieu du siècle (1740-1763) ; L'Europe du prélude à la tempête (1763-1790).

134.          MURET (Pierre) et Philippe Sagnac. La Prépondérance anglaise (1715-1763). PUF, 1942, fort in-8°, 684 pp, deuxième édition, entièrement refondue, index, reliure demi-basane aubergine, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés, couv. conservées (rel. de l'époque), reliure lég. abîmée, dos craquelé uniformément passé, mors fragiles, intérieur propre, état correct (Coll. Peuples et Civilisations)

            25

"Ce volume que publie M. Muret est de nature à donner large satisfaction au public lettré auquel il s'adresse. Cette période du 18e siècle qui va des traités d'Utrecht à ceux de Paris et de Hubertsbourg est peut-être l'âge d'or de la diplomatie. La physionomie du monde change considérablement : la Prusse et la Russie prennent figure de grandes puissances, l'Angleterre conquiert son Empire colonial sur les dépouilles françaises et espagnoles, l'affaiblissement de l'Empire ottoman ouvre la question d'Orient, la France et l'Autriche, traditionnellement opposées, opèrent ce renversement des alliances qui rétablit dans une certaine mesure l'équilibre européen. Toutes ces modifications donnent lieu à une intense activité diplomatique et l'on ne peut être étonné de la place qu'occupe celle-ci dans le livre de M. Muret. Sans doute pourrait-on discuter le titre de l'ouvrage : il marque une tendance plus qu'une réalité complète..." (Paul Harsin, Revue belge de philologie et d'histoire)

135.          PALATINE (Elisabeth-Charlotte, duchesse d'Orléans, princesse). Correspondance complète de Madame, duchesse d'Orléans, née Princesse Palatine, mère du Régent. Traduction entièrement nouvelle par G. Brunet. P., Charpentier, 1891, 2 vol. in-12, xvi-488 et 424 pp, accompagnée d'une annotation historique, biographique et littéraire du traducteur, index, reliure demi-basane fauve, dos à 5 nerfs soulignés à froid, pièces d'auteur et de titre et tomaison chagrin brun foncé et vert, fleurons dorés, tranches pennées (rel. de l'époque), bon état (Vicaire, VI-280-281)

            100

Traduit d'après l'édition allemande publiée par Menzel en 1843 de la correspondance de Elisabeth-Charlotte de Bavière, Princesse Palatine, épouse de Monsieur, frère de Louis XIV et mère du Régent (Heidelberg, 1652 - Saint-Cloud, 1722) — "Importante correspondance de la duchesse d'Orléans qui consacrait deux jours par semaine à écrire à sa tante, l'électrice Sophie de Hanovre. L'originalité de ces lettres tient à la situation de la duchesse qui vécut au milieu de la cour de Louis XIV. Témoin bien informé, elle observe et juge, avec les préjugés qu'elle doit à sa naissance, les personnages et les événements du règne du Grand Roi. Avec partialité, franc-parler et vivacité d'expression, ces lettres font de l'entourage de Louis XIV une peinture peu aimable, mais bien souvent juste et toujours vivante." (Bourgeois & André, Sources II, 1175)

136.          PASCAL (Blaise). Pascal en prière. Textes réunis et présentés par Anne d'Eugny. Illustrations de Michel Timoléonthos. Avant-propos de Jean Guitton. P., Labergerie, 1962, gr. in-8°, 59 pp, 5 illustrations de Michel Timoléonthos à pleine page en noir et rouge, petite chronologie pascalienne, broché, couv. illustrée rempliée, bon état

            20

137.          PATIN (Guy). Lettres du temps de la Fronde. Introduction et notes d'André Thérive. P., Editions Bossard, 1921, pt in-8°, 237 pp, un portrait de Guy Patin gravé sur bois par Ouvré en frontispice, broché, numéroté sur papier Bibliophile Inaltérable (pur chiffon) de Renage et d'Annonay, dos recollé, bon état (Coll. des Chefs-d'œuvre méconnus)

            20

29 lettres de 1649 à 1650.

138.          PETITFILS (Jean-Christian). Louis XIII. France Loisirs, 2009, gr. in-8°, 970 pp, 16 planches en couleurs hors texte, 4 cartes, sources, généalogies, index, reliure cartonnée de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état

            20

Au regard de l'Histoire, Louis XIII est un roi oublié. Eclipsé par le panache de son père Henri IV, occulté par l'éblouissante renommée de son fils Louis XIV, il laisse l'impression d'un monarque mélancolique, sans personnalité, fuyant son mal être dans la chasse, dominé par son Premier ministre, le tout-puissant cardinal de Richelieu. Erreur ! Ce n'est pas parce qu'il choisit un ministre d'une envergure exceptionnelle qu'il renonce pour autant gouverner et à être pleinement roi. Renversant les idées reçues, Jean-Christian Petitfils redonne ici toute sa place à ce souverain méconnu, à la personnalité déroutante, à la fois artiste, musicien, guerrier impétueux, extrêmement jaloux de son autorité, animé par la passion de la gloire et de la grandeur de la France. Sous son impulsion et celle du cardinal, le royaume se modernise. La monarchie dite "absolue" s'édifie. Son règne, traversé par une suite invraisemblable d'épreuves – lutte contre le parti protestant, conspirations des Grands, révoltes populaires, guerre contre la Maison d'Autriche –, prépare et annonce plus qu'on ne le croit celui de Louis XIV. Sans négliger les faiblesses de l'homme, ses défauts, trop souvent exagérés, cet ouvrage se veut une réhabilitation. Celle d'un roi, d'un grand, d'un très grand roi.

139.          RETZ (Jean François Paul de Gondi, cardinal de). Mémoires du cardinal de Retz. Club Français du Livre, 1949, 3 vol. in-8°, (24)-366-(23), (8)-434-(23) et (8)-324-(23)-(8)-58-(6) pp, introduction et notes de Gaëtan Picon, 3 portraits gravés et 3 pages de titres anciennes, reliures demi-toile crème, dos lisses avec titres et tomaisons en noir et décor en rouge, plats de papier carmin avec les armes du cardinal frappes à froid au centre des 1er plats, bon état. Edition tirée sur Alfama du Marais et numérotée. Bien complet du supplément volant de 8 pages : "Vue générale de la Fronde, 1648-1653, pour servir à l'intelligence des Mémoires du cardinal de Retz", par Pierre Chevallier

            75

"Ces mémoires sont utiles pour une étude générale de la société à l'époque de la Fronde : on y verra quel faible sens moral avaient alors ceux qui luttaient contre le premier ministre, quels mobiles ambitieux et intéressés dictaient leur conduite, à quelle extrémités ils étaient capables de se porter pour satisfaire leurs désirs. Retz possède un art admirable pour composer une scène, dépeindre les personnages principaux avec leurs caractères, leurs travers, leurs passions, leurs projets. Ses mémoires sont à la fois une comédie en cent actes divers et une condamnation de la Fronde." (Bourgeois et André II, 797)

140.          ROCHE (Daniel). Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l'utilité des voyages. Fayard, 2004, gr. in-8°, 1031 pp, 2 pl. en couleurs hors texte, notes bibliographiques, broché, couv. illustrée, bon état

            25

On a pris l'habitude d'opposer les sociétés contemporaines aux sociétés anciennes fixes et stables, immobiles et localisées, où tout le malheur de l'homme provenait de ce qu'il ne savait rester dans sa chambre et à sa place. Les mouvements étaient restreints dans un espace limité, la terre fixait les hommes, la boue et l'incertitude routière bloquaient les circulations, ralentissaient les échanges, freinaient les départs. Le voyage était alors réservé à une élite, il se rêvait autant qu'il se faisait. Nous lui prêtons d'ailleurs une richesse qu'aurait perdue le tourisme de masse. Reste que, de ces constats admis, tout peut se contester, car en réalité de multiples mouvements, contraints ou libres, perfusent dans la société ancienne. Des problématiques d'une remarquable modernité la traversent. Le débat sur l'utilité des voyages et l'essor des récits révèlent une vraie nécessité : un appel à penser autrement, par la lecture du grand livre du monde. L'ouverture et le décloisonnement mettent au jour, au delà de la crainte ancestrale de tout ce qui vient d'ailleurs, une mobilité sans frontière, celle de la solidarité et non de l'errance, celle de l'échange valorisé, des transferts culturels profitables à tous. Comprendre la possibilité du changement, observer les tensions majeures entre cosmopolitisme et fermeture, contrôle et liberté, hospitalité et refus, étranger et proche, mouvement des élites et des peuples, c'est entendre la formation des valeurs et des refus, des conflits et des craintes d'aujourd'hui.

141.          SAGNAC (Philippe) et A. de SAINT-LÉGER. La Prépondérance française : Louis XIV (1661-1715). PUF, 1944, fort in-8°, 693 pp, deuxième édition, refondue et augmentée, biblio, index, reliure demi-basane aubergine, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés, couv. conservées (rel. de l'époque), reliure lég. abîmée, dos craquelé uniformément passé, mors fragiles, intérieur propre, état correct (Coll. Peuples et Civilisations)

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"S'ouvrant avec la mort de Mazarin (1661) pour se clore avec celle de Louis XIV (1715), l'ouvrage étudie toute la période du gouvernement personnel du Grand roi. (...) De cette remarquable synthèse de l'histoire du monde de 1661 à 1715, je n'ai pu signaler ici que quelques aspects. J'en ai dit assez, je crois, pour qu'on sache en quelle estime elle doit être tenue. Oeuvre d'historiens de métier, bien informés, qui sont parvenus à fondre en un tout harmonieux les diverses parties dont ils s'étaient chargés – ce n'est pas un mérite commun – , elle sera un guide précieux pour quiconque voudra s'orienter dans l'étude de ce qu'on a coutume d'appeler le Grand siècle." (Auguste Leman, Revue d'histoire de l'Église de France, 1935)

142.          SAINT-RENÉ TAILLANDIER (Madeleine). La tragédie de Port-Royal. La Mère Angélique et la reine de Pologne. Plon, 1950, in-8°, xi-231 pp, broché, couv. illustrée, bon état

            25

La mère Angélique (1591-1661), abbesse et réformatrice de Port-Royal, et Louise-Marie de Gonzague (1611-1667), reine de Pologne ne cessèrent d'entretenir une correspondance suivie.

143.          SAINT-SIMON (Louis de Rouvroy, duc de). Mémoires de M. le duc de Saint-Simon (43 tomes en 22 vol.). Suivis de : Alliances et généalogie à la Cour du Grand Roi ; le souci généalogique chez Saint-Simon (2 vol.), par François Formel. Suivi de : Textes inédits de Saint-Simon (1 vol.), publiés et annotés par Yves Coirault et François Formel. Suivi de : Corpus bibliographique. Sources manuscrites et imprimées. Documents inédits (1 vol), par Yves Coirault et François Formel. P., Edition du Tricentenaire, 1975-1988, 26 forts vol. in-8°, table générale analytique et table autographe de Saint-Simon non reproduite par Boislisle en adjontion (T. 22), reliures pleine toile verte armoriée de l'éditeur, dos lisses avec pièce de titre basane verte, fer doré aux armes du duc de Saint-Simon sur les plats, bon état

            1500

Prévu par souscription à 2700 ex., le tirage ne fut en réalité que d'environ 400 exemplaires au début et 250 à la fin, reliés et commercialisés (d'après l'éditeur, qui faisait relier les exemplaires au fur et à mesure des commandes). L'édition devait comprendre 25 volumes, publiés de 1975 à 1985, auquel est venu s'ajouter un 26e volume de Corpus bibliographique (1988), qui manque la plupart du temps, ayant été tiré et relié à encore plus petit nombre que les autres... — Edition spécialement conçue pour le tricentenaire de la naissance du duc de Saint-Simon et conforme à l'édition de Boislisle (Hachette 1879-1930), la plus complète, toujours irremplaçable par les précieuses et rigoureuses notes infra-paginales d’Arthur de Boislisle, augmentée de la table autographe de Saint-Simon non reproduite par Boislisle, de la thèse de François Formel (tomes 23 et 24, xix-1182 et 1054 pp, très nombreux tableaux généalogiques), d'un volume de Textes inédits (tome 25, xxx-859 pp) et d'un volume de Corpus bibliographique (tome 26, 1134 pp). — "Si, sur la valeur historique de ces mémoires, des réserves sont indispensables, l'oeuvre de Saint-Simon n'en reste pas moins un monument impérissable de la littérature française. Là seulement on trouve des portraits qui sont de véritables chefs-d'oeuvre, comparables à ceux que Retz a insérés dans ses mémoires, et généralement supérieurs à ceux-ci : les scènes de cour, quelques épisodes sont reproduits avec un relief saisissant et à peine grossi. Les négligences, les répétitions, l'oubli des règles, loin de nuire à ce style personnel, lui donne une variété, une allure, une couleur, qui en font quelque chose d'unique et de merveilleux." (Bourgeois et André, II-893)

144.          SECHÉ (Léon). Joachim du Bellay. Documents nouveaux et inédits. Eaux-fortes par Pierre Vidal. P., Librairie académique Didier, 1880, in-8°, 60 pp, reliure demi-chagrin carmin, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titres et doubles filets dorés, encadrements à froid sur les plats (rel. de l'époque), reliure salie, tache d'encre noire au 2e plat, intérieur propre, bon état. Edition originale ornée de 2 eaux-fortes hors texte gravées par Pierre Vidal. Tirage limité à 320 exemplaires, celui-ci un des 300 sur papier vergé

            35

Le petit Lyré ; Angevins et Bretons de la Loire ; Origine et généalogie de la famille Du Bellay ; Description de l'ancien manoir du poète ; Les ruines du château de la Turmelière ; Notice bio-bibliographique ; Huit sonnets nouveaux.

145.          Société des Cincinnati, Branche française. Francois-Marie d'Aboville (1730-1817). Société des Cincinnati de France, Annonay, Imprimerie du Vivarais, 1993, pt in-4°, 48 pp, 7 gravures et portraits, 3 cartes et plans, biblio, broché, bon état

            20

François-Marie d'Aboville, 1er comte d'Aboville et de l'Empire (1730-1817) est un général et homme politique de la Révolution et du Premier Empire. S'étant signalé pendant la Guerre de Sept Ans, sous les ordres du maréchal d'Armentières, notamment au siège de Munster en 1759, il passa successivement par tous les grades jusqu'à celui de colonel et prit, en cette qualité, une part à l'expédition d'Amérique. Il organise pendant la Guerre d'indépendance des États-Unis l'artillerie du Corps expéditionnaire français. Il participe en 1781 à la tête de l'artillerie de Rochambeau à la bataille de Yorktown. Il prend part à la reddition obtenue qui lui valut la reconnaissance des Américains et les témoignages du général britannique Cornwallis. Les talents qu'il déploya dans cette circonstance valurent à d'Aboville le grade de brigadier d'infanterie, fait chevalier de Saint-Louis et la décoration de l'ordre de Cincinnatus...

146.          TRÉVERRET (A. de). L'Italie au XVIe siècle, études littéraires, morales et politiques. Première série. Machiavel. Castiglione. Sannazar. Hachette, 1877, in-12, x-426 pp, reliure demi-chagrin noir, dos à 4 nerfs filetés et soulignés à froid, titres dorés, encadrements à froid sur les plats, fer doré de lycée au 1er plat (rel. de l'époque), dos lég. frotté, bon état

            40

Les 278 premières pages concernent Machiavel.

147.          TSCHUPPIK (Karl). Marie-Thérèse. Grasset, 1936, pt in-8°, 364 pp, traduit de l'allemand par Constantin de Grunwald, broché, couv. illustrée, dos bruni, bon état. Edition originale française tirée sur alfa Navarre, ex. du SP, envoi a.s. du traducteur, prière d'insérer joint

            20

"L'Impératrice Marie-Thérèse est une de ces figures historiques qui laissent une trace ineffaçable dans la mémoire des peuples. On ne saurait comprendre l'évolution de l'Autriche et de l'Allemagne, au cours des deux derniers siècles, sans connaître à fond le rôle joué par cette femme dans la politique européenne, les idées qui inspirèrent sa longue lutte contre Frédéric II de Prusse et l'induisirent à renverser l'ancien système des alliances..." (Prière d'insérer)

148.          TUCCI (Ugo)(Ed.). Lettres d'un marchand vénitien, Andrea Berengo (1553-1556), présentées par Ugo Tucci. SEVPEN, 1957, gr. in-8°, xii-360 pp, avant-propos de Gino Luzzatto et préface en français, correspondance d'Andrea Berengo en italien, 6 planches hors texte, répertoire des correspondants, index, glossaire, broché, bon état (Coll. Affaires et gens d'affaires)

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"Il s'agit d'une importante publication intégrale de trois cents lettres adressées d'Alep par Berengo à ses commanditaires ou correspondants de Venise, Tripoli et surtout Chypre, point terminus de la flotte vénitienne à cette époque. Ces lettres se concentrent sur une période restreinte de dix mois (8 octobre 1555 à 12 août 1556). Le milieu du XVIe siècle, c'est pour Venise la décadence entre l'arrivée des épices portugaises par Lisbonne et la reprise de la route des caravanes après Lépante. D'autre part Berengo n'est qu'un petit marchand qui arrive à Alep avec un capital de 400 ducats ; mais trente patriciens de Venise s'intéressent à ses affaires ; et de ces dix mois d'une correspondance nourrie, à raison parfois de deux à trois lettres par jour, surgit un tableau très vivant des milieux commerçants d'Alep, de la vie quotidienne sur cette place, siège du consulat vénitien depuis 1548, et des difficultés au milieu desquelles se débattaient les marchands. (...) M. Tucci a accompagné sa publication d'une table des correspondants, d'un index des noms de lieux, personnes et bateaux, d'un index des marchandises et monnaies, enfin d'un très précieux glossaire : qu'il en soit félicité et remercié." (Joseph Billioud, Bibliothèque de l'école des chartes, 1957) — "Andrea Berengo est un marchand vénitien résidant à Alep où il travaille à la commission pour de nombreux marchands de Venise et d'autres places du Levant (Famagouste, Tripoli, Nicosie etc.). C'est dire que sa correspondance nous renseigne en fait sur les affaires d'une grande partie du commerce vénitien avec la Syrie. Comme toujours, ces lettres marchandes sont du plus grand intérêt en ce qu'elles nous placent au beau milieu des réalités commerciales et nous donnent une image vivante et directe du mouvement des affaires sur la place d'Alep, en même temps que de la vie du marchand. Les renseignements de toute nature y fourmillent et la lecture de ces lettres nous donne une abondance de faits sur les modalités des transactions, sur les espèces de marchandises, le fonctionnement des échanges, le courrier, la situation des différents marchés du Levant, etc. etc." (W. Brulez, Revue belge de philologie et d'histoire)

149.          TURENNE (Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de). Mémoires du maréchal de Turenne. Editions Douin, 2015, 2 vol. gr. in-8°, 452 et 454 pp, brochés, couv. illustrées, bon état. Réimpression à partir de l'édition Renouard de 1909 publiée pour la Société de l'Histoire de France

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Tome 1 : 1643-1653 ; Tome 2 : 1654-1659. Ces mémoires ont été rédigés par Turenne (1611-1675) après la conclusion de la paix des Pyrénées. Ecrite dans un style très simple, la narration est d'une grande clarté. Turenne raconte surtout ses campagnes sans exposer son rôle politique. Ces mémoires sont importants au point de vue militaire et technique (Bourgeois & André II, 777) — "De 1909 à 1914, Paul Marichal édita, avec une annotation pertinente, les Mémoires du maréchal de Turenne, donnant, pour la première fois, des souvenirs du grand homme de guerre un texte correct d'après le manuscrit appartenant au marquis de Talhouët-Roy, qui est de la main du vainqueur des Dunes, comme Marichal le démontra péremptoirement. Cette publication prit place dans la collection de la Société d'histoire de France." (Pierre Marot, Bibliothèque de l'école des chartes, 1944) — Lorsqu’un boulet l’emporta à la bataille de Salzbach, à 64 ans, en 1675, Louis XIV le fit inhumer dans la basilique de Saint-Denis, à côté des sépultures royales. Fervent admirateur du stratège militaire, Napoléon fit transférer ses cendres aux Invalides et rédigea un Précis des guerres du maréchal de Turenne. Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, fils du duc de Bouillon et petit-fils de Guillaume Le Taciturne, naquit au château de Sedan le 11 septembre 1611. Il servit comme simple soldat en 1625 sous les ordres de son oncle Frédéric-Henri de Nassau. Colonel d’infanterie sous le maréchal de La Force, maréchal de camp sous le cardinal de La Valette, il fit ensuite la campagne de Roussillon (1642) avec Louis XIII et fut nommé maréchal de France fin 1643 par la régente Anne d’Autriche. Pendant la Fronde, Turenne combattit d’abord Mazarin et traita avec l’Espagne, puis il changea de camp, prit la tête des troupes royales contre le Grand Condé et sauva la Cour à Bléneau en 1652. Colonel-général de la cavalerie en 1657 puis maréchal-général des camps et armées du roi en 1660, son protestantisme l’aurait privé de l’épée de connétable. Il abjura en 1668 sous l’influence de Bossuet. Le vicomte de Turenne profita de la paix qui suivit la signature du traité des Pyrénées en 1659 pour retracer les événements civils et militaires des années 1643 à 1659. Il a divisé ses Mémoires en trois livres : les guerres d’Allemagne (1643-1648), les guerres civiles de France (1649-1653), les guerres de Flandres (1654-1659).

150.          VERGÉ-FRANCESCHI (Michel) et Antoine-Marie GRAZIANI. Sampiero Corso, 1498-1567. Un mercenaire européen au XVIe siècle. Ajaccio, Alain Piazzola, 1999, gr. in-8°, 544-(8) pp, 16 pl. de gravures et fac-similés hors texte, 2 cartes, 3 tableaux généalogiques, sources, biblio, index, broché, couv. illustrée, pt trace d'humidité au coin des premiers feuillets, bon état. On joint une critique favorable du livre (Le Monde)

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Sampiero de Bastelica (v. 1498-1567) – dit Sampiero Corso ou Sampieru Corsu – est, avec Paoli et Napoléon, le plus célèbre des Corses. Beaucoup de choses ont été écrites sur lui. Sérieuses ou inventées. Aucune publication cependant n'est allée aussi loin dans la quête et l'exploitation scientifique des documents d'archives. Pour la première fois, une biographie replace Sampiero dans sa famille d'origine jusqu'alors inconnue. Pour la première fois, ce livre répond à des questions jusqu'alors pendantes : en 1536, François Ier voulait-il user de Sampiero pour assassiner Charles Quint ? En 1564, Catherine de Médicis a-t-elle ordonné le meurtre de Vannina d'Ornano par son vieil époux Sampiero ? Mercenaire au service des Médicis, de l'Empereur puis des Valois, capitaine, colonel, colonel-général, Sampiero fut – avant tout – un soldat. Ambassadeur auprès de Soliman le Magnifique, présent au couronnement du pape Léon X, aux noces d'Henri II comme à la cour du sultan, connu de Rabelais, de Du Bellay, de Brantôme ou Montluc, Sampiero est beaucoup plus que le légendaire "roi des Corses" (ainsi l'appelait-on de son vivant à Alger). Il est l'une des figures les plus troublantes du "beau XVIe siècle". Troublante, parce qu'en ces temps où "l'incroyance" semblait ne pouvoir exister, il servit le Très Chrétien, allié à Barberousse, cherchant à mettre au service de son épée le Turc comme le Chrétien, le Corse catholique, comme les Luthériens ou les Vaudois. Neveu de mercenaires, père et grand-père de maréchaux de France – les maréchaux d'Ornano –, Sampiero est un personnage hors du commun. Ce livre a pris le parti, difficile mais réussi, de substituer au "mythe" Sampiero un autre portrait du "héros" : celui d'un homme de chair et de sang, celui d'un "chef" moins insulaire qu'on ne le croit et, finalement, beaucoup plus européen.

151.          VIGUERIE (Jean de). Louis XVI, le roi bienfaisant. Editions du Rocher, 2003, gr. in-8°, 440 pp, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Le Présent de l'Histoire)

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Chaque 21 janvier, anniversaire de l'exécution du Roi, nombre de fidèles assistent à une messe célébrée à sa mémoire. Le même jour, il est des jacobins impénitents qui fêtent son supplice au cours d'un repas républicain. Autant dire que le souvenir de Louis XVI est toujours présent, toujours vivant. Ces oppositions, ces contrastes, marquent aussi l'historiographie. Les historiens se croient trop souvent obligés de choisir une thèse le roi martyr, ou le complice de Pitt et de Cobourg... La présente biographie – s'appuyant sur la correspondance royale, les documents du temps et bien des mémoires inédits – a refusé ces choix sommaires, repoussé toute idéologie. Elle est d'abord un récit, simple, honnête et précis. Elle a voulu faire revivre et comprendre la personnalité, les idées, les sentiments du petit-fils de Louis XV et de Stanislas de Lorraine. Nourri de Fénelon, ouvert aux Lumières, croyant que gouverner était faire le bien, Louis XVI, roi singulier, prince attachant, ne pouvait qu'être sensible à l'aspect généreux de 1789, puis choqué – voire révolté – par les dérives révolutionnaires. Roi bienfaisant, il fut emporté par une tourmente imprévisible, presque imparable.

152.          YATES (Frances A.). L'art de la mémoire. Traduit de l'anglais par Daniel Arasse. Gallimard, 1987, in-8°, 432 pp, un frontispice, 20 illustrations sur 16 planches et un dépliant hors texte, 11 figures, notes bibliographiques, index, broché, qqs marques au crayon en marges, bon état (Coll. Bibliothèque des histoires)

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L'histoire de la mémorisation, depuis l'utilisation qu'en faisaient les orateurs de l'Antiquité jusqu'à la forme occultiste prise à la Renaissance, est un cas évident de sujet à la fois marginal et central à la formation de notre culture et de notre civilisation. Dans ce livre, l'auteur jette les bases historiques et méthodologiques de ce qui pourrait être une histoire de l'imagination dans le monde occidental. En effet, l'art de la mémoire, fondé sur des "images" et des "lieux", lié à la magie et à l'hermétisme comme à la naissance de la méthode scientifique, est une voie privilégiée pour comprendre ce qui se passe entre le moment ou Giordano Bruno fait de l'imagination le principe supérieur autour duquel s'organise la psyché, et celui où Malebranche et tant d'autres en feront la "maîtresse du logis".

RÉVOLUTION

 

153.          [Annales historiques de la Révolution française] – COQUARD (Claude). Annales historiques de la Révolution française. Sommaires, table des auteurs, index thématique et périodiques recensés : 1988-1999. P., Société des études robespierristes, 2000, gr. in-8°, 125 pp, broché, bon état

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154.          [Annales historiques de la Révolution française] – MIRAVAL (Paule). Annales historiques de la Révolution française. Table des auteurs et index général : 1973-1987. P., Société des études robespierristes, 1988, gr. in-8°, 86 pp, préface de M. Vovelle, broché, bon état

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155.          BIARD (Michel)(dir.). La Révolution française. Une histoire toujours vivante. Tallandier, 2010, in-8°, 447 pp, préface de Michel Vovelle, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Depuis 1989, date du bicentenaire de la Révolution française, les études sur ce moment fondamental de l'histoire de la France se sont poursuivies et de nouveaux chantiers de recherche ont été ouverts. Les grandes thématiques nées de 1789 fascinent toujours autant, au point d'être sans cesse interrogées et réinterprétées. Dans sa préface, Michel Vovelle écrit avec humour : "Soboul est mort, Furet est mort et moi-même je ne me sens pas très bien." Pour autant, l'auteur n'en démontre pas moins l'incontestable dynamisme de l'historiographie de la Révolution, comme les contributions ici réunies en témoignent. Pour faire le point de cette vitalité, une trentaine d'historiens réunis par Michel Biard, professeur à l'université de Rouen, s'emploient à établir chacun dans son domaine l'état des connaissances. La Révolution française a-t-elle été provoquée par les idées des philosophes ? A-t-elle été une catastrophe économique, un désert artistique et scientifique ? Que fut dans cette révolution la place des paysans, des femmes ? En quoi notre actuelle démocratie est-elle encore largement redevable de cette période, via les élections, la sociabilité politique, la presse, le langage, etc. ? Loin des idées reçues, cet ouvrage apporte ici de nouveaux éléments de réponse à ces questions toujours actuelles, fondés sur les études les plus récentes. Autant de synthèses claires et concises qui permettront au lecteur de (re)découvrir la Révolution française.

156.          BOURDIN (Philippe) et Jean-Luc CHAPPEY (dir.). Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802). CNED-Sedes, 2004, gr. in-8°, 395 pp, 7 cartes, biblio, broché, bon état

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"C'est une révolte ? Non Sire, c'est une révolution !" Cette citation pseudo-historique peut prêter à sourire, et pourtant... Comme louis XVI, ceux qui ont été les premiers témoins et acteurs de la Révolution française se sont interrogés sur l'événement (subi par certains, voulu par d'autres) qui marque une rupture majeure dans l'ordre politique et historique. En France comme en Europe, la conscience de cette rupture va s'imposer progressivement au rythme de la diffusion de la notion et de l'acte de "révolution", désignant désormais non un retour cyclique mais une coupure irréductible dans l'ordre du temps. Des crispations du "despotisme éclairé" à la "crise" des Lumières, comment rendre compte des transformations profondes, mais toujours différentes selon les espaces, qui traversent les sociétés américaines et européennes bien avant 1789 ? Des logiques économiques, sociales, politiques, culturelles, unifient-elles, unissent-elles les différents mouvements, émeutes, soulèvements, révolutions ? Existe-t-il des facteurs de déclenchement commun ? Pourquoi des régions sont-elles plus touchées que d'autres ? Quel est le poids des réalités et des identités nationales ? Quelle est l'influence respective des modèles américain et français ? Voici quelques-unes des interrogations qui ont conduit le présent ouvrage, dont la périodisation privilégie évidemment la Révolution française, son expansion et son audience européenne et internationale.

157.          BREGEON (Jean-Joël). Ecrire la Révolution française. Deux siècles d'historiographie. Ellipses, 2011, in-8°, 176 pp, broché, couv. illustrée, bon état

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Deux siècles après les événements, la Révolution française demeure un objet de débats et de controverses et il en fut ainsi dès les lendemains de 1789. Traditionnalistes nostalgiques de l'ordre ancien et libéraux conscients de devoir composer avec une évolution jugée inéluctable, républicains nostalgiques du jacobinisme triomphant ou marxistes qui voyaient dans les événements de 1789-1793 l'annonce des révolutions à venir, de nombreux penseurs, historiens et philosophes s'emparèrent de cet épisode majeur de l'histoire européenne pour l'interpréter selon leurs croyances ou leurs préjugés, en fonction aussi des avancées de la science historique. Evénement fondateur du monde contemporain, la Révolution est également étudiée aujourd'hui pour le sort qu'elle réserva à ses opposants ou pour sa volonté centralisatrice niveleuse des diversités régionales, pour la situation dans laquelle elle a maintenu les femmes ou la place qu'elle a réservée à la science... C'est la synthèse de ces lectures successives, des débats contemporains et des pistes nouvelles régulièrement ouvertes par une historiographie toujours dynamique que nous présente Jean-Joël Brégeon.

158.          BURROWS (Simon). French Exile Journalism and European Politics, 1792-1814. The Royal Historical Society, The Boydell Press, 2000, gr. in-8°, xvi-272 pp, 6 illustrations et 10 tableaux, appendices et index, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état. Texte en anglais

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"Simon Burrows, dans ce livre qui amplifie sa thèse, étudie treize périodiques qui, rédigés par des émigrés français, paraissent à Londres de 1776 à 1805. Pour la plupart, ils parviennent à durer en trouvant suffisamment d'abonnés (de 500 à plus de 3000) pour assurer l'équilibre de leur budget et pour, parfois même, leur procurer des bénéfices. Les lecteurs se recrutent non seulement parmi les Français mais aussi dans toute l'Europe et en Amérique du Nord comme en Amérique du Sud. Les marchands ou les militaires, les hommes politiques ou les simples particuliers recherchent en effet les informations qu'un vaste réseau d'informateurs fournit aux journalistes du Courrier de l'Europe, du Courrier d'Angleterre ou du Mercure britannique à la double version française et anglaise. Quand l'argent manque, les subsides des princes français et plus encore, à partir de 1804, les subventions du gouvernement anglais renflouent les caisses. Si le ministère anglais surveille les entreprises de presse, sa censure n'est pas toujours pesante. Les journalistes sont, en majorité, des professionnels. Ecclésiastiques, nobles ou roturiers, ils ont souvent appris leur métier à Paris avant la Révolution ou sous la monarchie constitutionnelle. Ces « amis du roi » utilisent ainsi les formats, les systèmes rubricaux et le style qu'ils ont de longtemps mis au point. Rompus à la guerre de propagande, ils sont monarchiens comme Mallet du Pan, Malouet ou Montlosier ou monarchistes comme Peltier ou Jacques Ladislas de Calonne. C'est dire si leurs jugements sont contrastés sur la Révolution. Les uns la lisent à travers le prisme théologique : le Bien contre le Mal, Dieu contre Satan. Les autres y voient « la force des choses » ou le poids des circonstances et s'attachent à étudier les différentes phases révolutionnaires. Burrows excelle à suivre les idées et les démarches des monarchiens qui restent ouverts à un compromis. Burrows soutient cependant que les deux «partis» ne s'affrontent pas autant qu'on l'a dit. Les membres de l'un et l'autre groupe s'écoutent et s'entendent quelquefois. Ainsi Jacques Ladislas de Calonne admet-il la nécessité, lorsque la Restauration viendra, de donner à la France une constitution intégrant certains acquis de la Révolution. La coupure entre les courants royalistes s'établit avec le Consulat. Les monarchistes sont déçus par Bonaparte : celui-ci, repoussant les avances de Louis XVIII, tue le duc d'Enghien. Sous le Monk espéré perce un Robespierre botté. Dès lors, les monarchistes construisent la légende noire de l'Ogre corse, se déchaînant à tel point contre lui que Burrows se demande si le torrent d'injures déversé n'a pas été une des causes importantes de la reprise de la guerre franco-anglaise et n'a pas rendu impossible, par la suite, toute négociation de paix. Au contraire, les monarchiens sont sensibles à la politique du dictateur qui, avec la paix religieuse, rétablit l'ordre et défend la propriété. Ils se rapprochent d'ailleurs si vite de lui que Burrows en vient à douter de leur anglophilie. Leur attachement au régime politique anglais regardé par eux comme un modèle serait-il un mythe ? L'ouvrage se recommande ainsi à l'attention des historiens de la Révolution et de l'Empire. Ils y trouveront des vues parfois nouvelles sur l'idéologie contre-révolutionnaire et sur l'impact qu'elle a pu avoir sur le monde du XIXe siècle. Un ouvrage de référence pour les chercheurs." (Jean-Paul Bertaud, Annales historiques de la Révolution française, 2002)

159.          CASTELNAU (Jacques). Le Comité de Salut public, 1793-1794. Hachette, 1942, in-8°, 256 pp, broché, couv. illustrée, bon état

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Un ouvrage captivant publié en 1941, donc un peu ancien, et qui pourtant n'a pas pris une ride.

160.          CASTELNAU (Jacques). Marat, « L'ami du peuple », 1744-1793. Hachette, 1939, in-8°, 256 pp, biblio, broché, couv. illustrée, bon état. On joint une photo imprimée d'un buste de Marat

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161.          CHAPPEY (Jean-Luc), Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent et Pierre Serna. Pour quoi faire la Révolution. Agone, 2012, pt in-8°, 200 pp, broché, bon état (Coll. Passé & présent)

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Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n’est pourtant pas morte. De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana’a, la révolution fait son retour dans l’histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d’une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd’hui plus personne. Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être plus justes pour le plus grand nombre. Il s’agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu’elle charrie de méprises et d’occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique. — Les auteurs sont membres de l'Institut d'histoire de la Révolution française.

162.          COBB (Richard). Les Tours de France de Monsieur Cobb. Editions du Sorbier, 1984, in-8°, 247 pp, traduit de l'anglais, broché, couv. illustrée, bon état

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"Les apprentissages d'un historien anglo-français." Souvenirs et réflexions de l'historien Richard Cobb sur le Paris de l'avant-guerre et de l'immédiat après-guerre où il a vécu et travaillé, la Révolution française et ses marginaux (sa spécialité), la province française à travers deux études sur Marseille et Le Havre. — "Ces études sont groupées en trois parties. La première, intitulée « les apprentissages d'un historien anglo-français » est le premier chapitre – un peu modifié – du livre intitulé A second Identity, essays on France and French Culture (Oxford, 1968). De ce chapitre, j'ai dit dans la Revue historique (octobre-décembre 1972, pp. 479-480) : « C'est une passionnante autobiographie de l'auteur qui sera précieuse aux historiographes. Nous comprenons maintenant pourquoi Richard Cobb a une « seconde identité », la française, qui lui permet de s'exprimer aussi parfaitement dans notre langue. Dans ce chapitre, Richard Cobb se montre, non seulement un bon historien, ce qu'on savait, mais un observateur perspicace et mordant de la France ». A la lecture de la traduction, je n'ai rien à changer à cette appréciation. J'insisterai, peut-être, sur le « mordant » car Cobb ne ménage rien, ni personne, et notamment pas Albert Soboul à qui il dut, en grande partie, de pouvoir vivre et travailler à Paris, de 1948 à 1951. Ce chapitre, avec de nettes exagérations, prend parfois l'allure d'un pamphlet. (...) La deuxième partie comporte « Trois études révolutionnaires ». L'une est la traduction de Reactions to the French Revolution (Oxford 1972), chapitre intitulé « La vie en marge ». J'en ai aussi rendu compte dans la Revue historique (janvier- mars 1980, pp. 137-138). Ici, également, je n'ai rien à modifier à son jugement : le livre de Richard Cobb « est consacré à l'impact de la Révolution sur les individus obscurs, qui n'ont joué qu'un rôle insignifiant dans le grand drame qu'à vécu la France de 1789 à 1804. Richard Cobb, pour connaître les réactions de ces hommes et de ces femmes devant la Révolution a interrogé surtout les archives judiciaires, dont l'exploitation systématique a ouvert à l'histoire un nouveau domaine. Il faut remarquer, toutefois, que pendant la période révolutionnaire, ces archives donnent plus de renseignements sur les adversaires de la Révolution que sur ses partisans. » Dans le chapitre traduit ici, Cobb a non seulement exploité la série BB18 des Archives nationales mais aussi Monsieur Nicolas, de Restif de la Bretonne. A ce chapitre sont joints la traduction de deux articles l'un sur « Robespierre et l'an II » paru dans Tour de France (Londres, 1979), l'autre intitulé « Thermidor ou l'adieu au rêve » publié dans le volume collectif History and Imagination, essays in honour of Hugh Trevor Roper (Londres 1980). Dans ces deux fragments, Cobb montre que Robespierre « à l'été de l'an II, [a senti que] le fossé entre les belles paroles et les brutales réalités s'était trop élargi (...) il a été saisi par le dégoût, le doute et le sentiment que tout ce qu'il avait prêché avec tant de zèle était inatteignable ». Par ailleurs, on trouve dans ces deux articles une analyse du calendrier révolutionnaire, de son symbolisme et de l'attachement que certains Français lui ont manifesté, longtemps après son abandon. La troisième partie du volume ne concerne pas l'histoire de la Révolution. Intitulée « le sentiment du lieu » il s'agit de souvenirs de Cobb sur le Xe arrondissement de Paris et sur la ville de Marseille. Ces impressions, comme toujours, sont très vivantes et aussi originales que leur auteur. Les tours de France de monsieur Cobb devraient atteindre un large public, car le livre se lit d'un trait." (Jacques Godechot, Annales historiques de la Révolution française, 1986)

163.          COINTAT (Michel). 1789, sept députés bretons à Versailles. France-Empire, 1988, gr. in-8°, 279 pp, biblio, broché, couv. illustrée, un cahier lég. débroché, bon état

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Sept représentants du Tiers-Etat de Rennes (J.-D. Lanjuinais, Le Chapelier, le père Gérard, J. Derfermon des Chapelières, J.-M. Glézen, Hardy de La Largère, Varin de La Brunellière). L'un d'eux a noté ses impressions et celles de ses amis dans son journal personnel.

164.          CUBELLS (Monique)(dir.). La Révolution française : la guerre et la frontière. Editions du CTHS, 2000, gr. in-8°, 527 pp, cartes, broché, couv. illustrée, pt accroc au dos, bon état

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La Révolution française et la guerre sont au centre des études réunies dans ce volume : guerre de conquêtes et guerres subies pour les uns, guerres de propagande et d'expansion révolutionnaire pour les autres. Les limites territoriales et les frontières, transgressées et bouleversées par les armées et les traités, tout autant que par les réseaux du commerce qui perdurent au-delà des mutations politiques, constituent un autre axe du recueil proposé. Les régions prises en compte ici vont des frontières du sud-est de la France aux grandes plaines du nord, sans oublier les villes portuaires érigées en sites défensifs, ni l'espace maritime lui-même, vu sous l'angle original de la guerre de course et de sa légitimité récusée. Enfin le regard porté sur la guerre, hors de France notamment, termine l'ouvrage : comment voyageurs et géographes ont-ils intégré la guerre à leurs récits et à leurs visions d'une Europe profondément bouleversée ?

165.          DARD (Emile). Un rival de Fersen, Quintin Craufurd. Flammarion, 1947, pt in-8°, 116 pp, 4 portraits hors texte, broché, couv. rempliée, numéroté sur vélin Alfa, bon état

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"Parmi les Anglais qui furent de fervents Parisiens, il en est un, Quentin Craufurd, qui a joué, en coulisse, un petit rôle dans la Révolution française et qui tient dans nos lettres un rôle honorable, au moins par l’amour qu’il leur a porté. Né en 1743, en Écosse, cadet d’une famille ancienne, nombreuse et peu fortunée, il entra au service de la compagnie des Indes, prit part à l’expédition de Manille, devint le représentant de la compagnie pour les Philippines, fit bien les affaires de ses employeurs et les siennes propres, reçut d’importantes missions aux Indes et, jeune encore, puissamment riche, vint, aussitôt après la paix de Versailles, se fixer à Paris. Il acheta l’hôtel Rouillé d’Orfeuil rue de Clichy, reçut tout ce qui se piquait d’anglomanie, prêta de l’argent à Talleyrand et fut présenté à la Cour. (...) Notre confrère, M. Émile Dard, a raconté dans un petit livre érudit comment Craufurd se prit d’un dévouement passionné pour Marie-Antoinette, comment il fit la connaissance de Fersen, comment il joua un rôle actif dans la préparation du voyage clandestin de la famille royale vers Metz, comment la monumentale berline préparée à cet effet fut entreposée dans son hôtel de la rue de Clichy, comment enfin, tandis que Louis XVI et les siens étaient arrêtés à Varennes, lui-même gagnait la frontière du Nord, la plus proche, par le plus court chemin. Il eut le courage de revenir à Paris en décembre 1791, puis lorsque la guerre fut déclarée le 20 avril 1792 s’éloigna, cette fois, pour dix ans." (Pierre Gaxotte, 1954)

166.          DIESBACH (Ghislain de). Histoire de l'Emigration, 1789-1814. Grasset, 1975, gr. in-8°, 579 pp, biblio, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

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De 1789 à 1814, 200.000 à 300.000 nobles, bourgeois, et ecclésiastiques ont été contraints de fuir la France de la Révolution et de l'Empire. Dépouillés de leurs biens, persécutés pour leur foi, menacés dans leur existence même, ces gens ne sont le plus souvent partis qu'à contrecœur, pleurant le pays qu'ils fuyaient et pleins de défiance à l'égard de celui qui les accueillait. Sans négliger l'histoire politique du mouvement et en puisant dans une masse considérable de souvenirs, Mémoires, lettres ou journaux intimes, Ghislain de Diesbach s'est attaché à la description de ces petites communautés françaises dispersées de Bruxelles à Coblence, de Naples à Pétersbourg, de Lisbonne à Philadelphie.

167.          FAYET (Joseph). La Révolution française et la science, 1789-1795. P., Marcel Rivière, 1960, in-8°, 498 pp, index, broché, bon état. Peu courant

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"Cette longue étude est divisée en deux parties à peu près égales : la « rupture avec le passé », « la tradition retrouvée », c'est-à-dire qu'il analyse d'abord l'aspect destructif de l'oeuvre révolutionnaire, ensuite son oeuvre constructive. (...) Un gros et utile livre. Il manquait. Et cet ouvrage est une incontestable réussite." (D. Ligou, Revue d'histoire économique et sociale, 1961)

168.          GIRAULT de COURSAC (Paul et Pierrette). Enquête sur le procès du roi Louis XVI. La Table Ronde, 1982, fort in-8°, 660 pp, 12 pl. de gravures et fac-similés hors texte, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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"Ce gros ouvrage est destiné à démontrer que Louis XVI n'était pas coupable des « crimes » dont la Convention l'a accusé. Il est divisé en trois parties. La première (132 pages) expose dans quelles conditions le procès a été introduit. La deuxième, la plus longue (457 pages) réfute, un à un, tous les chefs d'accusation énoncés contre le roi. La troisième, très courte (61 pages) est consacrée au jugement du roi et à l'examen critique des séries de votes à la suite desquels la condamnation a été acquise." (Jacques Godechot, Annales historiques de la Révolution française, 1983)

169.          GOEPP (Edouard). Les Grands Hommes de la France. Hommes de guerre. Première série. P., Librairie Ducrocq, 1872-1874, 2 vol. in-12, viii-375 pp, 16 gravures, 3 cartes dépliantes hors texte, cart. toilé rouge de l'éditeur, dos lisse avec titres et décorations à froid, encadrements floraux à froid sur les plats, cartonnage lég. décoloré, bon état

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Kléber (1753-1800) ; Desaix (1768-1800) ; Hoche (1768-1797) ; Marceau (1769-1796) ; Daumesnil (1776-1833) ; Etats de services en appendice.

170.          GUENIFFEY (Patrice). La Politique de la Terreur. Essai sur la violence révolutionnaire, 1789-1794. Fayard, 2000, gr. in-8°, 376 pp, chronologie, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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On n'écrit plus guère sur la Terreur. Cet épisode central de la Révolution française, l'un des plus mystérieux et des plus controversés, n'a cessé de hanter notre histoire contemporaine. Il a prêté à des interprétations nombreuses, inconciliables, souvent polémiques, rarement impartiales. Aucune, à ce jour, n'a pu en épuiser le sens et la portée. Cet ouvrage veut éclairer l'histoire de la Terreur en interrogeant ses origines, ses ressorts, ses modalités et la rhétorique qui lui tenait lieu de légitimité. Il décrit ce que doit la violence révolutionnaire à l'héritage de l'Ancien Régime. Il tente d'élucider la relation complexe entre Terreur et violence, entre idéologie et Terreur. Il clôt le débat sur la part des circonstances dans la dérive terroriste de l'an II. Instrument de la politique révolutionnaire, la Terreur ne se laisse pas enfermer dans des bornes chronologiques, écrit Patrice Gueniffey. Elle fait irruption dans le discours comme dans les pratiques dès 1789 : elle apparaît avec la Révolution pour ne disparaître qu'avec elle. Pourtant, on ne peut confondre les deux histoires. C'est en montrant ce qui les sépare qu'on découvre leur secrète parenté. Livre d'histoire politique, attentif aux événements, aux idées, aux passions comme aux destins individuels, cet essai invite à relire l'histoire de la Terreur dans le langage serein de la vérité.

171.          HUCHET (Patrick). Georges Cadoudal et les chouans. Rennes, Ouest-France, 1998, gr. in-8°, 367 pp, préface par Bertrand Frélaud, 16 pl. d'illustrations en couleurs hors texte, 39 gravures et fac-similés dans le texte, cartes, biblio, chronologie de la Révolution et de la chouannerie en Bretagne, broché, couv. illustrée, bon état

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"Ce livre, consacré au destin exceptionnel de Cadoudal (1771-1804), est beaucoup plus qu'une biographie. L'auteur, dont l'information est très sûre, a pris le soin, dans les trois premiers chapitres surtout, de présenter les spécificités de la province de Bretagne à la fin de l'Ancien Régime, à travers un tableau très clair de ses institutions et de ses catégories sociales, ainsi que des modes de vie, des loisirs, et des sensibilités des campagnes durant la période révolutionnaire. Le jeune C., Morbihanais d'origine aisée, est présenté comme un héros vaillant et déterminé, dès son plus jeune âge. L'auteur nuance toutefois cette légende héroïque en observant le silence des archives départementales mais conclut en accordant davantage de confiance aux récits anciens qu'à une étude renouvelée de son héros pour lequel il marque une sympathie affirmée. L'aventure de la chouannerie de Bretagne est contée de manière très vivante, comme une suite d'épisodes héroïques et de bravoure sans faille. L'expédition des émigrés français, aidés par les Anglais, à Quiberon (juin 1795) voit C. tenter d'entreprendre des manoeuvres diplomatiques délicates, jouant la pacification avec les autorités républicaines de la Convention thermidorienne tout en participant activement aux menées des royalistes. Deux tempéraments militaires bien trempés s'affrontent : Hoche et C., « général de Vannes », devenu le chef adoré des Chouans. Après le coup d'Etat de Fructidor (septembre 1797) contre les royalistes, C. devient le héros unique de la résistance à la Révolution et le chef de la seconde chouannerie, hostile au jeune Bonaparte qu'il rencontre le 24 février 1800. La suite est connue, la conspiration contre le Premier Consul en 1803, l'arrestation, le procès et l'exécution de C. le 25 juin 1804." (Annie Duprat, Dix-huitième Siècle, 1999)

172.          KROPOTKINE (Pierre). La Grande Révolution, 1789-1793. P.-V. Stock, 1912, fort in-12, vii-748 pp, 3e édition, reliure pleine toile noire, dos lisse avec titres dorés et filets à froid, encadrements à froid sur les plats, très bon état, ce qui est rare pour cet ouvrage fragile (Bibliothèque Historique, 3)

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Une révolution, c'est infiniment plus qu'une série d'insurrections dans les campagnes et les villes... Une révolution, c'est le renversement rapide, en peu d'années, d'institutions qui avaient mis des siècles à s'enraciner dans le sol et qui semblaient si stables, si immuables que les réformateurs les plus fougueux osaient à peine les attaquer dans leurs écrits. Dans cet ouvrage paru en 1909, Pierre Kropotkine livre sa lecture de la Révolution française de 1789. Analysant les ressorts des évènements, il dévoile le rôle réellement révolutionnaire du peuple, tandis qu'il décrypte les ambiguïtés, les lâchetés et la grande peur des bourgeois et des intellectuels face aux soulèvements populaires et à leurs idées communistes. Une histoire passionnante.

173.          LATZKO (Andréas). Le général Lafayette. Grasset, 1935, in-8°, xi-432 pp, traduit de l'allemand par Alexandre Vialatte, biblio, tiré sur alfa Navarre, broché, couv. illustrée, bon état

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"Les Allemands, si nous n'y prenons garde, envahiront l'Histoire de France comme ils ont envahi en 1914 une dizaine de départements français et ils y feront les mêmes dégâts. Après la Marie-Antoinette de l'autrichien Stéfan Zweig qui avait l'originalité de soulever les rideaux de l'alcôve royale, voici un La Fayette bien inférieur en mérites. C'est un pamphlet assez grossièrement monté. Louis XV et Louis XVI y paraissent comme des ogres : l'ogre du lit et l'ogre de la table. Choiseul, un nigaud ; le duc de Broglie, « un soudard indulgent » ; Rochambeau comme un vieux maniaque... Seul le comte de Grasse dont on a voulu faire, ces dernières années, dans une intention louable de réhabilitation, le grand vainqueur de Yorktown, est remis à sa vraie place qui n'est pas la première. (...) Le gros défaut d'un livre comme celui-ci est précisément de ne jamais remonter aux sources. Une seule fois, lorsqu'il relate la tentative de fuite d'Olmutz, à l'époque du long internement de La Fayette en Autriche, le biographe, sans doute parce que ce riche dépôt est à portée de sa main, cite « les merveilleùses archives de la police viennoise » qui contiennent les procès-verbaux de tous les interrogatoires des conjurés. Tout de suite, le ton change ; le détail inédit abonde et l'on quitte la libelle pour entrer dans l'Histoire." (J.-E. Weelen, Revue des études historiques, 1935)

174.          LE MENUET de LA JUGANNIÈRE (Baron). Un héros vendéen. Le Général de Lyrot. Firmin-Didot, 1936, pt in-8°, xii-155 pp, préface d'Emile Gabory, un portrait du général de Lyrot en frontispice et un fac-similé hors texte, 3 cartes, annexe, broché, tache d'encre en marge sup., sinon bon état

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Vachon, 3202 : « Biographie de Lyrot de la Patouillère, chef de la division du Loroux de l’armée vendéenne. On le suit avec ses hommes jusqu’aux portes de Nantes, à Cholet, dans la campagne d’Outre-Loire et jusqu’à Savenay où il périt. »

175.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Les Noyades de Nantes. Perrin, 1971, in-8°, 312 pp, 8 pl. de gravures hors texte, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

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Parmi les crimes de la Terreur, il n'en est pas de plus abominable que les Noyades de Nantes, et, dans les figures de la Révolution, il n'en est guère de plus répugnante que celle de Carrier, figure de bête de proie, non pas de tigre, mais de chacal et d'hyène, lâche et féroce à la fois. Car ce pro-consul devant qui tout Nantes tremblait, tremblait lui-même devant une épée, et à la bataille de Cholet il n'avait pas trouvé de monture assez rapide pour se dérober au contact des Vendéens ; mais, comme le disait Kléber, après la victoire il devait tuer. Et il tua en effet, et le perfectionnement de ces tueries, ce furent les noyades. Nul autre ne les avait inventées avant lui. La première est du 19 novembre 1793. Ce sont des prêtres qui inaugurent le système, des prêtres bretons, enfermés aux Capucins et qu'on en a retirés pour les transférer à la Sécherie. Les hommes de confiance de Carrier, les Lamberty, les Fouquet et leurs dignes acolytes ont préparé une gabarre dans laquelle on a pratiqué des soupapes ; on y entasse les malheureux prisonniers, puis on ouvre la soupape et la Loire, pénétrant dans la gabarre, emporte le bateau et les victimes. Si quelques-unes cherchent à s'échapper en nageant, on les repousse à coups de gaffe ou on les massacre à coups de sabre. Et le lendemain Carrier annonce à la Convention l'« événement d'un genre nouveau » qui a « diminué le nombre des prêtres». Le 10 décembre, ce sont encore cinquante-huit prêtres d'Angers qui vont, à leur tour, « boire à la grande tasse ». Puis le 14 décembre, ce ne sont plus des « calotins », ce sont des laïques, et non pas des aristocrates, mais des gens du peuple, des ouvriers, des laboureurs, des paysannes, prisonniers au Bouffay, où ils meurent de faim et sont rongés de vermine, qui sont précipités dans la « baignoire nationale ». « Quel torrent révolutionnaire que cette Loire ! » écrit le proconsul. Et le 12 janvier il se vantait d'y avoir fait passer déjà deux mille huit cents prisonniers. Et les noyades se succèdent ; hommes, femmes, enfants, tous y passent ; un jour, il y a une noyade de trois à quatre cents enfants. Le procédé est toujours le même : les gardes du corps de Carrier, les “Marats”, comme ils s'appellent, vont dans les prisons chercher les victimes – une fois jusqu'à huit cents, – on les lie deux à deux, on les jette à coups de pied et à coups de sabre dans le bateau ; on leur enlève tout ce qu'ils ont, jusqu'à leurs vêtements, et on les pousse dans le fleuve. Les calculs les plus modérés évaluent le nombre des noyés à près de cinq mille. Nous ne pouvons entrer dans les détails ; on les trouvera, précis et complets, dans la consciencieuse étude de M. Lenotre ; ils sont à faire frémir. « On n'a rien vu, dans l'histoire, de comparable en horreur », disait Napoléon Ier à Sainte- Hélène, en parlant de la dictature de Carrier. Et vraiment Ion se demande comment un peuple civilisé a pu se laisser entraîner à de tels excès et comment une grande ville comme Nantes a supporté sans révolte la tyrannie sanglante et brutale des Goullin, des Robin et des O'Sullivan. Ajoutons que le volume de M. Lenotre en est déjà à sa huitième édition ; c'est assez dire son intérêt et son succès. (Max. de la Rocheterie, Polybiblion, revue bibliographique universelle, 1912)

176.          LENOTRE (Théodore Gosselin, dit G.). Vieilles maisons, vieux papiers. Paris révolutionnaire. Cinquième série. Perrin, 1949, in-8°, 348 pp, 10 gravures hors texte, broché, très bon état

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La déesse Raison, Felhémèsi, Fille d'émigré, La Reveillière-Lépeaux, Laure Grouvelle, Les enfants célèbres, Paméla ou l'heureuse adoption, Le berger d'Etoges, Mademoiselle Lenormand, Baby et Bonbon, Le Compère Lunettes, Chodruc-Duclos.?

177.          LEVRON (Jacques). Le destin de Madame du Barry. Berger-Levrault, 1961, pt in-8°, 251 pp, 30 portraits, photos, gravures et fac-similés dans le texte et à pleine page, notes, biblio, reliure toile éditeur, jaquette (lég. abîmée), bon état

            20

La fin d'une courtisane...

178.          MAZAURIC (Claude). Sur la Révolution française. Contributions à l'histoire de la révolution bourgeoise. P., Editions Sociales, 1970, in-8°, 238 pp, avant-propos d'Albert Soboul, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

8 études érudites : Sur une nouvelle conception de la Révolution ; Sur l'Ancien Régime et la Révolution ; Note sur l'emploi de 'régime féodal' et de 'féodalité' pendant la Révolution Française ; Babouvisme et conscience de classe ; Sur le patriotisme jacobin : l'Angleterre vue de Rouen ; Libéralisme et dirigisme à Rouen en 1792 ; Vendée et chouannerie. — "A tout prendre, je préfère les déductions claires et logiques de Soboul et de Mazauric aux raisonnements confus et fumeux de François Furet." (Jacques Godechot)

179.          REICHER-SGRADI (Reuben). La Survie de Louis XVII. Jérôme Martineau, 1967, gr. in-8°, 179 pp, appendices pp. 149-177, reliure demi-chagrin noir, dos à nerfs fileté et fleurons fleur-de-lysés dorés, couv. illustrée et dos conservés (rel. de l'époque), mors frottés, bon état

            35

On trouve en appendice d’intéressants textes comme celui intitulé « Les mèches de cheveux expertisées par le Dr. Locard ». — "Ouvrage d'un naundorffiste convaincu." (Parois, 895) — "Ne ratez surtout pas ce personnage, il est fabuleux ! Sur l'énigme de Louis XVII, plus de 4200 auteurs ont écrit. Mais aucun, certainement, n'avait l'étonnant, l'inquiétant, le stupéfiant mystère du dernier d'entre eux, M. Reicher-Sgradi. Sur son héros, Reicher-Sgradi, un petit homme brun, aux mains agiles et aux yeux sombres, est catégorique : il a survécu à son incarcération ; il est devenu le fameux Naundorf (en vieil allemand: «pas mauvais bourg», autrement dit: «bon bourg», autrement dit Bour(g)... bon I...) mort horloger et père de famille nombreuse à Delft, en Hollande, après avoir fait fortune grâce à l'invention de la bombe à shrapnell. Pour appuyer sa thèse, il cite des milliers d'anecdotes et de coïncidences qui ne peuvent pas en être ; il livre également 611 documents inédits qu'il a mis vingt ans à amasser à travers les bibliothèques et les chancelleries du monde entier. Avoir découvert 611 documents restés ignorés de ses 4200 confrères historiens qui se sont penchés sur cette énigme, est, en soi, un exploit exceptionnel. Mais s'il a pu le réaliser, c'est que M. Reicher-Sgradi est lui même un personnage extraordinaire. Il est roumain. Déporté, il est resté marqué par les sévices qu'il a subis durant cette période de sa vie, et c'est – paradoxe I – à eux que nous devons qu'il soit devenu écrivain ; il souffre d'un mal chronique qui le prive pratiquement de sommeil. Et pour peupler ses heures d'insomnie, il écrit... Car si c'est sa vocation profonde, ce n'est que son second métier. En réalité il est « prévisionniste », c'est-à-dire que, spécialiste des problèmes agricoles, il étudie la conjoncture économique de certains pays pour en déduire leur proche avenir. Il serait peut-être ministre dans son pays natal, actuellement, si de graves divergences de vues avec ceux qui y détiennent le pouvoir ne l'avaient contraint à émigrer, il y a dix-huit ans, et à se fixer en France où il vit depuis. Mais il a conservé des «contacts» (impressionnants, sernble-t-il...) avec les pays de l'Est. Et les documents sur lesquels il base les études qu'il établit pour la FAO, la Banque Internationale, l'UNESCO, sur la rentabilité de tel ou tel pays en voie de développement, feraient parfois pâlir d'envie les spécialistes des meilleurs réseaux de renseignement du monde... Discret, aimable, souriant, disert, il est, au passage, devenu lui-même milliardaire et parle de son château du Médoc ou de sa propriété de Provence, comme un Parisien moyen de sa maison de campagne. Pour lui, tout cela ne semble qu'un jeu et les seules choses qui lui semblent vraiment sérieuses c'est de savoir si oui ou non Louis XVII était bien Naundorf, si Jeanne d'Arc a été brûlée à Rouen, ou si Martin Bormann est vivant...Ses vues sur le passé et ses explications de l'histoire sont surprenantes ; celles que lui inspire le présent ne le sont pas moins. Il se meut dans les ressorts occultes des puissances de ce monde avec « l'aisance d'un poisson dans l'eau » comme aurait dit Mao Tsé-toung d'un combattant de la révolution... Il explique, ainsi, par exemple, la politique étrangère du général de Gaulle « C'est le plus grand chef-d'oeuvre de Malraux. Celui-ci est, en effet, resté un pur marxiste, quoi qu'on en dise. Et il est parvenu à conditionner de Gaulle au point de lui faire faire de bonne foi la politique qui sert son idéal secret ! » Evidernent, ce n'est pas forcément vrai, il s'en faut. Mais avouez que c'est une idée qui donne à rêver pour une journée de vacances ! Et des idées de cette sorte, Reicher-Sgradi en a une à la minute..." (un journal suisse de 1967)

180.          SAINT-GERMAIN (Jacques). La seconde mort des rois de France. Hachette, 1972, gr. in-8°, 271 pp, biblio, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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Les premières nécropoles royales ; Les particularités du cérémonial funèbre ; La destruction des sépultures dyonisiennes. — Après avoir rappelé sommairement l'histoire de l'abbaye de Saint-Denis et les conditions des obsèques des rois de France, l'auteur en arrive à ce qui lui tient à coeur : le viol des sépultures royales sous la Terreur. II en rend principalement responsable Barère. Le livre se termine par le récit du « rétablissement des sépultures royales » à Saint-Denis, le 19 janvier 1817

181.          SÉNAC de MEILHAN (Gabriel). L'Emigré. Illustrations de Henri Patez. Grenoble, Roissard, 1960, 3 vol. gr. in-8°, 159, 189 et 180 pp, 16 planches d'illustrations hors texte, brochés, couv. rempliées, bon état. Un des 974 ex. imprimés sur Vélin pur fil Lafuma et numérotés, réservés au Cercle des Professeurs Bibliophiles de France

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Sénac de Meilhan (1736-1803) avait été intendant d'Aunis, de Provence, de Hainaut ; il émigra en 1790, parcourut l'Europe et fut pensionné par Catherine II. “L'Emigré”, un roman par lettres qu'il publia en 1797, avait été écrit quatre ans plus tôt. "Le roman, qui est agréable, n'est que pour la forme. C'est surtout une étude historique dans laquelle l'auteur, tantôt sous le couvert du président de Longueil, tantôt sous celui du marquis de Saint-Alban, nous communique ses impressions personnelles sur le grand bouleversement de la fin du XVIIIe siècle." — "Il est français, beau, noble, blessé. Elle est allemande, belle, noble, mariée. Elle le recueille dans son château au bord du Rhin, il la sauve d'un incendie. Ils ne pouvaient pas ne pas s'aimer. Sous la plume de Sénac de Meilhan, fils d'un médecin du roi, grand serviteur de l'Etat monarchique, l'anecdote sentimentale devient le révélateur des tensions et des contradictions dans une Europe bouleversée par la Révolution. Car "tout est vraisemblable, et tout est romanesque, dans la Révolution de la France". Des aristocrates en exil sont contraints au travail manuel, certains sont gagnés par les valeurs nouvelles du mérite personnel et par le refus du classicisme à la française. Les frontières idéologiques et les lignes de partage politique sont déplacées par ce roman, publié à Hambourg en 1797, qui voudrait être le substitut d'une histoire de l'émigration. “L'Emigré”, ce sont ces royalistes qui ont fui une France à feu et à sang, mais aussi tous les exilés qui, loin de chez eux, sont à la recherche de leur identité." — "L’émigré est un roman par lettres paru à Brunswick en 1797, roman cosmopolite, plus vivant, plus émouvant et plus vrai que Corinne." (Pierre Gaxotte, 1954)

182.          SOBOUL (Albert). Dictionnaire historique de la Révolution française. Publié sous la direction scientifique de Jean-René Suratteau et François Gendron. PUF, 2004, fort pt in-8°, 1132 pp, qqs cartes et plans, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Quadrige Dicos Poche)

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Ni polémique, ni hagiographique, ce Dictionnaire de la Révolution française est une mise en forme alphabétique des hommes, des faits, des choses qui, d'une manière ou d'une autre, ont apporté à la Révolution ses audaces, ses enthousiasmes, ses erreurs, ses fautes, ses succès et ses échecs. Il essaie de définir ce qu'a pu signifier la Révolution pour ses propres contemporains, selon qu'ils étaient auteurs, acteurs ou spectateurs, en ont tiré quelques bénéfices ou au contraire en ont souffert. Cela pour, dans la lignée de Georges Lefebvre, "comprendre la Révolution plutôt que d'essayer de la penser" comme Albert Soboul le souhaitait. Plus de mille entrées complétées de renvois ou références et d'une bibliographie particulière, un Tableau chronologique synoptique, une Bibliographie générale, un Aperçu historiographique font la richesse de ce dictionnaire-référence permettant de poursuivre l'étude de la Révolution française et de répondre à la question fondamentale : que représente l'idée révolutionnaire dans notre monde actuel ? Mis en chantier par Albert Soboul et François Gendron, historien québécois, ce dictionnaire fut achevé, après la mort prématurée d'Albert Soboul, grâce à la co-direction scientifique de Jean-René Suratteau, professeur émérite à l'Université de Dijon et de François Gendron.

183.          SOBOUL (Albert). Portraits de révolutionnaires. Messidor/Editions sociales, 1986, in-8°, 313 pp, avant-propos de Claude Mazauric, 11 portraits, broché, couv. illustrée, bon état

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"C. Mazauric et les Éditions Sociales ont édité à la mémoire du grand historien que fut Soboul une série de «portraits », empruntés, soit à des colloques (Romme), soit à des cérémonies commémoratives (Bara), soit à des articles parus en leur temps dans les Annales historiques de la Révolution française. Il s'agit (par ordre alphabétique) de Babeuf, Bara, Cloots, Couthon, Desmoulins, Grégoire, Hébert, Robespierre, Romme, Saint-Just, Mme Tallien. Ce qui, dans cette série de tableaux, m'a frappé, c'est dans le fond, le grand « œcuménisme révolutionnaire » du fervent robespierriste que fut l'auteur Ses héros sont toujours animés d'intentions élevées, même s'ils se trompent. Et il y a même pour Hébert ou pour Mme Tallien tant de « circonstances atténuantes » !" (Daniel Ligou, Dix-huitième Siècle, 1987)

184.          VALLENTIN (Antonina). Mirabeau avant la Révolution. – Mirabeau dans la Révolution. Grasset, 1946-1947, 2 vol. in-8°, xii-516 et 548 pp, biblio, brochés, couv. illustrées, bon état. Bien complet des deux volumes

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Par Antonina Silberstein dite Vallentin (1893-1957), intellectuelle allemande très proche de nombreuses figures de Weimar et d’écrivains, d’artistes et de scientifiques opposés à l’Allemagne hitlérienne. Elle était, depuis 1929, l'épouse de Julien Luchaire (1876-1962) – qui ne partageait pas les convictions de son fils Jean, directeur des “Nouveaux Temps”. Elle publia en 1940 un livre de témoignages et documents sur les atrocités allemandes en Pologne, ouvrage saisi dès juin 1940 par les autorités d'occupation. A cause de cet ouvrage et de sa judéité, elle se réfugia à Clermont-Ferrand durant l'Occupation, où elle écrivit cette monumentale et très détaillée biographie de Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791). Simone de Beauvoir jugeait l'ouvrage excellent (dans “La Force des choses”).

185.          VANDAL (Albert). L'avènement de Bonaparte. Plon, 1915, 2 vol. gr. in-8°, ix-600 et 540 pp, reliures demi-basne vermillon, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres et tomaisons dorés (rel. de l'époque), bon état

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I. La Genèse du Consulat. Brumaire. La constitution de l'an VIII ; II. La République consulaire, 1800. — « depuis la chute de Robespierre jusqu’à l’avènement de Bonaparte, un fait domine l’histoire politique de la Révolution : l’effort des révolutionnaires nantis, en possession des places et de l’influence, pour se maintenir au pouvoir, pour s’y perpétuer obstinément, malgré et contre la nation. » Importante étude analysant « comment Bonaparte s’empara du pouvoir, dans la France révolutionnée, et comment, affranchissant les Français de la tyrannie jacobine sans les courber encore sous la lourdeur de son despotisme, il posa les premières bases de la réconciliation et de la reconstitution nationales. » A noter une analyse remarquable de la constitution de l'an VIII au premier volume. Professeur à l’Ecole des Sciences politiques et membre de l’Académie française, Vandal se place au premier rang des historiens français.

186.          WALTER (Gérard). Le Comte de Provence. Frère du Roi, “Régent” de France, Roi des Emigrés. Albin Michel, 1950, in-8°, 460 pp, 16 pl. de gravures hors texte, note bibliographique, reliure demi-chagrin havane, dos à 4 nerfs filetés à froid avec fleurons fleur-de-lysés dorés, pièces d'auteur et de titre basane havane, couv. illustrée conservée, ex-libris Marcel Dunan (rel. de l'époque), bon état

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Importante biographie du comte de Provence, futur Louis XVIII. — "Gérard Walter n'est pas tendre pour Monsieur. Pour mieux résumer son opinion sur son héros, il a mis en exergue le fameux mot qu'aurait prononcé Marie-Antoinette sur son beau-frère : « Caïn ! Caïn ! » ainsi que le jugement de Napoléon sur le prince exilé. : « Faux comme Monsieur ». Il a pris, pour dresser ce portrait d'ailleurs excitant à lire à cause de la sorte de passion qu'on y découvre, des couleurs poussées au noir. Censeur dépourvu de bienveillance, il juge le comte de Provence avec une sévérité totale, il l'estime capable de toutes les bassesses et même de tous les crimes. (...) Cette sombre image, même si l'on tenté d'y mettre de nécessaires nuances, rend plus passionnante la psychologie complexe de Monsieur, et nous force à réviser certains jugements." (Chr. Melchior-Bonnet, Historia, 1951)

187.          WALTER (Gérard). Marat. Albin Michel, 1933, in-8°, 446 pp, biblio, broché, bon état (Coll. Les Grands révolutionnaires)

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"Les biographies de Marat oscillent généralement entre deux extrêmes : fou sanguinaire et martyr de la liberté. J'avoue en toute franchise que je ne me sens guère le courage de prendre place sur cette balançoire. Il me semble pourtant qu'en proclamant qu'une situation révolutionnaire exigeait des solutions révolutionnaires, Marat ne s'écartait pas outre mesure de ce qu'il est convenu d'appeler la logique et le bon sens." (Gérard Walter)

PREMIER EMPIRE

 

188.          BRACK (Antoine Fortuné de). Avant-postes de cavalerie légère. Souvenirs par F. de Brack. Biographie de l'auteur par le Lieutenant Prodhomme. Préface du Général Weygand. P., Berger-Levrault, 1942, fort pt in-12, lxiv-542 pp, une gravure en frontispice, une planche de croquis dépliante hors texte, reliure demi-basane noire, dos à 4 nerfs soulignés à froid, titres et fleuron napoléonien dorés (rel. de l'époque), bon état

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"La bible des cavaliers est écrite sous forme de cathéchisme, avec questions et réponses. Livre universel, il explique comment mener une charge et comment fabriquer du cirage en campagne, comment se servir de la lance et l'intérêt de l'usage de la pipe pour le cavalier léger. Plus, l'auteur, qui a servi sous Lasalle, Pajol et Colbert appuie ses démonstrations de souvenirs sur les campagnes auxquelles il a participé : 1809 en Autriche, 1812 en Russie, 1813 en Saxe, 1814 en France. Une seule victoire dont il omet de parler : celle remportée sur la belle Pauline Borghèse, soeur de l'Empereur." (Tulard, 220).

189.          BRETON (J.-B., dit BERTON). Précis historique, militaire et critique des batailles de Fleurus et de Waterloo, dans la campagne de Flandres, en juin 1815. Editions Douin, 2010, in-8°, 78 pp, broché, couv. illustrée, bon état. Réédition (texte entièrement recomposé) de l'édition de 1818

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Le général Berton présente une esquisse des faits tels qu’il les a vus; et cette esquisse, bien tracée et bien raisonnée, peut servir à jeter du jour sur des points jusqu’alors obscurs ou mal éclairés. Ce qu’il a écrit sur la bataille de Waterloo se rapporte plus particulièrement aux mouvemens de l’aile droite de l’armée française, dont la brigade, commandée par le général Lierlon, faisait partie. (Esprit des journaux, avril 1818). — J. B. BRETON dit BERTON : Général et conspirateur, né à Francheval, près de Sedan en 1769, décapité à Poitiers le 5 octobre 1822. Elève des écoles de Brienne et de Châlons, il entra, en 1792, comme sous-lieutenant, dans la légion des Ardennes, et fit, avec ce corps, les campagnes de l’armée de Sambre-et-Meuse, sous Moreau, obtint le grade de capitaine, et servit successivement sous Bernadotte et Victor. Il se distingua de la manière la plus brillante à Austerlitz, dans les campagnes de Prusse, à Friedland et en Espagne. Nommé général de brigade en 1813, il assista à la bataille de Toulouse, et commanda les dragons du général Excelmans à Waterloo. Rentré à Paris après le licenciement de l’armée de la Loire, il publia un Précis historique de la bataille de Waterloo, qui fut cité avec de grands éloges par les journaux libéraux.

190.          BROSSE (Jacques) et Henry LACHOUQUE. Uniformes et costumes du 1er Empire. Bordas, 1973, gr. in-8°, 223 pp, nombreuses illustrations en couleurs, reliure toile éditeur, jaquette illustrée, bon état (La Vie quotidienne des Français sous l'Empire)

            40

Jamais, dans toute l'histoire de France, le « prestige de l'uniforme » ne fut si grand. Et les tenues de la Grande Armée n'ont pas cessé de fasciner les générations successives des descendants de ses soldats. De 1804 à 1815, la France vécut en uniforme ; non seulement les militaires, mais tous ceux qui, à chaque échelon de la hiérarchie, représentaient l'Etat. Par son aspect iconographique, cet ouvrage peut aisément prendre place dans la série des grandes oeuvres consacrées à l'Empire. En outre, le texte recèle sous son style imagé et coloré la mise en valeur inédite d'un système de signes mis au point par l'Empereur lui-même qui permettait, par l'uniforme civil comme militaire, de repérer le rang des personnages. Celui-ci constituait donc une fiche d'identité, un masque qui dissimulait l'individu sous la fonction. Ce déchiffrement apporte sur l'Empire et son créateur, des lumières nouvelles et parfois surprenantes.

191.          CASTELOT (André). Bonaparte – Napoléon. Perrin, 1979, 2 forts vol. in-8°, 749 et 994 pp, 60 gravures et portraits, 24 cartes et plans, sources, reliures skivertex vert empire de l'éditeur, gardes illustrées, titres dorés au 1er plat et au dos, bon état

            40

Le Napoléon en deux volumes d'André Castelot est l'un des plus grands succès de l'édition française dans le domaine de l'Histoire. C'est par centaines de milliers que se comptent les lecteurs de chacun d'eux. D'Ajaccio à Sainte-Hélène, en passant par le Grand-Saint-Bernard, Austerlitz, Moscou, Waterloo, l'île d'Elbe, André Castelot a mis ses pas dans ceux de Napoléon Bonaparte pour respirer et restituer le décor de son prodigieux destin. Exploitant et mettant en valeur, avec son art célèbre du récit qui visualise les événements, les lieux et les personnages, une immense masse d'archives, de mémoires et de correspondance parfois inédits ou oubliés, il a écrit cette monumentale biographie si vivante, si colorée, si passionnante que depuis trente ans, son public se renouvelle sans cesse. Le premier tome – Bonaparte – nous conduit de la naissance au sacre. Le second tome – Napoléon – part de l'instant où, le 2 décembre 1804, l'Empereur, accomplissant son premier geste de souverain, ceint d'une couronne le front de son épouse. Il se termine le 15 décembre 1840, quand les cendres de Napoléon, rapatriées de Sainte-Hélène, pénètrent sous le dôme étincelant des Invalides. — Tome 1 : D'Ajaccio à Notre-Dame, André Castelot a mis ses pas dans ceux de Bonaparte pour respirer et restituer le décor de son prodigieux destin. Il nous conduit dans une Corse devenue française quinze mois avant le 15 août 1769, pour nous raconter la naissance de Napoleone Bonaparte ; et nous mène jusqu'à ce 2 décembre 1804 qui le vit à Notre-Dame de Paris tourner le dos au pape, saisir la couronne impériale et se la poser lui-même sur la tête. Exploitant et mettant en valeur, avec son art célèbre du récit qui fait vivre les événements, les lieux et les personnages, une immense masse d'archives, de mémoires et de correspondances parfois inédits ou oubliés, il a écrit cette monumentale biographie, si colorée, si passionnante, que depuis sa première publication son public se renouvelle sans cesse.

192.          CHATELLE (Albert). Napoléon et la Légion d'Honneur au camp de Boulogne, 1801-1805. P., Editions Friedland, 1956, gr. in-8°, v-206 pp, préface de Son Altesse Impériale le Prince Napoléon, 80 gravures hors texte, broché, couv. illustrée (très lég. salie), bon état, Exemplaire du tirage spécial de l'édition originale numéroté sur papier vélin bouffant Excella

            40

L’ouvrage de M. Chatelle, de l’Académie de Marine, présente le récit du Camp de Boulogne de 1801 à 1805 et justifie cette entreprise stratégique qui aurait pu changer la face du monde de l’époque en cas de réussite du passage de l’Armée française en Angleterre. L’époque est un des moments cruciaux de l’histoire du Consulat et de l’Empire. On verra combien était complexes les questions que Napoléon eut à régler. La rupture de la Paix d’Amiens, les évènements intérieurs, les menaces contre la France que les moindres épreuves faisaient apparaître, les affaires ou se mêlaient les entreprises les plus graves et le merveilleux dont l’époque fut comblé, c’est tout cela qui apparaît dans cette histoire du Camp de Boulogne. La préparation de la campagne contre l’Angleterre est soigneusement et minutieusement rapportée. On voit l’Empereur aux prises avec tous les détails des projets, de leurs réalisations et le reflet de son intense activité telle qu’elle paraît dans les ordres que l’auteur rapporte fidèlement...

193.          DENIS (Abbé Georges). Au temps de Napoléon. Conférences données à la Salle du Chapeau Rouge de Nantes en 1929. Savenay, Imp. Roumegoux & Cie, 1929, in-12, 313 pp, broché, pt morceaux de scotch au dos, bon état

            25

Le Concordat. Le Sacre. L'Impératrice Joséphine. Marie-Louise et le Roi de Rome. La Rupture avec Rome. La Tragédie de Fontainebleau. Sainte-Hélène.

194.          DRIAULT (Edouard). Napoléon et l'Europe. Austerlitz. La fin du Saint-Empire (1804-1806). Félix Alcan, 1912, in-8°, vi-492 pp, catalogue Alcan de juillet 1911 in fine (36 pp), broché, état correct

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"M. Driault a pris pour thème principal de ses travaux la politique extérieure de Napoléon ler. Ce volume a pour objet l'établissement de l'Empire napoléonien, sa consécration successive par la religion à Paris et la victoire à Austerlitz. Fidèle à sa méthode, l'auteur s'est préoccupé plutôt d'être clair que d'être original ; çà et là il a glissé quelques digressions critiques à l'adresse de ses prédécesseurs, notamment Albert Sorel et même Thiers. Il rejette sur Napoléon la principale responsabilité de la rupture de la paix de Lunéville comme de celle d'Amiens. Il reprend avec quelques détails nouveaux certains développements de ses premiers ouvrages, principalement sur les affaires d'Orient et sur les précédents du mariage d'Eugène de Beauharnais..." (Revue des questions historiques, 1912)

195.          DUNAN (Marcel). Napoléon et l'Allemagne. Le système continental et les débuts du royaume de Bavière, 1806-1810. (Thèse). Plon, 1942, fort in-8°, xvi-763 pp, biblio, index, broché, bon état

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Etude définitive, de loin le meilleur livre sur le système continental de Napoléon. — "Prenant pour cadre le royaume de Bavière, qui fut la création la plus logique et la plus durable de Napoléon en Allemagne, Marcel Dunan a largement débordé son sujet pour apporter une contribution précieuse à l'histoire européenne. Grâce à une étude approfondie de l'histoire économique et à une utilisation large et judicieuse des sources et travaux étrangers, trop méconnus par ses prédécesseurs, il a renouvellé l'histoire des rapports réciproques de Napoléon et de l'Allemagne. Après avoir expliqué comment l'Empereur fut amené à créer le royaume de Bavière comme un bastion contre les Habsbourg, il expose les débuts de ce royaume de 1806 à 1810, sous tous les aspects ; il montre comment l'influence de la Révolution française agit à tous les points de vue : politique, social, économique, intellectuel, etc., sur m'évolution de ce pays. La Bavière n'est toutefois qu'un champ d'études qu'il utilise pour comprendre et expliquer la politique générale de l'Empereur vis-à-vis de l'Allemagne. Le chapitre sur le Blocus Continental est une révélation par la précision de ses données, l'ampleur de sa documentation et la clarté de ses vues..." (Prière d'insérer) — "Des travaux sur le blocus et sur le système continental se détachent, précisément, ceux de Marcel Dunan, au premier rang desquels : Napoléon et l'Allemagne. Le systéme continental et les débuts du royaume de Bavière 1806-1810, spécialement ses deux exposés fondamentaux : I. Le Blocus continental, II. La défensive et l'offensive économique française, p. 273-288, 321-333, notes p. 674-688, 686-718. (...) L'ouvrage de M. Dunan sur le royaume de Bavière entre 1806 et 1810 apporte une riche moisson de renseignements sur l'application du blocus et sur celle du système continental, non seulement dans cet état mais encore dans d'autres pays allemands. On y voit, par exemple, que contrairement à ce que l'on pourrait croire, le décret de Berlin ne fut pas introduit dans les états de la Confédération du Rhin en tant que tels, mais uniquement dans les provinces d'Allemagne occupées par les troupes françaises ou administrées par des fonctionnaires de l'Empereur. (...) Marcel Dunan a également analysé les côtés conquérants du système continental et montré que celui-ci, une fois la ruine de l'Angleterre assurée par le blocus, devait ouvrir aux manufacturiers français, par la contrainte, puis par habitude, « tous les débouchés, toute la consommation, de l'Allemagne, de la Hollande, de la Prusse et de l'Italie ». Comme le disait Montgaillard, l'un des inventeurs du blocus continental, « les princes et les états de l'Allemagne doivent être les lieutenants et, pour ainsi dire, les colonies continentales de l'Empire ». C'est pourquoi les produits fabriqués français bénéficiaient de faveurs à l'entrée des états du Rheinbund alors que les produits industriels allemands étaient, en France, comme s'ils avaient été anglais..." (Roger Dufraisse, Revue du Souvenir Napoléonien, 1993)

196.          GOURGAUD (Général Baron). Sainte-Hélène. Journal inédit de 1815 à 1818, avec préface et notes de MM. le vicomte de Grouchy et Antoine Guillois. Editions Douin, 2009, 2 vol. in-8°, 376 et 378 pp, texte entièrement recomposé, brochés, couv. illustrée, bon état

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Une source précieuse pour l'étude de la bataille de Waterloo et la captivité de Sainte-Hélène. Le journal, qui commence en juin 1815 et s'achève en mars 1818, a été rédigé pendant la durée du séjour de Gourgaud à Sainte-Hélène. (Tulard, 647) — "Moins soucieux que Las Cases de l'effet littéraire ... son journal est plus vivant, de chronologie plus sûre, et plus précis. Aucun des écrivains de Sainte-Hélène n'a rendu comme Gourgaud l'accent et le geste du maître ; et parfois, à sa fidélité se joint un sens réel du pittoresque de la vie." (Gonnard, Les Origines de la légende napoléonienne).

197.          LACHOUQUE (Commandant Henry). Le Secret de Waterloo. Amiot-Dumont, 1952, in-8°, 329 pp, cartes, biblio, reliure demi-basane carmin, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés, couv. illustrée conservée, bon état

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"Le soir de la bataille de Ligny (16 juin 1815), Napoléon a admis une fois pour toutes que Blücher, durement étrillé, se repliait sur Namur ; ce fut pour le voir reparaître sur sa droite, dans l'après-midi du surlendemain. D'où la catastrophe de Waterloo... On recommandera sur ce sujet si controversé l'ouvrage, qui semble définitif, du commandant Lachouque : Le secret de Waterloo." (Eddy Bauer, Revue Militaire Suisse, 1953) — "Un livre écrit dans un style nerveux et étincelant par un napoléonisant de vieille date à qui l'on doit quelques excellents travaux." (Albert Duchesne, Revue belge de philologie et d'histoire)

198.          LACOUR-GAYET (Georges). Talleyrand. Préface de François Furet. Payot, 1991, fort in-8°, xvii-1454 pp, notes, index, reliure cartonnée illustrée de l'éditeur, bon état

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"Des ouvrages importants écrits par M. Lacour-Gayet et qui lui ont valu un siège à l'Institut de France, nul ne dépasse en intérêt ainsi qu'en valeur sa biographie de Talleyrand. Cet ouvrage sera-t-il, comme l'ont dit des critiques autorisés, un livre définitif sur le trop célèbre évêque d'Autun ? Nous le croyons, au moins pour la plus grande partie. M. Lacour-Gayet a excellement bien interprété le caractère ondoyant, souple et dissimulé de ce personnage qui servit tant de régimes divers sans s'y montrer fidèle, sauf au dernier, pour lequel la vieillesse et la mort le rendirent inoffensif. C'est toute la vie politique, la vie privée, la vie morale du personnage que retrace l'auteur dans une synthèse pénétrante, solide et pittoresque. Les qualités de Talleyrand, ses mérites, car il en eut comme il eut des défaillances et des vices, sa vaste intelligence, sa rouerie, ses incomparables aptitudes diplomatiques, son habileté à faire passer ses insuccès pour des victoires, apparaissent burinés avec talent et exactitude dans des tableaux où se déroulent les divers événements caractéristiques d'une carrière exceptionnelle non moins qu'extraordinairement remplie. Jamais jusqu'ici n'avaient été aussi bien retracés notamment les rapports de Talleyrand avec Napoléon – faveur et disgrâce – sa libération du caractère ecclésiastique, sa liaison et son mariage avec Mme Grant, le luxe de son existence intime, etc." (A. de Ridder, Revue belge de philologie et d'histoire)

199.          LAS CASES (Comte Emmanuel de). Las Cases, le mémorialiste de Napoléon. Fayard, 1959, in-8°, 412 pp, biblio, cart. éditeur, gardes illustrées, bon état (Coll. Le Temps et les destins)

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"Dans ce récit de la vie mouvementée du mémorialiste de Napoléon, nous voyons en particulier les raisons qui poussèrent Las Cases à suivre Napoléon à Sainte-Hélène, puis à le quitter dix-huit mois plus tard." (Revue française de science politique, 1959)

200.          LENTZ (Thierry). Savary. Le séide de Napoléon (1774-1833). Metz, Editions Serpenoise, 1993, in-8°, 320 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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”Si l’Empereur disait à Savary de vous tuer, il vous prendrait tendrement par la main et vous dirait : je suis au désespoir de vous envoyer dans l’autre monde, l’Empereur le veut ainsi”. Tel est le portrait du second ministre de la Police de Napoléon que dressa un de ses contemporains. Savary (1774-1833) participa aux guerres révolutionnaires et à l’aventure égyptienne avant de devenir l’aide de camp de Bonaparte. Il brûla alors les étapes, occupant d’importantes fonctions militaires et diplomatiques. A 36 ans, il succéda à Fouché au ministère de la Police générale. Il apparut toujours de son propre aveu, comme le ‘’séide” de Napoléon. Savary, duc de Rovigo, a en effet contribué à écrire certaines des pages les plus noires de l’histoire du Consulat et de l’Empire : exécution du duc d’Enghien, ‘’souricière” de Bayonne, répression en Espagne, arrestation et détention du pape... Au gouvernement, il fut un des artisans du durcissement du régime napoléonien à son apogée. Malgré l’affaire Malet, Napoléon lui conserva sa confiance pendant les Cents-Jours, ce qui valut à Savary un long et aventureux exil à la Restauration. Rentré sous la Monarchie de Juillet, il participa avec brutalité, à la ”pacification” de l'Algérie. Avec Savary, exécutant fidèle et dévoué, c’est souvent l'envers du décor de l’épopée napoléonienne qui est présentée dans cet ouvrage.

201.          LOLIÉE (Frédéric). Talleyrand. Du Prince de Bénévent au Duc de Morny. Tome 1 : Talleyrand et la société française depuis la fin du règne de Louis XV jusqu'aux approches du Second Empire. – Tome 2 : Talleyrand et la société européenne. Vienne, Paris, Londres, Valençay. Suivi d'une Galerie anecdotique et critique des principaux personnages cités dans la première et deuxième partie de cette histoire d'un homme et d'un siècle. P., Editions Emile-Paul, 1927-1928, 2 vol. in-8°, vi-497 et ii-365 pp, 15 et 17 pl. de gravures hors texte, brochés, couv. illustrées, bon état. Rare complet des 2 volumes

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"Que n'a-t-on point écrit sur Talleyrand ! Et que n'était-il point d'ailleurs curieux de rechercher sur un tel homme ! Sa vie publique et sa vie privée, sa diplomatie, ses démêlés avec l'Empereur, son mariage, l'administration même de sa principauté de Bénévent, son rôle sous la Restauration, ont fait l'objet d'excellentes études, qui nous ont presque tout appris de ce disciple de Machiavel. M. Frédéric Loliée a pensé que le moment était venu de grouper tant d'épisodes et de traits épars, de retracer l'ensemble de la carrière et de peindre un portrait en pied du célèbre homme d'État. C'est à quoi il s'est appliqué dans un volume : Talleyrand et la société française, qui, s'étendant des origines à la fin de l'ère napoléonienne, sera complété par un second volume, du Congrès de Vienne à la mort du maître de Valençay. M. Frédéric Loliée était préparé à écrire cette œuvre. N'a-t-il point consacré un livre à Morny – le petit-fils naturel de l'abbé de Périgord – où il décrivait de la façon la plus vive et la plus attachante, les mœurs politiques et sociales du milieu du XIXe siècle ! Dans ce nouvel ouvrage, sur Talleyrand, il ressuscite de même, avec un art très sûr, les milieux imprévus où évolua son héros : salons du XVIIIe siècle, assemblées et comités révolutionnaires, fêtes du Directoire , Cour napoléonnienne, etc. (...) M. Frédéric Loliée est infiniment habile à rendre la vie d'alors, les gestes et les propos, la manière d'être des grands acteurs et actrices de l'épopée révolutionnaire et impériale. Il conte, de la manière la plus piquante, l'aventure de Talleyrand avec Mme Grand, son mariage forcé, la répartie qu'il fit à Bonaparte déclarant qu'il espérait bien que la nouvelle duchesse aurait désormais une conduite conforme à son rang : « Mme de Talleyrand s'efforcerait en tout de régler sa conduite sur celle de l'Impératrice Joséphine. » Il narre les relations orageuses du diplomate et du grand homme couronné, les sujétions auxquelles, parvenu au faite de la fortune, l'un était encore tenu vis-à-vis de l'autre. (...) Rempli de faits, nullement dénué d'idées, son livre, écrit d'une plume souple et alerte, est des plus attrayants." (Jacques Lux, La Revue Bleue, 1910)

202.          MAISTRE (Henri de). Joseph de Maistre. Perrin, 1990, in-8°, 298 pp, préface de Gabriel Matzneff, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Longtemps enfermé par ses admirateurs et ses détracteurs dans son rôle de doctrinaire monarchiste et de représentant majeur de la réaction traditionaliste contre la Révolution, Joseph de Maistre, né à Chambéry en 1753, mort à Turin en 1821, est encore trop souvent considéré comme ce penseur austère et de mauvaise foi que dénonçait Sartre. A la lumière des inédits et des travaux universitaires menés ces quinze dernières années, la personnalité de Joseph de Maistre, dont les Considérations sur la France (1797) révélèrent le génie, apparaît enfin avec plus de vérité. Ni ange ni démon, noble d'origine bourgeoise, Savoyard de souche niçarde, Français de cœur mais rattaché au Piémont, catholique maçon, monarchiste réformateur, rationaliste mystique, Maistre multiplie les paradoxes qui l'éprouvent jusque dans sa chair. Ainsi voit-on ce Janus, qui porte haut ses contradictions, osciller entre la passion et l'abattement, le doute et l'engagement, le goût du dogme et l'attrait de la fronde, la foi et le désespoir, l'ironie et le sérieux, tandis qu'il lance d'insolents défis au rationaliste qu'il ne cessera d'être malgré lui, et que rien n'apaisera. Réfugié à Lausanne après l'invasion de la Savoie par la France (1792), appelé à Cagliari par Charles-Emmanuel IV qui le place au sommet de la magistrature sarde, il est ensuite, de 1803 à 1817, envoyé extraordinaire de Sardaigne à Saint-Pétersbourg. Là, son esprit et son analyse des événements séduisent le tsar et la société russe et il compose ses autres grands ouvrages, dont les débuts des Soirées de Saint-Pétersbourg. On n'a pas hésité à qualifier de "Voltaire chrétien" ce grand penseur et ce grand écrivain dont Henri de Maistre, son descendant direct, qui a disposé d'une très importante documentation inédite, renouvelle la connaissance.

203.          MARICOURT (Baron André de). Madame de Souza et sa famille. Les Marigny, les Flahaut, Auguste de Morny (1761-1836). P., Emile-Paul, 1907, in-8°, x-399 pp, un portrait en frontispice, broché, couv. lég. salie, état correct

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"A cheval sur deux siècles, mêlée, depuis son enfance, qui se rattache aux souvenirs de la cour de Louis XV, jusqu'aux années de sa vieillesse, dont la joie principale fut l'éducation de son petit-flls illégitime, le futur duc de Morny, aux sociétés les plus illustres et les plus curieuses, Mme de Souza, qui avait d'abord été Mlle Filleul et puis Mme de Flahaut, est par excellence une de ces figures de second plan dont la biographie constitue un lien naturel entre une foule d'épisodes ou de personnages caractéristiques et est éminemment propre à illustrer une époque. Mme de Souza fut intelligente, indulgente, assez bonne, très prudente et sagement égoïste. Ses qualités et ses défauts nouèrent autour d'elle un cercle de relations qu'accrurent ses maris et ses amants. Talleyrand, Hortense de Beauharnais et Louis-Philippe lui tinrent de près à des titres divers. Elle fut la mère de Charles de Flahaut, l'un des « lions » de l'Empire. D'autres célébrités aussi considérables, sinon davantage, furent de ses familiers. Elle écrivait des romans médiocres, mais dont la valeur, comme peinture de moeurs, est appréciable. Elle avait d'innombrables correspondants. Parfaitement au courant de la documentation de l'époque, M. de Maricourt a trouvé dans son entourage tous les éléments d'un récit copieux, souvent instructif et toujours amusant. Son volume ne pourra être negligé par aucun de ceux qui traiteront de la société du temps. Et combien de biographes auront au moins une note à consacrer à une dame qui connut tant de monde et de si près !" (André Lichtenberger, Revue historique, 1908)

204.          MASSON (Frédéric). Joséphine de Beauharnais. Editions Douin, 2014, in-8°, 242 pp, texte entièrement recomposé, broché, couv. illustrée, bon état

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"L'existence de Joséphine depuis sa naissance jusqu'à son union avec le général Bonaparte." (Revue militaire française)

205.          MASSON (Frédéric). Joséphine, impératrice et reine. Editions Douin, 2014, in-8°, 422 pp, texte entièrement recomposé, broché, couv. illustrée, bon état

            29

206.          MASSON (Frédéric). Joséphine répudiée. Editions Douin, 2014, in-8°, 374 pp, texte entièrement recomposé, broché, couv. illustrée, bon état

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Frédéric Masson (1847-1923), historien et membre de l’Académie française, fut le plus grand spécialiste de Napoléon au début du XXe siècle. Secrétaire et ami du prince Jérôme Napoléon, il régnait sur une armée de documentalistes qui, dans son hôtel particulier de la rue de la Baume, dépouillaient des milliers de documents et lui préparaient les notes nécessaires à l’écriture de ses nombreuses études historiques sur le premier empire, en particulier sur l’entourage proche de Napoléon et surtout la famille de celui-ci (Napoléon et sa famille - 13 volumes de 500 pages). Même si les historiens contemporains ont, depuis, beaucoup defriché et fait avancer l’état de nos connaissances sur cette période, Frédéric Masson, auteur de plus de 50 volumes, nous offre une documentation encore aujourd’hui irremplaçable. Dans son oeuvre, trois ouvrages sont dédiés à Joséphine : 1. Joséphine de Beauharnais, 1763-1796 ; 2. Joséphine, impératrice et reine ; 3. Joséphine répudiée, 1809-1814. Tous les trois réédités aux Editions Douin.

207.          MAZÈRE (Alain). Pierre Garnier de La Boissière, Général, Sénateur, Comte de l'Empire. Un Charentais au Pantheon. Editions Douin, 2017, in-8°, 200 pp, préface de David Chanteranne, broché, couv. illustrée, bon état

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Issu d’une famille d’ancienne noblesse d’Angoumois, Pierre Garnier de La Boissière mit ses origines de côté sous la Révolution et l’Empire, et, sans tapage, accumula les grades militaires, les charges prestigieuses et les honneurs. Armée du Rhin, armée d’Italie, armée des Grisons... « Les glaces, neiges et précipices, offraient de grands dangers. Le général de cavalerie La Boissière donna l’exemple du courage. », dira Napoléon à Sainte-Hélène. Entre les charges sabre au clair et l’étiquette des palais impériaux, son refuge était son village de Saint-Claud, au nord du département de la Charente juste créé où l’Empereur, sûr de sa fidélité, l’avait nommé président du collège électoral. Sénateur à vie, chambellan de Sa Majesté l’Empereur et Roi, comte de l’Empire et inspecteur général des troupes à cheval, il veillait discrètement sur ses proches, sur ses compatriotes Charentais. À sa mort, en 1809, son fils aîné, treize ans, fut admis comme page de la maison impériale.

208.          MILLANVOY (Louis)(publ. par). Seconde vie de Napoléon (1821-1830). (Napoleon's Second Life). Traduction, introduction et notes de Louis Millanvoy. Sans lieu, s.d. (2017), in-8°, (4)-xvi-29-(9) pp, broché, dos agrafé toilé, bon état. Réimpression de la très rare édition de 1913 (qui n'avait été tirée qu'à 200 ex. seulement) ; imprimé sur papier vergé crème 100% coton des papeteries de Vizille et tiré à seulement 30 exemplaires numérotés à la presse

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Traduction d'une plaquette uchronique fort rare, imprimée à Londres en 1840. L'auteur anonyme anglais, très au fait des conditions de détention de Napoléon à Sainte-Hélène, y raconte avec précision l'évasion de Napoléon, son voyage vers la côte africaine et son débarquement au sud du pays Benguela (actuel Angola). Napoléon va devenir roi d'une peuplade noire du pays Muzumbo et mourir en 1830. On trouve à la fin de l'ouvrage le texte de la constitution donnée par Napoléon au peuple de Muzumbo...

209.          MONTESQUIOU (Comte Anatole de). Souvenirs sur la Révolution, l'Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe. Présentés et annotés par Robert Burnand. Plon, 1961, in-8°, iv-535 pp, index biographique, broché, couv. lég. abîmée, bon état

            80

Mémoires du fils du grand chambellan et de "Maman Quiou", la gouvernante du Roi de Rome (Tulard) – Anatole de Montesquiou s'engagea en 1806 dans les armées napoléoniennes et fut attaché à l'état-major du maréchal Davout. Capitaine à Wagram, chef d'escadron en Russie, colonel en Saxe, aide de camp de l'Empereur, il fit brillamment la campagne de France. Sur tous ces point, hormis sur la campagne d'Allemagne où le manuscrit semble incomplet, ces mémoires sont du plus grand intérêt. (Tulard, 1049 ; Bertier, 746)

210.          MORLOT (Georges-Albert) et Jeanne HAPPERT. Talleyrand, une mystification historique. Veyrier, 1991, fort in-8°, 1035 pp, préface de Jean Tulard, biblio, index, broché, couv. illustrée, dos passé, bon état

            35

Talleyrand semble avoir conduit les événements et les hommes tout au long de son existence. Mais comment un homme attentif à profiter des circonstances et aimant l'argent au point d'offrir ses services à quiconque proposait de les acheter, a-t-il pu nourrir de vastes desseins et défendre les intérêts dont il avait la charge ? En réponse à cette énigme, un portrait réaliste se démarquant des biographies connues.

211.          NABOKOV (Serge) et Sophie de LASTOURS. Koutouzov, le vainqueur de Napoléon. Albin Michel, 1990, gr. in-8°, 332 pp, 2 cartes, notes, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

            25

Selon Chateaubriand, la plus grande figure de l'épopée de 1812, après celle de Napoléon, est Alexandre Ier. Pourtant, ce n'est pas le Tsar mais le feld-maréchal prince Koutouzov-Smolensky qui affronta et vainquit l'Empereur. Illustre chef de guerre, qui inspira Tolstoï dans Guerre et Paix, Koutouzov était aussi un homme de grande culture. Soldat, diplomate, administrateur, expert en art militaire, il atteignit le sommet de sa gloire en 1812...

212.          TULARD (Jean). Napoléon ou le mythe du sauveur. Fayard, 1992, in-8°, 512-(1) pp, nouvelle édition, revue et augmentée, annexes, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

            20

Biographie traditionnelle mais aussi ouvrage de référence, le Napoléon de Jean Tulard, paru en 1977, aura été le premier à faire mentir Stendhal quand il prophétisait : "D'ici cinquante ans, il faudra refaire l'histoire de Napoléon tous les ans." Il est, en effet, devenu un véritable classique dont nul ne saurait se passer. Augmentée de nouvelles annexes, d'une chronologie et d'une filmographie, cette nouvelle édition est, en outre, enrichie des recherches les plus récentes menées par les historiens sur tout ce qui touche la France du début du XIXe siècle et la geste napoléonienne.

19e SIÈCLE (de 1815 à 1914)

 

213.          ARCAY (Joseph d'). Notes inédites sur M. Thiers. L'homme privé, l'homme politique. P., Ollendorff, 1888, in-12, xxxi-272 pp, préface de Francis Magnard, un fac-similé dépliant hors texte d'une lettre de Thiers, reliure demi-percaline brique, dos lisse avec fleuron doré et date en queue, pièce de titre basane havane, plats de couv. conservés, ex-libris Jean de Kergorlay (rel. de l'époque), bel état. Edition originale

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La généalogie et la famille ; La carrière de journaliste, son rôle avant, pendant et après les journées de Juillet ; M. Thiers au pouvoir ; Le mariage ; Rentrée de M. Thiers dans la politique active ; Les amis et collaborateurs.

214.          BILLY (André). La Présidente et ses amis. Flammarion, 1945, in-12, 260 pp, 8 pl. de gravures hors texte, broché, couv. rempliée lég. défraîchie, état correct. Edition originale, tirée à 2400 ex. numérotés sur vélin de Renage

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André Billy (1882-1971) consacra sa vie aux lettres, maîtrisant à merveille les biographies, telles que celle-ci consacrée à Aglaé Savatier, connue sous le prénom d’Apollonie et surnommée “La Présidente.” Fille naturelle du vicomte Harmand d’Abancourt, née en 1822, on s’arrange rapidement afin qu’un bon soldat de régiment endosse la mère et la fille. Douée pour le chant et les arts, elle se fait rapidement un salon littéraire brillant où se croisèrent les meilleurs écrivains, dont Baudelaire qui s’en éprit un certain temps. L’ouvrage de référence sur le personnage.

215.          BILLY (André). La Terrasse du Luxembourg. Fayard, 1945, in-12, 303 pp, broché, bon état (Coll. C'était hier). Edition originale sur papier courant (il n'y a eu que 25 ex. sur vélin pur fil)

            20

Souvenirs d'enfance (jusqu'en 1910) d'André Billy (1882-1971), écrivain, critique littéraire, romancier et membre de l'Académie Goncourt. Dès 1907, il fait des séjours réguliers à Barbizon où il se fait construire, en 1931, sur un terrain choisi en dehors du village, une villa qu’il habite toute l’année et baptise « La chevrette ». Sa vie a été entièrement consacrée aux lettres. Il publie son premier roman en 1906. C’est un membre influent de l'Académie Goncourt où il est élu membre en 1943, même si son élection n’est validée qu'en 1944. Retiré à Lyon pendant l'Occupation, il entreprend une série de biographies : “Vie de Balzac”, “Vie de Diderot” et “Vie de Sainte-Beuve”. Après la guerre, il est chroniqueur dans “Le Figaro littéraire”. Il fait paraître quatre volumes de ses souvenirs : “La Terrasse du Luxembourg”, “Le Pont des Saints-Pères”, “Le Balcon au bord de l'eau”, “Les beaux jours de Barbizon”. Il était proche de Guillaume Apollinaire et de Paul Léautaud.

216.          BILLY (André). Le Pont des Saints-Pères. Fayard, 1947, in-12, 221 pp, broché, bon état (Coll. C'était hier). Edition originale sur papier courant (il n'y a eu que 25 ex. sur vélin pur fil)

            20

Souvenirs de 1911 à 1918 d'André Billy (1882-1971), écrivain, critique littéraire, romancier et membre de l'Académie Goncourt. Dès 1907, il fait des séjours réguliers à Barbizon où il se fait construire, en 1931, sur un terrain choisi en dehors du village, une villa qu’il habite toute l’année et baptise « La chevrette ». Sa vie a été entièrement consacrée aux lettres. Il publie son premier roman en 1906. C’est un membre influent de l'Académie Goncourt où il est élu membre en 1943, même si son élection n’est validée qu'en 1944. Retiré à Lyon pendant l'Occupation, il entreprend une série de biographies : “Vie de Balzac”, “Vie de Diderot” et “Vie de Sainte-Beuve”. Après la guerre, il est chroniqueur dans “Le Figaro littéraire”. Il fait paraître quatre volumes de ses souvenirs : “La Terrasse du Luxembourg”, “Le Pont des Saints-Pères”, “Le Balcon au bord de l'eau”, “Les beaux jours de Barbizon”. Il était proche de Guillaume Apollinaire et de Paul Léautaud.

217.          BOUGLÉ (C.). Socialismes français. Du « Socialisme utopique » à la « Démocratie industrielle ». Armand Colin, 1932, in-12, viii-200 pp, reliure demi-basane aubergine, dos à 5 nerfs, titres dorés (rel. de l'époque), dos uniformément passé, bon état

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Célestin Bouglé (1870-1940), est un philosophe et sociologue. Professeur de sociologie à la Sorbonne en 1901, il dirigea l'École Normale Supérieure à partir de 1935. Défenseur de la sociologie comme science positive dans la lignée d'Auguste Comte, Bouglé fut également un républicain militant, engagé dans les luttes sociales de son temps : l'affaire Dreyfus, la Grande Guerre, etc.

218.          BURTIN (P. M. Nicolas). Le Baron d'Eckstein. Un semeur d'idées au temps de la Restauration. (Thèse). De Boccard, 1931, gr. in-8°, xviii-408 pp, un portrait hors texte, index, broché, bon état

            70

Ferdinand Eckstein, aussi connu sous le nom de baron d'Eckstein (1790-1861), figure littéraire oubliée du XIXe siècle, est un philosophe et auteur dramatique danois principalement actif en France à l'époque romantique. Il fonde son propre journal, « Le Catholique » (1826-1829). Philosophe formé par l'idéalisme allemand et le traditionalisme catholique, il est, pendant les années 1830 et 1840, le principal représentant du mouvement de la renaissance orientale à Paris. Il affirme que l'étude des textes et des langues d'Orient est le plus urgent devoir des intellectuels de son temps. Sa défense passionnée de l'orientalisme le fait d'ailleurs surnommer « le baron sanskrit » ou « le baron Bouddha » (formule due à Heinrich Heine, alors aussi installé à Paris). — "... C'est d'Eckstein qui a vulgarisé et répandu la curiosité pour la pensée de l'Extrême-Orient ; c'est à d'Eckstein que Lamartine doit le plus clair de son orientalisme. Avant Renan, il a été l'un des grands agents du germanisme intellectuel en France, d'une action moins bruyante que celle de Cousin, mais plus profonde. Le « primitivisme », qui était surtout une mode avant lui, est devenu vraiment, avec lui, un objet d'études. Son esprit historique, sa philosophie de l'histoire, qui l'apparentent à Michelet ; son impartialité scientifique, qui lui valut l'estime d'un Renan, d'un Émile Egger ; ses études ésotériques mêmes, qui lui donnent, dans l'histoire de l'occultisme, une place voisine de celle de Nodier (mais il est plus sérieux), de Ballanche (mais il est moins brumeux) ; sa foi sincère de converti, qui n'épargne pas les vérités sévères aux écrivains religieux de son temps, lui auraient mérité, dans la pensée du XIXe siècle, une plus grande influence. Son influence politique, du moins, – surtout à la tête du “Drapeau blanc” et du “Catholique”, – est très nette. Distincte de celle de Joseph de Maistre, de Bonald, de Chateaubriand surtout, elle aurait pu imprimer, à l'action catholique de son temps, une orientation décisive, – la seule qui parût vraiment redoutable aux doctrinaires du “Globe”. Mais elle se confondit trop, après 1830, avec celle du groupe de “l'Avenir” et du groupe du “Correspondant”... Son “Catholique” représente une date historique : entre l'époque du “Conservateur”, où un Lamennais exprimait avec tant de fougue les passions des ultras, et l'époque du “Correspondant” et de “l'Avenir”, où le même Lamennais met la même fougue au service du libéralisme, il établit la transition naturelle. “Le Catholique” marque le passage de 1820 à 1830. Littérairement, d'Eckstein est incontestablement un inspirateur des novateurs, et le P. Burtin montre ce qui passe de son “Catholique” chez un Victor Hugo, par exemple dans la préface de “Cromwell”... Cet écrivain garde une place de premier plan, dans une lignée trop souvent ignorée, – celle de ces écrivains méconnus que j'appellerais volontiers les grands polygraphes : Walckenaer, Charles Nodier, Paul Lacroix, Ferdinand Denis... Ce sont des érudits capables de parler de tout, d'occultisme et de philologie, de Moyen Age et de folklore. Ils ont été des importateurs d'idées aussi bien par leurs conversations que par leurs écrits. lls continuent quelque peu la tradition des anciens érudits faméliques et querelleurs. Il y aurait à écrire sur eux un livre pittoresque, dont le P. Burtin vient de composer un chapitre important." (Pierre Moreau, Revue d'Histoire littéraire de la France, 1932)

219.          CARLIER (Mme Emilie). Au milieu des massacres. Journal de la femme d'un Consul de France en Arménie en 1895. Editions Douin, 2016, pt in-8°, 122 pp, une photo d'Emilie Carlier en frontispice et 20 photos dans le texte et à pleine page, broché, bon état. Réédition (texte entièrement recomposé) de la rare édition de 1903, imprimée sur papier vergé crème 100% coton des papeteries de Vizille et tirée à petit nombre

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1895, le génocide Arménien laisse indifférent une grande partie de la planète. Emilie Carlier, née Thévenin, se fit remarquer par son dévouement dans les évènements de Sivas en 1895. Elle publiera en 1903 un livre poignant et émouvant. — "... De 1894 à 1896, entre 200.000 et 250.000 sujets arméniens périssent sous l’action des régiments hamidiye, des gendarmes et agents de police dans les villes, et de nombreux groupes d’assaillants musulmans. La mort n’est pas seulement donnée, elle est administrée dans des registres de cruauté et des seuils de violence particulièrement élevés dont Jean Jaurès, en novembre 1896 à la Chambre, donne des exemples effrayants. La responsabilité directe et personnelle d’Abdülhamid II dans les Grands massacres est entière. Il donne aussi bien des instructions en vue du déclenchement des massacres qu’il ordonne leur fin. Il diffuse auprès des puissances européennes des démentis outrés qui nient toute responsabilité des autorités et des populations, et rejettent celle-ci sur les groupes révolutionnaires arméniens organisateurs de « soulèvement ». Le premier des Grands massacres intervient dans la région du Sassoun durant l’été 1894. Il est suivi par celui de Constantinople en octobre 1895. (...) Comme leurs homologues européens et américains, les ambassadeurs, consuls, vice-consuls, (ou épouses de diplomates comme Émilie Carlier) français sont des témoins directs des grands massacres, Paul Cambon à Constantinople, Fernand Roque-Ferrier à Erzeroum, Gustave Meyrier à Diarbékir, Alphonse Cillière à Trébizonde..." (Vincent Duclert, Aux sources du premier génocide contemporain. Nouveaux documents sur les Grands massacres arméniens dans l’Empire ottoman, 1894-1896)

220.          CASTRIES (Duc de). Monsieur Thiers. Perrin, 1983, in-8°, 478 pp, 16 pl. de gravures hors texte, sources et biblio, reliure skivertex éditeur, demi-jaquette illustrée, rhodoïd, bon état

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De Thiers, on ne retient aujourd’hui que l’image du bourgeois qui fit tirer sur les masses quand l’ordre public était en jeu. La gloire d’avoir fait cesser l’occupation allemande après la défaite de 1870 et d’avoir redonné à la France humiliée le goût de vivre lui revient cependant. A travers les péripéties de son existence mouvementée – ne servit-il pas de modèle à Balzac pour son personnage de Rastignac ? –, le duc de Castries nous fait découvrir tout un panorama du XIXe siècle politique français, de Napoléon jusqu'à la constitution de la République.

221.          CHARBONNIERES (Louis de). Une grande figure. Saint-Arnaud, maréchal de France. Nouvelles Editions Latines, 1960, in-12, 190 pp, préface du général Weygand, 5 cartes, état de services du maréchal, notes bibliographiques, broché, un portrait de Saint-Arnaud en couv., dos lég. abîmé, bon état

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La carrière aventureuse, de Armand Jacques Leroy de Saint-Arnaud se confond avec un quart de siècle d'histoire de France. Gentilhomme et bourreau, chrétien et cynique, loyal et corrompu, il est tout cela à la fois au gré de l’histoire et des historiens. Seulement lieutenant en 1830, longtemps aide de camp du général Bugeaud, "tortionnaire" en Algérie dès 1835, il devient en seulement vingt ans, lui aussi maréchal de France... Lieutenant le 9 décembre 1831, il devient officier d'ordonnance du général Bugeaud et prend part à la répression des troubles en Vendée, il est ensuite chargé d'escorter la duchesse de Berry de Blaye à Palerme. Sa carrière militaire commence véritablement lors de la conquête de l'Algérie, comme capitaine de Légion étrangère. En 1837, il se distingue au siège de Constantine et reçoit la croix de la Légion d'honneur. Il est promu général de division après l’expédition de Petite Kabylie en 1851. Il s’«illustre » dans les campagnes d’Algérie avec les généraux « africains » Cavaignac et Pelissier. Bugeaud, un des chefs de l'armée française, créa une prime à la tête coupée. Saint-Arnaud décrit son quotidien : « On ravage, on brûle, on pille, on détruit les moissons et les arbres. » Les mots de Saint-Arnaud dans ses lettres sont directs. Il se plaint même parfois du manque de combats. Il trouve que « l'Afrique perd de sa poésie » quand il pratique le massacre en grand par « l'enfumade », méthode consistant à asphyxier des centaines de personnes réfugiées dans des cavernes. Il emmure huit cents personnes de la tribu Sbeha du 8 au 12 août 1845 et écrit par la suite à son frère: "Frère, personne n'est bon par goût et par nature comme moi!... Du 8 au 12 août, j'ai été malade, mais ma conscience ne me reproche rien. J'ai fait mon devoir de chef, et demain je recommencerai, mais j'ai pris l'Afrique en dégoût !"

222.          CORBIN (Alain). Le Territoire du vide. L'Occident et le désir du rivage, 1750-1840. Aubier, 1988, in-8°, 411 pp, 24 pl. de gravures hors texte, glossaire, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. historique). Edition originale

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A l'aube du XVIIIe siècle, les colères de l'océan accentuent la répulsion inspirée par les grèves désertes et lugubres. Nulle part, excepté dans l'oeuvre de rares individus, ne se dit l'admiration peur l'espace infini des flots; nulle part ne s'exprime le désir d'affronter la puissance des vagues, de ressentir la fraîcheur du sable. C'est entre 1750 et 1840 que s'éveille puis se déploie le désir collectif du rivage. La plage alors s'intègre à la riche fantasmagorie des lisières; elle s'oppose à la pathologie urbaine. Au bord de la mer, mieux qu'ailleurs, l'individu se confronte aux éléments, jouit de la sublimité du paysage. Le long des grèves septentrionales, l'alternance du flux et du reflux, le spectacle d'un peuple de "petits pêcheurs", simple, héroïque et redoutable, conduisent l'errance et la rêverie. Dans le saisissement de l'immersion, qui mêle le plaisir et la douleur de la suffocation, s'élabore une façon neuve d'appréhender son corps.

223.          COURIER (Paul-Louis). Pamphlets politiques choisis. Introduction et notes par Jean Guillon. Editions Sociales, 1961, in-12, 256 pp, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Les Classiques du Peuple), envoi a.s. de Jean Guillon

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224.          DANRIT (Commandant Driant, dit Capitaine). Evasion d'Empereur. P., Ernest Flammarion, s.d. (1911), in-12, 345 pp, 24 dessins en noir dont 17 à pleine page par Raymond de La Nézière, broché, couv. illustrée lég. abîmée, bon état

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Une belle uchronie napoléonienne, dont la première édition date de 1904 (avant l’Entente Cordiale, donc), dans laquelle des fidèles Corses dévoués à la cause organisent la fuite de l’auguste prisonnier de Sainte-Hélène... à bord d’un submersible ! — "Le capitaine Danrit suppose que Paoli, dont le père fut, en Corse, l’adversaire acharné de Bonaparte, ému de pitié quand l’aigle fut en cage à Sainte-Hélène, essaya de le délivrer : aidé de Coursault, le dévoué valet de chambre de Napoléon, il tenta l’impossible pour faire évader le prisonnier ; quelques fidèles corsaires, quelques grognards survivants de la Grande Armée se sont joints à eux, et le plan d’évasion réussirait peut-être si l’Empereur ne mourrait, au moment suprême. Les dramatiques émotions abondent en ce récit qui ne manquera pas d’enflammer l’ardeur des jeunes Français." (La Revue de Paris, déc. 1904) — « Ce jour-là était le 3 mai 1821. Par les temps clairs, les vigies postées au sommet du pic de Diane pouvaient distinguer un navire à soixante milles en mer c'était donc la distance à laquelle il était prudent que l’Aigle s’arrêtât, bien qu’en cette saison le pic sourcilleux qui dominait Sainte-Hélène fût toujours embrumé de nuages. – C’est là… fit le vieux Jourdan en tendant le bras vers l’horizon.Et les grognards se réunirent à l’avant, silencieux, tous leurs vieux coeurs battant la générale. L’Invisible avait été réparé pendant les longues journées de navigation qui avaient rempli une partie du mois d’avril : aucune trace de rupture ne subsistait à la surface de sa coque. L’enseigne Doret en avait vérifié avec soin l’étanchéité. Aussitôt que le vapeur eut stoppé, le sous-marin fut mis à l’eau. On fit le point, on vérifia les boussoles de l’Aigle et de l’Invisible, et il fut formellement convenu que le ralliement aurait lieu au point même où on allait se quitter. Quand ? C’est ce qu’il était impossible de préciser, même à quelques jours près, car tout dépendait du résultat de l’expédition de l’Invisible, et le sous-marin pouvait être amené, pour en être plus certain, à retarder de plusieurs jours l’heure de l’exécution. Il avait été muni dans ce but de huit jours de vivres. Mais il fut entendu aussi que si l’Invisible était obligé de renoncer à enlever Napoléon par surprise, l’Aigle, à son tour, tenterait un débarquement de vive force sur la côte ouest, en arrivant de nuit et en faisant irruption à Longwood à la pointe du jour. » — Né en 1855 à Neufchâtel (Aisne), Emile Auguste Cyprien Driant est officier d’infanterie depuis 1877. Placé sous les ordres du général Boulanger, il devient son gendre en 1888 et suit un temps son aventure politique. Sous la signature de Capitaine Danrit, il va rédiger des romans avant tout destinés à la jeunesse. Ses vastes anticipations militaires et scientifiques, ainsi que ses romans d’inspiration historique l’ont fait surnommer l’« utopiste de la guerre ». Député de Nancy à partir de 1910, il meurt au combat, à Verdun, en 1916.

225.          DESCHANEL (Paul). Gambetta. Hachette, 1919, in-8°, 302 pp, 8 pl. de gravures hors texte sous serpentes, dont un portrait photo de Gambetta en frontispice, 3 pp. de fac-similés, reliure percale verte de l'éditeur, dos lisse avec titres et fleuron dorés, titres, fleuron et encadrements dorés au 1er plat, bon état (Coll. Figures du passé)

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226.          DINTZER (Lucien), F. Robin, Lucien Grelaud. Le Mouvement des Universités populaires. Le Mouvement Social - Bulletin trimestriel de l'Institut français d'Histoire sociale, n° 35, avril-juin 1961, gr. in-8°, 48 pp, broché, bon état

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On trouve dans le même numéro un article sur "La vie de Blanqui sous le Second Empire" (M. Dommanget).

227.          DREYFUS (Robert). La République de Monsieur Thiers (1871-1873). Gallimard, 1930, in-12, 353 pp, broché, bon état (Coll. Sous la Troisième)

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"Cet ouvrage ne mérite que des éloges. Sans faire montre d'érudition, l'auteur connaît admirablement cette histoire et l'expose avec talent. Il a été séduit par son héros, par ce vieillard actif, ambitieux, éloquent, capable de tout comprendre et de tout diriger ; mais cette séduction ne l'empêche pas de signaler malicieusement les ruses de Thiers, ses accès de vanité parfois puérile, ses faux-fuyants. En même temps, il admire l'habileté avec laquelle le vieux pilote évolue au milieu des écueils de la politique; il admire surtout le labeur colossal qui aboutit à la libération du territoire. Le seul reproche qu'on pourrait faire à l'auteur est d'avoir un peu trop négligé la France, la province, pour ne voir que Thiers et l'Assemblée nationale." (Georges Weill, La Quinzaine critique des livres et des revues, 1930)

228.          DREYFUS (Robert). Monsieur Thiers contre l'Empire, la guerre, la Commune (1869-1871). Grasset, 1928, in-12, 351 pp, broché, bon état (Coll. Les Cahiers verts). Edition originale numérotée sur Alfa satiné

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"Ouvrage racontant l'action de Thiers pendant les derniers mois de l'Empire et pendant la guerre. Ce n'est pas un panégyrique, ce n'est pas non plus une attaque, c'est une étude impartiale et précise sur le rôle de cet homme d'État, sur son action et ses erreurs." (Revue militaire française, 1929) — "... L'effondrement de Gambetta marqua l'ascension de Thiers au pouvoir suprême. Il fit de son mieux pour obtenir des Allemands les conditions les moins draconiennes, mais à Paris les protestations étaient vives, les passions patriotiques ou révolutionnaires étaient singulièrement surexcitées ; l'entrée des Prussiens à Paris par l'Arc de Triomphe et les Champs-Elysées porta l'irritation à son comble : ce fut l'une des causes et le prétexte de l'Insurrection de la Commune. Après avoir combattu l'Empire, après avoir déconseillé la guerre, Thiers allait être appelé à entreprendre une lutte civile d'une ampleur formidable. M. Robert Dreyfus expose fort bien les phases de cette guerre sanglante, tragiquement faite, sous les regards narquois des troupes prussiennes, et suivie d'une implacable répression..." (Revue des questions historiques, 1929)

229.          ENGELS (Friedrich). La Campagne constitutionnelle en Allemagne – La Guerre des paysans. Traduit par Bracke (A. M. Desrousseaux). P., Alfred Costes, 1936, in-12, xiv-331 pp, notice du traducteur, une carte dépliante hors texte, broché, bon état (Oeuvres complètes de Fr. Engels)

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Dans La Campagne constitutionnelle, Engels décrit l’histoire du soulèvement en Bade et au Palatinat en juin-juillet 1849. Il ne se réfère qu’à ses observations directes. Il avait pris part à l’insurrection comme adjoint du chef militaire. Recherche des éléments économiques et sociaux qui ont déterminé les événements en dernière instance. Critique de la petite bourgeoisie incapable de décision nette, de l’absence de centralisation du mouvement et de l’indifférence de la population rurale. Engels reproche aux chefs d’avoir omis de gagner les paysans en abolissant les obligations féodales. On a dit avec raison de cet écrit qu’il est « par son style brillant, par l’observation aiguë et par la hauteur et la grandeur de ses vues, un chef-d’œuvre de prose descriptive allemande » (cf. Gustav Mayer, Engels, Eine Biographie). Ecrit par Engels pour la Nouvelle Gazette Rhénane, revue politique et économique, publiée à Londres sous la direction de Marx, et imprimée à Hambourg, ce périodique succéda à la Nouvelle Gazette Rhénane, quotidien de Cologne, qui avait dû cesser de paraître parce que le gouvernement prussien avait expulsé Marx, son rédacteur en chef. – La Guerre des paysans en Allemagne est l'étude des facteurs économiques et de l’opposition des classes, qui formaient le fond du soulèvement paysan, à l’époque de la Réforme et du capitalisme primitif. Le rôle des paysans dans la révolution sociale. L’ouvrage appartient aux travaux entreprise par Marx et Engels, après l’échec de la révolution de 1848, pour l’étude des lignes de force qui déterminent les mouvements révolutionnaires en général. Ecrit en été 1850, publié dans la Nouvelle Gazette Rhénane, revue économique et politique, numéro double, 5-6 novembre 1850. En 1870, le Volksstaat (L’Etat populaire) de Leipzig publia de nouveau La Guerre des paysans. La même année, elle fut rééditée en volume, avec une préface d’Engels, qui contient un passage important sur le petit paysan et l’ouvrier agricole, alliés au prolétariat (...) Le 31 décembre 1884, Engels écrivit à son ami Sorge à New York : « Je remanie à fond ma Guerre des paysans. Elle est en passe de devenir la clef de voûte de toute l’histoire de l’Allemagne. C’est un gros travail. Mais tous les travaux préliminaires sont terminés ». Cette promesse qui prouve l’importance attribuée par Engels aux paysans dans l’évolution historique ne fut pas tenue. La publication des manuscrits du capital II et III absorba ses forces et son temps, pendant à peu près dix ans.

230.          ENGELS (Friedrich). Notes sur la guerre de 1870-1871. Traduit de l'anglais par Bracke (A. M. Desrousseaux). P., Alfred Costes, 1947, in-12, xxviii-307 pp, préface du traducteur, broché, état correct (Oeuvres complètes de Fr. Engels)

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Les 60 articles sur la guerre franco-allemande de 1871-71 écrits par Engels, en anglais, pour la Pall Mall Gazette de Londres, montrent à quel point Engels était au courant des questions militaires. Dès son jeune âge, il s’était intéressé à celles-ci. Dans sa “Campagne constitutionnelle en Allemagne”, écrite en été 1850, il s’efforça d’analyser et de critiquer les mouvements de l’armée insurrectionnelle de Bade, à laquelle il avait appartenu. Dans “Révolution et contre-révolution en Allemagne”, il étudia, entre autres, les problèmes militaires de l’époque révolutionnaire de 1848-1849. On lit dans une lettre à Marx, datée du 3 avril (1851) qu’il « lui plairait assez d’écrire sur la campagne de Hongrie ou de préférence, si possible, sur toutes les campagnes de 1848-1850 ». Dans sa préface aux « Notes sur la guerre de 1871-71 », Bracke communique la lettre du 19 juin 1851 où Engels demande à Joseph Weydemeyer, ancien officier d’artillerie, des conseils pour l’étude systématique des sciences militaires. L’énorme série des articles qui sont publiés sous le nom de Marx et qui parurent dans le New York Tribune, la Nouvelle Gazette de l’Oder, etc., contient de nombreux exposés des questions militaires de l’époque (guerre de Crimée, etc.) qui sont pour la plupart de la main d’Engels. En 1859, Engels publia son ouvrage “Le Pô et le Rhin” où il prouva par des arguments militaires, que l’Allemagne n’avait pas besoin des terres italiennes pour sa défense. Le livre parut sous l’anonymat. Il éveilla un intérêt exceptionnel dans les états-majors, il fut discuté à la cour du Prince Frédéric-Charles de Prusse et on supposa dans ces milieux qu’un général en était l’auteur. En 1860, dans un nouvel ouvrage : “La Savoie, Nice et le Rhin”, Engels étudia la position du bonaparatisme au point de vue militaire. Fin 1870, Engels élabora un plan de campagne pour débloquer Paris. Il fut détruit par Bebel et Bernstein après la mort d’Engels. Ils craignaient des complications pour la social-démocratie allemande, s’il devenait public. Quand Engels écrivit ses “Notes sur la guerre de 1870-71”, les connaissances acquises en matière de science militaire pendant de longues années d’études méthodiques lui permettaient d’anticiper souvent sur les événements. C’est pourquoi il insista pour que chacun de ces articles fût imprimé sans délai, le jour même où il l’avait terminé. La traduction de Bracke se distingue par la clarté et l’élégance du langage. Sa préface offre des renseignements intéressants sur les études et les travaux militaires d’Engels. Une lettre de Frédéric Adler, datée du 1er août 1946 et adressée au traducteur, Bracke, est reproduite. Elle contient toutes les indications utiles sur l’histoire de la publication des articles d’Engels. (H.-C. Desroches)

231.          (ENGELS, Friedrich), sous le nom de Karl MARX. Révolution et Contre-Révolution en Allemagne. Traduit par J. Molitor. P., Alfred Costes, 1933, in-12, xiv-190 pp, introduction d'un auteur anonyme, broché, bon état (Oeuvres complètes de Karl Marx)

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Edités dès l'origine sous la signature de Marx, à qui ils avaient été commandés, ces vingt articles, écrits en anglais et publiés entre octobre 1851 et décembre 1852 dans le “New York Daily Tribune”, sont en fait entièrement de la main d'Engels. Ils ont été publiés pour la première fois en volume par les soins d'Eléonor Marx, fille de Karl Marx et compagne d'Edward Aveling, à Londres en 1896. Les titres des chapitres sont de cette dernière. La première traduction française a été publiée par Laura Marx, autre fille de Karl Marx et épouse de Paul Lafargue, aux éditions Giard et Brière à Paris en 1900. Il s'agit ici de la troisième édition française. Engels y analyse les événements qui se sont déroulés en Allemagne entre le début de la révolution de 1848 et l'échec des mouvements insurrectionnels de 1849, en soulignant le caractère particulier de la révolution en Allemagne et en Autriche, pays qui, à part la Rhénanie, vivaient encore sous une économie pré-capitaliste et une bureaucratie semi-féodale. Il énonce en outre les thèses marxistes sur l'insurrection armée. — "Le rapprochement entre “Révolution et contre-révolution en Allemagne” d’Engels et “Les luttes de classes en France” de Marx s’impose de lui-même. Chacun des deux ouvrages parle des événements de la révolution de 1848. Chacun est imprégné de la conception matérialiste-dialectique de l’Histoire. la manière cependant de conduire la pensée et son expression littéraire sont tellement différentes qu’il semble étonnant qu’on ait laissé passer “Révolution et contre-révolution” sous le nom de Marx. Le fait s’explique seulement par le silence d’Engels lui-même. Engels expose la situation des classes, le problème des nationalités et les événements de 1848-1849 comme d’un promontoire élevé d’où l’œil embrasse l’ensemble des mouvements antagonistes. Ils s’étalent devant le lecteur comme un vaste panorama. Chez Marx au contraire, la pensée se fraie son chemin laborieusement à travers des phrases où thèses et antithèses s’opposent en des formules saisissantes. On aboutit à de vastes panoramas, mais après avoir traversé des terrains accidentés parsemés d’éboulis. C’est le dynamisme dialectique érigé en manière d’écrire. Chez Engels, le drame de l’histoire évolue pour ainsi dire dans l’horizontale, ce qui donne à l’exposé des faits et des événements, quelque fougueux qu’il soit, une sérénité rarement en défaut. Marx est tout autre. On trouve dans son style un mouvement ascendant, avec quelque chose de sombre et de gothique. Cette « âpre mélodie rocheuse », qui a effrayé l’adolescent chez Hegel mais qui est sa mélodie à lui, se poursuit dans toute son œuvre et jusque dans les derniers chapitres du “Capital”. Engels nous place devant le résultat de ses recherches. Marx, au contraire, nous contraint à participer à l’élaboration de sa pensée." (H.-C. Desroches)

232.          FLORANGES (Jules-Alexandre de). Souvenirs du Marquis de Floranges (1811-1834). Publiés par Marcel Boulenger. P., Ollendorff, s.d. (1906), in-12, v-137 pp, 3 portraits et 2 gravures hors texte, broché, petits manques au 2e plat de la couv., sinon bon état, envoi a.s. de Marcel Boulanger. Edition originale. Peu courant (Tulard, 552 ; Bertier, 415)

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Ces « souvenirs » contiennent quelques anecdotes sur la campagne de 1814 où Floranges était au service des Russes sous le commandement du colonel de Geismar. — "Elevé à Genève, le marquis de Floranges (1795-1836) a vécu sa courte existence dans le désoeuvrement, entre Coye et Paris, avecun voyage en Italie en 1824-1825. Les dernières années de l'Empire occupent les 36 premières pages... La page 37 s'ouvre avec l'année 1821. L'essentiel des propos du marquis tourne autour d'amourettes, de sa passion des chevaux et du récit de son voyage en Italie." (Bertier, 415) — Célèbre supercherie littéraire du romancier Marcel Boulenger (1873-1932). Il a notamment écrit plusieurs pastiches et "faux littéraires", autobiographies attribuées à des personnages imaginaires, dont la plus célèbre est : Souvenirs du marquis de Floranges (1811-1834), précédés d'une biographie détaillée de ce personnage imaginaire, supercherie à laquelle ont cru plusieurs érudits. Tout le monde crut un temps à l’existence de cet aristocrate vieille France. Ce canular fut comparé, de par sa qualité, à celui de Pierre Louÿs et ses Chansons de Bilitis.

233.          HULDERMANN (Bernhard). La vie de Albert Ballin d'après ses notes et sa correspondance. Payot, 1923, in-8°, xxxi-311 pp, traduit de l'allemand, préface de Félix Roussel, reliure demi-percaline bleue, dos lisse, pièce de titre basane acajou et fleuron doré en queue, couv. et dos conservés (rel. de l'époque), discret C. de bibl., bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale). Peu courant

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La Hamburg-Amerika-Linie ; Le rôle politique de Ballin avant et pendant la guerre. —"On sait comment finit M. Albert Ballin : ne pouvant survivre à la défaite, il se tua le jour même de la capitulation allemande, en novembre 1918. Cette mort qui n'est pas sans grandeur terminait une vie qui ne manqua pas d'une certaine beauté et c'est avec un vif intérêt qu'on lit la biographie de Ballin, écrite d'après ses papiers mêmes, par son ancien secrétaire, M. Huldermann. Ecrire la vie d'un homme comme Ballin, c'était retracer l'histoire de la marine marchande de l'Empire allemand et M. Huldermann a consacré la moitié de son ouvrage à décrire la formation des puissantes compagnies maritimes hambourgeoises que dirigea Ballin, la concentration des moyens techniques et financiers appliquée au commerce de mer. L'histoire des cartels internationaux de la marine marchande se trouve exposée ici avec une précision et des détails qui la rendent particulièrement profitable pour l'historien des faits économiques. Enfin, les derniers chapitres du livre nous retracent les péripéties de la rivalité navale anglo-allemande qui compta parmi les nombreux facteurs économiques générateurs de la grande guerre." (Roger Picard, Revue d'histoire économique et sociale, 1924)

234.          JULLIAN (Philippe). Esthètes et magiciens. L'art fin de siècle. Perrin, 1969, in-8°, 347 pp, 100 illustrations, index, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état. Edition originale

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Importante étude richement illustrée sur l'Art fin de siècle suivie d'une Petite anthologie des thèmes symbolistes. — "C'est dans une maison de Senlis, à ses yeux balzacienne, que Jullian trouve le temps et le recueillement nécessaires à l'écriture des biographies qui établiront sa réputation de spécialiste de l'esthétique fin-de-siècle. Son 'Montesquiou, un prince 1900' bouscule la biographie littéraire traditionnelle par une érudition confondante, l'approche esthétique venant à la rescousse de la seule analyse de l'oeuvre. Il en sera de même avec son Oscar Wilde, dans lequel il révèle l'influence de Paul Bourget sur 'Intentions' et celle de Jean Lorrain sur 'Dorian Gray' ! Cependant, c'est avec son essai 'Esthètes et Magiciens', qu'il réalise la synthèse de ses différentes approches des mouvements qui, depuis longtemps, ont trouvé grâce à ses yeux. Il complétera cette étude avec 'Les Symbolistes' et 'The Triumph of Art Nouveau', à présent reconnu à l'échelle internationale. Il collabore alors à Connaissance des arts et Architectural Digest, plus que jamais livré au tourbillon d'une vie qui, selon lui, ressemble à un concerto pour violon d'Ingres..." (François Rivière, Le Figaro, 2009)

235.          LABROUSSE (Ernest)(dir.). Le Militant ouvrier français dans la seconde moitié du XIXe siècle. Colloque organisé par l'I.F.H.S. le 14 février 1960 à l'Hôtel de Rohan. Le Mouvement Social - Bulletin trimestriel de l'Institut français d'Histoire sociale, n° 33-34, octobre 1960-mars 1961, gr. in-8°, 86 pp, broché, bon état

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Ce colloque : un commencement (Ernest Labrousse) ; Etat des travaux universitaires inédits, faits depuis 1945 et concernant le mouvement ouvrier de France (1815-1939)(Michelle Perrot) ; Le problème des sources dans l'étude du militant ouvrier (Michelle Perrot) ; Les usines Cail et les ouvriers métallurgistes de Grenelle de 1848 à 1871 (Jeanne Gaillard) ; Contribution au portrait du militant guesdiste dans les dix dernières années du XIXe siècle (Claude Willard) ; La personnalité du militant ouvrier français dans la seconde moitié du XIXe siècle (Jean Maitron).

236.          LADOUS (Régis). Monsieur Portal et les siens (1855-1926). Editions du Cerf, 1985, fort gr. in-8°, 521 pp, préface d'Emile Poulat, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état, ex. du SP

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Disciple de Newman, ami de Teilhard de Chardin et de Lord Halifax, père spirituel d'Antoine Martel, Pierre Pascal, Jean Guitton, Yves Congar, Monsieur Portal fut un « homne-réseau » et un « vrai passe-muraille » (E. Poulat). Ce papiste des Cévennes compte parmi les précurseurs de l'œcuménisme catholique ; ce lazariste sans diplôme a su regrouper autour de lui les « tala » de la rue d'Ulm ; ce clerc intransigeant fut l'agent du plus anticlérical de nos grands hommes d'État, Clemenceau, et publia Loisy ; ce prêtre de plume trouvait sa paix au service des enfants illettrés... Par-delà cette multiplicité foisonnante et paradoxale, la vie de Monsieur Portal s'ordonne autour d'une question qu'il a été l'un des premiers à poser avec netteté : faut-il s'efforcer de reconstruire une cité catholique, ou ne plus songer qu'à l'animation chrétienne d'une société sécularisée et pluraliste ? Ses rencontres œcuméniques, son expérience de la crise moderniste et sa découverte de la déchristianisation des quartiers populaires l'ont conduit à choisir la deuxième voie. Pour finir, il estimait que l'Église ne devait porter aucun projet de société, ne favoriser aucune force politique, ne contrôler aucune science, fût-ce l'exégèse. Alerte et rigoureuse, cette biographie retrace la naissance d'un nouveau catholicisme libéral : non plus celui des notables toujours prompts à faire taire les prêtres trop remuants, mais celui des chrétiens militants au sein d'un monde devenu étranger à leur foi.

237.          LAUNAY (Louis de). Un amoureux de Madame Récamier. Le journal de J.-J. Ampère. Librairie Honoré Champion, 1927, pt in-8°, 293 pp, 6 pl. de gravures et fac-similés hors texte, broché, état correct

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"Jean-Jacques Ampère, le fils du grand Ampère, l'historien, l'ami de Fauriel et de Mérimée, a laissé un journal intime très étendu dont la première partie (1824-1830) est toute remplie de son roman platonique avec Juliette, et M. L. de Launay s'en est servi pour écrire un récit très alerte de cette singulière liaison. La seconde partie du journal (1836-1838), moins sentimentale, serait plus utile pour l'histoire du milieu littéraire et académique d'après 1830. Les extraits que donne M. de Launay font souhaiter une publication intégrale." (Raymond Guyot, Revue historique, 1931)

238.          LECOMTE (Georges). Thiers. Dunod, 1933, in-12, 316 pp, broché, dos fendu proprement recollé, bon état, envoi a.s. à René Pinon

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"Il ne s'agit ni d'une vie quelque peu romancée à la manière de M. Reclus, ni d'un ouvrage d'érudition comme celui de M. Henri Malo. Avec la sûreté d'un talent qui se possède pleinement, M. Georges Lecomte a tracé le portrait beaucoup plus qu'il n'a conté l'existence de Thiers. A vrai dire l'exposé des événements auxquels Thiers a été mêlé durant près d'un demi-siècle ; – le récit savoureux de sa vie familiale entre sa femme, sa belle-mère, « son incomparable, prodigieuse et vraiment unique belle-mère, qui suffirait à réhabiliter l'espèce », sa belle-soeur, « fille de grand coeur et de grand caractère » ; – la critique fort judicieuse de ses travaux historiques ; – la description des milieux où il a vécu : tout cela vaut surtout par les réflexions et les suggestions de l'auteur et par la conclusion qui serait à citer tout entière. Thiers, déclare M. Lecomte, était, très intelligent, très instruit, très orgueilleux ; il a été un répertoire universel, un spécialiste en tout. Sa tâche en fut facilitée ; mais cette omniscience l'a poussé à tout décider, à tout conduire, à tout faire, et aussi à sous-estimer ses adversaires. Jamais il n'a reconnu une erreur. « Moi, Monsieur, disait-il à Guizot, je ne me trompe jamais. » Il a paru libéral, il fut autoritaire et sectaire. Il parut curieux ; il fut en réalité routinier et rebelle au progrès. Très orgueilleux, il a eu cet orgueil qui veut à toute force le pouvoir et le poursuit âprement. Il ne s'en est saisi que sur le tard. Alors, toute la frénésie du commandement, qui s'était accumulée en lui, s'est déchaînée. Et c'est en grande partie pour cela qu'il a poussé à la République, où il devait être le premier. Mais c'est alors que s'est révélé ce génie constructeur qu'avaient deviné Talleyrand, Balzac, Chateaubriand, Lamartine. Thiers avait commencé par détruire deux monarchies, sans compter de nombreux ministères. « Mais détruire, ce n'est jamais bien difficile, c'est d'un homme politique. Rebâtir, c'est d'un homme d'État. » Or, Thiers a rebâti la France. Et la France lui a voué l'admiration qu'il méritait. Elle s'est retrouvée en lui, dans sa vivacité d'esprit, dans son audace mêlée de finesse, dans la fertilité de ses ressources, dans son patriotisme. C'est la reconstruction de la France – dont le récit occupe la moitié de l'ouvrage – qui a permis à « ce petit bourgeois qui avait l'âme fière » de devenir un personnage national et un grand Français." (Pierre Mandoul, Revue d'histoire moderne, 1934)

239.          LEGER (François). Monsieur Taine. P., Critérion, 1993, gr. in-8°, 502 pp, 8 pl. de gravures et photos hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            30

Auteur en 1980 d'un livre consacré à « La jeunesse d'Hippolyte Taine », François Léger est le spécialiste incontesté de cet écrivain auquel il a voué trente ans de sa vie. Afin de mieux le connaître, il ne s'est pas contenté de dépouiller une abondante documentation inédite. Il a refait ses voyages, visité les lieux où il vécut et relu l'ensemble de son oeuvre, de son retentissant essai sur « Les philosophes français du XIXe siècle », jusqu'aux derniers volumes des « Origines de la France contemporaine », sans oublier une foule d articles et de manuscrits. La biographie qu'il lui consacre dresse le portrait d'un homme exceptionnel, aux idées hardies, qui a profondément marqué la vie intellectuelle de son temps.

240.          MABIRE (Jean). L'Eté rouge de Pékin. La révolte des Boxers. Editions du Rocher, 2006, in-8°, vi-467 pp, 24 pl. de gravures et photos hors texte, 6 cartes et plans, biblio, couv. illustrée, bon état

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Le 20 juin 1900, le baron von Ketteler, ministre d'Allemagne à Pékin, est assassiné. Ce meurtre marque le début d'un siège qui va durer deux mois. Quelques centaines de diplomates, de missionnaires, de douaniers, de cheminots ou de commerçants sont assaillis par les fanatiques "Boxeurs", auxquels se joignent les réguliers des "Bannières mandchoues". Dans son palais de la Cité interdite, l'impératrice douairière Ts'eu-hi s'est juré de faire exterminer tous les "Diables étrangers". Les assiégés vivent dans des conditions atroces dues à la chaleur et à la famine. Et ils manquent d'armes... Le siège a réuni, dans le même camp investi, un flegmatique diplomate écossais aux immenses moustaches blondes, des Cosaques illuminés, un Irlandais coléreux devenu en un demi-siècle plus chinois que les Chinois, des vétérans de l'U.S. Marine Corps, des dizaines de prédicateurs protestants encombrés de leur marmaille, des petits marins nippons avec un colonel-samouraï, une poignée de matelots italiens fous de témérité, des Allemands taciturnes et impitoyables, quelques séminaristes qui font le coup de feu pendant que leur évêque s'empare d'un canon, des Autrichiens (pour la plupart croates) et des Français (presque tous bretons) destinés à se battre côte à côte avec des volontaires belges, un hôtelier suisse débrouillard, de froids Scandinaves autour d'un pasteur dément, un vieil hidalgo espagnol, un consul hollandais solitaire, un chef d'orchestre portugais et même une cantatrice russe qui chante tous les soirs des airs d'opéra, tandis que sifflent les balles et les éclats d'obus. Près de la moitié des combattants alliés seront tués ou blessés. Mais, à la fin de l'après-midi du 14 août 1900, les assiégés de Pékin entendront soudain, au pied de la Muraille, le son aigre des cornemuses de l'Armée des Indes...

241.          (MAGEN, Hippolyte). Les Deux cours et les nuits de Saint-Cloud. Moeurs, débauches et crimes de la famille Bonaparte. – Les Nuits et le mariage de César. Par L. Stelli. Londres, Jeffs & Bruxelles, Briard, 1852 et Jersey, Imprimerie de Falle, 1853, 1852-1853, 2 vol. in-16, 110 et 119 pp, les 2 volumes reliés ensemble en un volume plein vélin, dos lisse, pièces de titres chagrin rouge et vert, signet (rel. de l'époque), qqs rares rousseurs, bon état

            180

Rares pamphlets particulièrement virulents contre les Bonaparte, par Hippolyte Magen (1814-1886). Le premier, paru anonymement, fut d'abord attribué à Aug. Callet. Le second est signé P. Stelli, un pseudonyme de Magen. Les deux ouvrages furent condamnés à la destruction par le tribunal de Lille. Hippolyte Magen est, pendant la Deuxième République, l'un des journalistes en vue parmi les démocrates socialistes parisiens. Il collabore à “La Réforme” et à “La Révolution”. Arrêté au matin du 2 décembre, il est conduit à Brest pour être transféré à Cayenne avant que sa peine soit commuée en exil. Sous l'Empire, il habita successivement la Belgique, d'où le gouvernement français obtint son expulsion, et ensuite l'Angleterre et l'Espagne, continuant toujours sa lutte ardente et récoltant des condamnations par contumace. Malgré les décrets d'amnistie, il voulut rester en exil et ne revint en France qu'après le 4 septembre 1870.

242.          MAILLÉ (Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil, duchesse de). Souvenirs des deux Restaurations. Journal inédit présenté par Xavier de La Fournière. Perrin, 1984, in-8°, (8)-435 pp, 16 pl. de gravures hors texte, index, reliure skivertex éditeur, bon état

            25

Les cahiers de souvenirs de la duchesse, née Le Bascle d'Argenteuil (1787-1851). En premier lieu une introduction rajoutée qui traite des événements de 1814 à 1823 (pp. 1-63). Ensuite un journal proprement dit, tenu à jour de 1823 à 1830. Cette seconde partie est la plus vivante car la duchesse de Maillé a l'oeil d'un véritable reporter, cédant à l'impression du moment à mesure que les événements ou les hommes lui passent devant les yeux. Cela va du potin de la commère au grand reportage (funérailles de Louis XVIII, sacre de Charles X, Révolution de 1830). La duchesse a tout vu, tout entendu de ce qu'elle rapporte. Un document de première main sur une époque charnière. — "Les souvenirs de la duchesse concernent essentiellement la vie à la cour, l'entourage de Charles X, accessoirement la vie politique. Elle manifeste une vive hostilité à Polignac et à sa politique." (Bertier, 669).

243.          MALO (Henri). Thiers, 1797-1877. Payot, 1932, in-8°, 598 pp, 16 gravures hors texte, broché, couv. défraîchie, état correct (Bibliothèque historique)

            25

Copieuse biographie, très érudite. Henri Malo (1868-1948) était conservateur de la Bibliothèque Thiers.

244.          MANSEL (Philip). Louis XVIII. Pygmalion, 1982, gr. in-8°, 526 pp, 16 pl. de gravures hors texte, 2 généalogies, 2 cartes, sources, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

"Voici, croyons-nous, la première biographie de Louis XVIII d'origine anglaise, et l'on est tenté d'ajouter la meilleure de toutes celles publiées jusqu'ici en France." (G. de Bertier de Sauvigny, Revue d'histoire moderne)

245.          MIRECOURT (Eugène de). Thiers. Gustave Havard, 1855, pt in-12, 94 pp, un portrait gravé et un fac-similé hors texte, broché, bon état (Coll. Les Contemporains)

            15

246.          MOLTKE (Helmuth Johann Ludwig , comte von). Correspondance militaire du maréchal de Moltke. Guerre de 1870-71. 1er volume : La guerre jusqu'à la bataille de Sedan. – 2e volume : Du 3 septembre 1870 au 27 janvier 1871. – 3e volume : L'amistice et la paix. Charles-Lavauzelle, s.d. (1899-1901), 3 vol. gr. in-8°, 1017 pp, pagination continue, chronologie des principaux événements de la campagne de 1870-1871, index, table analytique, reliures pleine toile écrue, dos lisses, pièces de titre chagrin noir, couv. (défraîchies) conservées (rel. postérieures), une carte à l'encre noire sur calque insérée face à la page de titre du 1er volume, qqs annotations crayon, bon état

            150

Les trois volumes concernant la guerre de 1870. La librairie Charles-Lavauzelle a publié cette traduction française (seule autorisée) de la Correspondance militaire du maréchal de Moltke. Cinq volumes sont parus ; les tomes IV et V se rapportent aux guerres de 1864 et 1866.

247.          MOURRE (Michel). Lamennais ou l'hérésie des temps modernes. Amiot-Dumont, 1955, pt in-8°, 373 pp, chronologie et appendice : « 1854-1954. Lamennais, les siens et les autres » (p. 367-373), qui apporte de nombreux témoignages, en premier lieu de ses amis Chateaubriand, Joseph de Maistre, Sainte-Beuve, Lamartine, et allant jusqu’à Bernanos et Mauriac, broché, bon état (Coll. Recherches)

            30

Un ouvrage particulièrement intéressant, car il ne se contente pas de retracer l’itinéraire de Félicité La Mennais, né à Saint-Malo, en 1782, devenu de Lamennais par anoblissement de sa famille, en 1788, ordonné prêtre en 1816, jusqu’à sa sortie de l’Église catholique et sa mort en impénitent, en 1854, mais il le replace dans le contexte plus large de l’évolution des idées religieuses, politiques et culturelles de l’époque.

248.          OZOUF (Jacques et Mona). La République des instituteurs. Gallimard/Le Seuil, 1992, gr. in-8°, 392 pp, annexes, biblio, broché, bon état

            20

A l'origine de ce livre, une enquête menée voici plus de trente ans, que le temps a rendue plus précieuse encore. Quatre mille instituteurs qui avaient exercé avant 1914 ont alors accepté d'y prendre part. Le chercheur a ainsi créé ses archives. Il a fait plus : car les témoins de cette histoire ne se sont pas contentés de répondre à un questionnaire ; ils ont, collectivement, inventé une mémoire. Ces "maîtres" et ces "maîtresses" peuvent nous enseigner encore. Lire les textes qu'ils consacrent à leurs engagements politiques, au combat qu'ils ont mené pour la laïcité, à l'enseignement civique qu'ils ont dispensé, c'est dessiner plus exactement les traits de ce républicanisme français auquel nos contemporains demandent aujourd'hui un nouvel ancrage. Et par là ce peuple volontaire, inventif et moral, nous donne sa dernière classe. — Table : Le questionnaire, travail de mémoire ; La famille et le choix du métier ; L'école et le choix du métier ; Nous entrerons dans la carrière ; Le contenu de la culture politique ; Culture politique et tradition ; Le rejet de la tradition religieuse ; La foi laïque ; La culture syndicale ; Former l'enfant, former l'homme : l'interminable pédagogie ; Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ; Conclusions ; Annexes ; Références.

249.          PALÉOLOGUE (Maurice). Journal de l'affaire Dreyfus. L'affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay, 1894-1899. Plon, 1955, in-8°, iv-271 pp, broché, état correct

            25

"La publication posthume de ce journal présente un grand intérêt historique, car Maurice Paléologue était chargé au Quai d'Orsay de suivre l'affaire Dreyfus et il était en constants rapports avec les officiers du Service de renseignements. II se déclare certain que de 1886 à 1896 plusieurs officiers français ont alimenté l'ambassade d'Allemagne en documents confidentiels et il met en cause en termes voilés (pp. 156-159) un « officier d'un très haut grade » qui aurait occupé « durant plusieurs années des fonctions importantes au ministère de la Guerre ». Ces révélations tardives seraient évidemment plus probantes si elles étaient plus précises et surtout si les convictions intimes de M. P. l'avaient parfois amené à se départir de la réserve diplomatique qui constitue la règle constante de son attitude. Le journal de Maurice Paléologue est le journal d'un parfait fonctionnaire ; il constitue un excellent – et parfois bien involontairement cruel – tableau du Quai d'Orsay à la fin du siècle dernier. Ce n'est pas le moindre intérêt de ce livre." (Revue française de science politique, 1956)

250.          PALEWSKI (Gaston). Le miroir de Talleyrand. Lettres inédites à la duchesse de Courlande pendant le Congrès de Vienne. Perrin, 1976, in-8°, 238 pp, 16 pl. de gravures hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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"Ce volume, qui est une sélection de la correspondance entre Talleyrand et la duchesse de Courlande, est essentiel pour le Congrès de Vienne. Chacune des soixante et onze lettres est accompagnée par une note explicative qui la resitue dans son contexte historique." (Philip G. Dwyer, « Les publications sur Talleyrand depuis 1928 »)

251.          PANGE (Comtesse Jean de). Comment j'ai vu 1900. Tome II : Confidences d'une jeune fille. Grasset, 1967, pt in-8°, 239 pp, 13 pl. de photos hors texte, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            25

Deuxième volume (sur 4) des souvenirs de Pauline de Broglie, descendante directe de Madame de Staël et de Necker, petite-fille du fameux ministre de la "République des Ducs", petite-nièce de la comtesse de Ségur et sœur des grands physiciens Maurice et Louis de Broglie. — Après son enfance dans “Comment j'ai vu 1900”, Pauline de Pange relate son adolescence dans ce deuxième volume de ses mémoires, “Confidences d'une jeune fille”. On y retrouve la jeune Pauline, en 1903, adolescente de quinze ans errant d'ennui dans l'hôtel familial, entre des parents plus que conservateurs et une vieille nourrice envahissante. Plus ouverts, son frère et sa belle-soeur l'aideront à s'éloigner de ce "milieu factice". Avec eux, Pauline découvre le cinéma, la photographie, sort au Châtelet, à l'Odéon, voyage pour la première fois dans une automobile sans autre domestique qu'un chauffeur, découvre la Suisse, l'Italie. Exaltée par l'effervescence de ce XXe siècle commençant, elle se dit qu'on l'a élevée "avec les yeux fermés". Pauline abandonne ses capelines de soie beige et ses robes de broderie anglaise, oublie les leçons de maintien et les convenances, bien décidée à embrasser "un univers merveilleux où tout est en mouvement, où tout est à la fois promesse et menace".

252.          POMARET (Charles). Un vrai chef d'Etat : Monsieur Thiers. Genève, Editions de la Frégate, 1944, gr. in-8°, 382 pp, un grand tableau dépliant hors texte, chronologie, biblio, broché, bon état

            30

"Il semblerait que M. Pomaret a entrepris de montrer que toute sa carrière de Thiers a été soumise à certains principes politiques constants qui ont fait de lui, finalement, un Père de la Patrie. Sans doute n'est-il pas très difficile de montrer que Thiers était attaché beaucoup plus au régime représentatif (où il s'ébattait à l'aise) qu'à la forme monarchique ou républicaine ; mais cela ne nous mène pas loin, surtout quand on montre qu'en Thiers la peur sociale fait disparaître toute préférence politique : ainsi en 1848... Le livre de M. Pomaret est pourtant utile pour la dernière partie de la carrière de Thiers, où l'on voit comment Thiers manoeuvre l'Assemblée monarchique pour lui imposer la République, et comment il se débat au milieu des difficultés de l'évacuation du territoire et du paiement de l'indemnité." (Jacques Néré, Revue historique, 1951) — "L'ouvrage de M. Pomaret n'est pas une biographie, mais une série d'études sur le caractère et la politique de Thiers. Il se présente comme un triptyque : le personnage, la politique intérieure, la politique extérieure. C'est une enquête attentive, très riche et brillamment mise en oeuvre. L'auteur a fort bien remarqué ce qu'il y a de mesquin et d'insupportable dans ce bourgeois vaniteux, bavard et passionné du pouvoir. Mais il analyse très pertinemment ensuite son oeuvre positive. En politique intérieure, ce monarchiste fraya sa voie à travers quatre gouvernements successifs et finit par établir une République fort semblable, en ses débuts, à une sorte de monarchie sans roi. En politique extérieure, Thiers restera pour l'avenir, après la guerre de 1870 qu'il avait tout fait pour écarter, le libérateur du territoire. Flaubert, qui le détestait, lui a rendu ce témoignage : « Il avait une vertu rare, le patriotisme. Personne n'a résumé comme lui la France. » (Joseph Lecler, Etudes, 1949)

253.          PONTEIL (Félix). L'Opposition politique à Strasbourg sous la Monarchie de Juillet (1830-1848). (Thèse). Strasbourg, P. Hartmann, 1932, gr. in-8°, lvi-982 pp, 5 planches et 2 cartes dépliantes hors texte, biblio, index, reliure demi-chagrin havane, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titres dorés, couv. conservée (rel. de l'époque), dos très lég. frotté, bon état. Edition originale. Thèse rare tirée seulement à 425 exemplaires numérotés

            230

"Cette très importante thèse est le fruit de longues et patientes recherches, portant sur les dépôts d'archives alsaciens et parisiens, comme sur l'imprimé ; il est visible que M. Ponteil n'a négligé aucune source notable ; sa documentation est extrêmement riche. Le sujet qu'il a traité n'a pas simplement un intérêt local ou régional ; il éclaire singulièrement l'histoire de la France à l'époque de la monarchie censitaire. A première vue, on peut être un peu effrayé par l'abondance des détails ; mais, en réalité, ceux-ci n'ont jamais rien d'oiseux et c'est sans doute grâce à eux que nous avons l'impression de la vie. D'autre part, il est difficile, en un compte-rendu, de donner une idée vraiment précise de tant de richesses. Cependant, quelques traits essentiels se dégagent du travail approfondi, impartial et objectif de M. Ponteil. Il apparaît, tout d'abord, que Strasbourg, sous Louis-Philippe, comme sous la Restauration, a été un centre très actif, très vivant, de l'opposition de gauche, libérale et démocratique, renforcée encore par une situation économique assez pénible. Les hommes qui avaient contribué le plus activement au mouvement de 1830 furent vite déçus par le gouvernement de Louis-Philippe, qui ne tarda pas à adopter une politique de « résistance ». Ainsi s'explique l'opposition vigoureuse, ardente, qui marqua la période de 1831 à 1835 et qui, pour être moins bruyante et moins disposée à l'insurrection que dans d'autres régions de la France, inquiéta fort cependant le gouvernement. Comme ailleurs, ayant ses forces vives dans la petite et moyenne bourgeoisie, et ne se recrutant pas exclusivement, comme on l'a dit à tort, dans le monde protestant, elle dispose de notables ressources intellectuelles. Elle a comme principal organe un vaillant journal, le Courrier du Bas-Rhin, et s'appuie sur les actives sections des Amis du Peuple, de la société des Droits de l'homme et du Cercle patriotique. De plus en plus, elle fait pièce au « pays légal », qui ne consiste, en vertu du régime censitaire, qu'en un nombre infime d'électeurs. L'auteur montre fortement aussi que l'opposition politique s'ouvre largement aux influences de l'étranger, ce qui s'explique par la situation géographique de Strasbourg et aussi par le bilinguisme de l'Alsace. Les relations ont été actives avec les libéraux de l'Allemagne du Sud et de l'Ouest. La population strasbourgeoise a accueilli avec enthousiasme les réfugiés politiques et notamment les Polonais obligés de fuir leur patrie, après la défaite de l'insurrection de 1831. Il y a là des faits d'une portée générale, qui ont été bien mis en lumière. M. Ponteil a insisté aussi, comme il convenait, sur l'influence des questions économiques. L'Alsace souffre dans les premières années de la monarchie de juillet ; ainsi s'expliquent l'émeute, de juin 1832, suscitée par l'impôt sur l'entrée du bétail étranger (« émeute des boeufs ») et aussi, à la même époque, les troubles antisémites, violents surtout dans le Haut-Rhin. Après 1837, se manifeste une certaine accalmie, à laquelle a contribué d'ailleurs le nouveau préfet Sers – qui succédait au roide Choppin d'Arnouville – et qui s'efforça de réaliser un vaste programme de travaux publics (chemins de fer, régularisation du cours du Rhin, canaux), qui donna une satisfaction au moins partielle aux besoins matériels du pays. Cependant l'apaisement politique n'était qu'apparent, en dépit des victoires électorales de la politique du « juste milieu », en 1842 et surtout en 1846. Après 1840, une polémique religieuse assez virulente, compliquée encore par la lutte confessionnelle entre catholiques et protestants, donne un nouvel aliment aux passions politiques. Puis, en 1846-1847, une crise alimentaire très grave, jointe à une crise industrielle, crise de croissance de la grande industrie, bientôt prédominante, donna un accent nouveau à l'opposition républicaine et démocratique, qui se préoccupe de plus en plus des questions sociales. Voici que commence, comme dans toute la France, la campagne des « banquets », qui devait provoquer la Révolution de février 1848. Celle-ci surprit les autorités départementales, aussi bien que le gouvernement central. Et cependant l'ardeur de la campagne « réformiste », que M. Ponteil met bien en relief, aurait dû les éclairer. On voit bien aussi que le régionalisme alsacien très accusé n'empêche nullement l'opinion strasbourgeoise d'être ardemment nationale : la Révolution française avait exercé une puissante action sur la mentalité alsacienne. La conclusion de l'ouvrage donne un aperçu intéressant des événements de 1848 à Strasbourg." (Henri Sée, Revue d'histoire moderne, 1934)

254.          RECLUS (Maurice). Monsieur Thiers. Plon, 1929, in-12, 341 pp, broché, bon état (Coll. Le Roman des grandes existences)

            25

"Le Monsieur Thiers de M. Maurice Reclus, bien que paru dans la collection Plon « le Roman des grandes existences », n'a rien de romantique. C'est une étude très sérieuse appuyée sur une documentation qu'on sent très étendue, bien qu'elle ne s'étale pas, écrite avec intelligence et finesse dans un style alerte et agréable. Ce que Maurice Reclus a voulu reconstituer, c'est moins la politique de Thiers qui se confond avec l'histoire générale du XIXe siècle que la vie intime du personnage et de ses proches. Il apporte ici des données très neuves sur la famille Thiers, sur ta famille Dosne où Thiers prit femme, sur ses amis et particulièrement sur son inséparable Mignet, sur sa maison de la place Saint-Georges et sur les belles réceptions que sa belle-mère présidait, sur ses rapports avec le monde des journalistes, avec Louis-Philippe et la Cour, avec Louis Napoléon qu'il contribua plus que personne à élever à la présidence de la République, etc. M. Maurice Reclus n'a pas cherché à voiler les faiblesses de son personnage, qu'il compare justement au héros de Balzac, Rastignac ; il aime la vérité et il la dit, avec réserve et courtoisie. Les gens informés liront parfois entre les lignes. Seul le chapitre sur le rôle de Thiers sous le gouvernement de la défense nationale et pendant la Commune appellerait peut-être des réserves. Je ne suis pas persuadé que Thiers, l'homme de la paix à tous prix eût eu raison contre Gambetta qui voulait continuer la lutte. Il m'apparait que Thiers eut sa responsabilité dans l'affaiblissement de l'esprit public qui fit le jeu de l'Allemagne. Je crois aussi qu'il aurait pu et dû éviter le soulèvement de la Commune. Mais ces réserves qui portent sur l'appréciation des actes politiques de Thiers n'enlèvent rien à la valeur d'un livre qui nous manquait et dont le succès sera très vif." (Albert Mathiez, Annales historiques de la Révolution française, 1929)

255.          RÉMUSAT (Charles de). De la Philosophie allemande. Rapport à l'Académie des Sciences morales et politiques. Précédé d'une Introduction sur les doctrines de Kant, de Fitche, de Schelling et de Hegel. P., Librairie philosophique de Ladrange, 1845, in-8°, clviii-209 pp, reliure demi-basane havane, dos lisse avec titres et quadruples filets dorés (rel. de l'époque), dos lég. frotté, coins émoussés, bon état. — Rare, mais il manque un cahier de 4 pp, oublié par le relieur, entre les pages cl et clv de l'introduction

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Par Charles de Rémusat (1797-1875). Il collabora aux Tablettes, au Courrier français, à la Revue des Deux-Mondes, au Globe, et signa la protestation contre la loi sur la presse ; il écrivit des traductions de Gœthe et de Cicéron et un roman dramatique, Abélard. En philosophie, Charles de Rémusat fut un spiritualiste de l’école de Victor Cousin ; en politique, ce fut un doctrinaire, ami de Royer-Collard, Thiers et Guizot. Sous Louis-Philippe, il fut député en 1830 et ministre de l'Intérieur en 1840 ; il appartint ensuite aux Assemblées Constituante et Législative. Proscrit au Coup d’État en 1851, il rentra en août 1852 ; il se rallia à l'Empire libéral, fut ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement de Thiers en 1872 et refusa les ambassades de Londres et de Vienne. Son échec à la députation à Paris en 1873 entraîna la chute de Thiers ; il fut élu député dans la Haute-Garonne.

256.          RÉMUSAT (Paul de). A. Thiers. Hachette, 1889, in-12, 218 pp, un portrait de Thiers par Bonnat héliogravé en frontispice, broché, bon état (Coll. Les grands ecrivains français)

            20

257.          RIBEYRE (Félix). Cham. Sa vie et son oeuvre. Editions Douin, 2014, in-8°, 208 pp, texte entièrement recomposé, broché, couv. illustrée, bon état

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Amédée de Noé, dit Cham (1818-1879), est un dessinateur et caricaturiste de grand talent, il collabora de nombreuses années au «Charivari » et à «L’Illustration». Une personnalité comique et joyeuse, une capacité de travail peu commune et une imagination féconde, lui ont permis de s’intégrer facilement à la vie parisienne des années 1840 à 1870. Il cotoyait les plus grands artistes et les principales célébrités de cette moitié du XIXe. Il n’existe, à ce jour, aucune bibliographie complète des oeuvres de Cham. Son activité artistique a été si féconde qu’un volume de 500 pages ne suffirait pas à référencer les milliers de dessins qu’il a produit. Comment un tel prodige a-t-il pu être autant oublié ! La seule et unique biographie sérieuse jamais écrite est celle-ci. Félix Ribeyre la publia en feuilletons dans le “Figaro” juste après le décès de Cham et Plon en donna un volume en 1884. Depuis cette époque, elle ne fût jamais rééditée. Cette édition est illustrée d’une vingtaine de planches et fac-similés de lettres manuscrites. Le portrait de couverture, un cliché de Ferdinand Mulnier, est extrait de la Galerie contemporaine des illustrations.

258.          ROOSEVELT (Blanche). La vie et les oeuvres de Gustave Doré. Editions Douin, 2014, in-8°, 208 pp, texte entièrement recomposé, broché, couv. illustrée, bon état

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L’américaine Blanche Roosevelt a été la première à consacrer une biographie à Gustave Doré (1832-1883), à son talent protéiforme inégalé. Illustrateur, graveur, peintre sculpteur : une existence de Titan, une production prodigieuse ! Aussitôt après la disparition de l’artiste, Blanche Roosevelt, l’amie éprise de vérité et d’idéal, a rencontré ses amis et ses proches, plongé dans ses archives et découvert ses derniers dessins. Deux ans plus tard, elle livrait l’histoire de sa vie et de ses oeuvres, document unique par sa fraîcheur et la minutie des détails et des anecdotes rapportées. Ce texte a été le socle indispensable à toutes les études sur Gustave Doré. Il était temps de le remettre en lumière en le republiant dans son intégralité, tel qu’il parut en 1887 dans sa version française. A l’époque, de nombreuses illustrations incorporées étaient inconnues du grand public et inédites. Cet ouvrage est encore aujourd’hui incontournable pour les amateurs de Gustave Doré.

259.          SABATIER (Robert) – STROH (Paul). Bataille de Wissembourg, 4 août 1870 – Bataille de Froeschwiller, 6 août 1870. Wissembourg, Association des Œuvres Scolaires, 1978, gr. in-8°, 155 pp, 30 gravures, 2 cartes en trois couleurs, notice bibliographique, broché, couv. illustrée, bon état

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La bataille de Wissembourg – La bataille de Froeschwiller – Le drame de la population de l'Alsace du Nord.

260.          SAND (George). Histoire de ma vie. Adaptation de Luc Verly. P., Jean de Bonnot, 1990, in-8°, 468 pp, gravures et photos, reliure décorative en cuir véritable de mouton, finissage à la main, pleine basane noire et rouge de l'éditeur, dos lisse avec titres et cartouche dorés, encadrements et motifs représentant des roses rouges sur les plats, tête dorée, signet, imprimé sur papier vergé filigrané, bon état

            30

George Sand (1804-1876) avait eu le projet d'écrire ses mémoires dès 1835-1836, mais elle les commença en 1847 et les abandonna un an plus tard. Ce n'est qu'en 1855 qu'elle les reprit pour les achever. Somme méconnue, cet incontestable chef-d'œuvre raconte comment Aurore Dupin est devenue écrivain sous le nom de George Sand. Si la romancière fait parfois preuve de mystérieuses réserves dans la confidence, n'évoquant guère ses amours, elle s'y livre avec beaucoup d'esprit et de liberté. On trouvera reproduits dans ce volume les plus beaux passages de Histoire de ma vie. La plupart se rapportent à son extraordinaire enfance, dominée par la formidable personnalité de sa grand-mère, fille du maréchal de Saxe. La petite Aurore Dupin suit son père, officier des armées de Napoléon, jusqu'à Madrid, en pleine guerre d'Espagne. Puis elle connaît à Nohant, propriété de sa grand-mère dans le Berry, une vie libre, proche de la nature, dont le souvenir habitera ses meilleurs livres. Après quelques années de couvent où la sauvageonne tente de se transformer en jeune fille du monde, c'est le mariage, qui se solde vite par un échec, et le départ pour Paris où George Sand fait ses débuts d'écrivain. Elle y côtoie les plus grands artistes de son époque - Balzac, Sainte-Beuve, Delacroix... Débordant d'humour, de gaieté et du courage tranquille d'une femme qui avait su prendre sa vie à bras-le-corps, Histoire de ma vie décrit le parcours familial et intellectuel d'un des écrivains majeurs du XIXe siècle. Plus qu'une autobiographie véritable, le roman d'une vie et d'une femme d'exception.

261.          SYLVA (Carmen) (Elisabeth de Wied, reine de Roumanie). Le Roman d'une princesse. Perrin, 1891, in-12, 300 pp, [traduit par A. Chevalier], reliure demi-percaline bleue à coins, dos lisse, pièce de titre basane acajou, fleuron et filets dorés, couv. et dos conservés (rel. de l'époque), bon état, exemplaire très bien relié. Peu courant

            60

Un roman délicieux, aussi charmant et désuet que sa langue en est châtiée, par la reine Elisabeth de Roumanie, qui écrivait sous le pseudonyme de Carmen Sylva. Mariée au prince Charles de Hohenzollern qui devint le roi Carol I de Roumanie, la reine Elisabeth, née princesse de Wied (1843-1916) écrivait aisément en quatre langues. — "Le nouveau roman de Carmen Sylva nous montre comment un innocent badinage peut conduire quelquefois plus loin qu'on ne pense. Ulrique, princesse de Horst-Rauchenstein, enthousiasmée d'un livre du professeur Dr Bruno Hallmuth, ne peut résister à l'envie de lui écrire pour lui témoigner son admiration. Le professeur, très intrigué et croyant que sa correspondante a pris un pseudonyme, répond, et, de fil en aiguille, on arrive à s'aimer. Mais c'est là que commence le drame un simple professeur ne peut pas épouser une princesse. Aussi les deux amoureux ne pourront-ils être l'un à l'autre qu'après bien des vicissitudes émouvantes et qu'en bravant la volonté formelle du père d'Ulrique. Tout est bien qui finit bien la venue d'un superbe poupon réconcilie le père avec sa fille, et le lecteur ferme le livre avec un soupir de soulagement. Tout ce roman se déroule sous forme de lettres. Nous n'insisterons pas sur les qualités littéraires bien connues de S. M. la reine de Roumanie ; nous préférons nous arrêter au caractère vraiment attachant de ses deux héros, tout en ne nous cachant pas qu'il ont quelque chose de surnaturel et d'exalté. La princesse Ulrique, élevée dans un château solitaire, est une figure de jeune fille tout à fait captivante ; elle s'est fait sur les hommes et sur les choses des idées qui sont loin d'être banales et qui font parfois bondir son aristocratique père. Quant au professeur Hallmuth, son esprit a subi quelque peu l'influence des brumes du Nord, au milieu desquelles il vit. On comprend que ses paradoxes enflammés sur la vie, sur les prérogatives de la naissance, sur l'art, fassent une impression profonde sur l'âme vierge de la jeune princesse. On suit avec anxiété les péripéties qui conduisent au dénouement, bien que celui-ci soit prévu longtemps à l'avance. A côté des nombreux états d'âme que nous ont dépeints depuis quelques années les romanciers français, le public sera bien aise de connaitre aussi des états d'âme allemands et il ne pourra mieux faire pour cela que de lire le “Roman d'une princesse”. Mais nous conseillons de ne pas le laisser lire aux jeunes filles trop sentimentales." (A. V., Bibliothèque universelle et Revue suisse, 1891)

262.          WINOCK (Michel). Clemenceau. Perrin, 2007, gr. in-8°, 568 pp, 12 pl. d'illustrations en noir et en couleurs, sources et biblio, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            20

Georges Clemenceau fut l'homme aux quatre têtes : le Tigre qui déchire les ministères ; le dreyfusard qui mène pendant neuf ans le combat du droit et de la justice ; le premier flic de France qui dirige d'une main de fer pendant trois ans le ministère de l'Intérieur ; enfin le Père la Victoire qui, rappelé à 76 ans à la tête d'une France en guerre et au bord de l'abîme, conduit, indomptable, le pays jusqu'à l'armistice et la paix avec l'Allemagne. Cet homme de la gauche républicaine incarne une "certaine idée de la France". Ce n'était pas exactement celle du général de Gaulle – mais, pour reprendre une expression de Charles Péguy, tous deux ont eu la charge d'empêcher que la France disparaisse de la carte du monde. Ce n'est pas le moindre de leurs mérites.

20e SIÈCLE

 

263.          ASSOULINE (Pierre). Cartier-Bresson. L'oeil du siècle. Plon, 1999, in-8°, 384 pp, 16 pl. de photos hors texte, sources, index, broché, couv. illustrée, pt trace d'humidité en marge des 4 premiers feuillets, bon état

            20

Le XXe siècle a été celui de l'image. Henri Cartier-Bresson, né en 1908, est l'œil du siècle. Raconter sa vie, décrypter son œuvre, c'est d'abord écrire l'histoire d'un regard. En déambulant dans son siècle, le regard de ce promeneur lucide a saisi la fascination de l'Afrique des années 1920, croisé les destins tragiques des républicains espagnols, accompagné la Libération de Paris, capté la lassitude de Gandhi quelques heures avant son assassinat et témoigné de la victoire des communistes chinois. Le photographe Cartier-Bresson est toujours là où il faut, pickpocket distingué des événements de la vie comme elle va. Cartier-Bresson, c'est aussi l'assistant de Jean Renoir pour trois films majeurs. Un artiste qui se veut artisan et fonde néanmoins Magnum, la plus prestigieuse des agences de photo. C'est encore celui qui a fixé les traits de ses contemporains capitaux, Mauriac en lévitation mystique, Giacometti ou Sartre personnages de leur œuvre, Faulkner ou Camus, et tant d'autres saisis à l'instant décisif, autant de portraits pour l'éternité. Henri Cartier-Bresson s'est longuement confié à Pierre Assouline : il lui a tout dit de sa fidélité au surréalisme de sa jeunesse, de sa passion inentamée pour le dessin, de la guerre et de ses camps, des amis et des femmes qui ont croisé son chemin. Il lui a même ouvert ses archives. Le talent du biographe fait le reste : comme sur une photo réussie, on assiste à la rencontre rare de deux sensibilités.

264.          [Aviation] – CASTEX (Louis). L'Homme qui donna des ailes au monde : Clément Ader. Plon, 1947, gr. in-8°, 119 pp, 14 gravures hors texte dont un portrait de Clément Ader en frontispice, cartonné, dos toilé rouge, très bon état

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265.          BARDOUILLET (Marie-Christine). La Librairie du Travail (1917-1939). Maspero, Centre d’histoire du syndicalisme, 1977, in-8°, 255 pp, introduction de Jean Prugnot, corrections et réflexions de Marcel Hasfeld, 20 reproductions de documents, annexes (biographies des militants, liste chronologique des livres et brochures édités par la Librairie du Travail, biblio), broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            30

"La Librairie du travail fut une toute petite entreprise, plus riche d'idées et de dévouements que de biens matériels : une boutique de librairie, assortie d'une bibliothèque de prêt et d'une maison d'édition, située dans un quartier populaire de Paris, et inspirée par la révolution sociale. On y fut anarchiste à l'origine (1917), communiste orthodoxe à la grande époque bolchevique (1920-1927), trotskyste ensuite. « On », ce fut essentiellement Marcel Hasfeld, un Parisien, fils d'artisans juifs immigrés, qui vécut de divers petits métiers et fit vivre l'entreprise à peu près seul avec une ténacité et une foi extraordinaires. M.-C. Bardouillet a travaillé de première main d'après la liste des publications de la Librairie du travail et tout ce qui en subsiste d'archives ; elle a en outre recueilli le témoignage d'Hasfeld, elle lui a enfin soumis le texte de son mémoire pour recueillir ses observations, voire ses critiques et corrections, qui sont aussi imprimées à la suite. Cela donne un ouvrage dont on voit le double intérêt ; d'abord une contribution à l'étude de l'extrême-gauche indépendante de l'entre-deux-guerres, avec ce souci aigu de la culture, de la formation des hommes, de l'émancipation de l'esprit, de l'émancipation par l'esprit qui est le meilleur héritage du XIXe siècle laïque, démocratique et social, – et puis la mise à jour et l'évocation d'un type homme, d'un type de militant, bien daté si l'on veut, mais d'un relief assez impressionnant. Pour tout cela, qui peut intéresser bien d'autres lecteurs que les spécialistes d'histoire du « mouvement ouvrier », cette monographie méritait publication, et le Centre d'histoire du syndicalisme mérite gratitude." (Maurice Agulhon, Annales ESC, 1979)

266.          BERSTEIN (Serge). Léon Blum. Fayard, 2006, in-12, 835 pp, biblio, notes, index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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De l'assassinat de Jaurès en 1914 à sa propre mort, Léon Blum (1872-1950) a exercé sur le socialisme français un magistère qui ne se limite pas à ses brèves expériences de gouvernement. La première d'entre elles, qui fait suite à la victoire du Front populaire, garde soixante-dix ans après la force symbolique d'un grand mythe républicain. Cela tient peut-être en partie à une conception de la politique : intellectuel, esthète, mondain, juriste, Blum n'a jamais cherché le pouvoir en tant que tel comme bon nombre d'hommes d'Etat de son temps. L'amour des hommes, la croyance au progrès, la révérence pour les principes et les institutions de la République ont nuancé en lui l'influence d'un marxisme dogmatique et fortifié son incontestable courage moral et politique. Pour accabler sa mémoire, on peut gloser à l'infini sur les conséquences de la non-intervention en Espagne, et Vichy lui a imputé la responsabilité de la défaite de 1940... Mais il faudrait quelque mauvaise foi pour négliger que Blum a collaboré avec Marcel Sembat au ministère des Travaux publics durant la Grande Guerre, rejeté l'ultimatum bolchevique en 1920, donné une forme politique et juridique aux aspirations ouvrières en 1936. Enfin, pour oublier que la plupart des socialistes se sont ralliés sous son impulsion à la Résistance gaullienne. Soixante-dix ans après le Front populaire et à l'aide d'archives longtemps inaccessibles, Serge Berstein dresse de Léon Blum un portrait équitable et nuancé, à cent lieues de l'histoire partisane qui sévit encore souvent à droite certes mais aussi à gauche...

267.          BOURDÉ (Guy). La Défaite du Front populaire. Maspero, 1977, in-8°, 359 pp, biblio, broché, couv. illustrée à rabats, bon état (Coll. Bibliothèque socialiste)

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"Ce livre est la suite directe d'un diplôme d'études supérieures (D.E.S.) sur la grève générale du 30 novembre 1938. Mais il est largement étoffé au contact de toutes les sources actuellement disponibles et des travaux récents : livres, mémoires, presse, archives Daladier... C'est dire qu'il sait tenir compte des dimensions nouvelles, régionales, sociales, culturelles qu'offre depuis quelques années la recherche sur la période 1936-1939, qu'il propose des chapitres de mise au point fondés, auxquels s'ajoutent des annexes documentaires et une bibliographie pertinentes. Mais il sait tout autant avancer du neuf, en particulier sur les grèves sauvages de résistance aux décrets-lois entre le 18 novembre 1938, au lendemain du Congrès de Nantes de la CGT, et le 25, lorsque le mot d'ordre de grève générale est lancé. L'analyse porte prioritairement sur l'échec économique et social des idées et des pratiques qui avaient présidé à la victoire et à la gestion du Rassemblement populaire." (J.-P. Rioux, Annales ESC, 1978)

268.          (BOURGUIBA, Habib). Le “Procès” Bourguiba : 9 avril 1938. Texte intégral des interrogatoires et dépositions, articles de presse et correspondance de Bourguiba. Volume 1. Tunis, Centre de documentation nationale, 1967, in-8°, xxviii-339 pp, textes réunis et commentés par Mohamed Sayah, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Histoire du mouvement national tunisien)

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Premier volume seul (sur 2).

269.          BRIDET (Guillaume). Quand un écrivain français perd le Nord : Drieu La Rochelle et l'esthétisation fasciste. PUF, 2009, gr. in-8°, 20 pp, broché, bon état (Revue d'histoire littéraire de la France, 2009)

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On trouve également dans le même numéro : Les Mémoires à l'épreuve du burlesque : Céline ou la chronique des Grands Guignols (par Jean-Louis Jeannelle, 18 pp).

270.          BROCHE (François). Assassinat du chancelier Dollfuss. Vienne, le 25 juillet 1934. Balland, 1977, in-8°, 221 pp, Chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, état correct (Coll. Crimes politiques)

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La victime : Engelbert Dollfuss, Chancelier d'Autriche depuis 1932, patriote et fidèle catholique, il s'oppose à l'emprise nazie qui pèse sur son pays. Il y interdit même, en mars 1933, le parti national-socialiste. Par ailleurs, très lié aux conservateurs et ami de Mussolini, il combat violemment les socialistes et les milices ouvrières. – Le coupable : Otto Planetta, un ancien sous-officier manipulé par les nazis, abat Dollfuss, à Vienne, le 25 juillet 1934. Mais fort curieusement, l'attitude de Mussolini fait avorter le putsch. Dollfuss sera remplacé par le chancelier Schuschnigg. Deux ans plus tard, Mussolini s'allie à Hitler et, en 1938, l'Autriche est rattachée à l'Allemagne. C'est l'Anschluss.

271.          CALAFERTE (Louis). Requiem des innocents. Club Français du Livre, 1956, in-8°, 168 pp, préface de l'auteur datée de mars 1956, une photo de Louis (Luigi) Calaferte in fine, reliure pleine toile blanche de l'éditeur, décor en noir sur fond rose au 1er plat (reliure très lég. salie), bon état. Edition tirée sur papier bouffant et numérotée

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Ce livre n'est pas un roman. Ici, nulle place pour l'imagination. La zone d'une grande ville, des baraques, le terrain vague, les cris, les coups, la crasse, l'alcool, la sexualité, la brutalité et l'ignorance, la perversité, les jeux cruels des enfants désœuvrés, tout est vrai. Vrai, aussi, le personnage du maître d'école, cherchant à leur donner le goût et l'ambition de la dignité humaine. "Je n'ignore point, dit l'auteur, que ces pages n'ont de valeur qu'en vertu de l'émotion qui, si toutefois j'y réussis, doit sourdre de cette succession de scènes, de faits, tous réels que j'ai dépeints." Salué comme une révélation en 1952, Requiem des innocents est le premier livre de Louis Calaferte. Il garde aujourd'hui toute sa virulence et demeure un des grands cris de révolte contre la misère et l'injustice du monde moderne. — "Publié en 1952 grâce à l'aide de Joseph Kessel, Requiem des innocents est le premier livre de l'auteur, qu'il conspuera plus âgé. Louis Calaferte y raconte des souvenirs d'enfance, quand il avait dix ou douze ans et vivait dans la «zone», «le quartier le plus écorché de la ville de Lyon». Un «ghetto» peuplé d'une humanité bestiale, une cour des miracles avec ses gueules incongrues, où sont enfermés criminels et miséreux survivant de combines. Le quartier vit au rythme des razzias en ville. La sexualité y est sordide. Les plus faibles d'une bande de copains – Debrer le bossu, Victor Albadi alias Roméo Toro, épileptique à «la cervelle aussi folle que sa jambe» – sont régulièrement battus jusqu'au sang, jusqu'à l'évanouissement. D'ailleurs les hommes battent leur femme, les parents frappent leurs gosses, les directeurs d'école bastonnent les cancres, et les flics, les voyous. «On se bat beaucoup chez les pauvres. Il faut bien passer sur quelqu'un sa fureur, sa rage d'être au monde et d'y rester.» La violence et la morbidité de cette vie là est difficilement soutenable pour qui a grandi dans un milieu favorisé. Le narrateur comme ses camarades : de la racaille, condamnée par son acculturation. «Nous savons même pas parler, dit l'ami Schborn, chef de leur bande. Pas savoir parler, c'est la fin de tout. Il y avait trop d'étrangers chez nous. On saura jamais tout à fait la langue.» L'instinct de lutte des classes naît tout naturellement. «Pour nous, les gens de la ville étaient des ennemis, tous sans distinction.» La ville, territoire de «ceux qui bouffaient à plus faim, tous les jours, qui s'habillaient à plus froid». Un ailleurs haï et désiré, inaccessible pour la plupart. Et pourtant. Pourtant certains s'en sortiront. L'auteur, «premier bâtard de [son] quartier qui allait quitter l'école avec autre chose que des poux et le vice de la masturbation collective : mémoire d'homme.» Sa planche de salut : un maître d'école hors du commun, lecteur et buveur invétéré toujours flanqué de «sa putain Dorothée», manchot portant monocle et riant de se battre aussi durement que ses protégés. «Tu voulais renverser cette barrière qui nous empêchait de comprendre les autres», le remercie l'ancien élève, son ami. Puis la littérature poursuivra l'oeuvre salvatrice. Des lectures, l'écriture. Requiem des innocents. Un livre parfois maladroit et redondant, collage d'anecdotes à la construction bancale, mais un récit édifiant, incontournable, avec ses fulgurances. L'immense styliste qu'est Calaferte est encore en gestation : l'écriture ne charrie que les braises de la langue de feu portée à sa plus haute incandescence dans Septentrion. Mais la force du récit suffit à atteindre aux tripes. Car l'oeuvre est un témoignage inestimable de la vie de misère dans les ghettos modernes. Un récit toujours brûlant d'actualité, et à la portée universelle : comme le soutient Louis Calaferte, «pour toucher, pour voler un peu de vérité humaine, il faut approcher la rue. L'homme se fait par l'homme. Il faut plonger dans les hommes de la peine, dans la peine, dans la boue fétide de leur condition pour émerger ensuite bien vivant, bien lourd de détresse, de dégoût, de misère et de joie.»." (Hubert Bouccara)

272.          CHABERT (A.). Les Salaires dans l'industrie française (la métallurgie). Armand Colin, 1955, gr. in-8°, 255 pp, graphiques, broché, très bon état (Centre d'études économiques, études et mémoires)

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273.          CHAMBE (René). Hélène Boucher, pilote de France. France-Empire, 1964, pt in-8°, 253 pp, 4 pl. de photos hors texte, broché, jaquette illustrée, bon état

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"Hélène Boucher tient une place privilégiée parmi les grands noms de l'aviation. Il ne suffisait pas qu'elle fut bon et même excellent pilote et brillante voltigeuse, il ne suffisait pas qu'elle s'attribuât en août 1934 des records internationaux de vitesse à plus de 400 km/h, ce qui était remarquable à l'époque avec 320 ch, il ne suffisait pas qu'elle disparut tragiquement, pour que "Léno" soit aujourd'hui encore l'image même de la jeune fille française idéale. Avec sa volonté, son obstination, sa conception réaliste de la vie mises au service de l'aviation, elle était devenue une héroïne, en moins de quatre ans, avec à peine cinq cents heures de vol ! Dans un milieu qui lui était étranger et qu'elle sut conquérir, elle réussit à se faire estimer pour sa classe et son caractère d'abord, pour sa compétence et son courage ensuite. Pour toutes ces raisons ceux qui l'ont connue comme ceux qui savent méditer son exemple ne peuvent l'oublier. On n'oublie pas l'image d'une étoile filante car si elle est éphémère son éclat est singulièrement brillant." (J. Noetinger, Air & Cosmos 1984)

274.          CHARLE (Christophe). La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne, 1900-1940. Essai d'histoire sociale comparée. Seuil, 2001, in-8°, 600 pp, biblio, index, broché, bon état (Coll. L'Univers historique)

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Constituer, au-delà des mémoires obsédantes des tragédies qui l'ont marqué et du prisme des histoires nationales, le premier XXe siècle en objet d'histoire devient une nécessité imposée par le travail du temps. Le XXIe siècle se doit de porter un autre regard sur le siècle passé. C'est à quoi s'emploie le livre de Christophe Charle. Comment l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, ces trois sociétés dominantes, que l'auteur propose d'appeler "impériales" en un sens nouveau, ont-elles été prises dans un champ de forces incontrôlées et incontrôlables dès avant l'été 1914 ? Plus grave, comment en sont-elles venues, sans être capables de tirer les leçons des origines de la Grande Guerre et des profondes transformations qu'elle a entraînées, à s'enfermer dans leurs habitus nationaux au point de tolérer la régression du nazisme et du vichysme et la gestion libérale anglaise sourde aux souffrances des plus dominés ? Il s'agit donc d'analyser, pas à pas, les caractéristiques propres à chaque pays, d'expliciter les dynamiques sociales à l'œuvre, l'impossible pacification de l'entre-deux-guerres, les tentations guerrières et autoritaires permanentes et, finalement, l'effondrement et la perte du leadership européen. En utilisant les ressources de l'histoire sociale comparative et en remettant en cause les interprétations classiques issues de l'histoire politique ou des relations internationales, Christophe Charle réussit là, sans doute, le premier livre d'histoire du XXIe siècle sur le XXe siècle.

275.          Collectif – A. Siegfried et autres. L'Economie dirigée. Conférences organisées par la Société des anciens élèves de l'Ecole libre des Sciences politiques. Félix Alcan, 1934, in-12, 304 pp, reliure demi-basane aubergine, dos à 5 nerfs soulignés à froid, titre doré (rel. de l'époque), dos uniformément passé, bon état

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Un « dossier » sur les expériences récentes d'économie dirigée aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie et en URSS. Par André Siegfried, M. de Marcilly, P. Ernest-Picard, Louis Marlio, Paul Reynaud, Emmanuel de Monick, M. Hermant, Georges Roumilhac, Paul Devinat, C.-J. Gignoux.

276.          Collectif. La Bataille pour la paix. Messages, déclarations & discours des chefs de gouvernement. Principaux documents officiels (10 septembre - 5 octobre 1938). P., Impr. du “Temps”, J. Reiter, 1938, gr. in-8°, 107 pp, introduction de Ch. Schmidt et Robert Anchel, 2 cartes, broché, pt mques au dos, couv. fragile, papier jauni, état correct

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277.          COLTON (Joel). Léon Blum. Fayard, 1968, in-8°, 527 pp, traduit de l'anglais, biblio, index, broché, couv. à rabats, bon état (Coll. Les Grandes études contemporaines)

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"Exhaustive et intelligente, largement alimentée par les œuvres complètes du leader socialiste, cette biographie de Léon Blum, due à un universitaire américain, constitue un apport appréciable à l'étude de l'histoire politique de la France de 1914 à 1950, et plus particulièrement du Front populaire qu'il rapproche peut-être un peu trop du New Deal. Les faiblesses du caractère de Blum ne sont pas dissimulées : l'auteur s'y réfère pour définir son humanisme et expliquer ses échecs." (Revue française de science politique, 1968) — "Une biographie politique de Léon Blum, désormais classique, parue en 1966 aux Etats-Unis. Fondé sur une parfaite connaissance de l'histoire politique du socialisme français, l'ouvrage fait le point sur la politique de Léon Blum, avec sympathie, certes, mais sans en cacher les ambiguïtés, notamment sur le plan doctrinal et dans le domaine de la politique étrangère. Le dessein de l'auteur ne le porte pas à étudier en priorité les écrits théoriques et idéologiques de Léon Blum ; n'en apparaissent pas moins nettement les tensions qui provoquèrent chez le dirigeant socialiste son désir de rester fidèle à une tradition ancrée dans Marx et Jaurès et l'évolution le portant, face au défi des dictatures, à vouloir accomplir le socialisme dans la démocratie parlementaire.Cette biographie politique de Léon Blum se présente ainsi comme une réflexion sur le destin du socialisme français à l'épreuve du pouvoir." (Revue française de science politique, 1988)

278.          DROUARD (Alain). Alexis Carrel (1873-1944). De la mémoire à l'histoire. L'Harmattan, 1995, in-8°, 262 pp, 8 pl. de photos hors texte, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Le Docteur Alexis Carrel (1873-1944) fut un pionnier de la chirurgie cardio-vasculaire, de la culture des tissus et des transplantations d'organes, couronné par le Prix Nobel de médecine en 1912. Il fut aussi une figure emblématique de l'eugénisme français en raison du succès exceptionnel de son best-seller “L'homme, cet inconnu”, publié simultanément en anglais et en français en 1935 qui fit connaître à des centaines de milliers de lecteurs ses idées eugénistes. Enfin, il dirigea, de 1941 à 1944, dans la France occupée, la Fondation française pour l'étude des problèmes humains qui se prolongea à la Libération dans l'Institut national d'études démographiques, aujourd'hui l'un des pôles de développement des sciences sociales en France. Alexis Carrel a toujours mené de front recherches scientifiques et réflexions philosophiques. Il a abordé tour à tour les sujets les plus variés comme la santé, la religion, l'éducation, la recherche, la nutrition, la médecine du travail en associant démarche expérimentale et recherche d'une synthèse des connaissances. Alexis Carrel n'a cessé de susciter des questions et des controverses. De son vivant, il est le type du savant magicien dont les travaux font rêver les foules. Dans les années trente, il se croit investi d'une mission de salut public et se lance dans la construction de la "science de l'homme" définie comme la réponse à la crise de la société moderne. Après sa mort, il est accusé de collaboration et devient aux yeux de ses adversaires le "diabolique" Docteur Carrel, précurseur du nazisme et inventeur des chambres à gaz. Qui était donc Alexis Carrel ? Cette biographie retrace les événements extraordinaires qui ont ponctué sa vie sur les deux rives de l'Atlantique : le "miracle de Lourdes", le Prix Nobel, l'épopée de la Grande Guerre et l'invention du "Dakin", la collaboration avec Lindbergh, le succès de “L'homme, cet inconnu”, la création de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains. Mais au-delà de l'événementiel, elle analyse "le mythe personnel" de Carrel forgé autour de quelques interrogations devenues pour lui obsessionnelles : comment penser les rapports entre la science et la religion ? Peut-il y avoir une connaissance de l'homme ? Comment créer un ordre social stable et durable ? L'eugénisme peut-il être un remède à la "dégénérescence" de la société occidentale ?

279.          DUROSELLE (J.-B.)(dir.). Les frontières européennes de l'URSS, 1917-1941. Armand Colin, 1957, gr. in-8°, xv-354 pp, 4 cartes hors texte, biblio, index, broché, dos fendu recollé, une page déchirée recollée, état correct (Cahiers de la Fondation nationale des Sciences politiques)

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"Après une solide étude sur la doctrine de la frontière en Union soviétique (par J.-Y Calvez), quatre monographies envisagent successivement la politique de URSS vis-à-vis des Etats baltes (Stuart Schram), de la Finlande (Chantal Beaucourt), de la Pologne (Benjamin Goriély) et de la Roumanie (Chantal Beaucourt). La plus remarquable de ces quatre études est sans conteste la première. L'auteur ne s'est pas contenté d'étudier la politique de l'URSS dans le Balticum. C'est une véritable histoire des pays baltes dans leur évolution intérieure et dans leurs relations extérieures entre 1917 et 1941 qui nous est offerte ici. Les autres contributions sont moins originales, mais constituent d'utiles mises au point sur des questions qui commencent à échapper au domaine de la controverse politique pour entrer, grâce la masse de documents publiés, dans celui de l'histoire. L'impression générale qui se dégage de cet ouvrage est qu'en dépit des transformations idéologiques les lignes de force de la politique soviétique en Europe demeurent conformes aux objectifs de la Russie tsariste. Au moins jusqu'en 1941, le matérialisme dialectique n'hésite pas emprunter les voies et moyens du nationalisme traditionnel..." (Marcel Merle, Revue économique, 1959)

280.          EISENBERG (Dennis). Fascistes et nazis d'aujourd'hui. Albin Michel, 1963, in-12 carré, 222 pp, 8 pl. de photos hors texte, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

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"Non, le nazisme n'est pas mort avec Hitler. Sa fin apocalyptique n'a pas étouffé complètement l'espoir de ceux qui se veulent les maîtres du monde. Les nazis se préparent a reprendre le pouvoir. C'est ce que révèle Dennis Eisenberg dans cet ouvrage, le premier à mettre à jour les ramifications de la nouvelle Internationale fasciste, reconstituée au lendemain de la deuxième guerre mondiale." — L'internationale du fascisme (Malmoe, Copenhague, Suisse) ; Le terrorisme de l'OAS et les fascistes d'Europe (Belgique, Hollande, Autriche, Italie, Espagne, Portugal) ; Les ennemis jurés d'Israël (Amérique du Sud, Égypte) ; Le cancer des démocraties (Mosley, Québec, Melbourne, la Tacuara, USA, les fascistes hongrois).

281.          FERRERO (Guglielmo). Pouvoir. Les génies invisibles de la cité. New York, Brentano's, 1942, in-12, 345 pp, broché, bon état. Edition originale

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Par le grand historien italien Guglielmo Ferrero (1871-1942). Maintenu en résidence surveillée par le régime fasciste de 1922 à 1931, il ne put obtenir un visa de sortie que grâce à une intervention d'Albert Thomas auprès de Mussolini. Il s'installa à Genève, dont l'Université lui offrit la chaire d'histoire de la Révolution française. — "Réédition d'un classique de la littérature politique qui a démontré de façon lumineuse que le fascisme n'apportait rien de nouveau en termes de principes politiques : sa « révolution » n'était que celle de la peur ; de cette peur qui est le contraire de la légitimité qui fait les pouvoirs bienfaisants (qu'ils soient d'essence traditionnelle ou modernes comme les démocraties libérales). A l'époque le concept était neuf, nourri d'une forte culture historique où la France fournissait de nombreux exemples. Aujourd'hui que le concept de légitimité est banalisé au point d'être galvaudé, la relecture de ce livre, qui n'a pas une ride, est un vrai plaisir de l'esprit." (Revue française de science politique, 1989, à propos de la réédition de 1988)

282.          FERRO (Marc). La Vérité sur la tragédie des Romanov. Tallandier, 2012, pt in-8°, 224 pp, 4 pl. de photos hors texte, une carte, 9 documents, chronologie, généalogie, glossaire, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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“La tsarine et les archiduchesses ont survécu” — Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, dans l'Oural, le tsar Nicolas II, sa femme et leurs enfants, Olga (22 ans),Tatiana (21 ans), Marie (19 ans), Anastasia (17 ans), et Alexis, le tsarévitch (13 ans), sont exécutés par les bolcheviks. Cette version officielle, Marc Ferro n'y a jamais cru. Documents à l'appui, avec la rigueur du grand historien, il remet en cause l'assassinat des Romanov. Des juges ou des témoins morts subitement ou exécutés, des documents tronqués, des pièces du dossier d'instruction subtilisées, des tests ADN controversés, le mettent sur la piste d'une hypothèse inavouable et sacrilège: les filles et la tsarine ont été sauvées grâce à un accord secret conclu entre les bolcheviks et les Allemands. Elles se sont tues pour ne pas ébruiter leur sauvetage. Seul le sort du tsarévitch, Alexis, reste inconnu, faute de sources. Dans un récit palpitant, Marc Ferro bat en brèche un véritable tabou de l'histoire et fait la lumière sur un des plus grands mystères du XXe siècle. (4e de couverture)

283.          FILOCHE (Gérard). 68-98, histoire sans fin. Flammarion, 1998, gr. in-8°, 367 pp, broché, couv. illustrée, bon état, envoi a.s.

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Mai 68... mai 98... Trente ans d'engagement politique. Gérard Filoche a combattu Occident. Aujourd'hui il lutte contre le Front national et les ultra-libéraux. Communiste, puis trotskiste, socialiste enfin, militant syndical aussi, il mobilise, il piétine, il tempête. Il raconte ces années-là. Il a été mêlé à tous les débats de sa génération, à ses grands moments, à ses tâtonnements, à ses erreurs. Mai 68, une "répétition générale" ? Non. Mai, "un mouvement étudiant" ? Non. Mai n'enfante pas un nouveau parti, ni une nouvelle force de gauche, ni une nouvelle internationale. Pourtant, Mai c'est l'œuvre d'une classe sociale en mouvement, avec 9 millions de grévistes. Mai n'est pas une ultime grève du XIXe siècle, c'est la grève prémonitoire du XXIe siècle. C'est pourquoi Mai continue à tarauder en profondeur notre société. Histoire sans fin. Des "mai", entre 68 et 98, il y en a eu d'autres, spontanés, réalistes, pas moins déstabilisateurs : contre la loi Debré en 1973, contre la loi Devaquet en 1986. Il y a eu les grèves du Joint Français, de Lip, de la SNCF et de la RATP, de la métallurgie, d'Air France et des routiers, les printemps de SOS-Racisme, la manif pour l'école publique en janvier 94, la jeunesse contre les CIP en mars 94, les millions de manifestants et de grévistes de novembre-décembre 95. ! C'est cette force permanente du mouvement social qui a, en 81 et 97, battu la droite et qui interpelle aujourd'hui la gauche plurielle pour qu'elle aille plus loin. Gérard Filoche s'interroge encore : comment faire revivre le socialisme, "idée neuve" ? Comment construire "tous ensemble" une République sociale ? — Camarade d'Alain Krivine, Daniel Bensaïd et Henri Weber, Gérard Filoche a été l'une des figures du trotskisme français. Pendant vingt-cinq ans, il été membre de la Ligue communiste révolutionnaire et témoigne ici de son engagement passé. De 1968 à nos jours, il évoque sa jeunesse ouvrière à Rouen, les mobilisations de l'après-mai, la montée de l'union de la gauche et la lutte pour un renouveau socialiste.

284.          FOLLOROU (Jacques). La guerre des parrains corses. Flammarion, 2013, gr. in-8°, 363 pp, 16 pl. de photos hors texte en couleurs, une carte, chronologie, index, broché, bon état

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Il existe une mafia en Corse. Au cour de l'automne 2012, au pied des cercueils de l'ancien bâtonnier d'Ajaccio, Antoine Sollacaro, et du président de la chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud, Jacques Nacer, le gouvernement a promis que la puissance publique ne reculerait plus. La mafia corse s'est enracinée sur l'île au début des années 1980. Depuis, elle n'a cessé d'avancer grâce au blanchiment de l'argent sale, à ses réseaux dans l'économie et le monde politique. Stratège, violente et riche, elle a transformé la Corse en sanctuaire où elle règne, impunie. Depuis 2008, elle connaît une brutale mutation qui décime ses rangs. Cet ouvrage raconte pour la première fois le fonctionnement interne de cette mafia au moment où les cartes sont redistribuées à coups de calibre. Il décrit aussi la nature de son emprise sur la société corse, son économie et ses élus. Sur cette île, la population est si lasse qu'elle croit que la pègre est éternelle. Ici, les veuves des victimes baissent la tête devant les assassins. Prononcer le mot mafia ne suffit pas à la combattre.

285.          FRIEDLANDER (Saul). L'antisémitisme nazi. Histoire d'une psychose collective. Seuil, 1971, in-8°, 204 pp, broché, bon état

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"De la fin du XIXe siècle à la « solution finale », S. F. retrace à grands traits les étapes qui marquèrent l'évolution de l'antisémitisme européen et allemand, dans les fondements duquel il retient la primauté du facteur religieux-idéologique. Il examine les raisons historiques sociales et psychologiques particulières qui ont donné aux sentiments anti-juifs en Allemagne une diffusion plus poussée qu'ailleurs. Il souligne combien les bouleversements des années 1914-1933 ont remis en question la position des juifs dans ce pays. Dépassant les traditionnelles explications socio-culturelles, il démontre que, chez Hitler, l'élimination du juif correspondait à un besoin névrotique profond qui ne pouvait s'assouvir que par l'extermination totale du peuple juif. Brillant et incisif, ce livre permet de prendre conscience d'un des problèmes les plus complexes de l'histoire européenne." (Revue française de science politique, 1971)

286.          GALLO (Max). Les Idées décident de tout. Galilée, 1984, in-8° étroit, 125 pp, broché, couv. à rabats, bon état, envoi a.s. à un historien de la Révolution

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287.          GARAUDY (Roger). Les Mythes fondateurs de la politique israélienne. Samiszdat - Roger Garaudy, 1996, in-8°, 277 pp, broché, bon état

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"Certains plumitifs ont présenté ce livre comme l'œuvre de Satan... ou d'Hitler. Ils parlent tous d'une même voix. Ils récitent un bréviaire de la haine. Le Canard enchaîné : "Avec Roger Garaudy, on peut s'attendre à tout." La Croix : "Roger Garaudy est broyé par son propre engrenage idéologique. Naufrage suicidaire d'un homme qui aurait pu être le témoin d'une époque." L'Humanité se réjouit que la "loi Gayssot" puisse faire taire "un homme dont l'humanisme a marqué une époque". Libération : "Garaudy est passé dans le camp antisémite." Le Monde : "Un ancien rouge passé de l'autre coté du miroir : les bruns." Le Figaro cite l'auteur de polars qui m'aurait "débusqué" pour dénoncer la "collusion brun-rouge (fasciste-communiste)". Je n'ai d'autre défense que de faire lire ce que j'ai écrit, et qu'ils n'ont pas lu. N'ayant jamais considéré la philosophie, l'histoire ou la théologie comme une carrière libérale, mais comme un combat pour l'homme contre tous les intégrismes, j'ai défendu : - Marx contre une Union Soviétique et un parti qui le fossilisaient (et m'excluait en 1970) ; - Jésus contre toute théologie de la domination ; - L'Islam contre l'islamisme et la trahison des princes ; - Les grands prophètes juifs contre le sionisme tribal. Le lecteur jugera..." (4e de couverture)

288.          GUERS (Marie-Josèphe). Paul Claudel, biographie. Actes Sud, 1987, in-8°, 260 pp, avant-propos d'Alain Cuny, tableau synoptique, biblio, broché, couv. illustrée, bon état (Prix Roland Dorgelès 1988)

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Mon intention n’est pas de livrer une simple biographie de Paul Claudel, laquelle n’offrirait de l’homme et du créateur qu’un point de vue extérieur. Ma démarche a consisté à voir Claudel de l’intérieur, à travers ses œuvres. Mon ambition, à éclairer certains aspects, plus oubliés, ou moins bien compris (...). J’ai conscience qu’il peut rester, entre mon désir de découvrir un Claudel plus vrai et le résultat auquel j’ai abouti, un fossé infranchissable (...). Paul Claudel demeure, avec son mystère d’individu unique.

289.          HAFFNER (Sebastian). Histoire d'un Allemand. Souvenirs 1914-1933 . Actes Sud, 2003, pt in-8°, 435 pp, nouvelle édition augmentée, traduit de l'allemand, broché, couv. à rabats, bon état

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Je ne suis pas intervenu dans le cours des événements, je n'étais même pas un témoin oculaire particulièrement initié, et nul ne peut se montrer plus sceptique que moi-même à l'égard de l'importance de ma personne. Et pourtant, je crois – et je demande qu'on n'y voie nulle outrecuidance – qu'avec l'histoire fortuite et privée de ma personne fortuite et privée je raconte une partie importante et inconnue de l'histoire allemande et européenne. Importante – et plus essentielle pour l'avenir que de révéler qui était l'incendiaire du Reichstag ou de rapporter les paroles échangées entre Hitler et Röhm. (S. H.) — Dans ce texte rédigé en 1939 et publié à titre posthume, le journaliste allemand Sebastian Haffner (1907-1999) fait une chronique saisissante de ses expériences personnelles pendant l'époque de l'instauration du nazisme. D'une clarté et d'une autorité exemplaires, son récit rend palpables, donc compréhensibles, les circonstances de l'avènement du régime hitlérien. A cet égard, c'est un ouvrage dont la lecture, en plus de l'intérêt littéraire qui la justifie, est indispensable à la connaissance de notre temps.

290.          IMANN (Georges). La Journée du 6 Février. Grasset, 1934, pt in-8°, 120 pp, 6 photos à pleine page, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Les Grandes heures)

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"Si les instigateurs de l'opération du 6 février sont démasqués, si leur concert apparaît certain, il reste à préciser ce que fut leur dessein, le but qu'ils ont voulu atteindre en livrant Paris à l'émeute. Le premier objectif, le plus proche, c'est visiblement de prendre la Chambre des députés d'assaut. Tout le crie : notamment les propos et les clameurs des manifestants, et, en dépit des réticences des personnages les plus compromis, les aveux mêmes de certains exécutants. S'ils avaient réussi... Il n'est que de se reporter à l'un des apologistes les plus zélés du 6 février, M. Georges Imann, pour constater que le sort du Reichstag hantait certains cerveaux. M. Imann soupire après l'occasion manquée : « Le salut était peut-être mardi 6 février à huit heures du soir, au bout de ce pont balayé par la mitraille, dans le brasier de cette Chambre, devenue un second Reichstag... » Et, plus loin : « Les Parisiens, en marchant, le 6 février, sur le Palais Bourbon, voulaient détruire leur Parlement ». (La Journée du 6 Février, p. 99 et 103). On le voit, la leçon de Goering a porté sur nos apprentis fascistes !" (Le Midi socialiste, 6 février 1935)

291.          ISORNI (Jacques). Ainsi passent les Républiques. Flammarion, 1959, in-12, 234 pp, index, broché, bon état

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"Plus que d'un livre d'histoire politique, que le titre pourrait faire attendre, il s'agit ici, avant tout, d'un compte rendu de mandat : élu en 1951 à l'Assemblée nationale de la IVe République et réélu en 1956 pour défendre une loi d'amnistie, lutter contre la peine de mort, réhabiliter la mémoire du maréchal Pétain..., J. Isorni raconte comment il s'est acquitté de sa tâche, dit ses succès et ses échecs ; il expose aussi les raisons, à la fois personnelles et politiques, de son opposition au retour du général de Gaulle. L'ouvrage contient d'intéressantes anecdotes, en particulier sur le financement des élections (pp. 9-10), à propos d'un dîner avec Bourguiba (pp. 119-127), d'une soirée avec Pierre Mendès-France (pp. 131-132) et sur les derniers jours de la IVe République." (Revue française de science politique, 1959)

292.          JULLIAN (Philippe). Café-Society. Albin Michel, 1962, in-12, 260 pp, broché, non coupé, couv. très lég. salie, bande éditeur conservée (“La Dolce Vita américaine”), bon état. Edition originale (il n'est pas mentionné de grand papier). Peu courant

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Philippe Jullian, 1909-1977, observateur caustique, connut et fréquenta la Café-society. Il a donné son chef-d'oeuvre avec ce roman, peinture acerbe d'une coterie internationale. La Café Society est ce petit monde qui de 1920 à 1960, entre Paris, Londres, New York ou encore Venise, mêla aristocrates, milliardaires, artistes et parasites mondains dans une débauche de luxe et d'excentricité, teintés parfois d'avant-gardisme ou de pure élégance.

293.          KOSTINE (Sergueï) et Eric RAYNAUD. Adieu Farewell. La vérité sur la taupe de la DST qui a modifié le cours de l'Histoire. Laffont, 2009, gr. in-8°, 430 pp, 16 pl. de photos hors texte, notes, broché, couv. illustrée, bon état

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Vladimir Vetrov avait tout pour réussir. Brillant étudiant dans une école technique de pointe, grand sportif, père et mari modèle, il fait d'excellents débuts en tant qu'opérationnel du KGB. Quinze ans plus tard, il est au bout du rouleau : sa carrière au KGB est finie, sa famille brisée. Cependant, cet obscur lieutenant-colonel attendant sa retraite dans un dépotoir de la Direction des renseignements technologiques croit avoir trouvé un moyen de racheter sa vie apparemment ratée. Haïssant son service, écoeuré par le régime corrompu, Vetrov prend contact avec la DST et, en moins d'un an, livre à l'Ouest l'ensemble de l'espionnage scientifique et technique soviétique. Il ne se doute pas que sa trahison, pour les Russes, ou son action audacieuse, pour les Occidentaux, fera de lui un personnage historique. Arrivant à un moment crucial du face-à-face Est-Ouest, les informations fournies par Vetrov, devenu l'agent Farewell, contribueront à la chute du communisme dans son pays et le monde entier. L'histoire de Farewell, strictement documentaire, n'en est pas moins un roman où se mêlent grande politique et petits déboires de l'existence, espionnage et idéologie, courage et vilenie, amour et haine, calculs et folie, crimes et châtiment... Version revue et augmentée de Bonjour Farewell, ce livre a bénéficié d'un vaste complément d'enquête effectué en France, en Russie et aux Etats-Unis.

294.          KRAKOVITCH (Raymond). Paul Reynaud dans la tragédie de l'histoire. Tallandier, 1999, fort in-8°, 502 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, état correct

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Dernier président du Conseil de la IIIe République, Paul Reynaud est au cœur du drame de mai-juin 1940 qui fit vivre à la France les heures les plus sombres de son histoire. Partisan de la poursuite des combats, il sera poussé à la démission par les défaitistes et notamment le maréchal Pétain que Reynaud avait pourtant appelé au gouvernement quelques mois plus tôt. Si le nom de Reynaud reste attaché à cet épisode tragique, il ne faut pas oublier qu'il traversa aussi la vie politique française du milieu du siècle en y occupant les plus hautes responsabilités. Ministre des Finances au moment de la crise des années trente et de la question cruciale des crédits militaires, ministre des Colonies à l'apogée de l'Empire français, il est le premier à saisir la justesse des analyses stratégiques de De Gaulle, prône une politique d'intransigeance vis-à-vis des dictatures et milite inlassablement pour un rapprochement avec l'Angleterre qui se manifeste notamment lors de l'expédition de Narvik où il décide avec Churchill de couper la route du fer aux Allemands. Interné puis déporté en Allemagne, il retrouve la vie politique dès 1945 et se fera alors l'ardent défenseur de la cause européenne. Ce monstre sacré de la politique n'avait fait l'objet jusque-là d'aucun travail de fond. Il faut dire que l'époque reste d'une grande complexité, le personnage comporte bien des zones d'ombre et son action au printemps 1940 demeure toujours controversée. Il y avait donc urgence à se pencher sur ce grand homme qui entraîne avec lui un demi-siècle de l'histoire du monde.

295.          KRIEGEL (Annie). Aux origines du communisme français, 1914-1920. Contribution à l'histoire du mouvement ouvrier français. (Thèse). Paris-La Haye, Mouton, 1964, 2 vol. gr. in-8°, 995 pp, pagination continue, 29 cartes, sources et biblio, 4 index, brochés, couv. illustrées, bon état

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"On voit mal comment on pourrait ménager à Mme Kriegel les appréciations laudatives et même les sentiments de très vive admiration que suscite son ouvrage. Il est le fruit d'un admirable labeur où se rencontrent le zèle de l'historien le plus zélé et le don d'observation, le pouvoir d'interprétation de l'observateur politique le plus averti. S'étonnera-t-on dès lors que le livre de Mme Kriegel réalise une remarquable confluence entre l'histoire et la sociologie ? Il n'y a guère, en tous cas, d'oeuvre historique récente qui révèle une connaissance aussi profonde du mouvement ouvrier français et, tout à la fois, tant d'érudition et de sérieux dans la recherche, d'une part, et tant d'aptitude à la généralisation idéologique..." (Marcel Liebman, Revue belge de philologie et d'histoire, 1967)

296.          LIMAGNE (Pierre). L'éphémère IVe République. France-Empire, 1977, gr. in-8°, 406 pp, index, broché, couv. illustrée à rabats, bon état

            25

"La Quatrième République, république parlementaire s'il en fut, a aussi été la République des journalistes parlementaires, irremplaçables interprètes de la chose politique pour un public de plus en plus désorienté. Connaissance des hommes et des rouages, présence aux débats parlementaires comme aux congrès des partis politiques : cette expérience d'un régime vécu de l'intérieur donne tout son prix à leur témoignage qui, par-delà un pointillisme un peu au jour le jour, donne une note humaine à tout ce qui, sans eux, risquerait de devenir trop abstrait. Ainsi de ce livre d'un journaliste de “La Croix”, nouveau venu dans une République dont les catholiques ont été exclus pendant plus d'un demi-siècle, pendant lequel grandit la querelle de l'école, et qui sait s'en souvenir au moment de l'exclusion des communistes à leur tour rejetés. Ainsi de ces scènes où l'on retrouve un Mendès France épuisé par les négociations de Bruxelles où il avait été fort malmené par les alliés ; ainsi de la découverte que fut le premier reportage sur la guerre d'Algérie où l'honnêteté de l'auteur fut bouleversée de mesurer la différence qui existait entre le mythe des « trois départements français » et la réalité d'un pays qui vivait les prémisses de son indépendance." (Revue française de science politique, 1978)

297.          Livre Brun. Les Criminels de guerre et nazis en Allemagne occidentale : Etat, économie, administration, armée, justice, science. Dresde, Editions Zeit im Bild, s.d. (1965), gr. in-8°, 410 pp, 48 planches de documents hors texte, index, reliure cartonnée de l'éditeur, titres au 1er plat, dos toilé gris clair avec "Livre brun" imprimé en brun, bon état. Rare

            50

Publié par le Conseil national du front national de l'Allemagne démocratique, Centre de documentation des Archives nationales de la R.D.A.

298.          MANCEAUX (Michèle). Les Maos en France. Gallimard, 1972, in-8°, 254 pp, avant-propos de Jean-Paul Sartre, broché, couv. illustrée à rabats, toute petite trace d'humidité au bas du dos, bon état

            30

Entretiens publiés par Michelle Manceaux et préfacés par Sartre. — « [...] quand on arrive à Mao, on a déjà lu Le Capital, Lénine et tout ça, ce qui fait que la lecture de Mao, à ce moment-là, c’est un peu le délice théorique ! Quelque chose de grandiose qui parachève ce qu’on a pu lire dans Marx et Lénine. Ensuite il a fallu tout relire. Après la Révolution culturelle, tout change. Il a fallu complètement nous laver le cerveau. Donc la première lecture de Mao est une lecture théorique très belle, qui comble d’aise. » (Benny Lévy, alias Pierre Victor, brillant normalien et numéro un de la Gauche prolétarienne)

299.          MARAI (Sandor). Mémoires de Hongrie. Albin Michel, 2004, in-8°, 425 pp, traduit du hongrois, broché, jaquette illustrée, bon état

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L'écrivain hongrois Sandor Marai (1900-1989) est considéré aujourd'hui comme l'une des plus grandes voix de la littérature européenne. Antifasciste avant la guerre, "ennemi de classe" sous l'ère soviétique, témoin d'un monde qui se délite, il connut avant son exil officiel vers les Etats-Unis un tragique exil intérieur. Rédigés vingt ans après les événements évoqués, ces Mémoires inédits composent une fresque saisissante de la Hongrie à une époque cruciale de son histoire et mettent en lumière le trajet bouleversant de l'auteur des Braises. Avec la sensibilité et la verve caustique qui le caractérisent, Marai raconte l'entrée victorieuse des chars soviétiques en Hongrie en 1944, ses premiers contacts avec l' "homo sovieticus" et l'instauration du régime communiste. Au-delà du témoignage historique, c'est la qualité de son regard, détaché de toute idée préconçue, qui donne à ces écrits toute leur force. Bientôt, face à la bolchevisation forcée, à la censure et à la répression, l'écrivain doit se résigner à l'évidence : l'humanisme est assassiné, on assiste au triomphe d'une nouvelle barbarie à laquelle, une fois de plus, le peuple se soumet. Isolé et impuissant, Marai décide de quitter son pays : "Pour la première fois de ma vie, j'éprouvai un terrible sentiment d'angoisse. Je venais de comprendre que j'étais libre. Je fus saisi de peur", écrit-il la nuit de son départ, en 1948.

300.          MURRAY (Florence)(edited by). The Negro Handbook 1946-1947. A Manual of current facts, statistics and general information concerning the Negro in the United States. New York, Current Books, 1947, in-8°, viii-392 pp, index, reliure percaline bordeaux de l'éditeur, dos lisse avec titres dorés, jaquette illustrée (pt mque à la jaquette), bon état. Texte en anglais

            30

301.          NIESSEL (Général Henri Albert). Le Triomphe des Bolchéviks et la paix de Brest-Litovsk. Souvenirs 1917-1918. Plon, 1940, in-8°, x-381 pp, broché, couv. lég. abîmée, bon état

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Par l'ancien chef de la Mission française en Russie. Le général Niessel arriva à Petrograd le 20 septembre 1917 pour diriger la mission militaire française dans la capitale de la Russie. Dans l’introduction à ses souvenirs, le général place sa mission dans un cadre fort précis : “Les gouvernements alliés avaient décidé de parer à la désorganisation de la Russie, fruit de la révolution de mars, dont l’échec complet de la tentative d’offensive du général Kornilov venait de fournir la preuve. La France devait se charger de l’armée, l’Angleterre de la marine et les Etats-Unis remettre de l’ordre dans les chemins de fer.”

302.          PARIS (Henri d'Orléans, Comte de). Dialogue sur la France. Correspondance et entretiens avec Charles de Gaulle, 1953-1970. Fayard, 1994, gr. in-8°, 285 pp, introduction historique par Jean Tulard, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Pour une histoire du XXe siècle)

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"Le Comte de Paris [1908-1999] a choisi de rendre public le dossier de ses espoirs quant au rétablissement de la monarchie et, sous la Ve République, à son éventuelle candidature à la présidence. Il s'agit donc de documents allant de 1953 à 1970, concernant les relations de deux hommes qui, sans s'être rencontrés, avaient un passé commun qui s'est noué à Alger, en décembre 1942. Sans vouloir prendre parti dans la querelle entre de Gaulle et Vichy, l'héritier de la maison de France avait imaginé que les liens de sa famille avec l'Algérie lui permettraient d'être le bénéficiaire de la loi Tréveneuc de 1871, selon laquelle, en cas d'empêchement, les conseillers généraux élisaient un pouvoir provisoire. Les Américains préfèreront Darlan, et l'assassinat de celui-ci renvoie le prince à son exil. Il faut avoir à l'esprit ce début pour comprendre la suite : une prise de contact en 1953, quand la décolonisation commence à poser la question du régime, et l'espoir d'un rôle à jouer à la faveur de la crise algérienne, puis de la révision de 1962. Mais le prince, qui ne voulait être ni un « prétendant » ni un candidat, voulait hériter en bénéficiant de la recommandation du Général. Cela équivalait à reconnaître que le maire du palais avait pris le pouvoir ; l'espoir devait se reporter sur la tête de son fils, invité à venir travailler au secrétariat de l'Élysée. Mesure finalement plus importante que les projets de présidence de la Croix-Rouge, refusés par François-Poncet, ou les missions exploratoires confiées à Maurice Schumann qui ne s'aventura pas très loin, tant ces songes paraissaient étranges aux républicains, parmi lesquels Michel Debré n'était pas le moins convaincu. La morale de l'histoire ? De Gaulle, qui n'oublia jamais qu'il était resté seul en 1940, a manoeuvré pour avoir le prince à ses côtés. C'est au moins un point qu'il partage avec F. Mitterrand qui, en 1987, concéda le millénaire d'Hugues Capet pour pouvoir se représenter au nom de la « France unie »." (Revue française de science politique, 1994)

303.          PEDRONCINI (Guy). Pétain, le soldat, 1856-1940. Perrin, 1998, gr. in-8°, 527 pp, 9 cartes, biblio, 2 index, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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Guy Pedroncini s'est d'abord attaché à dépeindre minutieusement, dans une première partie, sans a priori et sans a posteriori, le comportement, les idées et les décisions de Philippe Pétain tout au long de la Première Guerre mondiale. Il montre par les archives son rôle essentiel de grand stratège et de grand tacticien, non seulement à Verdun mais dans la victoire finale qui, selon cet expert de la Grande Guerre, aurait été sans doute encore plus complète si, au lieu de Clémenceau et de Foch, il avait été le décideur suprême. Dans la seconde partie, l'entre-deux-guerres – la période jusque-là moins étudiée de la vie du Maréchal –, Guy Pedroncini montre Pétain, pionnier des armes nouvelles depuis 1916, intervenant en faveur d'une armée forte, plaidant dès 1919 pour une force blindée de 7000 chars et en 1932, pour une force de frappe aérienne, manifestant ses réserves quant à la ligne Maginot. Mais ses avertissements, ses diagnostics et pronostics se heurtent à des gouvernements éphémères englués dans les difficultés budgétaires. L'auteur évoque aussi, naturellement, la guerre du Rif que Pétain conduit en 1925-26, son passage en 1934 au ministère de la Guerre, son ambassade en Espagne, et termine avec l'inévitable armistice de 40. Né de la fusion de ses deux précédents ouvrages (1. Le Soldat et la Gloire, 2. La Victoire perdue), ce Pétain met à mal beaucoup d'idées reçues, forgées après 1945 par des auteurs soucieux de minimiser rétroactivement les mérites et les actes du Maréchal et de sélectionner dans les témoignages de ses contemporains des indices de défaitisme.

304.          PHILLIPS (William) and Philip RAHV (edited by). The Partisan Reader. Ten Years of “Partisan Review” 1934-1944: An Anthology. New York, The Dial Press, 1947, pt in-8°, xvi-688 pp, 3rd printing, introduction by Lionel Trilling, reliure toile citron de l'éditeur, jaquette illustrée, bon état. Texte en anglais

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Nombreux textes (la plupart publiés en livre pour la première fois) parus dans cette prestigieuse revue littéraire entre 1934 (année de sa création) et 1944. Contributions de James T. Farrell, Elizabeth Bishop, James Agee, Franz Kafka, Mary McCarthy, Saul Bellow, Richard Wright, Wallace Stevens, Dylan Thomas, John Berryman, Allan Tate, Edmund Wilson, William Butler Yeats, Stephen Spender et de nombreux autres.

305.          PICARD (Max). Des cités détruites au monde inaltérable. Plon, 1957, in-12, 247 pp, traduit de l'allemand par J.-J. Anstett, broché, bon état. Edition originale française, ex. du SP (il n'est pas mentionné de grands papiers)

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Le second livre de Max Picard, un grand auteur à peu près tombé dans l'oubli. Des cités détruites au monde inaltérable est le récit, très souvent magnifique et bouleversant, des pérégrinations de l'auteur en Italie du Nord. D'où nous vient, alors, l'impression que ce texte pourrait constituer le récit du voyage imaginaire d'un explorateur futur se promenant dans des cités qui, encore grouillantes de vie, semblent pourtant déjà mortes et même tombées en ruines ? Une catastrophe semble être survenue, qui n'est jamais nommée et qui, comme dans les meilleurs textes de Kertész ou de Sebald, apparaît pourtant clairement aux yeux de celui qui sait voir, accorde quelques minutes de ses déambulations à regarder ce qui l'entoure, à écouter les bruissements inquiets et plaintifs des ombres et, surtout, semble capable de voir ce qui se trame au-delà des apparences... (Juan Asensio)

306.          RECOULY (Raymond). Chez les Moujiks en capote grise. Souvenirs de guerre et de Révolution en Russie. Editions de France, 1942, in-12, ix-307 pp, broché, qqs marques au crayon en marges, bon état

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Souvenirs de la guerre russo-japonaise (où l'auteur était correspondant du journal « Le Temps » auprès de l’armée russe), de la révolution de 1905 (où l'auteur était correspondant du journal « Le Figaro ») et de celle de 1917 et de la Grande Guerre sur le front russe (où l'auteur était attaché à la Mission militaire française).

307.          REIMANN (Viktor). Joseph Goebbels. Flammarion, 1973, in-8°, 379 pp, traduit de l'allemand par Mariane Ghirardi, sources et biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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En Allemagne, dans les années qui suivirent la Première Guerre mondiale, Dieu était mort. Il fallait donc le réinventer, mais cette tâche délicate ne put être accomplie ni par les libéraux de la République de Weimar, ni par les militaires, encore moins par les communistes. Joseph Goebbels, fils chétif et infirme d'un ouvrier catholique travailleur, réussit là où les autres avaient échoué : il fit de Hitler un dieu, de son parti une église et du pangermanisme une religion nouvelle. L'auteur analyse les motivations qui poussèrent Goebbels et les qualités qui lui assurèrent le succès : sa formation intellectuelle, son refus violent du christianisme traditionnel ; ses complexes physiques et sa frustration sociale ; sa haine des juifs qui l'avaient empêché d'accéder à un poste dans une maison d'édition qu'ils contrôlaient ; son intelligence souple et sa force de travail ; enfin, la grande "affaire" de sa vie, sa rencontre avec Hitler et la fascination que celui-ci allait exercer sur celui-là, jusqu'à ce que la mort les unisse. Devenu ministre de la Propagande et de la Culture, Joseph Goebbels sera responsable de la mise en place du plus formidable appareil de propagande de l'Histoire. L'élaboration des méthodes technologiques et psychologiques modernes (mass media, conditionnement par répétition) situent le "petit docteur" à un rang privilégié par rapport aux autres manipulateurs de foules. Dans ce domaine, sa réussite confine au génie. Viktor Reimann, à l'aide de documents encore inédits et avec une rigueur qui exclut toute passion partisane, brosse le portrait d'un destin exceptionnel et apporte une contribution extraordinairement riche d'information à la phénoménologie du national-socialisme et de la manipulation des masses.

308.          RICHARD (Lionel). Nazisme et barbarie. Editions Complexe, 2006, gr. in-8°, 303 pp, notes et sources bibliographiques, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Questions à l'histoire)

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N'était-il pas possible de déceler, dès 1933, quelle serait la politique exterminatrice des nazis en Allemagne, voire en Europe ? L'antisémitisme allemand était-il alors si négligeable que ses capacités de nuire ne pouvaient être soupçonnées ? Les hauts dignitaires des Eglises ont-ils pris la juste mesure de ce qui arrivait ? De leur côté, les notabilités juives se sont-elles comportées avec toute la clairvoyance espérée ? Quelles personnalités, quels groupes sociaux ou professionnels n'ont pas été à la hauteur de ce qu'ils étaient censés représenter ? Dénonçant les lieux communs qui, sans preuves et sans analyse, abondent dans beaucoup trop d'ouvrages sur le Troisième Reich, Lionel Richard répond ici à ces questions essentielles à partir de recherches de première main, en se fondant sur les documents d'origine : brochures, discours, articles dans l'organe nazi Völkischer Beobachter. Ces documents, il les traduit et il en cite de larges extraits à l'appui de ses explications. Se défiant de toute généralisation abstraite et de tout commentaire d'ordre philosophique, se concentrant sur des aspects précis et peu traités du Troisième Reich (la stratégie des institutions chrétiennes, les organisations culturelles juives, l'antisémitisme par le cinéma, la mise en scène de l'illusion mensongère dans un camp comme celui de Thérésine), il montre comment la machinerie nazie a été mise en place et a fonctionné. Il ne se retranche pas, toutefois, derrière une prétendue neutralité scientifique. Il n'hésite pas à indiquer où sont à situer les responsabilités. D'un style vif, porté par une volonté de polémique avec les actuelles présentations bien-pensantes du Troisième Reich, ce livre unit salutairement l'érudition historique à la clarté de l'expression. Le système nazi n'en apparaît que mieux dans la réalité de son abomination.

309.          RUSTENHOLZ (Alain) et Sandrine TREINER. La Saga Servan-Schreiber. Une famille dans le siècle. Seuil, 1993, fort gr. in-8°, 525 pp, 16 pl. de photos hors texte, sources, biblio, documents, index, broché, couv. illustrée, bon état

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Une famille dans le siècle relate l’intégration et l’ascension des Servan-Schreiber dans la société française. — "Foisonnante galerie qui met au jour (...) la vie d’un groupe que les liens du sang et des alliances propulsent à travers un Paris qui se transforme sous nos yeux, (...) des voyages dans tous les coins du monde, sans parler bien sûr de l’histoire politique et des deux grandes guerres mondiales. La savante tapisserie tissée par nos auteurs est de grande classe. On ne recule pas devant la description des plus petits faits vrais, des détails vestimentaires, etc. mais, malgré cette profusion d’informations, on ne perd jamais le fil. (...) Sans nous en rendre compte, parce que tout fourmille d’anecdotes, de lieux, de dialogues, nous avons dépassé les cinq cents pages." (Pierre Drouin, Le Monde) — "1877. Joseph Schreiber, un Prussien juif s'installe à Paris. A sa mort, en 1902, sa femme Clara va mener ses trois fils, Robert, Georges et Emile, vers l'intégration et la réussite sociale. Robert reprendra le commerce paternel pour créer ensuite un journal, “Les Echos”, qu'il fera prospérer avec Emile. La famille entre ainsi dans la société française. Cinquante ans plus tard, Jean-Jacques Servan-Schreiber, le fils d'Emile, créera “L'Express”, avant d'affirmer son ambition politique. Cette saga raconte en trois générations une traversée du siècle dans les sphères dirigeantes : les affaires, la presse, la politique. (...) Une famille dans le siècle s'interrompt en 1943 alors qu'il s'agit pour les petits-fils, depuis l'Afrique du Nord libérée, de reconquérir la patrie qu'avait choisie Joseph, leur grand-père." (4e de couverture)

310.          SANGUINETTI (Amiral Antoine). Le Devoir de parler. Fernand Nathan, 1981, in-8°, 301 pp, glossaire politico-militaire des conflits modernes en annexe, broché, amusante double couverture illustrée, la première ajourée montrant l'auteur baillonné, bon état, envoi a.s. On joint quelques coupures de presse sur l'amiral Sanguinetti

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"Réquisitoire sévère contre l'«Etat giscardien» et son inféodation au modèle américain. Mis à la retraite anticipée pour avoir manqué au devoir de réserve, l'amiral S. règle ses comptes avec un régime qui lui paraît, sous un aspect pseudo-libéral, contenir de dangereuses menaces potentielles à l'égard de la démocratie." (Revue française de science politique, 1982) — "Comment échapper à l'emprise économique, politique et culturelle des Etats-Unis [exercée] par l'intermédiaire des multinationales mises en place avec la complicité de l'OTAN ? Comment sortir de la crise, qui n'est qu'un redéploiement coordonné du système capitaliste... ? Comment lutter, ici, contre la renaissance de l'esprit d'abandon de Vichy, contre le retour aux inégalités de l'Ancien Régime, contre la résurgence fasciste de l'OAS, contre l'idéologie de la "sécurité" qui nous détourne lentement mais sûrement de la démocratie ? Voilà quelque-uns des thèmes de ce livre..." (4e de couverture)

311.          SCHIRACH (Baldur von). J'ai cru en Hitler. P., Cercle du Nouveau Livre d'Histoire, 1968, gr. in-8°, 261 pp, reliure pleine toile verte de l'éditeur avec une vignette illustrée au premier plat, bon état

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Les souvenirs de Baldur von Schirach, Chef des Jeunesses hitlériennes et gauleiter de Vienne durant la guerre. Schirach sera condamné par le Tribunal de Nuremberg à vingt ans de détention. — "Cette autobiographie retrace un destin individuel à la fois peu commun par sa réussite et typique par son évolution, celle de toute une génération d'Allemands. Par-delà, elle apporte quelques lumières, mais non hélas de véritables révélations, sur Hitler, son entourage, sa politique et ses mobiles. Il y a là une source de renseignements qu'on ne saurait négliger, même si l'on peut et doit se demander s'il s'agit bien d'une confession sincère et véridique. Le narrateur est si habile, peut-être à son insu, que l'on laisse parfois s'assoupir son esprit critique et que l'on oublie qu'il a été l'un des principaux artisans du triomphe de son ancien maître. Ce que d'ailleurs il aime rappeler sans fausse modestie. Il appartient à l'une de ces familles de petite noblesse, d'esprit nationaliste et conservateur, traumatisées par la défaite de 1918 et la révolution, les crises économiques et l'instabilité sociale et politique. Très jeune, il adhère à des groupements d'extrême-droite qui vénèrent Ludendorff. Mais le héros de Tannenberg le déçoit. Par contre, il est séduit par Hitler dont il assure la protection à Weimar. C'est le début d'une carrière fulgurante..." (Pierre Angel, Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 1970)

312.          SCOTT (Sir Harold). Scotland Yard par son chef (1945-1953). Gallimard, 1955, in-8°, 342 pp, traduit de l'anglais, un plan, broché, couv. frottée, état correct (Coll. L'air du temps)

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... De la policewoman aux techniciens du Laboratoire, des chiens policiers aux relations avec la presse, nous apprenons les procédés de cette police, aussi efficace que sympathique...

313.          SHARP (C. Martin). D.H. – An Outline of de Havilland History. London, Faber & Faber, 1960, in-8°, 419 pp, une photo en frontispice, 167 photos, un plan et un fac-similé sur 64 planches hors texte, une figure, 10 annexes, index, reliure pleine toile bleue de l'éditeur, dos lisse avec titres dorés (dos lég. frotté), sans la jaquette, bon état. Texte en anglais

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Intéressante histoire d'un important constructeur aéronautique anglais racontée de 1908 à 1956 à travers l'évolution des différents modèles d'avions, de leurs moteurs (le passage aux moteurs à réaction) et fuselages.

314.          SHAW (Bernard) et Mrs Patrick CAMPBELL. Correspondance. Préface de Jean Cocteau. Calmann-Lévy, 1961, in-8°, 315 pp, traduction française de Jean Bloch-Michel, broché, couv. illustrée, bon état

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Voici un roman par lettres. Ce qui est ailleurs un procédé littéraire, aujourd’hui bien démodé, est ici le reflet de la réalité même : c’est-a-dire qu’il s’agit de vraies lettres, mais aussi d’un vrai roman. Quand l’illustre dramaturge Bernard Shaw rencontra la célèbre actrice Béatrice Campbell, le sort décida que cette rencontre ne serait pas infructueuse. Shaw tomba amoureux et il fit jouer « Pygmalion » à celle qu’il aimait. Béatrice ne fut peut-être pas insensible, mais elle s’aperçut assez vite que Shaw vivait son amour en rêve, ce qui n’était pas le lieu où elle désirait voir se jouer sa vie amoureuse. Il s’ensuivit qu’elle épousa M. Cornwallis-West, et que Shaw en conçut une fureur, puis une amertume qui ne s’apaisèrent jamais. Pendant trente ans, ils s’écrivirent, s’aimèrent, se haïrent, se disputèrent, s’injurièrent, incapables, l’un comme l’autre, de se priver de l’admirable partenaire que chacun avait découvert en l’autre. Mais tandis que Bernard Shaw voyait grandir sa gloire et sa fortune, la belle actrice devenait une vieille dame, chassée des studios et des scènes, menant une vie de plus en plus misérable et solitaire. Quand elle se tourna enfin vers celui qui avait prétendu l’aimer, pour lui demander quelque secours, Shaw trouva, à le lui refuser, le plaisir le plus subtil qu’elle lui eut jamais procuré : enfin il se vengeait de l’avoir aimée, qu’un autre lui eut été préféré, et, surtout peut-être, d’avoir été trop bien compris. Cette correspondance – dont on a tiré la pièce « Cher Menteur » – est d’abord un extraordinaire document sur le théâtre au début de ce siècle. Mais c’est aussi l’histoire passionnante d’un amour impossible, puis d’une amitié – ou d’une haine, on ne sait pas très bien – vécue et exprimée par un homme et une femme que leur caractère et leur talent mettaient, ce qui est rare, à la hauteur de leur propre aventure.

315.          STORA (Benjamin). Les guerres sans fin. Un historien, la France et l'Algérie. Stock, 2008, in-8°, 178 pp, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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Guerre d'indépendance, conflits de mémoire et séquelles postcoloniales, guerre civile algérienne, luttes intestines... des deux côtés de la Méditerranée les effets des combats n'en finissent pas, comme les répliques des tremblements de terre. Les rapports entre l'Algérie et la France sont ensanglantés, passionnés, obsédants, durablement marqués par une conflictuelle proximité. A distance des passions partisanes, froide par méthode, l'histoire de ces relations tourmentées s'écrit néanmoins à chaud et l'exercice est parfois périlleux. Un jour de juin 1995, Benjamin Stora reçoit des menaces et un petit cercueil en bois dans une grande enveloppe beige... Entre étude historique et témoignage personnel, ce livre singulier, jalonné par des rencontres avec quelques personnages clés, associe une réflexion sur l'écriture de l'histoire et l'engagement de l'historien à une analyse profondément originale des rapports entre la France et l'Algérie.

316.          STORA (Benjamin). Messali Hadj, 1898-1974. Pionnier du nationalisme algérien. P., Le Sycomore, 1982, in-8°, 299 pp, biblio, broché, bon état, envoi a.s. à Ph. Vigier.

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Messali Hadj fut le fondateur du nationalisme algérien. Dès 1926, avec l'Etoile nord-africaine et jusqu'au MNA (Mouvement national algérien) en 1954, il n'a cessé d'animer des organisations nationalistes afin d'obtenir l'indépendance de son pays. Après l'insurrection déclenchée par le tout nouveau FLN en novembre 1954, la lutte fratricide entre « messalistes » et « frontistes », au sein même du mouvement de libération, sera extrêmement sanglante, tant en Algérie qu'en métropole, dans l'immigration. Assigné à résidence en France, Messali Hadj perd peu à peu son influence, au point d'être totalement marginalisé et longtemps ignoré de l'histoire officielle algérienne. Pourtant, son rôle fut considérable. En le remettant en lumière, ce livre apporte aussi quelques éléments de réponses à plusieurs questions : comment Messali pensait-il le rapport entre lutte sociale et lutte nationale ? Quelle place accordait-il à l'islam dans la prise de conscience nationaliste ? Avec cet ouvrage, Benjamin Stora exhume un pan longtemps oublié de l'histoire de la colonisation algérienne et de la guerre d'Algérie. — "La biographie que B.S. consacre au personnage controversé de Messali Hadj est très solidement documentée à partir de trois sources : les mémoires de Messali, les archives de la Préfecture de police de 1926-1937 et la presse clandestine du courant messaliste de 1954 à 1966. Elle est aussi très complète, couvrant l'intégralité de sa vie et de son itinéraire militant découpé en séquences chronologiques bien caractérisées. Les questions centrales sont : comment cet homme du peuple, humble autodidacte de la ville de Tlemcen, a-t-il pu inspirer le mouvement national et s'imposer comme son leader en 1933-35 ? Pourquoi a-t-il été éclipsé au moment où le combat libérateur s'intensifiait ? B.S. explique l'échec de Messali par son attitude politique qui était une pratique systématique de l'opportunité de l'événement ne s'appuyant sur aucune considération théorique. Sa méfiance à l'égard des intellec­tuels conduisit le leader à privilégier la tactique par rapport à l'appréciation historique du mouvement. D'autre part, à partir de 1939, le réservoir de cadres qui s'appuyait essentiellement sur l'émigration, s'élargit à des diplômés et à de jeunes étudiants. Cette nouvelle génération faisait du soulèvement et de la lutte armée un principe absolu. Messali, qui avait toujours nié la différenciation sociale et ne considérait que le peuple algérien dans son ensemble, méconnut les causes de la crise du MTLD. Les «centralistes» tournaient le dos à la voie révolutionnaire moins par peur que parce qu'ils étaient devenus « des instruments de la politique de la bourgeoisie algérienne commençant à s'affirmer ». Parce qu'il se situait toujours sur le terrain du « parti du peuple entier », Messali différa pendant près de deux années un combat devenu inévitable, et refusa par la suite de se fondre dans le FLN." (Revue française de science politique, 1983)

317.          TOURNOUX (J.-R.). Carnets secrets de la politique. Plon, 1958, in-8°, ii-177 pp, reliure pleine toile bordeaux, dos lisse, pièce de titre basane bordeaux, couv. conservées (rel. de l'époque), bon état

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Excellent journaliste, l'auteur a rassemblé dans ce petit volume des notes prises à propos d'événements fort différents. Les deux premières parties portent sur le 13 mai et l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir. Elles contiennent quelques détails inédits. La troisième, qui évoque les contacts secrets avec le F.L.N., est surtout précieuse par l'annexe chronologique retraçant les cinq tentatives du gouvernement Mollet de juillet à septembre 1956. Des précisions intéressantes sont données sur les délibérations gouvernementales qui ont précédé la dissolution du 2 décembre 1955. On a ensuite une correspondance entre l'auteur et M. Ramadier sur l'expulsion des communistes le 5 mai 1947. La dernière partie concerne « Les terrifiants secrets du Stratégie Air Command ». (Revue française de science politique, 1959)

318.          (TULARD, Jean) – Marc Fumaroli, Michel Fleury, Claude Durand, Henri Amouroux, Jean Tulard. Remise à Jean Tulard de son épée d'académicien. Hôtel national des Invalides, 15 mai 1995. En l'honneur de son élection à l'Académie des sciences morales et politiques. Librairie Arthème Fayard, 1996, in-8°, 63-(9) pp, une photo de Jean Tulard, liste des donateurs in fine (un nom surligné), broché, couv. rempliée, bon état

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319.          VAN DER MEERSCH (Maxence). Femmes à l'encan. Un esclavagisme patenté. Albin Michel, 1950, in-12, 157 pp, broché, bon état

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Ce livre, écrit en 1945, à l'époque où la France connaissait le régime déshonorant de la prostitution réglementée, n'a rien perdu de son actualité. Sans doute, la loi du 13 avril 1946 a-t-elle fermé officiellement les « maisons de tolérances » mais la prostitution n'en continue pas moins à prospérer, pour le plus grand malheur de celles qui en sont les victimes et pour le plus grand profit de ceux qui les exploitent. Ces profiteurs du vice et de l'esclavage de la femme n'ont pas perdu espoir de faire rouvrir les fameuses maisons. À leurs arguments qui restent les mêmes, le livre de Van Der Meersch demeure encore la meilleure réponse. Cette oeuvre, en effet, est l'une des plus courageuses et des plus attachantes de l'auteur, écrite pour que prenne fin définitivement l'esclavage des malheureuses « femmes à l'encan ».

320.          WALL (Irwin M.). L'influence américaine sur la politique française, 1945-1954. Balland, 1989, gr. in-8°, 515 pp, traduit de l'américain, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Première synthèse, en tous points remarquable, sur un élément crucial dans l'histoire de la Quatrième République. Plus encore que l'Allemagne dépourvue de colonies, la France et ses possessions d'Afrique du Nord servent alors de pierre angulaire au dispositif de sécurité américain en Europe. Il en découle pour les Etats-Unis la nécessité d'y promouvoir la stabilité politique, par des interventions exercées dans les quatre domaines que distingue I. Wall : affaires militaires (OTAN, CED, guerre d'Indochine) ; économie (plan Marshall, puis subventions au réarmement français) ; vie politique intérieure (lutte contre le communisme et le gaullisme) ; infléchissement des moeurs dans le sens des normes américaines. L'analyse s'appuie sur des sources copieuses. (...) Au total, avec son traitement très complet de la création de Force Ouvrière et de l'assistance militaire américaine à la France, avec ses révélations sur l'implication des Etats-Unis dans le procès Kravchenko, cet ouvrage bien traduit fera désormais partie de la bibliographie de base sur la Quatrième République." (Laurent Cesari, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1990)

1ère GUERRE MONDIALE

 

321.          BACON (Vice-Amiral Sir Reginald). Le scandale de la bataille du Jutland. Payot, 1929, in-8°, 220 pp, traduit de l'anglais et annoté par André Cogniet, 43 croquis dans le texte, broché, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale)

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"L'ouvrage de l'amiral Sir Reginald Bacon est une critique du récit officiel de la bataille du Jutland, publié par l'Amirauté britannique : ce récit, dit l'auteur, a été directement inspiré par l'amiral Beatty, chef de l'escadre des croiseurs en 1916, et devenu, après la guerre, premier lord naval. Un des collaborateurs de l'état-major, l'amiral Harper, avait préparé, paraît-il, un récit tout différent. Mais l'amiral Beatty a refusé de le laisser publier. La version officielle est donc destinée à présenter sous un jour favorable le rôle de l'escadre des croiseurs et à desservir la réputation de l'amiral Jellicoe, commandant en chef de la flotte. C'est contre ce « scandale » que s'élève l'amiral Bacon : il utilise, pour son récit de la bataille, les travaux de l'amiral Harper, dont il présente les résultats avec clarté et simplicité. Ce qu'il ajoute de son cru n'est que polémique. L'amiral Beatty, conclut-il, faute d'expérience, faute aussi d'avoir donné à ses équipages un entraînement approprié n'a pas su concentrer à temps son escadre : c'est lui qui est responsable des mauvaises conditions de l'engagement." (Pierre Renouvin, Revue historique, 1931)

322.          BARBUSSE (Henri). Le Feu. Journal d'une escouade. Illustrations de Renefer. Editions Douin, 2016, in-4°, 380 pp, illustré de 86 dessins de Renefer dont 10 eaux-fortes originales réalisées sur métal dans les tranchées et 76 bois gravés par Eugène Dété, broché, bon état (Prix Goncourt 1916)

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Le feu, journal d’une escouade d’Henri Barbusse raconte au jour le jour, la dure vie des soldats et leur mort obscure. Toutes les horreurs vues du fond des tranchées sont évoquées avec une puissance remarquable. Que de sombres tableaux d’hommes perdant leur forme humaine sous une épaisse couche de boue, de pourriture et de sang. Dans ces souffrances et cette noirceur permanente, il subsiste malgré tout de singuliers épisodes de vies, de fraternité et de tendresse. Alors que la grande bataille de Verdun était à peine commencée, Henri Barbusse nous livre un témoignage empreint de vérité qui ne peut laisser indifférent, même cent ans après. Quelques jours seulement avant l’armistice du 11 novembre 1918, paraissait chez Gaston Boutitie une première version illustrée du Feu. L’artiste, Renefer, mobilisé en 1914 à l’âge de 35 ans était chargé d’établir la topographie des champs de bataille. Durant tout le conflit, crayons et carnets de croquis à la main, il décrit la vie et la mort des soldats. Il s’attache tout particulièrement à croquer les paysages et les situations sous un trait agile et sobre en détails. C’est donc en pleine guerre que l’éditeur lui commande 86 dessins qui doivent illustrer le tout nouveau prix Goncourt de cette fin d’année 1916. Renefer réussira non seulement à sortir vivant des tranchées mais, en plus, il livrera à son éditeur 10 plaques de cuivre vernies gravées à la pointe métallique qui seront mordues par l’acide (procédé dit des « eaux-fortes »). On ne pouvait choisir meilleure association ! Les deux hommes ont vécu dans leur chair les supplices de la guerre et ont côtoyés les mêmes frères en première ligne. Jamais une telle force n’avait soudé texte et illustrations. Introduction de Gabrielle Thierry, présidente de l'association Renefer fondée en 2004 avec le soutien de la famille et des amis de Renefer et de Cécile Coutin, docteur en histoire de l'art et conservateur en chef honoraire du patrimoine.

323.          BRISSAUD (André). 1918, pourquoi la victoire. Plon, 1968, in-8°, 442 pp, 16 pl. de photos hors texte, 7 cartes, chronologie, sources, cart. éditeur, jaquette illustrée, bon état

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"A l'occasion du cinquantenaire de la victoire, A. Brissaud délaisse l'histoire de Vichy pour faire le récit, largement étayé par les mémoires de Foch, des deux dernières années de la guerre et de leur dénouement précipité et inespéré." (Revue française de science politique, 1968)

324.          BROUSSILOV (Alekseï Alekseïevitch). Mémoires du général Broussilov. Guerre 1914-1918. Hachette, 1929, in-12, 286 pp, préface du général Niessel, 2 cartes dépliantes hors texte, broché, bon état

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"Les trois généraux commandants en chef de l'armée russe pendant la grande guerre : le Grand-duc Nicolas et les généraux Broussilov et Kornilov, sont morts. Seul, Broussilov a laissé des mémoires embrassant la période de 1914 à juillet 1917, époque à laquelle il a cédé son commandement à Kornilov. Les mémoires de l'ancien généralissime russe, dont la librairie Hachette nous présente une traduction, ont paru dans la revue militaire soviétique : La guerre et la révolution. Comme le fait remarquer le général Niessel dans sa préface, Broussilov ne sortait pas de l'Académie d'état-major, ayant passé une grande partie de sa carrière à la tête de l'Ecole de cavalerie de Petrograd. Cette lacune dans son instruction militaire ne lui a pas empêché de commander d'abord une armée, ensuite un groupe d'armées et, enfin, de devenir commandant en chef. Les mémoires, du général Broussilov comprennent beaucoup d'observations et de critiques, voire même des révélations, exprimées dans un style terne. Ce soldat qui ne manquait pas de don d'observation, n'était pas un écrivain. La lecture du livre apporte des renseignements du plus haut intérêt sur les événements qui demeuraient inaperçus derrière les grandes opérations militaires, sur la vie au G.Q.G. et les conséquences de la révolution. Si l'auteur ne manifeste pas une grande tendresse à l'égard de Kerenski, il n'est pas non plus plein d'indulgence pour la monarchie. Le général Broussilov paraît dans ce livre comme un patriote qui place l'intérêt de son pays au-dessus de la question du régime. « Je n'ai pas regardé et je ne regarde pas comme possible ni digne de moi de rôder hors de nos frontières en qualité d'émigré », écrit-il. Ceci explique la raison pour laquelle l'ancien généralissime a offert, en 1920, ses services à l'Armée rouge. Ses mémoires se terminent par. une phrase douloureuse et qui donne à réfléchir. « Sur un mot de moi, écrit-il, elles (les troupes russes) sont allées pour la Russie à la mort, aux blessures, à la souffrance, Et tout cela en vain... Qu'on me le pardonne, car je n'en suis pas coupable. Et moi, je ne verrai pas l'avenir. » La traduction de ce livre est très bonne et sa lecture est facilitée par de nombreuses notes explicatives." (L. Léontin, Revue d'histoire moderne, 1930)

325.          CAMPAGNE (Colonel). Le Chemin des croix, 1914-1918. Editions Jules Tallandier, 1930, in-12, xxvii-368 pp, préface de Georges Girard, broché, couv. illustrée, bon état

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De la Semoy à la Marne - La Marne - Vers les tranchées - Champagne - Lorraine - Détente - Le labyrinthe - Hiver - Verdun - Un secteur tranquille - Vers la Somme - Adieu au 107/3 - L'ennemi - Au 7-8 - Crise morale - La petite guerre - A la manière de - L'Italie - De la Marne au Piave - En conseil de guerre - L'Altipiano - Le 15 juin 1918 - Au fil des jours - Dernière bataille - Pax nobiscum. — "Le Chemin des Croix est un livre estimable. Ne cachant pas des opinions bien arrêtées, il est subjectif comme doit l’être un témoignage, et il apporte des informations intéressantes. Louis-Benjamin Campagne est né à Biarritz le 6 mars 1872. Engagé volontaire en 1891, il est sorti de Saint-Cyr pour être affecté au 143e RI. Marié en 1899. Capitaine au 107e RI en 1908, puis commandant en 1915. En avril 1917, il est nommé à la tête du 78e RI dans la même 23e DI et, vers la fin de l’année, il est envoyé en Italie. Son récit du début de la guerre mêle remarques justes et affirmations péremptoires. D’un côté, voici les « mitrailleuses qui rendaient vaine toute tentative d’abordage à la baïonnette », ou des Français qui tirent par erreur sur des voitures de ravitaillement françaises. De l’autre, des diatribes contre le gouvernement, les députés, les mercantis, et la satisfaction de voir Joffre envoyer « bouler, d’un mouvement de ses larges épaules, parlementaires et politiciens ». L’année suivante, Campagne décrit les inondations suivies de fraternisations de décembre en Artois. Pendant la période du « grignotage », Campagne critique une tactique qui, en usant l’adversaire, a aussi pour résultat « de nous user nous-mêmes ». Il expose le dilemme du chef : obéir à des ordres stupides ou protéger la vie des hommes dont il a la responsabilité ? Après Verdun et avant la Somme, il passe en secteur tranquille du côté de Soupir, dans l’Aisne. Vient la « crise morale » dont il se félicite de n’être pas témoin direct, mais dont il présente les causes : un moral en baisse depuis quelque temps ; l’offensive d’avril qui rend la crise plus aiguë ; l’ivresse, la fatigue, les injustices, le cafard, la campagne pacifiste. Il est heureux de la nomination de Pétain, mais n’apprécie pas « la petite guerre » des coups de main dont l’objectif véritable n’est pas de rechercher des renseignement sur l’ennemi, mais de « nous tenir, et tenir l’ennemi en haleine ». Caporetto est, d’après lui, le résultat de la même propagande, contre laquelle s’élève heureusement « le souffle ardent » de D’Annunzio dont il cite un long texte sans en souligner la tragique bêtise : « Il y a des mères italiennes, bénies entre toutes les femmes par le Dieu des Armées, qui regrettent de n’avoir qu’un, deux, trois fils à sacrifier. » Plusieurs chapitres sont consacrés à la description du front italien. Ils montrent l’accueil cordial des Italiens malgré les réticences du clergé : « Nous passions pour des Républicains farouches et anticléricaux. » (Rémy Cazals, Témoignages de 1914-1918. Dictionnaire et guide des témoins de la Grande Guerre, Crid 14-18)

326.          CARPENTER (Capitaine de Vaisseau A.F.B.). L'Embouteillage de Zeebrugge. Payot, 1930, in-8°, 237 pp, traduit de l'anglais, préfaces de MM. le Maréchal Foch, l'amiral Beatty et l'amiral Sims, 18 gravures et une carte dépliante hors texte, broché, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale)

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L’expédition anglaise d’avril 1918 contre le môle de Zeebrugge. Carpenter était l’officier de manœuvre chargé en particulier de l’accostage du “Vindictive” le long du môle. Il découpe son récit en deux parties, la première centrée sur les préparatifs et les deux tentatives et la seconde consacrée à l’attaque. — "L'« embouteillage » des ports de Zeebrugge et d'Ostende devait être effectué la même nuit, 23-24 avril 1918 ; celui du port de Zeebrugge réussit seul, grâce surtout à un concours imprévisible de hasards heureux, compensant d'autres qui ne l'étaient pas ; le port d'Ostende ne fut bouché partiellement que le 10 mai suivant. Ces opérations difficiles, qui firent grand honneur à la marine britannique et lui coûtèrent des pertes sensibles, avaient été envisagées dès 1916 ; mais il fallut de longues études pour les mettre au point. Comme Ostende et Zeebrugge étaient des repaires de sous-marins allemands, dispensés ainsi de prendre pour point d'attache Heligoland, on conçoit que « l'embouteillage » de deux bons ports de la côte flamande fût considéré comme un moyen sûr de paralyser l'activité des petites unités qui menaçaient si gravement le commerce et le ravitaillement des Iles Britanniques. Prendre des sous-marins au piège ou les couler ne suffisait pas, Car l'Allemagne en construisait immédiatement d'autres. C'est seulement en les privant de leurs ports de refuge qu'on pouvait diminuer efficacement leur nocivité. L'opération de Zeebrugge, deux fois abandonnée à cause de brusques sautes de vent, fut menée à bon terme dans des circonstances vraiment étonnantes, que le récit d'un des principaux acteurs décrit avec bonhomie et simplicité. Si un seul sous-marin allemand de la base voisine de Blankenkerghe était arrivé à temps sur les lieux, tout était perdu, car le principal navire anglais, le vieux “Vindictive”, qui avait hardiment accosté le môle de Zeebrugge et débarqué des compagnies de marins, aurait été-coulé en quelques minutes. Cette attaque du môle, comme la destruction d'une partie du viaduc et de la voie ferrée par un sous-marin anglais, n'était d'ailleurs qu'une diversion destinée à faciliter l'entrée dans le chenal, sous le feu intense de l'artillerie allemande, des trois navires qui, en se faisant couler, obstruèrent le port. Le sauvetage des équipages de ces navires et du sous-marin sacrifié est l'épilogue surprenant d'une surprenante aventure. Les Anglais perdirent environ 600 hommes ; le “Vindictive”, bien que réduit à l'état d'écumoire, put revenir à Douvres, où il fut reçu en triomphe. L'auteur était chargé, sur ce vaisseau, d'une tâche que l'état de la mer faillit rendre impossible : l'accostage, sous la pression latérale d'un petit bateau, le long du môle, alors que les nuages artificiels de fumée, poussés vers la mer par le vent du sud, permettaient aux Allemands de tirer sans relâche sur cette cible presque immobile. De longues générations de marins liront ces exploits et admireront, à côté du plan conçu par l'amiral Keynes, les hommes, dont le moral indomptable a seul permis de l'exécuter." (S. Reinach, Revue critique d'histoire et de littérature, 1925)

327.          CARRÉ (Lt-Colonel Albert). Les Engagés volontaires Alsaciens-Lorrains pendant la guerre. Flammarion, 1923, in-12, 158 pp, préface du général de Castelnau, 66 photographies dans le texte et à pleine page, index des noms cités, broché, couv. illustrée, bon état. Rare

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Selon l'auteur, "17.650 Alsaciens-Lorrains se sont, pendant la guerre, engagés volontairement sous nos drapeaux". Il détaille ensuite : 16.000 hommes environ se sont engagés avant d'avoir été mobilisés, et les autres se sont rendus sous l'uniforme allemand. 20.580 prisonniers de guerre alsaciens-lorrains sont tombés aux mains des Français ; parmi eux, 1.650 demandèrent à combattre pour la France.

328.          CHAMBE (René). L'Escadron de Gironde. Flammarion, 1958, in-8°, 139 pp, 38 illustrations, 2 cartes, broché, couv. illustrée, bon état

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En 1914, le lieutenant Gaston de Gironde commande le 2e escadron du 16e Dragons de la 5e division de Cavalerie. Son escadron a reçu pour ordre de marcher en pointe. Le 9 septembre 1914 au soir, il se trouve à quelques kilomètres au sud-ouest de Soissons. L'escadron est encerclé et pourchassé par les troupes allemandes. A 22h, un paysan signale aux dragons français la présence d'une escadrille de huit avions allemands Aviatiks stationnés pour la nuit à environ un kilomètre. Gironde ordonne l'assaut et, à 1h30, les 40 cavaliers chargent les avions allemands. Gironde est mortellement blessé par un tir de mitrailleuse allemande, mais les huit avions sont détruits. Du côté français, il y a 27 survivants dont 8 blessés. Ce combat mineur est resté célèbre pour sa symbolique : le baroud d'honneur de l'arme du passé, la cavalerie, contre l'aviation, fer de lance des armées modernes.

329.          Collectif. L'aviateur d'artillerie et le ballon d'artillerie. 10 janvier 1918. Ordre du chef de l'Etat-Major général de l'armée en campagne. Grand Quartier Général des Armées du Nord et du Nord-Est, avril 1918, in-12, 37 pp, une planche hors texte en couleurs de signaux lumineux à faire par l'avion lors du réglage du tir de l'artillerie, broché, C. de bibl., bon état. Rare

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Traduction d'un document allemand : Berlin, Imprimerie impériale, 1918. – Ne pas emporter en première ligne. – SECRET. – Prescriptions concernant la guerre des tranchées et intéressant toutes les armes, 5e partie. – A distribuer par les soins de l'Etat-Major de l'Armée (2e Bureau) : 1) A tous Etats-Majors jusqu'à l'Etat-Major de régiment ; 2) A l'artillerie et aux Minenwerfer jusqu'aux batteries et aux compagnies ; 3) A l'aéronautique jusqu'aux Escadrilles et Sections de ballons.

330.          DELVERT (Capitaine Charles). Carnets d'un fantassin, 7 août 1914 - 16 août 1916. Le Fantascope, 2008, gr. in-8°, 387 pp, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Mémorial de Verdun)

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Un témoignage des plus sérieux, selon Norton Cru. — "Le capitaine Charles Delvert est un véritable héros ; le combat auquel il a participé avec ses hommes aux alentours du fort de Vaux, en pleine bataille de Verdun est l'un de ceux qui ont forgé l'Histoire. Il raconte dans ses "Carnets d'un Fantassin" (1916) cet épisode, ainsi que la vie des tranchées sur la Main de Massiges. Mais Charles Delvert est un héros modeste et un officier très humain, ainsi qu'un observateur précis et objectif. Un très bon livre, donc." (Passion & Compassion 1914-1918)

331.          DORGELÈS (Roland). Les Croix de bois. Albin Michel, 1949, in-12, 344 pp, broché, couv. illustrée, bon état

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Les Croix de bois, chef-d’œuvre de Roland Dorgelès, engagé volontaire, est un témoignage exceptionnel sur la Première Guerre mondiale. Avec un réalisme parfois terrible mais toujours d’une généreuse humanité, la vie des tranchées nous est décrite dans toute son horreur et aussi sa bouffonnerie, son quotidien et ses moments d’exception.

332.          DUHAMEL (Georges). Civilisation, 1914-1917. Mercure de France, 1944, in-12, 278 pp, broché, non coupé, bon état (couronné par l'Académie Goncourt en 1918)

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L'ouvrage se veut livre un poignant témoignage dénonçant les ravages de la guerre. Duhamel de décrire en outre les absurdités administratives et le renversement des valeurs morales. "La laideur et l'atrocité de la guerre éclatent à chaque page, avec la tendresse et la vénération pour les victimes innocentes. Ce grand et beau livre, profondément humain (...) portera témoignage devant l'histoire contre cette abominable guerre et pour notre peuple héroïque."

333.          DUHAMEL (Georges). Vie des martyrs, 1914-1916. Mercure de France, 1945, in-12, 245 pp, broché, non coupé, bon état

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Les récits des médecins durant la Grande Guerre sont assez rares. Pourtant, en quatre ans, près de 5 millions de blessés déferleront sur les services de santé, à l'arrière-front. Duhamel, qui était médecin, a vécu "l'envers de l'enfer" et voulu, avec cette Vie des martyrs (1917), oeuvrer à la mémoire de ces hommes confrontés à la douleur, à la terreur de l'amputation, à l'agonie, mais aussi à la grâce. Son livre, qui offre des pages exceptionnelles sur Verdun, est le premier témoignage littéraire sur la Grande Guerre. Porté par l'éthique de Duhamel et son extraordinaire empathie, il raconte des figures lumineuses comme celle de Léglise, la bonté même, qui survivra en sacrifiant ses deux jambes ; ou l'agonie poignante de Mercier ; ou encore ce grand blessé qui supporte tout jusqu'au moment où lui pousse sur le nez un tout petit bouton... Livre des passages, il rappelle aussi, à chaque page, la force consolatrice de la parole littéraire. Un chef-d'oeuvre.

334.          ERLANDE (Albert). En campagne avec la Légion étrangère. Librairie Payot et Cie, 1917, in-12, 298 pp, broché, état correct

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Rédigés à partir de ses carnets de route et de ses lettres, les Souvenirs d'un légionnaire qui, après avoir suivi l'entraînement en Avignon, combattit en Champagne et en Artois pendant la Grande Guerre au sein du bataillon Muller du 2ème de Marche du 1er Etranger d'août 1914 à juin 1915, date à laquelle, blessé, il est mis hors de combat. Albert Erlande est le pseudonyme de l'écrivain Albert Jacques Brandenburg (1878-1934).

335.          Espionnage allemand. L'Espionnage et le contre-espionnage pendant la Guerre mondiale, d'après les Archives militaires du Reich. Payot, 1934, 2 vol. in-8°, 303 et 313 pp, traduit de l'allemand par L. Lacaze, préface du général v. Lettow-Vorbeck, brochés, bon état (Coll. Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale). Peu courant complet des 2 volumes

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Traduction du plus important témoignage sur l'espionnage, le contre-espionnage et les services secrets qui ait été publié en Allemagne depuis la guerre (Munich, 1931). Par Rodolphe von Borries, von Ostrymiecz, Hans W. Fell, Busso von Bismarck, le général Egon Orosel, le colonel von der Goltz, etc. Ces volumes ont été rédigés par des officiers supérieurs qui ont joué un rôle dans les services secrets allemands ou austro-hongrois durant la guerre mondiale. Ils donnent une vue d'ensemble sur l'espionnage et le contre-espionnage tels que l'ont compris et pratiqué les Empires Centraux, sur les méthodes qu'ils ont employées au front, à l'arrière, dans les camps de prisonniers, dans les pays neutres et dans les pays ennemis, sur terre, sur mer et dans les airs. Citons parmi les principaux chapitres : L'espionnage allemand d'avant guerre à l'Ouest ; Services d'espionnage et de contre-espionnage austro-hongrois avant la Grande Guerre ; Le service des renseignements sur le front ; L'exploitation des renseignements d'agents et ses résultats ; L'attaché militaire et le service des renseignements ; La route qui conduit à l'ennemi ou l'espionnage à travers les pays neutres ; La censure était-elle nécessaire ? ; Le contrôle postal ; L'utilisation des minorités allogènes ; Espionnage aérien et destruction à distance ; L'espionnage et la guerre sous-marine ; L'affaire du colonel Redl ; Mata-Hari ; Bod Werner, le maître espion des Empires Centraux ; Les services secrets en Bulgarie ; L'espionnage en Turquie.

336.          FAWCETT (H. W.) et G. W. HOOPER. La Bataille du Jutland racontée par les combattants. Récits et documents photographiques de soixante officiers ou hommes d'équipage de la Grand Fleet. Payot, 1927, in-8°, 323 pp, traduction, notes et croquis explicatifs par André Cogniet, 22 illustrations hors texte, 31 croquis et cartes dans le texte, broché, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale)

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"Un très intéressant ouvrage qui vient de paraître (...) Pour être limitées à ce qui se passait tout près d'eux, les impressions des combattants n'en sont pas d'un moins grand intérêt. La bataille du Jutland, qui a été la plus grande bataille navale de tous les temps par le nombre des bâtiments engagés, mérite d'être étudiée dans tous ses détails, et les récits de ceux qui y prirent part ne sauraient laisser indifférent quiconque veut en connaître la physionomie générale. A cet égard, le choix des témoignages réunis est extrêmement judicieux. Certains, dans la lutte d'artillerie ou les attaques de torpilleurs, ont dépassé la limite ordinaire de l'endurance humaine et ne semblent même pas s'en apercevoir. D'autres ont été sauvés comme par un miracle, il en est beaucoup qui ont déployé un héroïsme obscur, mais non moins méritoire, en continuant d'alimenter les chaudières ou de faire tourner les machines de leurs navires, au milieu des explosions intérieures et des fuites de vapeur, alors que l'eau qui s'engouffrait par les brèches menaçait de les engloutir. Il y a dans ces faits exposés sans apprêt autant de notations pittoresques que de sujets d'admiration. C'est là de l'histoire vivante, et aucun talent d'écrivain ne saurait atteindre la grandeur épique de ces pages écrites le jour ou le lendemain de la bataille, par ceux là mêmes qui les ont vécues." (Le Figaro)

337.          FERIET (Capitaine René de). La Butte de Vauquois. Payot, 1937, in-8°, 212 pp, préface du général Blin, chef du Service historique de l'état-major de l'armée, ancien chef d'état-major à la 9e division, 17 cartes, plans, croquis et dessins, broché, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la guerre mondiale)

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"La Butte de Vauquois, position dominante entre les forêts de Hesse et d'Argonne, fut pendant quatre années, de septembre 1914 à fin septembre 1918, un des points du front stabilisé que les adversaires se disputèrent avec le plus d'acharnement. Restée aux mains des Allemands après la période de guerre de mouvement et immédiatement transformée en véritable bastion, la Butte menace les lignes françaises d'infanterie établies au pied de ses pentes sud. Observatoire de premier ordre, elle permet aux artilleurs ennemis de fouiller les arrières français et de tenir sous le feu de leurs pièces la voie ferrée de Sainte-Menehould à Verdun, la seule qui desserve la grande place forte de l'Est. Il était impossible de laisser les Allemands maîtres de la Butte. Mais si les Français voulaient reprendre Vauquois, ses occupants entendaient bien le garder : tout le problème et toute l'histoire de la Butte tiennent dans cette affirmation et dans cette lutte de deux volontés. Onze divisions françaises, le 9e, 10e, 29e, 71e, 31e, 64e, 26e, 120e, 157e, 36e, 73e, deux divisions italiennes, les 3e et 8e, une division américaine, la 35e, ont combattu à Vauquois. Cependant la Butte fut surtout le domaine terrible des 9e et 10e divisions, unités constitutives du 5e corps. La 9e division se bat à Vauquois en septembre, novembre, décembre 1914, la 10e division en octobre 1914 et de février 1915 à fin juillet 1916, soit pendant près de vingt mois. D'octobre à fin décembre 1914, les 46e, 331e, 113e, 131e, 216e, 82e, 4e régiments d'infanterie livrent des combats héroïques ; ils ne peuvent toutefois ni tourner ni enlever Vauquois. Le commandement intensifie et élargit alors les attaques. Du 17 février à la mi-avril 1915, la Butte devient le théâtre d'actions d'infanterie qui n'ont peut-être été égalées nulle part : c'est la période des assauts indicibles, menés par les 31e, 76e, 46e, 89e et 313e régiments d'infanterie, et par le 42e colonial. Le 1er mars, l'infanterie française, victorieuse, atteint le centre du village, le sommet de la Butte. Toutes les tentatives allemandes pour la déloger, attaques massives, bombardements des plus violents, explosions de mines, échoueront. Pendant des mois et des mois, jusqu'en 1917, la colline est en effet sondée, forée, chargée d'explosifs ; elle tremble, éclate, saute presque sans arrêt. Bataille sous terre et sur terre, au cours de laquelle s'illustrent les compagnies du génie, les 31e et 46e régiments et les 358e et 370e – de la 71e division – qui les relèvent. Si les années 1917 et 1918 sont moins dures que les précédentes, elles ne sont pourtant pas de tout repos : les deux infanteries, française et allemande, multiplient leurs coups de main et la lutte souterraine continue. Enfin, le 26 septembre 1918, les Alliés engagent leur offensive d'ensemble ; la 35e division américaine libère la Butte. Telle est l'histoire de la Butte de Vauquois pendant la guerre de 1914-1918, histoire tragique et prenante que le capitaine de Feriet s'est attaché à reconstituer dans toute son étendue, à présenter dans son cadre local et humain, rigoureusement exact, et dans celui des opérations plus vastes, d'Argonne, de Champagne, de Verdun, auxquelles elle se rattache. Un livre, extrêmement documenté." (Revue Militaire Suisse, 1937) — Au cours de la bataille de Vauquois, environ 14.000 soldats ont perdu la vie. La butte de Vauquois est une gigantesque termitière : 17 km de galeries, 184 pièces constituant le casernement allemand. Environ 5 km de galeries et quelques postes de commandement sont creusés du côté français. Il a été recensé 519 explosions (199 allemandes, 320 françaises). Les mines sont placées de plus en plus profond, les charges sont donc de plus en plus importantes. D’autres hauts-lieux de 1914-1918 ont connu la guerre des mines : les Eparges, la Forêt d’Argonne, les Hauts de Champagne, la butte 108 à Berry-au-Bac, la crête de Vimy, etc. Mais Vauquois est le seul à conjuguer : 1) L’écrasement d’un village et le prolongement des combats sous la colline qui le portait ; 2) L’intégration d’une immense cité souterraine avec ses quartiers aux affectations diverses : casernement, sanitaires, dépôts, centrales électriques et air comprimé, poste de commandement et de communication... : 3) L’application de systèmes différents dans la conduite de la guerre de position et de mines, amenant chaque camp à des développements successifs pour détruire les installations de l’adversaire, devancer ou contrarier ses projets, sans envisager la moindre perspective d’une percée par l’attaque d’infanterie. Les 82e, 331e, 46e, 113e, 131e, 31e, 76e, 89e, 313e, 358e, 370e RI, 42e RIC et les 138e et 139e R.I.U.S. sont les principaux régiments qui se sont illustrés sur la butte.

338.          GALLIÉNI (Joseph). Mémoires du général Galliéni. Défense de Paris, 25 août–11 septembre 1914. Payot, 1920, in-8°, 269 pp, 4 photos hors texte, 8 fac-similés d'autographes et d'affiches, 6 cartes dépliantes hors texte (sur 7), broché, dos recollé, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale)

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Le 11 novembre 1918, lors de la séance solennelle à la chambre des députés, Georges Clemenceau déclara : "Sans Galliéni, la victoire eut été impossible". Retiré du service actif du fait de la limite d'âge, le général Galliéni, rappelé le 1er août 1914, est nommé gouverneur militaire de Paris le 26 août 1914. Alors que le premier mois du conflit est désastreux pour les armées françaises, il prit, pour protéger la capitale menacée du renouvellement du scénario de 1870, une initiative hardie en déclenchant les combats de l'Ourcq et en n'hésitant pas à dégarnir le camp retranché dont il avait la garde pour se porter sur les flancs de l'ennemi. La postérité n'a retenu que l'épisode des Taxis de la Marne ! En fait, la dislocation de la 1ère armée allemande mit un terme au succès du plan Schlieffen : Paris était sauvé. Ce récit, entièrement de la main du général Galliéni, retrace clairement la part prise dans les événements de septembre 1914 par le gouverneur militaire de Paris et constitue un témoignage irréfutable de ces journées dramatiques de "la bataille de la Marne". — « Ah ! ces Mémoires de Galliéni, quelle page d'histoire ! Quel modèle ! Livre digne de Tacite, par la briéveté comme par la force. » (Victor Margueritte)

339.          JAMET (Albert, caporal d’escouade). La guerre vue par un paysan. Albin Michel, 1931, in-12, 310 pp, préface de Jean Martet, imprimé sur Vélin supérieur, broché, bon état, bande éditeur conservée (“Cet humble combattant a mis dix ans à écrire la guerre qu'il a faite. Et c'est un livre remarquable.”)

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Un des rares témoignages de soldats du peuple publiés avant 1940. Si l’on en croit son préfacier, le romancier Jean Martet (1886-1940), par ailleurs secrétaire et confident de Clemenceau de juillet 1915 à sa mort en 1929, le manuscrit lui est apporté début 1930 par son auteur, recommandé par un ami commun. Albert Jamet lui fait l’effet, explique-t-il, « d’un paysan, vaguement endimanché. Il avait une petite tête ronde, une face rouge, sculptée lourdement, de grosses mains qui semblaient faites pour manier la faux, une voix rude, rocailleuse, et il s’exprimait avec une correction de garçon de ferme ». Toujours d’après Martet, l’homme raconte ses origines paysannes, explique avoir été prisonnier en Allemagne et être devenu après-guerre chauffeur d’auto. Il a sous le bras un paquet enveloppé dans un journal, contenant deux cents ou deux cent cinquante pages « d’une petite écriture d’enfant de 7 ans » qu’il souhaite faire éditer. « C’était écrit dans un terrible charabia. Pas une phrase ne tenait sur ses pieds. Pour l’orthographe, inutile d’en parler. » Le romancier lui faisant remarquer que « le style n’est pas correct », l’homme précise que c’est normal, puisqu’il a arrêté l’école à 10 ans. Après lecture, Martet dit avoir rapidement obtenu l’accord d’Albin Michel, évidemment à condition de « réécrire entièrement, de remanier et de couper ». Le manuscrit est confié à un correcteur de la maison, qui réécrit les phrases pour leur faire dire « d’abord ce que Jamet avait voulu leur faire dire, (...) et deuxièmement dans la langue qu’on parle chez nous ». Le livre est alors publié, non sans que le préfacier redouble d’efforts pour mettre en garde ses futurs lecteurs : « Il faut lire cela comme on se penche sur une photographie sans trucage, sans retouche. Il ne faut pas y chercher de l’art. C’est un “document”, pas autre chose, un document de premier ordre, rédigé par un homme qui, chose rare, n’a été gâté et perverti par aucune littérature. (...) Puissent ces quelques mots de présentation valoir à ce paysan d’être ménagé en tant qu’écrivain, et aux pages qu’on va lire de n’être pas jugées comme un livre ». On peut d’ailleurs s’étonner de la qualité du témoignage : il s’agit en effet d’un des très rares textes (le seul ?) dans lequel sont racontées à la fois une désertion et les tentations homosexuelles des soldats en guerre. (...) Martet remarque précisément que le carnet du paysan a ceci de particulier qu’il s’acharne à raconter la guerre même quand elle s’amollit dans l’ennui, autrement dit, là où d’autres écrivains plus nobles auraient peut-être arrêté leur récit : « Jamet ignore tout des roueries de l’écrivain. Il ne sait pas que tout ce qu’on a vu n’est pas toujours bon à dire. Il ne choisit pas. La guerre cesse parfois d’être une chose horrible pour devenir une chose assommante ; il continue à la décrire. (...) Jamet ne cherche point du tout à faire de l’esprit avec la guerre. Il n’a pas d’autre ambition que de voir, de voir beaucoup, de voir avec clarté, netteté, de se souvenir et de raconter fidèlement. » (Nicolas Mariot, « Comment faire une histoire populaire des tranchées ? », Agone, n° 53, 2014)

340.          KOELTZ (Lieutenant-Colonel). L'Armée von Kluck à la Bataille de la Marne (5-9 septembre 1914). Charles-Lavauzelle, 1931, in-8°, 236 pp, 55 photos et 13 cartes et croquis dépliants en noir et en couleurs hors texte, broché, couv. lég. abîmée, bon état. Rare

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Ouvrage d'un intérêt remarquable qui retrace en fait tous les problèmes, les multiples incidents de cinq longues journées de bataille, les crises qui ébranlèrent la troupe et le commandement, les causes, les objectifs des différents combats...

341.          LEFEBVRE (Gaston). “Un de l'avant”. Carnet de route d'un “Poilu”, 9 octobre 1914 - 27 novembre 1917. Lille, Journaux et Imprimeries du Nord, 1930, in-12, 269 pp, broché, bon état

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Trop jeune pour être mobilisé en août 1914, le lillois Gaston Lefebvre (1896-1957) voit les Allemands occuper sa ville. Il la fuit en octobre pour rejoindre l’armée française ; en mai 1915, il est incorporé au sein du 73e RI. Jusqu’en octobre, Lefebvre est à proximité de Craonne puis de Berry-au-Bac, secteurs relativement « calmes ». « Le 2 juin 1915, avant le point du jour, ma compagnie en relève une autre dans le bois de Beaumarais, à un kilomètre environ de la première ligne. Les abris de notre section étant infects, le lieutenant nous en fait faire un nouveau par escouade. Nous creusons une fosse d’environ un mètre quarante de profondeur, assez longue pour qu’une dizaine d’hommes puissent s’y coucher. En plein bois, le travail est rendu pénible par les racines. (...) Les nuits suivantes, non seulement nous amenons des piquets et du barbelé, mais nous les posons en avant et en arrière de la première ligne de tranchées. Ce travail est fort périlleux, car il faut frapper sur les piquets. Nous avons beau amortir le bruit avec des sacs à terre pliés et posés sur le piquet que l’on enfonce, les boches nous entendent et tiraillent dans notre direction. » Il est blessé le 26 octobre, puis retourne au front à Verdun où il est à nouveau blessé, très gravement (amputé d’une jambe), ce qui lui vaut une évacuation définitive. Dix ans après la guerre, il reprend ses carnets et publie en 1930 “Un de l’avant : carnet de route d’un poilu, 9 octobre 1914 - 27 novembre 1917”. « L’auteur a complété, grâce à la rééducation professionnelle, une petite instruction primaire “ que les souffrances morales et corporelles des tranchées et le chloroforme de six opérations consécutives à ses blessures ” lui avaient fait oublier. Il a ensuite, “avec la seule aide de sa mémoire et d’un carnet de poche en partie déchiré par un éclat d’obus”, reconstitué les faits précis auxquels il a directement participé. »

342.          LINTIER (Paul). Avec une batterie de 75. Ma pièce. Souvenirs d'un canonnier, 1914. Plon, 1917, in-12, xi-285 pp, préface d'Edmond Haraucourt, broché, bon état

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"Un livre admirable. Dans ces pages, l'artilleur Lintier nous raconte ses impressions, depuis le premier jour de la mobilisation, le 1er août 1914, jusqu'au 25 septembre où, blessé, il a été recueilli dans un hôpital de l'arrière, et sans doute dans les loisirs de sa convalescence, il a mis au point les notes jetées sur son carnet de route. Il est parti avec sa batterie de 75 du Mans ; il a passé, par Reims, sur la grande route de Verdun ; il est entré en Belgique ; le 22 août il a pris part à la bataille de Virton ; puis c'est la retraite par Marville, Remoiville, la Meuse, Beauclair, Apremont dans la forêt d'Argonne, Revigny-aux-Vaches sur les bords de l'Ornain. Là le régiment est embarqué le 4 septembre ; il contourne Paris, assiste à la bataille de la Marne du côté de Sennevières, poursuit sa route de la Marne à l'Aisne, et finalement notre canonnier, après avoir traversé Compiègne délivrée, est blessé à Fresnières. Il a combattu à Virton et sur la Marne et il apprend après coup que la première bataille est une défaite, la seconde une grande victoire, et ses pages font songer à Stendhal. Ce qu'il nous rapporte, ce sont ses impressions du moment, ce qu'il a vu, ce qu'il a ressenti. Il sait peindre avec un rare talent les objets qu'il a devant les yeux, le jeu de la lumière sur eux, le soleil qui se lève ou se couche, les ombres et les ténèbres de la nuit. En quelques traits, il nous présente ses compagnons ; il ne met point dans leur bouche des mots héroïques inventés après coup ; il nous les montre tels qu'ils sont avec leurs préoccupations pendant le combat, les marches, au gîte ; il ne recule point devant la crudité de leurs propos et il sait descendre jusqu'au tréfonds de leurs pensées. Lintier est sincère envers lui-même comme envers les autres. Il se présente à nous sans la moindre pose ; en cet artiste, rien d'artificiel ni de convenu ; c'est la nature elle-même que nous saisissons. Et, malgré tout, ce récit, où rien ne nous est caché, où les cadavres des hommes et les charognes des chevaux nous sont dépeints en leur attitude diverse, où nous sentons en quelque sorte la puanteur de tous ces corps qui se dissolvent, a une grandeur épique véritable. Cette pièce de 75 dont Lintier est l'humble servant forme comme le centre de son récit; elle est le lien entre lui, ses camarades et ses officiers (...) Lintier devait sortir indemne de la bataille du 22 août. Mais un an et demi après, le 15 mars 1916, il était tué par un éclat d'obus sur le front de Lorraine, et la mort de ce jeune homme, qui vient de se révéler comme un écrivain de race, ajoute à ce livre comme une auréole et en souligne le caractère tragique." (Christian Pfister, Revue historique, 1917)

343.          LINTIER (Paul). Avec une batterie de 75. Le Tube 1233. Souvenirs d'un chef de pièce (1915-1916). Précédé de Souvenirs sur Paul Lintier par Henri Béraud. Plon, 1917, in-12, xxii-284 pp, une photo de l'auteur en frontispice, broché, bon état

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"P. Lintier est l'un des trois ou quatre meilleurs auteurs de livres (sur la guerre de 14)." (Norton Cru).

344.          MANGIN (Général E.). Les Chasseurs dans la Bataille de France. 47e Division (juillet-novembre 1918). Payot, 1935, in-8°, 212 pp, préface du général Gamelin, 4 pl. de photos hors texte, 12 croquis dans le texte, broché, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la guerre mondiale)

            40

345.          MASSON (Philippe). Les naufrageurs du Lusitania et la guerre de l'ombre. Albin Michel, 1985, in-8°, 244 pp, 8 pl. de gravures et photos hors texte, 5 cartes et plans, glossaire, chronologie, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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Le 7 mai 1915, le “Lusitania”, un des plus beaux paquebots de l’époque, est torpillé par un sous-marin allemand au large de l’Irlande. Près de 1200 personnes disparaissent dans le naufrage, dont 124 citoyens américains ; l’émotion est considérable dans le monde entier. Depuis, le naufrage du “Lusitania” n’a cessé de susciter les plus vives passions et la curiosité des historiens et des chercheurs ; deux commissions d’enquête n’ont pu dissiper un authentique parfum de mystère. Le “Lusitania” a-t-il été victime, sinon d'une machination, tout au moins d’une négligence calculée de l’Amirauté britannique, désireuse de créer un fossé infranchissable entre l’Allemagne et les Etats-Unis ? La présence, soigneusement dissimulée, de munitions et d’explosifs à bord n’explique-t-elle pas que le navire ait coulé aussi rapidement, en moins de vingt minutes ? Certes, le torpillage du “Lusitania” n’a pas été la cause immédiate de l’intervention des Etats-Unis. Mais, dans un conflit passionnel, où la propagande jouait le rôle d’une véritable arme de guerre, il en a jeté les bases psychologiques. Au lendemain du drame du 7 mai 1915, l’opinion américaine avait acquis la conviction que l’Allemagne était porteuse des forces du mal.

346.          MIQUEL (Pierre). Clemenceau, la guerre et la paix. Tallandier, 1996, in-8°, 388 pp, biblio, broché, reliure souple illustrée de l'éditeur, bon état

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La vie très longue de Georges Clemenceau (1841-1929) est celle du plus grand homme politique contemporain que la France ait connu avant Charles de Gaulle. L'homme de la paix de Versailles, le Père la Victoire de 1918 avait voté en 1871 contre le traité de paix franco-allemand, aux côtés des députés protestataires d'Alsace et de Lorraine. Il a vécu toute la République. Il ne faut pas le réduire à un symbole. Il a réellement gouverné la France, à près de quatre-vingts ans, au moment où elle était en danger. Il a gouverné seul, avec une poignée de proches, contre Caillaux et les socialistes, contre le Parlement, contre le président de la République Raymond Poincaré, et même contre Foch, généralissime des armées alliées. Il a porté la France à la victoire mais il a perdu la paix de Versailles. Avec tous les Alliés.

347.          PEDRONCINI (Guy). Les négociations secrètes pendant la Grande Guerre. Flammarion, 1969, in-12, 142 pp, chronologie générale, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Questions d'histoire)

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348.          PERSHING (Général John J.). Mes Souvenirs de la Guerre. Tome II. Plon, 1931, in-8°, 400 pp, traduit de l'américain, 43 gravures et cartes, index, broché, bon état

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Tome II seul (sur 2). Par le commandant en chef des forces expéditionnaires américaines. — "Le rôle de l'armée américaine a été exposé, pour la première fois, dans son ensemble, par le général Pershing. En écrivant ses mémoires, qu'il encadre entre les pages de son Journal, le commandant en chef des troupes américaines n'a pas négligé, bien entendu, l'oeuvre de son armée sur les champs de bataille ; mais il a jeté un regard d'ensemble sur tous les problèmes qu'il avait à traiter : préparation de l'armée avant l'entrée en ligne, arrivée des renforts, ravitaillement, conditions générales de l'engagement des forces, situation du commandement américain à l'égard de Foch. Sur les rapports entre le général Pershing et son gouvernement, sur les relations avec les « associés » et les divergences de vues entre les chefs militaires de la coalition, ce livre, sans aller au fond des choses, contient des renseignements suggestifs ; il pourra fournir quelques jalons pour une étude qui reste à faire – celle du « commandement unique », dans les faits et non pas dans les textes organiques, entre avril et novembre 1918." (Pierre Renouvin, Revue historique)

349.          Revue “L'Art et les Artistes”. Les Vandales 1914-1915-1916. La Cathédrale de Reims. Les Vandales en France. La Belgique héroïque et martyre. P., Editions de L'Art et les Artistes, 1916, in-4°, 209 pp, 108 planches de photos et illustrations hors texte, cart. percaline rouge de l'éditeur, titres au dos et au 1er plat, encadrements en noir sur les plats, cartonnage très lég. sali, qqs rousseurs, bon état

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Edition en un volume de trois numéros spéciaux du prestigieux périodique d'art “L'Art et les Artistes” consacrés aux églises et monuments historiques français et belges détruits par les « vandales modernes ». — 1. “La Cathédrale de Reims” (55 photos sur 29 pl. hors texte reproduisant différents aspects de la cathédrale avant et après le bombardement et l'incendie, et une planche : “Le crime du 19 septembre” d'après un dessin original de G. Fraipont , texte de Camille Enlart, extrait du rapport officiel sur le bombardement de la cathédrale, protestations du gouvernement français, des journaux français, etc.) – 2. “La Belgique héroïque et martyre” (85 illustrations sur 43 pl. hors texte d'après des peintures, aquarelles et eaux-fortes originales de A. Baertsoen, Frank Brangwyn, Léon Cassel, A. Delaunois, Ch. Fouqueray, Lucien Frank, Victor Gilsoul, C. Houssard, L. Huygens, Ferdinand Willaerts, et des aspects des villes et des villages photographiés avant et après l'invasion, textes de Maurice Maeterlinck, Emile Verhaeren, Pierre Nothomb, etc.) – 3. “Les Vandales en France. Senlis, Soissons, Arras” (79 illustrations sur 36 pl. hors texte d'après des eaux-fortes originales de Maurice Bompard et des aspects des villes, villages et édifices photographiés avant et après l'invasion, une lettre d'Auguste Rodin, textes de Armand Dayot, Arsène Alexandre, Camille Enlart, etc.)

350.          RIOU (Gaston). Journal d'un simple soldat. Guerre-captivité, 1914-1915. Hachette, 1916, in-12, xxvii-249 pp, préface d'Ed. Herriot, dessins de Jean Hélès, broché, état correct

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"Mobilisé comme ambulancier, G. Riou a été blessé et fait prisonnier, dès le premier mois de la guerre, dans les environs de Dieuze. Enfermé dans l'horizon étroit d'un fort de Bavière, M. Riou a triomphé de la nostalgie et des longues heures d'exil en notant ses impressions et ses souvenirs. Il a écrit son journal sans l'ombre d'une arrière-pensée, croyant qu'il ne serait libéré qu'à la fin de la guerre. Il avait visité l'Allemagne quelques mois avant la rupture. Il s'était entretenu avec la jeunesse intellectuelle et libérale. Il avait assisté également à des évolutions de troupes ; et son cicerone, un officier prussien, ne lui avait pas caché que tout l'effort de l'instruction militaire allemande tendait à briser l'initiative individuelle et à faire du soldat un automate. Cette antinomie entre les audaces de la pensée allemande et la rigidité de la discipline prussienne l'avait troublé et angoissé. Jeunes libéraux, officiers, agrariens, bourgeois – M. Riou l'a constaté – étaient tous d'accord sur un point : l'hégémonie mondiale de l'Allemagne. Tendus vers un but unique, ils ne variaient que sur les moyens de l'atteindre. Les circonstances ayant exigé l'union de tous les efforts dans la même tactique, « en un instant la pensée allemande s'est mobilisée au service de la violence allemande »..." (J. Régné, Revue historique, 1916) — "Sous ce titre “Journal d'un simple soldat”, un écrivain de talent, M. Gaston Riou, simple soldat et ambulancier, emmené prisonnier en Allemagne, a raconté sa captivité au fort d'Orff, près d'Ingolstadt, de septembre 1914 à juillet 1915. J'ai lu bien des livres sur cette guerre. Il en est qui sont beaux par l'éloquence et l'émotion, mais on sent que cette beauté est périssable, que ces écrits, tout de circonstance et de passion, ne seront plus lisibles en 1936, tout comme la plupart des récits de la guerre de 1870 se sont vite fanés. J'ai plus de confiance dans les chances de durée du livre de M. Riou : j'ai idée qu'il vivra, non seulement à cause du talent, mais parce que c'est une oeuvre de vérité et de justice. Oui, je crois que, dans vingt ans d'ici, les mémoires de M. Riou seront un document important pour l'histoire de la présente guerre, j'entends l'histoire morale et sociale..." (A. Aulard, La Révolution française : revue historique, 1916)

351.          ROUJON (Jacques). Carnet de route (août 1914 - janvier 1915). Préface de Robert de Flers. Croquis de Carlos Reymond. Plon, 1916, in-12, ix-317 pp, avec de nombreuses illustrations en noir dans le texte et des planches de croquis imprimées en rouge hors texte de Carlos Reymond, une carte hors texte, broché, bon état

            80

"M. Jacques Roujon nous a raconté, en phrases courtes et hachées, avec une simplicité savante, sans aucune déclamation, ce qu'il a vu dans les six premiers mois de cette guerre. Il a quitté la gare de l'Est le mardi 11 août 1914, a rejoint sa compagnie du 352e à Humes, à cinq ou six kilomètres de Langres, y a retrouvé quelques copains, s'y est exercé pendant quelques jours et, à sa demande, est parti pour le front avec le premier détachement. détachement. Le voici en Lorraine, où il reçoit près de Rambervillers le baptême du feu. Il est blessé – et de cette blessure il parle avec une grande modestie, une sorte de détachement – et ramené à Humes dans les derniers jours d'août. Il repart dès le 9 septembre, cantonne à Villers-Cotterets, Vic-sur-Aisne, Fontenoy, Port-Fontenoy, où tombent les obus, et retrouve son camarade Verrier, qui lui raconte la bataille de la Marne. Au début d'octobre, la compagnie prend les tranchées au nord de l'Aisne, à Bucy-le-Long, et ce sont les mille incidents de cette vie dans les tranchées, les allées entre l'avant et l'arrière, le ravitaillement, la boue, le froid de l'hiver, les bombardements, l'enterrement des camarades tombés, le réveillon de Noël que nous exposent les derniers chapitres du volume. Le récit s'arrête, au début de janvier 1915, à la bataille de Crouy, qui nous oblige à nous replier au sud de l'Aisne. Malade, Jacques Roujon échappe à la mitraille, franchit le pont, atteint Vénizel, est évacué sur Septmonts. Ne cherchez point dans ce volume des considérations sur la stratégie, la tactique ou la conduite de la campagne, mais bien des croquis de la vie militaire dessinés avec beaucoup de bonne humeur, de rapides dialogues entre ces soldats qui, appartenant à toutes les classes, font avec gaieté tout leur devoir, des physionomies de militaires qui nous sont familièrement présentés, chacun avec ses traits caractéristiques, depuis le lieutenant Roberty et le peintre Reymond, qui a orné le volume de dessins pittoresques, jusqu'à l'ordonnance Jules. Une pointe d'ironie dissimule une vive sensibilité et une émotion profonde. Le livre est précédé d'une préface toute étincelante de M. Robert de Flers. Il aura de nombreux lecteurs, qui y trouveront distraction, réconfort et sentiront augmenter leur admiration pour nos vaillants soldats." (C. Pfister, Revue historique, 1916)

352.          SCHIRMANN (Léon). L'affaire Mata-Hari. Enquête sur une machination. Tallandier, 1994, gr. in-8°, 276 pp, 8 pl. de gravures, fac-similés et carte hors texte, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état

            25

353.          SIMONIN (J.). De Verdun à Mannheim. Ethe et Gomery (22, 23, 24 août 1914). P., Pierre Vitet Editeur, 1917, in-12, iv-316 pp, préface de l'Abbé Wetterlé, broché, état correct

            30

"Sous ce titre évocateur : De Verdun à Mannheim, M. J. Simonin, médecin-inspecteur du 4e Corps d'Armée, réunit de poignants souvenirs : impressions vécues, enregistrées au jour le jour. L'auteur ne colore pas les événements, il raconte ce qu'il a vu." (L'Ambulance, organe officiel de la Croix verte, février 1918) — "Le Dr Simonin, prisonnier, a publié : De Verdun à Mannheim, où il reproduit des récits d'Allemands du moment de l'incendie de la cathédrale de Reims. Ces extraits sont des sujets de profond intérêt parce qu'on connaît peu de chose en France de la façon allemande de présenter les événements à Reims. Le Dr Simonin a été transféré de Verdun en Belgique, et de là à Mannheim." (Travaux de l'Académie nationale de Reims, 1919) — "C'est un récil bien attachant que nous donne sous ce titre M. le médecin-inspecteur Simonin. Ecrit avec une simplicité de bon aloi qui n'exclut ni la sincérité, ni l'élégance, ce livre nous retrace les étapes douloureuses de la captivité que l'auteur a subie en Allemagne après qu'une glorieuse blessure reçue dès le début de la campagne l'eut séparé des blessés auxquels il donnait sans compter son dévouement et ses soins. Nous le suivons ainsi pas à pas depuis le premier jour de la mobilisation jusqu'à sa rentrée en France à la fin de septembre 1914, et nous revivons avec lui toutes les angoisses de ces premières semaines de la guerre où les événements se précipitèrent avec une telle rapidité qu'on put croire que la France ne résisterait pas au choc brutal de l'ennemi. Mais ce qui nous émeut par dessus tout au milieu de ces souvenirs poignants enregistrés au jour le jour, ce sont les pages où le Dr Simonin nous retrace le martyre de deux petits villages de Belgique qui, à la fin d'août 1914, connurent toutes les infamies : « Les crimes d'Ethe et de Gomery, écrit l'abbé Wetterlé dans l'émouvante préface où il présente l'ouvrage au public, resteront l'éternelle flétrissure de l'armée germanique. Jamais vainqueur ne fit preuve d'une sauvagerie aussi rebutante, d'un tel sadisme de cruauté. Comment un peuple qui se disait civilisé, a-t-il pu se laisser entraîner à de pareilles ignominies? La mentalité allemande éclate là dans toute son horreur ! » Et en effet, en lisant ces pages empreintes d'une indignation contenue qu'on ne peut manquer de partager, on se prend a douter que des hommes de notre temps aient pu accumuler froidement autour d'eux tant d'horreurs et tant de cruautés inutiles. Et pourtant l'impartialité si sincère avec laquelle l'auteur nous en fait le récit ne permet pas de récuser son témoignage. Mais quel contraste avec l'indomptable bonne humeur de nos troupiers, avec la noble attitude et le dévouement inlassable de nos médecins et de nos infirmiers, avec la dignité et la belle tenue morale de quiconque porte l'uniforme français ! Aussi le simple récit de ces heures douloureuses, où l'auteur anime tout sans presque jamais parler de lui, est-il un réconfort en même temps qu'un encouragement à persévérer dans la lutte jusqu'au châtiment de la race maudite à jamais souillée par ses propres excès." (F. L., La Réforme sociale, 1918)

354.          SIMS (Contre-amiral William Sowden). La Victoire sur mer. Le rôle de la marine américaine pendant la guerre. Payot, 1925, in-8°, 378 pp, traduit de l'anglais par H. Le Masson, avec une préface de M. G. Lacour-Gayet, 4 cartes hors texte, broché, bon état (Coll. de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la Guerre mondiale)

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Le livre du contre-amiral Sims, qui commandait en chef pendant la guerre les forces navales américaines, s'intitule La victoire sur mer : le rôle de la marine américaine pendant la guerre. C'est, en réalité, de la lutte contre les sous-marins qu'il s'agit, à peu près uniquement. L'auteur montre quels moyens ont été mis en oeuvre ; il explique la méthode du convoi ; décrit les procédés adoptés pour la destruction des sous-marins : bateaux-pièges, barrages de mines, grenades. L'exposé s'adresse au grand public : il est alerte et vivant, appuyé par des exemples et par des anecdotes. Naturellement, l'amiral Sims a le légitime souci de mettre en relief le rôle joué par la marine américaine dans cette lutte difficile ; mais, en réalité, l'activité de ses propres navires est inséparable de celle des navires anglais et français ; c'est seulement pour l'escorte des transports de troupes américaines à travers l'Atlantique que les marins américains ont eu un rôle prépondérant. Au point de vue de l'histoire générale, c'est le récit de la mission de l'amiral Sims à Londres, en avril 1917, qui retiendra surtout l'attention du lecteur : les entretiens de l'amiral avec les grands chefs anglais lui dévoilent tout à coup l'ampleur des destructions de tonnage et l'étendue du péril que fait courir à la cause des alliés la guerre sous-marine. L'auteur nous dit son angoisse. Il n'est pas possible de le taxer d'exagération, lorsqu'on a lu les indications précises que donnent, dans « l'Histoire officielle de la guerre » rédigée sous les auspices du gouvernement anglais, les volumes relatifs à la marine marchande. (Pierre Renouvin, Revue historique, 1927)

355.          VAILLANT-COUTURIER (Paul) et Raymond LEFEBVRE. La Guerre des soldats. Editions Douin, 2016, in-8°, 246 pp, préface de Henri Barbusse, broché, couv. illustrée, bon état

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Comment un tel livre est-il resté oublié depuis 1919 ? La guerre des soldats est un recueil de petits textes écrits par Raymond Lefebvre et Paul Vaillant-Couturier dès 1916 et qui ne sera publié qu’en 1919. En effet, contrairement au Feu d’Henri Barbusse qui passa à travers les mailles du filet, ce texte fût interdit par la censure pendant plus de deux ans ! Et quel texte ! Avec le centenaire, de nombreux documentaires et photos nous ont permis de mieux appréhender le drame et les horreurs de cette guerre. Mais il faut avoir lu La guerre des soldats pour se rendre compte que ce que l’on a vu ou lu n’était pas complet. Cet ouvrage nous laisse une profonde émotion de dégoût, de peur, de rage et d’immense solitude. — "L'oeuvre était prête en 1917 mais la censure en empêcha la publication jusqu'après la guerre." (Norton Cru)

2ème GUERRE MONDIALE

 

356.          ALY (Götz). Comment Hitler a acheté les Allemands. Le IIIe Reich, une dictature au service du peuple. Flammarion, 2005, gr. in-8°, 373 pp, traduit de l'allemand, 8 photos et 2 illustrations, notes bibliographiques, annexes, index, broché, bon état

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Comment cela a-t-il pu arriver ? Comment les Allemands ont-ils pu, chacun à son niveau, permettre ou commettre des crimes de masse sans précédent, en particulier le génocide des Juifs d'Europe ? Invoquer la haine raciale dont le nazisme était porteur ne suffit pas : l'idée qu'un antisémitisme exterminateur animait la population allemande tout entière, dès avant l'arrivée de Hitler au pouvoir, est dépourvue de fondement. L'explication purement idéologique tourne à vide. Ce que démontre Götz Aly, au terme d'une enquête minutieuse dans les archives auxquelles il a pu avoir accès, c'est que le consensus entre les dirigeants du Reich et le peuple a eu pour clé... le confort matériel de l'Allemand moyen. La guerre la plus coûteuse de l'Histoire s'est faite avec un objectif : préserver le niveau de vie de la population, à laquelle le régime ne pouvait promettre, comme Churchill, "du sang, de la sueur et des larmes" sans risquer l'implosion. Bien loin de profiter à quelques dignitaires nazis seulement, le pillage de l'Europe occupée et la spoliation, puis l'extermination des Juifs, ont bénéficié au petit contribuable, soigneusement préservé de toute hausse d'impôts jusqu'à la fin de la guerre, comme au soldat de la Wehrmacht envoyé au front, de même qu'à la mère de famille restée en Allemagne. Les Allemands, tous complices ? C'est bien la thèse de ce livre, qui fera date dans l'historiographie de la Shoah.

357.          AMOUROUX (Henri). La Grande Histoire des Français sous l'Occupation. Tome 1 : 1939-1941. Le peuple du désastre. Quarante millions de pétainistes. Laffont, 1997, in-8°, ix-1036 pp, avant-propos de Jean Tulard, 16 pl. de photos hors texte, 4 cartes, chronologie, biblio, index, broché, couv. illustrée, bon état (Coll. Bouquins)

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Période particulièrement complexe, les années 1940 influencent toujours notre présent. Voici, réunis en un seul volume, avec de nombreux ajouts dont une chronologie très détaillée, les deux premiers tomes de la célèbre série d'Henri Amouroux, La grande histoire des Français sous (et après) l'Occupation. Le Peuple du désastre expose les raisons du plus grand drame de notre histoire : l'effondrement de notre armée, la fuite des populations, l'occupation des deux tiers du pays. Quarante millions de pétainistes permettent de mieux comprendre les réactions psychologiques des Français de l'après-défaite : d'abord rangés derrière le maréchal Pétain, auquel l'Assemblée nationale, réunie à Vichy, a donné tous les pouvoirs, ils évoluent lentement et sensiblement, au fur et à mesure que les humiliations de l'occupant s'accentuent et que l'Allemagne, ayant perdu la bataille d'Angleterre, n'est plus assurée d'une victoire rapide. On connaît la méthode d'Henri Amouroux, elle a fait le succès de ses livres. Au scrupule de l'historien il ajoute le talent du journaliste et la passion de l'homme de cœur pour les humbles acteurs de l'Histoire : soldats des dernières barricades, hommes et femmes sur les routes de l'exode.

358.          BARDÈCHE (Maurice). Lettre à François Mauriac. P., La Pensée libre, 1947, in-12, 195 pp, broché, bon état. Edition originale sur papier d'édition (il n'a été tiré que 50 ex. sur grand papier)

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Lettre cinglante écrite par Maurice Bardèche, ancien élève de Normale sup, agrégé de lettres, balzacien fameux, emprisonné en 1945, et beau-frère de Robert Brasillach fusillé le 6 février 1945, à François Mauriac, gaulliste idolâtre. Pour la première fois depuis la Libération, un livre attaquait avec une extrême violence la législation de l'épuration. Ce texte pamphlétaire publié en 1947 se vendit à 80.000 exemplaires. Bardèche y défend l'idée de « collaboration », dédouane les fonctionnaires nommés par Vichy, remet en cause la légalité de la Résistance et critique les excès de l'épuration, il exprime cependant quelques réserves sur la création et les méthodes de la Milice.

359.          BARILLET (Pierre). Quatre années sans relâche. Editions de Fallois, 2001, in-8°, 334 pp, index, broché, couv. illustrée, bon état

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"Pendant les années 1940-44 marquées par la peur et les privations, l'adolescent que j'étais alors, comme tant d'autres garçons entre 17 et 20 ans, poursuivait ses études et s'éveillait aux mystères d'une sexualité encore confuse. Mais ma priorité, c'était le théâtre. Jean Cocteau, Charles Trenet, Christian Bérard étaient pour moi comme des astres, et les satellites gravitant autour d'eux formaient une constellation qui éclairait la nuit noire de l'Occupation. Grâce à leur parrainage, et surmontant une timidité presque maladive, je m'étais glissé dans les coulisses des principales salles parisiennes. De la loge de Jean Marais qui s'enroulait dans les drapés pourpres de la tragédie à celle d'Yvonne Printemps en train de réinventer son visage aux couleurs de Watteau, j'assistais à la métamorphose de ces mortels en demi-dieux, et je m'épanouissais dans ces zones privilégiées qui devenaient mon Olympe. Dans une véritable course d'obstacles de théâtre en théâtre, je me lançais à la conquête des vedettes alors régnantes qui fortifiaient mes ambitions, favorisaient mon apprentissage, et me préparaient à exercer ce "plus beau métier du monde" dont parle Sacha Guitry. Je m'installais dans le trompe-l'œil de cet univers exaltant où se racontaient de si belles histoires, en ignorant celle, tragique, qui s'écrivait au-dehors, et je me trouvais comme protégé de tous les dangers qui menaçaient le monde extérieur." (Pierre Barillet)

360.          BENEDETTI (Arnaud). Un préfet dans la Résistance. CNRS Editions, 2012, gr. in-8°, 318 pp, 8 pl. de photos hors texte, sources, biblio, broché, couv. illustrée, bon état

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« J'ai voulu comprendre comment Jean Benedetti, mon oncle, avait traversé la Seconde Guerre mondiale. Formé à l'école de la Troisième République, chef de cabinet d'un ministre du Front populaire, préfet sous Vichy, déporté par les Allemands en 1944, c'est ce même homme qui a prêté serment au maréchal Pétain en février 1942 et qui a sauvé des centaines de juifs sous l'Occupation. C'est bien la guerre de Jean Benedetti que j'ai voulu raconter, celle de ce Juste qui s'ignorait et qui évita toutes les embûches de la compromission. J'ai visité les archives, rencontré les derniers témoins, épluché les correspondances, lu les rapports préfectoraux et sous le papier jauni, les clichés un peu éteints, toute une époque a resurgi où l'on croise les silhouettes incertaines de quelques grands hommes comme le maréchal de Lattre, de contrebandiers de la collaboration comme Georges Albertini, de résistants de la première heure comme Pierre-Henri Teitgen, de messagers de l'espoir comme Sabine Zlatin , la grande dame d'Yzieu, d'amis fidèles comme le docteur Abraham Drucker et de rescapés du naufrage comme le jeune Paul Niederman... Le récit d'une histoire française qui restitue dans toute l'épaisseur de la complexité une époque et une vie avec ses réseaux, ses jeux de pouvoirs, ses amitiés, son quotidien et ses mouvements d'opinion. » (Arnaud Benedetti)

361.          BOHEC (Jeanne). La Plastiqueuse à bicyclette. Editions du Félin, 1999, gr. in-8°, 205 pp, préface de Jacques Chaban-Delmas, une carte, broché, bon état (Coll. Résistance, Liberté, Mémoire)

            15

Le 18 juin 1940, Jeanne Bohec décide de partir pour l'Angleterre. Elle n'a pas entendu le discours du général de Gaulle, mais tout la pousse instinctivement à refuser la défaite. Elle a tout juste vingt et un ans. Après un entraînement dans une école de sabotage anglaise, elle est parachutée en France. Experte en explosifs, elle devient instructeur dans sa Bretagne natale où elle forme les groupes de résistants à leur maniement. A bicyclette, elle parcourt la région sans relâche, avec efficacité et audace, n'hésitant pas à demander l'aide des camions de l'armée allemande quand la côte est trop rude... Jeanne Bohec se trouvera au cœur du dispositif de la Résistance qui, en juin 1944, soutient le débarquement allié lors du plus important parachutage de la guerre en France. Elle participe au célèbre "Plan vert", dont l'objectif est de faire sauter toutes les voies ferrées dans le Morbihan. Démobilisée le 31 août 1945, Jeanne Bohec a enseigné les mathématiques pendant de nombreuses années. Elle a été maire-adjoint du XVIIIe arrondissement, à Paris. — "Je repérai un embranchement de rail. Avec l'aide de mes compagnons, je plaçai cinq ou six charges dans les aiguillages en les fixant avec du sparadrap, comme j'avais appris à le faire, de manière à produire le plus de dégâts possible. J'enfonçai les détonateurs profondément dans les explosifs et les reliai entre eux par du cordeau détonant. Enfin, après avoir placé des crayons à retardement d'une demi-heure à l'extrémité des cordons Bickford, j'écrasai les ampoules des crayons. Un dernier regard pour voir si tout était en ordre et nous nous éclipsâmes sans bruit. Nous n'allâmes pas loin. Nous nous mîmes à l'abri d'une haie et nous restâmes là. Les minutes passaient, lentes. La demi-heure approchait. Toujours rien. C'est raté, dit un de mes compagnons. À ce moment même retentit une explosion formidable qui réveilla la campagne endormie. Sans attendre, le cœur en fête, nous rejoignîmes notre véhicule."

362.          BOURDAN (Pierre). Carnet des jours d'attente (juin 40-juin 44). Suivi de : Carnet de retour avec la division Leclerc. Editions Pierre Trémois, 1945, 2 vol. in-12, 199 et 223 pp, un dessin représentant l'auteur en uniforme par Jean Oberlé en frontispice, brochés, état correct. Editions originales sur papier d'édition, enrichies d'un envoi a.s. de l'auteur sur chaque volume

            50

Réunion des deux volumes de souvenirs de Pierre Maillaud, dit Pierre Bourdan (1909-1948). Envoyé à deux reprises en Afrique du Nord (1942 et 1943) il veut être un des premiers à poser le pied sur le sol de France. Eté 1944 : Pierre Bourdan, qui était la principale voix de l'émission de Radio-Londres "Les Français parlent aux Français", débarque en Normandie comme correspondant de guerre auprès de la 2e DB du général Leclerc. Avec justesse et force, il dit l'émotion du retour d'exil combattant, raconte Leclerc et ses hommes au milieu des armées alliées, évoque l' "absolue magie" de Paris libéré et l'accomplissement, à Strasbourg, du célèbre serment de Koufra. Son récit, publié en 1945, reste un document exceptionnel et un magnifique hymne à la liberté.

363.          BOWMAN (Gerald). La Guerre dans les airs. Presses de la Cité, 1957, in-8°, 316 pp, 16 pl. de photos hors texte, cart. éditeur, jaquette, bon état

            25

Une remarquable synthèse de la guerre aérienne. La première partie est consacrée à la naissance de l'arme aérienne vers 1917, puis à son développement au cours de l'entre deux guerres et jusqu'à la bataille de Londres, où elle arrive à l'âge adulte. Ensuite, à travers la bataille de Malte, les raids sur les côtes de l'Europe occupée, le pilonnage des zones industrielles d'Allemagne, la bataille du désert, la guerre d'Italie et le débarquement de Normandie, l'auteur met en valeur l'immense valeur stratégique de la suprématie aérienne. La troisième partie, consacrée aux armes aériennes nouvelles, va du V1 à la bombe atomique et aux fusées téléguidées...

364.          CALVET (Mgr Jean). De la Faculté des Lettres au pro-rectorat, 1939-1945. Journal inédit. P., Dessain et Tolra, 1970, gr. in-8°, 166 pp, index des noms de personnes citées, avec notices, broché, couv. recouverte d'un film plastique transparent, qqs rares soulignures au crayon rouge, bon état

            25

Témoignage de l'ancien recteur de l'Institut Catholique sur ses sentiments pendant l'Occupation.

365.          CHARBONNEAU (Général Jean). L'envers du 18 juin 1940. Contribution à l'histoire de la IIe Guerre mondiale. P., Robert Desroches, 1969, pt in-8°, 252 pp, broché, jaquette, bon état. Peu courant

            25

Souvenirs du général Jean-Eugène Charbonneau (1883-1973), sorti de Saint-Cyr en 1905, dans l'infanterie de Marine. Il raconte sa présence en Indochine lors du déclenchement de la guerre en 1939, son retour en métropole en mai 1940, la défense du camp retranché de Brest, en juin 1940, puis l'évasion vers la Grande-Bretagne. Après avoir rencontré le général de Gaulle, il gagne l'Afrique du Nord. La mention tome I apparaît en page de titre, mais la suite n'a jamais paru.

366.          CLOSON (Francis-Louis). Le Temps des passions. De Jean Moulin à la Libération 1943-1944. Editions du Félin, 1998, gr. in-8°, 238 pp, 4 fac-similés dans le texte, broché, bon état (Coll. Résistance, Liberté, Mémoire)

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Dans Paris en liesse, le 26 août 1944, Francis Louis Closon descend les Champs-Elysées à quelques pas du général de Gaulle. Il deviendra commissaire de la République pour le Nord-Pas-de-Calais, avant de fonder l'INSEE. Mobilisé à New York au début de la guerre, il rejoint l'Angleterre, s'engage dans les Forces françaises libres, puis se porte volontaire pour combattre dans la France occupée. “Le Temps des passions” raconte cette aventure. A Londres, F.L. Closon est présenté à Max, alias Jean Moulin, venu rendre compte de son action en qualité de représentant direct du général de Gaulle dans la Résistance intérieure. Jean Moulin le prend à ses côtés. A son retour de Londres, Jean Moulin, inquiet de la situation de la Résistance intérieure, demande à Closon – devenu "Vincent" – de porter d'urgence au général de Gaulle son dernier rapport sur les mouvements de Résistance et sa vision de l'avenir. Le testament exceptionnel d'un héros qui, arrêté, torturé, devait succomber peu après. Lors de son retour en France, pour sa deuxième mission, "Vincent" est chargé de la création des Comités de la Libération. A travers les risques de l'action clandestine, il accomplira une troisième mission qui le mènera à Alger, dans les maquis de Provence, et à Paris où il conduit Luizet, le futur préfet de police. Avec “Le Temps des passions”, Francis Louis Closon donne son témoignage sur la vie ardente et précaire de ceux qui menèrent la lutte contre l'occupant. Il apporte la contradiction aux détracteurs de Jean Moulin et dessine avec force et clarté les grands moments d'un combat qui donnèrent à la France délivrée son nouveau visage et d'autres héros, doués de détermination dans l'adversité et d'une égale modestie dans le souvenir de ces heures douloureuses et décisives. Francis Louis Closon est compagnon de la Libération.

367.          Collectif. “D.C.A” – Histoire officielle des défenses anti-aériennes de la Grande-Bretagne de 1939 à 1942. Londres, His Majesty’s Stationery Office, 1943, pt in-8°, 100 pp, 24 photos sur 16 pl. hors texte, un schéma et une photo sur les gardes, broché, couv. illustrée, état correct

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Histoire de la défense anti-aérienne fixe : batteries de DCA, projecteurs, barrages de ballons, rôle joué par l’Armée et la RAF. – Préparé pour le Ministère de la Guerre et le Ministère de l'Air par le Ministère de l'Information.

368.          COURTOIS (Stéphane). Le PCF dans la guerre. De Gaulle, la Résistance, Staline... (Thèse). Ramsay, 1980,